I20 CONSTANTIN II, CONSTANCE
y proposèrent une nouvelle formule; ceux d'Europe ne Toulurent rien changer à celle de NiseMion avancée.- Les dcux empereurs, qui désiraient vive-
coDciIe uni- I^ • ' T.
Yer»oi. vement et vainement la fin de cette longue dissension, rassemblèrent àSardiques, en 547^ un concile oecuménique, c'est-à-dire universel. Cent 8oi?:an te -quinze évêques s'y trouvèrent réunis. Lçs évêques ariens refusèrent d'assister aux séances, sous prétexte qu'ils ne pouvaient siéger avec Athanase excommunié, et ils se formèrent en assemblée particulière.
Le concile catholique confirma le jugement du pape, renouvela la profession de Nicée, déposa les évèqijies réfractaires , et invita les empereurs à rétablir les catholiques dans leurs sièges. Ce fut dans cette assemblée qu'on reconnut solennellement , pour la première fois , la suprématie de l'évêque de Rome.
De son côté , le concile arien excommunia le vertueux Osius et le pape même , nia sa suprématie, persista dans son opposition à la profession de Niçée , et sema ainsi les germes de cette séparation des Églises de l'Orient et de l'Occident , qui existe encore de nos jours.
Constant se rangea du côté des catholiques.
Constance ne voulut se décider ni pour l'un ni
pour l'autre concile.
fvêcTw Ç^pendaiit la guerre d'Orient semblait, en se
Peise*. prolongeant^ accroître Tanimosité des deux peu«»
CONSTANT ET MAGNENCE. 121
pies qui $e combattaient. Résolu à tenter un grand et décisif effort , Sapor arme tous les Perses; les femmes mêmes se mêlent aux guerriers. Les Romains réunissent toutes leurs troupes; l'Orient entier s'ébranle; les deux armées se reneontrent près du Tigre; Constance, vain comme tous les hommes faibles> ordonne à se» postes avancés de s'éloigner du fleuve et d'ouvrir un passage libre à l'ennemi, (c Laissez-les s'appro- » cher, dit-il, choisir leur terrain et s'y retran- » cher : tout ce que je désire, c'est de les attirer » au combat. Je ne crains que leur retraite. »
Les Perses traversent sans obstacle le Tigre et campent près de la ville de l^ngare : l'approche de l'ennemi avait diminué la confiance et le courage de Constance; il le laisse s'établir tranquillement et s'oppose à l'ardeur de ses troupes, qui s'indignaient de cette lâcheté, Êlien, officier de la garde, et qui commandait dans la ville de Singare , ne peut supporter les bravades des Perses, sort, la nuit, à la tête d*!^^ faible corps de jeunes soldats, pénètre dans le camp des ennemis, en égorge un grand nombre, y répand la terreur et se retire sans être poursuivi , Si l'empereur eût imité ce Romain, l'armée perse était détruite,
Le lendemain au point du jour les deux ar- B.taiiie mées se rangent en bataille. Jamais les deux prtT^iT empires n'avaient déployé de forces plus impo^ ^'^^' sautes; les rives du fleuve, les vastes pleines dQ
T22 COWSTAIfTlH II, CONSTAHCE,
Singare étaient couvertes de bataillons et d'escadrons dont les armes, éclairées par les rayons du soleil, éblouissaient les yeux. Les hautes montagnes qui bordaient la plaine semblaient à Ucbcu perte de vue hérissées d'une forêt de lances. Sa-
vl lutte de J^
sapor. pQp^ élevé sur un bouclier, contemple ce magnifique spectacle ; mais cet aspect formidable , au lieu d'exalter son âme, intimide son esprit. Frappé de l'ordre iquî règne dans l'armée ennemie , eflFrayé des souvenirs de tant de victoires remportées sur des forces innombrables par la tactique romaine, la crainte dans son cœur succède à l'audace ; il tremble pour son trône, oublie son honneur, donne le signal de la retraite, repasse promptement le Tigre, et laisse son armée continuer avec lenteur sa fuite sous les ordres de son fils Narsês.
