‹ Histoire du Bas Empire (volume 2)Chapitre 8 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(An96i.)

Rërolation dans Tempire â TaT^ement de Julien. — Caractère de Julien.*^ Son système religieux. — Son élection confirmée par le sénat de Bjzanee. — Son entrée dans Constantinople. -— Création d^une chambre ardente. — Réformes dans le luxe de la

< conr. — Popularité de Julien. — Rétablissement du polythéisme.

— Rigueur de Julien à Pégard des chrétiens. •— Gouvernement de ce prince. — Ses projets de conquête. — Ses voyages. — Son panégyrique fait par lui-même dans le Misopogon, ^ Sa visite au bois de Daphné.— Phénomène lors de la reconstruction du temple de Jérusalem. — Préparatifs de guerre contre Sapor.

— Marche de Farmée romaine. — Premiers succès de Julien.

— Ses revers causés par la perfidie d'un Perse. — Bataille de Maranges. ^* Blessure de Julien. -—Victoire des Romains. — Mort de Julien.

Depuis que Rome avait perdu sa liberté , i'éiec- Revoiuiion lion d un nouvel empereur n était ordinairement pire à rav,r-

1 ■ 4 11 • • nemcnl de

qu un changement de maître ; elle intéressai t peu J»»!»*»le peuple^ n'agitait que l'armée, et n'opérait de grands changemens que dans la cour. Mais l'avénement de Julien au trône annonçait une révolution dans Tempire : on y voyait alors deux nations , l'une chrétienne et l'autre païenne ; Fune ne voulait qu'un Dieu , qu'un maître , qu'une loi ; l'autre vivait encore de grands sou-

3l6 JUUEIf.

venira, regrettait les moeurs antiques^ la liberté^ et persistait à suivre le culte des dieux qu'elle regardait comme les seuls protecteurs de la gloire romaine.

Les chrétiens , opprimés pendant trois siècles^ triomphaient. depuis Constantin; ils étaient à leur tour devenus oppresseurs. L'Église, riche et puissante, fixait toys les regards, occupait tous les intérêts y commandait aux actions en, dirigeant les consciences, jet résistait même souvent à Tautori té du prince. L'ambition, suivant cette nouvelle route ouverte par la fortune , préférait les dignités ecclésiastiques aux dignités temporelles, fuyait la servitude du sénat pour chercher la liberté dans les conciles, et s'apercevait déjà que désormais l'éclat de la tiare pourrait seul rivaliser av^c celui de la couronne.

]Vfais, au moment où le christianisme croyait sa domination inébranlable/ et lorsque le polythéisme abattu perdait tout espoir, soudain le sort éleva sur le trône un prince belliqueux , philosophe i sectateur ardent de l'ancien culte , ennemi déclaré, de la religion nouvelle, et décidé à rétablir les antiques institutions, les antiques lois, les antiques mœurs.

îe Juîfen. Jullcp, libératcur de la Gaule , vainqueur de la Germanie, chéri dans les provinces, adoré par l'armée , réunissait toutes les grandes qualités nécessaires à l'exécution des vastes entre-

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prises. L'intrigue ne pouvait tromper un esprit aussi clairvoyant. Son caractère ferme se montrait iiiébranlable dans ses résolutions; et, s'il n'avait voulu que rendre à l'empire son lustre, aiix lois leur vigueur, réprimer l'ambition des prêtres , les soumettre à l'autorité civile , et prévenir par une tolérance sage et politique tous les malheurs que produisirent pendant tant de siècles les guerres religieuses, il aurait probablement réussi dans ce grand projet d'une réformé salutaire; mais il échoua parce qu'il voulut l'impossible. Il oublia qu'un préjugé tombé ne peut plus se relever, et qu'il n'appartient à aucune force humaine de ressusciter une religion à laquelle on ne croit plus. Une pratique obéissante peut tromper quelque temps l'autorité , mais la foi n'est pas de son domaine.

