EMPIRE D*ORIENT. [MA-STS
terrompu par le murmure général des officiers et des soldats, qui le pressent d'assurer ie repos de Tempire , et de s'associer un collègue. « Compagnons , leur dit-il, hier vous « étiez les maîtres de ne point m'élever au trône; aujour- « d'hui c'est à moi seul qu'il appartient de prendre les me- « sures qu'exigent les grands intérêts et le repos de l'État. « Je connais mes droits, mes devoirs, mes forces et les périls « auxquels m'expose mon élévation. La durée de nos jours « est incertaine : pour vous mettre à l'abri de nouveaux ora- « ges, vous souhaitez que je me désigne un successeur et un « collègue, c'est aussi mon vœu; mais ce choix exige une « mûre réflexion; reposez-vous sur moi de ce soin, et ren- « trez paisiblement dans vos tentes : vous y recevrez la gra- « tification réglée par la coutume. »
La fermeté de l'empereur apaisa le tumulte; des applaudissements dictés par la crainte succédèrent aux murmures, et l'armée obéit dès qu'elle sentit que le nouveau prince savait commander.
Valentinien , ayant ensuite convoqué un conseil composé des principaux chefs de l'armée , les consulta stir le choix qu'il devait faire ; ils partagèrent presque tous l'opinion de Dagaléphus qui lui dit : « Si vous n'écoutez que votre inté- « rêt, vous donnerez le titre d'auguste à votre frère Valens; ff si vous préférez l'intérêt public , vous nommerez le plus « digne. » L'empereur ne prit alors aucune décision ; il partit de Nicée, se rendit à Constantînople, harangua le sénat, s'établit dans le palais impérial , et trente Jours après donna la pourpre à Valens. Ce prince, âgé de trente-six ans, ne s'était fait remarquer par aucun talent, n'avait point occupé d'emplois; courtisan soumis pendant le règne de Julien, sa docilité fut aux yeux de Valentinien son seul mérite. L'empereur savait qu'en l'associant à l'empire il ne se donnait qu'un sujet couronné.
La douceur de Jovîen avait épargné à l'État les maux qui suivent trop souvent les réactions , et, grâce à sa tolérance, le christianisme s'était relevé sans abuser de son triomphe,
8aA-<75j yàusntinibii et yalxns. 479
et sans persécuter les païens. Le malheur de ceux-ci s'aggrava lorsque Valentinien monta sur le trône; la charité s'exila des églises, la terreur fit déserter les temples; les philosophes, éloignés de la cour , quittèrent leurs manteaux et rasèrent leurs longues barbes, qui, loin d'inspirer le respect, ne leur attiraient plus que des injures; et les chrétiens, entraînés par un faux zèle , versèrent le sang de ceux qui n'avaient offensé que leur amour-propre, et ne les avaient comprimés que par des railleries.
L'élection de deux princes partisans zélés du christianisme encourageait à ces vengeances. Dès que Valentinien connut ces désordres , il en arrêta le cours , et se montra aussi tolérant pour les opinions religieuses qu'il était dur et cruel contre tous ceux qui ; dans l'ordre civil et militaire , commettaient le moindre délit ou opposaient la moindre réâstance à ses volontés.
Les anciens amis de Julien, poursuivis par la haine, furent accusés par l'envie, et presque tous punis ou destitués. Les talents de quelques généraux qui s'étaient rendus nécessaires les sauvèrent de ce naufrage. La vertu de Salluste l'en giarantit. On voulait par respect lui laisser ses emplois, il les quitta par sagesse.
Les deux empereurs réglèrent définitivement entre eux le partage de l'empire. Valens reçut pour son lot la préfecture de l'Orient, qui s'étendait depuis le Bas-Danube jusqu'aux frontières de Perse. Valentinien se réserva l'Illyrie, l'Italie, l'Espagne, la Gaule, la Bretagne et l'Afrique. Ghalcédoine à l'est, le mont Atlas à l'ouest , étaient ses limites. Les peuples eurent à supporter les dépenses de deux cours, de deux ministères, de deux conseils. On peut dire que ce fut à cette époque (365), que commença réellement la division du monde romain en deux empires : celui d'Occident et celui d'Orient.
Valens établit sa résidence à Constantinople, et Valentinien fixa la sienne à Milan. Rome était, non pas négligée, mais crainte; on n'osait la braver que de loin ; et le despotisme, gêné au milieu de ces vieux monuments des antiques
■180 EMPIBE D'0âl£NT. CS«4«S75]
lois et de Fancien culte, fuyait cette terre classique de la liberté.
