‹ Histoire du Bas Empire (volume 2)Chapitre 7 sur 29 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONSTANCE, empebbua; GALLUS ET JULIEN, Césabs.

Prédilection de Constance pour le christianisme. — ^Le fameux dëlatear surnommcf La Chaîne, <— Tyrannie de Gallas et de Con« stantine. —-Invasion des Allemands. — Paix entr^eux et Con-> stance. — Nouveaux excès de Gallus. — Perfidie de Constance à regard de Gallus. — Mort de Gallus. — Victoire sur les Alle-

: mands. — Rëvolte et mort de Sylvain . — Constance nomme un César. — Tableau de la vie de Julien. — Arrivée de Julien à Milan. — Son élévation au rang de César.— ^n refus de cette dignité. — Son acceptation obtenue par Eusébie. — Sa rentrée dans Milan.— Conduite de Constance à IVgard de Julien.— Portrait de Julien. —Dissensions entre Constance et les évéques au sujet d'Atbanase. — Déposition et exil du pape Libère. •— Fuite d'Athanase. — Secte de Macédonius. —Gouvernement de Julien. — Guerre entre Julien et les Barbares. — Invasion des Jutfaonges. — Excursions des Germains. —Exploits de Julien.— Tyrannie de Constance. — Son entrée à Rome. — ^Rappel du pape Libère. — Nouvelle invasion des Barbares. —Trahison de Barbation. —Destitution de Yalentinien. — Confédération allemande. — Bataille entre Julien etChnodomaire. — Défaite , fuite et captivité de Chnodomaire. — Nouvelles victoires de Julien. — Description de Paris par Julien. — ^Victoires de Constance. — Désastres en Asie. — Destruction de Nicomédie. -* Nouvelle guerre dans la Gaule. — Revente dans Tarpiiée, occasionée parla disette. — Mort de Barbation. — Sédition à Rome, causée par la famine. — Troubles en Orient. — Nouveaux succès de Julien. — Événemens relatif à Tavénement de Julien. •— Rappel des troupes de Julien. — Préparatifs de départ des troupes. — Revue de Julien. — Révolte des troupes en faveur

l4o CONSTANCE,

de Julien, -i- Julien est nommé Auguste.— <}onspirj|tiQn contre Julien. —^ Assembla de Farmée dans le Champ -de -Mars.— Correspondance entre Constance et Julien.—- Invasion de Sapor. — Échec de Constance. — Prëpara(ti6 hostiles entre Constance et Jqlien. —Mort de Constance.

Prëdiiec- L'empereur, animé dii désir d'accélérer la

lion de . '

^"°ur*îr ^t"^® totale du polythéisme^ éprouva de la part ^'Sê." ^^^ peuples une résistance opiniâtre; il prohiba vainement les sacrifices dans les campagnes , et se vit obligé^ en défendant les solennités publiques , de tolérer le culte secret. Les chrétiens ne pouvaient supporter la vue des temples; mais leur existence était liée à tant de glorieux souvenirs, qu'on crut devoir publier une loi pour en empêcher la dégradation.

L'ordre du prince avait fait enlever l'autel de la Victoire , placé par Auguste dans la salle du sénat. Depuis il y fut rétabli^ et les Romains défendirent plus long- temps cette divinité que toutes les autres.

L'impossibilité de détruire si promptement d'antiques coutumes força Constance à conserver aux pontifes leurs titres et une partie de leurs privilèges; mais le clergé chrétien croissait toujours en richesses et en autorité. L'empereur lui prodigua des exemptions avec plus de piété que de prudence ; il déclara, dans le préambule d'une de ses lois, « que le ministère >» des autels était plus utile à l'État que les ser-

CONSTANCE. l4î

» yices militaires et civils , et même que les » travaux consacrés à la culture des champs. » Les princes alors paraissaient oublier la terre pour le ciel^ tandis que la plupart des prêtres , parlant au nom du ciel, s'occupaient activement à étendre leur empire sur la terre.

Le clergé se recrutait sans cesse , et l'armée diminuait chaque jour en nombre et en forces; une foule de vétérans furent licenciés.

L'année 355, Constance épousa Eusébie, fille d'un ' consulaire. Cette princesse était spirituelle, ambitieuse ; adroite; Julien, qui lui dut sa fortune, fît son panégyrique. Dépuis ce mariage, les femmes, que les antiques mœurs éloi-gnaient des affaires, gouvernèrent le palais et parla l'empire.

Les deux frères d'Eusébie, Hypace elEusèbe, furent tout-puissans à la cour : par leur crédit, l'arianisme dévint dominant. Un concile presque tout composé d'évêques de cette secte se rassembla dans Milan. Ce fut à cette époque qu'on vit éclater pour la première fois cet orgueil si contraire à l'esprit du christianisme, et qui fit tant de maux à l'Église"^. La plupart des prélats du concile crurent devoir rendre hommage à l'impératrice. Léonce, évéque de Tripoli, avant de consentir à s'y soumettre, osa exiger qu'elle vint au devant de lui pour rece-r

♦ An 353.

l42 CONSTAJÎCE.

voir sa bénédiction^ et qu'elle se tint debout pendant qu'il serait assis , jusqu'au moment où il lui permettrait de s'asseoir.

L'empereur, pour affermir son pouvoir dans les Gaules, y demeura six mois. Au lieu de ré-^ tablir le calme par une clémence que conseille toujours une sage politique, il persécuta les partisans de Magnence , prêta l'oreille aux dé^ lateurs, devint sanguinaire et marcka sur les traces des tyrans.

Dès qu'on fait un pas dans cette route, on ne peut s'y arrêter; chaque rigueur produit de nouveaux mécontentemens, et chaque acte de cruauté en nécessite d'autres. On redoute ceux qu'on opprime; le zèle ne se prouve que par l'espionnage, et le soupçon tient lieu de crime. ^dékutt" Titien et Paul, les plus coupables de tous ceux Tl^'c^ne ^^^ avaient servi les fureurs de Magnence , furent seuls épargnés. Le dernier s'était rendu célèbre parmi les plus fameux délateurs; son adresse pour découvrir les complots les plus cachés, et pour envelopper ses victimes dans les filets tissus par ses intrigues, lui fit donner le sur* nom de La Chaîne. Ce détestable talent lui valut la faveur de l'empereur et la haine de l'empire.

Le peuple romain, dégradé, subissait en gémissant le joug de cette tyrannie ; l'excès de l'injustice n'excita que des murmures, et l'on, ne vit de sédition que dans quelques momens de di-

GOriSTAliCK. Ï^S

aette. La superstition se défendait mieux que la liberté. Orfitus ^ gendre de Symmaque et sou-* tien zélé du paganisme , étant préfet de Rome , osa réparer et rouvrir un temple d'Apollon.

Presque toujours la force des États diminue à mesure que celle du pouvoir arbitraire augmente. La faiblesse de l'empire excitait l'audace de ses ennemis; la Gaule se vit envahie et pillée par les Francs et par les Germains. Les Juifs ^ tentaqtun dernier effort pour briser leur joug ^ se révoltèrent y élurent un roi nommé Patrice , attaquèrent les Samaritains et massacrèrent plu* sieurs cohortes romaines.

Quelques légions envoyées contr'eux dispersèrent leurs troupes et les taillèrent en pièces. Les Isaures et les Perses dévastaient l'Asie; leurs brigandages furent réprimés par les efforts de GalluSy qui chassa aussi de la Mésopotamie les Sarrasins ^ tribu arabe. Ce peuple , nomade et guerrier y vivant de la chasse et du lait des troupeaux^ commençait alors à faire craindre ses armes dans l'Orient et à étendre sa renommée.

Ordinairement les princes formés dans leur Jj^^^j^^ jeunesse à l'école du malheur deviennent )5ur le ^l^^^^^' trône les modèles des rois. Yespasien, Trajan ^ Claude II, Probus, Tacite, gouvernèrent l'empire comme ils avaient désiré, étant particuliers, qu'on les gouvernât; mais Gallus, échappé au massacre de sa famille et opprimé dans ses pre-

l44 GONSTAIIGE.

miéres anûëes^ fut plus aigri qu'instruit par le malheur, et se montra tyran dès qu'il fut César*

Les flatteurs le pervertirent; Constantine , sa femme , fille de Constantin et veuve d'un roi , vindicative, cupide, implacable, inspirait la haine par ses cruautés et le mépris par ses bassesses. Elle vendait la faveur et les rigueurs de son époux. Cette furie, séduite par l'offre d'un collier magnifique, fit périr Clématius, gouverneur de la Palestine. Sa belle -mère, nouvelle Phèdre, l'accusait d'inceste parce qu'il avait refusé de satisfaire son amour criminel : le mal-^ heureux fut condamné sans être entendu. Les tribunaux obéissaient à la crainte : sous les rois tyrans, les juges sont esclaves.

. Gallus et ses favoris se travestissaient souvent, se glissaient dans la foule pour épier les pensées, pour encourager l'indiscrétion , pour trouver des coupables , et forgeaient ainsi des conjurations pour les punir.

Le comte Thalasse, préfet du prétoire d'Orient, osait seul braver Gallus, s'opposer à ses injustices et faire connaître à l'empereur les malheurs de l'Asie, qu'il attribuait surtout au funeste ascendant de Constantine et aux conseils perfides d'un prêtre arien nommé Aétius f

inrasion qu'ou sumommait l^Jthée. Sous le An 354.

Zknàr Sous le consulat de Constance et de Gallus *^

GOI!iSTA]>'GE. 14^

la nécessité de repousser Tinvasion des Allemands décida Vempereur à rassembler, près de Cbâlonssur- Saône, une nombreuse armée dont la force contraignit les Barbares à s'éloigner. Il les suivit jusqu'aux rives du Rbin. On s'attendait que, profitant de leur frayeur, il relèverait la gloire de Rome, vengerait la Gaule et répandrai t la terreur dans la Germanie; mais, dans ce temps, une politique imprudente avait introduit beaucoup de Barbares dans les légions; plusieurs même occupaient dans le palais des charges importantes. Latin était alors comte des domestiques; Agillon, Stadillon commandaient des corps de la garde. Ces officiers, profitant de leur crédit, favorisèrent auprès de l'empereur la députation que les Allemands effrayés lui envoyèrent pour demander la paix.

Leur succès ne semblait cependant pas facile ; p^-^ l'armée impatiente demandait à grands cris le ciMuncc.' combat. Constance , cédant au conseil de ses favoHs, rassemble ses légions et les harangue : « Les rois et les peuples, leur dit- il, s'abais- » sent devant votre renommée ; ils vous de- » mandent la paix , vous dicterez ma réponse ; » mais, si vous écoutez mon avis, vous accueil- » lerez des ennemis redoutables qui veulent » devenir des alliés fidèles, des auxiliaires uti- » les , et vous préférerez les avantages cer- » tains d'une noble modération aux fruits péril*^

ï46 CONSTANCE*

» leux d^une vîctoit^ doutecise et sanglante. >i L'armée accepta la paix : tel était alors le déplorable sort de l'empire ; le sénat n'était pas consulté par les empereurs, que dominaient les prêtres et que gouvernaient les étrangers.; ils opprimaient les peuples , ne respectaient que les conciles et n'obéissaient qu'aux sddats« Nouveaux. Aprés avoir signé ce traité honteux , Con- Gaiiiis. stance revint à Milan, où il apprit lesexoés de Gallus et les désordres dé l'Orient. Le jeune prince reçut l'ordre de se rendre en Italie ; il » • désobéit et donna pour prétexte de son refas le danger auquel ses provinces seraient exposées pendant son absence. Constantin^ l'excitait à se rendre indépendant ; Fempereur, décidé à le perdre, lui retira peu à peu les troupes sur lesquelles il comptait le plus, et lui envoya, comme préfet du prétoire , Domitien , chargé de surveiller sa ccsiduite.

Cet officier s*acquittade sa <K)mmissioti avec hauteur ; Montius , trésorier de l'Orient, secondait ses efforts, n'obéissait qu'à lui, et privait le jeune prince du seul nerf de tœite puis- .sance, l'argent. Gallus, n'écoutarit alors que la violence de son caractère, fit soulever contre les envoyés de l'empereur les soldats de sa garde et le peuple , qui les massacrèrent ; se livrant ensuite sans frein à ses ressentimens , it poursuivit sans pitié tons ceux que les dé*

laleurs lui fakaient regarder comme 8uapectà. . La cupidité de ses fatoris remp^tissait les prisons de victimes; les arrête des juçés a'éiaient que des proscriptions dictées par les accusateurs : le brave et vertueux Ui:sicin, général de la cavalerie d'Orient, se vit forcé, sous peine de perdre la vie, à présider ces infamies tribunaux. GonstantÎM, cachée derrière un rideau, assis^ tait aux jugei&ens pour en accélérer la rigueur, pour en éctfter la pitié.

L'Orient gémissait , courbé sous cette violente tyrannie ; la terreur glaçait toutes les âmes ; les victimes périssaient sans oser se plaindre ; le dés^ aapoir même était milet. Un seul homme, l'ora* teur Euaèbe, digne de l'école de Zenon , illustra sa mort plur son courage , fit entendre à ses bourreaux la voix, depuis long-^tëmps incoanue^ de la liberté, Téloquence de la vertu, et périt en Romain.

Ursiein , indigné de «es iniquités , en informa Perfiaie de Tempereur t Constance, couvrant alofs sou res-. à rég!i"Xîe . sentiment du voilé de l'amitié, pressa Gallus de venir en Italie, sous le prétexte de lui en donrr ner le commandement, tandis qu'il irait délivrer la Gaule d'une nouvelle invasion.

Gallus , séduit par l'appât brillant qui cachait des desseins homicides, et résistant aux craintes et aux avis de sa femme , se mit en marche avec un cortège peu nombreux. Constantine le pré*

1^8 C0NST3USCE.

céda et mourut eiï route : les touraiens de sa conscience et la connaissance qu'elle avait du caractère de l'empereur son frère furent les causes de sa maladie et de sa mort.

