CHAPITRE VIIL
VALENTINIEN II, MAXIME; ARBOGASTE, ET EUGÈNE, son si-
CRÂTAIRB, CSUBPATBUBS, BIf OCCIDENT; THÉQDOSE y BN OsilXT}
THÉODOSE, DANS TOUT l'empire.
(Ans de J.-C. 383-395.}
Ambassade de Maxime à Thëodose. — Prédilection de Théodose pour le ckristia" nisme. — Son sage gonvernement. — Yertas de rimpératrice Flaccilla. — QaerelUs religieases. — Installation et retraite de saint Grégoire de Nasianae. — Bigneurs de Théodose. — Prédilection de l'impératrice Justine ponr Parianisme. •* Installation de saint Ambroise.— Marche de Maxime contre Yalentinien. — Tifr> toire de Théodose snr Maxime. — Mort de Maxime. — Entrée triomphale de Théodose dans Rome. — Discussion entre le sénat et Théodose. — Révolte à Ab* tioche. — Consternation et repentir dans cette Tille. — Témérité de l'ermite Macéd^ne. — Clémence de Théodose. — Rérolte à Thessaloniqne. — Rîgaenr de Théodose. — Son repentir et sa pénitence .—- Mort de l'impératrice Jostine.-^ Usurpation d'Arbogaste. — Mort de Yalentinien. — Eugène est nommé angaste.— Guerre entre Théodose et Arbogaste. — Bataille entre les deux armées. — Yictoif* de Théodose — Mort d'Eugène et d' Arbogaste. — Arcadios et flonoriua sont bommes augustes. — Mort de Théodose.
Maxime, proclamé par Farmée de Gratien , et maître sans obstacle de la Gaule , de la Bretagne et de TEspagne, craignait Théodose et méprisait la jeunesse de Yalentinien II. Il envoya une ambassade à l'empereur d'Orient; et, dans le dessein de justifier son élévation, qu'il lui demandait d'approuver, il lui représentait que toutes les légions, indignées de se voir livrées par Gratien à l'ambition des officiers barbareSy avaient déposé ce prince, et qu'il s'était trouvé contraint par elles de se revêtir de la pourpre.
Théodose, dissimulant son courroux et ses projets, fit aux ambassadeurs une réponse vague et les renvoya chargés de présents.
Feu de jours auparavant , Théodose, attaqué d'une maladie grave, s'était fait baptiser. Un édit solennel qu'il publia prouva bientôt son zèle trop ardent pour son culte. Par cet acte, il ordonnait à tous ses sujets, comme si la foi pouvait se commander, d'embrasser la religion enseignée par saint
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Fierre, professée par le pape Damase et par le patriarche d'Alexandrie. Il voulait f u'on reconnût un seul Dieu en trois personnes , donnait le titre de catholiques à ceux qui ae eonformatent à cette loi, et flétrissait les autres du nom ëHnseméê et ^* hérétiques^ privait leurs assemblées des priiriléges accordés aux églises, les accusait de sacrilège, et les menaçait, s'ils persistaient dans leur erreur, de la vengeance divine et de la sienne.
Far un autre décret, il suspendit toute procédure crlmi* seDe pendant le carême, et, pour honorer la fête de Pâques, Ht grâce à tous les criminels, hors aux adultères, aux homi- «ides, aux magiciens, aux faux monnayeurs et aux conspi* rateurs. Cette amnistie, annulée, comme tant d'autres, par im si grand nombre d'exceptions, excita cependant la reeonaaissance publique. Tout adoucissement , après une odieuse tyrannie, est reçue comme un bienfait.
Théodose, naturellement juste lorsqu'il ne se laissait point entraîner par la colère ou égarer par le fanatisme, mérita, par plusieurs actes de son règne, raffection de ses peuples et les éloges de la postérité.
Ennemi des proscriptions, il parlait avec autant de haine pe de mépris de Marins, de Sylla, et des cruels triumvirs : il publia une loi sévère contre les délateurs, prescrivit aux geôliers la douceur et Thumanité, ordonna aux Juges, sous peine de fortes amendes, de visiter firéquemment les prisons, de recevoir les plaintes des prisonniers, et de garder des notes exactes sur les causes de leur détention.
Attentif à tout ce qui pouvait intéresser Tordre, la trancpdllité et la sûreté publiques, il maintint et releva les mu* nicipes, répara les anciens édifices, en fit construire de nouveaux, rendit pendant quinze ans les entrepreneurs responsables de la solidité de ces bâtiments, et défendit d'enterrer les morts dans l'enceinte des villes.
Trop éclairé pour ne pas sentir que le luxe et la corruption des mœurs étaient les principales causes de la décadence de l'empire, il publia des lois somptuaires que son pouvoir ne
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put faire exécuter, et nota" vainement d'infanue toute veuve qui &e remarierait avant une année dé deuil révolue.
L'empereur pouvait par son exemple, par ses grandes ac- ; tions, par le respect qu'il inspirait, ralentir la chute de l' cm* *' pire romain, mais non Tempêcher. La liberté perdue, i'habi* ' tude d'obéir au glaive , les grands sentiments éteints, les grands souvenirs effacés, le titre de citoyen prodigué, aviK, r Id nom à& patrie oublié, le mélange honteux des Golhs, dei^ f Francs et des Romains dans tous les emplois civils et mili- f taires, le dégoût des travaux, Tamour des richesses et des ^ plaisirs, tels étaient les maux incurables qui minaient le co^ losse romain : un grand homme pouvait les pallier, maisnoftif^ les guérir. j
Théodose, le dernier des empereurs qui tint d'une main | ferme les rênes de l'État, fit non ee qui était désirable, mais |i ce qui était possible. Il releva les .armes romaines, rétabKtl momentanément la discipline, effraya les vices, réprima les *! crimes par la justice de son administration, et rendit qudr ji ques années de repos aux peuples si longtemps opprimés par k de faibles tyrans et par leurs vils favoris.