L'empereur connaissait bien les atteintes mor- sonsysièm. telles que le progrès des* lumières et les raille- "*^'*'"** ries ingénieuses de Lucien avaient portées au polythéisnie ; mais il espérait, en interprétant autrement cette croyance i la soutenir et la faire paraître moins absurde. Plein de la lecture des écrits composés par Platon , par Pythagore , et postérieurement par les philosophes de l'école d'Alexandrie, il adopta les idées des gnostiques, dont plusieurs pères de l'Église eux-mêmes n'avaient pu éviter la séduction.

Suivant ce système^ la nature était l'ouvrage

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d'un seul Dieu; des éous, ou des génies inter-médiaires, en gouTernaient^ par ses ordres ^ les différentes parties ; mais au lieu d'appeler anges, comme les chrétiens , ces êtres célestes ^ il leur donnait les noms des dieux de TOlympe. Il considérait les sages y les hommes vertueux , les héros ^ comme des esprits qui, parcourant les divers degrés de l'échelle des êtres , se rapprochaient progressivement du Dieu souverain. C'est ainsi que y cherchant à concilier l'ancien culte avec les idées nouvelles y il espérait anéantir les rites sévères du christianisme^ conserver aux Romains leur culte riant , leurs illusions brillantes, leurs pompeuses solennités, et garder la double puissance du sacerdoce et de l'empire , dont la réunion avait toujours paru jusque-là si. utile à la politique des gouvernemens.

Avant même de se voir seul maître de l'empire y Julien méditait et préparait ces grands changemens ; et, dès l'instant où il prit le titre d'Auguste, quittant le voile trompeur dont une longue dépendance l'avait forcé à couvrir ses vrais sentimens , il professa hautement son respect pour les dieux, et parla plusieurs fois à ses troupes des avis qu'il prétendait avoir reçus du génie de l'empire et d'Apollon : mais, quand il apprit en Thrace la nouvelle de la mort de Constance, ajournant tout autre projet, il ne s'occupa, dans les premiers momens, que du soin de

jouEN. iig

justifier sa conduite ^ et de donner l'appui de l'autorité légale à une puissance qui , dans son opinion^ était peu solide lorsqu'on ne la devait qu'à la force des armes.

Il écrivit donc au sénat de Byzance, qui le son«ficctioû

^ confirmée

reconnut avec empressement. Déjà dans sa route par le sénat

il avait adressé sa justification au sénat de Rome. ^ ^""^^ '

« Est-ce ma faute , lui avait-il dit^ si des soldats

» sans paye^ fatigués de remporter des victoires

» sous les ordres d'un général auquel on défen-

)) dait de leur accorder aucune récompense, se

» sont livrés au désespoir quand i\i ont vu qu'on '

>» les arrachait à leur patrie et à leurs familles

» pour les entraîner dans un climat lointain ?

>i J'ai dû céder 4 leur violence, pour prévenir

» de plus grands malheurs et pour vous conser^

» ver la Gaule. »

Il avait, disait- on, ajouté à ces paroles une peinture à la fois si vive et si amère des faibles-* ses, des fautes, des vices et des crimes de Constance, que le sénat romain, quelque accoutumé qu'il fût à la servitude, et tout en confirmant unanimement le titre d'Auguste qu'il avait pris, lui répondit qu'il devait parler avec plus de meïiagement du prince auquel il devait la pourpre.

Julien entra dans Gonstantinople le 1 1 dé- son entrée cembre 56 1, suivi par ses soldats, précédé par le stîntmopie. peuple , et entouré par le sénat qui était venu le recevoir aux portes de la: ville. Peu de jours

brea:

après il alla au devant du corps de Constance ', se mit à genoux devant lui , déposa son diadème àsespieds^ et le suivit jusqu'à l'église des Saints- Apôtres, en versant des larmes que personne ne crut sincères.

