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dfome, an pied du trône du jeune empereur Léon. Les perfides conseils de sa mère et de son aïeule lui avaient dicté d'aTance les paroles qui îe perdirent. Zenon s'approche respeetueusement de lui,, et s'agenouille pour lui rendre hommage : le jeune prince détache son diadème de son fiont, le place sur la tête de son père; en même temps il le « proclame auguste et le déclare son collègue.
La multitade, toujours facile à émouvoir, applaudit à cet acte généreux de Tamour filial. Feu de jours après, le poison termina le règne et la vie de cet enfant infortuné. Zenon réunissait, dans un corps difforme et dans une âme i basse, tous les défauts et tous les vices des plus niéchants princes. Présomptueux, lâche, défiant, capricieux, ingrat, eruel, il payait les plus grands services par Texil, et les plus ; légères offenses par la mort; il s'efforçait de cacher sa laideur par le fard, son impiété par le faux z^le, et sa lâcheté ' par la forfanterie : on le vit toujours menacer les Barbares, que jamais il n'osa combattre; et la fortune en l'élevant au rang suprême ne fit qu'accroître et mettre en lumière tous les vices qu'il avait reçus de la nature.
L'histoire d'an homme aussi vil, d'un tyran si faible et si méprisable serait peut-être tombée par le dégoût dans l' oubli, si son règne n'avait pas été l'époque de grands événements.
Son orgueil, en vpulant commander aux consciences, devint la cause de la première guerre religieuse qui ait ensanglanté la terre ; jusque-là, les hérésies n'avaient produit que des séditions.
Sa faiblesse favorisa la fortune et la gloire du plus grand homme de ce siècle, de Théodoric, et fit perdre l'Italie à Tempire.
Le eiel paraissait dans ce moment réunir contre l'Orient tons les fléaux de sa colère : Zenon avait un fils qui s'efforçait d'imiter et de surpasser ses vices; l'excès de ses débauches délivra la terre de be jeune Néron. . Les' deux frères de l'empereur^ Conon et Longin, ne se
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rondaient pas moins odieux : le premier ne se plaisait qa'à répandre le sang; Tautre, toujours ivre, outrageant tes femmes les plus distinguées, enlevait celles des prenuen magistrats. U assovvit, dit-on, sa brutalité sur toutes les vierges d'un monastère.
L'acte de l'empereur qui signala je plus sa lâcheté fut ït bandon de Rome. Le sénat, subjugué par l'usurpateur Odoir çre, lui envoya le décret qui abolissait le titre d'mnperenr d'Occident, et qui détrônait à la fois le prince choisi par les Romains, le faible Augustule, et Julius Népos, neveu de son prédécesseur, Léon, revêtu par loi de la pourpre.
On exigeait qu'il investit Odoacre de la dignité de patriee et du pouvoir suprême en Italie. Zenon ne soutint par lei armes ni les droits de Népos ni ceux de Tempire, et la crainte l'emporta sur la voix de l'honneur : il céda Rome.
La vanité lui^dicta d'abord un refus hautain; mais bientôt, dominé par la peur, il livra l'Italie à Odoacre, le nomma patrice, et se contenta d'un vain hommage qui ne constatait que son orgueil et son impuissance.
Yainemisnt, à cette époque de l'avilissement du trône, quelques hommes courageux voulurent défendre dans ia Gaule les débris de la puissance romaine. La vaillance du gendre d' Avitus et la fermeté de Sidonius Apoliinaris, évé* que de Giermont, avaient chassé de l'Auvergne le roi dei Yisigoths. Julius Népos céda depuis cette province, et le faible Zenon, en abandonnant l'Italie, rendit cette perte i^ réparable.
Le mépris qu'inspirait Zenon redoubla l'audace des Bar* bares : quelques tribus de Sarrasins ravagèrent la Mésopotamie, les Huns envahirent la Thrace ; les vaisseaux de Gen* série répandirent la terreur sur toutes les côtes de l'empire.
Zenon, qui n'opposait à ses ennemis que de l'argent et des intrigues, envoya au roi des Vandales un ambassadeur dent la sagesse fut plus utile à l'empire qu'une armée.