L'impératrice Flaccilla, fille d'un consul nommé Antoine, ■ secondait Théodose dans ses nobles travaux; on la regardait, f comme un modèle de piété, de modestie, de tendresse, de 1 chasteté, et jamais on ne citait d'elle que des actes de bien- I faisance et de générosité. Attentive à calmer son époux naturellement prompt à s'irriter, elle lui répétait souvent ces paroles : « Kappelez-vous toujours ce que vous êtes, et n'on- « bliez jamais ce que vous avez été. »
L'empereur parvint plus difficilement à faire cesser les troubles religieux qu'à repousser les Barbares. Dans ce temps, ce n'était plus le partage des terres, l'égalité politique, l'élection d'un consul, d'un tribun, ou même celle d'un empereur, qui réveillaient les citoyens de leur indolence ; ils souffraient toute tyrannie, et ne reprenaient leur fureur et leurs armes que pour le choix d'un évéque ou pour l'interprétation d'une formule inintelligible.
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Les Orientaux surtout se livraient avec passion aux disputes religieuses. A Gonstantinople, elles étaient devenues les seuls objets d'intérêt public et privé, et, parmi tontes lis classes, comme le remarquait un voyageur du temps, on ne s' occupait que de controverses. « Priez-vous un marchand, t disait-il, de vous changer une pièce d'argent, il vous dira « quelle différence existe entre le Père et le Fils. Question-
• nez un boulanger sur le prix du pain, il vous prouvera
• que le Fils est inférieur au Père. Demandez au baigneur t si le bain est prêt, il vous dira que le Fils a été tiré du c néant. »
Toutes ces querelles d'opinions n'eussent été que ridicules, si l'esprit de parti ne les avait souvent changées en combats sanglants. L'autorité du prince semblait encore, en s'en mêlant, accroître leur animosité ; et lorsque Théodose, décidé à terrasser l'arianisme, rétablit saint Grégoire de Nazianze sur le siège patriarcal, si nous en croyons cet évêque, Constantinople, le Jour de son installation, présentait le spectacle d'une ville prise d'assaut par les Barbares : tant fut opiniâtre la résistance des ariens, qui s'opposaient à son retour.
Ce vertueux évêque, fatigué de ces dissensions, chargé d'honneurs et d'années, révéré par la vertu, persécuté par l'envie, vint, peu de temps après, trouver Théodose, et lui adressa, au milieu de sa brillante cour, ce langage noble et modeste, digne d'un apôtre de l'Évangile : « Prince, vous
• aimez à donner, je vous demande une grâce : ce n'est pas
• de l'or pour moi, ni des ornements pour mon église, ni « des gouvernements pour mes amis : tous ces biens n'ont t point de prix à mes yeux, je les abandonne à ceux qui les t estiment; mon ambition s'élève plus haut que la terre :
• accordez-moi la permission de céder à la haine qui me « poursuit. Je respecte le trône épiscopal, mais je ne veux « le voir que de loin ; je suis las de déplaire aux hommes en « cherchant à plaire à Dieu. Puissiez- vous rétablir la con- « corde entre les évêques I Dieu veuille qu'ils terminent leurs
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« querelles en écoutant votre voix, s*iis ne veulent pas en- « tendre celle delajustieel Je délire que, vainqueur des « Barbares, vous le soyez aussi de ceux qui troublent et en- « sanglantent l'Église ; mais vous voyez mes cheveux blancs; « j'ai consumé, pour servir le Seigneur, les forces qu'il m'ait vait données : je succombe sous le fardeau dont vous m'a-> « ve2 chargé malgré moi, et la seule faveur que je vous de* « mande est de me laisser terminer mes jours en liberté. >
Théodose lui permit de se retirer ; mais, irrité de l'opiniâtreté des sectes, il n'écouta que son ressentiment, et donna^ par une loi despotique, un funeste exemple à sessuocesseurs. Il défendit les sacrifices, priva les hérétiques et les apostats du droit de tester, publia un décret qui menaçait de mort les manichéens, fit poser, à deux pieds de terre, dans la place publique, les bustes de Sabellius, d'Arius et de Macédonius, pour les exposer à la risée et aux outrages du peuple.
On voit avec peine le célèbre Bossuet accorder des éloges à ces actes tyranniques : tant l'esprit de corps égare cenx qui plus que tous autres devraient être remplis de l'esprit de tolérance et de charité.
Théodose, entraîné par les prêtres hors de son caractère lorsqu'il croyait soutenir la cause de Dieu, se montrait bien différent quand il n'était question que d'injures contre sa personne.