Tous les païens , tous les philosophes , tous ceux que la faveur de Julien avait comblés de fortune et de dignités y supportaient avec désespoir la révolution qui faisait triompher leurs adversaires, et qui les dépouillait de Jeurs rangs et de leurs biens; mais ils n'osaient dans TOccident faire éclater leurs plaintes. La fermeté de Yalentinien les contenait. Le faible Yalens daiis l'Orient inspirait moins de crainte, et la haine y montra plus d'audace. Le désordre qu'entraîne la faiblesse y rendait le mécontentement plus vif. En tout pays, comme en tout temps, ce désordre eneoarage et trompe souvent les factieux; ils oublient que la plus grande partie des hommes, préférant le repos au péril, soaf* frent longtemps avant d'oser briser ta chaîne qui les blesse, et que les plaintes les plus générales sont longtemps des signes de douleur avant d'être des cris de révolte. Les doléances ne prouvent souvent que la servitude ; c'est le silence courageux qui cache le ressentiment.
Le patricien Pétrbnius, père d'Albia Dominica , femme de l'empereur Valens, était vindicatif, avide, orgueilleux, cruel ; il excitait l'indignation par sa conduite tyrannique, et inspirait le mépris par ses vices. Les Romains croyaient voir revivre en lui l'infâme Séjan, l'odieux favori de Tibère.
Procope, général renommé, persécuté comme un ancien favori de Julien, et redouté paf Valens, parce qu'on l'avait cru digne de l'empire, errait depuis quelque temps dégaisé; cherchant de retraite en retraite à sauver ses jours proscrits. Entendant partout le peuple déclamer avec amertume contre le gouvernement, il se persuade que tous ceux qui sont mécontents comme lui sont comme lui prêts à prendre les armes contre la tyrannie. Cette idée fait succéder dans son esprit l'audace à la crainte, et ce fugitif, sans asile, sans argent , sans appui , forme le projet téméraire de renverser l'empereur d'Orient et de se placer sur son trône.
Pansr c9 mpmeat, Tempereur Yalens, redoutajf^t yne inv»-
[36A-375] VÀLBNTINIEW ET YALENS. 484
mn des Goths, rassemblait pour les combattre plusieurs corps
de troupes de T Orient, et les attendait dans la ville de Ce-
sarée, en Gappadoce. Frocope , profitant de son éloigne-
^jMK, marche accompagné de deux hommes intrigants et
\ luRis, entre la nuit dans Constantinople, s'y cache , et par
j. les émissaires gagne deux cohortes gauloises qui pleuraient
i encore la mort de Julien y leur libérateur et leur héros. Sûr
' ie leur dévouement, il se montre soudain à leur tête couvert
[ d'un manteau de pourpre.
La populace , toujours amie des nouveautés , le proclame auguste; une foule de paysans séduits par ses promesses accourt près de lui ; ce cortège tumultueux force les portes^ du palais, y installe le nouvel empereur et le conduit ensuite au sénat, vide de sénateurs, et que remplit une tourbe d'obscurs conjurés. Tous les fonctionnaires s'éloignent, tous les propriétaires et les marchands se renferment dans leurs maisons : Procope règne , mais il règne sur une ville qui n'offre à ses yeux qu'un vaste désert dont le silence l'épouvante. Cependant, trop avancé pour reculer, il s'empare du port et des arsenaux, fait paraître devant lui des aventuriers qui trompent le public en se présentant eamme ambassadeurs de puissances étrangères: en même temps il fait arriver des courriers qui répandent le faux bruit de la mort de Yalens. L'audace la plus téméraire trouve toujours des admirateurs : le belliqueux et bouillant prince Hormisdas se déclare pour un usurpateur qu'il croit prêt à venger Julien et ses amis. Les Goths donnent des secours à Procope ; les joviens et les herculiens se rangent sous ses enseignes; enfin Faustine, veuve de l'empereur Constance, donne un nouvel éclat au nouvel auguste en l'épousant, pour remonter sur le trône dont elle n'était descendue qu'à regret. Bientôt Procope se voit à la tête d'une nombreuse armée que les mécontents grossissent chaque jour. Si son génie eût égalé son ambition, il aurait peut-être changé encore une fois la destinée de l'empire.
Le lâche Yalens tremblait dans Césarée, parlait d'abdi- ▼. Il
^82 EMPIBE d'oBIENT. [364-375]
quer pour conserver sa vie, et ne cédait qu'avec peine à la fermeté de ses ministres qui le forçaient de garder le pouvoir suprême.
Au milieu de ces incertitudes , une invasion rapide aniaÛft augmenté la crainte, déconcerté la prudence et soumis PAsie : on subjugue tous ceux qu'on étonne.
Procope fit la guerre méthodiquement et perdit tout en perdant du temps. Entré en Asie, il voulut s'assurer des postes fortifiés , s'empara de quelques villes, et ne se rendît maître de Cyzique qu'après un long siège. Un premier succès contre les généraux de Valens resta sans fruit, parce que l'usurpateur ne sut pas en profiter. Cette temporisation, qui n'est utile qu'à ceux qui se défendent, permit à Valens de se remettre de sa frayeur ; il regagna l'affection des peuples en investissant de nouveau le vertueux Salluste de la préfecture de l'Orient. Lupicinus amena les légions de Syrie à son secours; enfin le général Arinthée, que sa beauté, sa force et sa vaillance faisaient comparer aux anciens héros de la Grèce, marcha, suivi de peu de troupes , contre un corps nombreux de rebelles, s'approcha d'eux audacieusement , leur ordonna, comme s'il était leur chef, de lui livrer Tofflcier qui les commandait, et fut obéi.
