‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 14 sur 52 · SMPisB d'obibnt. \ [WI^W · texte numérisé non relu

SMPisB d'obibnt. \ [WI^W

Comme on craignait qu'ils ne se joignissent à leurs «j^js^ triotes, on leur ordonna de traverser THellespont pour i^ rendre en Asie. Vainement ils demandent un délai 4p deux '] Jeurs, on leurréi^nâpar d^meimc^; la populace leâ'in« s»lte; iJs prennent^ le« armes, s'ouvrit un passage^ s'éloignent, et, conduits par -Collias et Suérîde, vont se ranger i sous le drapeau de Fridigerne, qui revint avec eux attaquer '. Afidrlnoplc. Les habitants se'tLéfendire.nt avec vigueur; les Barbares, redoutables en plaine, manquaient de patienee pour bloquer les villes, et âe machines pour les forcer. Fridigerne se vit contraint de lever le siège. , Yalens pouvait encore éviter la guerre, et apaiser les Visigoths par le châtiment de Lupicin; mats., ce prince, jusqu'alors si craintif, se'montrant mal à propos téméraire, ' préféra la force aux négociations, dégai^ft les frontières de rArménie, qu'il livra aux Perses, rassembla près d'Antîoche toutes les légions d'Asie qu'il voulait conduire à Gonstantinople, et chargea, en les attendant, les généraux Trajan etProfuturus d'attaquer les Visigoths avec les troupes de Thrace.

Fridigerne, instruit de leur approche, rappelle tous ses détachements, et réunit dans un camp toutes les troupes de ses alliés, près des embouchures du Danube.

Ces différents peuples barbares s'unissent par de redoutables serments, et s'animent au combat par des chants qui rappellent les exploits de leurs aïeux. Les Romains paraissent, en poussant leur cri de guerre accoutumé : d'un côté une vieille haine, des injures récentes, l'espoir de se venger, de l'autre la nécessité de vaincre pour sauver l'empire, rendirent cette bataille longue et acharnée. Les succès furent balancés ; les Goths rompirent d'abord l'aile gauche des Romains ; mais après un combat opiniâtre les Barbares furent repoussés jusque dans leur camp, où ils restèrent sept jours renfermés.

Trajan, profitant de ce succès, avait ordonné à Saturnien, maître de la cavalerie, d'occuper tous les passages des montagnes ; il voulait envelopper l'ennemi par des retran-

diements et le détruire par la famine; inais de nouveaux lims de Barbares, franchissant le Danube, divisèrent les ibrces roosaines et délivrèrent les Ylsigoths, qui étendirent leurs ravages des bords de ce fleuve jusqu'aux rivages de FHeliespont. Fridigerne, joignant l'adresse à la force, trouva le moyen de se concilier Tamitié et Talliance de quelques hordes de Huns^ d'Alainset de Sarmates : sa puissance s' acev^Qnit chaque jour ; il semblait que tous les peuples bariMires oubliai^t alors leurs ressentiments et leurs quereller pour réunir leurs armes contre les vieux tyrans du monde.

Bans ce pressant danger, Vakns avait imploré les secours fte son neveu, l'empereur d'Occident. Gratien, prompt à soHtenir la cause commune, rassemblait ses légions pour marehcr en Orient ; un des offtriers de sa garde, né en Germa-* nie, le trahit. Les Germains, Instruits par cet officier du dé part prochain de l'armée romaine, firent, au nombre de quanuite mille, une invasion dans la Gaule, et forcèrent ainsi l'empereur de suspendre sa marche, et de tourner ses armes eontrc eux.

Jusqu'à cette époque, Gratien régnait avec gloire ; l' Occident était heureux sous ses lois; sa bonté faisait aimer sa puissance; la crainte que répandait la sévérité de Valentinien avait disparu du palais à la voix du jeune empereur. La délation s'était cachée, la confiance avait reparu : les PTosctits étaient rentrés dans leurs biens ; le peuple, écrasé d'impôts, se voyait affranchi des tributs arriérés; les portes ^«» prisons étaient ouvertes.

Gratien, élevé par Ausone, protégeait et cultivait les let- ^s, brillait à la tribune par son éloquence, méritait l'estime des philosophes par son chaste amour pour sa femme Con- *^ûeie, fille de Constance, par sa sobriété, par sa frugalité, par sa clémence. Les chrétiens vantaient sa piété, et les idolâtres eux-mêmes ne pouvaient haïr un prince religieux sans fenatisme. Le peuple admirait la décence de son maintien, h modestie de ses vêtements, sa prudence dans ses décrets, w promptitude dans ses entreprises.

206 EMPIBE d'oBIENT. [375483]

Père et compapK)n de ses soldats, personne ne le surpa»* sait à la eourse, à la lutte et dans les exercices militaires. B soignait les blessés, leur prêtait ses propres chevaux; on b voyait toujours accessible aux plaintes, toujours prêt à entendre la vérité.