« Si quelqu'un parle mal de nous ou de notre gouverne- « meut, écrivait-il à Euiîn, préfet du prétoire, nous ne vou- « Ions pas qu'on le punisse : s'il l'a fait par légèreté, il faut « le mépriser; si c'est par erreur, il faut le plaindre ; si c'est « par dessein de nous faire une insulte, il faut lui pardonner. « Au reste, quels que soient les délits dont les citoyens se « trouvent accusés, en tout ce qui peut concerner la sûreté « du gouvernement, avant de prendre aucune décision, vous « nous en donnerez connaissance, afin que nous jugions de « la gravité de l'offense par la moralité des personnes, et « que nous examinions avec sagesse si nous devons la tolé- « rer ou la soumettre au jugement des trB)unaux. »
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Malgré son «eh trop emporté pour favoriser tout ce qui MX emfNretnt d'^n caractère religieux, il voulut mettre un IMq aux lutrii^ea des moiaes, qui devenaient déjà nomhmoi et dangcmux. Il leur défendit de sortir de leur re- Mte et surtout de paraître au milieu des dtés ; mais^ ob- «Mé par eux, deux ans après, il révoqua son édit. Cette %iHesae rendît ces corporations plus hardies et plus puiswtss; leur ambltian, si opposée à leur état, ne contribua que trop dans la suite aux troubles et aux désordres de fO- Qlixt; et, par leurs intrigues, ils y acquirent un tel crédit, qs'il devint preaque impossible de parvenir à Tépiseopat Ml être entré dans leur communauté.
Tandis que Tbéodose fiûsalt tri<mipher dans ses États F É- IJBk orthodoxe sur les ruines de Tarianisme, les ariens, en Italie, depuis la mort de Chratien, se voyaient protégés par Itifttiae, mère et tutrice de Valentinien II. Un tel appui ranimait leur espoir et semblait devoir relever leur parti ; mais ih rene<»itrèrent près de la cour d'Orient un ennemi formi- ^*Ue dont rien ne put ébranler la fermeté. Saint Ambroise , né à Kome de race patricienne, devait le Jour à un person- ^ consulaire; il surpassa son père en talents, en fortune, ea dignités. U se trouvait gouverneur de là LIgurie au mon^t où la jhreur des sectes, portant le peuple à la sédition, ^t faire de la ville de Milan un champ de carnage. Dans ce moment de danger, tous les vœux cherchaient un paeiil- <^teitr, et Ambr(Hse inspirait tant de respect à toutes les ^^^^^ de citoyens, que, quoiqu'il fût laïque et n'eût pas eneoro reçu le baptême, il se vit porté par les suffrages una- ^^ au siège épiscopal. Justifia le choix du peuple, apaisa ^ troubles, et détint le conseil et le guide des empereurs.
^ fut pour rinstruction de Gratien qu'il composa son ^^ snr la foi chrétienne.
Q^od Justine se déclara en faveur de Tarianisme et voulut donner une église aux partisans de cette secte, Am- ^Nse résista opiniâtrement à ses ordres ; il osa même, dans '^ transports d'un zèle exagéré, comparer rknpératriee à
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Jézabel. • On peut disposer de ma vie, disait-il, mais noa « de ma foi; Je souffrirai l^ut, hors les offenses faites à la « religion; je n'exciterai point la fureur du peuple, mais je « la prévois: la cour nous prépare de grands malheurs, mais « j'espère ne pas survivre à la ruine de ma patrie. »
L'impératrice l'exila; il refusa d'obéir, une partie da peuple prit sa défense, s'enferma avec lui dans l'église, Tj garda et l'y nourrit : un nombreux corps de soldats goths voulut, vainement forcer cet asile.
Ce fut pendant ce siège que, pour garantir de l'ennui le peuple qui l'entourait, et pour entretenir son zèle, il introduisit l'usage de chanter des psaumes. Ambroise, profitant habilement de quelques circonstances imprévues, -prétendit que le ciel signalait par des prodiges la protection qu'il lui accordait. Justine se moqua de ses miracles supposés, mais la multitude y crut, et la puissance se vit forcée de céder à la crédulité.
Un danger plus pressant menaçait le trône du jeune Valentinien : Maxime , qui n'avait trouvé de résistance que dans la fidélité courageuse de saint Martin , évéque de Tours, était devenu le tyran dès Oaules. Grossissant son armée d'une foule de Germains et de Francs, IJ s'approcha des Alpes et s'efforça de tromper Justine par des assurances de paix et d'amitié.
Ambroise découvrit le piège et en avertit l'impératrice. Elle ne voulut pas le croire. Maxime parut aux portes de Milan avant qu'on eût pris aucune mesure pour le repousser. La terreur fut aussi grande que l'avait été la confiance. Justine et son fils, au lieu de tenter quelques moyens de résistance, coururent à Aquilée, et de là à Thessalonique, pour implorer la protection de Théodose.
Maxime parcourut en maftre l'Italie, entra triomphant dans Rome, et se fit un grand nombre de partisans, en protégeant l'idolâtrie et en relevant les autels des dieux.
Dès qiie Théodose apprit l'infortune et la fuite de Valentinien, il vint trouver ce jeune prince à Thessalonique, ac-
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compagne d'une grande partie du sénat. Après avoir reprodié à Justine son hérésie, à laquelle il attribuait ses malheurs, il lai promit de rétablir son fils sur le trône et resserra les liens qui l'unissaient à lui, en épousant sa sœur Galla. Lorsqm'il eut réuni ses légions, il s'avança en Pannonie où il rencontra près de Siscie, sur les bords de la Save, Maxime, qui venait le combattre à la tête de toutes les forces de rOceident. Cette guerre ne dura que deux mois; la cavalerie foraiidable des Huns, des Alains et des Goths, qui servaient alors Théodose, passe intrépidement la Save à la nage, enfonce, épouvante et met en fuite les Germains et les Gaulois de Tarmée de Maxime. Marcellinus, son frère, rétablit le combat avec un corps d'élite ; la bataille.se prolonge jusqu'à la nuit, qui laisse la victoire indécise. Le lendemain, au moment où l'action recommence, une partie des troupes de r Occident jette les armes ; Maxime prend la fuite; Théodose le poursuit si rapidement, qu'il arrive presque en même temps que lui aux portes d'Aquilée. Le peuple de cette ville se révolte, dépouille Maxime de ses ornements, l'enchaîne et le traine aux pieds de l'empereur. Théodose, touché de ses prières, est tenté de lui pardonner; mais se rappelant, après quelque hésitation, qu'il doit une victime aux mânes de Gratien, il livre ce tyran aax soldats, qui lui tranchent la tête. Un Franc, nommé Arbogaste, que sa bravoure et les sufi&ages des soldats avaient élevé de grade en grade à celui de général, poursuivit les débris de l'armée vaincue, et tua Victor, fils de Maxime, qui la commandait.
