HOrfOBIUS Et ABGABILS
Honorius donna sa confiance à Jovius^ peu connu par ses ictions ; à Gaméride, qui rétablit momentanément la disci* pline dans les troupes; enfin, les intrigues honteuses, que la hiblesse de l'empereur encourageait, investirent du plus grand pouvoir Teunuque Ëusèbe.
Celui-ci, vain de sa faveur, rompit audacieusement toute négociation avec Alaric ; quelques officiers, indignés de voir ee lâche courtisan exposer l'empire à des périls qu'il ne partagerait pas, regorgèrent en présence de l'empereur.
Alaric avait intercepté une lettre d' Honorius, « qui ne vouc lait plus, disait-il, prostituer les dignités de l'État, en les I prodiguant à un Barbare. »
Le roi des Visigoths ne tarda pas à se venger de cette injure; il marcha, ne rencontra pas d'ennemis, s'empara du port d'Ostie, reparut devant Rome et somma les Romains de se rendre à discrétion.
Le sénat voulait résister ; mais, intimidé par les clameurs du peuple qui craignait de se voir encore en proie aux horreurs de la famine, il céda, et se soumit aux conditions que le vainqueur voudrait lui dicter.
Alaric demanda la déposition d'Honorius, et voulut qu'on le remplaçât par un fantôme de prince, sous le nom duquel il régnerait.
Conformément à ses ordres, Attale, qu'il avait désigné, fat élu par le sénat, j^ar le peuple, et donna le titre de maître des armées de VOccident à son protecteur Alaric. Il nomma comte des domestiques un autre prince des Goths appelé Ataulphe, beau-frère d' Alaric.
Après cette élection, la ville ouvre ses portes, Attale, escorté par les Barbares, vient au sénat, lui promet de rétablir la majesté de l'empire, et d'y réunir l'Orient ainsi que l'Egypte. Il se rend ensuite au palais d'Auguste, suivi par les acclamations d'une vile populace, qui se passionne toujours pour ce qui est nouveau, même pour le déshonneur. Le peu d'hommes qui avaient conservé une âme romaine se cachaient et gémissaient.
270 ËM1»I]IB bWiBITT. C^95-&S5]
Les ariens fiinatiques, les païens opiniâtres, espéraient la chute du parti catholique, qui devait les consoler de leur humiliation. Ces rêves de vengeance furent aussi courts que le règne du nouvel empereur. Alaric conduisit son protégé près de Ravenne; toute l'Italie était soumise : le faible Honorius offrit à son rival de partager avec lui le pouvoir suprême. Attale ne lui promit la vie qu'à condition qu'il abdiquerait.
Jovius et Yalens avaient abandonné leur maître et s'étaient rangés du côté d' Attale. Rien ne semblait pouvoir sauver Honorius; mais T inconstante et aveugle fortune vint à son secours. Quatre mille vétérans, débarqués à Ravenne, assurèrent sa défense.
On apprit que les troupes d' Attale avaient été surprises et massacrées en Afrique par celles du parti contraire. Enfin, Alaric lui-même, irrité contre ce prince qui lui devait tout, et qui conspirait contre lui pour régner seul, le fait venir en sa présence dans le camp dé Rimini, le dépouille de la pourpre dont il l'avait revêtu, et envoie son diadème à l'empereur Honorius, lui promettant son amitié s'il veut souscrire au traité conclu à Rome.
Tout devait faire espérer une paix solide; mais un chef des Goths, Saurus, meurtrier de Stilicon, ennemi d' Alaric et de la famille des Baltes, s'oppose à cette négociation, séduit Honorius par ses promesses, l'intimide par ses menaces, surprend avec sa troupe une division d' Alaric, la détruit presque totalement, et rentre en triomphe à Ravenne.
Alaric, pour la troisième fois, marche sur Rome : la crainte d'une affreuse vengeance décide enfin les Romains à se défendre; mais les esclaves qu'ils avaient armés les trahissent, ouvrent, la nuit , aux Barbares, la porte Salarîenne ; une foule de Goth^», de Scythes, de Germains, entrent en ennemis dans cette antique et riche cité, et la livrent au plus affreux pillage.
Ce fût le 24 d'août. Tan 4^0 de notre ère, onze cent soixante-trois après la fondation de Rome, que cette mat-
C395-A25] HONOHIUS Et ABGÀDIUS. 274
tresse du monde devint la proie des sauvages da Nord.
Alaric, qui n'aurait pu sans péril s'opposer à leur avidité, se contente de leur donner Tordre d'épargner les citoyens désarmés, et de respecter les églises des apôtres. La crédulité seule arrêtait ces Barbares que la nature ne pouvait attendrir , et, au moment où ils livraient aux flammes les palais des grands, l'asile du pauvre même, et massacraient sans pitié la vieillesse et l'enfance, une vierge enchaîna leur fureur, et arrêta leur cupidité, en leur disant qu'un trésor, dont ils voulaient s'emparer, appartenait à saint Pierre.
Ce qui rendit ce désastre plus affreux, ce fut le ressenti* ment trop naturel de quarante mille captifs délivrés, qui remplirent les rues de cadavres, et se vengèrent par mille outrages de leurs longues humiliations.