Les armées de Valens étant réunies , le vieux Arbétion , autrefois consul et général sous le règne du grand Constantin, quitte sa retraite, prend le commandement des troupes. On avait oublié ses concussions, ses vices ; on rfe se souvenait que de ses exploits : les deux armées se rencontrent à Thyatire en Lycie et se livrent bataille. Des deux côtés le courage était égal, la fureur pareille, le succès semblait incertain. Au milieu de la mêlée, Arbétionjette son casque, offre aux regards des combattants sa chevelure blanche, sa figure vénérable : « Mes enfants, crie-t-il aux soldats, reconnaissez « votre père et votre chef, imitez ma vieille fidélité , rejol- « gnez les drapeaux de l'empereur élu par vous, qui a reçu « vos serments, et fuyez l'usurpateur qui viole vos lois et j % qui vous trompe. » A ces mots, le combat cesse ; tou3 1^8 ]
[36W75] VÀLENTINIEN ET VALONS. 483
goerriers de Procope se sourriettent aux ordres d'Arbétaon.
L'usurpateur, abandonné, s'enfuit dans les bois avec deux officiers , qui le jour suivant , dans le dessein de racheter leur vie par une perfidie , enchaînent Procope et le traînent au camp impérial , oti on lui tranche la tête. L'empereur profita de la trahison et punit les traîtres. Ils partagèrent le supplice de leur victime (an 366).
Le faible Valens, au lieu d'attribuer à ses fautes les troubles que le courage de ses généraux venait d'apaiser, en accusa ses peuples, prétendant qu'ils avaient attiré sur eux le courroux du ciel par leur funeste penchant pour la magie. Il publia des édits sévères contre ceux qui professaient cette fausse science.
A cette époque , dans tout l'empire romain , les chrétiens comme les païens , également superstitieux , croyaient aux charmes, aux philtres, à l'évocation des esprits infernaux , aux sortilèges employés pour inspirer l'amour ou la haine , et pour priver urt ennemi de la raison ou de la vie. Les catholiques et les ariens ajoutaient presque autant de foi aux prédictions des sorciers, que les idolâtres aux oracles. Tous s^accordaient à regarder comme criminelle la sorcellerie , et personne ne se montrait assez sage pour comprendre que , s'il n'existait pas de sorciers, l'autorité ne devait pas combattre une chimère, et que, si, au contraire, les sorciers étaient doués de la force et de la science qu'on leur supposait, toute loi contre eux serait impuissante.
On persécuta tous ceux qui étaient soupçonnés de magie. Sous ce prétexte, les différentes sectes s'accusèrent réciproquement; les païens furent particulièrement tourmentés, et l'esprit de parti ouvrit par ce moyen un champ fertile à la cupidité des délateurs.
Lorsque Valentinien apprit la révolte de Procope, il donna des conseils à son frère pour diriger sa conduite, mais il ne lui envoya point de secours : une invasion des Germains dans la Gaule, la piraterie des peuples du Nord qui infestaient rOcé^n, le soulèvement de» Pietés et de§ Calédonien^
-184 EMPIBE d'oBIENT. [S6Ji-375]
en Bretagne, et Tarmement des Maures en Afrique^ oceuipaient tous ses soins et employaient toutes ses forces. Il pmr blia, comme Valens, des édits sévères contre les magicie]|% et les fit exécuter avec une extrême rigueur.
Valens fut cruel par faiblesse, Valentinien Tétait par ractère ^ inaccessible à la crainte, emporté, barbare, il nissait de mort le moindre délit. Dès qu'un mot excitait colère, on entendait sortir de sa bouche ces paroles courtes et terribles : « Qu'on le brûle, qu'on le décapite, qu'on Fa»* somme I » Près de la chambre où il couchait, on voyait, c*!-^ fern^és dans deux cages, deux ours énormes, dignes favoiinj d'un tyran. L'un se nommait Y Innocence, l'autre Mica-^ rea. L'empereur se plaisait à leur faire dévorer, devant les malheureux qu'il avait condamnés. Après de longs seis^ vices, V Innocence reçut de lui une vaste forêt pour apanage et pour retraite.