Création Qn avaît admiré dans la Gaule sa douceur: on «i«nt^- frémit dans Byzance de la sévérité qui signala les premiers actes de son pouvoir. Au lieu de livrer aux tribunaux ordinaires les personnages odieux au peuple, et qui, sous le règne précé^ dent, avaient le plus abusé de leur crédit, il chargea une commission de les juger, et créa une chambre ardente qui écoula plus la passion de la vengeance que la voix de la justice.

L'eunuque Eusèbe et ses lâches complices expièrent leurs crimes par un supplice mérité; mais on plaint les plus grands coupables lorsque leur condamnation est tachée d'illégalité. L'exil du consul Taurus parut une violation de toutes les lois, et l'indignation publique fut au comble lorsqu'on ordonna la mort du grand-trésorier Ursulus, dont la fermeté, était vantée, et qui même autrefois avait rendu d'importans services à Jihien dans le temps de ses malheurs. Au reste l'empereur blâma lui-même la sévérité de cette chambre, sauva quelques - unes de ses victimes et reconquit promptement l'estime générale, en punissant les délateurs et en chassant cette foule de vils espions qui devaient leur fortune à leur

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bassesse^ et répandaient depuis tant d'années là terreur dans tout l'empire.

Le luxe de la cour dévorait depûùlong^temps Reformes la substance du peuple ; Julien y trouva mille de'u cour! officiers de cuisine , un plus grand nombre eHcore de barbiers et d'échansons ; celui des eunu- •

ques les surpassait; ils furent tous réformés.

On raconte que l'empereur, ayant voulu faire couper ses cheveux , vit paraître devant lui un homme revêtu d'une toge magnifique : « Ce >^ n'est pas un sénateur, dit le prince, c'est un » l^rbier que je demande. » Il apprit avec étonnement que ce domestique jouissait d'une pension considérable, et possédait vingt chevaux nourris aux dépens du trésor. Sans rapporter tous les détails que les historiens du temps doivnent ^r ce faste oriental et ridicule, il suffira de dire que le palais eeul coûtait plus que l'armée. L'empereur supprima tous ces abus, et son éco- ^ nomie fut peut-être aussi outrée que les prodigalités de son prédécesseur : pour éviter l'excès du luxe, il tomba dans celui de la simplicité.

Si Julien se montra inflexible pour cette tour- Popularité be d'hommes inutiles qui assiégeaient sansbesse ^••^'**"°' le p9,lais et empoisonnaient l'esprit du prince par leurs perfides conseils, il parut affable pour le peuple , et affecta un grand respect pour le sénat et pour les citoyens revêtus de hautes fonctions. Il défendit qu^on lui donnât le titre de

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seigneur, « voulant, disait-il, être le prince des » Romains et non leur maître. »

Le jour des calendes de janvier, lorsque les consuls Mammertin et Nevitta, conformément à Tusage, se rendirent le matin au palais de l'em- « pereur, il vint au devant d'eux, les embrassa,

les fit monter dans leurs litières, et, se mêlant lui-même à la foule des citoyens, les conduisît à pied jusqu'au sénat. Il rendit à ce corps la liberté des discussions , encouragea ses membres à le contredire, et, rival des anciens orateurs, consacra souvent une partie dés nuits à la composition de ses harangues. 11 avait une telle passion pour tout ce qui était ancien , qu'il aurait probablement rétabli la république si les Romains eussent été encore dignes par leurs mœurs d'un tel degré de liberté.

Les tyrans craignent les philosophes ; Julien leur laissait peut-être prendre trop d'empire sur lui. Inaccessible aux poisons de la flatterie , il ne le fut pas assez aux. erreurs du sophisme. Libanius et Maxime , ses instituteurs et ses favoris, furent comblés d'honneurs par lui , et ces ennefaiia du christianisme, réussissant à lui faire partager leur animosité, le décidèrent à se conduire à cet égard plutôt en chef de parti qu'en chef de l'État.