Mais un grand défatft ternit tant de belles qualité», abrégea son règne et causa sa perte. Sa justice étaij sans fermeté, sa politique sans prévoyance, sa bonté 45ans pn^ et des deux devoirs d'un souverain, celui de punir et celui de récompenser, il n'aima et ne sut remplir que le dernier.

On blâme aussi son excessif amour pour la chasse : aucun plaisir ne doit occuper une trop grande place dans les jonA d'un homme chargé des affaires d'un peuple.

Le caractère d'un monarque se fait connaître par le choix de ses amis; le vertueux saint Ambroise devint celui de Gratien. Le commencement du règne de ce prince fut souillé par une grande injustice. Maximin, ministre redoutable du vieux Valentinien, gouvernait encore ; il trompa F empereur par des rapports infidèles, prévint ses ordres par les consei/s de Valons, et fit périr à Carthage l'illustre Théodose. Tout le monde romain pleura ce héros, que les païens placèrent au rang des dieux. Gratien, trop tard éclairé, prouva son repentir, et expia depuis ce crime, en associant sans crainte à l'empire le fils de ce même Théodose. Maximin, qui avait voulu ternir et ensanglanter le règne du jeune empereur, comme celui de son père, fut jugé, condamné, et perdit la vie. Ce qui prouve la barbarie de ce temps, c'est que le plu» doux des princes, le Titus de ce siècle, Gratien, parut mériter la reconnaissance du sénat romain, en ordonnant que désormais les sénateurs ne pourraient plus être soumis, dans aucun cas, à la torture.

Le principal rtiinistre de Gratien était Gracchus, dernier

descendant de la famille Sempronia ; chrétien trop zélé, il

fit des ennemis à l'empereur en abattant beaucoup d'idoles;

mais il ne persécuta point les idolfltres.

y empereur protégea dans la Gaule les école$ et les muW*

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jfBa; mais son amour pour les lettres et pour les arts ne put

fmpécher la décadence du goût : on vit dans les écrits, dans

les discoiu*s, l'affectation et l'enûore remplacer Télégante nmplicité, comme l'architecture bizarre des Goths succédait

I à rarchitecture pure et noble des Grecs.

Gratien, forcé de combattre les Allemands, marcha rapidement contre eux, secondé par Fardeur du vaillant Mello* baude, roi des Francs, qui était à la fois son allié et comte de ses domestiques. En vain Naniénus, général romain, conseillait de temporiser; l'empereur ordonna la bataille. Pria-

i rius, roi des Allemands, ne se montrait pas moins impétueux. Les deux armées, également pressées de combattre, se joignirent dans la plaine de Colmar. Après une opiniâtre résistance, la tactique romaine l'emporta sur la valeur allemande;

} les Barbares furent enfoncés, poursuivis, massacrés. Cinq mille seuls échappèrent à la mort.

j Priarius évita par un trépas glorieux le ressentiment ^e ses peuples , toujours soumis à leurs rois vainqueurs , toujours inflexibles pour eux lorsqu'ils étaient vaincus.

Après ce triomphe éclatant , l'empereur se mit en marche pour secourir Valens, traversa le Rhin , rencontra sur sa

f route une autre armée d'Allemands, les battit de poste en poste, et les contraignit à lui demander la paix et à lui donner des otages.

Dans cette campagne , Gratien , âgé de dix-neuf ans, déptoyales talents d'un général et l'intrépidité d'un soldat. 11

" exposait sa personne sans ménagement; les gardes qui l'entouraient revinrent souvent de la mêlée avec leurs armes brisées et couverts de nobles blessures.

' Tandis qu'il parcourait tant de pays en vainqueur, répandant sur l'empire d'Occident la gloire acquise par ses exploits, et qu'il s'attirait les éloges qu'autrefois les armées, le sénat et le peuple accordaient aux empereurs triomphants, Yalens, regardé comme l'auteur des maux, de la honte, de

I la ruine de l'empire d'Orient, était accueilli à Gonstantino-

i pie par des murmures qu'un long usage de servitude ne pou-

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vait contenir. On lui reprochait les succès des Perses, la perte de l'Arménie et les ravages des Isanres. Une femme même défit ses armées. Mavia, Romaine, enleyéedans son enfanee par les Sarrasins, devint d'abord esclave, ensuite maîtresse, et peu de temps après femme d'un roi d'Ethiopie, Obédin , prince de Pharan, qui signala son règne en battant les Bléminges.

Après la mort de son époux , Mavia hérita de son trône, commanda elle-même les troupes , et déclara la guerre aux Romains. Cette nouvelle Zénobie envahit la Palestine, la Phénicie , remporte une victoire sur le gouverneur de ces provinces, poursuit ses succès, et porte ses armes jusqu'aux frontières d'Egypte.