Plus féroce que ces deux ours, le barbare Maximin irritait ' les ressentiments de Valentinien, inondait l'Italie de sang, et, lorsqu'il fut gorgé d'or et rassasié de victimes, il obtint jpour récompense la préfecture des Gaules. • t
Les prisons de Rome, de Milan, d'Antioche, étaient plies d'infortunés que la dSlation y entassait. Cependant lnj vertu de Salluste, qui luttait avec fermeté contre la tyrannie,] allégea souvent le poids des maux qui affligeaient l'Orient
Ce qui paraît inexplicable dans ces temps barbares, c' le contraste étonnant que présente d'une part la cruauté des princes, et de l'autre la sagesse de leur législation. Lorsque Valentinien ne cédait point à la violence de quelque ressentiment particulier, ses lois, dictées par la justice, portaient l'empreinte de l'amour du bien public, et l'on ne peut qi]« donner des éloges aux mesures qu'il prit contre l'exposition des enfants, et aux édits qu'il publia pour protéger les progrès des sciences, particulièrement ceux de la médecine. Û établit des académies à Rome et à Constantinople. On lui dut une belle institution, dont l'objet était de réformer de grands abus : il créa soixante-deux défenseurs, chargés de porter
Ptfé-375] VALENTINIEN ET VALBIHS. 485
^ILS^^ les requêtes des provinces, les plaintes des villes,
souteinr les droits des peuples. Sourd aux cris de Tes-
le parti, il toléra tous Ifïs cultes, permit de célébrer les
irès d' Eleusis, protégea les aruspices, et réprima l'ava-
:au clergé chrétien. Il défendit sagement aux magistrats
heter des biens-fonds dans les provinces qu'ils adminis-
^t, ne croyant pas légitime un contrat qui pouvait ne
pas être libre.
Valens était soumis à ses volontés , mais, incapable de
«trer cette fermeté qui écarte l'intrigue : il céda aux con-
d'un prêtre qui l'avait baptisé, favorisa l'arianisrae, et
onna au préfet d'Egypte de chasser Athanase de son
Le peuple en armes défendit son évêque ; l'autorité se vit contrainte de plier sous l'ascendant du pontife. Athanase termina ses jours en paix, laissant après lui cette renommée durable qu'on ne doit qu'auxgrands talents unisà de grandes vertus.
Sa mort fut une calamité ^pour son Église f l'arien Lucius Jfni succéda et persécuta les cathoRques. f ^Dans le même temps Rome était le théâtre des scènes les * s scandaleuses ; Urcin.etDamase, dont saint Jérôme lui- (i»e hUm^ le luxe indécent, se disputèrent, par les armes, fc ^îëge pontifical. De part et d'autre des flots de sang fu- «Sit versés au nom d'une religion qui abhorre le sang. ■ Les^mmes ne furent même pas épargnées dans ce massa- ; Ibamase l'emporta, et le lendemain de son triomphe on Irva dans l'église cent trente-sept cadavres. Valcntinien, ne voulant pas se mêler des querelles des évéques, les laissa combattre, et courut dans la Gaule s'opposer aux progresses Barbares. Malgré les victoires de Constantin et les triomphes de Julien, Rome avait conservé l'ancienne coutume de payer, sous le titre de présents, des trik«(| annuels aux Barbares, usage funeste qui datait du temps de Caracalla et de Commode, première époque de la décadence romaine.
-186 BMPIBB d'oBIENT. [86&-8VÎI
TJrsace, grand-maître des offices, ayant refuft de payer ce tribut, les Barbares prirent les armes; leslégiçns bataY< qui formaient l'élite de l'armée deé Gaules, démentirent cette circonstance leur ancienne renommée ; après une co résistance, malgré les efforts de deux généraux romains qui i commandaient, elles prirent la fuite et perdirent leurs aigl
Valentinien, pour punir leur faiblesse, les licencia et grada leurs officiers. Désespérés de cette humiliation méritée, ils implorèrent tous la clémence du prince, et ctan dèrent à grands cris qu'on leur donnât l'occasion de réjla leur honte. L'empereur, touché de leur repentir, leur rendre leurs armes. Jovînus, à leur tête, marche sur Me. surprend une bande allemande, force son camp, et la *at: en pièces. Après ce succès, il se porte ^ sans perdre de tem sur la route deChâlons, rencontre, dans les plaines qu'arrose la Marne, la grande armée des Barbares, lui livre bataillai ; remporte une victoire complète, tue dix mille ennemis, 'n^ • \ vient à Paris, et y reçoit de Valentinien la dignité de consnl pour prix de ses exploits.
L'éclat de ce triomphe fut soufflé pai* ^^ crime : au mé- jL pris du droit des gens, le roi des Allemands, tombé dan» le» 1 fers, fut pendu par des soldats roi^ains.
Valentinien, suivi de son fils Gratien et accompagné par les généraux Jovinus, Sévère et Sébastien, passe le tkhin et ."J entre dans le pays de Wurtemberg. 'Les Allemands s'étmeninH retranchés sur la montagne de Saltz; l'empereur, s'éè&ajS^^ avancé imprudemment pour reconnaître cette position , se vit tout à coup entouré par une foule de Barbares, Son intrépidité le sauva ; son armure fut brisée, il. perdit son casque, mais il se fit jour au trayers des ennemis, et revint presque seul dans son camp.