Les Romains, voyant l'ennemi s'éloigner, ^ demandent à grands cris le signal du cotiibat. Constance, aussi. timide que Sapor, et croyant voir un piège dans cette retraite , veut en vain calmer la fougue de ses légions ; elles ne l'écoutent plus , se précipitent avec fureur sur l'ennemi , le mettent eii désordre, forcent le camp, enveloppent et désarment Narsès.
Ils étaient vainqueurs, mais sans chef. Une partie des Romains se livre au pillage et à la débauche ; d'autres attaquent sans ordre les hauteurs où plusieurs corps de Perses s'étaient re-
COIfSTAlfT ET MAGHEIICE. 125
tranchés : après de vains efforts ils sont repoussés et, poursuivis. Les Perses profitent de cette confusion, reprennent leur camp et chassent les Romains. Narsès périt dans ce tumulte.
Constance, incapable de réparer ce désordre, Uciietrf comme il l'avait été de profiter de la victoire, comunce. prend la fuite et entraine toutes les troupes qui suivent ce honteux exemple. Le lendemain les Perses, plus affligés de leurs pertes que fiers de leurs derniers avantages, se retirent et repassent le fleuve.
Sapor,' honteux de sa lâcheté et inconsolable de la mort de son fils, s'arracha les cheveux de désespoir, et fit trancher la tête aux satrapes qui lui avaient conseillé la guerre. Telle fut la bataille de Singare, où Ton vit successivement deux armées battues et mises en fuite par l'incapacité de- leurs chefs. La lâcheté des deux monarques rendit inutile la bravoure de leurs soldats.
Constance, vaincu par les Perses, retourna son retour dans sa capitale. Dominé par les ariens, il per- ""pLia! sécutait leurs adversaires; mais Constant, protecteur des catholiques, l'ayant menacé de la guerre, il par\it céder, et consentit non-seulement à recevoir les évêques que lui envoyait son frère, mais même à écouter A thanase. Il le manda près de lui; mais cet illustre proscrit refusa d'abord d'y venir : il connaissait trop 1 empereur pour se fier à sa foi.
124 GONSTAUTIN 11, GONSTAMCE,
Les ariens, effrayés de l'arrivée des évèques catholiques à Constantinople , s'efforcèrent de les perdre dans l'opinion publique. Etienne, évèque d'Antioche, par le moyen d'un domes^ tique corrompu, introduisit chez l'un d'eux une courtisane et le fit surprendre avec elle : cette femme, perdant son audace à la vue du véné-*rable évêque calomnié, lui rendit elle-même justice. Etienne., arrêté et jugé dans l'intérieur du palais, fut déposé., d5&M Sur ces entrefaites , Athanase , rassuré par la protection de Constant, vint à Constantinople, confondit ses ennemis et obtint de Constance la liberté de retourner en Egypte j sa rentrée dans Alexandrie fut un triomphe.
Tandis que l'empereur d'Orient, sévère dans ses mœurs, grave dans sou maintien> mais bi-* zarre dans sa conduite et timide dans sa politi-* que, ne s'occupait que de discussions. méta«^ physiques, s'entourait de prêtres ariens, passait sa vie au milieu des conciles et défendait mollement l'empire contre les Perses, Constant, plus brave, combattait de nouveau les Francs, . et, après en avoir délivré la Gaule, se livrait aux plaisirs avec excès.
Dirigé dans sa politique par l'évêque de Trè» ves, qui jouissait de toute sa confiance, il re-^ poussait l'arianisme, poursuivait la destruction de l'idolâtrie, fermait les temples, ne Içs con-^
CmSTkVr ET MAGNENCE. • I^S
servait que comme monumens , défendait les sacrifices dans les villes et né les permettait qu'aux habitans des campagnes attachés fortement aux cérémonies religieuses^ leurs uniques et leurs se\ils spectacles.