Le général qui commandait en chef les légions de l'Orient réunit toutes ses troupes , marche contre la reine ; et, pour punir le commandant de Phénicie, qui n'avait pu résister à une fenune, il le dégrade, lui ordonne de le suivre, et de rester, sans combattre, témoin du combat. La fortune châtia cet orgueil : Mavia , remplissant le devoir de général et de soldat , anima tellement ses Africains par son ex^nple , qu'ils enfoncèrent les Romains, et les poursuivirent si vivement que leur perte entière semblait inévitable, quand tout à coup ce commandant de Phénicie, se vengeant noblement de l'aflVont qu'il avait reçu, s'élance au milieu des deux armées, suivi d'une troupe intrépide et fidèle, arrête les vainqiieurSj rallie les vaincus, couvre la retraite, et sauve ain^ le général d'Orient.

Valens , effrayé des succès de la reine , lui demanda la paix : Mavia l'accorda, enexigeant qu'on lui permit d'emmener dans ses états un pieux solitaire, nomnaé Moïse, qu'elle fit évêque. Moïse détruisit l'idolâtrie dans Pharan, et, par son influence, ïâaintint dans l'alliance des Romains la reine Mavia, qui prit pour gendre un des généraux de Valens, le comte Victor.

L'administration de l'empereur d'Orient lui faisait encore plus d'ennemis que ses fautes en politique et que ses revers.

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Tout homme faible est inconséquent : il existait un étrange contraste entre les principes que proclamait Valons et sa coadpit^ ; les cruautés auxquelles la crainte le porta étaient d'iMFantplus odieuses qu'elles s'accordaient moins avec ces befles paroles qu'on citait de lui : t C'est à la peste et aux c autres fléaux de la nature à détruire les hommes , et aux • princes à les conserver. »

Trois devins ayant prédit que le nom de son successeur commencerait par ces syllabes, théody un secrétaire de Tempereur, qui s'appelait Théodose, trompé par ce présage, conspira et périt avec ses complices. Alors la rigueur de Valens contre les devins et les sorciers redoubla. Pour perdre ceux qu'on haïssait, il suffisait de les accuser de magie. Héliodore, ancien vendeur de marée et impudent délateur, prit un funeste crédit sur l'esprit de l'empereur, dont il corrigeait , dit-on , les lettres et les harangues. Cet infâme favori fit périr plus de patriciens qu'une invasion de Barbares n'aurait pu en moissonner. Dénoncés par lui, les plus opulents succombèrent ; les philosophes étaient envoyés^ au suppKce comme sorciers; Maxime, l'ancien ami de Julien , fut la première de ces victimes.

Tous les citoyens dont le nom commençait par les lettres théody furent mis à mort, et, par un sort étrange, le seul qui échappa à cette persécution fut Théodose, qui remplaça Valens sur le trône d'Orient.

Au milieu de ces proscriptions , on vit briller quelques antiques vertus ; saint Basile protégea les opprimés, secourut les malheureux, et résista fermement a«x lieutenants de l'empereur. Comme l'un d'eux le menaçait, il lui répondit :

• Que puis-jecraindre?Iapertedemes biens? je ne possède « que mes vêtements Qt quelques livres. En voulez-vous à

• ma vie ? je n'estime que la vie éternelle. M'annoncez- vous « l'exil? ma patrie est partout où Dieu est adoré. » « Mais, « dit le goïfverneur, personne ne m'a jamais bravé ainsi ! » « C'est sans doute, reprit Basile, parce que, jusqu'à présent, « vous n'avez pas rencontré d'évéques^ »

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La haine que la tyrannie de Valens inspirait aux habitants d'Antioche était si forte, que presque tous l'exprimaient par cette imprécation : « Puisse Valens être brûlé vif I »

L'empereur, détesté en Syrie , méprisé à Constantinople , blessé des reproches et des sarcasmes du peuple et jaloux de la gloire de Gratien, sortit de sa timidité habituelle; et, comme c'est le propre de la faiblesse, il passa subitement de l'excès de la circonspection à celui de la témérité. Informé d'un succès remporté par Sébastien, maître-général de l'infanterie, contre un corps de Goths qu'il avait surpris et taillés en pièces , il voulut présomptueusement , sans attendre Gratien, attaquer la redoutable armée des Barbares.

Vainement Victor, Trajan et tous les généraux expérimentés voulaient le détourner de ce dessein , en lui représentant que la défaite de l'ennemi était certaine, si Ton attendait les légions victorieuses de l'Occident, et qu'en voulant, au contraire, vaincre seul, il compromettait l'armée et l'enapire. Les courtisans , flattant la vanité du prince, lui persuadèrent qu'il ne fallait point partager la gloire de ce triomphe avec un collègue; l'orgueil l'emporta sur la prudence.

Valens, à la tête de son armée , vint camper sous Andrinople, près des Barbares. Fridigerne, pour se donner le temps de réunir ses forces , envoie au camp romain un prêtre chrétien chargé d'exposer à l'empereur les griefs des Goths et de lui offrir la paix.

Les généraux conseillent encore de négocier ; dans ce moment, Ricomer arrive et annonce l'approche des légions triomphantes de l'Occident. Valens , aveuglé par la jalousie, semble moins craindre la possibilité d'une défaite que le partage d'un triomphe.

