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CHAPITRE X

VALENTINIEN III et PLACIDIE, sa mèrb^ m OcciDSfiT ; THÉO- DOSE II RT PULCHÉRIE, SA SCEUB, MARCIEN, bh Obibkt. AÊTIDS, GENSÉIUC, ATTILA, TUÉODORIG, génébaux barbabbs.

(Ans de J-C. 425-454.)

Usurpation et mort de Jean, secréiaire d'Honorius. — Valentinien HI est reeoBM empereur. — Conduite de Tliéodose II à Tégard de Valentinien. — Hariatali Valentinien et d'Eudoxie, fille de Tbéodose. — Artifice d*Aétias contre BoJEl* — Portrait et eiploils de Gens^rlc — Défaite et mort de Boniface. — DisgrèM •! fuite d'Aéiius. — Histoire des sept doruianls. — Apparition d'Attila. — Son iavBsiop en Perse. — Échecs de Tbéodose. — Paix entre Théodose et Attila. — AUbassade de Théodose à Attila. — Tentative de conspiration contre Attila. — Sort de Théodose. — Avènement do Pulchcrie au trône. — Uariage de Pulchérie et de Harcien. — Aétius reparaît à la tête des Iluns. — Guerre et ensuite paix entre Aétios cC Théodoric, fils d'AIaric. — Cruauté de Genséric. — Invasion d'Attila dans la Gaule. -— Bataille de Châlons. — Mort de Théodoric. — Défaite d'Attila, ■p- Sié^e et prise d'Ac^uilée par Attila. — Babile tactique d' Aétius. — LAcheté de

k25— 45&] THÉODOSE II ET TALENTIWIEN III. 289

TalentinieB. — Son ambassade à Attila. -- Paix entre Attila et TalentinieB. — . ]f<»r« d'Attila. — Set fusérailles . — Démembrement de son empire. — Peridit de ▼«lejitiBieii. — Mort d'Aétias.— Hontenx excès et mort de Yalentiaien.

Dès qu^on sut à Constantînople la mort d'Honorius, l'emliereiir d'Orient, ou plutôt Pulchérié, envoya en Dalmatîe troupes chargées de conduire en Italie Placidie et son ATalentinien. Aspar, qui s'était distingué dans la guerre de Perse, les escortait et commandait Tannée déterre. Son père, Ardaburius, dirigeait la flotte. Ils apprirent dans leur Éoute que Jean, Tun des favoris et des secrétaires d'Honolias, s'était emparé du trône d'Occident ; les vaisseaux grecs terent dispersés par une tempête. Le grand amiral Ardabu- ^iilis tomba dans les fers de l'usurpateur ; mais loin de se r abattre par ce revers, du fond de sa prison il souleva sa faveur les troupes italiennes qui composaient la garnid' Aquilée. Jean, abandonné et livré par elles, fut exsur un âne aux huées de la populace, et décapité sur place publique. Yalentinien III fut reconnu, sans opposition^ empereur d'Occident, l'an 425.

Théodose, informé des succès de ses généraux, les célébra par un triomphe bien différent des anciennes solennités. Varehant à pied, à la tête du peuple, depuis l'hippodrome jusqu'à la cathédrale, il chanta des psaumes, et se montra ainsi plus digne de la chaire que du trône. Il aurait pu disputer l'empire d'Occident à l'enfant de Placidie; mais il préféra la paix, dans un État borné, aux risques d'une guerre eiviie ; et, soit par une suite de son indolence naturelle, soit ^r soumission aux pacifiques conseils de Fulchérie, le patAcism Hélion se rendit en son nom à Rome, salua, en pré- MriÎJe du sénat romain, Yalentinien III nommé auguste, et le revêtit de la pourpre.

Par un traité conclu, on arrêta le mariage du Jeune empereur avec Eudoxie, fille de Théodose et d' Athénaïs. Ir'Il* lyric fut cédée à l'empereur d'Orient : par ce môme acte, l'unité du monde romain cessa totalement d'exister. Un édit

290 BMPiBE DoaiBinu * [&15-&S41

solennel déclara que les lois d'un empire n'auraient pliude' force dans l'autre.

L'Orient et TOccident se trouvèrent ainsi gouvernés deux femmes ; mais Placidie, plus ambitieuse que Pulchérii livra son fils aux voluptés pour l'éloigner des afTaires, conserva le pouvoir suprême pendant trente-cinq ans. D< généraux habiles commandaient ses armées, Aétius et niface. Le dernier soumit l'Afrique, et défendit Marsei Aétiu3 se rendit célèbre par la défaite d'Attila. Leurs grwh des actions jetèrent encore quelques rayons de gloire sur kl Homains. Si leur union avait duré^ elle aurait probablemeit sauvé l'empire; leur discorde en prépara la chute«

Aétius, jaloux de son collègue, le rendit suspect à Pbe^f die, et détermina cette princesse à le rappeler d'Afrique. E»i même temps, par un condamnable artifice, il le fit avertir j secrètement que le supplice l'attendait s'il obéissait, et fli persuada à l'impératrice que la désobéissance de ce génén prouvait sa révolte. Bpniface, se croyant perdu, flétrit ik^ gloire, trahit sa patrie, appela les Vandales à son secours, el conclut une alliance avec leur roi Gondéric. Ge roi mourut, et fut remplacé par le terrible Genséric, son frère.

Ce prince, que le ravage du monde rendit célèbre, comme Alaric et Attila, renfermait , dans un corps petit et contre- . fait, une vaste ambition qu'aucun scrupule n'arrêtait, qu'aucune proie ne rassasiait. Dissimulé, sanguinaire, intrépide, ennemi du luxe, la vengeance était le premier de ses plaisirs : fécond en ruses, audacieux dans ses plans, prompt à les exécuter, il savait également répandre la terreur par ses armes et la discorde par ses intrigues.

Avant d*entreprendre la conquête qu'il méditait, il battit les Suèves en Espagne, les poursuivit jusqu'à Mérida, et fit périr dans un fleuve leur armée et leur chef.

Après cette victoire , 11 s'embarqua et descendit en Afrique. L'armée vandale, grossie par les Alains, parles Gotbs, par des transfuges romains, ne s'élevait cependant qu'à cinquante mille hommes; mais Genséric e^ugmçntti s^ force» i \

{éSS-ÂSA] THÉODOSE II £T YAI.SNTINIEN III. 294

en s'alliant avec les Maures, et en protégeant les donatistes persécutés. Saint Augustin dut regretter alors de ne pas ^étre montré pour eux moins intolérant, fioniface n'avait demandé que des secours; Genséric paren maître. Le général romain se repentit de sa révolte M réconcilia avec Placidie, qui venait de découvrir la die d' Aétius. Le général , revêtu de nouveau du comdement des troupes romaines, marche sur Carthage, fttn empare et propose la paix à Genséric, qui refuse de Iraiter. Bientôt les deux armées se livrèrent une sanglante )lttaille; Boniface fut vaincu et perdit ses plus braves soldats. Toute r Afrique devint la proie de l'avidité des Van- ^lales et de la férocité des Maures : cette vaste et fertile f^ntrée, qu'on regardait alors comme le grenier du monde, *Mt ses champs ravagés, ses arts et ses monuments détruits, Iles ^les incendiées, ses citoyens livrés à l'esclavage et aux |ii>rtuïes. Carthage «t Hippone restaient seules debout au j iriliea de ce beau pays changé en désert.

Boulface, assiégé dans Hippone, est encouragé dans sa résistance par les conseils fermes et les consolations pieuses de saint Augustin. Ce saint prélat meurt en pleurant les malheurs de sa patrie. Le siège dure quatorze mois ; enfin tes Vandales, vaincus par l'opiniâtreté des assiégés, s'éloignent.

Aspar amène de Constantinople des vaisseaux et des troupes. Boniface, de nouveau à la tête d'une grande arguée, tente encore le sort des armes ; mais la fortune trahit son courage : il est battu ; Hippone est prise, et l'Afrique est perdue sans retour.

Ce général, vaincu, revint à Ravenne. Placidie ne voulut

punir ni sa faute ni ses malheurs, ne se souvint que de ses

*en1ces, et lui rendit sa confiance. Aétius , jaloux de son

crédit et résolu de le renverser, quitta la Gaule et descendit

, en Italie à la tête d'une arrnée de Barbares: Boniface çour

j rnt à sa rencontre, l'attaqua, le défit, mais revint mortellen

- Iliettthlesséde la main du rival qu'il avait vaincu,

292 EMPIRE b'oBIENT, [Â25-&54]

Placidie, pour venger sa mort, déclara Aétius ennemi de rÉtat. Après avoir tenté vainement de se défendre dans quelques forteresses de ses domaines , il se sauva chez les Huns. Ce fut ainsi que Rome perdit deux généraux habiles, ses derniers soutiens.