Dans tout l'empire, les villageois défendirent OrigSa«da long-temps l'ancien culte, et c'est ce qui fit ap- "'***''* '"' peler les idolâtres païens ^ du nom depagus qui signifie bourg.
Comme ce prince comblait le clergé de biens et d'honneurs, les chrétiens le considérèrent comme un grand homme. Les païens, opprimés ' par lui , le regvdèrent comme un tyran : aux yeux des hommes impartiaux , il devait passer pour un mauvais prince. La vertu rougis^it de s'approcher de sa cour; son palais était un lieu de débauches, et les historiens du temps assurent qu'on ne voyait parmi ses ministres qu'un seul honnête homme : c'était l'eunuque Euthérius, né en Arménie.
' Le trône le plus éclatant est bien peu solide conspira* lorsque, dépouillé de vertus et souillé de vices, M^ence il n'est soutenu ni par l'intérêt général ni par citant. l'amour des peuples. Un Barbare forma le projet d'enlever la couronne au fils de Constantin* Le succès couronna son audace.
Magnence, né dans les forêts de la Germanie, avait langui quelques années dans les fers des R43mains; le grand Coqslantin l'afi^ranchit et le
laÔi CONSTANTlIf II, COSSTA»FCE,
plaça dans une légion. Cet homme actif, intrépide, éloquent, ambitieux, s'éleva promptement du rang de soldat au grade d'officier. Il dut son premier avancement à sa valeur, et bientôt une assez grande faveur à son adresse. Il obtint le titre de comte et le commandement de deux corps de la garde formés par Dioclétien et Maximien, et qu'on nommait les joviens et les herçidiens.
Son avarice et sa dureté excitèrent URe révolte parmi les soldats; ils s'étaient jetés sur lui et l'entouraient de glaives menaçans ; l'empereur Constant lui sauva la vie. Le Barbare lui jura une éternelle reconnaissance, et médita sa perte.
Deux hommes puissans, Christus, maître de la milice, et Marcellin, intendant des finances, entrèrent dans ses criminels projets. Tous trois réunirent leur crédit et leurs efforts pour séduire les troupes. Dans cette conjuration on déférait le premier rôle à Marcellin, mais il préféra le second. Ce conspirateur adroit savait qu'un trône usurpé est entouré de trop de précipices, et, comme le xlit un historien du temps, « Marcel- » -lin, préférant un pouvoir tranquille à un éclat *) périlleux, aimait mieux être maître de l'em- >) pereur que de l'empire. »
La guerre des Francs était alors finie ; Constant, que le bruit des armes pouvait seul distraire des plaisirs , oubliait les afiaires au milieu des loisirs de la paix. Ce prince ^ans prévoyance
GOnSTAHT ET MAGNENCE. 1 27
se livrait à sa passion pour la chasse , et passait toutes les journées au fond des forêts. Dans l'année 35o, sous le consulat de Sereins ^o"
^ usurpatiom.
et de Négritien, la cour se trouvant à Autun, Marcellin invite à un grand festin tous les prin-^ cipaux officiers de rarniée. Pendant le tumulte de la fête , Magnence sort de la salle sans qu'on s'aperçoive de son absence ; bientôt il y rentre couronné, décoré de la pourpre et entouré de gardes. Les conjurés le saluent empereur; les autres, saisis de crainte 9 gardent le silence. Il les harangue, lés entraine, marche au palais^ s'en empare dt pose des gardes dans la ville. Un corps • de cavalerie illyrienne se joint à lui ; le peuple, ami des nouveautés, se déclare en sa faveur. Peu à peu toutes les légions, séduites par de magnifiques promesses, suivent le torrient et proclament Magnence Auguste.
