‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 17 sur 52 · B95'A^3 H0N0BIU6 ET AJICÂ0III · texte numérisé non relu

B95'A^3 H0N0BIU6 ET AJICÂ0III

et devint une des causes les plus immédiates de la chute de Tempire.

On peut sans injustice attribuer à ses funestes conseils quelques actes d'intolérance et de tyrannie qui souillèrent la gloire du beau règne de Théodose. Far un édit, il déclara les magistrats coupables des crimes qu'ils négligeraient de poursuivre, et rendit la justice cruelle en la rendant oraintive.

L'idolâtrie, que la persuasion seule devait détruire, fut rangée par un édit au premier rang des crimes. Les pontifes païens et les vestales se virent dépouillés de leurs biens, dont on dota les églises chrétiennes.

Méprisant les anciennes coutumes et un préjugé que tant de gloire rendait excusable, Théodose renversa la statue de la Victoire, qui, debout sur le globe du monde, revêtue d'une robe flottante, déployant de brillantes ailes et portant à la main une couronne de laurier, semblait commander aux Romains Je courage et leur promettre le triomphe.

11 arracha du Capitole les statues de Jupiter, de Mars, d'Hercule et des autres dieux ^ les attacha aux roues de son char, et parcourut avec orgueil les rues de Rome : triomphant des divinités de l'Olympe vaincues, comnae l'inexorable Achille avait triomphé d'Hector. Leur défenseur Symmaque fut exilé ; les patriciens tremblants abjurèrent l'Idolâtrie. Ce fut alors que le poëte Prudence, profanant son talent en louant un acte despotique, se félicita de voir « les sénateurs romains, les flambeaux de l'univers, les « membres d'une assemblée de Fabius et de Gâtons, quit- « ter leurs habits pontiflcaux, abandonner avec horreur la « peau du vieux serpent pour se revêtir de la robe blanche « de l'innocence baptismale, et humilier l'orgueil dès fais- « ceaux consulaires sur la tombe des martyrs. » A la voix cte Théodose, on ferma les temples, on détruisit le Capitole, on menaça de mort les partisans de l'ancien culte; l'intolérance, encouragée par l'autorité, lie connut plus de bornes; les chrétiens dominants se permirent les excès qu'ils avaient

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roprp^ég i leurs peraéeuteujro. Saint Martin, évèque de Tours, marcha à la tête des moines, abattit les idoles, renversa les temples, arracha les arbres sacrés.

En détruisant les statues, on découvrit les fraudes pieuses des pciotifea païens qui, par des tuyaux cachés dans les idoles, faisaient entendre la voix .prétendue des oracles. Par là le puganîsme perdit beaucoup de partisans; les sacrifices, même ceux où Ton n'immolait point de victimes, furent interdits et punis comme erimesde haute tralûson : les païens gémirent et cédèrent; ils n'avaient pas le courage des naartyrs-

Quelques philosophes entreprirent de réfuter les ouvrages de saint Augustin; on ne permit point la publication de leurs Hvres. Enfin la révolution fut totale, et trente ans après le règne de Théodose, on ne vit presque plus d'idolâtres dans l'empire : mais pendant longtemps les conversions furent plus apparentes que réelles; un grand nombre de Romains déploraient la destruction de leur ancienne religion. « Ce bon- . « leversement, disent quelques auteurs de cette époque, « changea les tempfes en sépulcres, couvrit la terre de ténè- « bres, rétablit le règne du chaos et de la nuit, et substitua « aux images révérées des dieux celles de quelques malfaî- (t teurs obscurs que la superstition décorait du nom de « martyii». »

Tels furent les derniers accents de douteur des idolâtres, qui auraient en peu de temps cédé sans murmures à k raison, mais qui ne pouvaient supporter la plus injuste des violences, celle qui opprime la pensée.

Malgré cette violation des anciennes coutumes et de la liberté des opinions, le nom glorieux de Théodose était trop respecté pour que les droits de ses fils parussent douteux : les deux sénats de Rome et de Constantinople les proclamèrent augustes; ils reçurent le serment de fidélité dn peuple et dés soldats. On fit alors un partage définitif de l'empire : Arcadiu& eut la Thraee, la Grèce, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte, la Dacie et la Macédoine; Honerius régna

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sur VlUOe, l^Afrique, la Gaule, TEspagne et la Grande-Bretagne. Ârcadius, âgé de dix-huit ans, végéta plutôt qu'il ne régna da'n» son palais de Bysance.

Le Gaulois Hufin gouvernait Tempire et Tempereur; le iQBflaaere de Thessalonique n'avait que trop prouvé son penchant à la cruauté. Ce caractère féroce perdit son frein en perdant Théodose. On trouvait en lui un ami perfide et un ennemi implacable; son ambition était gênée par le mérite et parle crédit de Xatien, préfet de l'Orient, et par la prudence de Promotus, maître général de l'infanterie, dont ' le eonrage avait plus d'une fois contribué au salut de l'empire, lin jugement inique le délivra du premier, il exila le ÙKcond, et, peu de temps après, le fit assassiner par ses ngents dans un combat qu'il livrait aux Bastarnes. ^ La vertu de Lucien, comte d'Orient, offrait un contraste !.trop dangereux aveo les vices du ministre; on le fit périr, et Rufin, héritant de la fortune de ses victimes^ fut revêtu de toute» leurs charges. La terreur que son nom répandait dans tout l'empire lui soumettait le peuple et l'armée; mais, si le courage ne lui résistait nulle part, l'intrigue travaillait dans l'ombre à miner son crédit.

Pour resserrer plus étroitement la chaîne dont il Uait le bible Arcadius, U voulut lui faire épouser sa fille. Le prince en avait même pris l'engagement; mais tandis que l'ambitieux ministre parcourait l'Asie pour y jouir de la souveraine puissance qu'il exerçait seul dans l'Orient, Eutrope, grand-chambellan, vanta en présence du jeune empereur les charmes d'Eudoxie, fille du comte Bauto, générai des Francs auxiliaires. Arcadius voulut voir cette belle Française; il en devint épris et résolut de l'épouser. Bufln, revenant à Constantinople, trouva la ville occupée des fêtes préparées pour le mariage : il croyait que sa fille était l'objet de ces préparatifs pompeux, et sa fureur fut égale à sa surprise lorsqu'il vit l'empereur conduire Eudoxie au temple. Cette princesse, digne de son élévation par sa beauté, mais plus encore par m talents et par son courage, soutint habfiement la lutte

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périlleuse qui s'établit, dès ce moment, entre elle et ce ministre aussi vindicatif que puissant.