Dans ce temps de corruption, Sévère s'était acquis par sa vertu une si grande renommée, qu'on croyait revoir en loi
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un ancien Romain ; rt)pinion publique le comparait aux Fabricius et aux Caton. Lorsqu'il vint à Carthage, les troupes de Genséric étaient déjà débarquées en Épire, et faisaient trembler Zenon dans sa capitale. La vertu de T ambassadeur, son éloquence, son adroite fermeté, inspirèrent tant de respect à Genséric, qu'il conclut la paix et lui dit : « Je « vous rends gratuitement tous les captiâ grecs et romains, « dont ma famille et moi nous pouvons disposer; les autres « appartiennent à mes officiers, à mes soldats : je n'en suis « pas le maître ; je vous autorise à les racheter. » Sévère prodigua toute sa fortulie et vendit jusqu'à sa vaisselle pour délivrer ses concitoyens. Il signa un traité qui assurait l'évacuation de l'empire, garantissait la tranquillité du commerce, et promettait le rétablissement des églises et la tolé« rance du culte catholique. Ainsi la vertu d'un seul homme obtint d'un roi barbare ce que les légions grecques et romaines n'avaient pu lui arradier.
La cour de Gonstantinople était à la fois un théâtre de vices et de discordes. L'intérêt et le crime rompent promptementles liens qu'ils ont formés. Vérine, que Zenon contralîAit dans ses amours et qui n'en obtenait pas le crédit qu'elle avait espéré, forma une conspiration pour donner le trône à Basiliscus, son frère. Un guerrier plus fameux par SA beauté que par son courage, Harmace, amant de Zénonide, femme de Basiliscus, séduisit quelques troupes. Il avait rem^ porté des succès en Thrace ; vain de ses légers triompHes, il portait une armure semblable à celle d'Achille ; la populace 1 aimait et le nommait Pyrrhu$; elle prit avec chaleur son IH^rti. Au bruit de l'émeute, le timide Zenon, effrayé par les ^entsde Vérine, se sauva avec ses trésors à Chalcédoine, ^t de là à Isaurie : son départ fut le signal du massacre des ïsaures qui se trouvaient dans la capitale.
Le peuple proclame Basiliscus empereur ; Vérine couronne elle-même son frère; Harmace est nommé général et consul, y usurpateur accable le peuple et le clergé d'impôts, méprise, ùïite sa sœur Vérine, et fait assassiner son amant. Esclave
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des volontés de sa femme, il se déclare pour rhérèsie d'Eatychès.
Les ennemis des catholiques triomphent ; un grand nombre d'évéques anathématisent le concile de Chalcédoine; le patriarche Acace refuse seul de souscrire à leur décret. Il parait en deuil, symbole de la douleur, il couvre d'un vdle noir Tautel et le trône épiscopal; ce spectacle enflamme les esprits du peuple, qui se révolte. Au milieu de ce tumulte, le feu prend à la bibliothèque publique, et consume cent yingt mille volumes. La garde comprime cette sédition; et Basiliscus ne cède ni aux murmures de la multitude ni aux prières du pape (an 477).
Cependant les Isaures s'étaient armés pour défendre Zé non ; il marcha à leur tête ; mais, à la vue de Tavant-garde ennemie, il prit lâchement la fuite. La fortune seule sembla s'ôpiniâtrer à le faire remonter sur le trône qu'il abandonnait.
Un brave général, lUus, traité avec hauteur par Basiliscus, le trahit et joint ses troupes à celles de Zenon, qfâj rassuré par* ce renfort, s'avance sur Gonstantinople. Le» troupes se joignent près de Nicée. Au moment du combat, Zenon veut encore fuir ? Illus l'en empêche, et séduit à force d'argent Harmace, qui sacrifie à l'appât de l'or ses serments, son maître et sa maîtresse. Basiliscus, voyant ses troupes en déroute, se réfugie dans une église : on lui promet h vie, il se rend ; on l'enferme dans une citerne ; il y meort de faim.
Zenon, pour excuser ce manque de foi, prétendait n'ay(rir promis que de ne point répandre son sang. Il ne fut pasplitf fidèle à la pacple qu'il avait donnée à Harmace d'élever son fils au rang de césar : ce fils reçut l'ordre de se faire prêtre; Harmace fut assassiné.
Zenon, redevenu maître de l'empire, apaisa le pape par des promesses, le peuple par des libéralités, et se vit décerner, comme à tous les tyrans heureux, des félicitations, des élogtf et des statues.