Orose prétend que le feu du ciel se Joignit au fer des Barbares pour réduire en poudre quelques statues des dieux que Ton voyait encore sur le Forum. Saint Augustin, dans la Cité de Dieu, attribue les malheurs de Rome à la justice de la Providence, irritée de son opiniâtreté pour le culte des idoles. Tant il est vrai que, dans les plus cruels revers, l'esprit de parti, étranger au bien public, ne voit que ce qui flatte ou ce ^ui blesse ses intérêts 1
Un grand nombre de sénateurs tombèrent dans les fers ; plusieurs furent exilés, d'autres se sauvèrent en Afrique, ou se dispersèrent en Egypte, et jusqu'au fond même de l'Asie.
Beaucoup de citoyens cherehèi'ent asile dans une petite lie nommée Igilum; ils s'y défendirent en Romains, et durent à cette intrépidité leur salut et leur liberté.
Après avoir détruit la gloire de trois cents triomphes, anéanti les monuments que te temps avait respectés, et ren- Tersé la grandeur de douze siècles, Alaric, chargé des trésors enlevés à tout Tunivers, s'éloigna, dédaignant de régner dans Rome avilie. Il gouverna l'Italie jusqu'en 4^2.
Son camp, par un étrange contraste, ofifraît aux regards surpris un effrayant tableau des vicissitudes de la fortune. On y voyait les fiers patriciens de Rome, ces anciens doml-
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^eurs du mondfi^ et leurs femmes, jadis si respectées, servir en esclaves leurs farouches vainqueurs, et présenter le vin de Falerne, dans des vasçs enrichis de pierreries, à ces guerriers sauvages, couchés tout nus en plein air à Tombre des platanes.
Les jouissances de la victoire ne pouvaient retenir longtemps ces hordes belliqueuses, qui regardaient les villes comme des prisons et le repos comme une honte. Alaric, cédant à leurs vœux, voulut conquérir la Sicile : la première division de sa flotte fut dispersée par une tempête, et, lorsqu'il s'occupait de réparer ce désastre, la mort vint terminer le cours de ses exploits.
Ses compagnons et ses soldats célébrèrent sa gloire par des hymnes, seul monument' historique de leur nation; et, craignant que les restes de ce roi célèbre ne fussent un jour exposés par Tinconstance de la fortune à la vengeance et aux outrages de ses ennemis, ils détournèrent le cours du Buzentin, mirent son lit à Sec, y. creusèrent le sépulcre d'Alaric, le remplirent de trophées conquis par lui dans Kome, firent rentrer ensuite les eaux dans leur ancienne route, et tuèrent enfin tous les captifs employés à ce travail, afin que jamais on ne pût découvrir le lieu où ils avaient déposé les dépouilles mortelles de ce héros.
Son beau-frère Ataulphe fut élu par eux pour lui succéder. Âtaulphe était chrétien ; ses actions prouvent qu'il avait plus de lumières et d'humanité que ses compatriotes. A peine monté sur le trône, il déclara son intention de sauver l'empire, au lieu d'en achever la ruine.
Rien n'était plus facile pour lui, dès ce nâoment^ que d'effacer le nom romain, de distribuer à ses guerriers les terres d'Italie, et d'y établir solidement leur domination: mais, soit que sa conduite fût dirigée par des sentiments plus généreux, soit qu'il craignit le mélange de l'esprit turbulent et féroce de ses sujets avec la corruption italienne, soit enfin qu'il cédât à l'influence de l'amour que lui inspirait une il* lustre captive, Placidie, fille du grand Théodose, et que le
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sort des armes avait mise dans ses chaînes : ce qui est certain ^ c'est qu41 négocia avec Honorius, promît de le maintenir sur le trône, de le défendre contre ses ennemis, et lui demanda la main de sa sœur.
Il faut connaître le puéril orgueil des princes faibles, nés sur les marches du trône, pour conaevoir le dédain avec lequel Honorius reçut cette proposition, et la répugnance que montra cet empereur, lâche et vaincu, pour l'alliance d'un guerrier qu'il nommait Barbare, et qui lui rendait Rome et l'empire.
Placidie, moins vaine et plus politique, sauva son frère malgré lui, et accepta la main du roi des Goths.
Les historiens racontent avec détail les cérémonies de ce mariage, et la magnificence des présents qu'Ataulphe fit ù la nouvelle reine. Le pillage de tant d'États, et surtout celui de Rome, pouvait seul rendre un pareil luxe concevable. Nous ne citerons parmi ces dons que cehii d'un plat d'or qui pesait cinq cents livres, et que le hasard fit retrouver depuis dans le trésor de Dagobert. Une table, d'une seule èmeraude, entourée de trois rangs de perles et appuyée sur Boixante-einq pieds d'or massif, pourra faire Juger de l'opulence des vainqueurs, ou de l'exagération des historiens.
Ce fut à cette époque qu'on publia les ^ois de Théodose : elles doivent faire remarquer que paitout, et dans tous les temps, les lois se multiplient à mesure que les mœurs se dépravent. C'est le nombre croissant des maux qui fait sentir la nécessité des remèdes.
L»a paix conclue entre Honorius et Ataulphe rendit la tranquillité à l'Italie, mais ne la rétablit pas dans l'empire. Le comteHéraclien, alors consul, et qui commandait en Afri« que, y leva l'étendard de la révolte, prit le titre d'empereur, fit de nombreuses levées, et parvint à équiper une flolte que les auteurs du temps comparaient à celle de Xerxès.