Plus Gallus avançait. dans son voyage, J)lu8. son esprit flottait entre la crainte et res!J)érance. StadiUon vient^au devant de lui, le trompe par d'astucieuses promesses,. flatte son ambition par l'espoir de faveurs chimériques et de lauriers imaginaires. Cependant quelques légions, mécontentes de la sévérité de Constance, se décident à offrir leurs secours à Gallus, s'il consent à rester .en Th race et à les attendre. On découvre leur dessein et on empêche leurs députés de parvenir jusqu'à lui. Il continue sa marche; chaqire jour, sous le prétexte de lui rendre hommage , les courtisans et les émissaires de l'emp^ reur^e multiplient au tour de lui; enfin, lorsqu^il arrive à Pestau dans la Norique, tout déguisement cesse; Barbation et Âpodèm€ paraissent à la tête d'un corps de troupes, pénètrent en armes dans le palais , dépouillent le prince de la pourpre , le font monter sur un chariot etle-conduisent à Flanone en Istrie.

Mort Là, il est interrogé par l'eunuque Eusèbe et par Mellobaude , capitaine des gardes ; et, lâche autant qu*il s'était montré cruel, il attribua tous les excès commis à Antioche aux conseils de $a femme : sa pusillanimité l'avilit sans le

«le Gallus.

eÔASTANCB. i49

sauveF* Séréàien , fiHèle exécuteur des ordres de C(mstance> lUi Ik trancher, la^ tête. Il périt à Fàge de vingtnaeuf ans.

Sa mort remplit de joie la cour de Milaii*, mais» ne rétablit pas le calme en Asie. La tyrannie n'y fit que changer de victimes.. Les. délateurs , .toujours odieux et toujpucs impunis , accusèrent et traînèrent devant les tribunaux tous ceux que la reconnaissance^, l'intérêt ou la crainte avaient attachés à Gàllus. UrsiciiL^ dont le seul crime était de montrer quelques vertu» 4^ns un. temps dé cowîuption et de faire briller un mérite éclatant dans un siècle de décadence ,. fut condamné à mort; mais^ au moment de frapper^. Constance, arrêté par la crainte de se priver d'un tel appui > annula l'arrêt et lui fit grâce.

A la même époque Julien y accusé d'être venu sans ordres à Nicofl>édie pour voir son frère , subit un interrogatoiipe *. Ge prince courageux , évitant également de se flétrir en chargeant la mémoire de Gallus, et de braver l'empereur en le justifiant y refusa de répondre, et ni les menaces ni les promesses ne purent lui faire rompre ce sage et courageux silence.

Antioche continua de se voir le théâtre de l'in-r justice et de la tyrannie la plus .cruelle;. ceux de ses habitans qui avaient massacré les envoyés de l'empereur furent absous parce qu'ils étaient

♦ An 354.

l5o <30NSTANCE.

riches; on offrit à leur place , pour victimes au courroux de Constance , un grand nombre d'innocens. Dans cette ville infortunée ^ une plainte, un murmure^ une parole échappée dans l'ivresse, un songe raconté imprudemment, coûtait la liberté ou la vie.

Victoire Les paix honteuses ne sont jamais longues : leraaiids, étt 555, Ics AlIcmands prirent les armes; les troupes de Constance entrèrent en Rhétîe ; l'avant-^ garde, sons le commandement d'Arbétion, s'étarit imprudemment avancée', se vit enveloppée prés du laïc de Constance, prit la fuite et perdit dix tribuns avec un grand nombre de soldats. ' Les Barbares, s'approchant du camp, insultaient Kempereur, qui n'osait combattre ; plusieurs tribuns, indignés de leur audace, sortent sans ordre a la têle des plus braves soldats, fondent sur l'ennemi etTenfoncent. Le reste del'armée les suit, disperse les Barbares, les taille en pièces, fait triompher l'empereur malgré lui et termine aimi la guerre.

Révolte Peu de temps après, Sylvain, général de TinsyiTain. fantcHe , que la bataille de Murse avait rendu fameux, et qui était devenu la terreur des Francs , dont il tirait son origine, fut envoyé en Gaule pour les combattre. Il dut ce poste important à la jalousie d'Arbétion, qui nel'élevaitquepour le perdre. Dyname , secrétaire des écuries , émissaire de son rival, feignit de s'attacher à lui et en obtint

ODN^TàBICE, l5l

des lettres de recommandation pour, jriusieurs personnages importans de la cour : on efTaçs^ toutes les lignes de ces lettres, en ne laissant que la' signature, et on leur substitua .des phrases qui devaient fair^ paraître Sylvain coupable y tous ceux auxquels ces écrits étaient adressés furent arrêtés,

Malaric, Franc de naissance et commandant la garde étrangère^ se^ montra hautement indi-r gné d^une si vile fourberie, riépondit de l'innocence de Sylvain.^ fit sentir le danger d'offepsec un généiul aussi habile à la guerre qu'étranger aux intrigues , et qui ne souffrirait point patiem-f ment un tel affront; enfin il demanda qu;oii l'ap; pelâ^ pour se justifier, et offrit de rester en prison à sa place jusqu'au moment où Mellobaudq l'aurait amené.

Malgré ses instances, voulant tuer Sylvain, on envoya en Gaule Apodéme, accoutumé à servir la tyrannie et à persécuter la vertu.

Cependant une lettre interceptée découvre à 'Malaric tout le complot; op examine de nouveau celles qui avaient paru suspectes ; l'artifice est dévoilé, les traces de la première écriture repar raissent, l'innocenee de Sylvain est reconnue • Un agent subalterne de cette intrigue, un seul coupable est puni? Dyniime, auteur du crime, obtient le gouvernement de la Toscane. .

Fendant ce temps Sylvain , trop fier pour sup*

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porter cette injure et trop hardi pour attendre sa condamnation sans résistance , harangue ses soldats, gSLQite les officiers, lève l'étendard de la révolte, arrache la pourpre d'un drapeau, s'en enveloppe et se fait proclamer empereur.

Le talent , disgracié dans les temps de- calme , est rappelé dans les jours de péril : l'empereur mande Ursîcin pour Topposer aux rebelles; mais Constance, plus accoutumé à triompher par l'artifice que par la force , trompe l'ennemi qu*il veut frapper, feint d'ignorer sa rébellion et lui mande que, content de ses services., il lui des^ line une charge plus imiporlànte, et qu'il nomme Ursicin pour le remplacer.

Ursicîn, accompagné de dix tribuns et de quelques officiers des gardes, parmi lesquels se trouvait l'historien Âmmien Marcellin , arrive à Cologne et trouve le pouvoir de Sylvain trop affermi pour employer contre lui la violence.

Dans ces temps de corruption, peu d'hommes se montraient capables de conserver dan& de graves circonstances un noble caractère ; Ursicin, dégradant le sien, parut entrer dans les vues de Sylvain , feignit de partager ses ressen* timens et gagna sa confiance. Cependant le temps avançait; il fallait perdre Sylvain ou embrasser sa cause. Quelques officiers corrompus, un corps de Gaulois séduit , se rassemblent au milieu de la nuit, marchent au palais, égorgent la garde

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et massacrent Sylvain dans une chapelle où il s'était caché.

Ursicin pleura ses succès et sa victime ; il sentit trop tard que la légitimité d'une cause ne peut justifier la lâcheté des moyens qu'on prend pour la servir, et qu'il n'est point de lauriers que ne flétrisse une trahison.

La flatterie prodigua ses^ louanges à.Constance ; mais quel prixpeut avoir l'éloge dans une cour où le blâme est coupable et le silence dangereux ?

On punit les amis de Sylvain ; ses troupes se débandèrent. Ursicin resta dans la Gaule avec le titTc de commandant; mais Constance, qui le craignait, ne lui envoyait point d'armée : les frontières se trouvant ainsi dénuées de tout moyen de défense, parce que l'empereur redoutait autant ses généraux que ses ennemis, la Gaule se vit inondée d'une foule de Francs, de Saxons, d'Allemands qui franchirent sans obstacles le Rhin et s'emparèrent de quarante-cinq villes.

Dans le même temps les Sarmates envahissaient constance laPannonie; les Perses ravageaient l'Orient. Con- "**cSlir." stance, effrayé de tant d'attaques, sentait la nécessité de nommer un César, et se décidait cependant avec peine à partager avec lui sa puissance.

Ce fut alors que sa femme Eusébie , triomphant de ses craintes, sut le déterminer à revêtir Julien de la pourpre. TaWeau

Ce jeune prince, peint si .diversement; par les de juUca.

l54 COnSTAJNGE.

deux partis opposé3 qui divisaient alors l'empire^ ëtait l'espoir des païens et la terreur des chrétiens. Les uns l'ont représenté comme un héros , les autres comme un mohstre ; il joignit de grands défauts- à de grandes qualités y et justifia par ses actions une partie des éloges outrés de ses amiaet des déclamations violentes de ses^ ennemis* Sans nous en rapporter aux apologies de Libanius et d'Ammien , ni aux invectives de Grégoire de Nazianze> de Basile et des historiens chrétiens, on doit juger Julien d'après sa position,, sa conduite, ses lois« ses paroles et ses écrits. . Encore an berceau, un hasard heureux l'a*^ vait &it échapper, presque seul , au massacre^ de sa famille^ Constance, meûrtrierdes siens, ne lui avait laissé la vie que pour le tenir en esclavage. II passa son enfance et sa première jeunesse en captivité.

Gallus, son frère, élevé quelque temps au rang de César, était mort victime des rigueurs de Constance. Cet empereur ne se bornait pas à se rendre maître absolu de la vie des hommes ; il tyrannisait les consciences , il voulait que tous «eux qui subissaient son jmig furent non pas pieux, mais crédules et superstitieux comme lui» Julien , né avec une imagination vive , un génie ardent, s'était livré, dans sa longue retraite, à l'étude des lettres , de l'histoire et de la philosophie^ seule distraction des esprits vastes dans

CONSTANGB» l55

Tînaction^ «euîe contolaiion des grands caractères dans l'infortune. Les études ayaient agrandi ses idées et fortifié son caractère. II y avait puisé une vive admiration pour les grands hommes^ pour les mœurs sévères des temps anciens^ un grand respect pour la justice , un ardent amour pour la gloire et pour la liberté. Il voyait avec un chagrin profond la décadence de l'empire^ l'abaissement du*sénat, la servitude du peuple j la cupidité des grands y la bassesse des courtisans , l'insolence des eunuques et des affranchis^ les exactions des intendans et des gouverneurs de provinces, le relâchement de la discipline et, les revers des armées.

Le luxe et la mollesse de la cour lui inspiraient un juste dégoût; et lorsque l'empire, ouvert de tous côtés aux Rirbares , semblait être près de sa chute, il ne pouvait codGiprendre que les empereurs ne s'occupassent que de la convocation des conciles, que de puérils débats sur des questions inintelligibles et des querelles interminables d'un clergé divisé par l'ambition, corrompu par la richesse.

Là gloire des Romains lui paraissait inséparable de leur ancien culte ; il attribuait leur décadence à l'introduction d'une nouvelle religion qui éloignait l'attention de^ hommes des intérêts de la terre , rapetissait, selon lui, les esprits en détruisant de grandes, d'héroïques illu-

356 CONSTAJ!fCE.

«ions , faisait considérer la vie comme lin passage, le monde comme une hôtellerie,* et remplaçait Toccupation des intérêts publics par celle des intérêts religieux. C'était un citoyen de Tancienne Rome transporté forcément dans la nouvelle ; c'était l'âme de Caton , de Scipion ou de M arc-Aurèle , habitant le corps d'un prince de la cour d'Orient,

Ces sentimens , comprimés par la crainte , de^ vinrent des passions ardentes*; la dissimulation à laquelle il se vit forcé augmenta leur violence; 41 oublia qu'on ne peut faire renaître des prestiges dont le charme a disparu, qu'H est impossible de rétablir une religion to^lbée, et que le ^nie d'un homme est insuffisant pour feire remonter un fleuve à sa source , pour ramener un vieux peuple de la corruption à la vertu.

Sa fermeté pouvait retarder la chute de l'empire,, mais non le régénérer; il fallait une réforme et non une révolution, mais Julien était trop passionné pour distinguer les principes des abus ; il confondit dans sa haine et dans son mépris le culte moral de l'Évangile, l'ambition 4es prêtres et les folies des sectes; son aversion pour la religion nouvelle l'éloignade la tolérance qu'une sage politique devait lui conseiller; celui qui devait être le chef de l'empiré fut le chef d'un parti : son mépris pour quelques fables et quelques prodiges adoptés par la crédu-

CONSTANCE. l57

lilé du temps le jeta dans les superstitions antiques; incrédule pour les mystères , il crut aux auspices 9 aux oracles^ à la magie ^ ne fit rieh de stable ^ parce qu'il voulut tout changer sans prudence , et n'opéra qu'une révolution éphémère qui n'eut que la courte durée de sa vie.

Comme administrateur^ comme juge, comme guerrier, Julien, semblable à Trajan, à Marc- Âurèie, fut un grand homme; mais, comme législateur religieux, le mélange bizarre qu'il voulut £aire du culte de FÊtre suprême, de la doctrine deFlaton. et du polythéisme , le rendit en quelque sorte ridicule, et la persécution qu'il fit subir à la nombreuse partie de ses sujets qui étaient chrétiens, fut injuste et lui mérita leur, haine; haine violente, outrée, qui,. dans son aveuglement, né' voulut reconnaître aucune des. grandes qualités de ce prince célèbre.