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Ce fat yers ce temps que moururent Théodémir, roi fameux des Ostrogoths, et Gensérie, le maftre de Carthage, le conférant de Borne.
La loi des Vandales donnait le sceptre au plus âgé des princes : il en résultait que le nouveau roi condamnait à mort les princes de sa maison qui étaient nés avant ses propres enfants. Genséric avait employé ce moyen barbare pour assarer le trône à son iils Hunéric. Celui-ci, plus occupé de plaisirs que de gloire, fit perdre aux Vandales l'habitude des combals : la guerre avait élevé leur puissance, le repos h fit tomber.
Les Ostrogoths, établis en Thrace et en Pannonie, étaient gouvernés alors, les premiers par Théodoric le Louche, et ks autres par Théodoric TA maie, qui mérita et reçut le nom de Grand; le Louche avait favorisé la révolte de Basi- &eus; FAmale, depuis qu'il avait succédé à son père Théodémir, était resté fidèle à Zenon.
L'empereur, se conformant aux coutumes des Goths, clés Francs et des Allemands, coutumes qui donnèrent naissance aux institutions chevaleresques et féodales, adopta Théodoric FAmale pour fils d'armes, et le détermina à faire la guerre à Théodoric le Louche, en lui promettant un secours de quarante mille hommes. Il espérait détruire l'un par l'autre ces princes belliqueux ; et, pour rendre entre eux la l)a1ance plus égale, il se garda bien d'envoyer à son fiU adoptif les troupes qu'il lui avait promises.
Les armées des deux Théodoric se rencontrent bientôt au pied du mont Rhodope. Le signal était donné, les traits aident partir, les cris des soldats annonçaient un combat sanglant, lorsque Théodoric le Louche s'élance seul hors d«s rangs, s'approche rapidement de l'Amale , et s'écrie : « Comment se peut-il qu'un homme libre, qu'un prince « d'une race illustre comme la mienne, défende un tyran, • combatte pour un traître, porte le joug d'un lâche, et tombe t ainsi volontairement de la liberté dans la servitude, de « l'opulence dans la misère ? Oublions nos ressentiments; çt
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i réunissons nos forces contre Tennemi perfide qoi fonde « sur nos divisions Tespoir de notre ruine. »
Les deux armées applaudissent à ces paroles : les dem Théodoric s'embrassent et concluent la paix. Zenon, consterné par leur accord, par leurs reproches, épouvanté par leurs menaces, n'ose rejoindre son armée. Cette lâcheté décourage ses légions qui se dispersent, et l'empereur, vaincu sans combattre, signe un traité honteux.
Théodoric le Louche obtint que l'empereur solderait treize mille Goths, lui donnerait le commandement de deux compagnies de la garde impériale, et le revêtirait de la charge de général du palais, qui appartenait à Théodoric l' Amale. Celui-ci, indigné de cet affront, ravagea toute la Thrace. Théodoric le Louche ne s'opposa point à cette invasion : « Je ne veux point combattre, disait-il, le fils adoptif de « l'empereur; Je m'afflige seulement de voir périr tant d'/fl- « fortunés paysans, tandis que leur lâche empereur et l'iin- « pudique Vérine se livrent tranquillement à leurs àé- « bauehes. »
Le désir de renverser Zenon était dans tous les cœws; mais les soldats, toujours instruments du despotisme, le défendent longtemps contre le mécontentement des peuples. Cependant Marcîen, fils d'Anthème et gendre de Léon, trama, avec ses frères Komulus et Procope, une conspiration dont Tactivité des délateurs ne put pénétrer le secret jusqu'au Jour où elle éclata.
Au signal donné, les conjurés marchent contre le palais; la garde est repoussée : l'empereur se voit assiégé ; il était près de se rendre. Marcien, se croyant sûr de son triompha? remet l'assaut au lendemain. Pendant la nuit, Illus débauche une partie de ses soldats, met en fuite les autres, fait ses deux frères prisonniers, et le force à se réfugier dans une église : par crainte et non par clémence, Zenon, épargnant ses jours, l'exila dans une forteresse en Isaurie.
Les deux Théodoric continuaient à dévaster l'empire. Sablnien, général de Zenon, heureux dans quelques comt&t^
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avait obtenu le surnom de Grand, qu'on accorde à de légers saccès dans un temps de désastres. Uue trahison lui livra Dyrrachîum ; tine manœuvre habile lui fit couper Tarrléregarde des Ootiis^ qui perdirent cinq mille hommes et deux mille chariots. Cet avantage, le seul qu'eussent remporté depuis longtemps les armées grecques, était trop faible pour lîssipcrles terreurs de Zenon ; 11 consulta le sénat sur les mesures à prendre contre ces deux redoutables ennemis.