Constant, qui se trouvait alors à la chasse, ap- Fniié prît à la fois le projet des conjurés, leurs succès, CoMum. la trahison des grands, la révolte du peuple et la défection dé sa garde. Accompagné d'un petit nombre d'amis, il chercha son salut dans la fui te, espérant trouver un asile en Espagne. Gaïson, eijvoyé avec quelques cavaliers à sa poursuite, l'atteignit près de la ville d'Elne au pied des Pyrénées. La crainte dispersa ses lâches compa-^ gnons : le fils du grand Constantin, naguère maître de Rome et de l'Occident , alors seul et
I!i8 CONSTANTIN II, CONSTANCE;
trahi piar tous les Romains, ne se vit défendu que par un Franc nommé Laniogaisé. Âpres un court combat, tous deux tombèrent percés de (;oups. Constant périt la treizième année de son règne et la trentième de son âge ^.
Magnence manda près de lui les généraux , les préfets, les administrateurs. qui avaient servi Constant avec le plus de fidélité : ils furent égorgés en route par des assassins envoyés au devant d'eux. Le tyran sacrifia même à sa politique ombrageuse tous les hommes de son parti dpnt la lenteur et la timidité lui avaient • inspiré de la défiance.
L'étonnement produit par la rapidité de son élévation , et la crainte que répandait sa sévérité , le rendirent sans obstacle maître de l'Occident. On commande aux hommes dès qu'on les étonne.
VAninion Magueuce nomma Titien préfet de Rome, et
est nommé x - '
Auguste. Anicet préfet du prétoire. L'IUyrie ne voulut pas le reconnaître , et donna le titre d'Auguste à Vétranion , vieux général qui commandait les troupes romaines en Pannonie. Cet homme ^ né dans les camps, ne savait que combattre, et il ne commença à apprendre à lire qu'au moment où il fut nommé empereur. Il dut son élévation au crédit , aux richesses et aux intrigues de Constantine , fille du grand Constantin
♦ An 35o.
^ consTAirr et magnenge. 139
et veuTè d'Annibalien. Cette princesse le plaça sur le trône dans le dessein de l'opposer au barbare Magnence qu'elle méprisait, et à son propre frère Constance qu'elle regardait comme l'assassin de son mari.
Vétranion écrivit à Constance qu'il n'avait cédé au vœu des légions que pour le servir, et que, sous le titre d'Âugtiste, il ne voulait être que son lieutenant. L'empereur, dissimulant son ressentiment, feignit de le croire, parut le reconnaître etlui envoya un magnifique diadème.
Dans le même temps Népotien, jeune prince ^^^^ échappé au massacre de la famille du grand i^<^potien, Constantin, sort tout à coup de la retraite où il vivait ignoré , se met à la tête d'une troupe de bandits et de gladiateurs, marche à Rome, met en fuite les troupes d'Anicet , fait massacrer ce préfet, entre dans la capitale, la livre au pillage, se décore de la pourpre , est reconnu par le sénat et prend le nom de Constantin*
Dès que Magnence jCut informé de cet événement, il envoya Marcellin, grand -maître du palais, avec quelques légions, en Italie, pour combattre le nouvel Auguste. Les Romains vinrent avec ardeur à sa rencontre pour défendre Népotien; mais, au moment du combat, un sénateur nommé Héraclide , trahissant la cause de ce prince, entraîna dans sa défection une partie des troupes romaines. Marcellin dispersa
l30 CONSTANTIK II, CONSTANCE,
le reste et tua Népbtien^ dont la tète fut portée
en triomphé au bout d'une lance.
vangaanca IVIsignence, suivl d'un ffrand nombre de solde M^gnen- , " , . ' . , ce à Rome, dats gaulois , fraucs et germains^ entra dans
Rome , l'inonda de sang, la livra sans pudeur à
là cupidité des Barbares, et la fit gémir sous
le joùg de la plus affreuse tyrannie. Il ordonna
sous peine de mort à tous les Romains de porter
au trésor la moitié de leurs biens, et permit
aux esclaves de dénoncer leurs maîtres, s'ils
voulaient éluder cette loi.
U fallait se préparer à combattre Constance;
Magnence, détesté par les Romains, attira dans
ses troupes, par l'espoir du pillage, une foule
de Francs et de Saxons. Tout l'Occident, forcé
d'obéir, s'arme et se lève pour sa cause.