Constance, général aussi estimé par ses talents que par ses vertus, marcha contre lui, dispersa ses vaisseaux et battit ses troupes en Sicile. Héraclien vaincu se sauva avec un
274 BMPIIIE P'OBIKNT. [395-&25]
seul bàtimeDty trouva TAfrique soumise aux lois d'Hono* rius, et fut livré par ses complices aux lieutenalits de Temperenr, qui lui Ûrent trancker la tête.
Le brave Constance, son vainqueur, qui depuis parvint à Tempire, reçut pour récompense de sa victoire les biens confisqués sur Héradien (an 4^3). Après avoir terminé si beureusemrat cette guerre, il fut envoyé par l'empereur dans la Gaute Narbonnaise.
L'usurpateur Constantin régnait toi\|ours depuis l'extrémité de FÉcosse Jusqu'à Cadix, et s'unissait aux Barbares pour piller la Gaule. L'inconstant Honorius, qui fuyait tous ses ennemis et trahissait tous ses alliés, conclut un traité avec Constantin, qui lui promit de le délivrer de la domination des Goths; car il leê regardait plutôt comme ses maîtres que comme ses protecteurs. Mais de nouvelles révolutions détrui^rent bientôt son espoir. Gérontius, général de Con* stantin, se révolta contre lui, assassina son ûls Constant, l'assiégea lui-même dans Arles, et revêtit de la pourpre Maxime, son compagnon d'armes et son ami. Constance, vainqueur de l'Afrique, arrivant sur ces entrefaites dans la Gaule, attaqua Gérontius et Maxime, les défit complètement et les força dej»rendre la fuite.
Bans ce chaos de guerres civiles ^ d'invasions , de trônes aussi promptement renversés qu'usurpés, une foule d'exploits et de crimes sont tombés et ont dû rester dans l'oubli : mais l'histoire a conservé le souvenir de la dernière action de Gérontius, dont le courage éternisa le nom.
Poursuivi jusqu'aux frontières d'Espagne, il se vit entouré, dans la maison qui lui servait d'asile , par un corps nombreux de Romains; il n'avait avec lui que sa femme, un Alain et quelques esclaves. Leur communiquant son intrépidité, et décidé à vendre chèrement les dernières heures d'une vie qu'il ne pouvait sauver, il se barricade, se défend avec opiniâtreté, et, se servant adroitement d'un tas de flèches qu'il avait amassées, il prolonge toute la nuit cet étrange çQmbut; et fait tomber trois cçats assaillants sous ses coups,
p95-â}5] HONOBIUg BT ABCABIUS. 275
Lorsqu'il n'eut plus d'autres armes que son glaive, ses esclaves le quittèrent, en franchissant les murailles; il resta seul près de sa femme 'qu'il ne voulait pas abandonner. Le soldat alain se dévoua aussi à la mort avec lui. Au point du jour, les assiégeants mettent le feu À la maison. Gérontlus alors» cédant aux vœux de son épouse et de l'Alain, les poi* goarde et s'enfonce ensuite son épée dans le sein. .
L'usurpateur M axime^ atteint dans sa fuite, fût conduit à ' Borne et décapité.
Cependant Ataulphe, indigné de la trahison d'Honorius» avait rendu la pourpre à cat Attale, Jouet du sort et des Barbare». Honorius^ que tout péril faisait changer de réso^* lotion ) rompit son alliance avec Constantin, et ordonna au général Constance de le lui livrer. Les Francs prirent alors les armes , et accoururent près d'Arles pour défendre Con-* stantin. L'heureux Constance les vainquit : Ébodis, leur général , périt victime d'une conjuration. Constance récompensa le courage de ses soldats vainqueurs , profita de la trahison et punit le traître par un Juste supplicCê
Constantin et son fils Julien, sans armée, sans appui , se livrèrent eux-mêmes à Constance ^ qui les envoya près de l'empereur. Le vil Bonorius les fit mourir.
Un autre guerrier lui disputa encore la couronne : Jovinus lut revota de la pourpre par les Alains et par les Bourguignons. Leurs forces nombreuses obligèrent Constance à se retirer; mais Ataulphe, qui sacrifiait tous ses ressentiments à son amour pour Placidie, ayant abandonné Attale, vainquit et tua Saurus, révolté contre lui , marcha contre les Âiains et les Bourguignons, les battit^ et chassa de la Gaule Jovinus et Sébastien son frère.
Attale, livré h Honqrius, fut exposé dans Borne aux outrages de la populace; on lui coupa deux doigts pour qu'il ne pût ni signer ni combattre, et l'empereur l'exila à Liparit I C'est ainsi que les <ïapriees de la fortune firent triompher I rimbécile Honorius de sept usurpateurs, dont la plupart étaient des bommea habiles et courageux.
276 EMPIRE b'oBIENT. [395414
Depuis près de quatre siècles, TËspagn^ était tranquille et jouissait, à la faveur d'une si longue paix, de toutes prospérités de la civilisation. Elle défendit longtemps montagnes contre les Barbares; mais, lorsque Honorius, ans avant le sac de Rome, voulut remplacer dans ce pays milices nationales par des légions, ces belles contrées dey rent la prpie des plus affreuses calamités.