Le sénat répondit que le peupFe et le trésor étaient trop épuisés pour contenter l'avidité des deux Théodoric, et çû'il fallait satisfaire l'un et combattre l'autre.
Une mort soudaine délivra dans ce moment l'empire des foreurs de Théodoric le Louche. Suivant l'usage des Goths, on suspendait devant la tente de leur chef une grande javeline : Théodoric montait un cheval fougueux qui se cabra au moment où il passait sous le javelot, dont la pointe perça les flancs du roi et termina sa vie.
Théodoric l'Amale réunit sous son pouvoir tous les Ostrogoths; il s'était déjà rendu maître de la Thessalie. L'empereur subit les lois qu'O lui dicta, le nomma consul, général àt$ milices, préfet de Thrace, lui érigea une statue équestre 8tir rhippodrome, le reçut à Constantinople, plutôt comme wn maître que comme son allié, et lui.céda la Dacie et une partie de la basse Mésie.
Théodoric aurait alors placé sur son front la couronne impériale d'Orient, s'il ne l'eût dédaignée. Byzance avilie ne tentait pas son ambition ; ses vœux le portaient vers l'Occlieut, où la fortane semblait l'appeler. Passionné pour la gioire, il ne crut la trouver que dans son ancien temple, et m les débris de Rome .
L'empereur, délivré de la crainte des Goths^ s'occupa des troubles religieux qui duraient toujours depuis la révolte de Basiliscus ; croyant pouvoir comprimer toutes les hérésies par un coup d'autorité, il publia un édit d'union, qu'on appela Yhénotique, et que ses suites rendirent fameux, Il défendit dans tout l'Orient de reconnaître d'autre symbole que
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celui de Nicée, et aiiathéinatisa Nestorios et Ejityehès : le ' formulaire qu'il avait dressé, loin de calmer les esprits, augmenta leurs divisions, et enfanta de nouvelles hérésies.
Les ariens Taccusèrent d'impiété ; les catholiques lui reprochèrent de violer le respect dû au concile de Ghalcédoine, et de porter atteinte à l'autorité de l'Église.
Le pape Félix fit de vains efiforts pour rétablir la coft: corde : on vit des légions de moines s'armer et se mettre ea marche pour combattre l'empereur; une partie dupciçl* embrassa leur cause. On accusait lUus de vouloir rétablir l'idolâtrie et d'aspirer à l'empire: Vérine, jalouse de toi. crédit, arma des assassins contre sa personne ; le complot fat découvert. Zenon livra sa belle-môre à la vengeance d'Illos, i qui la fit enfermer en Cilicie. ^
L'impératrice Ariane avait osé prendre le parti de sa | mère ; lUus l'accuse, non sans fondement, d'un commerce f criminel avec Anastase, silentiaire du palais. Zéoon ordonne la mort de sa femme, et croit son ordre exécuté : tout à coup elle parait aux yeux du lâche empereur, qui tremble à sa vue et lui permet de se venger.
Un assassin, armé par elle, attaque Illus, et ne lui porte qu'un coup mal assuré. Zenon, épouvanté, jure qu'il n'a point trempé dans ce complot. Illus, indigné de la perfidie d'un prince qu'il avait deux fois sauvé, dissimule son coa^ roux, demande la permission de s'éloigner, reçoit le commandement des troupes d'Orient, se rend à Antioche, et proclame empereur Léonce, général syrien, dont on estimait l'esprit et la bravoure.
Vérine est tirée de prison. Cette orgueilleuse princes» convoque l'armée, couronne Léonce, et publie unéditdont l'insolence a consacré le souvenir :
« Vérine Auguste à nos préfets et à nos peuples, saint. « Vous savez que l'empire est notre patrimoine : après le « décès de Léon, notre époux, nous avons élevé au trône « risaure Tarasiscodicée, qui se nomme aujourd'hui Zenon. « Nous croyions qu'il vous rendrait heureux; mais sonava-
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« rice et son impiété nous ont prouvé qu'il falialjt vous don- « ner un prince plus juste et plus chrétien. Nous avons donc « couronné le très-pieux Léonce ; reconnaîAsez-Ie comme I empereur des Romains. Quiconque s'y opposera sera « traité comme rebelle. »
. Léonce et Ulus réunis livrèrent bataille près d' Antioche à Longin, frère de Zenon, et mirent son armée en déroute (an 485). Mais Théodoric, embrassant la cause de Tempereur, tailla en pièces les rebelles, les poursuivit et s'empara de leurs chefs : les tètes d'IUus et de Léonce, plantées sur des pieux, servirent de spectacle au peuple de Gonstantinople.