Bientôt il attaque la montagne, et, après un combat long et sanglant, s'en empare. Les Allemands prennent la ^^; Sébastien leur coupe la retraite et en fait un affreux caiSu^k* Ge succès termina la campagne ; Valentinien employa le reste de l'année à fortifier la frontière du Rhin (an 368).
^eàriJSj- VALENTINIBN BT VALBNS. 487
^ Dans ce temps un peuple descendant des Vandales, et
mi devint bientôt fameux sous le nom de Bourguignons,
jBToissait en nombre et en force dans les forêts de la
^Bsace et de 1^ Thuringe. Leur gouvernement paraissait plus
bpubiicain que monarchique. Le sacerdoce y jouissait d'une
mrânde autorité; le grand-prêtre Sinistus était inviolable,
i lundis que le chef de la nation, qui portait le titre de Hin-
HnoSy ^'exerçait qu'un pouvoir très-borné, et rendait compte
d^sa^W^duite au peuple, qui pouvait le destituer.
Les Bourguignons, depuis quelques années, étendaient
r pmssance par des invasions sur le territoire des Alle-
ds. Leurs sanglantes querelles n'étaient interrompues
epar de courtes trêves. Valentinien fomenta leurs divi-
ts, .^t conclut avec Macrien, roi des Allemands, un traité
A'alliance que les Barbares exécutèrent plus fidèlement que
s peuples, devenus depuis trop célèbres par leurs ra'ritgëif, infestaient alors les côtes de la Gaule : c'était une ionfc d'atventuriers sortis des rivages de la mer du Nord. Ex^l^ à to^piraterle, enhardis par de premiers succès, enli^ll^^r ^ nombreux pillages, ils formaient depuis quel- !i>^'Sousle nom de Saxons y un corps de nation for-
E'^TIII^'Çlfj -Romains repoussèrent d'abord leur invasion fi^E^ê^ et ensuite, les trompant par des artifices trop uns âffl^ ce siècle de corruption, les surprirent au moncnl où ils reposaient sans défense, sur la foi d'une trêve ; ils en massacrèrent un grand nombre, justifiant ainsi d'avance, par cette trahison, les horribles vengeances que les hommes du Nord exercèrent depuis sur les peuples de l'Occident.
I Lfis Pictcs et les Calédoniens, maîtres de la Grande-Brén|K avaient battu plusieurs fois les Bomains : Théodose, el^fé par l'empereur dans cette contrée, y ramena la victoire. Après un grand nombre de combats heureux, il détivra ces provinces, termina la guerre avec autant de sagesse que de vigueur, força les Calédoniens de rentrer dans leurs fo-
-188 EMPIBE d'oBIEKT. t564-4>75l
rets, et conquit sur eux un vaste territoire, qui devint une nouvelle province romaine, sous le nom de Valentie.
Le libérateur de la Bretagne, revenu dans la Gaule, et envoyé par Tempereur contre les Allemands qui^avaient rcpri» les armes, soutint sa renommée par de nouvelles victoires, et rççut pour récompense la dignité de maître générai de la CM'alerie.
Tandis que Yalentinien défendait avec gloire.le nord de Tempire, la tyrannie de Romanus, gouverneur d'Âfri^e, sa cruauté, son avarice, la protection intéressée qu'il aocordait aux hordes sauvages de Gétulie, malgré les plaintes des villes exposées à leurs pillages, livraient ces vastes contrées à tous les malheurs inséparables d'une injuste administration. , L'empereur, trompé par Romanus, le soutenait et ea^yaift au supplice ceux qui osaient l'accuser.
Un ehef maure, Firmus, indigné de ces excès, et ci l'occasion favorable pour rétidre à sa patrie son anclenâ#> in-' dépendance, leva l'étendard de la révolte, et entraîna dans son parti la Itfauritanie et la JNumidie. Actif, courageux, rasé, on croyait voir x'evivre en lui Jugurtha ; il vainquit Romanus, quelquefois par la force, plus souvent par l'artifice; chaque jour ses succès étendaient sa puissance; déjà il entrevoyait l'espdr de se rendre maître de l'Afrique; mais sa fortune changea lorsque Théodose parut.
Le vainqueur des Pietés et des Allemands repoussa les ** troupes de l'Africain, ne se laissa point surprendre par ses ruses, l'attaqua sur tous les points, le força de fuir, le poursuivit sans relâche au fond des déserts, et défit en bataille rangée une nombreuse armée de Maures.
Firmus, digne d'un meilleur destin, se vit abandonné par les hommes, dès qu'il le fut par la fortune. Un ch^^m pays le trahit et le livra aux Romains ; mais il échanHl supplice en se tuant.