Ces légions corrompues n'avaient depuis longtemps d'an*!' tre patrie que leur camp, d'autres lois que leur intérêt : î fidèles à leur prince, eiles reconnurent l'usurpateur Ce stantin, dès que )a fortune l'eut favorisé, «t ensuite Maxi lorsqu'il parut le plus fort. Ouvrant enfin les frontlè qu'elles devaient garder , elles y laissèrent pénétrer les Suaves, les Sélinges, les Alains, les Vandales. Ce torrent destr teur dévasta, dépeupla l'Espagne, depuis les Pyrénées jos^ qu'à la mer d'Afrique. Ces Barbares, insatiables de sang «t de pillage, massacraient sans distinction les Bomains et les Espagnols, ravageaient les champs et n'épargnaient pas plus les hameaux que les cités. Le fléau de la famine se joignit à celui de la guerre, et la peste en devint la suite inévitable.
Les Suèves et les Vandales s'établirent en Galice et dans la vieille Castille , les Alains à Carthagène et en Lusitanie , les Sélinges en Bétique.
Dès qu'il n'y eut plus rien à détruire ni à piller, les besoins se firent sentir aux féroces conquérants, et l'impérieuse loi de la nécessité les civilisa. Ils prirent aux habitants une partie de leurs terres, leur laissèrent le reste, et les encouragèrent à les cultiver. Ces indomptables enfants du Nord soumirent leur bouillant courage au règne des lois, et bientôt l'Espagne , rendue à la tranquillité, redevint fertile et peuplée.
Ataulphe, dont la volonté de Placidie avait fait un lieutenant fidèle d'Honorius, après ses victoires dans la Gaule, entra en Espagne , reprit Barcelone et la rendit à l'empereur. 11 voulait faire pour lui la conquête entière de la Péninsule, mais la mort l'empêcha d'exécuter ce vaste dessein.
[S9M95} H0N0BIU8 ET ABGABIUS. 277
Il avait imprudemment pris à son service un ancien compagnon d'armes de Saurus. Cet homme, ennemi implacable de la famille des Baltes, conspira contre lui, l'assassina dans^ la ville de Barcelone, et plaça sur le trône Singerie, frère de Saurus (an 4^5). Le premier acte du nouveau roi fat d'égorger six enfants, fruit du premier mariage d'Ataulphe, et.de jeter dans les fers la fille du grand Théodose.
Placidie, mémorable exemple des vicissitudes de la fortune, tombée à Rome dans les mains d'Alaric, élevée au trône par Ataulphe, se vit une seconde fois enchaînée comme une esclave , et forcée de marcher à pied , pendant l'espace de douze milles, devant le cheval de son nouveau maître.
Ce règne, qui annonfait une affreuse tyrannie , ne dura que sept jours. Les Gotbs, indignés de l'orgueil et de la cruauté de Singerie, le tuent, rendent la liberté à Flacidie, et élisent pour roi Vallia, digne de remplacer Alaric et Ataulphe. Pour affermir son pouvoir, ce prince habile conduisit à de nouveaux combats ses sujets turbulents , et traversa toute l'Espagne en vainqueur.
Depuis la mort d' Ataulphe, la paix était rompue entre les Gotbs et les Romains. Le général Constance marcha contre Vallia; mais, lorsqu'ils furent en présence, au lieu de combattre ils négocièrent. Placidie fut envoyée avec honneur à Ravenne, et Vallia jura de ne se servir de ses armes que pour défendre Honorius et l'empire.
L'Espagne devint le théâtre d'une foule de combats sanglants que ses ennemis se livrèrent. Vallia y acquit une grande célébrité; ii extermina les Sélinges qui avaient ravagé l'Andalousie (ou Bétique),. défit les Alains et tua de sa main leur roi. Les Vandales et les Suèves, effrayés de ses succès, se soumirent à lui ; enfin il remit toute la Péninsule sous l'obéissance de l'empereur. Les historiens du temps prétendent que l'injustice et les vexations des officiers romains firent regretter aux Espagnols le joug des Barbares.
Honorius, qu'on avait toujours vu tremblant à Ravenne, reçut les honneurs du triomphe dans Rome qu'il avait aban-
278 ËMPimi D'OB»!ft. caMk^il)
donnée. On lai décerna des couronnes dé laurier pour tes conquêtes d'Atautpbie, de Constance et de Vallia; et, tf r histoire nous avait transmis les liarangues des orateurs el les vers des poètes de cette honteuse époque, nous y verrions le lâche Honorius célébré par la servilité romaine comlne le meilleur, le plus courageux, le plus illustre des princes. *
Vallia, fidèle à ses promesses, sortit de rËspagne, et s'é^* tabiit dans le royaume d'Aquitaine que l'empereur loi avait cédé. Il régnait sur tous les pays situés entre la Loire et la Garonne. Bordeaux était m capitale; ses successeurs fixérent leur résidence à Toulouse.
Honorîus céda aux Bourguignon^ la partie orientale, et aux Francs la partie septentrionale éé la Gaule. La fennfité de Théodose avait réuni toutes les parties de Tempire â4ns ses mains ; la faiblesse de son fils le démembra.
Les Barbmnes, établis dans ces provinces , forcèrent les habitants à leur donner les plus belles de leurs maisons, et un tiers de leurs terres situées sur le meilleur soi. €eiixH;i conservèrent le reste de leurs propriétés^ ainsi que la vie, moyennant une rançon. Les Yisigoths , dans le Midi , se montrèrent plus humains, et accordèrent des indemnités pour les biens qu'ils enlevèrent aux habitants.