Carthage, abandonnée, ne succomba cependant qu'après huit ans de résistance. Enfin Genséric conclut la paix, en laissant à Valentinien Tillusoire souveraineté des trois Mauritanies.

Le roi vandale était le fruit d'une union illégitime ; redoutant les prétentions des fils de Gondéric son frère, il les fit noyer avec leur mère. Ce fut après ce meurtre qu'il s'empara de Carthage, l'an 439, cinq cent quatre-vingt-cinq ans après la victoire de Scipion. On nommait cette cité la Rome (TAfrUjue. Elle se montrait l'égale de celle de l'Italie en grandeur, en magnificence, en richesse, en commerce. On y jouissait de toutes les douceurs d'une longue civilisation. Un bois épais, situé au eentre de la ville, offrait à ses habitants un frais ombrage pour les garantir de l'ardem* d'un climat brûlant.

Les Vandales livrèrent cette riche cité au pillage, et contraignirent tous les citoyens qu'ils épargnèrent à leur céder leurs terres, à leur livrer leurs trésors. L'Italie et l'Orient se trouvèrent peuplés de sénateurs fugitifs , de patriciens naguère opulents comme des souverains, et qui se voyaient réduits à l'aumône.

Ce fut dans ce temps de destruction , de calamités , qns quelques écrivains ecclésiastiques, qui substituaient des &blés nouvelles aux anciennes, racontèrent ainsi l'histoire merveilleuse des sept dormants.

« Sous l'empire de Décius, disaient-ils, sept jeunes nobles « d'Éphèse, chrétiens et persécutés, se cachèrent dans une « caverne pour éviter la mort : le tyran la fit murer. Dieu, « protégeant ces jeunes martyrs , les plongea dans un pro- « fond sommeil qui dura cent quatre-vingt-sept ans, et qui « finit lorsque Pulcbérie et Tbéodpse JI occupaient le trône

CÂ25-45â] THEODOSfi tl £1 YALENTIIVIBN III. 293

« d'Orient. A cette époque, AdoJius, propriétaire de la mon-

« tagne où se trouvait cette caverne, en fait extraire des

« pierres pour construire un bâtiment. Le jour pénètre dans

« le souterrain. Les sept dormeurs s'éveillent , croyant

fl ne s'être reposés que quelques heures. Jamblius, l'un

« d'eux, se charge d'aller à la ville pour y chercher du pain.

« Il ne reconnaît plus ni l'aspect de la contrée ni les traits

t de ses habitants ; il approche d'Ëphèse, et voit, avec autant

c de joie que de-surprise, ta croix briller sur le faîte destem-

« pics. Entrant chez un boulanger, il étale pour le payer

« plusieurs pièces de monnaie frappées au coin de Décius.

« Le boulanger s'en étonne, les voisins accourent, la raulti-

8 tude s'attroupe; on le traîne devant le juge, croyant qu'il

« a découvert un trésor. Son récit paraît une imposture;

I cependant on envoie chercher ses compagnons. La can-

« deur de leurs réponses, les détails de l'histoire qu'ils ra-

« content et l'accord qui règne dans leurs discours persua-

« dent les plus incrédules. Elnfin le peuple, les magistrats,

« Tévêque et l'empereur Théodose lui-même, convaincus

« que ces hommes saints sommeillaient en effet depuis près

« de deux siècles, s'humilient devant la puissance de Dieu,

« et se prosternent aux pieds des sept martyrs, qui expirent

« tous ensemble , après avoir donné leur bénédiction aux

« spectateurs de cet inconcevable prodige. »

Jean de Saragues écrivit, deux ans après la mort de Thécdose , l'histoire des sept dormants. Grégoire de Tours la traduisit. On trouve leurs noms dans les calendriers romains, grecs et abyssiniens ; et, comme les contes trompent et plaisent dans tous les lieux , dans tous les temps, et se mêlent à tous les cultes, Mahomet, trouvant cette fable ingénieuse, l'adopta dans son Koran.

Ce qui malheureusement, loin d'être fabuleux, ne fut que trop réel, c'est la puissance colossale du barbare Attila, qui ravagea le monde, et se glorifia d'être appelé \q fléau de Dieu, Cet orage effroyable, qui, sans le courage des Francs, la valeur de Mérovée et l'habileté d'Aétius, aurait soumis le

204 EMPIBE b'obient. [^25-4541

globe à un joug plus absurde et plus humiliant que celui qoi pèse de nos jours sur les peuples africains, dura près d'oA , siècle, depuis 376 jusqu'à 463, Aucune irruption de Barbar î res ne laissa sur son passage plus de ruines. Les Huns fai* > salent consister leur gloire à détruire ; et, changeant en de vastes solitudes les contrées conquises par eux, ils voulaient signaler leur nom et affermir leur puissance. Les gémisse* ments de ceux qu'ils opprimaient étaient à leurs yeux d'insolents murmures, dont leur orgueil s* offensait; le bruit des chatnes de leurs captifs et le silence des tombeaux pouvaient seuls satisfaire leur soif de dominer.

Lorsque, se précipitant des extrémités de TOrient vers ] rOccident, ils eurent chassé devant eux les Goths et les Van-l; dales, la division s'établit parmi eux, et l'on put espérer uns. moment que leurs discordes en délivreraient la terre. Leurs I différents chieftains se livrèrent des combats sanglants. Quel- i ques-uns s'allièrent aux Goths , d'autres prêtèrent leurs armes aux Romains ; le grand Théodose lui-même avait complè parmi ses généraux un roi des Huns.

Plus tard, les Bavarois et trois autres nations allemandes, dont leurs dissensions ranimaient le courage, secouèrent le joug de ces sauvages conquérants. L'empereur Théodose II fomentait secrètement cette révolte, Rugilas, qui gouvernait alors la plus nombreuse tribu des Huns, et dont les autres J reconnaissaient, quoique à regret , la prééminence, menaça m Tempire d'Orient d'une invasion. Théodose, effrayé, envoya ' des ambassadeurs pour apaiser ce farouche guerrier. Ils trouvèrent Rugilas mort. Attila et Bléda, ses neveux, lui avaient succédé. Ils reçurent les ambassadeurs dans la plaine de Margus, en Mésie ; et suivant l'ancienne coutume de ces Barbares , ils restèrent à cheval pendant la conférence ouverte pour la paix.

L'empereur se vit obligé de souscrire aux conditions humiliantes qu'on lui dictait. Il augmenta le tribut qu'il devait payer aux Huns, leur accorda un port franc sur lé Danube, et renonça solennellement à toute alliance avec leurs ennemis.

jâHH'} THE0B0S8 II ST VAISNTINISN III. 295

Ce ftit à cette époque que les Grecs et les Romains virent fHQT la première fois le redoutable Attila. Ce prince, fils de iondone, offrit à leurs regards Thorrible figure d'un Kal- ÉoHk , une tête large, un teint basané , un nez aplati , une Mie courte et carrée, et un regard à la fois faux et féroce. Vjfétait déjà fait remarquer par sa cruauté et par sa pasi» pour la guerre, dans laquelle il déployait plutôt les tafcats d*un général que la valeur d'un soldat. On ne lui rewnnaissait qu'une vertu , la fidélité à remplir ses engageitents; il était esclave de sa parole.

Né pour dominer, il s'était habilement servi de l'ignorance ^rstitieuse de ses sujets, qui le croyaient plus qu'un ^mme. Un pâtre s'étant aperçu qu'une de ses génisses s'é^ Wt blessée au pied, et cherchant la cause de cet accident, ■découvrit une pointe d'épée qui sortait de la terre. Il creuse rfc Bd et en tire un glaive qu'il porte au roi. Attila sut per- :ttader à ses peuples qu'on avait retrouvé l'épée de Mars, et Çfe cette arme divine lui donnait des droits incontestables

* l'empire de l'univers. L'épée de Mars devint l'idole des ftfns. Ils l'entourèrent d'offrandes, et lui dévouèrent, comme "*toes, la centième partie des captifs qui tombaient dans fc»» mains.