Tandis que ces intrigues de eour occupaient seules les premières années d'Arcadius dans l'Orient, le tuteur du jeune fionorttts, plus digne de la confiance de Théodose, se livrait à des soins plus importants, et gouvernait Rome en Romain.* Stilicon, le héros du poète Claudien, et né parmi les Van- , dales, surpassait, dit-on, la taille qu'on attribuait aux deaâr H dieux. Bans sa jeunesse il se distingua parmi les plus bd^ queux par sa bravoure et par son adresse. Les suffrages pu- j blics prévinrent à chaque grade son élévation. Comte des \ domestiques, maître général de la cavalerie etderinfonterie I d'Occident, époux de la princesse Sérène, il était seul maître i de l'empire sous le nom d'Honorius, qui n'avait point en- ^ core atteint sa douzième année.

Les Bastarnes, excités par Rufin, avaient battu un corps ' de Romains d'Orient, et assassiné Promotus; Stilicon prit les armes pour venger son ami ; il vainquit ces BarbaRS et en tua un grand nombre. Tournant ensuite ses armes j contre les Germains que la mort de Théodose avait enhardis, ' ' il les chassa de la Gaule et les poursuivit au delà du Rhin.

Après avoir délivré l'empire de ses ennemis, il garantit | les citoyens, par une sévère discipline, de la licence des I soldats. 4

Sa gloire excitait l'envie de Rufin, et bientôt ces deux fiers rivaux devinrent ennemis.

Les dangers auxquels la discorde devait exposer les deux empires effrayaient l'esprit généreux de Stilicon, mais ne pouvaient faire impression sur l'âme basse de Rufin, qui aurait sacrifié sans scrupule aux Barbares les trois quarts de l'empire, pour avoir la certitude de régner sur le reste.

On le vit exciter lui-même des tribus de Huns et de Scythes à piller l'Asie, pour effrayer Arcadius et pour conserver près de lui son pouvoir.

Les Goths, reprenant les armes, venaient de franchir le Danube pour attaquer l'Orient : Stilicon, qui s'occupait

Cl95-â25] HONOBHIS ET ABCADIUS. ^24^

alors du partage des trésors et des armées de Théodose entre les deux empereurs, marcha contre les Goths, sous prétexte de conduire à Arcadius les troupes orientales qui étaient 0estées en Italie; il arriva près de Thessalonique, et, par des «Romyements habiles, resserra les Barbares dans une position Aèsavantageuse qui devait rendre leur défaîte certaine.

Ruiin redoutait plus Stilicon que les Goths. Un ordre l^tfikieadius rappela près de lui ses troupes, et défendit à Stileon d'avancer avec elles. Le général obéit, s'arrêta et retourna en Italie; mais il était certain du dévouement des lé- '^ns qull renvoyait à Tempereur d'Orient : ces légions et Cainas le Goth, leur chef, détestaient Ruûn et promirent sa jBôrt à Stilicon. Le secret de leur dessein fut gardé avec prudence, et pendant leur marche, depuis Thessalonique jus« ^'à Constantinople, aucune parole inconsidérée ne trahit I knr projet.

A leur arrivée même ils cachèrent leur haine sous Tappa-

leace de la flatterie ; et Rufm, trompé par leurs hommages,

ijcur prodigua ses trésors, espérant, avec leur appui, se dé-

Bvrer d'Ëudoxie et se faire élire empereuî*.

I Arcadius était tropfaible pour qu'on osât lui faire con-

jiftitre son danger; on le sauva en le trompant. Gainas ayant

i toincltépour ses légionsl'honneur d'être passées en revue par

p empereur, ce prince se rendit avec son ministre dans la

plaine que ces troupes occupaient; il salua, suivant Tusage,

avec respect, les aigles romaines, tandis que Rufin, qui avait

d^ fait frapper des médailles où il était représenté avec la

couroime «ur la tête, contemplait orgueilleusement les soldats

sur lesquels il fondait son espoir; mais, lorsqu'il arrive avec

le prince au milieu de la ligne, les deux ailes s'avancent ra-

pidementet les entourent ; Gainas donne le signal, et soudain

un soldat se jette sur l'ambitieux ministre et lui plonge son

épée dans le sein. Ce malheureux gémit, tombe et meurt

aux pieds de l'empereur.

La- nouvelle de sa chute se répand; la populace, aussi furieuse contre les tyrans morts qu'elle. est basse pour eux

tSO SHPIBB d'obibni:, t9l5-UM9

lorsqu'ils vivent, se saisit du corps de Rufin, le déchiie M le traîne dans les rues. On avait planté sa tète sur la pointe d'une pique, et sa main droite coupée, qu'on montrait aux passants, semblait encore demander au peuple des contribu* tipns.

Sa femme et sa fUle ne purent échapper à la mort que par la fuite ; un couvent à Jérusalem fut leur asile ; on confisqua leurs biens au profit du trésor impérial. Far ce fiuiestB exemple, l'autorité des empereurs devint moins sacrée, celle des généraux plus redoutable, et le glaive apprit à braver i le sceptre. |

Si, en perdant l'odieux Ruûn, le projet de StUioon était ' de gouverner les deux empires, son espoir fut trompé. Arcadius, qui le craignait, donna sa confiance à l'eunuque £u> trope, son grand-chambellan. Gainas lui-même se déclara contre Stilicon; tous les favoris ligués pour perdre ce héros tentèrent de l'assassiner. Un décret du sénat de Gonstantinople le 4éelara ennemi public, et confisqua les biens qu'il possédait dans T Orient. Ainsi les deux empires se divisèrent dans le temps où le danger commun devait leur faire senti le plus vivement la nécessité de l'union, et, depuis cette époque, chacun d'eux regarda comme ses alliés les Barbarob qui attaquaient l'autre.