D'abord Julien, n'osant résister aux ordres de Constance, les éluda; et, ne pouyant assister aux leçons du fameux rhéteur païen Libanius, it étudia ses écrits. Relégué à Pergame, il y trouva des astrologues et des hommes adonnés à là magie > tels qu'Édèse, Maxime, Jamblique, qui. s'emparèrent de son imagination et fascinèrent assez adroitement ses yeux par leurs prestiges pour lui faire croire qu'ils le mettaient en relation avec les dieux : il en vint au point de &e persuader, que ces divinités venaient, pen-

l58 CONSTAKCE.

dant son sommeil y lui donner des avis salutaires; il croyait distinguer clairement à la voix si c'était Jupiter, Minerve, Apollon, Diane, ou le génie dfs R(»ne, qui lui parlait.

CcMastance, informé de soil penchant pour Tidolàtrie, charge^ un évéque arien, Aétius, de surveiller sa conduite. Julien sut tromper, par une dissimulation inouïe à son âge, mais trop commune sous le despotisme, la vigilance dé ce prêtre , aussi ardent sectaire que subtil orateur. Affectant un grand zèle pour la religion doiit il méditait la ruine, il prit Thabit de moine, et remplit dans l'église les fonctions de lecteur. Le danger de sa position n'excuse point un si bas artifice.

Apréis la fin tragique de Gallus, on le retint sept mois captif dans un château; le grand chambellan Eusèbe prenait constamment l'em^ pereur d'ordonner sa mort; il était, disait- il, trop impnident de laisser vivre un prince qui tôt ou tard voudrait venger sa famille : l'impératrice Eusébie , qui s'intéressait à son sort , le sauva et obtint qu'on le laissât aller en Grèce pour achever ses études. On ne pouvait choisir un exil plus doux, uii séjour plus agréable pour Julien : la Grèce était la patrie des poètes qu'il aimait, des philosophes qu'il admirait, et des dieux qu'il adorait secrètement. Sa mémoire prodigieuse, son application soutenue , la viva-^

CONSTANCE. iSg

cité de son esprit et retendue de ses connaissistnces étonnèrent les sophistes et les orateurs d'Athènes : saint Grégoire et saint Basile suivaient alors ^ comme lui, les écoles de cette ville célèbre. Julien , forcé de cacher ses véritables s^timens, étudiait, ainsi qu'eux, avec une ardeur apparente, les livres saints; et ces évéques lui reprochèrent dans la suite cette politique artificieuse 9 mais , forcée, comme une odieuse hypocrisie.

Si l'on en croit saint Grégoire, Julien avait les yeux vifs, les sourcils arqués, la bouche grande, la lèvre inférieure rabattue > le cou gros et courbé, les épaules larges, le corps bien proportionné, les cheveux bouclés, la barbe hérissée et pointue; sa taille était petite ^ sa physi<hnomie maligne et railleuse, son regard incertain, sa démarche un peu chancelante; il parlait vite et aimait à faire beaucoup de questions qui se succédaient rapidement.

Malgré ses démonstrations de piété, les païens, charmés de son esprit, faisaient des vœux pour qu'il devint leur maître; et saint Grégoire, pénétrant ses véritables opinions sous le voile religieux qui les couvrait , écrivait à ses amis : « Ce prince sera l'ennemi de la religion ; c'est >y un monstre que l'empire nourrit dans son sein. » Fasse le ciel que je sois un faux prophète ! »

Les historiens chrétiens donnent bes^ucoup de

l6o CONSTANCE.

détails sur les artifices qu'on eiîiploya pour enflammer son imagination^ pour £asciner ses yeux, pour lui faire croire qu'il était en commerce avec les dieux. Ils rapportent qu'un jour, comme il se trouvait au milieu des démons, il fit le signe de la croix et tout disparut. Ces récits ressem.-' blent aux fables, mais Julien était superstitieux; ce philosophe austère était un païen dévot, et la superstition rend tout vraisemblable.

Il se fit initier aux mystères d'Eleusis qui depuis subsistèrent encore quarante années, jusqu'à l'époque de l'invasion d'Alaric.

Arrivée JuHeu était âgé de vingt- quatre ans lorsque ^^Miiln" * Constance lui envoya l'ordre de se rendre à Milan pour le revêtir de la pourpre. Il reçut cet ordre comme un arrêt : préférant alors les plaisirs de l'étude aux illusions de la puissance , il regrettait sincèrement la cour tranquille d'orateurs et de philosophes (|ui l'entouraient, les ombrages paisibles des jardins de l'Acadétoie; et, saisi de crainte en pensant qu'il allait se renfermer dans le palais du meurtrier de sa famille , avant de partir, il courut au temple de Minerve, se prosterna au pied de ses autels et la conjura de veillersur ses jours.

Dans le même temps, d'autres craintes et d'autres agitations troublaient l'esprit de Constance : sollicité en faveur du prince par l'impératrice, alarmé par les représentations du per-

GOUSTA^GE. l6l

fide Eusèbe, soii grand «- chambellan , ennemi implacable de Julien, il hésitait encore s'il devait le perdre ou le couronner : enfin Eusébie le décida en lui disant : « Les affaires intérieures » de l'empire exigent tous vos soins; les Sarn mates et les Goths qui ont franchi le Danube, » les Perses qui envahissent l'Orient, vont oc- » cuper tous vos efforts : seul , vous ne pouvez » suffire à tout; la Gaule est près de vous échap- » per, les Francs et les Germains s'en emparent; » envoyez Julien contr'eux : s^il en triomphe , » vous aurez l'honneur de sa victoire; s'il suc- » combe, vous serez délivré d'un ennemi. »

Lorsqu'on sut le prince arrivé dans un fau- son cUrabourg de Milan , l'empereur déclara publique- de cë«ar. ment la résolution qu'il avait prise de l'élever au rang de César. Cette nouvelle excita la surprise et les murmures des eunuques et des affranchis; ils étaient effrayés de l'élévation d'un prince habile, et qui les méprisait. Ayant reçu l'ordre de venir au palais pour s'y établir, il s'y rendit après avoir consulté les dieux. Il y porta la tristesse d'u» homme qu'on mène à l'échafaud;

Lorsqu'on lui coupa la barbe et qu'on le dé- son refas

^ r * de celle

pouilla du manteau de philosophe, si déplacé dignité. dans un tel lieu, pçur le couvrir du vêtement guerrier des Césars, son embarras, son silence, ses yeux baissés, son air morne et pensif, le rendirent l'objet des sarcasmes de la foule corrom-

162 CONSTAKCE.- a

pue des ^nc%f des comtes, des chaïqibellans et des dc»nesliques du palais. Comme ce prince était plus frappé des malheurs attachés à la puissance suprême que de son éclat , il supplia l'empereur de le délivrer de ce fardeau et de lui permettre de vivre au milieu de ses livres chéris , dans une retraite qu'il préférait alors sincèrement au tourbillon du. monde.

Constance lui dit qu'avant de prendre défini- ' tivement un parti si peu convenable à sa nais-* Son . sance , il devait en parler à Eusébie. Cette

acceptation ' ^ *

oi^«j»^^«p" princesse oonjur^ Julien de renoncer à cette philosophie farouche qui l'empêchait de remplir les devoirs que prescrit la vraie sagesse : elle lui fit comprendre qu'il y avait plus de faiblesse à fuir les écueils qu'à les surmonter, que ses études seraient sans fruit s'il les bornait à ces vaines spéculations, et qu'appelé à travailler au salut de l'empire, il ne pouvait, sans se flétrir, refuser ce glorieux fardeau. Le prince se rendit à'ses instances.

Dans ce temps où le pouvoir absolu s'était élevé sur la ruine de toutes les institi»tions , on ne demandait plus, pour nommer un prince, le consentement du peuple et du sénat; mais on consultait encore l'armée, et l'empire était une république militaire. Constance, environné des grands, des généraux, des principaux officiers, et en présence de la garde et des légions, an-

CONSTANCE. l65

nODça que, si les troupes approuvaient son choix, il donnait le titre de César à Julien : tous les soldats* exprimèrent leur consentement en frappant leurs genoux avec leurs boucliers.

« Prince, dit l'empereur, recevez la pourpre » de vos pères; partagez ma puissance et mes » périk; chaaeez les Barbares de la Gaule ; gné- >i rissez les plaies qui affligent cette malheu-^ » reuse contrée ; que votre exeqaple encoupage » nos troupes, que votre prudence ménage leurs » forces : j'espère qu'elles trouveront en vous un » chef intrépide pour les mener au combat,* un » a^pui sûr dans leurs^|)esoînsr, un âktslre té« » moin^e leurs travaux. Soyez le modèle et le » juge de leur vaillance. Lorsque vous aurez » rendu ht paix à l'empire , nous le gouverne- » rons ensemble avec sagesse; je vous regarden rai toujours comme assis près de moi sur mon » trône ; croyez de même me voir toujours près » de vous dans les dangers. Partez, César, em- ' » portez avec vous l'espérance et les vœux des » Romains, et défendez vaillamment le poste » qu'ils vous confient, n

On répondit à ces paroles par des acclama-- sa remrée tions universelles que rendait encore plus vives ^'"' **'*"** la vue du nouveau César, dont on admirait la contenance fière, le maintien calme et les regards animés. Montant ensuite sur le char de l'empereur, il rentra aviec lui en triomphe dans

l64 CONSTANCE.

la ville de Milan; mais, au mitieu du tumulte d'une foule curieuse et au bruit des hommages empressés d'un peuple inconstant, méditant sur les vicissitudes des choses humaines et sur ia fin tragique de tant de princes reçus avec transports comme lui, il s'appliquait les beaux vers de V Iliade dans lesquels Homère compare la pourpre qui couvre les rois au voile qui enveloppe les morts.

Eusébie, voulant achever son ouvrage, lui fit obtenir la main d'Hélène, sœur de l'empereur; mais de tous les dons de cette princesse, celui qu'il reçut avec le plus de reconnaissance, ce fut une nombreuse bibliothèque, qu'il regardait ' comme un remède pour ses chagrins, comme

une consolation dans ses grandeurs.

conauitede Ou uc tarda pas long-temps à lui faire sentir le réganUe poids dc son élévation. Constance commença à le craindre dès qu'il l'eut élevé : le nouveau César ne fut que le premier esclave du palais; l'empereur l'y retenait captif; sa porte était soigneusement gardée; on fouillait ceux qui entraient chez lui pour examiner s'ils ne portaient pas des lettres : sous prétexte de lui former une maison, on renvoya ses domestiques , on l'environna d'espions ; on ne laissa près de lui , d'hommes de son choix, que son médecin Oribase, parce qu'on ignorait qu'il était non -seulement son médecin, mais son ami.

CONSTANCE. l65

Au moment où on le chargeait de Temploi le plus périlleux et du gouvernement de là Gaule, de la Bretagne et de l'Espagne, on le privait de tous moyens de succès; on semblait craindre ses triomphes plus que ses défaites. Les généraux eurent ordre de surveiller leur chef avec plus de vigilance que l'ennemi. Les légions, affaiblies et intimidées par une longue suite de revers, ne reçurent point de renforts; on renferma l'autorité du prince dans les limites les plus étroites; enfin on lui refusa le droit de distribuer des grades et des récompenses.

Il partit de Milan avec trois cents hommes d'escorte; Constance, qui l'accompagna jusqu'à Pavie, apprit en route la prise de Cologne par les Barbares, et n'en informa pas Julien : cependant ils se séparèrent, et le jeune prince, courant au devant des périls , crut s'approcher de la liberté à mesure qu'il s'éloignait de la cour.

Les Gaulois le recurent avec enthousiasme; à Vienne, une vieille femme aveugle et fanatique prédit qu'il relèverait l'empire et rétablirait le culte des dieux.

Julien , entré dans une nouvelle carrière , Ponrait avait pris pour modèle Marc-Aurèle comme législateur, Alexandre comme guerrier; marchant avec les troupes, à pied, la tête découverte, bravant l'inconstance des saisons, n'ayant pour lit qu'une peau étendue sur la terre, il parta-

l66 CONSTANCE.

gcait la nourriture du soldat, supportait comme lui la fatigue, assistait à tous ses travaux et se livrait avec ardeur aux exercices militaires : ce» pendant, comme une danse nommée lapyrrhi-^ que était un de ces exercices , un jour le prince en l'étudiant ne put s'empêcher de s'écrier : H Ah l quel métier pour un philosophe ! »

Lorsque, après leurs travaux guerriers, les troupes jouissaient du repos ^ Julien s'oecupait activen^eut des soins de l'administration,, des besoitia de l'armée ^ de la r^fbrme des abus et de la réparation des injustices. Ce prince infatigable employait la plus grande partie des nuits à étudier Polvbe et César, à méditer les plans de ses opérations; son seul délassement était ensuite la lecture des ouvrages de ses philosophes chéris. Forcé par sa position à dissimuler ses vrais sentimens , il professait encore publiquement jie culte phrétien, et n'offrait qu'en secret ses sacrifices aux dieux. Il haïssait Constance , comme Tadversaire des philosophes , comme Tennemi de sa religion, comme l'assassin de ses proches, et il se voyait contraint à feindra le dévouement et la reconnaissance. Enfin cette dépendance, à laquelle il avait voulu vaii^ement se soustraire , le mit dans la nécessité de loiier publiquement^ selon l'ysage, dans deux panégyriques , les vertus d'un empereur dont \ï détestait les crimes, et de faire l'éloge des ta--

]en8 d'un prince dont il méprisait Tincapacitc^.

Tandis qu'entouré d'écueiU il cherchait les moyens de délivrer la Gaule, en triomphant à la fois des obstacles qne lui opposaient la valeur des Barbare» et la jalousie de Constance^ cet empereur, occupé de soins moins gloiieux, s'engageait plus que jamais dans ïes querelles scandaleuses des sectes. Séduit par les ariens, il ordonna au préfet d'Orient, Philippe, de chasser de son siège Paul, évéque catholique de Constantinople, et d'étabJir à sa place l'héréti- <|ue Macédonius. Paul , arrêté par des soldats , fut chargé de chaînes et conduite £mésè, et de là dn Cappadoce , où on l'étrallgla. Les citoyens , indignés de cette injustice, se rassemblèrent en foule dans l'église de Constantinople; tout le peuple se souleva : mais que peut la multitude sans ordre contre »ne force organisée ? Les soldats de Philippe l'attaquent, l'enfoncent, la dispersent, et Macédonius, protégé par eux« passe sur trois mille cadavres pour monter au siège épiscopal.