Théodose, informé des injustices et des crimes de Romanus, l'avait suspendu de ses fonctions. Le coupable fut absous par l'empereur, qui le rétablit dans ses emplois.
im-9n] YÀI4NTINIBN BT YALBNS. 489
La gloire de Théodose le rendait odieux aux courtisans et suspect au prince; vainqueur des ennemis de Rome, et vaincu par les délateurs, il périt victime de la jalousie des fils de Valentinien, qui lui firent trancher la tète.
Ce supplice d'un grand homme ne souilla point la vie de Valeotinien : la délation et Tenvie n'obtinrent ce honteux triomphe qu'après sa mort. L'empereur, trop cruel lorsqu'on irritait son caractère violent, était naturellement juste ; ses lois et son administration générale le prouvent ; mais il fut souvent trompé, et trop souvent il fit de mauvais choix, et les soutint avec opiniâtreté.
L'Italie, perdant sa liberté, avait conservé sa licence. On y subissait la tyrannie des magistrats ; mais le peuple, qui n osait leur résister, se vengeait d'eux par des satires et des railleries.
Terrentius, autrefois boulanger, devint, malgré son ineptie, par un jeu de la fortune et par un caprice de l'empereur, gouverneur de Toscane. Lorsqu'il parut pour la première fois sur son tribunal, plusieurs placards rappelèrent qfae son élévation avait été en quelque sorte prédite peu de temps auparavant par l'apparition d'un âne qui, échappé et poursuivi par son maître, était monté sur ce même tribunal.
Bans ce siècle, où l'on fit tant de lois, rien n'était réglé par elles qu'en apparence; tout dépendait des hommes. Le sort de l'empire tenait au caractère du prince ; Rome comptait CQcore des savants, des orateurs, des héros, mais elle n'avait plus "de citoyens. La corruption régnait dans les mœurs, etla vertu dans. les maximes. Valens, despote, faible, méfiant et injuste, disait : « qu'il était heureux pour les peu- « pies de se voir gouvernés par des princes qui avaient « longtemps vécu dans la condition privée; » et tandis qu'il sacrifiait tant de victimes à la délation, on citait de lui ces belles paroles : « Les délateurs sont plus dangereux que les « Barbares, comme les maladies internes sont plus funestes « que les maux produits par une cause extérieure. »
Valentinkn régna comme un tyran, et cependant il serait
490 EMPIBB D*OBIENT. [864-575]-
difficile de tracer en moins de mots les devoirs d*un grand monarque, qu'il ne le fit, lorsque, sentant ses forces décroître, il revêtit, dans la ville d'Amiens, son fils Gratien du tîtce d'auguste. « Vous voilà, mon fils, dit-il à ce jeune prince, « élevé au pouvoir suprême sous d'heureux auspices; sou- « tenez le poids de l'empire, bravez les glaces du Rhin et du « Danube, marchez à la tête des troupes, versez votre sang « pour défendre vos peuples, regardez les biens et les maux « de l'état comme vous étant personnels. Je consacrerai le « reste de ma vie à graver dans votre cœur les principes de. « la justice. Et vous, soldats, aimez ce jeune prince que je « confie à votre foi; songez qu'il est né et qu'il va croître à « l'ombre de vos lauriers. »
L'Orient éprouvait autant que l'Occident 'ou^, les maux inséparables du pouvoir arbitraire, et n'en étaii pas dédommagé par la même gloire militaire. Valens avait de bons généraux qui refardaient la destruction de l'empire ; mais l'incertitude et la faiblesse du prince l'empêchaient de tirer parti de leurs talents; ils s'épuisaient en efforts stériles pour exécuter des plans mal concertés.
Sapor, qui, pendant un règne de soixante-dix ans, releva la gloire des Perses par ses triomphes, et la ternit par ses vices et par ses injustices, employait, pour satisfaire son insatiable ambition, tantôt la force et tantôt l'artifice. Peu content d'avoir contraint, par le traité conclu avec Jovien, l'Arménie à lui payer un tribut, il voulut s'en emparer, trompa le roi Arsace par de fausses protestations d'amitié, le fit assassiner, et réduisit l'Arménie en province.
Une seule ville, Artogerdice, lui résista ; Olympias, veuve d'Arsace, la défendait : son courage repoussa longtemps les Perses ; mais Sapor, arrivant avec une armée nombreuse, obligea enfin la ville à se rendre. La reine conserva sa gloire et perdit sa liberté.
Le roi ne put garder paisiblement une conquête qu'il ne devait qu'à un crime; les Arméniens et les Ibériens se révoltèrent pour ressaisir leur indépendance. Valens, regar-
[364-375] YÀLENTINIEN ET YÂLENS. 494
dant le traité de Jovien comme rompu par F invasion, des Perses en Arménie, se déclara pour les révoltés. Sa cause était juste, mais le moment mal choisi pour entreprendre une guerre si périlleuse contre une puissance si redoutable; car alors Constantinople se voyait menacée par les Goths, peuple belliqueux, et contre lequel l'empereur aurait dû réunir toutes ses forces.