Le 9 août 378, il fait prendre les armes, sort du camp, et marche si précipitamment avec sa cavalerie , qu'elle se trouve en face de l'ennemi avant que l'infanterie ait pu la joindre. Les soldats, fatigués par l'excès de la chaleur et par une marche rapide, se forment lentement. Au moment où le signal du combat est donnée Fridigerne^ feignant la crainte,

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trompe Valens par des offres de soumission, gagne quelques heures , et achève , par ce retard , d'épuiser les forces des Romains, exposés aux tourments de ia faim et aux ai*deurs d'un soleil brûlant. Enfin à l'instant où le comte des domestiques s'avançait vers le camp ennemi pour conclure le traité, Fridîgerne, voyant descendre des montagnes les escadrons de Saphrax et d'Alathée , ses alliés, dont il attendait impatiemment l'arrivée , cesse de feindre et commence l'attaque. La cavalerie romaine , surprise , est chargée de front et en flanc, elle prend la fuite. L'infanterie , privée de son appui , se voit resserrée sur un terrain étroit où toute manœuvre devient impossible. Sa masse résiste quelque temps au grand nombre de Barbares qui l'entourent; mais eniin elle est entamée, écrasée, et les Goths en font un carnage affreux.

Valens, blessé, voyant tomber à ses pieds toute sa garde, court rejoindre deux légions qui combattaient encore intrépiûement et se retiraient en ordre ; mais une nuée innombrable d'ennemis les enveloppe bientôt. Les généraux Vic- ^ot et Trajan , ayant rallié quelques cohortes d'élite , s'écnent: « Si nous ne sauvons l'empereur, tout est perdu I » i»s s'élancent au milieu des Barbares, renversent tout ce 4^1 s oppose à leur passage , mais arrivent trop tard pour ^courir les deux braves légions que venait d'accabler toute 'année ennemie. Ils ne trouvèrent sur le champ de bataille

fTn'

H^ un monceau de cadavres sanglants parmi lesquels on ne put découvrir celui de l'empereur.

\ Quelque temps après, on raconta que ce prince , transporté par des paysans dans une cabane, s'y était vu de nou- ^'eau attaqué par des Barbares, qui, las de son opiniâtre résistance, mirent le feu à la chaumière. Un jeune Romain, q^ s'échappa seul de ce désastre, apprit aux Goths que ' empereur venait de périr dans les flammes, accomplissant ainsi le vœu funeste des habitants d'Antioche.

U \ictoire des Goths fut complète, et l'on compara la dé- ^^te d' Andrinople à celle de Cannes. Les Romains perdi-

242 BMPIBE b'oBIBNT. [375-393}

rent deux maîtres-généraux, deux grands-officiers et trentecinq tribuns. Le général Sébjistien , qui avait conseillé te combat, paya cette imprudence de sa vie. Quarante mUle hommes restèrent sur le champ de bataille, Victor et Ricomer sauvèrent par leur courage un ti^rs de l'armée vaincue.

Libanius, Tancien ami de Julien, Tappui des philosophes qu'on persécutait , le soutien du polythéisme qu'on détniisait, ne démentît point son caractère dans ce grand désastre. Pouri:elever l'honneur de sa patrie vaincue, il célébra dans un discours éloquent la mémoire des quarante mille Romains tombés dans cette fatale journée, et fit le panégyrique de l'empereur, qui, par une mort courageuse, venait, en quelque sorte, de réparer la honte de sa vie.

Les Goths vainqueurs croient , après avoir anéanti l'armée, renverser facilement l'empire: ils forment le siège d'Andrinople ; de lâches transfuges leur promettent de leur livrer la ville et s'y introduisent. Leur trahison est découverte et punie. Fridigerne cherche en vain à détourner ses guerriers du dessein de prendre d'assaut une ville si forte. Les Barbares méprisent ses conseils, ils s'élancent avec impétuosité sur les murailles ; le courage des habitants les repousse : une pierre énorme, lancée du haut des remparts, écrase un grand nombre de Goths. Ils sont frappés d'épouvante, leurs chefs les ramènent au combat. Le désir de délivrer leurs femmes et leurs enfants retenus en otage et l'espoir de piller les trésors de Valons , enflamment leur ardeur. On recommence l'assaut avec fureur; mais, après de longs, d'inutiles et de sanglants efforts , renversés, écrasés, ils s'éloignent et se repentent tardivement de n'avoir pas écouté les avis du sage Fridigerne.

Ce général marche à leur tête sur Constantinople, espérant que la surprise et la terreur lui en ouvriront les portes; il dévaste les environs de la ville, où régnait cette consternation , présage ordinaire de la chute des états. Une femme sauva l'empire.