Pendant ce temps Constance, ayant convoqué Dissension»

•1 ' -m«*i 1 1 • entre Con»

un concile a Milan dans son palais, y proposa «tance eties nne profession de foi , tout arienne, que les évé- *ISet ^'1" ques catholiques rejetèrent comme hérétique et refusèrent de sousciire. Ils s'opposèrent également à la condamnation d' A thanase, dont le prince se déclarait lui-même l'accusateur. « Les

l68 CONSTANCE.

» canonSi de l'Église^ disaient^-ils, défendent de » jager un homme sans Tentendre. » « Eh bien, » répondit l'empereur, il faut que mes volontés » soient vos canons : choisissez entre Fobéis- » sance et l'exil. »

La plupart refusent et veulent répondre. Constance alors, n'écoutant plus que sa fureur, tire son épée, semble prêt à les frapper, et ordonne ensuite qu'on les mène a la mort*. Ils partent en silence pour l'échafaud; soudain l'empereur, changeant. d'avis, les rappelle, prononce l'exil de trois d'entr'eux, et présente à la signature des autres la déposition d'Âthànase. Quelques évéques intimidés la signent; le plus grand nombre persévère dans sa résistance, et se rend dans l'église de Milan. Le grand-chambellan Eut* sèbe y pénèti;^ à la tête d'une troupe de gardas

et arrête cent cinquante peysonnes, malgré les menaces et les reproches de saint Hilaire, évê- Ijue de Poitiers, prélat révéré, tolérant dans ses principes, charitable dans sa conduite, mai^ ferme dans son indépendance, et dont l'éloquence courageuse combattit alors le despotisme de l'empereur avec une liberté romaine ^ Déposition Constance chargea son grand-chambellan de papeLi- se rendre à Rome près du pape Libère, pour Finviter à souscrire la condamnation d'Athànase ; U lui envoya en même temps des présens magnifiques : le pape refusa de signer l'arrêt de

révêqtie d'Alexandrie , et fit jeter avec mépris hors de l'église les présens de Constance. Ce prince^ irrité^ ordonna à Léonce, préfet de Rome, d'arrêter le pape et de l'envoyer à Milan : cet ordre fut exécuté; en vain le peuple romain se souleva en faveur du chef de l'Église, Léonce trompa sa vigilance et enleva le pape au milieu de la nuit. Libère, arrivé à Milan, brava le pouvoir et la . colère de l'empereur, qui l'exila en Thrac€. Après son d?part. Constance, croyant <levoir montrer quelques égards pour sa dignité, et dans le dessein de le mettre à l'abri du besoin, lui envoya cinq cents pièces d'or : « Ren- » dez cet* argent à votre maître, dit fièrement w le pape à l'officier qui l'apportait; il lui est » nécessaire pour payer ses soldats. »

Le clergé catholique de Rome, dévoué à Li-^ hère, ne voulut point lui donner de successeur. Les ariens élurent Félix. La haine de ces deux partis excita dans Rome des émeutes aussi sanglantes que celles des Gracques, et à cette époque l'Église catholique se vit persécutée par les ariens avec autant d'animosité qu'elle l'avait autrefois été par les païens. <c Leur violence , di- M sait alors Athanase, est une preuve de leurs }) erreurs : les soldats sont de mauvais apôtres » pour la vérité; elle ne connaît d'autres armes » que la persuasion. »

L'empereur voulait consommer la ruine d'A- iiianase.

thanase^ etcraignaitcependant.de violer trop ouvertement la promesse qtt'il lui avait faite de ne rien décider sur son sort sans Tentendre. Pour éluder ce serment , il chargea quelques officiers dele chasser d'Alexandrie^ et ne leur donna aucun ordre écrit. Les Égyptiens, défendant leur évêque, résistent aux officiers de l'empereur : le duc Syrianus, à la tête de cinq mille légionnaires, fond sur eux, en massacre iv^p partie et pénètre à main armée danîs l'église : lepeuple, bravant la mort, soustrait l'évêque à la furie des soldats. Partout l'attachement et 1^ fidélité de ses partisans surent lui trouver des asiles; une vierge de vingt ans le déroba pendant plusieui^s jours à la poursuite de ses ennemis, et la sain-^ teté du prélat trouva dans l'asile de la pudeur une retraite inviolable.

Cependant le comte Héraclius, chargé des pouvoirs de l'empereur, menaça le peuple de l'affamer et de briser ses idoles s'il n'abandonnait pas Athanase. La crainte arracha beaucoup de signatures; l'église catholique fut livréeau pillage, et les Égyptiens idolâtres s'écriaient : M Vive l'empereur Constance , qui est revenu à » notre culte ! vivent les ariens, qui ne sont plus » chrétiens! »

Ces ariens, vainqueurs, élurent pour évéque George, qui, loin de calmel* les passions de son parti, en augmenta la fougue. Plus la résistance

Julien.

COîfSTAWCE. 171

avait été longue^ plus la veogeanc^ fut cruelle : on immola un grand nombre de catholiques; ((et les femmes ariennes ^ disent les auteurs » ecclésiasti<)ues 9' semblables à des bacchantes » furieuses, livrèrent leiK femmes catholiques M aux plus sanglans outrages. »

Athanase, échappé à la mort, ^s'enfuit dans les déserts, et trotfva dans les solitudes d'Antoine et de Pacome un abri aussi tranquille qu*ignoré.

Ce fut à cette époque qu'o^ vit éclore la nou- M^cédonL. velle secte de Macédonîjis , qui niait la divinité du Saint-Esprit/

Tandis que des querelles de prêtres et des dis- nemênt de eussions métaphysiques répandaient le trouble dans Rome, dégradaient la dignité de l'empereur, compromettaient sa puissance et ensanglantaientConstantinople et Alexandrie, Julien, étudiant à Vienne la science militaire , devint en peu de mois le maître de ses maîtres. Après avoir réuni ses forces, remis Tordre dans l'administration, la discipline dans les troupes, écouté les plaintes, réprimé les concussions, adouci les impôts , îl se mît en marche pour délivrer la Gaule des Barbares qui la pillaient.

Appui secret des idolâtres^ neutre entre les ariens et les catholiques, sévère pour les grands, familier avec le soldat, affable pour les Gaulois , chéri par les philosophes et les orateurs qu'il attirait de toutes parts près de lui, l'affection

universelle l'environnait. Disputant avec les savans, faisant des vers avec les poètes , jugeant avec les magistrats , combattant avec les guerriers ^ on voyait dans sa cour le même mélange que dans son caractère; les manteaux de philosophe y étaient confondus avec les casques militaires; on y trouvait à la fois un tribunal^ une cour, un camp^ une église, un temple ancien, une école et une académie.

Son aversion pour les plaisirs aurait choqué les mœurs efféminées d'Antioche et de Byzance; mais e!le lui attirait l'estime des Gaulois. Sa dou ceur, sa science, sa- bravoure, sa gravité firent bientôt oublierConstance, et transportèrent dans la Gaule la majesté réelle de l'empire. L'ombre de l'ancienne Rome semblait y apparaître prés de lui, et se complaire à entendre des discussions graves , à écouter des arrêts d'une justice ferme, avoir des villes reconstruites, et à parcourir des champs couverts de fertiles moissons et bientôt de trophées glorieux.

Guerre en- L'inteutiou dc Coustancc était de ne lui laiset les Bar- scr qu'uu valu titre ; Marcellinus devait jouir du pouvoir réel. Le prince avait été entouré de lâches courtisans chargés (Je l'éloigner des affaires et de ledétourner de toute entreprisehasardeuse. Sourd à leurs avis pusillanimes, et méprisant la surveillance de Marcellinus, il se mit à la tête d'un corps de troupes peu nombreux, mais dont

CONSTANCE. lj'5

il sut par son exemple doubler les forces» et le courage. Il marcha contre les Barbares : dans les premiers jours, écoutant plus son ardeur que la prudence, il se laissa surprendre; son arrière-garde fut entamée , mais ce léger échec lui fut plus utile que ne l'aurait été un premier succès. Depuis ce moment il se garda «avec soin, évita les pièges, éclaira prudemment sa marche, et joignit la sagesse d'un vieux capitaine à la bravoure d'un jeune guerrier.

Attaqué de tous côtés par une nuée d'Allemands et de Germains, il repoussa leurs efforts, avança toujours en combattant et poux;suivit les ennemis jusqu'à Reims, où par ses ordres toutes les légions s'étaient réunies. Alors, sans perdre de temps , il se porta sur le Rhin avec son armée et livra bataille aux ennemis près de Brumat. La tactique romaine triompha de la valeur allemande; les ennemis, tournés et enfoncés, après une grande perte d'hommes, se sauvèrent dans les îles du fleuve.

. Pendant ce temps les Juthonges menaçaient invasion l'Italie; les troupes de Constance marchèrent en "g".'. **"' Rhétie cpntr'eux. De son côté, Julien se porta sur leui*' arrière -garde, en remontant rapidement le Rhin jusqu'à Baie. Les Barbares, effrayés de son audace , de ses succès et de cette diversion , signèrent la paix. Excusions

Le nouveau César, ayant ainsi déjà relevé main».

l'honseur des armes romaines^ établit son quartier d'hiver à Sens. La Germanie était alors une pépinière de soldats; il en sortait à tout instant des essaims de guerriers , dont on n'apprenait l'approche et l'arrivée que par les incendies et le pillage qui signalaient leur apparition. Ils n'araienti4ii de système dans leur politique ni de méthode dans leurs opérations. Leurs inva-t sions étaient courtes et violentes; prompts à déposer les armes et à les reprendre j on ne pouvait faire aveaeux de paix solide.

Exploits •Au moment où on les croyait tranqui^es, ils pénétrèrent tout à coup en foule dans les Gaules^ enfernAèrent Julien dans la ville de Sens et l'y assiégèrent. Marcellin^ n'écoutant qu'une basse jalousie^ le laissa sans secours : le péril développe les grands caractères; le prince, livré à ses propres forces, au lieu d'être effrayé et de se tenir sur la défensive, attaqua les nombreux assaillans qui l'entouraient, trompa les Barbares par de fausses attaques sur un point , réunit toutes ses forces sur . l'autre, enfonça les Allemands, en fit un grand carnage, les mit en fuite et les força de repasser le Rhin. Marcellin, qui avait voulu le perdre , et qui avait accru sa renommée, fut rappelé.

Tyranniede Taudis QUc la gloirc romaiuc revivait ainsi

Constance. * "

dans la Gaule, Constance, gouverné par Rufin , préfet du prétoire, par Arbétion, général de la

cavalerie, et par l'eunuque Eusèbe, courbait l'empire sous le joug d'une honteuse et lâche tyrannie. La crainte le rendait cruel et multipliait les accusations; un mot imprudent, un murmure échappé étaient regardés comme des crimes de lèse -majesté. Cependant l'empereuf, v*in de son entrée quelques succès remportés par ses armes en Rhétie, et victorieux sur le Rhin psEp la valeur de Julien, crut pouvoir eotrer.fn triomphateur dans la capitale de l'empire, qu'il n'avait jamais vue. Le sénat et le peuple vinrent au devant de lui. Admirant comme un voyageur lesantiqui-* tés de Rome, il fut saisi de respect à la vua de ces nobles jnonumens qui rappelaient tant de grands souvenirs.

Le timide Constance s'assit dans le sénat et occupa la place qu'ayaient illustrée Caton, Pompée, César, Auguste. Il se montra sur le Forum et harangua le peuple dans cette tribune , veuve de l'éloquence de Cicéron. Malgré sa haine con-^ stante pour l'ancien culte, vaincu par la majesté de Rome, il •confirma les privilèges des vestales et conféra même des sacerdoces à plusieurs personnages distingués par leurrang et par leur naissance. Enfin, se conformant aux usages" antiques*, il fit célébrer des jeux solennels dans tout rempire; et, pour embellir Rome d'un nouveau monument, il y fit transporter à grands frais d'Egypte un troisième obélisque, qu'on

voit encore sur la place de Saint-Jean de Latran. »«pp^^«^ Le pape Libère, arbitrairement déposé , était toujours vivement regretté par les catholiques. Les dames roumaines rassemblées vinrent en foule trouver l'empereur, et, parleurs pressantes instances, obtinrent son rétablissement. L'exil avait abattu le courage de Libère; il revint à Rome, et consentit à signer la condamnation d'Âthanase, ainsi, que la formule arienne.

Hélène, femme de Julien, perdit plusieurs enfans en les mettant au monde , et depuis demeura stérile. La calomnie, qui s'attache toujours à tout ce qui est élevé , n'épargna pas Eusébie, et fit croire que celte princesse^ qui n'avait pu être mère , et qui était jalouse de la fécondité d'Hélène, lui avait fait prendre un breuvage qui l'empêchait dé laisser des successeurs à l'empire. On ne peut concilier l'idée d'un tel crime avec celle que l'histoire nous donne du caractère vertueux de l'impératrice, qui opposa toujours une courageuse résistance aux perfides intrigues du grand-chambellan et des vils favoris de l'empereur. Protectrice constante de Julien, ce fut elle qui obtint qu'on accordât plus d'autorité à un prince qui en usait si habilement. Elle fit disgracier Marcellinus, et le remplaça dans le commandement des troupes par Sévinus, général expérimenté, incapable de jalousie et digne de seconder Julien; mais elle ne put ôterla préfec-

coNSTÀNce. 177

ture de la Gaule à Florantitts^ dont l'orgueil^ la b^sesse et la cupidité* s'opposaient jsans ôesse à toutes les réformes salutaires que le prince projetait dans ràdministration de ses provinces. Malgré ces obstacles^ Julien , par sa persévérance, réussit dans tous ses desseins , et fut aidé dans ses utiles travaux par un Gaulois nommé Satliiste, homme éclairé, courageux et fidèle; il mériteit la confiance de Julien, et ce prince était digne d'un tel ami.