La discorde des deux cours fit renaître l'ancienne rivalité des deux peuples ; les Grecs avaient toujours haï la grossie* reté romaine, et les Romains méprisaient la mollesse et lafir nesse des Grecs.

Stilicon, plus grand que ses rivaux, ne voulut peint, pour l'intérêt de son orgueil, exposer les deux empires aux malheurs d'un^ guerre civile. Il abandonna le faible Arcadius à ses nouveaux favoris. D'ailleurs une révolte formidable en Afrique semblait alors devoir occuper tous ses soins.

L'indulgence de Théodose avait laissé, dans cette eontrée, de vastes possessions dans les mains de Gildo, frère du tyran Firmus. Cet amhitieux se servit de ses richesses pour soulever les Africains. Quelques troupes romaines, trahissant.

Cm^q HONÔBIUS BT AUGÀBiUS. 254

knr devoir, eontrîbuèrent au succëft de Bon usurpation. Farvenu au pcuvoir suprême, Ofldo, qui se disait le libérateur de son pays, n'en fut que le tyran ; il signalait ses Jours 1^ des assassinats, et ses nuits par des débauches qui déshonoraient les plus illustres familles ; lès femmes les plus distifigoées, Tietimes de sa lubricité, après avoir perdu Thonfienr, étaient ensuite livrées par ce monstre aux nègres furouches du désert, qui composaient sa garde.

Gildo régnait despotîquement. Sans avoir cependant osé eeindre le diadème r il payait même un. tribut à Rome; mais eomme il craignait la rigueur de StiHcon, il Implora la protecUon d'Arcadius, qui prit sa défense dans l'espoir de réunir l'Afrique à l'empire d'Orient.

StilicoD, pour résister avec plus de succès aux prétentions de la cour de Byzance, crut nécessaire de fortifier son pouiwir en l'entourant de la majesté des anciennes lois. Faisant donc apparaître l'ombre de la république depuis longtemps oubliée, il décida l'empereur Honorius à soumettre au sénat kjngement de Gildo. La cause de ce rebelle y fut jtigée \ loivant les formes antiques, et les suffrages unanimes de tous ks sénateurs le déclarèrent ennemi de la république. Oli Aargea Stîlieon de veiller à l'exécution du décret. Un seul sénateur, Symmaque, avait paru craindre que cette guerre, «npéchant l'arrivée des grains d'Afrique, ne produisit la feffllne dans Rome et n'excitât un soulèvement. L'habile activité de Stilicon prévint le dangei* ; il fit venir des Gaules défi grands approvisionnements de blé, et, pendant toute cette guerre,, le ftfidne nourrit le Tibre.

Giffe, qui ne respectait pas plus la nature que la Justice, avait proscrit son frère Mascérel, qui s'était réfugiéà Milan. Stilicon, certain qu'il ne pouvait choisir.un chef plus ardent pour servir la tehgeance publique, plaçia Mascérel à la tête des vétérans gantois, des joviens, des herculiens et des deux Kgions nommées la Fortunée et l'Invincible. On peut juger de la décadence des forces romaines, en voyant que tous ces corpi d'élite réuni? ne forniaient que cinq mille hommes^

252 BMPias d'orient. P95-&S5]

L'armée de Gîido était composée de soixante-dix milte combattants : fier de leur nombre, il se vantait de fouler aux pieds de ses chevaux et d'ensevelir dans les tourbillons de sable cette poignée de Gaulois et de Romains qui venaient attaquer le maître de TAfrique.

Cependant peu de cohortes romaines composaient sa force réelle. Le reste des Africains ne portaient que des javeloto pour armes et des manteaux pour boucliers.

Sans craindre cette multitude indisciplinée , Mascérel , avec ses cinq mille braves, s'avance intrépidement près des rangs ennemis, et offre aux rebelles le pardon s'ils se soumettent. Un porte-étendard africain menace de le frapper; Mascérel, d'un coup de sabre, lui abat le bras; l'étendard qu'il portait tombe; les autres enseignes des cohortes romaines, qui servaient dans l'armée de l'usurpateur, vo^^ant de loin la chute de cet étendard, la prennent pour un acte de soumission, suivent cet exemple, jettent leurs armes et proclanœnt le nom d'Honorius.

Cette défection répand la crainte et le désordre parmi les Maures : après un léger combat, ils fuient dans le désert. Gildo, sans espoir et sans armée, s'embarqua pour chercher un asile dans l'Orient ; mais rejeté sur la côte par les vents contraires et cerné par les Romains, il échappa, au supplice en se donnant la mort.

Le sénat de Rome jugea ses complices avec cette excessive rigueur qui accompagne toujours la crainte et la faiblesse. La crédulité du temps prétendait que saint Ambroise, mort un an auparavant, avait, dans ses derniers jours, piédit cette victoire.

Mascérel, conquérant de l'Afrique et reçu en triomphe à Milan, excita la jalousie de Stilicon : quelques jours après son arrivée, comme le prince maure se promenait avec le général de l'Occident, son cheval fit un écart et le jeta dans la rivière : on s'empressait de voler à son secours ; mais Stilicon, souriant, arrêta par un signe le zèle des courtisans^ qui laissèrent le prince périr dans le fleuve.

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La fortune de Stiiieon s'accrut encore par le mariage de sa fille Marie avec le jeune empereur Honorlus. La muse de Claudien chanta en beaux vers cet hyménée ; il n'était plus permis d'adorer les faux dieux dans les temples, mais on laissait les poëtes les encenser dans leurs ouvrages. Uima* gination ne pouvait renoncer aux ingénieuses fictions du paganisme, et les fables de la Grèce, proscrites par la religion chrétienne, furent sauvées par la poésie.