Paulin, de Bordeaux, nous en a laissé la preuve dans ses lettres, et fait connaitre le prix que lui paya le Barbare qui s'était emparé de sa maison.
Ces guerriers sauvages se montrèrent au fond plus généreux qu'Auguste et que les triumvirs, qui donnèrent aux vétérans de leurs armées les possessions de plusieurs villes d'Italie, et celles d'une foule de Bomains, dépouillés sans dédommagements.
L'habitude d'un long respect pour Bome et le souvenir de la majesté de l'empire conservèrent encore une telle iafluence sur les esprits, qu'on entendait les conquérants da Pjord, loin de parler en mattred dans les pays envahis par lears armes, prendre le titre ù! hôtes cfes fiommnsj et se dlfO &9i»mis ^ l'eraj^ereur»
QMr&*AS53 H01I0BI1IS IT AKCABItJS. 279
Il était démontré aux provinoet éloignées que la cour de Aavenne ne pouvait pius ni les protéger ni les contenir dans l'obéissance. L'Armorique déclara son indépendance, qui ftit confinnée par Honorius.
JLa Grande-Bretagne se souleva ; ses habitants chassèrent des hordes de Barbares qui étaient débarquées. L'émancipation de cette contrée fat suivie longtemps des plus violents orages ; on y vit quatre-vingt-dix cités affranchies, formées en républiques, et gouvernées chacune par un sénat, Les nobles, mécontents de ce mouvement populaire, regrettaient le gouvernement impérial qui leur distribuait «es fiaveurs. Parcourant en armes les campagnes, ils voulaient tous, comme les princes des tribus barbares, se faire reconnaître rois ou chieftains, et, à la tête des hommes qui leur étaient dévoués, ils soutenaient contre les républiques des guerres continuelles. L'autorité de trente ou de quarante èvêques, qui prenaient parti dans ces discussions, en augmentait Tanimosité.
L'empire d'Orient , sans être mieux gouverné , éprouvait moins de pertes ; et , malgré Tineptie de la plupart de ses chefs et les crimes qui ensanglantèrent leur trône, il subsista pendant dix siècles, depuis Théodose jusqu'à la prise de Gonstantinople, et conserva le nom d'empire romain, même après la perte de Rome et de l'Occident.
Les Grecs, autrefois dépouillés par les Bomains , s'enrichirent à leur tour par la ruine de l'Italie.. Lorsque les Barbares envahirent la Gaule, l'Espagne , Borne et l'Afrique, tons ceux qui purent dérober une partie de leurs richesses à ces dévastateurs les portèrent à Byzance. Les savants, les orateurs , tous les hommes qui ne pouvaient supporter le joug de l'ignorance et de la brutalité , se réfugièrent dans la Grèce. Les ténèbres se répandirent sur l'Occident; la lumière se retira vers l'Orient. Gonstantinople devint le centre de la civilisation et le dernier asile des sciences et des arts. Tout le reste du monde se voyait en proie aux grossiers conquérants du Nord , qui s'étaient emparés des richesses
280 SMPIBE d'oRIBNT. [395*4ff]
du peuple-roi , sans apprendre de lui l'art d'en jouir , et qui ne connaissaient d'autre passion que celle de la guerre.
On ne voyait briller chez eux que le fer , tandis que i'or, la pourpre et le luxe des pierreries éclataient de toutes parts dans le palais des empereurs d'Orient. Les plus riches métaux ornaient leur couronne , leurs vêtements , leur trône , ainsi que les lances, les boucliers, les chars de leurs soldats, et les harnais de leurs coursiers.
Le règne d' Arcadius offrit aux regards attristés l'image de la funeste dégradation qu'éprouvent nécessairement les moeurs sous un long despotisme , et au milieu d'un peuple amolli par tous les genres de voluptés. Les eunuques mêmes osèrent exercer des fonctions publiques. Eutrope présida les , tribunaux et commanda les armées, à la grande satisfaction ' des Goths. Ils se félicitaient de voir les Romains, leurs en- nemis, commandés par un général qui, loin d'être un rival redoutable, n'était pas même un homme. [
Ce choix d' Arcadius excita le mépris des gens de bien ; [ mais leur voix n'est pas bruyante, et part trop souvent des j lieux éloignes du palais. Les flatteurs encensèrent le favori, \ la cour lui prodigua ses hommages ; il fut créé consul, et le f sénat d'Orient lui éleva des statr.es. L'Occident, quoique vaincu par les Barbares, ne put supporter l'opprobre d'un pareil consulat, et le sénat de Rome refusa d'inscrire son nom sur ses registres.
Glaudien vengea de cet affront la première dignité romaine par une satire, et peignit en vers mordants le caractère de ce ministre, à la fois vil et insolent, qui, « étant an- « trefois esclave, avait, disait-il, préludé, par de petits lar- « cins dans le coffre de son mattre, au pillage qu'il devait « faire un jour de^ richesses de l'empire. »
Eutrope vendit plusieurs provinces aux ennemis : encourageant les délateurs et grossissant sa fortune par les confiscations, il fit périr les généraux qui s'étaient le plus distingués sous le règne de Théodose, et dont il craignait le courage et le crédit.