Tous ces guerriers du Nord, qui avaient épouvanté l'Eul 'ope et l'Asie, tremblaient devant Attila ; et, convaincus de |î* divinité^ ils disaient « que leurs yeux ne pouvaient sou-

* tenir le feu de ses regards. »

Muia, qui -n'eut de commun avec Romulus qu'un crime, commença son règne comme le fondateur de Rome, par Tas- *^*iûat de Bléda , son frère. Après avoir dompté toutes- lés ^^^ de sa nation, toutes les hordes de la Scythie, il subl^gaa en-peu d'années tous les peuples germains, se rendit ^'tre des contrées belliqueuses de la Scandinavie, et ré- ^"^^ la terreur dans l'âme des Gaulois et des Bourguignons. On le reconnut enfin comme le monarque de tous les pfbares. Les limites de son vaste empire étaient le Volga, ^« Danube, la mer du Nord, le Rhin et les Alpes. Il était

2W EMPIBB d'oBIENT. [425^ft]

également redouté comme guerrier et comme magicien. Ardaric, roi des Gépides, Yalamir, roi des Ostrogoths, abaissaient leur couronne à ses pieds^ s'honoraient d'occa*-^ per dans son conseil les places de ministres. On voyait, rangte en haie, dans son palais rustique, comme gardes de sa pep-j sonne , et même comme domestiques , une foule de princeij et de chefs de tribus, qui avaient rassemblé leurs peapM sous ses drapeaux ; et, si Ton en croit les historiens du temps^'j s6n armée s'élevait à près de huit cent mille hommes. ]

Une de ses divisions fit une invasion en Perse ; elle éte»4 dit ses ravages jusque dans la Syrie. Lorsque l'empereiarl d'Orient voulut reconquérir T Afrique, que Rome avait po^^ due, Attila, cédant aux vœux de Genséric, menaça de lai guerre Théodose II, et, par cette diversion , sauva les Vandales.

On ne pouvait conserver longtemps la paix avec un peuple 1 qui n'était qu'une armée. Les Huns prétendirent que le traité de Margus était rompu, et qu'on leur avait volé, dans le port franc du Danube, un trésor appartenant à un de ; leurs chefs : ils exigèrent qu'on leur rendit cet argent , et qu'on leur livrât l'évéque de Margus. La cour de Byzance refusant de redresser ces griefs, la guerre fut déclarée. Les Mésiens^ craignant la fureur des Barbares, pressaient vivement l'empereur de céder à l'orage ; et, pour se mettre euxmêmes à l'abri des ravages qu'ils redoutaient, ils formèrent le dessein de livrer l'évéque de Margus aux Barbares.

Celui-ci en fut informé, sacrifia ses devoirs et son pays à sa sûreté, traita secrètement avec Attila , lui livra sa ville , et ouvrit ainsi les barrières de l'empire.

Aussitôt les Huns , comme un torrent furieux , se répandent dans la Mésie, la dévastent, détruisent toutes ses forteresses, livrent aux flammes Syrmîch, Neiss, Sardica, Martianopolis, et changent en déserts toutes les contrées sitnées depuis le Pont-£uxin jusqu'à l'Adriatique.

Ces calamités ne purent décider le faible Théodose à sortir de son palais , à quitter ses chapelets, à suspendre

Ià35-à5k] THEOBOSB II ET VAtENimiEN III. 297

processions. Incapable de combattre, il chargea des généraux sans talents dç rassembler ses armées. Ceux-ci perdifent une bataille près du Danube, une seconde au pied du mont Hémus, et virent détruire dans une troisième défaite Mtes restes de leurs forces, qui devaient défendre la Chersonaèse de Tlirace.

r Attila ravagea la Macédoine, brûla soixante-dix villes, et ' «'avança jusqu'aux faubourgs de Constantinople. Les murailles de cette ville et celles d'AndrinopIe l'arrêtèrent ; il ne savait que combattre en plaine, et ignorait l'art des sièges. Tant de revers jetaient l'Europe et l'Asie dans la consternation. Ce n'étaient point les maux ordinaires que la guerre entraîne à sa suite qui glaçaient alors les esprits de terreur; on était menacé d'une destruction totale. Tout homme en âge de servir tombait sous le fer des Barbares; les vieillards et les femmes se voyaient tous réduits en esclavage; leur faiblesse même ne les garantissait pas toujoui^ de la mort; et lorsque le nombre trop grand de ces captifs embarrassait le vainqueur, ils étaient immolés sans pitié.

Cette foule de Romains, dispersés chez les Barbares, ne put les adoucir ni les civiliser. Ces guerriers farouches méprisaient les sciences, et surtout celle des lois. Les artisans leur apprirent quelques métiers ; les médecins s'attirèrent leur respect ; les prêtres en convertirent plusieurs : mais , comme la plupart des pontifes grecs étaient attachés à l'arianisme, ce fut cette hérésie qui se répandit parmi les conquérants du Nord.

Théodose II, que, suivant la coutume, on nommait toujours Auguste, et qui prenait le titre d! invincible, n'avait plus d'armée à opposer à ses ennemis. Trop lâche pour tenter de réveiller le courage de ses sujets, il ne sortait de son palais que pour aller à l'église. Incapatle de combattre Attila, il implora sa clémence, et signa une paix honteuse. Par ce traité , la cour de Byzance céda aux Huns un vaste territoire situé au midi du Danube, depuis Belgrade jusqu'^ Nova, en Thrace, et s'assujettit à p^yer un tribut annuel de

298 SMPiRi b'oadsnt. [&25-&5j(^.|

deux mille livres d'or, ainsi que six mille livres pour soldera les frais de la guerre. L'épuisement des peuples et les infidé-' lités des receveurs de Timpôt rendirent le payement de cet contribution lent et difficile.

Au milieu de ce découragement des armées, de ces reurs de la cour, de cet opprobre de T empire, une petite de Tbrace , Asymus, se montra romaine. Ses habitants, voulant pas reconnaître une paix humiliante, sortent de lei murs, attaquent les Huns, se grossissent d'un grand nombi de déserteurs et de captifs , en forment une armée, livrci bataille aux Barbares, les défont et les contraignent de sort^ dé leur territoire.

Sur les plaintes d'Attila, Théodose voulut obliger les Asymontaîns à exécuter le traité. En hommes généreux, résistant à la cour comme à l'ennemi, ils répondirent que jamail ils ne pourraient regarder le déshonneur comme une loi, Attila et Théodose cédèrent à leur fermeté.

Un des articles de la paix obligeait l'empereur à livrer au roi des Huns tous les Allemands, tous les Goths, tous les Scythes qui avaient déserté ses drapeaux pour entrer dam \ les troupes impériales» Les Romains ne pouvaient se décider à sacrifier, à dévouer à un supplice certain tant d'officier» dont le courage avait brillé dans leurs légions. L'impitoyable Attila pressait l'exécution d'une disposition si dure. Théodose lui envoya une ambassade, dans l'espoir de le fléchir. l\ chei'chait à gagner Constance, secrétail*e d'Attila, qui pour prix de sa condescendance, exigea qu'on lui donnât en mariage une dame romaine, distinguée par sa naissance et par sa beauté ; la veuve du général Armatius fut la victime qui se dévoua, dans cette jcîrconstance, au salut d'un si grand nombre de guerriers.

L'historien Priscus et Maximin, ambassadeurs de Théodose, se rendirent près d'Attila. Là relation de ce voyage, par Priscus, fait connaître avec détail les mœurs de ces ft- •rouches conquérants. Le temps n'était plus où les envoyés romains dictaient des lois aux monarques, et traçaient aa-

i] THSQBOSi II ST TÀiBzrnmBir III. 299

d'eux avec leur baguette un cercle dont ils ne pouvaient

avant d'avoir juré 4'obéir aux maîtres du monde. Les

oyés de Tempereur, reçus avec une fierté dédaigneuse,

avèrent des liumiliations qui vengeaient enfin tant de rois

ejnps abaissés par Torgueil romain. On les ût attendre

jottrs avant de leur permettre d'approcber de la

dence de leur vainqueur. Quel spectacle pour des bommes

emment sortisde Constantinople, de cette cité où presque

tes les maisons étaient des palais, où brillaient tout le

de rOrient et tous les arts de la Grèce I Les ambassadeurs d'un César, d'un Auguste, arrivent pliants dans le village royal d'Attila, dont le palais n'é« qu'un bâtiment rustique, en bois, entouré de palissades de quelques tourelles. Ils traversent une foule de gardes verts de vêtements magnifiques enlevés aux Grecs et Romains, et sont contrains de se courber devant un e vêtu comme un simple Tartare, sans ornements, et t le trône n'était qu'une chaise grossière, ■Les envoyés exposèrent avec dignité l'objet de leur mis* B, employant ces phrases orgueilleuses et ce langage pomfeux consacré par d'antiques coutumes, mais qui convenaient si peu à un peuple abattu et dégénéré. Attila ne répondit à leurs discours que par des menaces. « Croyes^vous, leur ' • dit-il, qu'une seule ville de votre empire puisse prétendre « à subsister, lorsqu'il me plaira de la détruire ? » Cepen^ dant, après ce premier mouvement de colère, il s'adoucit pour eux, leur donna quelque espérance, et les invita à un grand bsmquet. .