Le mariage d'Honorius ne donna point d'héritiers à l'empire. Marie moui'ut vierge dix ans après l'époque où elle monta sur le trône. Honorius, faible d'àme et de corps, ne pouvait être ni père ni prince. Bans les premières années on le vit quelquefois essayer de se livrer avec les jeunes Romains aux exercices militaires; mais s'amollissant de jour en jour, il se renferma dans son palais, ne s'occupa que des détails puérils de sa maison, de ses jardins, de sa basse-cour, confia son sceptre à Stiiieon, et resta spectateur indififérent de l'agonie et de la ruine de son empire (an 395).

Avant de mourir, Rufin, pour maîtriser l'empereur d'Orient par la crainte, avait, dit-on, appelé les Goths à son seeours. Le nouveau favori d'Areadius, Ëutrope, mécontenta ces Barbares en refusant de leur payer les subsides convenus, et irrita le jeune Alaric en ne lui accordant pas les dignités militaires que ce prince croyait dues à ses exploits et aux services qu'il avait rendus à Théodose.

Alaric, de la race des Baltes, surpassait en génie, en science militaire et en courage, tous les guerriers de sa nation. Sa supériorité subjugua l'envie : tous les chefs des Goths le reconnurent pour leur général, et cet implacable ennemi de Rome se servit, pour la détruire, de l'expérience qu'il avait acquise dans les armées du grand Théodose. ^

La cour d'Orient, qu'il attaqua la première, ne lui opposa que des généraux incapables de lutter contre lui. Antlochus et Gérontius ne surent ni maintenir la discipline dans leurs troupes, ni défendre la frontière» Alaric les battit en plusieurs rencontres, livra au pillage la Thrace, la Dacie, péné

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tra sans obstacles dans la Grèce, et s'avança rapidement jusqu'au pied du mont OEta. |

Peu de forces auraient pu l'arrêter aux Thermopyles, ' mais les troupes qui défendaient ce passage prirent la faite* i Les Goths se répandirent comme un torrent en Béotie, ma»* sacrant les hommes, enlevant les femmes, dévastant les vil» i les, incendiant les villages. De nos jours, le voyageur peut . encore reconnaître, de ruine en ruine, les traces de la marched'Alaric. Argos, Sparte et Corinthe devinrent la proie ^ des Goths : Athènes évita sa destruction par une capitula- J tion ; Alaric entra dans cette ville et l'épargna ; mais il rava- 1 gea l'Attique et démolit ce célèbre temple d'Eleusis, dernier asile du paganisme.

La Grèce était détruite, les monuments des arts étaient renversés : Stilicon, qui n'avait pu arriver à temps pour sauver les Grecs, accourt pour les venger. Il débarque près de Corinthe, livre aux Barbares plusieurs combats longs et sanglants, et, après une opiniâti*e résistance, remporte une victoire complète. Il force les Goths de se retirer sur une montagne près des sources du Pénée ; là, il les entoure de retranchements, les assiège, leur coupe toute communication, et se croit certain qu'ils n'auront plus d'autre choix que celui de la servitude ou de la noort.

Mais une trop grande confiance dans le succès finit sou* veut qu'il échappe. Stilicon commit la faute de s'éloigner momentanément de son armée pour assister à des fêtes et à des Jeux publics que les Grecs célébraient toujours, suivant leurs anciennes coutumes, et au milieu des plus grands désastres.

Pendant son absence, la discipline des Bomains se relâcha ; leurs chefs se livrèrent à la débauche ; les retranchements furent gardés avec négligence : au milieu d'une nuit sombre, Alaric sortit de son camp avec toutes ses troupes, força les ligues romaines , gagna les montagnes d'Épire et les fortifia.

Silicon voulait le poursuivre ; mais le roi de* Goths, au^st

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adroit que brave, profitant kabilement de la méfiance qui existait entre les deux cours impériales, conclut la paix avec Arcadius, qui accepta ses services et le nomma maître-général des armées de l'illyrie orientale.

Ce fut ainsi que Stilicon vainqueur se vit obligé de se retirer et de respecter, sous le nouveau titre de général d'ArcadiuB, Tennemi et le dévastateur des deux empires. Au milieu des esclaves de T Orient, il se trouva cependant un homme courageux, Synnésius, qui osa dire la vérité à Tempereur. Il lui représenta qu'au lieu de courber la majesté romaine sous le joug des Barbares, le fils de Théodose devait chasser ces auxiliaires féroces, les bannir de sa cour, les éloigner de ses camps, rétablir Tantique discipline, réformer le luxe, faire des levées, rappeler aux armes les patriciens, les chevaliers, les laboureurs, les marchands, et à la tête de cette armée de citoyens, détruire la race des Goths et sauver Tempire.

Ce discours vraiment romain fut généralement applaudi ; mais on n'y répondit que par un décret qui publiait la promotion d'Alaric.

Le roi des Goths se servit de Tautorité qu'on lui confiait pour approvisionner ses troupes d'armes de toute espèce, et l'on vit, dans toutes les cités de l'Orient, les Romains occupés jour et nuit à forger des casques, des boucliers, des lances et des glaives pour en armer leurs destructeurs.

Tandis que la division affaiblissait journellement la puissance romaine, l'union augmentait celle des nations barbares. Tous leurs princes, étouffant leurs jalousies, se rangèrent sous les drapeaux d'Aïarie , maître-général de l'empire d'Orient, relevèrent sur un bouclier et. le proclamèrent roi des Visigoths.

Ce prince , par son invasion, avait épuisé les ressources des provinces orientales de l'Europe; il ne pouvait plus piller celles de l'Asie, dont sa nouvelle dignité lui confiait la défense. D'ailleurs Constantînople était trop fortifiée pour çu'il pût espérer de s'en rendre maître. Tous ces motifs k

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décidèrent à porter sur TOecidentses vues ambitieuses, e^ pour satisfaire sa soif de gloire et de richesses, il résc^fl d'envahir l'Italie, et de conquérir dans Borne les riches dfl pouilles que, depuis tant de siècles, trois cents triomphesM avaient amassées. ^

Dès que ce grand dessein fut conçu , il en commej Texécution. Nul n'était plus hardi dans le conseil et plus pide dans l'action.