Depuis la bataille de Singare , l'incapacité
de Constance avait fait éprouver aux armées
d'Orient des pertes considérables, et les soldats
romains , trop souvent battus par la faute de
leurs chefs, devenaient, dit un historien du
temps, « si timides, que la poussière d'un esca-
a dron perse les mettait en fuite. » Cependant
les Romains manquaient moins de courage que
de cràfiance, et on retrouvait encore les traces
de leur antique vaillance lorsqu'ils se voyaient
défendus par une position forte ou copduits
si<$ge par un chef habile.
parSapor. Sapor^ iustrult des troubles de l'empire et
CONSTAIÏT ET MAGNEVCE. iSl
enhardi par ses succès , réunit toutes des forces pour s'emparer (Je Nisibe. Ce siège fut mémor rable par la constance des assaiUans et par l'opiniâtreté des assiégés. Après de vains et de sanglans assauts , Sapor , ayant détourné le cours du fleuve, en rassemble les eaux; leur masse, trop long -temps retenue par une digue, s'élance violemment lorsqu'elle est ouverte, tombe sur les murailles et les renversé.
La plaine inondée présente le spectacle d'un 4ac immense; Nisibe n'est plus qu'une ile au milieu des flots; les Perses approchent sur une foule de barques et donnent un assaut général. Les Romains, n'ayant plus d'autres remparts que leurs boucliers, se précipitent avec intré*pidité sur la nombreuse armée qui les attaque ; l'évêque de Nisibe, prosterné au pied des autels, invoque les secours du ciel; enfin la bravoure de la garnison l'emporte ; vingt mille Perses tombent sous le fer des Romains : Sapor fuit et lève le siège. La peste se répand dans Fuite son armée; elle se retire, la guerre estsuspen- ^*^*p"' due, et les chrétiens vainqueurs ne voient dans leur délivrance et dans les prodiges de leur courage qu'un miracle du à l'intercession de leur saint évéque.
Constance, rassuré par la fuite de Sapor , Guerre enrassembla pour combattre Magnence une armée 'ce et Ma.
a • 1 gnence.
et une flotte presque aussi nombf^euses que
l52 CONSTANTIN II, CONSTANCE,
celles de Xercès ; mais^ malgré le danger dont le menaçait cette lutte contre un rival. qui commandait les guerriers les plus redoutables de rOccident, il ne craignit point de diïninuer ses forces en renvoyant des légions tous les soldats qui refusèrent de se faire baptiser.
Cependant, avant de tenter la voie des armes, Magnence chargea Marcellin et Rufin de proposer la paix. L'empereur d'Orient , excité par l'honneur, retenu par la crainte, hésite et ne sait s'il doit rejeter ou accueillir ces propositions. Agité par cette incertitude, au milieu de la nuit, il croit voir apparaître son père qui lui montre l'ombre de Constant et lui dit : «Voilà votre frère égorgé; vengez-le, fermez les » yeux sur le péril ; ne songez qu'à votre gloire^ » et frappez le tyran. »
Constance y déterminé par cette vision, renvoie les ambassadeurs, déclare la guerre, marche et arrive à Sardiques. Vétranion l'y attendait avec ses légions et lui promettait de combattre avec lui contre Magnence.