Dominica, veuve de Valens, au milieu de l'abattement uni-

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versei, montre seule un courage romain : elle arme les habitantS; les rassure, et leur prodigue ses trésors . Son exemple réveilla les braves et fait rougir les làcbes. Un corps auxjliaire deilarrasins se trouvait alors à Constantinople : tiominica fes fait sortir de la ville ; leur nombreuse et vaillante cavale-

t charge le»Cloths et les étonne par Timpétuosité d« son atae. Ces féroces Sarrasins poussaient des cris lugubres : dédaignant les arnîes qui frappent de loin, ils ne se présentaient aa combat armés que d'un poignard ; altérés de sang , ils JhiYaîent celui de leurs ennemis terrassés. Cette troupe fuïieufè répandit Tépouvante dans Tarmée de Fridigerne. - Les Goths prirent la fuite, et portèrent toutes leurs forces en Illyrîe ; les Romains se vengèrent par un crime atroce de la défaite d'Andrinople : le comte Jules, gouverneur d'Asie, fit massacrer tous les enfants que les Visigoths avaient laissés en otage, dans le temps du traité conclu avec Valens. Cet acte d'une lâche férocité accrut la fureur des Barbares , et les malheurs de l'empire.

Les Sarmates, les Quades, les Marcomans, les Huns, les lains, réunis aux Goths par la même haine contre R«me, par la même soif du sang, par le même amour du pillage, ravagèrent, dépeuplèrent, dévastèrent la Thrace, la Macédoine, la Bacie, la Mésie et une partie de la Pannonie ; on brûlait les bois, on démolissait les maisons, on changeait les églises en écuries, on déterrait les martyrs, on chargeait les citoyens de chaînes, on outrageait les femmes, on immolait les prêtres. Le comte Maurus défendit faiblement le pas de Nuques, dans les ^Ipes Juliennes.

« L'imprudence des Romains m'étonne, disait Fridigerne ;

• ils se prétendent maîtres de ces vastes contrées qu'ils ne

* savent pas défendre : ils les habitent, mais ne les possè- « dent pas plus que les troupeaux qui y paissent. »

L'or seul arrêtait quelquefois les Barbares ; les églises rachetèrent beaucoup de captifs ; saint Ambroise vendit, pour teur délivrance, les ornements et les vases sacrés de sa cathédrale.

214 EMPIRE d'orIENT. [375-588]

Cependant Gratien, informé par le comte Victor de la défaite et de la mort de Valens, accourt avec des troupes d'élite, et, à travers mille obstacles, arrive à Constantinopte, que sa présence rassure. Les grands malheurs font sentirle^ besoin des grands talents : Tempereur rappela près de lui te jeune duc Théodose, qui, depuis la mort de son père, s'étaîf*^ retiré dans l'Espagne, sa patrie.

Théodose avait reçu le jour dans les lieux où naquît Trajan; la flatterie le faisait descendre de ce grand prince, auquel ses exploits le firent comparer avec justice. Ce jeune guerrier, vaillant et modeste, puissant et soumis aux lois, riche et laborieux, sévère et généreux, ayait été élevé pour une grande fortune à l'école du malheur ; dans le temps même où la proscription le privait d'autorité, il secourait par de sages conseils ses amis malheureux et sa province opprimée, que bientôt, revêtu du pouvoir suprême, il était destiné à protéger.

Un heureux choix lui avait donné pour femme Flacilla, -J digne de lui par sa naissance et par ses vertus. 11 ne connut\^ jamais d'autre amour; Honorius et Arcadius, ses fils, partagèrent seuls avec elle ses afifections. Rappelé^ par rcmpe- . reur, il quitta sa retraite avec peine, regrettant son repos et , ne prévoyant pas son élévation (378).

Gratien lui confia les débris de l'armée de Valens. Héodose ne tarda pas à justifier ce choix : réunissant les troupe*, vaincues, il les rassure, réveille leur courage, resserrâtes liens de leur discipline, les exerce, distribue avec discerne-' ment et justice les peines et les récompenses, fait oublier les ' revers, prédit les succès, trompe l'ennemi par de faux avis, marche avec célérité, surprend près du Danube l'armée des Goths, les attaque, les enfonce, les met en fuite, les poursuit et en fait un si grand carnage, que peu d'entre eux purent repasser le fleuve.

Après ce triomphe, il distribue ses troupes dans tous les postes fortifiés de la frontière, et porte lui-même à f empereur la nouvelle de sa victoire. Elle avait été si' complète, si

P7Ç-888] 'gKATIEN BT THÉODOSE. 215

rompte, si imprévue, que l'envie la traita de fable. Gratien i-méme ne voulut y croire qu'après le retour de quelques ciers qu'il envoya sur les lieux pour s'en assurer. On lit arrivé à ce point de décadence, qu'aux yeux des Ros un héros semblait un phénomène, et la victoire un -prodige.