Théodose^ après avoir apaisé les troubles auxquels la ville de Milan se trouvait en proie, et replacé Valentinien II sur le trône, entra en triomphe dans Rome, comme le grand Constantin.
En prononçant l'éloge de l'empereur, la flatterie ^arla le langage de la vérité. L'opinion publique approuvait les louanges données à un prince dont on admirait l'activité, la bravoure, l'habileté, la gloire, et dont on respectait la justice, la bienfaisance et la chasteté. Mais il n'est pas de vertu
sang mélange; la sienne lût sourent ternie par le ftinattlsaie, et par un penchant à la colère qu'il travaillait eontinaellement à vaincre, mais qu'il ne put pas toujours dompter.
La ferveur de ee prince pour la religion chrétienne sash blait alors augmentée par les efforts que son ennemi, Maxime^ avait tentés pour relever l'idolâtrie. L'empereur, trouvante Rome les autels parés de fleurs, les sacrifices rétablis, les statues des dieux entourées d'offrandes et d' encens, en fit de violents reproches au sénat, et plaida dans cette ass^nblée la cause du christianisme, avec une chaleur plus eenvenable peut-être au chef de l'Église qu'au chef de TÉtat.
Les sénateurs, attachés à l'ancien culte, osèrent lui rédster, et dans cette discussion firent entendre, pour soutenir l'erreur, un langage hardi dont on avait per^u l'habitude depuis plusieurs siècles. La liberté, muette pour les affaires terrestres, se montrait encore lorsqu'^on voulait comprimer les opinions religieuses. Ils opposèrent aux volontés de l'empereur douze cents ans de coutume, la puissance de Rome fondée sur des oraétes, tant de triomphes dus à la protection des dieux, et le danger, après tant de prodiges, d'embrasser une nouvelle religion qui n'offrait point le même espoir et n'était point appuyée par une si longue et si heureuse expérience.
Théodose leur déclara solennellement que Valentinîen et lui avaient en horreur le culte du mensonge et des vices déifiés, et que, s'ils voulaient persister dans cette croyance sacrilège, le trésor public ne payerait plus les frais du culte scandaleux des idoles. « L'empire, ajouta-t-il, environné de « périls, menacé de tous côtés par les Barbares, a plus be- « soin de soldats que de victimes. »
On avait répondu à ses arguments, on se tut dès qu'on entendit ses ordres; et comme le nombre de ceux qui ne mêlent aucun intérêt humain à. leurs opinions est toujours et partout le plus faible, lorsque le trésor fut fermé, les sacrifices cessèrent.
Cependant en Egypte l'autorité éprouva plus de résistance.
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iC peuple défendit ses temples; U peussa des cris de rage mga'on porta la hache sur la statue de Sérapis ; mais, dès [oe Tidoie fat tombée, la multitude mobile Tinsulta : Ineontante pour les puissances du ciel comme pour celles de la £rre, elle méprise bientôt ce qu'elle cesse de craindre. L'empereur, pour réparer les malheurs de Valons, pour nincre les Goths, pour affranchir TOrlent et pour rétablir la tranquillité dans rOccident, s'était vu forcé de lever partout ks impôts dont une si évidente nécessité pouvait seule faire ^porter le poids. Partout on s'y soumit avec résignation, etcepté à Antioehe.
Cette ville, par la licence de ses mœurs, se montrait ton- |onrs portée à la sédition ; son peuple léger, frondeur et cortoiûpTi, prodiguant ses trésors avec joie pour les fêtes, pour Itjeux, pour les pantomimes et les bateleurs, éclatait en Hinnnures lorsqu'il fallait contribuer aux charges publiques «l à la défense de l'État.
Quand les commissaires de l'empereur se présentent pour «ver la taxe de guerre, tous les citoyens, riches ou pauvres, le plaignent, résistent, s'attroupent, s'animent, se soulèvent, menacent les magistrats, se répandent en invectives contre i empereur : des injures la multitude emportée passe bientôt j ^ ia violence, et dans sa fureur, elle brise les statues de Théodose, de sa mère et de ses enfants, les outrage et les ^îne avec mépris dans les rues.