11 y avait aussi près de lui les envoyés de Valentlnîen. Les ambassadeurs des deux empires furent placés, à ce fes-* tin, au-dessous de quelques petits princes barbares. Pen* dant ce long repas, suivant la coutume du Nord, on força tes convives àr boire avec excès; et, pour varier leurs plai* sirs, on fit jouer devant eux quelques scènes comiques par des bouffons; on fit combattre, en leur présence, des cap^s maures, et des guerriers scythes célébraient par leurs chants

300 litfPtBS d'obient. C4îS-&5i]

les victoires d'Attila. Les femmes de ces Barbares, plus libres que celles de TOrient, étaient admises aux festins, et les épouses. d'Attila conversaient familièrement avec les étrangers.

Le roi des Huns avait envoyé près de Théodose un amba$<^ sadeur nommé Édécon. Pulcbérie conservait alors pea de crédit à la cour d' Orienta L'eunuque Ghrysapbius, depuis : quelque temps, gouvernait l'empereur. Ce vil ministre, de) concert avec un de ses amis, nommé Vigîlius, essaya de corrompre Édécon, pour l'engager à tramer une conspiit^ tion contre la vie d'Attila. Édécon feignit d'y consentir. Théodose, malgré sa piété, approuva ce ccnnplot meurtrier*: Cependant Édécon informa son maître de cette trahison.* Attila, plus généreux que les Romains de ce temps, dédaigna d'exercer une facOe, mais injuste vengeance sur les ambas*' sadeurs qu'il avait entre ses mains.

Cependant. y igilius;^ qui avait servi d'interprète à ces ambassadeurs, et qui depuis était retourné à Constantinople, revint au camp d'Attila, portant avec lui les trois ce-aHi livres d'or promises aux conspirateurs. Attila le ût arrêter, l'obligea de tout avouer, lui laissa la vie, et envoya une nouvelle ambassade à Constantinople. Ëslaw et Oreste étaient chargés de cette mission. Lorsqu'ils furent admis à l'audience .de l'empereur, Eslaw dit à ce prince : « Voici ce que mon mai- « tre m'a chargé de vous £Giire savoir. Théodose et Attila « descendent de noble race. Attila, par ses exploits, a souff tenu la dignité de ses aïeux : Thécdose, par sa faiblesse, « s'est montré indigne des siens; il s'est dégradé ainsi que fi son peuple, en consentant à payer au vainqueur un tribut « honteux. Far là, il a solennellement consenti à devenir le « serf de celui que la gloire et la fortune ont placé au-dessus « de lui. Il devrait, comme un sujet fidèle, lui obéir et le resu pecter, au lieu de conspirer, comme un vil esclave, contre « son maître. »

Le descendant du grand Théodose, assis sur son tltue d'or, et quin!avait jamais entendu que les accents delà

[iS5-i5d] THÉODOSE II ET YÀLEIfTiNIEN III. 304

flatterie, se vit forcé d'écouter, avec autant de confusion que de frayeur, les paroles sévères et la juste réprimande que, du haut de sa chaise de bois, le sauvage Attila lai adressait. Il rougit, se déconcerta, trembla, ne put répondre, livra aux ambassadeurs son eunuque Chrysaphiug, et, pour apaiser Attila, choisissant les plus grands personnages de sa cour, lui envoya comme ambassadeurs Nommius et Anatolius, tous deux consulaire?, l'un grand-trésorier, et l'autre maitre-général des armées.

Ce qui doit paraître étrange, et ce qu'expliquent cependant les faiblesses de i'amour-propre humain, c'est qu'à cette époque même, où l'empire déchu de sa grandeur se voyait sans défense, livré aux invasions et aux outrages des Barbares, le souvenir de la gloire romaine, le titre de consul, la mémoire de tant de puissance et de tant de triomphes inspiraient encore quelque respect. Le choix des ambassadeurs flatta l'orgueil sauvage du roi des Huns. Radouci par cet hommage, il vint ^ au devant des envoyés de Théodose, lui pardonna, fit grâce même à l'eunuque et à l'interprète, rendit à l'empire plusieurs villes, mit en liberté un grand nombre de captifs, cessa d'exiger qu'on lui livrât les déserteurs, conclut la paix, et reçut pour prix de la tête d'un vil eunuque d'énormes tributs, qui écrasaient l'empire et qui auraient suffi à l'empereur pour payer une guerre glorieuse, au lieu d'acheter des Barbares une honteuse paix.

Peu de temps après la signature de ce traité. Théodose, en se promenant, fut renversé par son cheval dans le Lycus, se brisa l'épine du dos, et mourut la quarante-troisième année de son règne, et la cinquante-troisième de son âge (4o0).

Il fallait, pour relever l'empire, un caractère héroïque; les grands, l'armée, le sénat et le peuple placèrent Pulchérie sur le trône, et la proclamèrent impératrice. Ce fut la première fois que l'on vit une femme régner sur les Bomains.

Elle commença son règne par un acte de vengeance, qui en eut été un de justice, si elle avait suivi les formes de la loi. L'eunuque Chrysaphius, sans être jugé, fut décapité à

S4â BMPIRI b'ôHIXITT. C&S5^5&]

la porte du palais. Le courage et les talents de Pulchérie la rendaient digne de régner; mais le gouvernement d'une femme, contraire aux coutumes, pouvait exciter le mécontentement. Cette princesse ne voulut point s'y exposer : elie épousa un sénateur estimé, nommé Marcien, âgé alors de soixante ans, le revêtit de la pourpre, et Tobligea de jurer qu'il respecterait consternent son pouvoir et sa chasteté.

Marine et Arcadie, sœurs de l'impératrice, avaient comme elle fait vœu de virginité; toutes trois écrivirent ce vœu sur des tablettes enrichies de diamants, qu'elles portèrent en offrande à l'église de Sainte-Sophie. Tout homme, excepté les prêtres, ftit depuis ce temps exclu de leur présence; leur palais devînt un monastère, et leur cour une communauté religieuse.

Marcien justifia le choix de Pulchérîe par la fermeté de Son caractère, par la sagesse de sa conduite. Né en Thrace, . au sein d'une famille pauvre, il avait été dix-neuf ans domestique, et ensuite compagnon d'armes des généraux Aspar et Ardaburius. Il se distingua sous leurs ordres en Perse et en Afrique. Son mérite lui attira l'estime générale; sa modestie le mit à l'abri de l'envie. Monté sur le trône, il réforma par de sages lois les abus et les actes d'une tyrannie dont il avait longtemps souffert, et il se montra aussi doux pour ses peuples que fler contre ses ennemis.

Attila lui fit demander avec hauteur le payement du tribut annuel auquel s'était soumis Théodose. « Le temps 0 n'est plus, répondit Marcien, où Ton offensait impuné- « ment la majesté de l'empire. Je donnnerai volontiers des « subsides aux princes alliés qui me serviront fidèlement; fl mais je répondrai aux menaces avec des soldats, ducou- « rage et du fer. »

Apollonius, envoyé en ambassade près du roi de Huns^ loi tint le même langage. Le Barbare furieux menaça de tout exterminer et d'effacer du monde jusqu^ au nom de Rofnain* Il écrivit en ces termes aux deux empereurs : « Attila, ton

bs-ASA] TikX.B]!rfmifiN ni. SOS

Itnaitre, t'ordonne de faire préparer ton palais pour le re- (cevoir; il viendra bientôt t'y donner ses ordres. »

Cependant, comme ce guerrier était encore plus habile [ue farouche, dès qu'il fut informé des dispositions que faiait Marcien pour le combattre, redoutant cette lutte avec

Su empereur belliqueux, il le laissa en paix, déclarant qu'il ournait la conquête de TOrient Jusqu'au moment où il se rait emparé de la Gaule et de Tltalie. Il y marcha; mais sort y ramenait un guerrier que d'abord il avait protégé, qui bientôt, prenant les armes contre lui, Tempécha exécuter ses vastes desseins, et servit de digue à sa fureur.

Aètius s'était retiré chez les Huns après la mort de Bonifaee : mais revenant bientôt plus terrible, à la tête de soixante mille de ces Barbares, il inspira tant de crainte à Placidie, que cette princesse, n'osant le combattre, se livra totalement à cet ambitieux, et plaça son fils Valentinien BOUS sa tutelle. Cette prudence, ou cette iTaiblesse^ assura son repos. La cour de Ravenne fut délivrée d'un ennemi formidable, et acquit un salutaire appui.