Rétablisse- Déterminé à relever l'idolâtrie , il préféra l'alythéisme. Jresse à la force, d'après le conseil de Libanius»

« Il n'en est pas , disait ce philosophe^ des fausses » idées de religion comme des maladies; on gué-* » rit quelquefois celles-ci , malgré les malades, » en leur faisant une violence salutaire; mais ni » le fer ni le feu ne feront jamais paraître vrai » aux yeux d'un homme ce qu'il juge faux. »

Si Julien, comme le disent les écrivains ecclésiastiques f était porté à la cruauté par son caractère, on doit convenir au moins qu'il fut humain par politique. L'oppression qu'il fit éprouver aux sectateurs de l'Évangile fut pesante , mais non pas cruelle. Il humilia leur amour-propre et ne répandit pas leur sang. Constamment opposé aux vœux des païens, qui voulaient renouveler les anciennes persécutions, l'empereur leur représenta sans cesse et publiquement que c'était la douceur et la charité des premiers chrétiens qui avaient fait prospérer l'Evangile au milieu des supplices.

Ce prince , plus dangereux par sa ruse qu'il ne l'aurait été par sa cruauté, voulut séduire les chrétiens par l'appât des honneurs et de la fortune , et parla crainte de la disgrâce et de la pauvreté. Sa tolérance fut feinte, et sa rigueur réelle* Il ordonna, par un édit, de réparer, de rouvrir les temples, leur assigna des revenus, prescrivit le rétablissement des fêtes , et rendit aux pontifes les exemptions et les prérogatives dont ils jouissaient autrefois. Aussitôt k sang des victimes

coule dans tout l'empire , les aruspîces y reparaissent, Tair est parfumé d'encens et de fleurs. Rome et Byzance revoient leurs anciennes solennités; Apollon reçoit les offrandes du prince dans le palais impérial. Ce palais, ces jardins deviennent un vaste Panthéon, où chaque dieu a sa statue, où chaque bosquet a son autel.

De toutes lès fonctions attachées au pouvoir suprême, celle de souverain pontife semblait alors au prince la plus honorable : ce titre même lui paraissait préférable à celui d'Auguste. Le ^atin il offrait des sacrifices au dieu du jour , le soir à Diaçe et aux astres de la nuit. On lui conseillait de contraindre leS chrétiens d'assister à ces solennités : « Je ne veux point, dit-il, qu'on » force les galiléens ( c'est ainsi qu'il les nom- » mait) à sacrifier aux dieux, ni qu'on les tour- » mente pour leurs opinions; ils sont plus inj) sensés que méchans. Combattons -les parla » raison, gagnohs-les par la douceur; nous ne » devons pas les Haïr, mais plutôt les plaindre » du malheur dé^e tromper dans la chose la plus » essentielle de la vie. »

Les chrétiens , animés par une foi sincère ^ résistèrent aux conseils et aux séductions du prince; mais tous ceux qui professaient ce culte par ambition et pour suivre l'exemple de la cour, l'abandonnèrent lorsqu'il ne parut plus en vogue, et les courtisans, dont la fortune est trop

souvent la seule divinité , changèrent de religion comme ils avaient changé de maître .Toutes les dignités de l'empire furent le prix de leur apostasie.

Julien , tirant parti de la morale sévère des Rîgueur chrétiens, qu'il interprétait à son gré, publia une ivga^Te* loi qui les déclarait incapables d'occuper les em- *" " * plois de gouverneurs de provinces et d'officiers militaires. « Les galiléens, disait -il ironique- » ment dans son édit, ne peuvent exercer de pa- » reilles charges sans blesser leur conscience , » puisque l'Évangile leur défend de tirer l'épée, » Les grands de l'empire obéirent presque tous à l'exemple, à l'autorité; peu résistèrent au tor^ rent. On remarqua, dans ce petit nombre, Jovien et Valentinien, qui furent depuis empereurs. Ce fut Julien qui céda lui-même à leur fermeté. Son estime pour leurs vertus et pour leurs talens militaires l'empêcha, malgré sa haine pour leur religion, de les destituer. Il laissa même à Jovien l'importante dignité de capitaine de sa garde , et se fit accompagner par lui dans la guerre contre les Perses.