E805-A25] HORORIUS ET ABCADIUS. 281
Suivant la doctrine de tous ceux qui abusent du pouvoir et qni redoutent l'opinion publique, il fit publier une loi t^'rannique pour menacer de la mort tous ceux qui attaqueraient les ministres de Tenipereur, ainsi que les officiei*s et les domestiques de sa maison. Cette loi prononçait des peines infamantes contre toute personne qui solliciterait la grâce des coupables. De tels actes, loin de prévenir les révoltes, les excitent : c'est le signal de détresse de la tyrannie.
Un général ostrogoth, Trébigilde, leva en Pbrygie l'étendard de la rébellion. Euti'ope envoya contre lui des troupes commandées par Léo, ancien cardeur de laine, qu'on nommait VAjax de VOrient, Ce cbef, qui devait son surnom à sa force physique plus qu'à son courage et à son habileté, se laissa surprendre et vaincre. '
LiC fameux Gainas, ce Gotb qui avait autrefois fait périr Bufin , remplaça Léo dans le commandement de l'armée ; mais loin de chercher à combattre les Ostrogoths, il appuya leurs réclamations et força, par la crainte, le timide Arcadius à négocier.
Gainas et Trébigilde demandèrent, pour condition de la paix, la tête d'Eutrope : l'empereur hésitait; l'impératrice Eodoxie, se jetant à ses pieds, se plaignit d'un outrage qu'elle avait reçu de ce ministre. Arcadius signa son arrêt. La même cour et le même peuple qui flattaient sa puissance l'accablèrent d'injures dès qu'il fut condamné. Ils voulaient le mettre en pièces. Saint Cbrysostome seul, qui ne l'avait point ménagé quand ^ était maître de l'empire, lui offrit un asile dans sa disgrâce, le protégea ouvertement, et, par un éloquent discours sur l'instabilité des choses humaines, parvint à calmer la fureur de la multitude. On promit la vie à Eutrope. Il fut envoyé en exil dans l'île de Chypre; mais depuis, au mépris de cette promesse, le consul Aurélien le fit périr.
Trébigilde et Gainas méprisaient l'empereur depuis que, par leur rébellion, ils l'avaient forcé de suivre leur voIoiUé. Continuant à lui parler en maîtreS;^ ils le conti*aignireut de
282 EMPIRE d'orient. CS95-^S5]
leur livrer Aurélien et Satarnln, qu'ils épai^uèrent quand il fut en leur pouvoir.
L'empire se trouvait ainsi gouverné par les Barbares; mais leurs excès les perdirent. Gainas, nommé commandant général des armées, exigea qu'on donnât une église aux ariens. L'empereur refusa d'y consentir. Les Goths, irrités de ce refus, veulent brûler le palais impérial. La garde, instruite de leur projet, les surprend au milieu de la nuit, les attaque et en tue sept mille. Gainas fuit en Thrace et rassemble des troupes pour revenir en Asie ; mais un autre Goth, Fravitta, qui commandait les galères romaines, disperse et détruit sa flotte.
Gainas, à la tête d'un cprps nombreux de cavalerie, voulait reprendre la vie errante qui, dans sa jeunesse, avait commencé sa réputation et sa fortune; mais dans ses courses il rencontra Huldin, roi des Huns, qui lui livra bataille. Gainas, vaincu, périt, et Huldin envoya sa tête à Arcadius.
Après ces événements, l'empereur, qui devait être toujours gouverné, laissa les rênes de l'empire dans les mains de l'ambitieuse Eudoxie. Cette princesse persécuta Chrysostome. Ce saint évéque, l'un des plus éloquents orateurs de rÉgiise, méritait la vénération publique par sa vertu ; mais cette vertu se montrait peut-être trop ardente et trop sévère pour atteindre à son but dans un temps de corruption. Il déposa treize évêques en Lydie, en Phrygie, et s'attira de nombreux ennemis en déclarant publiquement que la débauche et la simonie infectaient tout Tordre épiseopal.
L'indignation que lui inspirait la corruption de la cour l'emporta au point de donner à l'impératriee le nom de /ezabeL Pour venger la majesté impériale outragée, l'empereur convoqua un synode qui condamna Chrysostome à l'exil.
Au moment du départ d'un pontife révéré, le peuple se révolte, s'attroupe, s'arme et fait retentir le palais de ses menaces. Eudoxie, effrayée, se prosterne devant l'empereur, avoue son erreur et déclare qu'elle ne voit de remède aa danger de l'État que le rappel de Chr^lsostome.
CÊ99'-êSS] HONOBIUS ET ÀBCADIUS. 28S
Li^évéqne vietorieux revient; son retour est un triomphe.
On îllnimne les e6tes d'Ëarope et d'Asie. Il monte dans la
ehaire où Ton ne devrait entendre que des paroles de paix,
mais l'orgueil ecelésiastiqne lai faisant oublier T humilité de
rÉvangile, il déclame avec violence contre les vices des
femmes, contre les honneurs presque idolâtres rendus aux
statues de Timpératrice. « Voyez, dit-il, dans son exorde,
c Toyeas cette vindicative HérodiasI Hérodias retombe dans
• ses foreurs, Bérodias recommence à danser; elle demande
c une seconde fois la tète de Jean. »
Qudque mérités que pussent être de pareils reproches, et quelq[ae faible que fût alors la puissance temporelle, on ne pouvait supporter une pareille audace et régner. Un concile rassemblé confirma la première sentence du synode.