Aétius, trois fois consul, maître-général des armées, exerça le pouvoir suprême sous le nom de duc des Romains de VOccident. Valentinien n'eut que le titre d'empereur, et jouit en repos de tous les plaisirs d'une cour corrompue, tandis que son général supportait seul le poids des affaires, et soutenait l'empire sur le bord de sa ruine.

Ce guerrier était Scythe de naissance. Son père, nommé Gaudentius, avait épousé une Romaine. Dans sa jeunesse, Aétius fut envoyé comme otage, d'abord près d'Alaric, et ensuite dans le camp des Huns. 11 dut sa fortune à sa force, à ses talents, à sa beauté. On admirait son adresse à tous les exercices, sa patience dans les revers, son courage au milieu des périls; on disait de lui qu'il était également difficile de le tromper, de le séduire et de l'intimider. . Heureux dans les combats, habile dans les négociations, il força les Vandales de respecter les frontières de l'Italie,

304 SMPIHE d'oBIENT. C435-&54^

protégea les Bretons contre les peuples du INord, établit Taa^ torîté de Rome dans une partie de l'Espagne et des GauU vainquit les Suisses et les Francs , et les força à combat comme auxiliaires sous les aigles romaines.

Dans le temps de sa disgrâce^ cherchant un asile dans camp d'Attila, il s'était intimement lié avec ce conquérant et avait même laissé auprès de lui son ûls Garpillo. L'épi sèment de l'Italie, lorsqu'il prit les rênes du gouvernement la faiblesse de l'armée, la détresse du trésor, l'obligèrei d'abord, malgré la fierté de son caractère, à payer un tribi au roi des Huns, dans le dessein de retarder l'approche de| Forage dont il voyait l'Occident menacé.

Profitant habilement des divisions qui existaient toujours' parmi les Barbares, sous le règne même du terrible AttiJa, il trouva moyen de s'attacher un corps nombreux de Huns et d'Alains, dont il satisfit la cupidité en leur cédant des terrains fertiles dans la Gaule, près de Valence et d'Orléans.

Un autre péril exigeait encore tous les soins de sa prudence, tous les efforts de son courage. La domination des Goths en Aquitaine s'affermissait chaque jour; après le règne glorieux de Vallia, fondateur de ce royaume, Théodoric, fils du grand Alaric, monta sur le trône, et sut régner avec éclat. Loin de se contenter de ses possessions, il voulut s'emparer de la province romaine, et investit la ville d'Arles. Aétius le força d'en lever le siège ; mais bientôt les Goths et les Bourguignons, s'étant unis contre Rome, attaquèrent, les uns Narbonne, et les autres la Belgique. Aétius, à la tête de sa cavalerie alaine et scythe, défit les Bourguignons, en tua vingt mille, et donna à ceux qui échappèrent de ce combat un territoire en Savoie. Dans le même temps, huit mille Goths, surpris et attaqués, tombèrent sous les coups de son lieutenant, le comte Lictorius, qui par cette victoire délivra Narbonne.

Après de si brillants succès, Aétius retourna en Italie; mais, pendant son absence, Lictorius, avec une troupe de Huns, tenta une entreprise téméraire sur Toulouse; Théo»

[A35-&5&] TÀLBNTDilBN III. 3<^5

doric lui livra bataille,' mit ses troupes en fuite, et le fit prisonnier. Cet échec contraignit Aétius de revenir dans la Gaule. Ayant réuni ses forces^ il marcha contre le roi des Goths. Lorsque leurs armées furent en présence, au lieu de combattre, ils négocièrent et conclurent la paix.

Théodoric, qui voulait civiliser ses peuples, envoya ses fils étudier les belles-lettres dans les écoles les plus renommées de la Gaule, cherchant à faire perdre à ses sujets l'habitude de la guerre, pour les attacher à Tagriculture et aux arts de la paix. Il crut assurer sa tranquillité en formant des alliances avec les rois dont il pouvait redouter l'ambition. Ses deux filles épousèrent, l'une le fils du roi des Huns, et l'autre celui du roi des Vandales. Le sort trompa ses vœux. L'ainée de ces princesses devint promptement veuve, son mari périt victime d'une conspiration ; la seconde était réservée à de plus grandes infortunes.

Son beau-père, Genséric, roi des Vandales, barbare et défiant, croyait tout ce qui l'entourait disposé, comme lui, au crime. Universellement craint et haï, il redoutait tous ceux qu'il faisait trembler. Soupçonnant sa belle-fille de vouloir l'empoisonner, il lui fit couper le nez, les oreUles, et la renvoya ainsi mutilée à Théodoric.

Le roi des Goths, indigné de cette atrocité, jura de se venger d'un ai sanglant outrage, et conclut avec les Komains un traité dont l'objet était de renverser du trône cet assassin, et d'enlever l'Afrique aux Vandales.

Genséric évita ce danger par une divei*sion. Ce Barbare, qui ne devait rencontrer partout que des ennemis, trouva un allié digne de lui; il s'unit avec le féroce Attila. Le roi des Huns, sans perdre de temps, profita du prétexte qui s'offrait à son ambition, et, à la tète de sa nombreuse armée, il envahit la Gaule. Aucun obstacle n'arrêta d'abord la course de ce torrent dévastateur.

La justice est si nécessaire aux hommes qu'elle est encore invoquée par ceux qui la respectent le moins, et, en commençant la guerre la plus injuste, les princes les plus ambi-

s 06 EM^IBE D'oBtSNT. U25-i5Al

tieux cherchent par dei» manifestes à tromper les hommes qu'ils oppriment, les peuples qu'ils moissonnent, et à leur persuader qu'ils ne s'arment que pour soutenir des droits légitimes. Le barbare Attila lui-même crut nécessaire, en passant le Rhin, de colorer son agression, en réclamant la main et la dot de la princesse Honoria, fille de Placidie, qui s'était éprise pour sa gloire sauvage, et en annonçant le dessein, de replacer sur le trône des Francs le flls aine de Clodion, qui en avait été chassé par Mérovée*. Depuis près d'un siècle, les Francs occupaient la Toxandrie (partie de la Belgique), et les contrées situées sur les rives du bas Rhin. Ces peuples avaient cédé le droit de les gouverner à une famille qu'on nomma la famille méromngienne. Quelques auteurs prétendent que le premier roi de cette race était ce Méranbaudus que nous avotis vu servir avec éclat dans les armées des Romains. Il paraît que le trône, héréditaire dans la famille, ne passait point directement à l'atné. Les Francs élisaient parmi les princes de cette maison celui qu'ils croyaient le plus digne de la couronne. Lorsqu'il était élu, on le proclamait en l'élevant sur un bouclier, cérémonie qui rappelait sans ^oute à ces princes que leur puissance, fondée par les aimes, ne pouvait être soutenue que par elfes. Les princes de 1^ famille mérovingienne portaient, pour se distinguer, une longue chevelure. On les appelait regescriniti (rois chevelus). Tous les autres Francs se rasaient le derrière de la tête ; ils avaient de longues moustachel; on les distinguiût des autres Barbares par la hauteur de leur taille, par la fierté de leurs yeux bleus: ils portaient des habits étroits, et se servaient d'une lourde épée; tin immense bmclier les couvrait presque entièrement. Leur course était rapide; ils traversaient à la nage les plus grands fleuves, excellaient à manier la hache, à lancer le javelot, et s'étaient acquis par leurs exploits une grande réputation de bravoure. On croit généralement que la nation des Francs était une confédération formée par des tribus sorties de différents peuples de la Germanie, et qu'ils devaient leur nom à leur amour pour la liberté.

;42S-45A] TÀlBNttNIBN III. 307

Une autre confédération, issue de la même source) avait lonné à ceux qui la composaient le nom d'AllemandSj probablement pour rappeler que c'étaient des hommes sortis le toutes les nations connues dans le Nord.

Le premier des rois chevelus dont on ait cité des conquêtes ftans la Gaule était Clodion; il foisait sa résidence dans une forteresse nommée Dispargum, Ce rot, voyant Kome occupée à lutter en Italie contre les Barbares, et trouvant la seconde Belgique sans défense, s'empara de Cambrai et de Tournai. n porta ses armes jusqu'aux rives de la Somme. Tandis que, fier de ses succès, il célébrait «les noces de son fils, et que tout son ciamp se livrait à la débauche, qui, chez les Barbares, était inséparable de pareilles fêtes, il se vit, pendant la nuit, au milieu d'un festin, surpris et attaqué par Tinfatigable Aétius. Les Francs, plongés dans l'ivresse, n'eurent ni la force ni le temps de prendre leurs armes ; les Bomains renversèrent leurs tables, pillèrent leur camp, s'emparèrent de leurs chariots et emmenèrent captives les princesses et toutes les femmes qui assistaient à ces noces.