Plus l'empereur avait montré jusque-là de prédilection Î^^T la ville d' Antioehe, plus son ingratitude l'irrita : dans *6 premier mouvement de sa colère, il envoya des troupes ^^utte les séditieux, avec des commissaires chargés de sa vengeance, armés d'un pouvoir sans limites, et qui devaient I ^^^tier les habitants et raser la ville, ^c peuple rebelle, revenu de son emportement, en consi- ^éfait avec effroi les suites funestes; la consternation succé- ^^it à la fureur ; on attendait les commissaires dans un si- '^ïice morne, semblable au calme effrayant qui précède et annonce souvent la tempête ; les plus riches habitants pre-
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naient la fuite. Saint Ghrysostome, qui s'était oppQfé àlepr. délire, qui les consola dans leur douleur, et qui les soutînl dans leurs périls, présente ainsi Fimage de la terreur :
« Cette cité florissante, dit-il, est devenue tout à coup défi serte : une frayeur mortelle nous chasse tous et nous « éloigne, comme la fumée chasse les abeilles ; notre ville, « rappelant ce que le prophète dit de Jérusalem, est comme « un chêne dépouillé, comme un jardin privé de ses eaax , « salutaires, qui n'offre aux regards que des arbres dessé- , « chés, sans fleurs et sans fruits. Le courroux du prince, ainsi « qu'un incendie fatal, menace de venir bientôt fondre sur, « nous; chacun lévite et s'empresse de sauver ses jours | « avant que le feu n'arrive jusqu'à lui. Étrange calamité I ' « sans que Tennemi npus poursuive, nous fuyons ; sans avoir ] « livré de combats, nous abandonnons nos foyers ; sans <c avoir soutenu les assauts des Barbares, nous éprouvons * « les mêmes maux que les captifs d'un vainqueur superbe, t Ces craintes n'étaient que trop fondées; les troupes approchent ; les envoyés de l'empereur aiTivent; ils montent sur IjBur tribunal, insensibles aux larmes, sourds aux prières, environnés de soldats farouches, ils commencent des informations rigoureuses ; les prisons se remplissent ; on emploie sans pitié les verges, les chaînes, la torture, pour forcer les accusés à confesser leur crime, à dénoncer leurs complices; j l'air retentit des cris de la douleur, des accents de la colère, ] des gémissements de la nature et de l'amitié; les femmes et les enfants éplorés entourent, pressent et supplient vainement les magistrats, les soldats, les bourreaux. Les ombres de la nuit redoublent la terreur du jour ; frappée par un juge insensible, toute cette ville semble menacée d'une entière \ destruction.
Des citoyens en foule étaient traînés de leurs foyers dans les cachots, de là aux tortures et à Téchafaud. Us y marchaient ; soudain un homme, couvert des lambeaux de la misère, s'avance, saisit par son manteau le premier des magistrats, et lui ordonne impérieusement de l'écouter. Cette
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ipmérité excite rrndignationdes Juges; mais elle se change en respect, lorsqu'ils entendent proclamer le nom de Macé* done, ermite saint et révéré, qu'on voyait suivi de plusieurs autres pieux solitaires; l'autorité s'abaisse devant sa vertu : « Portez mes paroles au prince ! s'écrie cet homme couraf geux. Vous êtes homme, vous commandez à des hommes; ' « ils sont rimage de Bien, et Dieu ne veut pas qu'on la dé-
• traise. Insulter l'ouvrage, c'est irriter l'ouvrier. Quel est f le crime commis ? On a offensé des figures inanimées ; cet I égarement justifie-t-il votre colère? Pour une statue dét truite, nous pouvons vous en rendre vingt; mais songez « que vous ne pouvez reproduire un seul cheveu d'une
• tête que vous aurez fait tomber. » Ce langage noble et fier, qui semblait inspiré, étonne et touche les ministres de l'empereur; le glaive s'arrête, les supplices sont suspendus, on permet au peuple d'implorer la clémence de Théodose. Ce prince étaic alors revenu à Constantinople.
Césaire court lui porter les vœux d'Antioche ; l'évéque Flavlen, malgré son âge, retrouve des forces pour l'accompagner et pour désarmer le courroux du prince offensé.
Les. Syriens respirent, mais ne démentent point, dans de si graves circonstances, la légèreté de leur caractère ; ils passent subitement d'une lâche terreur à une joie folle et licencieuse, et se livrent à la débauche à la vue des éebafftuds encore dressés.
Ce fut alors que Ghrysostome, remplissant avec éclat les devoirs d'un saint ministère, déploya contre leur coupable ivresse la méine éloquence qu'il avait opposée à leur désespoir, et prononça ces homélies célèbres que le temps a rei^ctées.
Césaire, arrivé dans la capitale de l'Orient, se jette aux pieds de Thèodose, s'efforce de réveiller sa générosflé,^i peint les malheurs, le repentir des. coupables, ébranle «on cœur, mais ne le fléchit pas. L'empereur rappelle sa munificence et sa prédilection pour Antioche, et il se plaint avec emportement de l'ingratitude d'un peuple comblé par lui de bienfaits.
Le vénérable Flavien s'avance alors : loin de prétendre jttstiflerlescoupables, il avoue, il exagère même adroitement leurs délits, et, après avoir déclaré que les châtiments les plus sévères pour de tels crimes seraient conformes à la Justice humaine, il ajoute : « Dieu fut, comme vous, outragé « par les hommes; il leur a ouvert les cieux, imitez son « exemple. Si nous devons notre salut à votre clémence, t vous devrez à nos erreurs une gloire nouvelle. Gratien ne • vous a transmis qu'une couronne passagère, et vous pouvez, « par votre vertu, en mériter une immortelle. Vous n'aves t perdu que des statues muettes, remplacez-les en élevant « dans nos cœurs des monuments pariants et étemels.