Le roi de Perse, plus prompt que Valens, attaqua les Romains ; tous les efforts d'Arinthée et de Trajan se bornèrent à défendre l'Euphrate. Malgré leur vaillance, secondée par Vadomar , roi des Allemands, autrefois captif, et depdis allié fidèle des Eomains, les Perses, dont les forces augmentaient chaque jour, se seraient probablement rendus maîtres de f Asie ; mais Sapor mourut, et les troubles qui s'élevèrent après sa mort dans son royaume sauvèrent l'empire.
Valens avait embrassé la cause des Arméniens plutôt par ambition que par justice ; après avoir feint de protéger Para, leur roi, il le trahit. Le comte Trajan, par ses ordres, invita le prince et les grands de sa cour à une fête. Ils s'y rendirent avec confiance, et, ^u milieu du festin, les ayant fait entourer par ses soldats, il les fit égorger.
Les princes chrétiens, les peuples civilisés se montraient alors à la fois plus perfides, plus cruels et moins braves que les Barbares. Il devenait facile de prévoir la chute et le démembrement d'un empire où il n'existait plus de vertus ni de liberté.
La cruauté des vengeances exercées par Valens contre les Goths qui avaient pris le parti de Procope, armait tous les peuples contre lui. Les historiens de l'antiquité donnent peu de lumières sur l'origine de ces nations qui renversèrent l'empire et fondèrent l'Europe nouvelle. Souvent ils confondent les Goths avec les Scythes, les Sarmates et les Daces : Tacite plaçait leur berceau sur les rives de la VIsttule. Une ancienne tradition nous les montre sortant d'Asie sous la conduite d'Ddin, qui, en peu de temps, conquit tout le nord et tout l'orient de l'Europe, jusqu'à la mer Baltique, et s'é-
492 BMPIBE d'orient. [88M75]
tablit ensuite dans la Scandinavie, qui subit son joug et reçut ses lois.
D'autres auteurs, sans remonter si haut, racontent que, trois cents ans avant Jésus-Christ, plusieurs tribus de Goths, quittant les forêts de la Scandinavie, s'étendirent le long de la mer Baltique, sous les noms de RugeSy de Vandales, de Lombards et d'Hérules, Ces diverses peuplades, devenues nombreuses, envahirent les contrées voisines ; les plus belliqueuses, conservant le nom primitif de Goths, traversèrent la Sarmatie et s'établirent sur les bords du Don, près dn Falus-Méotide. Ceux qui restèrent à l'ouest de la Yistole reçurent le nom de Gépides on paresseux. Les Goths, franchissant bientôt les plaines de la Scythie et les rives da Borysthène, attaquèrent, vainquirent et exterminèrent les G êtes, qui possédaient le pays situé à l'embouchure du Danube. Les Vandales, les Marcomans et les Quades cédèrent souvent à l' effort de leurs armes.
Du temps de Caracalla, Rome les regardait comme des ennemis redoutables ; sous le règne de Gallien, profitant des divisions de l'empire, ite ravagèrent l'Illyrie, la Grèce, l'Asie, et réduisirent Ëphèse en cendres. Vaincus par Claude II, par Aurélien, par Tacite, et presque détruits par Probus, ils s'étaient déjà relevés sous le règne de Dioclétien ; leurs troupes servirent utilement Galère, et ils donnèrent à Constantin quarante mille auxiliaires.
Les Goths, rusés dans leur conduite, infatigables dans leurs travaux, se montraient h la fois hardis et prudents: leur stature était haute, leur chevelure blonde ; leurs lois, simples et claires, ressemblaient a des règlements de famille.: aussi, lorsqu'ils conquirent les Gaules, on préféra, dans ce pays, le code de Théodoric à celui de Théodose. Charlemagne, dans ses Capitulaires, conserva plusieurs de leurs lois qui régissent encore l'Angleterre.
Quelques publicistes prétendent que l'institution des fiefs prit naissance chez les Goths ; le mariage n'était pas plus permis entre les nobles et les plébéfenâ qu'entre les person-
[M4-375] TÀLENTINIBN BT YAUHIS. 493
Des ifbis^s et les 'esclaves. Le prince proposait les lois, les grands les discutaient, le peuple les acceptait ou les rejetait. L'impôt était répartf par des magistrats élus ; on punissait rarement de mort; l'argent expiait le crime; le coupable ra* ehetait s^ liberté ou sa vie; tout accusé était Jugé par ses pairs ; souvent le duel tenait lieu de jugement.
Les Goths, devenus puissants, se divisèrent en deux peuples ; les orientaux, près du Pont-Ettxin, prirent le nom SOêtrogoths; ceux qui occupaient les bords du Danube s'appelèrent Visigoths, On a plus conservé le souvenir de leurs ravages que la mémoire de leurs rois ; on sait seulement que deux races célèbres les gouvernèrent longtemps. Les Amales régnèrent sur les Ostrogotbs, les Balthes sur les Visigoths. On ne donnait à ces princes que le titre &^ juges, préférant sans doute le nom qui exprimait la justice à celui qui ne rappelait que Tautorité.