Les alarmes de Constantinople étaient dissipées , les Goths repgi^s, la réputation de l'armée rétablie ; cependant fempire^e voyait encore de toutes parts menacé. De nomkbr<|N^ hordes de Barbares se préparaient à franchir le D4- LBubë, les Germains le Rhin, les Perses l'Euphrate et le Ti- < |re. L'univers, si longtemps vaincu, semblait vouloir, après avoir brisé le joug de Rome, la charger des mêmes fers dont elle l'avait accablé depuis tant de siècles : au milieu de ces périls, Gratien, âgé de vingt ans, ne se voyait, pour supporter le poids de l'empire, d'autre appui, d'autre collègue que son frère Valentinien, à peine sorti du berceau. Sans écouter ni les flatteries de ses courtisans, ni les illusions de sa ifanité, ni la jalousie que le génie inspire trop souvent au pouvoir, il fut assez sage et assez grand pour préférer l'intérêt public au sien : dans l'espoir de rendre son trône plus ferme, il y fit asseoir à ses côtés le vainqueur des Goths, et nomma Théodose empereur.

Tout l'empire consulté l'aurait choisi pour chef. A trentetrois ans, cet heureux guerrier joignait l'activité de la jeunesse à la prudence de l'âge mûr. Plus Théodose se montrait digne de régner, plus il était loin d'y prétendre. Héritier de la gloire de son père, il croyait hériter aussi de ses malheurs : né sous de cruels tyrans, une longue connaissance des intrigues de la cour lui faisait croire que ses exploits ne seraient payés que par le supplice ou par l'exil. Mandé au palais, il attendait la mort, lorsque l'empereur lui offrit la couronne.

Loin d'être ébloui par son éclat, il n'en vit que le poids, la refusa ; et ce qui fut peut-être plus honorable pour lui l que ce refus, c'est que tout te monde, mêine la cour, crut ^

216 EMPIRE d'oKIENT. C37*-*8q

sa sincérité. Gratien insiste, ordonne; le dernier.acte de mission de Théodose fut son acceptation, et, [.«obeissa il ré"na. Les Romains applaudirent universeUement a élévation, qui, réveillant de glorieux souvenirs, leur nj^ lait Traian élu par Nerva. ' '-><"

Théodose eut en partage les provinces d'Orient; on y ' ajouta la Dacie, la Mésie, toute la Grèce et les «««.^J^^T ■. chipel. Attirés par sa gloire, Rieomer «t Majorien ».^^ , rentàlui, quoique jusque-là ils eussent toujours eomr^aé

Ips léeions de l'Occidfcnt. -^ ,

LeTJivel empereur, à peine assis sur le trône, depl^J | dans l'administration le même caractère et la même acti^ S dans les camps, avaient fondé sa réputation et assuré

'' A^tl^oir affermi le sceptre d'Orient, il redressa les balances de la justice, éloigna les délateurs, écarta de la cow iXeur sans talents, et y rappela le mérite disgracié oudé-

^Vom réparer les pertes des légions, il aripa les paysans de la Thrace, enrôla les ouvriers des mines, marcha de nouveau rontre les Goths, les Huns et les Alains, remporta sur eux X iirs victoires, et contraignit Fridigerne à se retira-

mm cette campagne , on vit naître la renommée d un ieune Barbare qui devait un jour s'immortaliser par la pnse de Tom^ Alaric commença ses premiers exploits sous les ordres dé Fridigerne : avec une troupe de cavaliers avide. de dangers et dl renom, il surprit un jour et envetep^ Théodose qui, dans cette action, ne dut son salut qu à des pSes de^aleur. Ailleurs ce prince avait combattu pour défendre l'empire, là il combattit pour sauver sa vie.

Ce fut dans le même temps qu'un autre Barbare, destoe à louer un grand rôle dans l'empire, Stilicon, se fit connaître «nr un courage ardent uni à une rare prudence. ^ in guerrier de la même nation, qui servait dans l'armée romaine ntribua brillamment au triomphe de Theodo^ ce Go\h se nommait Modaere; il était chrétien et am. du

ÉI75-38S] GBÀTIEN ET THÉOBOSS. 247

jèêlèbre Grégoire de Nazianze : à la tête dun corps nom- HX; pénétrant hardiment dans les quartiers des Barbares, rprit une de leurs divisions, et la détruisit presque enent.

fitatien, après quelques mois de séjour à Sirmium, où 11 â^occopait à seconder les efforts de son collègue, marcha en ftnnonie, et défit en plusieurs rencontres les Quades et leurs alfiés. II revint ensuite à Milan, et, se laissant diriger par les eoDseils de saint Ambroise, il déjona les Intrigues de l'impératrice Justine, mère de Valentinien II, protectrice de Ta- • fianisme, et assura en Italie le triomphe complet des orttodoxes contre les hérétiques.

Une nouvelle invasion des Allemands le rappela dans les Gaules, et Tobligea de passer Thiver à Trèvei?. Bans ce temps, les contrées septentrionales de TEurope, quoique in* eoltes et couvertes de forêts , inondatent sans cesse FOccident d'une foule de peuples armés qu'on parvenait quelquefois à vaincre, jamais à subjuguer. Après les plus sanglantes défaites , ils reparaissaient plus ardents , plus nombreux, et leur sang versé semblait féconder cette terre sauvage qui en^ taillait chaque jour de nouvelles armées.