Pour se mettre à l'abri des surprises, Julien établit sur la ligne du Rhin des postes «t un grand nombre de courriers qui, de relais en relais ,«communiquaient les nouvelles avec une extrême rapidité'. Trompant ses iftesures, les Bar- Nouvelle bares forcèrent les postes» des frontières, firent BaAare*. encore une invasion dans la Gaule, et pénétrèrent jusqu'àLyon. Julien, informé de leurs progrès^ réunit ses troupes, marcha contr'eux et les tailla en pièces. Comme il avait habilement détaché trois corps pour leur couper la retraite, nul d'entr'eux ne se serait échappé, si l'un des généraux de Constance, Barbation, qui occupait Baie atec vingt mille hommes, eût fait son devoir: mais il ouvrit passage aux Allemands. etTrai.isonde accusa même de trahison et d'embauchage Yalentinien, général qui lui avail porté des dépèches par lesquelles julien l'invitait à se joindre a lui contre les Barbares. Constance, sans àp-

profondir cette accusatien^ destitua Yalentinîen. La fortune inooiiistaiitey"qui accablait alors ce général, le porta dans la suite au trône. ' . Dcsiitutton Julien ne voulait pas laisser aux ennemis le

de Yalenli- ' * 1 i»»

nien. temps de réparer leur perte ; et, dans 1 intention^ de passer le Rhin, il demanda des barques à Barbation qui les lui refusa. Privé de ce secours, il se vit forcé d^attendre le moment. où la chaleur rendrait le$ eaux plus basses; alors, tiaversant à gué un bras du fleuve, il surprit les Bar^ bares qui s'étaiept dispersés dans les îles , et en • tua ^a grand nombre : le reste tomba sur Barbation, le mit ea.. fuite, et Je punit ainsi de sa trahison^ ,

confc'déra- Cependant sept rois allemands, indignéa.de

lion aile- «i-rh • ii ï^ i

mande, voir Ics Romams rcpcendrc leur vfgueui^ et la Gaule échapper à leur cupidité, réunissent leurs nations , s'approchent de Strasbourg et ordonnent insolemment à Julien d'évacuer cette frontière. Chuodomaire était l'Âgamemnon de cette confédération barbare.

Julien, voulant les attirer dans la plaine de Strasbourg, leur laisse passer le'Rhin, ps^^t de Saverne et campe en présence de l'ennemi. Les soldats voulaient combattre; le prince , qui jugeait plus utile de réparer leurs forces par quelques instans de repos, essaie de calmer leur' ardeur. « Plus j'estime votre courage, leur dit-il, » plus je dois ménager vQtre sang; pourquoi

cofis'nuvcB. 1 79

» voulez-vous, par trtp de précipitation, ache- » ter trop cher un succès certain ? La bravoure » n'est pas le seul mérite du guerrier; s'il se » montre fier contre l'ennemi , il doit être moyi deste avec ses compagnons et docile aux vo- » lontés de son général. Je peux vous donner des » ordres, mais j'aime mieux persuader tiu'of- » donner. Le jour est avancé; la nuit, mettant » fin au combat, ne nous permettrait pas une » victoire complète : vous venez de marcher sur )} ifti sable brûlant , wous vous trouvez sur^un }) terrain coupé de ravins et couvert d'arbres; » le repos a ranimé les forces de l'ennemi , une » longue route a dimintité les vôtres; mon avis }) est qi^ nout nous retranchions prudemment » pour combattre ensuite avec hardiesse* Réla- » blissonsihotre vigueur par la nourriture et par »jle sommeil; demain, à la pointe du jour, nous » marcherons , et nous triompherons des Bar- » bares. »

Il voulait poursuivre; mais les soldats impa* liens l'interrompant par leurs mi^rmures, frémissent de colère , frappent leurs boucliers de leurs lances, étouffent la voix de leur général par leurs cris et demandent tous le combat.

Aur milieu de ce tumulte, un enseigne élevant la voix : « Marohe, heureux Cé^ar, dit-il; » suis la fortune qui t'appelle ! Nous voyons à » notre tête le courage et la prudence; tu vas

l8o -CONSTANCE.

» voir aussi queHe^^t la fdrce de? soldats romai ns » lorsqu'ils sont conduits par unichef habite qui » inspire , juge et récompense les grandes acw tions. » "

Bataille en- Julien cèdc aux vœux de l'aMnée et se place À

Ire Julieti *

et chnodo- \^ té^ deson aile droite iChnodomaire lui était

maire. '

Opposé : Taùtre aile des Romains était conduite par Sévère qui avait devant lui l'aile droite des Allemands y commandée par Sérapion.Les Bari)arés avaient placé entre leurs encadrons des fantassins légèrement armés qui devaient^ pendant le combat, se glisser sous les chevaux des Hômains et les peréer de kuts glaives.

Des deux côtés on jonne la charge ; Sévère sîavance le prertiier, découvre à'^temi^^ ^^^ 1® bord d'un marais*^ une embusqade dans laquelle il allait tomber^ et s'arrête avec prudence.

Au moment où les deux armées obscure^ saient l'air par une nuée <ie traits, Julien^ à la tête de deux cents chevaux, parcourt les rangs et s'écrie : (c Courage, compagnons, voilà le mo- » ment que vous avez souhaité î Ce n'est que » l'espoir d'une telle journée qui m'a fait ac- ») cepter le titre de César. Rendez au nom ro- » main son ancien lustre ; opposez à la fureur » aveugle des ennemis une valeur ^lus solîd^ et )) plus froide, et songez bien que la victoire due ' » à votre courage peut seule à présent justifier » votre impatience.. »

CONSTANCE. l8l

Les Alknmnds^, furieux d'avoir été chassés de k Gaule par les Romains, décidés cette îois à vaincre ou à périr , crdiignant qu'au; {premier désavantage leurs rois ne les abandonnent, exigçnt qu'ils partagent dans cette action tou» leurs dangers, et les forcent à combattre à pied avec eux. L(es deux armées s^apprpcbent en ordre et en massé; leurs rangs serrés ressemblent V à deux*murailles hérissées de lances ; ils se (5hoquent avec un J^ruit terrible ; un nuage de poussière les cou^rre et ensevelit dans' l'ombre* une foule d'exploits dignes d'être plus éclairés.

Sévère trouve un passage dans les marais,, tourne le corps qui' était embusqué , attaque les Allemands, et, après de violens efforts,, les- enfonce et les met en fuite. La fortune^&e montrait d'un autre côté moins favorable aux Romains : six cents cavaliers de l'aile- droite , sur lesquels Julien fondait 1^ plus d'espérance , après une lutte opiniâtre^ perdent le che/ qui les commandjiit ; ils s'épouvaiftisut y se débandent jet se jettent en désordre sur riflfantferie. L'ennemi les poursuit avec ardeur. Julieïi ,*m)ercevant cette confusion, accourt à toute bride; on le reconnaît à la brillante enseigne qui le suit, au dragon couleVir de pourpre qui la décore : « Où fuyez- » vous, soldats ? s'éerie le prince en courroux ; » les lâches ne trouveront point d'asiles , toutes » nos villes leur fermeront leurs portes; si vous,

» voii)c2 recouvrer votre gloire, suivez-moi; si » vous voulez fuir, passez sur mon corps : je » perdrai la vie avant Thonneilr. »

Honteux de leur lâcheté ^«les cavaliers se ral- " lient, retournant i |a charge contre les Parhm*es qui attaquaient déjà le flanc des légions. La mêlée devint affreuse; les uns l;^ûlaient du désir de réparer leur honte ^ les autres s'çpinyttratent à ne pas perdre leur avantage : te corps de réserve arrive au > secours de Julien; malgré ce renfort, les rois allemands, àja^éte de toutes leurs troupes %m masse, renversent la cavalerie romaine, enfoncent l^ile droite de Tinfanterie, et pénétrent jusqu^à la légion du centre, contre laquelle viennent enfin ^échouer leurs efforts redoublés et leur rage sanglante*

Chacun des soldats de cette inébranlable légion repousse leyrs coups^ comme une tour immobile résiste au chop du bélier. Les Allemands, accablés de fatigue, tombent j|a(P milliers sous le glaive <le cette légion quCm ne peuvent entatoer; enfin leurs •çajïg§*;*éclaircis par la mort, s'ouvrent^; l'époûvânfeles prend; les cohortes qui gardaiient le camp romain accourent alors et redoublent la terreur de l'ennemi. Il se retire en désordre; sa retraite se change en déroute ; Julien les poursuit Tépée dans tes reias; les Allemands demandent en vain la vie, les Romains furieux ne leur font aucun quartier : le champ

OOnSTMBfpE. l85

de batmlle^ les^ rivages du Rhin* sont couveris^ de morts et de duourans; les flots en engloutissent un grand nombre. Quelques-uhs> portés sur leurs boucliers, arrivent à l'autre bord. Chno- Dëfaite^ domaire, échappé au carnage,^ cherchait son sa- cptiviié de lut dans la fuile, à la téfte de qtn&lques cavaliers r »*>". il tombe dans un marais ,. se relève , g^nè un bois, est reconnu par tin tribun dont la cohorte Tçuveloppe, le prend et Ic^conduit enchaîné aux pieds de Julien. Cette victoire, égale en' éclat aux plus mémorables de celles qjjii avaftnt ilbis-* tré les anciens héros de Rome, sauva l'empire.

 la tête de trerze mille soldats, Julieii vain* quit trenteKîinq mille Barjpares ;: commandés par sept rois, enorgueillis par de nombreiuc succès. Les.légfons^^ 'dans leur enthousiasme, le saluèrent du nom d'Auguste : il refusa ce titre avec . une indignation apparente et une crainte fondée.

Convaincu que la sévérité de là discipline éMl la seule garantie ^lide des succès, il manda oevaut lui les six cents cavaliers qui avaient fui la veille,, les réprimanda durement, et, conformément aux anciennes coutumes , leur fit traverser le caqip habillés en femmes. Au moment où Chnodômstire parut 'à ses yeux, touché du malheul* de ce roi captif, il l'accueillit avec égard; mais, quand il vit ce prince barbare^ si insolent avant le combat, déshonorer son in-^ ' fortune en se prosternant à ses pieds et en im-

ld4 CQISSTANGE.

plorant bassement sa clémence; il lui marqua son- mépris ; lui tourna le dos et l'envoya près de Constance.

Lorsque la nouvelle de la victoire de Strasbourg parvint en Italie ^ elle réveilla l'orgueil de Rome, irritables courtisans et excita la ja-* lousfe de l'empereur. Ses vils favoris donnèrent à Julien par dérision le nom de Victorin , pour atténuer son triomphe , et pour rappeler en même temps au timide Constance le nom du géaéral ^uî, <^ temps de Gallien^ après quelques succès ; avait usurpé dans la Gaule le pouvoir suprême et le titre d'Auguste.

L'empereur p'ublia» cependant dans tout l'empire lat victoire remportée sur les Barbares ; mais il s'en attribua ridiculement l'honneur/ comme »'il eût lui-même assisté à ce triomphe et commandé l'armée* Il ne daigna pas seulement cilAfians sa relation le nom de Julien^ et par ce silence^tnéme il lui donna plus d'éclat. ^oirrones Lcs soMats romaius se montraient encore bra- ^ jau^. ^ yes, mais n'étaient plus disciplinés; après la victoire ils voulaient jouir du repos, et se montraient peu disposés à continuer.de pénibles marches : lorsqu'ils reçurent l'ordre de paàser le Rhin, ils y répondirent par des murmures; mais la fermeté de Julien triompha de leur in- , docilité : ils franchirent le fleuve et dévastèrent une partie de la Germtanie, On construisit une

comsTàscE. i85

forteresse au-delà du Rhin : les^^Allemands intimidés demandèrent la paix / et n'obtuirent qu'une trêve de dix mois. Après cette campagne l'armée revînt à Reims pour y établir ses quartieis d'hiver, et trouva tout ce pays ravagé par un corps de Francs ; il ne s'élevait pas à plus de mille hommes, mais leur force et leur audace répandaient l'effroi dans la cobtrée. Ces guerriers redoutables, dit un historien du temps, ne connaissaient point de saison, et semblaient même préférer les frimas de l'hiver à la doute chaleur dur printemps. Les Romains les attaquèrent «et les forcèrent de se retirer.dans line forteresse située sur laMeuse. Après cinquantequatre jours de siège , ils oapîtulèrMit et sauvèrent leur vie aux dépens de leur liberté. Cette victoire fit d'autant plus d'honneur à Julien, que a jusque-là, dit Libanius, les Francs avaient » toujours préféré la mort à la captivité. » Us furent envoyés à Constance. L'empereur, admirant leur haute stature, les incorp<H*a dans sa garde, et les écrivains dfa temps remarquent qu'ils paraissaient comme des tours au milieu des bataillons romains.

Julien passa l'hiver à Paris : on a conservé la Description description qu'il faisait de cette ville déjà célè- ^iSTen!" bre ; il la nommait sa chère Lutèce : entourée par deux bras de la Seine , elle n'occupait que le quartier qu'on appelle aujourd'hui iaOité : une

l86 CONSTAIÏCE.

forte muraille |;arnie*de tours la défendit; où y pénétrait par deux ponts de bois. Malgré le peu d'étendue de soft eneeinte^ on y voyait des temples / un palais , un amphithéâtre. Julien vantait lal^rtilitédu pays^la salubrité des eaux, la douceur de la température. 11 y éprouva cependant un hiver rigoureux : on voitKlans sa relation la aurptise que lui^'caifôa l'épaissear des glaces qui couvraient ïa rivière. Jusque-là, breivs^nt Tàpretédu iroid,. îl n'avait point voulu qil'on fît du feu dans sesappartemens; mais alors,, forcé d'y placer un brasier, il se vit-îiu moment de mourir, asphyxié par la vapeur du charbon. Chaque jour la sagesse et la justice de Juliei) augmentaient l'affecAion d«^ Gaulois pour lui, et sa renommée croissait continuellement , tandis que Constance perdait chaque jour, par spa despotisme et par sa faiblesse, l'estime et ki confiance des peuples. Sous le consulat de Ti-bérius Fabius Dallianus et de Marcus Nératius Céréalis *, l'empereur publia une loi qui exemptait d'impôts* et de toutes charges com- . mu nés ses domaines, les biens des é|;lise8 catholiques , et ceux de la famille d'Ejisèbe , père de l'impératrice. La perte de l'égalité suit nécessairement celle de la liberté „ et les privilèges forment toujours le cortège de la tyrannie.