Lorsque Yalentinien et Yalens occupaient le trône romain, un roi goth, nommé Ermanaric ou Hermanric, remplissait les contrées septentrionales du bruit de ses exploits. Ce conquérant, que les Barbares nommèrent ÏAleocandre du Nord, subjugua douze nations ; tous les Gotbs reconnurent sa puissance; et, ce qui est sans doute plus extraordinaire que ses conquêtes, c'est qu'il n'entra qu'à l'âge de quatrevingts ans dans sa carrière héroïque, et ne la termina qu'à cent dix ans. Ces peuples belliqueux avaient encore, dans ce temps, d'autres chefs, Aiavivus, Athanaric, Fridigerne et Alaric, qui méritèrent une grande renommée par leurs succès contre les Romains.
Athanaric fut le premier qui prit les armes pour venger une foule de ses compatriotes captifs et dispersés dans l'Orient, et que le cruel Valens avait fait inhumainement égorger. Pendant deux canipagnes, les succès furent balancés, et ThabiJeté de Victor et d'Arinthée ne put remporter aucun avantage remarquable sur la sauvage valeur des guerriers da Nord ; mais, la troisième année, Athanaric perdit une grande bataille; les généraux de Valens avaient promis aux
494 lîMtÏHE D'ORÏETrt. [364-375]
soldats romaînsuune forte soturhe par têie de Goth; la cupidité rendit la poursuite ardertte et le carnage «ffreux.
Les Barbares vaincus se soumirent ; Valens conclut un traité avec leurs chefs, s'affranchit des subsides qu'il leur payait, et ne leur permit la hberté de commerce çuc dans r enceinte de deux villes situées sur le Danube.
Cette paix, violée par la perfidie romaine, ne fut pas de longue durée : Marcèîttn, général romain, imitant la bassesse du comté Trajan, fit poignarder Gabinius, roi des Quades, qu'il avait Invité à une conférence. A la nouvelle de ce crime, les Quades s'arment; les Sarmates se joignent à eux, mettent en fuite les Romains, ravagent la Pannonie, et battent deux légions commandées par Équitius. On croyait la Mésie perdue ; mais le jeune duc Théodose, qui marchait sur les traces de son père et devait surpasser sa gloire, rallie les troupes, ranime leur courage, arrête les Barbares, reprend l'offensive, et force l'ennemi à la retraite." Dans ce moment, Valentinien, arrivant en Illyrie pour secourir son frère, poursuit les Barbares au-delà du Danube, répand l'épouvante dans leur pays, détruit leurs villes, et revient prendre ses quartiers d'hiver à Prcsbourg.
Il y reçoit une députation des Quades, qui, dans l'intention de se justifier à ses yeux, lui exposent avec fierté leurs griefs. Ce prince emporté les interrompt, les menace, et, dans le transport de sa colère, se rompt un vaisseau dans la poitrine. Des flots de sang lui ôtent la parole et la vie (375).
Les Bomains avaient souffert douze années des emportements de Valentinien ; il en fut lui-même la dernière victime.
Ce prince avait répudié l'impératrice Sévéra, parce qu'elle avait abusé de son rang pour forcer un particulier à lui céder son bien. Il s'était deptiis remarié avec Justine, veuve de Magnence. Les lois et les mœurs permettaient alors le divorce, que condamnait l'Église.
Gratien, proclamé césar par Valentinien, devait lui succéder ; son nom se trouvait joint à celui de son père dans tous
CJ75-383J VALENS BT GHÂ.TIEN. -195
les actes publics, et le respect qu'inspiraient ses qualités jpersonnelles était encore fortifié par son union récente avec la petite-fille de Constantin. Mais que peuvent les droits les mieux reconnus et les plus puissants motifs d'intérêt public contre les passions privées ? Valentinien venait de mourir à Bréjaccio, au fond de la Pannonie ; Gratien était éloigné. Les généraux Équitius et Mellobaude, croyant l'occasion favorable pour se donner un chef qui leur dût le trône, font paraître dans le camp l'impératrice Justine et son fils Valen* tinien, âgé de quatre ans. Les soldats, excités par les ambitieux qui espéraient régner sous le nom de cet enfant, le proclament empereur.
Gratien, par sa modération, trompa les espérances de ces hommes perfides qui sacrifiaient l'empire à leurs intérêts. Ce prince, aussi sage que vaillant, aima mieux partager le trône que de l'occuper seul au prix d'une guerre civile ; et, par un édit confirmant le choix de l'armée d'Illyrie, il se déclara le collègue et le tuteur de son frère. Ainsi l'empire ro main resta gouverné par Valens et par ses deux neveux.