Théodoric, après avoir relovè Je trône de Tinfâme Zenon, connaissait trop sa perfidie pour rester imprudemment près de lui. Insatiable de gloire et de combats, il courut attaquer les Huns, habitants des rives du Volga, qu'on appela dans la suite Bulgares. L'égalité la plus entière régnait parmi ces peuples ; les distinctions, qu'ils n'accordaient qu'aux plus braves d'entre eux, étalent graduées sur le nombre d'ennemis qu'ils avaient tués. Théodoric les défit sur les bords du Borysthène, et renversa leur chef d'un coup de lance.
Le nom romain perdit à cette époque dans les Gaules son dernier appui. Syagrius, battu par Clovis, chercha vainement un asile à Toulouse ; Alaric, roi des Yisigoths, le livra au roi des Francs, qui lui fit trancher la tète.
Zenon se rendait de plus en plus odieux et méprisable : passionné pour les jeux du cirque, il encouragea par son appai l'insolence de la faction verte, dont les partisans commirent dans l'empire les plus grands désordres; ils massacrèrent à Antioche un grand nombre de Juifs. L'impunité des meurtriers excita une révolte en Palestine. Les Juifs élurent un roi, nommé Jutuza, qui s'empara de Sichem et de Gésarée; les Hébreux égorgèrent une foule de chrétiens. Mais Asclépiade, gouverneur de Palestine, combattit les rebelles, les défit complètement, prit leur nouveau roi, et envoya à l'empereur la tête de Jutuza ornée du diadème.
S50 EMPIRE d'orient. C475-&9n
L'empereur, toujours ingrat, éludait les promesses faîtes à Théodorie. D'un autre côté, les Goths s'indignaient avec raison de voir leur roi s'abaisser sous le pouvoir d'un lâche empereur, et porter lé nom de préfet, de général et de consul; l'esprit de liberté, qu'on ne trouvait plus à Rome et à Byzanee, faisait alors la force des peuples barbares, et Tautorité de leurs princes était très-limitée. Théodorie, cédant au vœu de sa* nation, rompt son aHiance avecrempereur, et s'avance jusqu'aux portes de Constantinople, portant devant lui la flamme et l'épouvante.
Zenon, incapable d'arrêter ce torrent, veut le détoarnerpar sa soumission, et propose à Théodorie une entrevue ; le roi des Goths l'accepte; et, certain que la terreur de son nom le garantit de tout danger, il entre sans trouves à Constantinople, et parait seul aux yeux de l'empereur.
Après avoir écouté dédaigneusement les reproches de Zenon : « Voulez-vous, lui dit-il, éviter la ruine qui vous me- « nace ? Il ne vous en coûtera qu'une parole. Vous avez livré « honteusement aux Hérules l'antique berceau de votre em- « pire, l'Italie; laissez-moi en tenter la conquête. Si Je réussis, (( nous en partagerons l'honneur. Rome, au lieu de dépen- « dre de vos ennemis^ sera gouvernée par le fils que vous « avez adopté ; si je péris dans cette entreprise, vous y ga- « gnerez encore, car vous serez dégagé des subsides onéreux « que vous me payez. »
Zenon accepte cette proposition, espérant que les Goths, dont il allait par là obtenir l'éloignement, trouveraient leur tombeau en Italie.
Il en fit donc la cession par un édit solennel ; et, suivant les anciennes coutumes, il donna l'investiture de cette nouvdlc souveraineté à Théodorie, en lui posant sur la tête un voile sacré.
Après la conquête, les Goths prétendirent que Fempereur avait fait à leui^ roi l'abandon total de ces contrées : les Grecs soutinrent que Théodorie n'en avait reçu l'investiture que pour les gouverner comme lieutenant de l'empereur.