La renommée annonce sa marche et répand la terreur; franchit les Alpes ; au bruit de son approche, une partie sénateurs se retirent en Sicile ; d'autres fuient en Aîru Honorius, nourri dans la mollesse, n'avait jamais cru que^ péril pût approcher du palais d'un successeur d'Auguste, bruit de la trompette l'épouvante; la crainte générale ai mente son effroi; les Romains dégénérés qui l'entourent coa» seillent la fuite ; aucun ne prend les armes : l'empereur de» clare* qu'il veut se retirer dans la Gaule.

Stilicon seul s'oppose à ce lâche dessein ; il ne veut pas [ qu'on livre Rome aux Barbares; il promet une armée et h victoire, si on veut l'attendre dans les murs de Milan.

Dès que la faiblesse entrevoit un appui, elle passe rapidement d'une peur sans mesure à une confiance sans bornes. L'empereur, rassuré , court en Lombardie, et fait, au piei des autels de Milan, d'ardentes prières pour obtenir du dd le salut d'un empire qu'il n'a pas le courage de défendre.

Cependant Stilicon parcourt l'Occident, rappelle et réunit des soldats tirés des garnisons de la Gaule, de l'Espagne, de la Bretagne, et y joint quelques corps auxiliaires de Ge^ mains.

Les légions romaines étaient alors tellement affaiblies par de longues guerres, que pour défendre l'Italie il fallait épuiser les provinces et dégarnir les frontières.

Stilicon avait pensé que l'Adige, le Mincio et i'Adda arrêteraient quelque temps Alaric ; mais la sécheresse trompa son espoir: les Goths traversèrent facilement C€9 fleuyes et ^'approchèrent de Milan*

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Honorius, trop lâche pour soutenir un siège, prit la fuite, passa le Pô, et voulut se réfugier en Gaule dans la ville d'Arles ; mais , coupé dans sa route par un corps de Goths ; il changea de dessein et s'enferma dans la ville d'Asti, où il se vit investi promptement par les Barbares.

Gomme la perte de l'empire et de Thonneur l'effrayait moins que i:;elle de la vie, il parlait déjà de capftuler, lorsque Stilicon parut à la tête d'une partie de son armée, passa une rivière à la nage, força les retranchements ennemis et entra victorieux dans Asti. Ce grand homme avait ordonné à d'autres corps de déboucher en même temps par tous les passages des Alpes : ils exécutent ses ordres , inondent la plaine, la font retentir de leurs cris et enveloppent Alaric , qui d'assiégeant devient assiégé.

Tous les chefs barbares conseillaient la retraite; Alaric seul persista dans son dessein de conquérir l'Italie. Il s'éloigne d'Asti ; Stilicon le suit et l'attaque près de Potent'a. La bataille fut sanglante, et la victoire disputée. Les Goths enfoncèrent d'abord la cavalerie romaine; Stilicon vint à son secours avec un corps d'élite ; l'infanterie des Goths, battue à son tour, se retira dans son camp. Les Komains, les poursuivant sans relâche, forcent leurs lignes, s'emparent de leur camp, délivrent une foule de prisonniers, se rendent maîtres de la femme d' Alaric , et reprennent les riches dépouilles enlevées par les Barbares dans Argos et dans Corinthe.

Ce triomphe éclatant fit comparer alors Stilicon à Marins.

Alaric, vaincu, s'était retiré à la tête de toute sa cavalerie ; mais, loin d'être découragé et de fuir, il marcha audacieusement sur Rome : il espérait que la terreur produite par un mouvement si hardi lui ouvrirait les portes de la capitale du monde ; mais Stilicon , aussi actif que lui , le devança, et par cette rapidité rompit toutes ses mesures. Les grands courages se combattent , mais s'estiment ; Stilicon , admirant l'audace d' Alaric après une défaite et sa fermeté

2o% BMPIUB D'oHIBlfT. [895-4tf)

dans le malheur, se sentit plus disposé à rechercher Tamitié qu'à consommer la ruine d'un si brave ennemi : il traita a^ee ee. prince, et lui accorda un subside à condition qu'il éytL^ cuerait sur-le-champ l'Italie.

Alaric en se retirant voulut s'emparer de Vérone, dans h dessein d'envahir ensuite la Gaule. Les espions de Stilicon pénétrèrent ce projet, et au moment où le roi des Goths investissait la ville, il se vit lui-même enveloppé et forcé dt combattre à la fois la garnison de Vérone et l'armée romaine. Trahi , surpris , enfoncé , vaincu , il échappa à la mort par des prodiges de valeur, et parvint à se sauver de rochers ea rochers avec quelques débris de son armée.

Les grands, le peuple et le clergé d'Italie, qui tous avaieol tremblé au seul nom d'Alaric , reprenant leur orgueil après sa défaite et montrant cette ingratitude toujours inséparable de la lâcheté , accablèrent Honorius d'éloges et Stilicoa de reproches. Us faisaient un crime à leur libérateur d'avoir laissé fuir Alaric , et , prodiguant au pied du trône la plot basse adulation, invitaient le fugitif Honorius à venir dans Rome pour y jouir des honneurs du triomphe et pour y -célébrer la destruction des Goths, qui avait signalé son sixième consulat.

Peu de temps après, l'empereur, cédant au vœu public, se rendit dans la capitale : sa faiblesse ne pouvait lui attirer l'estime, mais sa douceur et sa piété lui concilièrent l'affection populaire. Pour se conformer aux anciennes coutumes^ il assista aux jeux du cirque, et ce fut alors que les Romains jouirent pour la dernière fois du plaisir barbare que leur donnaient les combats de gladiateurs. Déjà le poète Prudence s'était élevé contre cette passion si opposée à la morale et à la charité chrétienne. Un moine nommé Télémaque osa davantage : au moment où les gladiateurs commençaient leurs jeux sanglants, ce moine descend dans l'arène, sépare les combattants, et reproche avec violence au peuple cette soif du sang humain. La multitude, troublée dans ses plaisirs , déçue dans son espoir , répond à ses paroles par dss

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cris d'indignation , s'émeut , s'anime , se précipite sur lui et le met en pièces. Les gladiateurs se dispersent; la cour consternée se retire ; le clergé fait entendre sa voix menaçante, et Tempereur par un décret abolit pour toujours ces spectacles inhumains.