Constance, oubliant l'antique fierté de Rome, * An 358.

GOUSTANGE. 187

jdemaoda Ja paix à Sapor : le roi de Perse y mit pour condition la cession de la Mésopotaioaie et de l'Arménie; Tempereur^efusa d'y consentir, ^t ne retira ainsi de sa faible démarque que la honte de l'avoir faite* Barbatiop , envoyé par lui contre les JuAhonges, les tailla en pièces dans laRhétie.

Cependant Constance, jaloux de la gloire de victoiresde Julien , crut devoir se montrer aussi à là tête des armées; il franchit le Dafiub^^ attaqua le»^rmates et les Quades, en triompha par la bravoure de sgs généraux , et en fit un grand carnage. Le roi Zizaîs, leur chef, arriva dans le camp de l'empereur , se prosterna devant lui , implora sa miséricorde et obtint la paix. Qn vit alors le premier exemple de cq droit féodat qui devînt, pendant tant de siècles, le droit.publfc de l'Europe. Les Quades 'prétendirent que la paix signée avec eux y comprenait explicitement leurs vassaux. L'empereur porta ensuite ses ar-* mes contre les Limigantes : Ces esclaves belliqueux, qui avaient. précédemment chassé Àe leur pays les Sarmates leurs maîtres, prévoyant le sort qui les attendait, se défendirent avec le courage du désespoir. Après une opiniâtre résistance, accablés par le nombre, ils feignirent de se rendre,- capitulèrent, arrivèrent en foule au lieu qui leur était indiqué pour déposer leurs armes, et tout à coup, jetant de grands cris, ils

l88 CONSTANCE.

se précipitèrent au milieu du camp romain et^ pénétrèrent jusqu'à la tente de l'empereur, qu'ils voulaient tuer avant i^e périr; mais, enveloppés par les liions, ils furent tous passés au fil de Tépée. , . ^

L'empereur, de retour dan| ses États, ne s'occupa plus (|ue des troubles religieux, dont il augmentîtit la violence en voulant y interposer son autoiîté. •

Dësasnes . Da»s cc temps J'Asfe éprouya les plus grands désastres par d'affreux trémblemens de terre ; ils détruisirent cent cinquante villes dans rO-=-

Destruction ricut. Ccfle de Nicomédie fut renversée de fond

de rïie^mtf-

^»«- e]\ comble.

Nouvelle Là ^Gaulc ne jouit pas^ long -temps du repos ^ïToIufe? que* lui avaient donné les victoires de Julien» Beux (jribus de Francs , les Saliens et les Chamaves, s^étaient, depuis plusieurs années, fixées dans la Toximandrie, aujourd'hui leBrabant. Ils en sortaient souvent pour dévaster la Belgique : Julien marcha contr'eux, les surprit, battit les Saliens, conclut la paix avec eux« et par ce traité reconnut solennellemei^t leurs droits sur la.Toximandrie, qu'ils continuèrent déposséder. Les Chamaves lui opposaient une plus opiniâtre résistance ; un ancien ressentiment enflammait . leur courage ; ils croyaient que le fils de leur roi, envoyé par eux autrefois en otage à Rome, avait péri par un honteux supplice : Julien,

leur ayant demandé une conférence ; offrit tout à coup à leurs regards ce jeune prince qu'il avait fait élever avec autaiit de soin que s'il eât été son propre fils. Sa générosité désarma les Francs; et lui valut une paix plus solide que si elle avait été arrachée par la victoire. Les Ghamavea éva-^ cuèrent la Gaule.

A la même époque une affreuse disette 4)or- ReVoUe tait l'armée àla*révolte : on conseillai tMau pcince ^aée occa-

)h • • • sionëe par

la sévérité ; il s y refusa et employa toute son i* <*»«"«• activité pour subvenir aux besoips de ses soldats, aimant mieux, disait -il, soulager leur; maux que punir leur impatiencew

La Irève étant expirée, Julien fraversa encdre le Rhia^ôt le Jïecker, vainquit les B2irbare,s et les força de lui rendre quatre-vingt milïe prisonniers gaulois ou romayis. Ce fut alors que la Gaule, délivrée par ce héro$| jouit sous Soï^ administration d'une*prospérité qui jlepms {Aus d'un siècle lui était inconnue.

Le sort infli£;ea dans ce temps un juste châtÎT Mortae ipent au cruel Barbation.«Ce général, qui devait sa fortuné plus à ses intrigues qu'à ses exploits, était universellement regardé comme le chef des délateurs : il devint leur victime. Leâ hommes méchans et lâches sont aussi sujets à là superstition qu'étrangers à la xraie piété. La chute d'un nombreux essaim d'abeille^ dans so^ appartement effraya cet esprit crédule et timide;

igO . CONSTANCE.

il manfla près de lui des d^ns pour Fes.consulter. St femme Âssyria, attribuant sa cuAosite kmn autre motif , se'persuada qu'il voulait détrôner Constance et épouser ensuite l'impératrice Eusébie , dont elle était jalouse : dans son comportement elle lui écrivit, et lui fit sur son infidélité des reproch<68 violens et très injuri^kux pour Kusébie. L'esclave qu'elle chargea de sa dépêche avait autrefois appartenu au md* heureux Sylvain f il ouvrit la lettre , et , croyant y trouver un^moyea sûr de venger son anciej[i {naitre , il l'apporta à Gonstaoce. Aux yeux de ce prince défiant lin soupçon tçiiait lieu de crime; ilfiUtrancher k tête à Barbation et à sa Gimûie. sëaition 4 Cetfe même anpée les vents du nord , qui ré- «é^parTa' gnaîcift avcc violence, retardèrent l'arrivée à Ostîe des blés nécessjjLires 'à la subsistance du *pe\iple de Rome, La disette excita une sédition. TeHuflius, préfet de la bapitale, fit alors un sacrifice so)ênnel à Castor et à Pollux. A peine était-il achevé, qu'on apprit que la flotte entrait dans le port. Cet événement rendit pour quelque temps un grand crédit à l'idolâtrie. Troubles Lcs troublcs-de l'Oçient donnaient alors une ' juste inquiétude à Constance; les Isaures con-* tinuaient leurs pirateries : le comte Saurice les battit en plusieurs rencontres et les força de rentrer dans leur repaire.

Ursicin avait long- temps contenu les Perses

par son courage ^t par son habileté; mais la jaloiisîe des courtisans ^vait diminué«6|s forces let borné ses succès. Le m^ri^o dssm les qçurs est toujours l'objet de la haine des favoris ; Tem* pereur, obsédé par eux , rappela Ursicinj l'incapacité de ceux qui le remplaçaient favoris les armes de Sapor, qui sjavança au-tlelà de Nisibe. Avant son départ., ce gén^jral, par une manœuvre habile, ayant tourné les Perses, les avait mis en fuite, et dans cette déroute Sapçr lui-même oe dut son s§ilut qi^'à la vitesse de^son coursier. Après cette action, les Romains ayant mis le feu dans les champs , cet ^brasement détruisit les bois, les moissons et un grand nombre de bêtes féroces qui , depuis ce tenps, parurent rarement dab^ cette partie de l'Asip^ La trahison des officiers qui commandaient les troupes légères d'Ursicin le fit Surprendre,. et le 9iit dans un si grand péril, qu'il se vit obligé de se retirer jusqu'au Tigre. Ce fut cette retraite que les courtidans lui reprochèrent comme tra«bison; elle servit de «prétexte à sa disgrâce.

S&por assiégea la ville d'Âmide; elle se dè-r fendit avec courage; le fils du roi y fut tué.; mais enfin , le nombre des assiégeans croissant toujours , elle fut prise d'assaut. Le vainqueur massacra tous les habitans; l'historien Ammien Marcellin échappa presque seul à ce désastre. . Nouveaux

La victoirB et la justice, exilées du reste de 'juTcn.*

iga CONSTANCE.

l'empire y semblaient s'être alors réfugiées dans

les GanJes. Tous les travaux de Julien étaiefnt

couronnés* de succès; il triomphait des ennemif .par ses armes , et ne voulait régner sur les peuples que par les lois. Un jour, assistant à la séance d'un tribunal , il représenta aux juges , qui se montraient trop sévères , qu'on ne pouvait pas condamner sans preuves : ««Prince^ M s'écria l'accusateur Delphidius ( et il n'eut )>^ que trop d'i^iitateurs dans tous les temps ) , » qui sera donc jj^mais jcoupable s'il suffit de » nier les faits pour être §bsmis? » (c Et qui » sera dono. jamais innocent ^ répondit Julien , 1) si*pour être c«i;tpable il suffit d'être accusé ? » Un prince si juste ne manquait jamais d'argent ni de soldats. L'afTectipri en fournit plus que la crainte ; Julien , veillant toujours à la sûreté de l'empire , n'était point assez enivré de ses triomp*hes pour se livrer à une trompeuse sécui^té. Il fortifia Neiss.^ Bonn et Andernac : apprenant ensuite que les Allemands méditaient une nouvelle invasion^ il les prévint^ traversa le Rhin, les surprit, les mit en déroute , pilla leur c^p, s'empara de leurs troupeaux et revint à Paris. ÉifénemenB Cs fut peu dc tcmps aprés que, soit par am- Yënemcnt bitiou , soit par uécessité, il accepta le titre

de Julien. * . ■

d'Auguste, déclara la guerre à Constance, et lui disputa l'empire.

Cet événement , raconté de diverses manières

GOnSTANGE. I95

par lui-même, par ses amis et par ses ennemis , suivant les passions opposées qui les animaient, est iMi problème historique qu'il est diffiéfte aujourd'hui d'éclaircir; et, sans avancer à cet égard aucune opinion positive, nous nous bornerons à rapporter les faits. L'empeB^ur, aveuglé par la crainte et trompé par les lâches coi»seils^ des courtisans , écartait du perdait tous les hommes dont les talens «outenaient soh pouvoir, mais qui , par leur mérite même , lui faisaient ombrage. Il refusa d'entendre la justification d'Ursicin. « L'empereur p^t dédaigner de » m'écouter sur mes intérêts, dit ce général, » mais qu'il ne ferme pas les yeux sur les siens; » il se forme dans l'Occident uft orage qu'à la » tête de toutes ses légions il s'efforcera peut- )) être vainemf^t de dissiper, m L'exil jf ut la punition de ces paroles hardies.* Argison, généra? sans expérience, le remplaça, et son élévation fut au§si utile à l'ennemi que l'exil d'Ursicin était funeste à l'empilée.

L'envie, qui avaU perdu cet habile capitaine, espérait alors aussi consommer la ruine de Julien. Constance rappela de Gaule Salluste, digne ami du jeuneç^prince; Lucien fut nommé à sa place pour administrer cette, province. Cet agent 4e l'eunuque Eusèbe se joignit à Florentins, préfet des Gau^s, et à tous les ennemis de Julien, pour contrarier ses desseins et faire

194 GOKSTÂMCfi.

Rapp'i écboiicf 8e« opérationg. L'empereur, gouverné de Julien, par scô favorfs , $e décida, par leur conseil, à le' priver des troupes qui seules garantissaient le repos de la Gaule et la sûreté ,des frontières. Décentius^ secrétaire d-État, lui porta Tordre d'envoyerà l'empereur des troupes hérules, batâves, deux lésions gauloises, et trois cents hommes tirés de chacun des autres corps de son' armée. Lupicin, généHil employé par Julien contre les Écossais, et Sintula, grand-écuyer, étaièQt chargés de l'exécution de ce décret : ces renforts, disait Constance, lui devenaient in- ' dispen^abl^ément nécessaire^ pour combattre tes Perses.

Cet ordre coniterna les Gaulois, qui se voyaient ainsi livrés saifs défense aux invasions de$ Barbares « malgré les murmures dt ceux qui l'entouraient, Julien se montra iHsposé à obéir, et représenta seulement à l'envoyé de l'empereur que par cette mesure on manquait; de foi aux Bataves, aux HérulA , qui n'étaient entrés à son 8et*tlx*e que sur l'assyranccde ne jamais être obligés de passer les Alpes. Tout à coup on apprend qu^une main inconnue répand dans le eamp des légions gauloises yn4ibelle violent con* tre Constance; on l'accusait de livrer la Gaule aux Francs et aux Germains; les murmu«s éclatent de toutes parts ; bécentius effrayé presse Julien d'obéir; en vain ce prince prétend qu'il doit

• CONSTANCE. igS .

attendre TarriTée de Sintula et de Lupicin^ auxquels rcmpereur a confié l'exécution de ses vo- , lontés; on insiste , il cède. Oii délibère sur la route que doivent suivre les troupes; Julien conseille de ne point les faire passer par Paris, dans la crainte que la vue d'un chef qui l«s avait souvent conduites à la victoire , et dont on voulait les séparer, n'échauffât ces esprits turbulens déjà peu disposés à l'obéissance. Décentius émet un avis contraire; il soutient <^e Julien peut seul les calmer, et que, refuser d'^ employer son influença, c'est désobéir à l'empereur : Julien \ cède encore. -

Les troupes se mettent en marche; sur leur Prëparaifs passage elles voien^tout le peuple en alarmes; dcrtroS^. les enfans, les vieillards, les femmes en pleurs embrassent les genoux de ces braveg guerriers, et le| supplient de ne pas les abandonner à la férocité dçs Allemands. Le^ solflatsi^ dont lesf cœurs répondaient à leurs vœux; mais que la fermeté de Julien avait liccoutumés à la discipline , gardent un morne silence , et , les yeux baissés, continuent tristement leur route, étouffent avec peine leurs soupirs, et se montrant à la fois indfgnés et attendris.