Les ariens donnèrent comme les, catholiques des exemples de courage; l'un d'eux, nommé Maris, évêque de Chalcédoine> vieux et aveugle, se fit conduire au .temple de la Fortune lorsque Julien y sacrifiait, et lui reprocha publiquement son impiété.

w Je plains moi-même ton erreur, lui répon-

22(i JULIEÎi.

» dit l'empereur; crois-moi : ion dieu> le gali- M léen> que tu invoques vainement^ ne te rendra D pas la vue. » a Eh bien I repirit hardiment » r^véqu'e , je le remercie de m'épargner la doun leur de voir un prince apostat. » En admirant le courage de ce vieillard, on doit cependant convenir qu'un monarque absolu , qui souffre un pareil langage sans le punir, n'est pas un tyran.

La guerre qu'il faisait au culte de JésUs-Christ était plus perfide que cruelle. Pour détruire le christianisme , il voulait l'éteindre dans les té* nébres de l'ignorance; pour ressusciter le p(dythéisme et lui rendre son ancien éclat, il désirait l'entourer seul des lumières que répandent les sciences et les lettres. Ainsi, redoutant l'éloquence des Basile, des Grégoire et des Apollinaire > brillans flambeaux de l'Eglise, il défendait aux chrétiens de professer et d'enseigne dans les -écoles. En même temps il appliquait tousses soins à relever le polythéisme par le choix des pontifes païens, et les instructicms qu'il donnait à ses ministres sur cet objet mëriteaient sans doute qu'on les prit pour modèles dans tous les pays et dans toutes les religions.

Il ordonnait que , pour conférer le sacerdoce, on n'eât égard ni à la naissance ni aux richesses. Il voulait que l'on ne confiât cette importante mission qu'aux hommes les plus distingués par leur amourpour les dieux, pour l'humanité.

et par des tslew propres à inspirer aux autres cette vertu , la première de toutes^

Us devaient^ pour se montrer dignes de oe devoir sacrée faire «constamment du bien aux hommes; car on le peut dans toutes les positions, même dans l'indigence. Il leur prescrivait de servir les dieux comme s'ils agissaient en leur présence , d'être chas^tes des yeux, d'oreilles, Ae langue et d'actions; d^ s'habituera vaincre toutes leurs passions, afin de $e livrer assidûment à l'étude de la philosophie, non de cette philosophie des poètes et des épicuriens, qui ampUit et corrc^npt les âmes, mais de celle des vrais sages, qui apprend aux mortels à révérer et à craindre les dieux , dont la justice récompense la vertu et punit le orime.

. Leur vie devait être sohre et simple : la magnificence n'était permise que dans les temples ; il conseillait aux pontifes , pour inspirer plus de respect, de paraître rarement en public, et termmait son édit en leur recommandant de nouveau la charité. « Il est honteux pour nous , di- » sait-il, de voir que les galiléens nourrissent à » la fois leurs pauvres et les nôtres. » Certes l'en-nemi des chjrétiens ne pouvsât pas leur rendre un plus bel hommage.

Il se flatta quelque temps en vain que l's^utorite. de ses lumières et de son esprit ramènerait, par soninfluence, sès.adversair^ àlk soumission.