Les Goths, battus tant die fois, reprirent les armes, et^en* trètent en Pannonie sous les ordres de Tinfat^able Fridigerne. Gratien et Théodose unirent leurs forces pour les combattre, et, après les avoir vaincus, concertèrent ensem- Nes h Sirmium les mesures nécessaires pour assurer la traa- <piillité des deux empires.

Théodose dut à ses grandes qualités un triomphe plus flatteur qoe celui qui n'est obtenu que par les armes; il confit l'estime des Barbares , les força au respect , et leur inspira une confiance que jusqu'alors lamauvaise foi des Ro- "Mins avait toujours éloignée. On vit même l'inflexible Athanaric, abjurant son antique haine, venir à Constanti- «opfe demander un asile contre les rigueurs de Fridlgerne. Théodose l'accueillit honorablement, le logea dans son pa- ^, et jouit de l'admiration que ce Barbare,, né dans les foT T. w

248 BMPni d'obibhx, csn-M]

rétfli et nourri dAns les camps, éprouyait à la Vna des monii* méats de la grandeur romaine, des ehefs*d'œuvre de la elvilisation et des prodiges des arts réunis dans la capitale de rOrient.

Ce prince, après avoir pacifié le monde^ yainoumie partie des Barbares, établi, par une politique dont on sentit plus tard le danger, de nombreuses colonies de Goths en Thrace^ et incorporé dans les tegions quarante mille de leurs goorriers, déclara une guerre opiniâtre aux idolâtres et aux hérétiques.

Il mérita par son zèle outré les éloges des prêtres et les reproq^es des philosophes. L'histoire, en respectant h piété, ne peut louer des actes d'intolérance. La plus injuste persécution est celle qui veut se placer entre le ciel et la terre, comprimer la pensée et tyranniser les consciences.

Gratien, entraîné par l'exemple de Théodose et excité par le zèle ardent de saint Âmbroise^ attaqua l'ancien culte dans son sanctuaire, et, cessant de montrer à Aome les ménage* ments que ses prédécesseurs avaient cru devoir garder pour de si antiques coutumes et pour des pr^ugés associés à tant de gloire, il ordonna la démolition de l'autel de la Victoire* .

Symmaque, au nom d'une partie du sénat, défendit cette divinité si chère aux Romains, et, après avoir cité l'exemple de Goustàntin et de Jovien qui avaient épargné ce roonu* ment, supposant, paj^un^ figure hardie, que Borne entière se lève et adresse ses plaintes à l'empereur, il la fidt parier en ces termes : « Prince généreux, père de la patrie, respepn tez ma vieillesse , respectez mes principes ; Je leur dus ma « grandeur et ma liberté : ces dkux, dont vous brisez les « autels, ont armé nos bras, inspiré nos courages, précipité « les Gaulois du Capitole, vaincu Annibal, terrassé Gartbage, « dompté la Gaule , subjugué la Grèce, conquis l'Asie, sou* « mis l'universl N'ai-Je vécu si longtemps que pour me voir « méprisée ? Ah I si vous voulez que j'adore une autle divi* « nîté , laissez-moi le temps de connaître ce nouveau coite « qu'on nous apporte de la Palestine ; songez qu'après taat

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« de siècles, vouloir changer ma religion, violer mes eoutii-

f mes et réformer mes mœurs, sous prétexte de m'éclairer,

« c'est traiter mon grand âge sans égard et sans vénération . •

De longs souvenirs donnaient un grand poids à ces pa«

rôles. Gratien hésitait. « Prince, lui dit Amhroise, de vaines

« considérations politiques et les arguments d'une supersti-

■ tien opiniâtre ne sauraient justifier votre désobéissance au

« maitre du ciel et de la terre ; et d'ailleurs, à quel titre les

. « idolâtres peuvents-ils exiger qu'on respecte leurs privilé-

« geSy eux qui n'ont jamais, lorsqu'ils étaient puissants, res*

« pecté la vie des chrétiens? Une décision prise par vous

• en faveur des idoles serait un acte d'apostasie. D'ailleurs, « la m^orité du sénat est chrétienne, et c'est la persécuter « que de la contraindre à délibérer en présence d'une folle

• divinité, entourée de la fumée des sacrifices. Craignez de « prendre un tel parti sans consulter la prudence de Théo- « dose, et puisqu'il faut vous dire la vérité tout entière, apt prenez que, si l'on vous arrache ce décret impie, les évé- « ques abandonneront l'Église ou vous en défendront l'en* « trée. »

Gratien céda aux menaces du prélat, Rome vit renverser Taotel de la Victoire.