Les dangers qu'Honorîus avait courus dans Milan ne sortaient pas de sa mémoire ; et, se croyant même peu en sûreté dans les murs de Rome, il vint s'établir à Ravenne, vil!« forte, située sur la mer Adriatique, près de l'embouchni^ du Pô, bâtie, comme Venise, sur pilotis, entourée par des marais, défendue par de nombreux canaux, et dont le port, qui contenait deux cent cinquante vaisseaux, offrait toujours à la faiblesse l'espoir d'une fuite facile. Les timides successeurs d'Honorius suivirent son exemple, et Ravenne devint le séjour de la cour d'Occident.

Depuis un grand nombre d'années, les contrées du nord de l'Agle et de l'Europe, de la mer Glaciale, et celles de la grande muraille de la Chine, jusqu'aux rives du Danube et du Rhin, ressemblaient à une mer orageuse soulevée par de continuelles tempêtes. Des flots de Barbares, roulant les uns sur les antres, étendaient chaque jour leurs ravages sur les contrées populeuses et civilisées de l'Occident.

Les Tartares, après avoir vaincu les Huns, subjuguèrent les hordes sauvages du désert. Leur chef, Normartarpa (ce qui signifie dans leur langue maître de la terre), envahit la Chine, et y fonda le règne d'une dynastie qui dura deux siècles. Elle fut ensuite vaincue et détruite par d'autres Tartares de la race de Toulun, qui rangea sous son joug les nations situées au nord de la mer Caspienne. Bientôt ces Tartares, réunis avec les Huns, poursuivant leurs conquêtes, chassèrent devant eux IjBS Sarmates, qui poussèrent à leur tour hors de leur pays les Suèves, les Bourguignons et les Vandales. Radagaise, prince puissant parmi les Vandales, descendit des côtes de la mer Baltique, à la tête de quatre cent mille combattants, et se précipita sur le Danube, dans le dessein d'envahir l'Italie.

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Pour repousser cette formidable invasion, Stilicon réunit toutes les troupes dont il pouvait disposer, ordonna de nouvelles levées, promit la liberté aux esclaves, prodigua le trésor public pour réveiller le courage par la cupidité, et, malgré les efforts prodigieux de son génie infatigable, ne put rassembler que quarante mille hommes, faibles troupes que Rome seule, dans son berceau, aurait armées.

Cinq cent mille combattants se levèrent à la voix de Marias quand les Cimbres parurent en Italie, et la crainte de la mort ou de l'esclavage ne put, dans ce temps de décadence, décider les Romains à braver les périls de la guerre pour défendre leur indépendance, leur honneur et leur vie.

Le roi vandale, ne rencontrant point d'obstacles, s'avance avec rapidité, tourne près de Pavie le camp de Stilicon, et vient assiéger Florence.

La terreur régnait dans Rome ; le sénat, ayant plus de richesses h perdre que le peuple, loin de l'encourager, se montrait plus effrayé et plus consterné que lui.

Alaric, chrétien éclairé, nourri dans les camps romains, respectait au moins quelques droits de l'humanité au milieu des horreurs de la guerre; mais les mœurs de Badagaise étaient féroces : aucun frein ne le retenait ; aucune lumière n'adoucissait le caractère de ses guerriers sauvages. Il avait juré de raser la ville de Rome et de sacrifier les sénateurs à ses idoles.

Au milieu de ce terrible danger, on vit éclater cet e^rit funeste de parti qui divisa Jérusalem au moment de sa ruine; sorte de fanatisme qu'aucune raison ne ramène, et dont les plus pressants intérêts ne peuvent vaincre l'opiniâtreté. Au moment où Rome était menacée d'une ruine totale, les adorateurs de Jupiter et de Mare leur adressaient hautement des vœux pour le succès des armes de Radagaise : ils se réjouissaient de voir ce Rarbare, adorateur de Vodda ou Odin, prêt à renverser les églises chrétiennes et à faire dispai*aitre la croix.

D'un autre côté, les catholiques attribuaient les malheurs

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de TÉtat à Tindulgence coupable des empereurs, qui n'a- Yaient pas exterminé les idolâtres et les hérétiques.

Le fanastisme et la peur égaraient ce peuple lâche et corrompu. Stilicon seul, ferme appui de l'empire et inaccesràble à la crainte, suivait les mouvements des Barbares avec Bfie prudence vigilante ; sans les fuir, il enhardissait habilement leur téniérité par sa circonspection. Badagaise tomba dans le piège que lui tendait cet habile général : entré dans B& défilé étroit, il se vit tout à coup enveloppé par les Ronains, qui en occupaient toutes les hauteurs et toutes les teues. En vain les Barbares opposèrent la foreur du désespoir à la savante tactique de leur ennemi, une partie de leur troupe périt, Tautre rendit les armes; Badagaise fut pris, CDchainé et décapité dans Borne. Le sénat décerna, pour la seconde fois, à Stilicon, le titre de libérateur de Vltxdie, et le triomphe a findolent Honorius, qui n'avait pas entendu le bruit des armes.

Le clergé, qui ne tremblait plus, attribua ce grand succès à ses prières, et, douze ans après, saint Augustin s'efforça de prouver que la victoire de Stilicon était due à un miracle. L'Italie se voyait sauvée parle génie d'un grand homme; mais d'affreux malheurs menaçaient encore le reste de Tempire. Cent mille guerriers de Badagaise, restés entre les Alpes et les Apennins, envahirent la Gaule. Les Allemands demeurèrent neutres. Les Francs seuls défendirent le pays où ils devaient un jour régner. Marcomir, un de leurs rois, moins fidèle à ses engagements, fut accusé par un magistrat romain, condamné, exécuté, et ses sujets punirent de mort son frère qui voulait le venger.