Clodion, forcé du fuir, répara cet échec, réunit sa troupe et combattit si vaillamment Aétius, que cet habile général ne put lui enlever ses conquêtes, dont Trêves et Cologne faisaient partie.

Lorsque Clodion mourut, ses deux flis se disputèrent le

trône; Mérovée, le plus jeune, se rendit à Bome pour im*

plorer la protection de Valentinien. Aétius traita ce prince

comme s'il l'avait adopté pour iils, lui promit de puissants

secours et le renvoya dans la Gaule avec de magnifiques pré*

sents. Dans le même temps, son frère aîné Sollicitait l'appui

d'Attila, qui, sur sa demande, entra dans la fraule, promet*

tant de lui rendre le sceptre que les Bomains lui enlevaient.

L'autre m^ïtif pour lequel Attila prétendait s'armer devrait

paraître plus romanesque qu'historique ; mais les passions

rendent vrai ce qui souvent n*est pas vraisemblable. La

princesse Honoria s'était laissé séduire par un chambellan

• nommé Eugène. La sévère Placidie, sa mère, la bannit de

3(M EllAPIRB o'oBIBNt. [&S5-4Sq

sa présence et l'envoya à Constantinopte. Honoria, vive d passionnée, ne put supporter la vie austère qu'on menait dans ce palais, que Pulchérie et ses sœurs avaient changi en couvent. La renommée d'Attila séduisit son ardente imt^ gination ; les mœurs sauvages des Huns, Tâpreté du cara^ tère de leur chef lui semblaient préférables aux rigaeun monastiques de la cour de Byzance. Au mépris de tous Sfli devoirs de femme, de princesse et de Romaine, elle écritif au Barbare, lui envoya son anneau, lui donna sa foi, et il conjura de la réclamer comme son épouse. ' Dans les premiers moments , Attila ne répondit que paf un froid mépris à cette démarche extravagante. DédaigiUi4 les liens d'un chaste hymen, il prenait et abandonnait piu sieurs femmes au gré de ses caprices ; et le palais rustiqiit de ce guerrier sauvage , semblable aux sérails des priocel actuels de l'Orient, était rempli de beautés de différents pays, qui s'y voyaient traitées plus en esclaves qu'en épouses»

Cependant lorsque le roi des Huns forma le dessein d'eavahir la Gaule , inspiré par son ambitieuse politique et noi par un frivole amour, il demanda aux cours de Ravenne et de Constantinople qu'on remit Honoria entre ses mains. e||| qu'on lui doni^t pour dot une partie du domaine impérial C'était renouveler les insolentes prétentions que jadis le» Tanjoux, ses ancêtres, avaient osé former sur les princesses de la Chine.

Il éprouva le refus qu'il attendait : on lui déclara que la princesse était liée par d'autres nœuds , et que d'ailleurs, suivant les coutumes romaines, les femmes n'avaient aucua droit de succession à l'empire. La famille d'Honoria la força d'épouser un homme obscur, et on l'exila dans une petite bourgade en Italie, où elle termina, au bout de quelques années, sa honteuse carrière.

Dès qu'Attila donna le signal de la guerre, tous les peuples barbares accoururent, à sa voix, des côtes de la mer Baltique, des rives du Volga, des bords du Danube, et se réunirent au confluent du Rhin et du Necker. Une troupe de .

[A25-A5A] YALBNTINIEM III. 309

Francs, conduits par le ûls aîné de Clodion, leur servirent de guides. La Gaule consternée paraissait frappée de stupeur, et se montrait semblable, non à un guerrier qu'on attaque, mais à une victime que l'on sacrifie, à un criminel qui reçoit et va subir son arrêt.

Les historiens du temps ne parlent de cette invasion que comme d'un incendie. Les Barbares massacraient indifféremment les enfants, les femmes, ks vieillards. Un çrand nombre de villes périrent dans les flammes. Metz tout entière fut détruite. La férocité des Huns n'y laissa subsister qu'une petite chapelle. Les écrivains ecclésiastiques de cette époque, en racontant ces désastres, ne citent que les miracles qui, au défaut de soldats, arrêtèrent quelquefois la marche de ces dévastateurs. Selon leur récit, les prières d'une jeune vierge de Nanterre, sainte Geneviève, sauvèrent Paris, et parvinrent à. en éloigner Attila. Le roi des Huns, ayant passé l'Yonne près d'Auxerre, vint camper sous les murs d'Orléans. Ce fut là, pour la première fois, qu'il trouva des portes fermées et des remparts défendus.

Le roi des Alaias avait secrètement promis de lui livrer les Romains et la ville. Ce complot fut découvert et déjoué. Saint Aignan, évêque d'Orléans, ranima le courage de ses concitoyens. La garnison combattit avec opiniâtreté, et donna le temps au brav-e Aétius de venir à son secours.

Le général romain avait conclu une alliance avec Théodorie, roi des Yisigoths : tous deux marchèrent contre les Huns avec une armée nombreuse que grossissait un grand nombre de guerriers bourguignons, saxons et ripuaires. On y remarquait surtout une foule intrépide de Francs que commandait Mérovée. Informé de leur approche^ le roi des Huns leva le siège et se retira, dans le dessein de se rapprocher des divisions qu'il avait laissées derrière lui. Les Romains, les Yisigoths et les Francs le poursuivirent sans le laisser respirer. Cette retraite ne fut qu'un combat continuel. Enfin les deux armées, s' étant arrêtées dans les vastes plaines de Châlons, ftprès (juelques heures de repos^ seiivrèrent bataille (45^).

140 BMSIBB b'oRXBNT. tA^MIQ

Ce jour devait déeider le» destinées de rOeeident : Attila, doiit ce grand péril augmenta la férocité natureUe, parcovt ses nombreuses lignes, composées de Barbares de tous les i climats. Les rois, les princes, les héros du Nord qui le sm- 1 vent en foule, semblent plutôt ses esclaves que ses compt-r i gnons; et osant à peine lever les yeux sur lui, ils attendent ses ordres dans un respectueux silence : a Vous avez toute « espérer, rien à craindre, leur dit*il ; je vous commande, fli « Mars vous protège : mes exploits passés vous prometteift « la victoire ; la lâcheté des Romains est le garant de leur déf i foite.Qui pourrait nous arrêter? seraient-ce ces Franesdifii « ses entre eux, et dont la moitié combat sous nos enseignest « seraieat*ce ces Visigoths, ces Baurguignons, qui depoilj c tant d'années fuient devant nous, et s'arrêtent' ici phiSj « par lassitude que par courage ? Marchez avec une pkioe J « confiance ; rien n'est au-dessus dQ vous que le- destia, j « maître de l'univers. Aucun mortel n'échappe à ses décrets; | ft il tue Thomme faible dans la fuite, dans le repos, dans la j « paix, et sauve le brave au milieu de tous les périls de « guerre. Je ne vous dis plus que cette seule parole : inspii a par les. dieux, je lancerai le premierdard etjedévoui « les lâches à une mort inévitable. »

Jomandès, historien des Goths, prétend que dans l'i quité on ne vit jamais des passions plus féroces, des combat»' tants plus nombreux, une bataille plus sanglante et plus opiniâtre.

L'espérance de pouvoir, après la victoire, piller et raviver à leur, gré, sans obstacles, les plus riches contrées du monde, redoublait le courage et l'ardeur des guerriers d'Attila.

Les troupes d' Aétius, de ThéodoriCj de Mérovée,^ comliattaient avec la fureur du désespoir; chacun savait qu'il &Uait mourir ou vaincre, pour sauver sa liherté, son honneur, » famille, sa patrie. Si les Huns restaient vainqueurs, l'Earope devenait barbare.

Tant de motifs enflammaient la bravoure, et permettaieat pu de ]^enser au3( combinaisons de la tacticpie. Au Uea de

manœuvrer, on se précipitait les uns sur les autres, on com« jbattait corps h corps. Cette longue bataille ne fût qu'une affineuee mêlée.