Au mépris des anciens usages , suivis jusque-là par tous les empereurs, Gratien refusa la robe de grand-pontife qu'on lui apporta : c'était la première fois qu'on séparait ainsi Tempire du sacerdoce, dont l'union avait paru si importante pour la tranquillité publique. Le prêtre auquel on rendit ce v6tement sacré s'écria , dit-on : « Si Gratien ne veut plus « être grand-pontife, Maxime le sera bientôt. »

L'événement ne tarda pas à vérifier «ette prédiction : la violence que Gratien faisait aux préjugés des païens , aux mœurs de Rome , aux opinions des ariens, le rendît odieux à une nombreuse partie de ses sujets, et prépara sa ruine.

Ce prince, qu'on avait vu, au commencement de son règne, actif, laborieux, attaché constamment à remplir les devoirs du trône, se livrait depuis quelque temps, avec une

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inconcevable passion, au plaisir de la chasse, consumait ses jours dans les forêts, et laissait le soin des affaires à des prêtres et à des favoris, qui , abusant de son nom pour servir leurs intérêts privés et Tespritde secte ou de parti, effacèrent dans le cœur des Romains le souvenir des exploits guerriers et des douces vertus qui avaient mérité à Tempereur un si juste tribut de respect et d'affection.

Enfin ce prince, naturellement belliqueux, témoignant trop son estime pour le courage des Barbares et son mépris pour la mollesse des Romains énervés, acheva d'aigrir les esprits en prenant le costume des Alains, et en leur accordant de hautes dignités dans sa cour et d' impolitiques préférences.

Clément Maximus commandait alors les légions delà Bretagne. Cet homme, né dans une condition obscure, cachait son invincible penchant pour ridolâtrie sous un voile hypocrite qui ne trompa ni saint Martin ni saint Ambroise. Son esprit était vaste, son ambition sans bornes ; ses principes se pliaient augré de ses intérêts; son caractère changeait suivant les circonstances ; il se portait à la cruauté ou inclinait vers la douceur, selon que Tune ou Tautre devenait favorable à ses desseins : parvenu au plus haut grade par ses intrigues plus que par son courage, il avait vu avec jalousie l'élévation de Théodose , son compatriote , et couvrait sa haine sous l'apparence du dévouement. Il voulait même faire croire qu'il était uni à cet empereur par les liens du sang.

Maxime, instruit du mécontentement que la conduite de Gratien et sa partialité pour les Barbares excitaient dans l'armée, aigrit habilement le ressentiment des légions, promit de redresser leurs griefs, se fit proclamer auguste, et conduisit rapidement ses troupes dans la Gaule , dont il se concilia tous les suffrages, en faisant croire aux Gaulois qu'il agissait de concert avec Théodose.

Dès que Gratien apprit cette nouvelle, il réunit proraptement son armée et marcha contre celle de Maxime, qu'il rencontra près de Paris. Mellobaude, consul, et le comte Vallion, commandaient sous ses ordres.

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L'efflperear, dans ses premières campagnes, avait dû ses victoires à la rapidité de ses opérations ; il commit alors la faute de rester campé cinq jours en présence de Tennemi sans le combattre. Son trésor était épuisé par ses libéralités ; Maxime avait rempli le sien par son avarice. Prodiguant alors ses richesses amassées, il corrompit les troupes de Tempereor; la cavalerie africaine donna Texemple de la défection; les autres corps le suivirent et se rangèrent sous les drapeaux du rebelle.

Gratien, obligé de fuir, ne se vit bientôt accompagné que de troiscents cavaliers, qui, peu de jours après, Tabandonnèrent. Dès qu'on le sut trahi par la fortune, toutes les villes lui fermèrent leurs portes. La crainte regarde le malheur comme contagieux. Ne trouvant nulle part de secours ni d'abri, il périt bientôt victime de la cruauté de son ennemi et, de la lâche ingratitude d'un peuple qu'il avait, pendant quelques années, couvert de gloire et comblé de bienfaits.

On raconte diversement sa mort; le récit qui parait le pWs\raisemblable est celui de saint Ambroise, digue de fol par l'austérité de son caractère et p^r son àmttié pour l'empereur. Il dit que ce prince,, errant daôs 1^ environs de I-yon, fut reconnu par un homme dont il avait autrefois fait ^fortune, et qui lui offrit un asile dans sa maison et un festin au milieu de sa famille. Gratien, après quelques moments ^l^ésitation, rassuré par un serment que le perfide prête sur 1 Évangile , se laisse conduire dans la ville, entre chez son ^^c, y est reçu avec honneur, se voit forcé de reprendre les liabits impériaux, et, victime ainsi pavée, tombe percé de coups, en invoquant dans ses derniers mcmients le nom et fes secours d' Ambroise (383).

Saint Jérôme dit que de son temps on voyait encore avec horreur, dans la ville de Lyon, sur les murailles de cette Maison funeste, les traces du sang de ce prince* infortuné, ^û règne avait duré huit ans et sa vie vingt-cinq. Après la ^rt de Constancie , il s'était remarié à Lsta , dont Théoiose protégea l'infortune et adoucit les douleurs.

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