Les Francs défirent les Vandales, et furent, peu de temps après, vaincus par les Alains; la suite de cet échec devint terrible pour la Gaule; les Barbares y entrèrent de toutes parts et n'en sortirent plus. *

Bans ce temps (an 400) les bords du Bhin, les rives de la

Garonne, de la Loire, du Bhônc et de la Seine, jouissaient de

I toute la prospérité d'une longue civilisaifcion. On y voyait ré-

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pandue» autant de lumières qu'à Rome; ils offraient aux regards le même luxe, la même élégance, la même industrit.

Partout on ne voyait que bâtiments somptueux, écdes . savantes, spectacles magnifiques ; les frontières seules retea^ . tissaient du choc des armes, et rien ne troublait la tranqQUij mollesse des champs et des cités de Tintérieur de ce bew pays. 'I

Soudain un cri sauvage se fait entendre : les hordes b^- 1 queuses du Nord entrent dans les villes sans défense, pareott» j rent les villages désarmés; les propriétés sont dévastées, taf | monuments détruits, les hommes égorgés, les femmes eutit» i gées et captives. Le fer disperse Tor, les ténèbres remplaces!, la lumière, la barbarie détruit la civilisation : tels onpom^ . rait supposer les malheurs effroyables qui accableraient TEs* ' rope moderne, si, au milieu de son éclatante prospérité, k$ , féroces habitants des déserts de l'Afrique; fondant sur elte avec trois millions de guerriers, faisaient disparaître en u» instant le fruit de tant de siècles de travail, d'industrie, de lumière et de génie.

La cour de Ravenne ne pouvait opposer aucun obstacle! ce torrent, aucun remède à ces désastres. En moins de deux ans, les Barbares pénétrèrent jusqu'aux Pyrénées.

La Bretagne, ne voulant plus reconnaître une puissance qui la dominait sans la protéger, se révolta et proclama soa '. indépendance. Le premier roi qu'elle se donna, nwnmé : Marcus, fut bientôt tué par ses troupes. Gratien, son sucées- ■ seur, éprouva le même sort : enfin l'armée donna la coa* ronne à un simple soldat qu'elle en crut digne, parce qu'il se nommait Constantin.

Celui-ci, plus habile, sentit que, pour soumettre des esprits si turbulents, il fallait les occuper sans relâche. Il s'embarqua, descendit près de Boulogne, battit quelques corps allemands, et parcourut la Gaule en conquérant.

Honorius mit sa tète à prix, et envoya contre lui des troupes qui l'attaquèrent sans succès près de Vienne. L'Espagne i*ecoBnut ConsttWtin pour empereur. Honorius n'avait

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fim d€ forces nationales à lui opposer ; Tappui d'autres Barbares fut son seul espoir. Far les conseils de Stiiicon , il Bégocia avec Alaric. Le roi des Goths quitta le service d*Ariutius^ accepta le titre de maître-général de la préfecture iflliyrie occidentale, et promit de rendre la Gaule à Tem-

fc3. L'accord désirable, et qui devrait toujours exister enla politique et la morale, n'est que trop rare dans tous les yftys, à toutes les époques; mais c'est surtout dans Tenftmce des peuples et dans leur vieillesse qu'on les voit le Ihis désunis. La grossièreté des sauvages du Nord et la cornation des Komains dégradés méprisaient également la bonne foi, et ne connaissaient d'autre règle que celle de Fintérét. Aucune promeisse n'était sacrée, aucune paix n'éiRit stable ; les uns trompaient pour satisfaire leur cupidité, 1» autres pour se préserver du pillage et pour éloigner le péril.

Alaric ne remplissait aucun de ses engagements, et réclamait avec menaces les récompenses promises. Stilicoiv ne trouvant aucun appui dans le caractère faible de l'erapewor, voulut s'étayér de l'autorité du sénat. Pour la première fois depuis longtenûps , on y délibéra sur les grands intérêts de l'empire.

Stiiicon, après quelque résistance, parvint à persuader à

ectte timide assemblée qu'il fallait prodiguer l'or pour sa«-

/ver l'État, quand on n'avait plus le courage nécessaire pour

employer le fer à se défendre. D'après son avis, on acheta

l'alliance d' Alaric en lui payant quatre mille livres d'or.

Un seul sénateur vraiment romain, Campadius, protesta contre cette humiliation, et s'écria: « Ceci n'est point un « traité de paix, mais un pacte de servitude. »

Stiiicon ne jouit pas longtemps du repos que, par ses négociations comme par ses exploits, il avait cru donner à l'empire. Vainqueur des Barbares, il ne put résister aux intrigants : Olympius, courtisan adroit et servile, n'ignorait pas ^ue les princes qui ont le plus besoin d'être gouvernés sont •firent ceux qui craignent le plus qu'on ne les croie dans la

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dépendance; il exeite la jalousie de Texnpereur contre r homme qui était son plus ferme appui, et lui persuade que Stilicon aspire au pouvoir suprême.

Honorius , effrayé , n'écoute plus les avis de ce grand homme ; il court à Pavie, sous prétexte de passer en revue les troupes qui s'y trouvaient; c'étaient des Goths, dont te plus grande partie haïssaient Stilicon. L'empereur harangue ces Barbares, implore leur secours, enflamme leur courroux. Entraînés par ses paroles, par ses menaces, par ses promesses, ils se jettent sur les officiers attachés à Stilicon et les massacrent.

La nouvelle de ce soulèvement parvient promptementà l'armée de Bologne. Indignée de cette perfidie, elle veut venger son général, et demande à grands cris qu'il la conduise contre le traître Olympius. Stilicon arrête imprudemment leur ardeur ; il méprisait trop ses ennemis pour les craindre; sa temporisation refroidit et découragea ses soldats.

Au milieu de la nuit, un Goth audacieux, nommé Saums. à la tête d'un corps de sa nation , entre dans le camp , le livre au pillage , et passe au fil de l'épée la garde de Stilicon. Ce général , la veille si puissant , maintenant abandonné, se sauve à Bavenne , trouve cette ville peuplée de ses ennemis , et se réfugie dans une église , asile qu'on croyait alors inviolable. Le comte Héraclien , obéissant aux ordres infâmes de l'empereur, trompe lâchement cet illustre et malheureux guerrier, lui promet la vie au nom de son maître, l'engage à se rendre près de lui, et dès qu'il est en \ sa présence^ lui montre son arrêt de mort. Le héros, accablé d'injures par des soldats qu'il avait«i souvent conduits à la victoire, et par un peuple qu'il avait tant de fois sauvé, n'oppose à ces outrages qu'un froid et silencieux méprisprésente sa gorge au glaive sans dire une parole, et meurt en Romain, comme il avait vécu.