« Lorsque les courtisans de Constantin, offensé comme « vous, r excitaient k venger les injures faites à ses images, « il leur répondit : Scusurez^ous, je ne me sens pas blessé. « On a déjà oublié plusieurs de ses victoires, mais les siècles « répéteront ces paroles généreuses, conmie ils n'oublieront « pas ce mot qui vous échappa lorsque, pardonnant un Jour « à quelques condamnés, vous vous écriâtes : Que n'm-je « aussi le pouvoir de ressusciter les morts ÎMnt seule parole « peut vous donner la plus belle conquête, celte de l'amour « de tous vos sujets. Vous avez résisté aux prières de vos « magistrats, à la voix de vos généraux, cédez à celle d'un « vieillard qui vous présente F Évangile pour vous rappeler « que Dieu ne vous pardonnera pas vos offenses, si vous êtes « inflexible pour les nôtres. Au lieu de détruire Antioche^ « effacez le souvenir de ses crimes, et J'irai bénir votre nom « au milieu du peuple que vous aurez sauvé. »
Théodose ne put résister à ces nobles accents de la vieillesse, de la vertu et de la piété; il pardonna, et ce triomphe sur un Juste ressentiment fût célébii comme la plus beHe de ses victoires.
Une autre révolte, qui eut lieu à Thessalonique, produisit de plus grands malheurs; rien ne put calmer le courroux de l'empereur, et la vengeance qu'il en tira devint une tache éternelle pour sa gloire.
Un conducteur de ohar, insolent et débauché, s'était livré des désordres scandaleux; le gouverneur de la ville le fait eter en prison : le peuple, qui favorisait cet homme, veut 3 délivrer, se révolte, et, dans sa fureur, assassine le géiéral et les offieiers qui Tentourent.
Le ressentiment de Théodose éclate. Vainement les évé' faes de la province le supplient de pardonner; i! ne veut iten entendre : par son ordre, tous les habitants de cette ville infortunée sont rassemblés dans le cirque, sous le prédite perfide d'y assister à des Jeux. Les soldats goths, 9^ servaient dans Tarmée impériale, entourent ces malheureux et les massacrent tous sans distinction d'âge ni de Mxe.
Effrayé de sa propre cruauté. Théodose, tourmenté par sa eonscience, qui lui parla trop tard, écrivit à saint Ambroise, loi demanda d'imj^orer en sa faveur la clémence divine ; et, *to8 l'espoir d'adoucir le pontife irrité, il se rendit à Milan, Toulut se justifier, et se présenta, suivi de son cortège, aux portes de l'église. L'inexorable Ambroise lui en défendit «entrée, et, rappelant dans cette circonstance l'exemple de ï^a^id : « Vous avez, dit-il à l'empereur, imité ce roi dans • son crime ; imitez-le dans son repentir. » D lui imposa , ^ pénitence publique. Théodose s'y soumit, et le maître du monde, dépouillé de ses ornements, prosterné au pied wVantel, s'humilia devant Dieu en présence de son peuple. Ce ne fut qu'après huit mois de prières et de douleurs qu'il ï^ntra dans la communion des fidèles.
On ne peut qu'admirer la fermeté d'un ministre de l'Évan- ^^ qu'aucun danger n'effraie, lorsqu'il doit soutenir la eanse de la morale outragée, et faire craindre à la puissance ^westre la Justice divine; mais trop de prêtres ambitieux, "ïterprétant mal ce grand exemple, abusèrent, depuis, de ^ parole sacrée pour servir un orgueil profane, et, sous preste d'abaisser les princes devant Dieu, s'efforcèrent d'éle- ^^ le sacerdoce au-dessus de Tempire.
Croise lui-même,- si sévère lors du massacre de Thés-
2$^ EMPIRE B'ORIENt.
saloaiqae, ne parut point animé du même esprit de justice lorsqu'une populace séditieuse, excitée par des moines fana» ; tiques, s'emporta au point de brûler une syni^ogue. L'em.*^ pereur voulait châtier les incendiaires : Ambroise s'y op«.] posa, et, par son influence, obtint que les moines coupableHi i resteraient impunis.
Tel est l'esprit de secte et de parti; il égare lavei^, même; il la rend inflexible pour l'erreur qui lui nuit, d^\ indulgente pour le crime qui le sert. J
Peu de temps après la défaite de Maxime et le rétablisse»!? ment de Valentinien II sur son trône, la mort de l'impéra* trice Justine enleva aux ariens leur plus ferme appui.
Valentinien, par reconnaissance pour Théodose, € soumission pour Ambroise, devint orthodoxe. Ce prince se montrait chaste, tempérant, appliqué, ennemi daS l'injustice ; mais ces belles qualités n'étaient accompagnées;^ d'aucune force ; la faiblesse a le danger de tous les vicet> ^ qu'elle n'autorise pas, mais qu'elle ne sait pas réprimer.
L'empereur d'Occident laissa prendre trop de crédit dans sa cour, trpp d'influence sur les troupes, à un Franc distin* gué par ses exploits, mais dont l'ambition coupable ne connaissait aucune borne.
Arbogaste, élevé au grade de ^néral par Gratien, et qui, sous les ordres de Théodose^ venait de contribuer si efflca- ' cément à la chute de Maxime, commandait alors les légions de la Gaule. Ce guerrier Intrigant, perfide, hautain, avide \ de pouvoir et de richesses, était regardé par Valentinien *comme le soutien de son trône.
* Abusant de sa confiance et disposant de ses trésors, il séduit les troupes, distribue toutes les places à des Barbares qui lui sont dévoués; sous difTérents prétextes il éloigne du prince ses plus fidèles serviteurs, l'environne de ses agents, l'entoure de ses satellites, cesse de feindre, commande au lieu de conseiller, et règne au lieu de servir.
L'empereur n'est plus qu'un captif couronné : il ouvre tardivement les yeux, frémit de son danger, et secrètement
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lait à Théodose que son palais n'est plus qu'une prison iont il le sapplie de le tirer. Cependant son péril s'accroît, Mhamiliation devient insupportable. Trop impatient pour kttendre le secours qu'il avait invoqué, il veut tenter un iimp d'État 'et compromet son autorité.