Ayant lu un ouvrage composé par Diodore en faveur du christianisme , il n'écrivit au bas que ce peu de mots : « J'ai lu, j'ai compris, j'ai con- » damné , » et l'envoya avec, cette note à plusieurs évêques. Saint Basile, imitant son laconisme, lui répondit : « Vous avez lu, mais vous » n'avez pas compris ; car si vous aviez compris, » vous n'auriez pas condamné. »

Constantin et ses fils avaient enlevé à plusieurs temples leurs revenus pour enrichir les églises. Julien, tout aussi arbitrairement, dépouilla les églises au profit des temples, et dans son édit excusa ironiquement cet acte d'injustice. « L'ad- » mirable loi des chrétiens, disait-il, promet w aux pauvres le royaume des cieux : il est juste » de leur en aplanir la route; la pauvreté leur » donnera la sagesse dans ce monde, et un règne )) certain dans l'autre. »

Gouverne- Si l'csprit dc parti l'égarait lorsqu'il s'afi;issait prince, dc rcligion, la plus douce équité dictait ses arrêts et ses édits sur toute autre matière ; et comme des hommes rigides lui reprochaient son indulgence : « Un prince, leur répondit-il, est une loi » vivante qui doit tempérer par sa clémence ce » que les lois mortes ont de trop rigoureux. »

L'espionnage seul, qui depuis plusieurs siècles ouvrait à la cour toutes les portes de la fortune, éprouva constamment sa sévérité; et, dans le temps où , soumis aux ordres de Constance, il se

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voyait forcé de laisser leurs fonctions à ces vils agens qu'on nommait curiosi, ne pouvant leur faire ressentir sa haine , il leur montrait au moins son: mépris.

Un jour^ lorsque le prince^ conformément aux coutumes , distribuait des gratifications , Tun de ces agens ^ au lieu de tendre sa robe suivant l'usage , lui présenta les deux mains ^ h Vous » le voyez, dit Julien, ces. gens-là ignorent com- » menton reçoit, mais ils savent très bien com- » ment on prend. »

Il sentait tellement la pesanteur du fardeau qu'impose la vertu à un prince qui veut être juste, que plusieurs historiens l'ont cru sincère lorsqu'il s^est dit exempt d'ambition et revêtu malgré lui du pouvoir suprême. Avant cette révolution , comme on l'avertit que Constance voulait le rappeler de Ja Gaule et lui donner un successeur. « Je le verrai $ans regret, répon- » dit-il ; il vaut mieux avoir fait en peu de temps » beaucoup de bien, que de courir le risque de » faille beaucoup de mal long-temps. »

Ennemi des plaisirs et de l'oisiveté, on le voyait aussi actif dans le conseil que dans le camp. Il remit en vigueur les anciennes lois, les corrigea, rendit aux municipes toutes les terj^s usurpées par les empereurs , et laissa une liberté entière aux avocats» Accessible aux plaintes, juste dans ses décisions, il s'attachait plus à l'esprit qu'à

Ui lettre delà loi ; et ^ comme il de méfiait de son impétuosité naturelle, loin de s'oifenser des objections , il encourageait les magistrats à lui faire des remontrances.

Un jour^ entendant quelques avocats qui louaient avec exagération sa justice et son génie : (€ Ah I que je serais sensible à vos éloges, leur dit- » il, si je vous croyais assez courageux et assez » sincères pour me blâmer quand je le mérite I » Il ne connaissait point cette inquiétude des princes lâches , qui leur fait prêter Toreille à la délation et les entraine à la tyrannie. Un délateur lui dénonça, lorsqu'il se trouvait en Asie, un citoyen distingué par son opulence, qu^il accusait d'aspirer à Fempire : a Sûr quelles preu- » ves appuyez-vous cette accusation ? » dit Julien, a II s'est fait faire^ reprit le délateur, une M toge et un manteau couleur de pourpre. » « Eh bien, dit l'empereur en s'àdressant o/û H grand-trésorier, donnez à ce dangereux dé- » nonciateur des brode^ins et un cothurne cou- » leur de pourp^; j'ordonne qu'il les porte lui- » même au citoyen qu'il accuse, afin qu'il en » ait d'assortis au reste de son vêtement. » s«s projeis JulleU) fidèlc aux maximes de la philosophie, quêtr travaillait constamment à se rendre maitre de ses passions, hors celle de la gloire militaire, qu'il ne cherchait pas ménie à combattre» Vainqueur des Germains dans l'Occident, il voulait que

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