Lie peuple s'opposait encore à son exécution ; mais des troupes de Goths, introduites la veille de Pâques dans la ville, assiégèrent féglise. La cathédrale et le lieu où se rassemblait le sénat furent livrés aux flammes; et, malgré la fureur populaire, on enleva Chrysostome,
Il avait demandé d'être exilé à NIcomédie; mais on le conduisit au pied du mont Taurus, où il resta trois ans, et de là il fut envoyé dans les déserts du Pont, près d'une petite bourgade nommée Cumana, où il mourut âgé de soixante ans. Cette excessive rigueur produisit son effet ordinalre ; ses fautes furent oubliées, on ne se souvint que de ses talents et de ses vertus. Trente ans après sa mort, sa mémoire fut réhabilitée ; on transporta ses reliques à Gonstantinople, et Théodose II, qui vint à Ghalcédoine les recevoir, prouva, en se prosternant devant les restes de cet homme célèbre, plus de dévotion que de politique. Il devait, en hoitorant une Ses lumières de l'Église chrétienne, - ne pas oublier ce qu'il devait à sa mère et à la majesté du trône offensé.
Il est vrai qu'Eudoxie, par sa conduite, excusait en partie l'audace peu convenable du pontife. Elle méprisait son mari; trahissait ses devoirs, et traitait avec une si impru-
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dente confiance le comte Jean, son favori, qu'il passait pottt être son amant et le père du jeune Théodose.
Arcadius, qui ne la croyait pas coupable, prouva sa tendresse à son fils, en lui donnant à la fois, contre T usage, le|; titres de césar et d'auguste. Ëudoxie mourut : les ariens h pleurèrent; les catholiques regardèrent sa mort comme uâ arrêt du ciel qui vengeait Ghrysostome.
Les années suivantes furent marquées par des calamités publiques : plusieurs villes furent incendiées ; de fréquents tremblements de terre en renversèrent d'autres; les plaines furent ravagées par des nuées de sauterelles; les Isauriens dévastèrent les provinces de rOrtent depuis le Font jusqu'à ^ la Palestine. Enfin Arcadius mourut après treize ans de règne, ou plutôt de servitude: car on l'avait toujours va l'esclave de sa femme ou de ses favoris.
Procope prétend que ce prince, avant de mourir, donna, par un testament, la tutelle de son fils à Ildesgerde, roi de Perse. Cet historien vante la sagesse de cette mesure, qxie Zozime condamne comme très -impolitique. Avant de la louer ou de la blâmer, il fallait en démontrer Texistencc, et tout porte à croire que le récit de Procope est sans fondement, puisque aucun fait ne prouve que le roi de Perse ait élevé, en vertu de cet acte, la moindre prétention à la régence.
Suivant les lois anciennes, cette régence devait appartenir à Honorius; mais les grands de l'empire s'y opposèrent, et cette oligarchie confia, sous le nom du jeune empereur, le pouvoir suprême au préfet d'Orient, Anthène, patricien riche, puissant, et dont on estimait généralement les talents et la probité.
Il ne conserva pas longtemps celtfe régence, ât, préférant la tranquillité publique à sa grandeur personnelle, il laissa sans obstacle la célèbre Pulchérie, sœur de Théodose, s'emparer du trône. Cette princesse, dont les t«tlents justifièrent l'ambition, n'était âgée que de seize ans lorsqu'elle prit avec audace les rênes du gouvernement. Le sénat lui déféra
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le titre d'Augnsia, et, sous le nom du faible Théodose son frère, elle gouverna près de quarante ans Tempire avec gloire.
Cette princesse semblait avoir hérité des vertus coura< ^uses du grand Théodose. Sa justice rétablissait Tordre, sa bonté lui attirait Taffection, sa fermeté imposait aux factieux. Sous son administration, on ne vit point de révolte, et l'invasion d'Attila fut la seule calamité qui troubla le refM de l'empire.
Pulchérie protégeait les sciences, et parlait avec une égale &cilité le grec et le latin. Loin de tenir son jeune frère Tliéodose dans Tignorance pour être certaine de le gouverner plus longtemps, elle lui donna les plus habiles maîtres en tout genre.
Ce prince se faisait remarquer par une physionomie grave, par un maintien majestueux. 11 n'était pas dénué d'esprit, mais il n'avait pas de caractère. On vantait sa chasteté, sa sobriété, sa douceur, mais aucune de ces belles qualités ne mérite le nom de vertu lorsqu'elle manque de force. Sa vie fat une longue enfance. Il s'entourait de femmes, d'eunuques, et ne s'occupait qu'à graver, à peindre ou à chasser. La beauté rare de son écriture lui mérita le surnom de Calligraphe. Il était si indolent qu'il lisait rarement les papiers qu'on présentait à sa signature. Un jour, pour lui faire seitto les inconvénients d'une telle paresse, Fulchérie lui montra qu'elle lui avait fait signer sa propre abdication.
JLe commencement du règne de Théodose fut signalé par des succès : les Huns étaient entrés en Thrace; Huldin, leur roi, sommé de se retirer, jura que ses conquêtes n'auraient de borne que l'Océan, qui terminait, selon l'opinion du temps, la course du soleil. Le succès ne justifia point sa présomption : ses alliés l'abandonnèrent ; les généraux de l'empire le défirent, le forcèrent à repasser le Danube, et détruisirent presque entièrement la tribu des Scyrres, qui composaient son arrière-garde.