Environné jde toute sa cour, assis sur son trône, espérant fie son sceptre fera tomber l'épée du Barbare, il fait venir levant lai le fier Arbogaste, et lui ordonne de lire un décret foi le destitue. « Mon autorité, répond l'audacieux guerrier, A est fondée sur mes services, et ne dépend point des caprices td'nn faible prince. » Après ce peu de mots, il jette l'édlt
terre et le foule aux pieds. Yalentinien, transporté de futire son glaive et veut frapper le Barbare ; mais les
ils nombreux d' Arbogaste l'entourent et désarment l'emur. Peu de jours après, on trouva ce malheureux prince teanglé dans son lit (an 392). Arbogaste, voulant se laver [lececrime,s'efirorça de faire croire que Yalentinien, dans i m accès de désespoir, s'était tué : il fit conduire en pompe 'i Milan les reste de l'empereur. Saint Ambroise prononça
ion panégyrique, et, dans l'intention de consoler les sœurs
ie ce prince, s'écartant cette fois de la sévérité ordinaire i de ses maximes, il leur fit espérer que Valentinien serait ! leçQ dans le ciel par la clémence divine, quoiqu'il n'eût pas ( encore reçu le baptême.
Arbogaste, par sa trahison, maître de l'Occident, excepté I de l'Afrique, pouvait disposer du trône ; mais il n'osa ou ne I ^OTûnl pas s'y placer. Préférant un pouvoir réel à un vain ! Wat, ou craignant peut-être l'indignation des Romains S'ils
voyaient la couronne impériale sur la tête d'un Barbare, il
^ contenta de régner sous le nom d'un fantôme d'empereur,
^décora du titre d'auguste Eugène, son ancien secrétaire.
Ce nouveau prince, par son mérite et par la faveur d'Arbo- ] Wc, était parvenu de l'emploi très-inférieur de professeur
^e rhétorique à la haute dignité de maître des ofj^es. On estimait son érudition, son éloquence ; on aimait sa
ioncenr et sa modestie. Ne pouvant résister à la puissance
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d'Arbogft8t6| il obéit en gémissant et accepta le sceptre ayee regret. Ses ambassadeurs, chargés par lui de demander k Théodose la confirmation de son élection, n'obtinrent que des réponses évasives. L'empereur d'Orient était doublement disposé à la vengeance par l'intérêt de sa couronne et par la douleur de sa femme Gatla, sœur de Yalentinien.
Il réunit toutes ses forces pour combattre Eugène, ou plu" tôt Arbogaste ; mais, avant de commencer la guerre, cédant à la superstition, qui chez les hommes ne fait que changer d'objet, au défaut d'oracles et d'arusplces, il consulta un moine égyptien de la Thébaïde, et la réponse favorable de ce soUtaire augmenta la confiance de l'armée.
Cette armée, exercée par Timasius, Promotus, Stilicon, généraux habiles, présentait un spectacle imposant. On en admirait la force, la discipline ; mais en même temps il était impossible d'y voir sans douleur une foule d'Arabes, de Goths, d'Alains, de Huns, et à leur leur tête ce célèbre Alarie, qui semblait alors apprendre à l'école de Théodose l'art qu'il employa depuis à la destruction de Rome.
On eût dit que les Romains, frappés alors d'aveuglement, conduisaient avec eux des légions de Barbares pour les aider h faire la reconnaissance de toutes les parties de l'empire^ qu'ils devaient bientôt conquérir et ravager.
Arbogaste, informé des préparatifs de l'empereur d'Orient, réunit, pour lui résister, toutes les légions de l'Occident.
Eugène et lui tentèrent un dernier effort pour relever le polythéisme; ils entrèrent dans Rome, et, à la grande satis» faction des idolâtres et de la multitude avide de changements, ils rétablirent momentanément le culte des dieux.
Si l'on en croit Glaudien, qui, dans ses descriptions poétiques, donne plus de détails sur cette courte guerre que les historiens du temps. Théodose étendit sa ligne et dissémina ses troupes, dans le dessein d'envelopper et de tourner l'ennemi. Arbogaste, suivant un plan contraire, concentra ses forces près d' Aquilée pour opposer aux Orientaux une masse plus redoutable et les enfoncer par son poids. Ces deuj^
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qrstémefl, soutenus dans tous les temps par des hommes de ^nie, ont fait alternativement la gloire ou causé la ruine de ceux qui les ont suivis, selon que la fortune Ta voulu. * Théodose, marchant avec sa rapidité ordinaire, traversa kPannonie; Arbogaste, qui voulait l'affaiblir en divisant ses moyens, le laissa passer les Alpes Juliennes et s'étendre dans la plaine. Les deux armées se trouvèrent en présence près d'Aquilée.
^ Toutes deux étaient animées, Tune par le désir de venger Talentinien et de punir le crime, Taotre par f espérance de vrir de lauriers les coupables et de légitimer l'usurpa*
n par la victoire.
Le signal est donné ; Théodose marche contre Tennemi et riiargeles Goths d'attaquer le camp retranché. Son dessein, était d'obtenir le succès par leur courage bouillant et d'af- Mblir en même temps leur nombre par un eombat meartrier. Il n'atteignit que ce dernier but. Dix mille de ces ^ Barbares et leur chef Baechurius périrent sur le champ de bataitte, sans pouvoir franchir les fossés et les remparts du camp.