Julien vient au devant d'eux et les passe en Revue revue dans une vaste plaine près des portes de Paris "^.Lfà, il lés harangue avec sagesse, donne de

* An 36o.

ir

nobles éloges à leurs heureux travaux, ce Vous » savez, dit-il, queJ'obéissance est le premier » de vô^ devoirs*; vous avez pacifié l'Occident , » rOrient réelame aujourd'hui votre courage ; » vous allez combattre sous les yeux de l'empe- ))• reur; il vous accordera des récompenses pro- }i portionnées à votre bravoure; enfin ce voyage » que vous semblez redouter vous conduit à la . }) fortune et à la gloire. »

Au lieu de répondre à ces paroles , aelon la coutume , par de vives acclamations , les soldats l'écoutérent dans un profond silence. Après les avoir congédiés, il donne le soir un grand festin à toys les officiers de l'armée , et leur distribue de magnifiques présent, soit pour adoucir leurs regrets, soit pour échaufifei^leur affection et pour les encourager à la révolte.

Révolte Après Ic rcpas^ ils se retirent sous leurs ten-

en faveur" tcs, uc montrAut quc de la douleur, et ne laisse juUen. ^ • !• 1 • * f 1» •

saut paraître ^ucun mdice de projets séditieux. Le jour suivant fut consacré au repos; ils devaient partir le lendemain , mais ils employèrent ce temps à concerter leur plan dans le plus grand secret. Dans la suite on reprocha virement à Julien de leur avoir laissé ce dangereux loisir, quoique , dans sa relation détaillée de ces événemens , qu'il adressa aux sénats et aux peuples de Rome ^t d'Athènes, il protestât e,t jurât qu'il n'avait pas eu la plus légère connai$- .

COIÏSTANCE* 197

sance de ia conspiration tramée dans ce court espace de temps pour le porter au trône.*

Tout semblait tranquille; tout à coup, au commencement de la nuit, les soldats prônent les armes , entourent le palais des Thermes , prpclament Julien Auguste, et demandent à jgrands cris qu'il s'c^re à leurs regardfe.Ce prince, éveillé en sursaut, apprend, avec une surprise réelle ou feinte, l'objet de cette sédition; son incertitude semble s'accroître avec le tumulte: il invoque Jupiter et le conjure de lui faire connaître sa volonté par <|uelques signes; soudain un éclair brille, la foudre éclate et semble lui annoij^er qu'il doiC^ céder aux vœux des soldats; cependant, rebelle encore aux ordres qu'il croit ^anés du ciel , il refuse Feutrée du palais aux conjurés, et s'y tient renfermé le reste delà nuit. Mais, au point du jour/ les soldats, dont tout obstacle redouble l'ardeur, forcent les portes , pénètrent dans les appaxtemens l'épée à la main, enlèvent *le prince, le puDclament de nouveau empereur, et^ pour le faife cédçr à leurs vœux, emploient tour à tour les acc^ns de la prière et ceux du courroux.

Julien les conjure vainement de ne point livrer l'empire au malheur d'une guerre civile : i^ Ne pouvez-vous , leur dit-il , sans commettre » tous les cripies qu'entraîne une révolte,, ob- » tenir de la justice l'accomplissement de vos

igô CONSTANCE*

1» (fésirs? Puisque vous ne pouvez voui décider » à quitjter votre patrie, retournez dans vos » quartiers; je vous promets que vous ne passe- H rez passes Alpes; je me charge de justifier M jtux yeux de Constance et vos refus et les alar- » mes fondées de la Gaule. La fermeté de Tem- » peréur punirait votre rébellion j sajbonté écou- » tet*a vos remontrances. »

Julien Ce discours , au lieu de calmer l'ardeur des

est- nomme ^ '

Auguste, légions , Tembrase ; les instances et les cris re- . doublent^ Jes menaces succèdent aux acclama^ lions, le tumulte s'accyit; enfin 9ulien se laisse, vaincre : on relève sur un pavois; on veut qu'il ceigne \^ diadème^ et comme il répond l|u*il n'en a p<^nt , les uns lui apportent le collier de sa femme Hélène, les autres les courroies d'un che« val. Julien pfuse ces étranges ornemens; mais un officier, nommé Maurus, lui présente s«n collier d'or, noble prix de la vaillance : le prince l'accepte, le place sur ^à tête, reçoit le litre d'Auguste , et pronletçinq pièces d'orvet une livre d'argent à chaque soldat.

Ces gratifications étaient depuis long-temps en / usage ; elles ne furent pas une des moindres causes, comme on l'a vu, des fréquens changemens qui élevèrent et renversèrent tant d'empereurs. Elles portaient, par l'appât du gain, les armées à désirer des révolutions que le reste de l'empire regardaiit comme le plus funeste des fléaux.

ÛOriSTAffGE. I^

Ceux qui doutent que la résistance de Julien ait été sincère , lui reprochent justement f es lar^ gesses. On peut difficilement prétendre n'avoir point de part à la révolte qu'o4paie.

Ce prince n'imita certainement points dans cette 'circonstance ; la ccxidùite deVirginius, qui se déroba au trône par4a fluitCi et la fermeté de Germanicusy qui s'exposa aux plus grands périls plutôt que de céder à la révolte*

'Mais les temps étaient changés; une cruelle et * longue expérience avait appris aux princes et aux chefs des armées que les refus ne fléchie saient point la^ tyrannie, et qu'une* fois proclamé par les troupes ^ il fallait périr ou régner.

Un seul homme y au milieu de cette effervescence d'une grande armée et d'iyi grand peuple, montra un courage antique. Nimpridius, officier romain, fidèle au prince , mais encore plus à son devoir, ))rava fièrement les menaces , les piques des rebelles, et reprocha sévèrement à Julien une élévation dont .l'éclat coupable l'entraînait à détrôner l'empereur qui l'avait fait César.

Julien, qui ne voijlait pas que son pouvoir parût fondé seulement sur la force ^ soutint toujours qu'il n'avait fait qu'obéir aux dieux; il disait que, pendant cette même nuit qui précéda la révolte, il avait vu en songe le génie de l'empire qui lui adressa ces paroles : » Julien,

2<k> CONSTANCE.

)} depuis long -temps je me tiens à Ventrée de » ton palais dans le dessein d'accroître ta for- » tune. Tu as souvent rejeté mes faveurs; si tu » les refuses éllDre aujourd'hui^ je m'éloigne- » rai à regret; mais n'oublie pas que je ne dois » rester que peu de tenvps près de toï. >>

Tandis que rariiiée, fière d'avoir assuré le destin et la tranquillité de la Gaule ^ te livrait > ainsi que le peuple^ à la joie qui stiit toujours de •pareils événemehs, Julien , renfermé dans son palais, morne, pensif et solitaire, méditait profondément sur le présent et sur l'avenir, envisageait avec une sorte d'effroi le3 cons4q|iences d'une révolution qui devait attirer sur lui ton tes les forces de l'Orient, de l'Afrique et de l'Italie, et se reprochait même ^ne condescendance que l'opinion publique taxerait d'ambition et d'ingratitude. Conspira- . Lc tumultc ct l'ivressc qui régnaient daûs les Julien, camps et dans la ville, formaient un étonnant contraste avec le' silence et la tristesse du palais. Les partisans . de Ccgistance , croyant pouvoir profiter du désordre des troupes et de l'inaction du prince , répandent partout des émissaires qui cherchent à effrayer lés esprits, à les soulever en exagérant les dangers d'une guerre tout à la fois civile et étrangère : en même temps ils séduisent un eunuque attaché au prince, pour le faire entrer dans une conspiration contre ses jours. Ui> officier du palais découvre ce complot, le

f CONSTANCE. 20I

révèle à Julien , et court en porter la nouvelle dans le camp. Dés que les soldats apprennent qu'on v^t détruire leur ouvrage et quela vie du prittce est nienacée^ ils se rassemblent^ s'animent m'utuellement^ saisissent, leurs armw et courent au palais. La^garde^ épouvantée par ce tumulte, croit qu'on vi^t de faire une nouvelle révolution j elle se dispigrs^et çrend la fuite. Les soldats, furieux, pénétrent dans les portiques, parcourent tous les appartemens, craignamt d^tre arrivés trop tard pour sauver leur prince chéri; enfin sa vue dissipe leur terreur; ils l'entourent, le pressent, manifestent leur joie par d'éclataas transports, et demandent à grands cris qu'on leur livre les conjurés, (Ju'ils veulent massacrer.

w Arrêtez I js'écrie Julien ; ees hommes sotit » citoyens^ je suis leur empereur comme le vô- » tre;'que l'honneur règle toiîfes nos actions: » si votre zèl/B aveugle sert ma cause et signale » mon élévation par des meurtres^ si une seule » goutte de sang souille vos mains et déshonore » votre choix, vous n'êtes plus que des rebelles, » et je ne serai qu'un tyran* » La fermeté de ces paroles rétablit l'ordre.

Le lendemain Farmée fut rassemblée dans le AssemWee Champ- de -Mars, lieu destiné .aux exercices, Jansie au même endroit ou depuis 1 on vit la porte Mars. Saint-Victor.

Julien s'y rendit avec toute la pompe impé-

202 CbSSTÂNGE. ^

riale, et s'assit sur son tribunal , entouré de sa garde et des aigles, a Braves soutiens de l'em-f » pire y leur dit^il^ lorsque ^ sortant à|)eine de » l'enfance , on me revêtit de la pourpre pour » me donnip un vain titre sans autorité , la fa- » veur des dieux me conduisit dans vos proi) vinces et me jeta dans vos Ijfas. Depuis ce » temps^ travaux/ fatigues y inquiétudes, périls » et gloire, tout a été commun entre nous : j'ai )) tvoiiyé vos biens livrés »à l'avidité de magis- » trats concussionnaires y vos champs dévastés » par des soldats étrangers , vos villes envahies » par. des Barbares; tout nous manquait, hors » le courage ; il a suffi pour terminer nos mal- » heurs. J'ai marché à votre tête, et la Gaule a »»été délivrée :#qui de nous perdrait jamais le » souvenir de cette journée de Strasbourg, si » glorieuse poiîf l'empire, où cette foute de Bar- » bares et letirs rois,' succombant s(^us vos coups^ » ont teint de leur sang et vos glaives, et les ri- » ves et les flots du Rhin? Les francs épouvan- » tés ont fut devant vous; je vous ai donné, pour » récompense de tant d'exploits, le repos au de- » dans, Ha sûreté au dehors: vous, pour prix de » mon zèle, vous m'avez élevé au rang suprême.

» Actuellement votre devoir est de défendre et

» de soutenir votre ouvrage; le mien est de ré- » compenser votre dévouement en vous garan- D tissant de toutes injustices. Je déclare donc

» solennellement que la faveur n'aura jamais » auciine part à mes choix, et que Tavancement, » daÉs le civil oomme dans l'année, ne pourra » être obtenu que par le mérite #1 par l'ancien- » neté des services. » .

Ce discours, qui excita les murmures de queW ques courtisans, répandit dans les légions et dans le peupleune joie universelle, et l'affection qu'in^ spirait le prince fut portée jusqu'à l'enthousiasme. » •

Décentius et Florentins, déchus de leur pouvoir, et sans espoir de le ressaisir, coururent précipitamment à Constantinople , et aigrirent, par leurs calomnies , le courroux de l'empereur, • aux yeux duquel ils représentèrent la révolution des Gaules sous les plus odieuses couleurs: cependaift la générosité de Julien^ne se démen-t tit point à leur égard; il voulut qu'on leur renvoyât leurs faniille;? et leurs richesses.

Ce prince écrivit à Constance > lui peignit les correspcn- ' malheurs de la Gaule^ Içs dangers auxquels l'^x- conî^nce*

• iTfci 1 . »irt* **• Julie*

posaient les Barbares, la nécessité de défendre

cette importante frontière de rempire^eontre le torrent qui menaçait de l'envahir un jour : M Cette contrée, disait-il, vaste, fertile, popur- M leuse et guerrière, avait besoin d'un chef, et » ne pouvait supporter qq'on ne lui donnât' i) qu'un fsintôme de prince : le rappel impru- » deût des troupes y av^it ye%é le désespoir; le

!I04 * G(»ISTÀNGE«

» peuple et les légions soulevés l'avaient forcé » à recevoir le titre d'Auguste; une plus longue » résistance eût été impossible*. » Cependant , en cédant au vœu public^ il se regardait toujours comme l'ouvrage et le fiU de l'empereur, w Par- » tageons l'enipire^ ajoutait -il : sans affaiblir » votre autorité, je vous seconderai mieux avec » un titre plus élevé. Nommez à votrô volonté » les préfets du prétoire, et laissez-moi le choix » des places inférieures. Je me charge de four- » nir à votre palais le nombre que vous exigerez » de chevaux d'Espagne, et je puis envoyer » pour votre garde autant de Germains et de » Francs que vous en désirerez. Jamais vous » n'obtiendrez des Gaulois et des Bataves qu'a- » bandonnant leur patrie , ils combattent avec ^) vous contre les Perses : défendez l'Orient, » comme moi l'Occident; ne me refusez pas un » titre que j'ai été cpntraint-d'accepter. L'élec- » tion d'un autre empereur aurait été' le seul et » infaillible effet de mon refus. Croyez -moi; » quand je vous représente tous les avantages de » la paix, méfiez-vous aes flattelirs ^ui nç vivent » que de troubles; enfin n'oubliez pas que l'union » sauve les empires et que la discordeles détruit. » II chargea Pintàdius et Euthérius, grands officiers de son palais, de porter à l'empereur ses dépêches pacifiques et ostensibles; mais Ammien Marcellin prétend qu'il y joignit des lettres

secrètes dans lesquelles^ reprochait aigrement à Constance ses injustices et sa mauvaise foi«

Les députés de Julien trouvèrenl^Const^knce à Gésarée en Cappadoce; après avoir lu leurs dé^ pêches^ il les chassa honteusement^ et charge» de sa réponse Léonas^ questeur du palais.