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Les peuples du Nord qui ne connaissaient d'autre droit que la force, ne cherchaient pas, comme les politiques modernes, de plausibles prétextes pour couvrir leurs invasions d'une apparence de justice : cependant, si le roi des Goths en avait voulu trouver un pour nmrcher en Italie, le sort le loi offrait.
.Odoacre, jusque-là favorisé par la fortune, venait de porter ses armesjusqu'aux rives du Danube, et, après avoir débit complètement les Ruges, il revint en -triomphe dansRa- YennC) traînant à la suite de son ciiar leur rmFéléthé», char- , gé de chaînes. Far un cruel abus de la victoire, il fit trancher la tête à son captif. Les Buges aviMtnt la même origine foe les Goths : Frédéric, fils de Féléthée, vint implorer le «cours de Théodoric, qui promit de le venger (an 488).
A la voix de leur prince, les Goths s'arment : toute la nation s'ébranle; les vieillavds, les femmes, les enfants, suivent f armée : la Dacie et la Mésie sont abandonnées par eux, et tmme s'ils étaient certains de la victoire, ils quittent sans regret leurs villes, leurs champs, leurs foyers. L'ardeur de ^acre éteint en elsa tout autre sentiment, et déjà ils ne ^naissent plus de patrie que la riche contrée qu'ils vont conquérir.
' Cette foule innombrable prend la route de Strmium, mar- ; thssans magasins, ne vit que de chasse et de l^llage, et, ■ levant de combattre, se voit au moment d'être détruite parla famine et par la peste.
Accablée de fatigue, elle arrive sur la rivière d'Ulca : les Gépides lui en disputent le passage ; à leur aspect, les Goths ^^t ; Théodoric impatient s'écrie : «Que les timides s'ar-
* rétent : que les plus braves me suivent. Peu de guerriers
* me suffiront pour vaincre ; mais tous profiteront de la vic-
* toife ; que tous vos étendards levés s'approchent, m'entou-
* fent, et me signalent aux ennemis. Je veux servir de but
* i leurs traits : mon bras leur apprendra bientôt que c'est I * âmes pieds qu'ils doivent déposer leurs armes. »
A ces mots, il s'élance presque seul dans le fleuve, et le
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franchit en renversant tous ceux qui s'opposent à ses coups : Tarmée entière, entraînée par son courage, k suit. Trasilla, roi de» Géfpides, Busa, roi des Bulgares, expirent sur le champ de bataille ; leurs troupes sont enfoncées ; une partie est tuée, Tautre prend la fuite; leurs camps, leurs trésors, leurs vivres, tout devient la proie des Goths, et Théodoric vainqueur pè* nètre sans obstacles dans la Yénétie.
Odoacre était campé entre Aquilée et les Alpes juliennesi
sur les rives du Sonzo, oii se trouve aujourd'hui Goritz. doric, après avoir laissé prendre quelque reposa ses troupes, livre bataille à Odoacre, triomphe de sa résistance par Viaih pétuosité de Tattaque, le poursuit jusqu'à son camp, s'es empare, et le contraint de se renfermer dans Vérone. U 4ata son règne en Italie du jour de cette victoire. i
Tandis qu'il assiégeait Vérone, Odoacre, que son malheur -> n'avait point abattu, reçoit un renfort : au milieu d'une nuit ^ obscure, il sort de la ville, surprend, égorge les postes avan- ^. ces, et pénètre dans le camp ennemi. Théodoric dormait pfû- i sifilement dans sa tente ; il est éveillé par les cris de sa mère 1 et de sa femme, qui, le glaive à la main, l'appellent au oom- • bat; il se lève, s'arme, voit les Goths fuir, s'élance au mift^ « d'eux, les arrête, les rallie, se précipite sur les soldats d'O- \ doacre, qui, se croyant vainqueurs, se livraient au j^lage; ^ il en fait un grand carnage, les met en déroute, et les p69ii I suit si vivement qu'il entre péle-méle avec les fuyards dans ^ Vérone. i
Odoacre s'échappe et court à Rome. Depuis longtemps cette ville, dépouillée de gloire, était ouverte aux vainqueurs et fermée aux vaincus : les Romains défendent l'entrée de la ville à cet Odoacre qui naguère était l'objet de leurs serviles hommages, et lui déclarent qu'ils ne reconnaissent d'aatn | maitre que Théodoric, nommé par l'empereur d'Orient pour ' les gouverner.