Tbèodose, repoussé, se retire sur une montagne escarpée; Engène, fier de cet avantage, le regarde comme une victoire complète. Sa garde partage son erreur et se livre à la débauche. Cependant, l'habile Arbogaste, qu'un premier succès ^ pouvait endormir, fait occuper tous les défilés par des <5<*p» nombreiix. Théodose se voit cerné, pressé, sans vivres; A perte parait inévitable ; mais ce qui devait achever sa roine causa son salut.
Les chefs des corps qui l'entouraient confèrent avec ses officiers, écoutent ses propositions, traitent avec lui, quit-
ttent le parti des rebelles et se rangent sous ses drapeaux. fotMé par ces nouveaux auxiliaires, Théodose s'élance de nouveau contre l'ennemi et l'attaque avec ses propres forces. I^ éléments, dit Glaudien; semblèrent alors conspirer en ^▼eur de Théodose ; une tempête venue de l'Orient soulève ^^ les <}i|ulQi9 den tourblllonii dé poussière qui les aveu
BMPIBB . D ORIENT. CSBS-3M|*
glent et qui les épouvantent. Les païens, pour défendre leurs montagnes^ y avaient placé les statues des dieux. La. superstition fut appelée des deux côtéft au secours du e rage.
L'empereur, après un premier choc sans succès, répondii à ceux qui lui conseillaient la retraite : t Non^ la croix « de Jésus-Christ ne reculera pas devant les images d'Her« « cule et de Mars. ».
Il se Jette à genoux en présence de l'armée, déclare qu'il voit dans les nuages saint Jean l'Ëvangéliste et l'apôtre Phf* lippe qui combattent pour lui. Cette fable, répandue, est adoptée par les soldats crédules; ils marchent avec une con«' fiance nouvelle, comme autrefois les Romains couraient à la victoire, se croyant guidés par Castor et Poliux.
Après une vive résistance, les Germains et les Gaulois sont enfoncés; leur camp est pris. Eugène, dépouillé de la pooi^ pre, est conduit aux pieds de l'empereur ; il fléchit le genou, et cherche par son éloquence à toucher le cœur et à calmer le courroux de Théodose. Mais les soldats qui Técoutaient interrompent sa harangue et lui tranchent la tète sans attendre les ordres de l'empereur.
Arbogaste, vaincu et perdant l'espoir de rallier ses troupes, se jette sur son épée. Ce Barbare mourut en Romain.
Saint Ambroise, qui avait cru devoir céder À l'usurpation de Maxime, s'était montré plus ferme contre celle d'Eugène, et, malgré ses instances, il avait fui les regards de ce. nouveau maître. Théodose, vainqueur, suivit les conseils de ce vertueux pontife, et traita avec clémence les partisans d'Eugène.
Maître paisible de tout l'empire, il décora de la pourpre Arcadiuset Honorius ses ûls. L'histoire a conservé les paroles qu'il adressa à l'un d'eux : « Si vous aviez reçu le jour dans « la Perse, lui dit-il, votre naissance serait un titre suffisant « pour assurer votre trône ; mais si vous voulez que les Bo« « mains vous trouvent digne de régner sur eux , vous de- « vez apprendre à régner sur vous-même. Un simple citoyen
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t n'a pour bat que son propre bonheur ; celui de ï univers doit I « être le vôtre. Si les vices sont vos maîtres, vous ne serez H qa'un esclave décoré du diadème. Tenez- vous en garde H contre les passions ; les autres hommes les suivent ; elles «^ viennent au-devant des princes. Si vous désirez qu'on vous
« regarde comme rimage de Dieu, imitez sa clémence. Sui-
• vez toujours la voie de la justice, saus tous inquiéter des t louanges ou du blâme d'un monde léger. Soyez par votre
• vertu une loi vivante ; votre exemple aura plus de force « que votre autorité. Ce n'est point l'orgueil, c'est la boi^ c qni peut rendre les Romains dociles. Laissez le luxe auje
• rois d'Asie. L'éclat qui convient aux empereurs romains,* f c'est- celui des talents et des vertus. Si vous faites la t guerre, montrez, pour être obéi, que vous savez comman-
• der. Partagez tous les périls avec les soldats, alors Ils ne i les craindront plus. Mais surtout, étudiez l'histoire de vos « prédécesseurs, leurs succès et leurs revers, leur gloire ou « leur infortune ; ils vous apprendront ce que vous devez
• faire ou ce que vous devez éviter. » L'empereur n'était alors âgé que de cinquante ans; sa
puissance, sa gloire, ses vertus, son expérience, donnaient I espoir d'un règne long et paisible ; mais son corps, épuisé par ses travaux, et, selon quelques historiens, par les plaisirs, succomba aux fatigues de cette dernière campagne. Des symptômes d'hydropisie firent prévoir sa fin prochaine.
Conformément à la politique du temps, il partagea l'empire entre ses deux fils. Honorius gouverna l'Occident, Areadius régna dans l'Orient. L'empereur, ayant voulu célébrer à Milan les jeux du cirque, fit un dernier effort pour y assister, et mourut la nuit suivante, respecté par les Barbares et regretté par ses sujets. Les citoyens louaient sa justice, les guerriers son courage, l'Église sa piété.
On reproche justement à sa mémoire des actes d'intolérance, de fanatisme et de cruauté ; mais ses qualités surpassaient ses défauts. Il se rendit justement célèbre par de grandes victoires, par de sages lois, et arrêta sur le bord de
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l'abîme, par sa main puissante, (a chute de rempire) qui tU disparaître avec lui sa grandeur et sa gloire.