Pour régler les opérations de cette campagne , les deux empereurs entrent en conférence , et , sur un tertre élevé au milieu des deux armées, s'asseyent sans armes et sans gardes. Tout à coup Constance, jetant le voile d'amitjé sous lequel il avait déguisé son ressentiment , prend la parole, et s'adressant aux soldats de
CONSTANT ET MAGNENCE^ l33
Vétranion : « Souvenez -vous, dk-il, de la » gloire , des bienfaits de: mon père Constantin » et de vos sermens. Vous avez tous juré de ne » reconnaître d'autres princes que ses fils. Gar- » derez-vous pour chefs des hommes nés pour » obéir? Tant de discordes, tant de guerres, » tant de meurtres, tant de désastres ne vous » ont-ils pas appris que l'État ne peut être tran- >) quille que sous le pouvoir d'un seul chef? »
La mémoire du grand Constantin , la crainte de» troubles civils , le souvenir d'un engagement solennel donnent à ce peu de paroles une force soudaine qui s'empare de tous les esprits. Par une acclamation unanime, tous les soldats proclament Constance seul Auguste. Vétranion, AUication abandonné de sa cour, menacé par son armée , \ion?' se jette aux pieds de son rival redevenu son maître , se dépouille de la pourpre et invoque sa clémence. Constance conserva la vie à Vétranion, l'emmena dans sa tente, le fit dîner avec lui et lui dit pour le consoler : « Vous ne perj) dez qu'un vain titre qui ne donne que des » biens imaginaires et des chagrins réels ; vous » allez jouir en paix , dans la vie privée, d'un » bonheur sans mélange. »
Vétranion le crut et vécut heureux à Pruse, en Bithynie , pendant six années ; lorsqu'il sut que Constance , attaqué par les Perses et mei^acé par Julien, éprouvait toutes les peines
l34 CONSTANTIN II, CONSTANGB,
trop inséparablement attachées au rang su*-
prême , il lui écrivit : (c Vous avez bien tort de
» ne pas m'imiter, et de ne point prendre votre
» part de ce bonheur de la retraite que vous
» savez si bien procurer aux autres. »
Gaiius Avant de continuer sa- marche , Constance
•'c"^"""^ donna le titre de César à Gallus , son cousin
germain, seul échappé avec son frère Julien au
massacre de sa famille. Gallus vivait alors retiré
dans une de ses terres en lonie. L'empereur lui
fit épouser Constantine/ Veuve d'Annibalien,
et le chargea de défendre les frontières de YO^
rient contre les Perses.
Décence, Magnéuce laissa le commandement de Rome
MagaêncV à ^u frèrc Décence, qu'il décora du titre de Ce-
**(w^rr* sar. Il franchit ensuite les Alpes Juliennes et
Magnence marcha sur Sirmium , où Constance • oubliant
contre Con- • i i • »
stance. ]a guc^re , ne s occupait que de la réunion et des disputes d'un concile.
Les avant-gardes des deux armées eurent des succès et des revers balancés. Au moment où Magnence allait passer la Save , il reçoit un ambassadeur de Constance, qui, eifi présence de l'année, lui propose , s'il veut abandonner Tlta^ lie, de lui céder tout le reste de l'Occident. En vain Magnence s'indigne de cette proposition , ses légions murmurent et se disposent à la révolte. Feignant de céder, il gagne du temps, reprend son crédit sur les esprits^ garde l'am-
CONSTANT ET MAGNENCK, I 35
basskdeurde Constance prisonnier, avance snr les bords de la Save ^négocie et obtient qu'on ne l'inquiétera pas danè sa retraite.
Cependant Constance, croyant peu à ses pro^ messes, le suit avec prudence et campe près de Cybales, au même lieu où Constantin avait remporté sa première victoire sur Licinîns. Là il voit arriverTitien , préfet de Rome. Magnence, ayant apaisé la sédition de son armée, avait chargé ce préfet de signifier insolemment à Constance l'ordre d'abdiquer. L'empereur le renvoya avec mépris. Cette rupture d'une trêve si récemment conclue excita le méconteittemeBt de quelques guerriers généreux, et entr'autres de Sylvain, capitaine franc, distingué par ses exploits, et fils du fameux Bonit^ dont l'épée avait contribué au:i^ victoires du grand Constantin. Sylvain abandonna Magne née et passa dans le camp de son rival.
Magnenée> plus irrité que découragée par cette défection,, poursuit audacieusement ses projets, met en fuite l'avant -garde enneîcnie, tourne le camp de Constance et s^approche de Sirmium.