La masse des Huns parvint à enfoncer le centre de leurs ennemis, et réussit à le séparer des deux ailes. Après des prodiges de valeur, Théodoric, blessé, tombe et meurt, entouré de ses plus braves guerriers, qui voulaient lui faire un rempart de leurs corps. On dit que les aruspices, consultés par Attila, lui avaient prédit qu'il serait vaincu, mais que son plus dangereux ennemi périrait. Au moment où les Huns, poussant leurs avantages, faisaient retentir l'air des chants de victoire, Thorismond, prince des Yisigoths, descend d'une eoUine avec un corps de réserve, enfonce à son tour les Barbares, ranime ses alliés et change la face du combat. De toutes parts on se jette sur les Huns, on en fait un affreux carnage. Attila, comme un lion rugissant, fait d'inutiles efforts pour ramener ses soldats à la charge; pour la première^ fois la terreur les rend sourds à ses ordres ; ils prennent la JL fuite et se sauvent dans leur camp, où ils se retranchent, W selon leur coutume, derrière leurs nombreux chariots^ ^ Cent cinquante mille cadavres couvraient le champ de ba* F taille; des récits, probablement exagérés, doublaient ce £ nombre. Les Yisigoths vainqueurs proclamèrent roi, sur ces r sanglants trophées, l'intrépide Thorismond. Il conseillait à ses alliés d'assiéger Attila dans son camp ; mais l'habUe Aétins, qui ne redoutait plus les Huns, et qui croyait nécessaire, pour maintenir les Goths dans son alliance, de ne pas dé* traire complètement Attila, s'opposa à -ce dessein. Il se chargea de défendre la Gaule, et décida Thorismond à partir pour Toulouse, afin de s'assurer un trône que pouvaient lui disputer quelques rivaux.

Après son départ, Aétius et Mérovée, harcelant sans cesse le roi des Huns, que le défaut de vivres et l'affaiblissement de Json armée forçaient à la retraite, le battirent encore en plusieurs rencontres, et le poursuivirent jusqu'en Thuringe. l^ soldats d'Attila, en tn^ versant le pays des francs, cem-

342 BMPIRB d'orient. [^S-&54]

mirent d'horribles eruaatés, massacrèrent les prisonniers, égorgèrent les otages, et firent écarteler deux cents Jeunes femmes par des chevaux sauvages. Dans la suite, ces atrocités furent les motifs ou les prétextes de la vengeance que k ûls de Clovis exerça en Thuringe.

Attila, vaincu, loin d'être découragé, espéra qu'il se dédommagerait en Italie des revers qu'il avait éprouvés dans la Gaule. Ayant pressé de nouveau sans succès les deux cours impériales de lui livrer Honoria, il franchit les Alpes et investit Aquilée (452). On vit pour la première fois, pendant ce siège, les Huns se servir des machines de guerre, et employer les arts de la civilisation pour détruire les peuples civilisés.

Les Romains, dégénérés, auraient seuls été incapables de résistance : mais une troupe de Goths qui était à leur solde, et que commandaient les princes Alaric et Antala, releva ^leur courage.

La résistance fut aussi vive que l'attaque. Après trois mois d'eSforts inutiles, les Huns demandaient qu'on levât le siège, lorsque Attila, voyant un cigogne qui s'envolait du haut d'une tour de la ville, dit à ses soldats : « Ce présage nous « annonce un prompt succès; cet oiseau domestique ne quit- « terait pas son asile, s'il ne préyoyait pas la destruction da m lieu de sa retraite. » Ces paroles remplirent d'espéranee et d'ardeur les Barbares découragés ; ils se précipitèrent sur les murailles d' Aquilée, la prirent d'assaut, la livrèrent au pillage, la rasèrent et la réduisirent en cendres. Après cette victoire, Attila ne rencontra plus, au lieu de Romains armés, que des esclaves tremblants, qui sacrifiaient leur honneur pour sauver leur vie. Padoue, Vicence, • Vérone, Bergame, Pavie, Milan même se soumirent. Dans cette dernière ville, Attila ayant vu un tableau qui représentait l'empereur sur son trône et des princes scythes prosternés devant lui, le fit brûler, et le remplaça par un autre tableau où luimême était peint sur son trône recevant les hommages des deux empereurs, q^ déposaient leurs trésors à ses pieds.

[&35-45i] VALENTINIBN III. 313

Ces hordes de Barbares ne se bornaient pas au pillage : elles dévastaient les champs, abattaient les arbres, brûlaient les chaumières ; loin de les réprimer, Attila encourageait leurs excès, et disait avec orgueil que « Tlierbe ne croîtrait « jamais où son cheval avait passé. » Ce terrible fléau répandait partout la terreur, tandis qu'il aurait dû réveiller les courages. Chacun, loin d'oser défendre sa patrie, ne son* geait qu'à l'abandonner. Bientôt la Lombardie et la Yénétie furent désertes ; leurs habitants cherchèrent un refuge dans les îles du golfe Adriatique. Un prince des Goths les comparait à des poules d'eau, qui déposent leurs nids au milieu des vagues. Venise dut sa naissance à ces émigrations. L'intérêt commun unit tous les exilés : la nécessité excita leur industrie et les rendît commerçants. La république qu'ils formèrent était composée de douze îles, gouvernées chacune par un tribun. Cet État naissant se consolida sous la protection des princes des Goths, et parvint depuis à une haute prospérité.

Les Francs et les Vîsigoths, qui s'étaient alliés avec Aétius dans le dessein de chasser les Huns de la Gaule, refusèrent de se joindre à lui pour défendre contre eux l'Italie. Ce grand général prouva que le succès dépend plus de l'habileté du chef que du nomibre des soldats, et qu'il était, suivant les circonstances, aussi prudent qu'intrépide.

A la tête d'un faible corps de troupes d'élite, il sut contenir Attila sans se compromettre, le harceler sans cesse, lui couper les vivres, éviter les batailles, et réduire la guerre en affaires de postes. Ce nouveau Fabius profitait de toutes les chances favorables, minait les forces de l'ennemi, ménageait les siennes et gagnait du temps; ce qui est tout gagner dans les guerres d'invasion.

Tandis que les talents d'un seul homme luttaient ainsi contre la destinée, le lâche Valentinien, cédant à ses terreurs, fuyait de Ravenne, se retirait à Rome, et voulait abdiquer un pouvoir dont le péril, à ses yeux, enlevait tous les charmes. Il proposait bassement au sénat et au peuple d'à-

T. Il

344 BMPIBB b'oRIENT. [A25-&5&]

bandonner avec lui Tltalie. Us ne lui permirent pas de sai^e ce pusillanime dessein ; mais comme on ne pouvait le décider à tenter le sort des armes pour s'affranchir, on lui conseilla d'essayer la voie des négociations.

Les ambassadeurs qu'il chargea de se rendre près d'Attila furent le consulaire Aviénus, Trigétius, préfet du prétoire, et le pape Léon, qui dut à sa fermeté au milieu des malheurs publics le surnom de Grand.

Us trouvèrent, par un contraste qui faisait cruellement sentir la différence des temps, le féroce Attila, cet impitoyable dévastateur du monde, campé sur l'héritage du favori d' Au» guste, de l'immortel Virgile.

Plusieurs motifs disposaient le roi des Huns à la paix. Aétius, par sa temporisation, avait lassé sa patience. Il était fatigué des blessures continuelles que lui faisait cet habile ennemi, aussi prompt dans la retraite que dans l'attaque; il le rencontrait partout, et ne pouvait l'arrêter nulle part.

Ses guerriers sauvages, énervés par les débauches, ne résistaient plus à la chaleur du climat. Une ûèvre contagieuse se répandit dans son armée. Attila, quoique impie, était superstitieux; il craignait, d'après les prédictions de ses devins, d'éprouver le sort d'Alaric, et de mourir comme lui s'il entrait dans Rome. Les historiens du temps ajoutent que la gravité, l'éloquence de Léon et la majesté de ses habits pontificaux le frappèrent de respect; enfin que les apôtres Pierre et Paul lui étaient apparus, et l'avaient menacé des vengeances du ciel s'il persistait à vouloir détruire l'empire romain. Le célèbre Raphaël donna depuis à cette fable, par un tableau, le sceau de l'immortalité. Ce qui est certain, c'est que les ambassadeurs romains furent accueillis favorablement, et en peu de jours conclurent la paix.

Attila promit d'évacuer l'Italie, à condition qu'on lui livrerait Honoria avec une riche dot ; il déclara en (nême temps que si la princesse n'arrivait pas dans ses États à l'époque convenue, il reviendrait avec une plus nombreuse armée porter le fer et le feu dans T Italie, et détruire Rome de fond ep coml>Ie.