Milan, plus fidèle, voulait se défendre; mais la politique de son évéque et la trahison de Tufifa, général d' Odoacre, en ouvrirent les portes à l'heureux Théodoric.
[hlf^M] ZJSNON. 353
Le roi des Goths confia le commandement d'une de ses divisions à ce même TulTa : une nouvelle défection lui apprit bientôt que les traîtres qui nous servent ne méritent que notre argent et notre mépris.
Toffa livra les troupes qu'il commandait à Odoacre et à la mort.
Ëpiphane, évéque de Pavie, décida les habitants de cette Tille à éviter les malheurs d'un siège par une prompte et honteuse soumission.
Le sort dispose de la fortune, mais non de la gloire : Odoaere mérita de conserver la sienne par son courage dans les Kvers; deux fois vaincu, souvent trahi, son génie fécond fB ressources avait encore réuni autour de lui une nombreuse armée; il semblait, après sa chute, se relever plus fort «tpins redoutable.
Alaric, roi des Yisigoths, vint joindre ses troupes à celles deThéodoric. Gondebaud, roi des Bourguignons, sous prétexte de secourir Odoacre, entra dans lltalîepar Gènes, dans le seul dessein de piHer les Villes et de dévaster les campagoes.
Cette malheureuse Italie souffrait alors tous les maux dont f ambition romaine avait si longtemps accablé T univers.
Ce fut au milieu de ces dissensions cruelles que les évêques «tles nobles, pour échapper aux ravages delà guerre, se re- ^ûchèrent sur les montagnes, dans des châteaux fortifiés ; l'habitant des campagnes qui s'y réfugiait achetait par ta •«rvitude le repos momentané que lui offrait la protection de ces chefs avares et hautains.
Odoacre, loin de se borner timidement à faire une guerre défensive, attaqua vivement Théodoric, lui enleva Milan, et ^* ^contraignit de se retirer dans Pavie, où il l'assiégea.
Mais le ciel paraissait conspirer contre lui ; une pluie qui ^ïûbait par torrents le força de lever le siège. Dans ce montent l'armée d' Alaric parut : Théodoric, fortifié par ell»^, Çonrsuivit à son tour Odoacre, l'atteignit sur les bords de ^'Adda, et lui livra, le 4^ août 490, une bataille qui fut déci-
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sive. L'opiniâtreté et le courage des deux chefs rendirent le combat long et sanglant : chacun ne voulait céder la yic* toire qu'avec la vie. Ënûn, après un grand carnage, Odoacre, ayant vu tomber autour de lui ses plus braves guerriers, chercha son salut dans la fuite, et s'enferma dans Bavenne; il s'y défendit un an, y capitula, et, sur la promesse qu'oft lui fit d'épargner ses jours et ceux de ses partisans, il a donna l'Italie au vainqueur.
Théodoric envoya Festus Niger à Constantinople pour mander à Zenon de lui accorder le titre de roi d'Italie ; la vanité de l'empereur le disposait au refus, la crainte au consentement; il mourut avant de s'être décidé entre ces deux 1 sentiments.
Théodorié, maîtfe^de Ravenne, y entra en triomphe, traita d'abord Odoacre en roi, et lui en laissa le titre : il paraissait alors sentir qu'un tel homme, en perdant une couronne, avait droit par son courage à l'estime de son vainqueur; maïs peu de temps après, la politique du conquérîjnt l'emporta stir la générosité du héros. Odoacre était plaint, regretté; Théodoric résolut sa mort : il invita cet infortuné prince à un festin avec sa famille et ses principaux officiers, le tua de sa main, (an 493), et fit massacrer tous ceux qui l'accompagnaient. En vain il prétendit avoir reçu l'avis certain d'une conspiration tramée contre ses jours par Odoacre, ce meurtre ternit sa gloire, et trente ans de vertus ne purent effacer cette tache. ^
Toute l'Italie, la Rhétie, la Norique et la Dalmatie se soumirent au pouvoir de Théodoric. Il conquit la Sicile, non i par les armes, mais par l'éloquence de Cassiodore qu'il y en- j voya. I
Frédéric, roi des Ruges, vengé parle roi desGoths, devînt jaloux du triomphe de son protecteur, souleva contre lui quelques provinces et fut puni de son ingratitude par nnc défaite sanglante.