Enfin les deux armées se livrèrent, sur la Bataille Drave, près de Murse, une bataille d^ctsi«^e. VèsjT* L'empereur d'Orient était à la tête de quatrevingt mille hommes ; M agnence ne lui en apposait que quarante mille, mais tous aguerris et
î36 CONSTANTIN H, CONSTANCE,
fiers d'un grand nombre de victoires. Les deux: chefs se montrèrent également indignes du rang qu'ils occupaient , Constance par sa faiblesse , Magnence par sa superstition cruelle; ce tyran LAcUetë de gacrifia aux dieux une victime humaine. Pen-
ConsUnce.
dantle choc des armées, Constance se tint caché dans une église, avec l'arien Valens, évéque. deMurse. Dans cet asile, effrayé par le bruit des armes, le lâche envoie l'ordre de suspendre le combat et propose un armistice : ses soldata rejettent cet ordre aveo mépris, et, après une mêlée sanglante, son armée enfonce, l'armée ennemie* Piffaitc, Les vaincus, ralliés par Magnence,. recom^ monde mencent avec acharnement le combat et ren-
Magnencp« . • • , g%
dent long-temps la victoire mcertaine. Enfin la cavalerie de Constance tourne l'armée d'Occi-^. dent , la met en fuite , la détruit presque entiè-. rement et s'empare de son camp. Magnence n'échappa au vainqueur qu'en se dépouillant de la pourpre et en se sauvant sous l'habit d'un esclave. Trente mille hommes d'un côté , vingtquatre mille de l'autre, périrent dans cette jour-' née. Cette perte de tant de braves guerriers fut une grande plaie pour l'empire. On regarda Murse comme le tombeau de cette ancienne milice , l'appui de Rome et l'eiFroi des Barbares. Les deux armées pleurèrent leurs plus braves officiers, Arcadius, Proculus, MarceUin, Ro-
CONSTANT ET MAGNENCE. t^J
mulus. Constance ignorait tous ces éyénemens; mais Tévéque Yalens , qui avait pris toutes ses mesures pour en être secrètement informé , annonça tout à coup à l'empereur sa victoire , dont un ange, disait-il, venait de lui apporter la nouvelle *.
Màgnence , arrivé en Italie , fortifia tous les passages des montagnes et s'enferma dans Âquilée. L'empereur, à la tête de l'armée victorieuse, força les retranchemens qui défendaient les Alpes; Rome se révolta contre son tyran ^ et Màgnence se sauva dans la Gaule , en abandonnant l'Italie et l'Afrique , qui se déclarèrent contre lui.
Lâche dans l'infortune comme tous les tyrans, après avoir demandé vainement à son ennemi de lui conserver la vie, il envoya dans l'Orient des assassins pour se défaire de Gallus : ses émissaires, découverts et punis , ne lui laissèrent que la honte d'un crime tenté inutilement.
Les généraux de Constance , marchant avec rapidité contre Màgnence, l'atteignirent près de Gap, lui livrèrent bataille, et mirent en fuite les troupes sur lesquelles il fondait ses dernières espérances. Il courut à Lyon , où ses propres soldats , le voyant sans ressources , l'enfermèrent comme prisonnier. Le Barbare , réduit au désespoir, tourne enfin contre lui et
^ An 35i.
l58 CONSTANTIN II, CONSTANCE, ETC.
contre sa famille cette fureur qui avait inondé l'Italie du sang de tant de victimes. Tirant son glaive, il égorge sa mère, sa^ femme, ses enfans, blesse Didier son frère, et se perce lui-même le cœur. U mourut à cinquante ans, après trois ans de règne.
Mort Son frère Décence apprit dans la ville de
de Décence. , * * i ^
Sens sa fin tragique et s étrangla. Son autre frère, Didier, dont la blessure n'était pas mortelle , implora et obtint le pardon de Constance, qui> malgré sa faiblesse, se vit alors, par le courage de ses soldats, maître sans rival de tout l'empire romain.
CONSTANCE. iSg