Cet officier vint à' Paris ^ et s'acquitta de sa commission avec hauteur. Cependant Julien Taccueillit honorablement. Constance lui écrivait qu\isurper une courohne, c'était la flétrir; il lui rappelaft ses bienfaits passés , lui reprochait son ingratitude et hii offrait son pardon ^ à condip^ tion qu'il déposât à l'instant lepouvofr que les séditieux lifl avaient donné.

(c C'en est trop ! s'écria Julien ; comment » puis-je entendre de sang-froid^e persécuteur » de ma jeunesse me vanter ses hypocrites bien- » faits , eM'assassin- de ma ffinille me reprocher » mon ingratitude ? Cependant^ comme la paix » publique est mon vœu^ et le salut dcf l'empire » ma suprême loi^ je consens à me dépouiller » du titre d'Âugj^ste^ si l'armée ^ qui me Ta » donné; permet que j'y renonce. »

L^ lepdemain^ convoquant les légions^ il fait paraître en leur présence l'aivoyé de l'empereur, et lui ordonne de lire la dépêche dont il est chargé. On écoute d'abord dans un profond silence; mais à peiuQ on entend parler d^ renonciation au pouvoir suprême ; soudain tous les

2o6 , CONSTANCE. »

soldats s^ëcrient à la fois : « P^ous avons procla- » mé Julien Auguste, nous voulons qu'il le soit ; >) lut %eul nous défend des Barbares^ et nous le » défendrons contre lo«i$ ses ennemis. » -' Léonas partit et rendit compte à l'empereur du tHste effet d'une démarohe "qui n'avait eu d'autre résultat que d'affermir sur son trôné le nouvel Auguste, et de ranimer pour lui l'ardeur <lu peuple «^ des soldats. ,

Julien accrut encore leur amour et leur l^econnaissance par dé nouveaux exploits.*^ Il mardiadans le pays de Clèves, combattit les Francs âttuariens, et en fit un grand carnage. Après cette expédition, il visita tous le^ forts de la frontière, et vint passer l'hiver à Vienne *. Là, îl perdit sa femme Hélène. L'impératrice Eusébie mourut à peu près à la même époque, et la perte de ces deux*^rincesses décida^ la. guerre civile, en rompant les derniers liens qui jusque^ là unissaient encore les deux empereurs.

Le résultat de la hitte qui s'établissait entr'eux ne devait pas rester long-tèny)s incertain; d'un côté on voyait un prince habile > actif, belliqueux, concerter ses plans avec sage|5e^ les exécuter avec rapitiîté, et ajouter à sa force toule cfelle de la faveur publique , et de l'autre un eittperéur indolent, superstitieux^ cruel, et qui n'oppôsait à de redoutables ennemis qu'un vain

♦ An 36o. •

pvasion

orgueil 9 tine fureur aveugle et une complète incapacité.

Sapor, redoutant peu un tel adversiâre, con- w tinuait à brarer les Rdtnains et à dévaster leurs ^ "'^'''' pi*ovinces. ii prit d'assaut Singare et ensuite Bérabde.

A cette nouvelle^ Constance, qui s'était4aissé Échec de

, • ' , ^11* • Constance.

prévenir en s occupant , dans de si graves pirconstances y des fêtes qu'il célébrait à Antioche à l'occasion de son second mariage avec Faustine, et des solennités ordonnées par lui à Gonstantinople pour la dédicace de l'église de Sainte- Sophie , se décida tardivement à reparaître à la tête de l'armée, %t investit la ville de Bérâbde j mais il ne put la reprdidre, et se vit, sur tous les points , battu par les Persans.

Les ariens attribuaient tous ses revers à son peu de tèle pour servir leurs vengeances ; les catholiques y voyaient un châtiment infligé par le ciel à un prince hérétique*, et les païens regardaient ies défaites de l'icipereur et les désastres de l'empire comme uj^e suite inévitable de l'abandon des anciens dieux de Rome et de leur courroux. Tous les partis se réunissent pour condamner les princes despotésft faibles, quand la fortune les tj*ahit, et ils trouvent peut*- être ^eux-mêmeis un juge plus sévère au fond de leur

** ^ '^ Preparatifj

conscience. , bostues en-

Le malheur irritait Constance au lieu de l'é- cé^ijuiien.

3tO^ CONSTANCE.

clairer; incapable de résister à Sapor seul^ il voulut^ en même temps qu'il le Combattait ^ attaquer J{^lien dans les Gaules. Il ordonna de nombreuses levées en Its^e^ en Grèce, en Afrique , et , non content d'armer toutes les forces de l'empire contre le nouvel Auguste, sacrifiant l'intérêt public à sa haine , il paya de honteux et de coupables tributs aux princes francs, germains et alleman4s , pour les engager à opérer une fojTte diversion en sa faveur, et à faire une nouvelle invasion dans la Gaule.

sJulien, infcrmé de ses projets, et prévoyant trop, par l'exemple du meurtre de Gallus," qu'aucun crime ne coûterait à Constance pour le perdre^ résolut de le prévenir, de rompre ouvertement avec lui, et de lui enlever l'çmpire qu'il ne voulait pas parteger.

Ayant rassemblé ses troupes, après leur avoir appris les intrigues ie l'empereur en Germanie, qui lui avaient ét^ révélées par ceux mêmes que ce prince perfide v(julait séduire, il Ipur fit sentir la nécessité de^ terminer promptement cette querelle, et de préserver l'empire, par un coup hardi et par une expédition rapide, des malheurs dont de longues dissensions civiles polivaient l'accabler.

« L'intérêt de la patrie, disait -il, le com- » mande; les fautes de l'empereur ouvrent l'O- » rient aux Perses;' sa trahison veut livrer la

CONSTANCE. ao^

» Gaule aux Barbares; la justice est pour nous; » la fortune couronnera nos armes. J'en ai pour » garans les dieux mêmes. Apollon m'est apparu » cette nuit, il vous promet une victoire prompte » et facile; dile doit vous coûter peu de sang et » peu de travaux ; car, si j'en crois cette divi- » nité, G)nstance verra terminer ses jours avant M lajfin de Tannée. i»

Cet artifice, employé par Julien pour animer ses Iroupes et pour ajouter à son autorité celle de la religion, servit dané la suite de prétexte à ses ennemis pour Faccuser d'avoir attesté à la vie de Constance : car, Tempereur étant mort quelque temps après, Grégoire de Nazianze écrivit « qu'il n'avait pas été difficile à Julien de » faire parlée les dieux et de prédire une mort ;> qu'il était résolu de hâter par un crime. » - Les paroles du prince répondaient aux vœux de l'armée; l'amour qu'elle avait pour lui, la haine qu'inspirait Constance, portaient tous les esprits à la vengeance. La guerre fut déclarée *, et l'on vit ces mêmes Gaulois et ces mêmes Bataves, qui s'étaient récemment soulevais dans la crainte d'être fbrçés à quitter leur patrie et à passer les Alpes, demander à grands cris de franchir ces montagnes et de poursuivre jusqu'au fond de l'Asie l'objet de leur ressentiment.

Julien, en prenant les armes, déclara qu'il

' An 36i.

:2lO COMSTÀNCE.

ne vourait s'approcher de Gonstanee que pour justifier sa conduite et pour soumettre leurs dif«férends au jugement des deux armées. Une amnistie, qu'il accorda alors très sagement aux anciens soldats de Magnence, augmenta ses forces, et il diminua celles de l'empereur en publiant des lettres interceptées qui dévoilaient les intrigues employées par Constance pour anner l'Allemagne coiitre la Gaulle. Par ce moyen jl le défit dans l'opinion publique avant de le vaincre sur le champ de bataille.

Ses troupes étaient composées de païens et de chrétiens ; il leur laissa une entière liberté de culte ; pendant son séjour à Vienne, il continua de professer la religion chrétienne et sacrifia secrètement aux dieux.

Un jour, comme il s'exerçait, selon sa coutume, dans le Ghamp*de-Mars, avec ses soldats, son bouclier se brisa ; l'anse seule lui restait dans la main, et, voulant que cet accident fût interprété par un peuple super^itieux comme un signe plutôt favorable que sinistre, il s'écria : « Ne craignex rien de cet augure; vous voyez » que ce que je tenais dans ma main ne m'a pas » échappé, »

Plusieurs princes allemands, excités par Constance, pénétrèrent sur ces entrefaites dans la Gaule et battirent un des généraux de Julien ; mais il répara cet échec, surprit dans son camp

QOnSTÂNGE« 2 I I

Vadomer, le chef de cette ligue ^ le fit prisonnier, et ne lui rendit la liberté qu'après l'avoir obligé de signer la paix.

Délivré de toute crainte relativement aux Barbares, contre lesquels il laissait d'ailleurs dans la Gaule des forces capables de les contenir, il se mit en marche pour exécuter ses vastes desseins.

Presque tous les grands généraux, dans tous les temps et dans tous les pays , durent leurs suc* ces à leur rapidité. Julien' imita celle de César. Une de^es colonnes traversa la Rhétie, une autre riUyrie , et lui-même, à la tête de trois mille , hommes d'élite, perça la Forêt-Noire, côtoya le Danube et arriva saps obstacle àSirmium, où ses troupes avaient ordre de se réunir.

Ses ennemis le croyaient encore dans la Gaule, et cette rapide opération avait été si secrète que le comte Lucilien , qui commandait pour Con^; stance sur cette frontière , fut surpris et arrêté dans son camp. Amené en présence de Julien, il croyait marcher à la mort; mais, contre son , attente, se voyant reçu par le prince avec une extrême douceur, il passa subitement de la frayeur à l'audace , et osa représenter à Julien combien il était téméraire, à la tête d'une faible armée, de venir attaquer l'empereur et toutes les forces de l'Orient. « Garder vos jtvis pour » Constance, lui dit ce prince; ma clémence peut » vous rassurer, mais elle ne doit pas vous au-

212 COKSTAKCE, «

>} toriser à me faire d'inconvenantes leçons, n Le grand avantage d'une invasion rapide est d'étonner et d'entraîner tout ce qui est faible à se ranger du côté de l'agresseur. Toutes les provinces que Julien laissait derrière lui , et la Grèce même, se déclarèrent en sa faveur; il s.'assura leur attachement par des bienfaits^ commença dès-lors à professer ouvertement le polythéisme, et permit aux Athéniens de rouvrii^ le temple de Minerve. Poursuivant ses avantages, il traversa le mont Hémus et s'approcha d'Andrinople. Comptant peu sur les deux légions du comte Lucilien, qu'il avait plutôt surprises que vaincues, il les fit partir pour la Gaule; mais en chemin elles se révoltèrent, s'emparèrent d'Aquilée, servirent dans cette<contrée de point de ralliement aux forces de l'empereur en Italie , et donnèrent d'autant plus d'inquiétude à Julien, qu'elles pouvaient, en cas de revers-, lui couper toule Fetraite.

Cependant Constance , informé de la marche iitiprévue et des succès d'un jeune présomptueux qu'il avait songé d'abord plutôt à punir qu'à combattre, sort de son indolence, réussit, par un dernier effort, à obliger Sapor de se retirer en Perse, fait réunir dans la Thrace les corps qui se trouvaient sous les ordres du comte Mathieu, son lieutenant, rassemble toutes les forces de l'Asie près d'Antioche^ et promet à ses soldats

CONSTANCE. 2l5

le secours d'un Dieu ennemi des ingrats ^ et qui doit châtier la rébellion et l'apostasie. Mais une profonde terreur et des piressentimens se-^ crets démentaient au fond de son cœur l'assurance qu'il montrait dans ses paroles, cr ' Il ne » voyait plus près de lui, disait-il à ses favorfs, » son génie tutélaire ,. qui , jusqu'à ce moment, » l'avait toujours accompagné. »

En sortant d'Antioche, il rencontre sur sa Monde

^ 1» 1 CoMUttce.

route le corps dun homme récemment ëforgé. L'aspect de ce cadavre trouble son esprit crédule et superstitieux; la fièvre embrase sonft sang : vaineâient il veut continuer sa marche; sa maladie redouble; il s'arrête dans un château situé au pied du mont Taurus, et, sentant la onort s'approcher, se livre à un désespRiir qui la rend inévitable.

Âmmien Marcellin prétend que, voulant sa-crifier dans ses derniers momens ses ressentimens privés à l'intérêt général, il désigna Julien pour son successeur; Grégoire et d'autres historiens lé nient et soutiennent qu'il ne parut se repentir que de trois actions ; l'une d^avoir versé le sang de sa famille, l'autre d^avoir donné à Julien le titre de César, et la plus importante de toutes aux yeux des catholiques, d'avoir embrassé la cause de l'arianisme. Saint Ambroise dit, au contraire, qu'impénitent jusqu'à son dernier jour, il avait reçu à Antioche le baptême

2l4 GONSTAKCB.

des mains d'Euzoîus, évèque arien. Ce prince mourut le 3 novembre 56 1, âgé de quarantequatre ans : il en avait régné vingt -quatre. Sa femme FaUstine^ qui était enceinte^ accoucha peu de temps après d^une fille nommée Gonstancie^ et qui depuis épousa l'empereur Gratien.

On regarda le règne de Gonstance comme un long malheur pour ses peuples^ comme un long opprobre pour Tempire; et sa mort ^ qui préserva les Romains des horreurs d'une guerre civile^ leur parut aussi utile que sa 'vie leur avait été • funeste. Ce fut ainsi que Julien ^ favorisé parla fortune^ devint^ sans combat ^ seul maître de l'empire.

JOLIBlf. 3l5

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