Les Goths forcèrent les habitants de l'Italie à leur céder le tiers^de leurs terres. Le mélange des langues |uivit lejpé-
Xâ7«49l] ZENON. 355
. koge des peuples et des propriétèl ; la langne italienne en loi le résultat.
C^eat ainsi que s'établit en Ital^ le règne des Ostrogoths, , dont la puissance ne dura que soixante ans. . Théodoric, nommé dans son pays Dietrich, fut le plus
nd homme de ce siècle. Sa taille était mig'estueuse, son
doux et fier; économe et libérai, impétueux, mais
ent, habile politique et grand capitaine, il sut à la fois
ire craindre de ses indociles guerriers et gagner raffec-
n des peuples qu'il avait vaincus.
« Nous détestons l'oppression, dliail-il dans un de ses t édits; nous voulons que la justice désavoue la violence. « Gothsl vous devez aimer les Romains comme vos frères. € Romains I vous devez chérir les Goths comme vos défenc seurs. »
Son éeonomie seule remplit le trésor; il diminua les impôts, rendit la prospérité au commerce et la paix à l'agriculture ; sa justice sévère réprima le brigandage ; sous son règne on voyageait sans crainte dans toute l'Italie ; et sa sagesse y établit un si bon ordre, que, lorsque Anastase, successeur de Zenon, pour conserver l'apparence de souveraineté à laquelle il prétendait, recommanda publiquement^à Théodoric de respecter le sénat, de faire exécuter les lois et de maintenir l'union entre ses sujets, tous les Romains s'écrièrent que de tels conseils étaient moins nécessaires au roi des Goths qu'à l'empereur lui-même.
Théodoric, loin d'humUier les vaincus, adopta leur habillement, conserva le droit romain, laissa ses deux peuples se gouverner par leurs coutumes et leur donna des juges de leur nation.
Sans écouter, comme les princes ftiîbles, les avis intéressés de ses courtisans, il combla de bienfaits ceux d'Odoacre. Par la force on ne fait que vaincre, c'est par la générosité qu'on soumet.
Théodoric entra dans Rome en triomphe l'an 500. Le pape Symmaque et le peuple vinrent au-devant de lui. Il profes-
35(^ EMPIfiJS d'OBIENT. [&76-&H1
sait l'arianisme ; mais trop habile pour se laisser dominer par un esprit de secte, il traita le pape avec respect et hommage au^ieu des armées dans l'église de Saint-Pierre.
Boèce, en présence du sénat, proi^oaçaj^n élc^e, etV quence romaine parut renaître dès qu'die eat à louer, plus de Tiis tyrans, mais un grand homme.
Théodoric harangua le peuple, lui promit la conserva^ de ses droits, celle des privUéges du sénat, le maintien d lois, les distributions annuelles de blé, des fonds pour les pitaux; et il tint toutes ses promesses.
La garde impériale. oonserva sa solde; 11; releva les mu des villes et les embellit par un grand nombre de palais, ds porijques et d'amphithéâtres. Le roi des G(^s contem^i^^ aveo vénération ce Gapitole qui avait gouverné le monde, tribune illustrée par tant d'orateurs, ces grands monument» qui survivaient à tant de triomphes, et peut-être, au même moment^ les ombres des anciens héros de Rome gémissaient de voir qu'il n'existât plu$dans la capitale du monde qu'un conquérant barbare qui fût encore tligne, par son génie et par son courage, de porter le nom de Komain.
La politique de Théodoric fut habile et profonde; il avait trop éprouvé en Fannonie les peines attachées à la condition d'un chef de Barbares, pour ne pas chercher les moyens d'adoucir les mœurs de ses sujets, ou plutôt de ses compagnons d'armes, aussi indociles que belliqueux.
Le roi de ces guerriers féroces était moins leur souverain que leur ministre : forcé d'obéir à leurs passions, il s'était va contraint par eux à combattre contre ses alliés, à violer les traités qu'il avait signés, à ravager la Thrace, à changeriez plus belles contrées de la Grèce en déserts ; et c'était poar diriger ce torrent impossible à contenir qu'il avait porté ses armes au-delà des Alpes.
Après la conquête de l'Italie, pour accoutumer ses soldats au repos, il leur partagea les terres conquises. Une propriété, un sol fertile, un beau ciel, inspirent promptement l'amonr de la patrie, de la tranquillité, des jouissances de la vie so*