Pulchérie, voulant marier son frère, chercha plus, dans
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cette union, les talents que la naissance. Léonce, phUosophe d'Athènes, était père d'une fille nommée Athénaïs. Elle éclipsait la beauté des autres Grecques, et se montrait, en savoir et en éloquence, l'égale des philosophes et des rhéteurs les plus distingués. Léonce la déshérita, et donna tout son bien à ses deux fils, prévoyant qu'Athénaïs, avec taat de grâces et de talents, n'aurait pas besoin de fortnne. La Jeune Grecque ne pensait pas conune lui; après la mort de son père, elle réclama une part de son héritage, et portu ses plaintes à Pulchérie.
Cette princesse, frappée de ses charmes et de son esprit, la crut digne du trône. Théodose, curieux de la connaître, vint déguisé chez sa sœur, y vit la belle Athénienne, s'enflamma pour elle, et l'épousa. Elle se fit baptiser, et prit avec le sceptre le nom d*Eudoxie, Ses frères, apprenant son élévation, et craignant sa vengeance, se cachèrent vaine* ment. Athénaïs les fit chercher avec soin. On les lui amena; et, loin de leur marquer aucun ressentiment, elle les éleva aux premières dignités de l'empire.
Conservant dans la grandeur les habitudes de sa Jeunesse, elle n'abandonna point l'étude, fit en vers la paraphrase de l'Ancien Testament, écrivit la légende de saint Cyprien, et composa un panégyrique du grand Théodose.
Zélée pour son nouveau culte, elle entreprit le pèlerinage de Jérusalem, prononça un discours éloquent en présence jdu sénat d'Antioche, et, si l'on en croit les auteurs ecclésiastiques, elle rapporta de la Palestine les ehatnes de taiot Pierre, le bras droit de saint Etienne, et le véritable portrait de la Vierge, peint par saint Luc.
Dans une maison privée, l'union de deux femmes est rare ; cet accord est bien plus difficile dans un palais. En* doxie, devenue ambitieuse, voulut gouverner l'empereur et l'empire. Pulchérie défendit son pouvoir; leurs discordes partageaient la cour; la sœur l'emporta sur l'épouse; Pnlchérie triompha. La vertu d'Eudoxie fut soupçonnée ; la mort de Paulin, inaitre desofiices, et l'exil de Cyrus, préfet
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du prétoire d'Orient, annoncèrent la disgrâce de l'impératrice, qui les admettait dans son intimité.
Elle demanda la permission de se retirer à Jérusalem ; l'empereur la lui accorda. Poursuivie par la même inimitié, par le même genre de soupçon qui l'avait éloignée du trône, elle vit condamner au supplice deux ecclésiastiques dont son amitié faisait le seul crime.
Irritée de cet affront, elle vengea leur mort par l'assassinat du comte Saturnin, leur meurtrier. Cette violence justifia l'acciiBation intentée contre elle. Après seize ans d'exil, elle mourut, protestant toijyours qu'elle était victime de la calomnie.
La guerre recommença entre la Perse et l'empire ; le désir de venger un grand nombre de chrétiens massacrés arma l'empereur. Après deux campagnes qui ne furent marquées par aucun événement décisif, quoique célébrées par des relations fastueuses, les deux cours conclurent un traité de cent ans.
L'histoire n'a conservé de cette guerre que le souvenir d'un seul trait, plus digne d'être retenu que beaucoup d'actions héroïques. Acasse, évéqued'Amyde, employa les vases d'or de son église au rafehat de sept mille captifs persans, et les renvoya au roi de Perse, pour montrer à ce prince la différence qui existait entre une religion sanguinaire et une religion charitable. Une condition de la trêve conclue fut le partage de l'Arménie entre les Romains et les Persans.
Honorius s'était toujours montré l'ennemi d'Arcadius son frère, et de Thépdose son neveu; ainsi, par un étrange aveuglement, Constantinople semblait jouir des malheurs de Rome. Il était réservé à la célèbre Placidie, qui avait déjà sauvé sa patrie, de rétablir la concorde entré les deux empires.
Après le tneùrtre d'Ataulphe et le supplice de Singerie, son assassin, Placidie, devenue libre, épousa le brave Constaàce. En faveur dé cet hymen, Honorius décora du titre d'auguste ce général, j*ugeant avec raison ^ue le guçrriçr
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qui avait raffermi le trône était le plus digne d'y monter. Constance ne jouit pas longtemps de son bonheur et de sa gloire ; il mourut, laissant à sa femme deux enfants, Honoria et Valentinien.
Le crédit de Placidie sur Tespritde l'empereur, son frère, fut bientôt renversé par la jalousie des eunuques et des affranchis. Placidie ne put résister à ces intrigues; elle M exilée, et chercha un refuge à Constantinople avec ses ea* fants.
Feu de temps après, Honoriùs termina sa méprisable vie. Asservi par les esclaves de son palais, témoin indiffèrent de la ruine de Tempire, il consumait ses jours dans les plus. puérils amusements. On prétend que, lorsqu'on vint lai ap* , prendre que Rome était pei*due, il répondit froidement « Gela est impossible, je viens de lui donner à manger. 11 parlait d'une poule favorite, à laquelle il avait donné nom de Rome, H faut convenir que de tels princes, s' étaient moins rares, ne justifieraient que trop les déclania< tions des républicains contre la monarchie.