[A25-i5A] VALENTINIEN III. 34 5

Fidèle à sa parole, il partit promptement et retourna dans son palais rustique, sur les bords du Danube. Quoiqu'il attendît Honoria, insatiable de plaisirs comme de conquêtes, il augmenta le nombre de ses femmes, et contraignit une riche et belle captive, nommée Ildico, à Tépouser. Cet hymen, formé par la violence, causa sa perte, et le désespoir d'une femme délivra la terre d'un monstre que n'avaient pu détruire les plus formidables armées. Pour célébrer ses noces, le roi des Huns avait employé une journée et la plus grande partie de la nuit en fêtes et en festins : plongé dans l'ivresse, il se retira enfin avec sa femme que la haine, au lieu de l'amour, guidait prés d© lui. Le lendemain matin, ses guerriers, surpris de ne point le voir paraître, pénétrèrent dans sa tente et le trouvèrent mort et baigné dans son sang. Les Barbares répandirent le bruit qu'il avait péri à la suite d'une violente hémorrhagie ; mais les Romains attribuèrent sa mort à la vengeance d' Ildico.

Son armée célébra ses funérailles avec la pompe des Barbares : on chanta des hymnes pour immortaliser ses exploits; les regrets donnés à la perte d'un guerrier si vaillant furent suivis de grands festins où le délire de .l'ivresse se joignait bizarrement à celui de la douleur. Les escadrons guerriers des Huns firent retentir bruyamment l'air de leurs armes, autour du corps de leur héros; suivant leur coutume, ils se frappaient, déchiraient cruellement leur visage, et mêlaient aux éloges qu'ils lui prodiguaient cette terrible vérité : « Que * l'hommage le plus digne d'un chef était, non des larmes « ordinaires, mais des larmes de sang. » On enferma ses testes dans un magnifique cercueil, et pour qu'ils fussent à l'abri de toute insulte, imitant tout ce qui avait été fait pour Alaric, on immola les ouvriers qui avaient croisé son tombeau.

L'empire d'Attila, presque aussi étendu qde celui d'Akxandre, n'eut pas une plus longue durée, et survécut peu à ses funérailles. Les fils qu'ils avait eus de tant de fetnmes différentes se divisèrent ; les chefs des tribus se firent la

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guerre. Hellac, fils aine d'Attila, soutenu par un grand parti, fut attaqué par des chefs qui voulaient se rendre indépendants. Il leur livra bataille en Pannonie, et perdit à la fois la couronne et la vie. Ardarie, son vainqueur, après lui avoir tué trente mille hommes, gouverna une partie de ses États. On l'appela roi des Gépidcs; il régna dans le palais d'Attila, et sur les contrées qui s'étendaient jusqu'à la mer Noire. Les Ostrogoths formèrent un rovaume séparé depuis Vienne (Autriche) jusqu'à Syrmium. Dinginsich, un autre fils d'Attila, à la tête de quelques tribus, se défendît en Thrace quinze ans contre ses rivaux, attaqua l'empire d'Orient, et périt dans un combat. Enfin Sessac, dernier fils d'Attila, se retira en Scythieavec les Huns les plus attachés à la mémoire de son père; mais ils en furent dans la suite chassés par les Avares et par les peuples de Sibérie, qui dispersèrent les derniers débris de ce fléau du monde.

Lorsque Attila et son empire s'écroulèrent, Placîdie n'existait plus. Cette princesse mérita et conserva une juste célébrité. Elle fit tout ce qu'une femme pouvait faire. Son courage personnel n'aurait pu défendre l'empire, sa prudence le sauva ; et, sacrifiant ses ressentiments et son amourpropre blessé, elle sut, en rendant sa confiance au brave Aétius, donner à Rome un appui qui retarda sa ruine. Elle se montra aussi juste qu'habile. Tous les princes devraient avoir constamment sous les yeux ces belles paroles que Ton trouvait à la tête d'une de ses lois : a La majesté souve- « raine, disait-elle, se fait honneur en reconnaissant qu'elle « est soumise aux lois ; la puissance de ces lois est le fonde- « ment de la nôtre. Il y a plus de grandeur véritable à leur « obéir qu'à vouloir commander sans elles. Par le présent « édit, nous nous félicitons de montrer à nos sujets queUcs « sont les bornes que nous prétendons mettre à notre « autorité. »

Valentînien avait atteint l'âge de trente-cinq ans lorsqu'il perdit sa mère. Tant qu'Attila lui inspira quelque crainte, il se montra plutôt le disciple d' Aétius que son souverain; 'i^^

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combla de faveurs, et lui promit de prendre pour gendre son fils Gaudentius, auquel il destinait Êudoxiesa fille. Mais dès qu'il crut qu'il n'avait plus de dangers à redouter, sa reconnaissance fit place à Tenvie, et, ne pouvant supporter la gloire d'un grand homme qui sauvait l'empire, il résolut de s'en défaire.

Aétius, indigné de cette ingratitude, prit les armes contre lai, et l'amena bientôt par la peur à une réconciliation. Trop confiant, comme tous les hommes courageux, Aétius crut à la sincérité de ce prince lâche et perfide, et se rendit sans gardes dans le palais, pour presser l'empereur de célébrer, comme il en était convenu, les noces de Gaudentius.

Valentinien, violant tous les droits de la reconnaissance, de l'humanité, de la justice et de l'hospitalité, l'accabla de reproches, dès qu'il le vit, tira son épée et l'enfonça dans le sein du guerrier qui avait soutenu sa couronne : jusqu'alors l'empereur n'était que méprisé , depuis ce moment la haine générale succéda au mépris. Vainement il s'efforça de colorer ce crime et de justifier cet assassinat, en déclarant qu'Aétiiis prétendait au pouvoir suprême. Un sénateur lui répondit: « J'ignore quels peuvent être vos motifs; mais ce « qui est certain, c'est que vous avez agi comme un insensé « qui se servirait de sa main gauche pour couper sa main « droite. » On trouvait ce prince si indigne du trône, que, sortant tout à coup de sa longue servitude, le sénat parut vouloir reprendre son ancienne indépendance.

Cependant Valentinien, marchant sur les traces d'Héliogabale et de Caligula, ne faisait consister la jouissance du pouvoir suprême que dans la violation des lois et dans le lûéprisde tous ses devoirs. Abandonné sans frein aux dé - ^îiuches IvS plus scandaleuses, il dédaignait sa femme et outrageait la pudeur des dames romaines les plus distinguées» L'épouse du sénateur Pétronius MaximusTcnfiamma par sa beauté, et comme il n'espérait pas la séduire, il réélut d'employer l'artifice et la violence pour satislîiire ses <^oupables désirs. Ayant invité Pétronius h venh' jouer avec*

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lui, il trouva le moyen de lui gagner tout son argent et même ; son anneau. Dès que cet anneau fut dans ses mains, il char- J gea un aÊfranchi de le présenter à la ffemme de Pétronius, et de lui dire que son mari voulait qu'elle vînt au palais. Elle y arriva sans défiance, y fut enfermée et devint la victime du tyran qui ne respectait aucune vertu. Après l'avoir outragée, Valentinien la renvoya audacîeusement^ehez elle; i elle y porta sa honte, sa douleur, et enflamma son époux j de la soif d'une juste vengeance.

Parmi les gardes de l'empereur, il en restait plusieurs q!ii regrettaient Aétius, et ne cherchaient que l'occasion de punir son meurtrier. Maximus Pétronius les encouragea par des présents et par des promesses ; ils formèrent une conspiration ^ont aucun ne trahit le secret; et, un jour, entourant l'çmpereur au moment où il assistait dans le Champ de Mars aux jeux militaires, ils se jetèrent sur lui et le poignardèrent, ainlài que son vil favori, l'eunuque Héraclius.

La vie honteuse et la mort tragique de ce prince, l'incertitude du sénat, la dépravation du peuple, l'audace renaissante des Barbares, depuis qu' Aétius n'existait plus, semblaient présager à Rome une destruction prochaine et l'accomplissement de la prédiction faite à Romnlus lorsque douze vautours s'offrirent à ses regards. Les devins déclarèrent alors que Rome serait détruite douze siècles après sa fondation. Les Romains consternés se rappelaient avec terreur cet oracle ; un présage plus sûr de leur ruine était la perte totale de leur courage et de leurs vertus. On les voyait alors tremblants, fuir leur patrie, s'enfermer dans les monastères, ou chercher une honteuse sécurité dans les camps des Barbares. La Gaule était ravagée par les Francs, les Goths et les Bourguignons. Les patriciens, dont les provinces n'alimentaient plus les richesses, ne pouvaient plus, comme autrefois, protéger leurs clients et nourrir la multitude. L'Afrique était perdue sans retour; les Vandales, enrichis par le pillage de l'Espagne et de la Sicile, fondaient une nouvelle Carthage sur les ruines de l'ancienne, et qui devait bientôt flétrir les lauriers et ren-

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verser la patrie des Seipions. Tel était Tétat déplorable de r empire d'Occident lorsque Valentinien mourut.

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