Sa mémoire fut tlilTamée ; son amitié, qui avait si longtemps été un titre d'honneur, devint un titre de proscri//tion. Le clergé, dont il n'avait pas servi l'ambition, célébra

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sa mort ; les païens Tabhorraient parce que, méprisant leur cuite, il avait brûlé les livres sibyllins, et donné à sa femme Sérène le collier de la déesse Yesta. Ils triomphèrent de sa chute comme d'une victoire.

Le célèbre Glaudien , qui avait chanté avec enthousiasme ses vertus, ses talents, ses actions , n'eut pas le courage de rester fidèle à sa mémoire.

Enfin Eome, frappée d'aveuglement , regarda comme un bonheur la ruine du seul général qui pouvait retarder la sienne Honorius, livré à ses nouveaux favoris, donna sa confiance à des généraux sans capacité. Il exclut de tout emploi les hérétiques, et, cruel parce qu'il était faible, il fit massacrer tous les Goths partisans de Stilicon, ainsi que leurs familles. Trente mille de ces Barbares, échappés à la proscription, se réfugièrent près d'Alaric, qui, délivré de son redoutable rival, se déclara son vengeur.

La cour de Ravenne voulut calmer son courroux. Le roi des Visigoths consentit à négocier, et demanda deux grands officiers de l'empire pour otages ; mais comme il apprit que rimbécile Honorius, passant subitement de la crainte à la présomption, traitait sa modération de faiblesse, il franchit les Alpes^ pilla la ville d'Aquilée, s'empara de Crémone, marcha jusqu'à Ravenne sans obstacles, dédaigna de l'assiéger, s'avança jusqu'à Rimini, traversa les Apennins, parcourut rOmbrie, et arriva enfin aux portes de Rome.

EUe contenait alors douze cent mille habitants, et ne trouvait point de citoyens pour la défendre.

Lorsqu'Annibal, après avoir détruit tant de légions, se présenta aux portes de la capitale, il y fut arrêté par deux: cent mille Romains armés.

Ce temps n'était plus. On n'y voyait que l'ombre d^un sénat : les riches patriciens qui le composaient prétendaient avec orgueil descendre des anciens héros de la république. Les Anitiens, les Pétroniens, les Glibriens le démontraient par leur filiation ; mais aucun d'eux ne le prouvait par son courage.

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Une Immense richesse leur tenait lieu de vertus et de gloire. Plusieurs possédaient dans leurs domaines des villes entières; on en comptait un grand nombre dont les revenus s'élevaient à deux ou trois millions. Oisifs et voluptueux, leur ostentation et leur mollesse excitaient T indignation; elles rappelaient le eourage et la pauvreté de leurs ancêtres.

Leurs maisons étaient des palais ; ils commandaient à des légions d'esclaves : For et les diamants éclataient sur leurs robes ; ils enfermaient dans leurs jardins des lacs, des plaines, des forêts ; leurs exploits se bornaient à visiter leurs vastes domaines ; ils y tuaient, sans fiitigue et sans dangers, des troupes d'animaux paisibles.

Ammien Marcellin, en nous retraçant l'inconcevable ta* bleau de leur luxe et de leur corruption, nous en donne des détails qui feraient croire vraisemblable tout ce qu'on a dît de plus exagéré sur les habitants efféminés de Sybaris.

Ces indignes descendants des Scipion, des Fabius, des Gincinnatus, traversant l'Italie, comme des femmes, en litière, comparaient, dans leurs lettres, leurs dispendieux voyages et leurs voluptueuses promenades aux travaux et aux marches d'Alexandre et de César. « Vous les entendez, c dit leur satirique historien, se plaindre si une mouche tra- « verse la gaze qui les couvre, et se lamenter si leurs ri- « deaux ouvrent un passage aux rayons du soleil. L'ineon- « stance du temps est pour eux une calamité dont ils gé- « missent ; leur cortège, à la fois pompeux et ridicule, res- « semble par le nombre à une armée composée d'artisans, « d'esclaves et de Barbares. »

Il n'était resté de l'ancienne liberté que la licence. La multitude exigeait et recevait toujours les distributions accoutumées. Sa passion pour le cirque était la même : on comptait dans la capitale trois mille danseurs et autant de chanteuses, et au moment où Alaric parut (an 408), lorsque Rome demandait en vain des soldats , quatre cent mille spectateurs passaient les joui-s et les nuits au théâtre.

Le roi des Visigoths investit la ville et intercepta la navi-

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gation du Tibre. Le sénat et le peuple, humiliés par l'approche des Barbares, faisaient éclater une indignation sans courage. Leur foreur se réduisit à commettre un crime inutile et aussi lâche qu'atroce. Us étranglèrent Sérène, nièce de Théodose, femme de Stilicon, qu'ils soupçonnèrent de correspondre avec les Goths.

Une affreuse disette répandit bientôt la désolation dans la ville. lL.a générosité de Lœta, veuve de Gratien, ne put soulager que pendant peu de jours les souffrances du peuple. L*es Komains, qui n'osaient sortir de leurs murs pour combattre les Goths, se battaient entre eux pour s'arracher quelques aliments. On vit des enfants servir de pâture à leurs mères. La peste, se joignant à la famine, remplissait les rues de cadavres. Honorius promettait des secours et n'en envoyait pas.

L.a fermeté trouve ses ressources dans les prodiges du courage ; la faiblesse a recours à ceux de la magie. Le préfet de Rome, Pompéîanus, consulta des sorciers qui lui promirent, par des charmes, des évocations et des sacrifices, d'extraire la foudre des nuages, et de la lancer sur les Barbares.

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