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CHAPITRE XIII

(Ans de J-G. 491-518.)

Renient d^Anaitue. — Son portrait.— BéTolte de Longin, frère de Zenon. — Sa

défaite et aa mort. — Exploita de Justin. — ÉTénementi en Fene. — Guerre atec

Théodoric. — Construction d*ine muraille à Constantinople. — Violation du ser-

r ment d'Anastase. -— Guerre de religion. — Victoire de VitaJlien. — Sa défaite de*

n Tant Constantinople. — Hort d'Aoastase.

ij Ariane et son ministre, Teunuqae Urbice, en donnant la ,Wiiort à Zenon, avaient pris toutes leurs mesures pour le remfplacer; le sénat, dominé ou gagné par eux, élut Anastase, ' qui exerçait la charge de silentiaire. Mais comme on Taci «usait de favoriser Thérésie des manichéens et des euty- ; ehèçDS, le patriarche Euphémius, avant de le couronner, . voulut qu'il jurât par écrit de se conformer à la doctrine du . concile de Cbalcédoine ; il signa ce serment, et tous les peuples de l'empire, accoutumés à changer servilement de joug, • apprirent sans étonnement que Zenon était tombé du trône, et que celui qu'ils avaient pour maître était un ancien domestique du palais.

Anastase, âgé de soixante ans lorsqu'il parvint au rang suprême, ne fut remarquable ni par de grands vices ni par de grandes vertus. Né dans une famille obscure, sa beauté, mérite de cour, fit sa fortune; un de ses yeux était bleu, l'autre noir. Son caractère offrait la même irrégularité ; on le vit tour à tour audacieux et indécis, avare et libéral, tolérant et persécuteur.

H disait souvent que la raison d'État excuse tout, maxime des mauvais princes pour couvrir leurs crimes du voile de l'intérêt public ; heureusement ses actions furent plus généreuses que ses principes. 11 bannit les délateurs, respecta la justice, abolit l'usage barbare qui faisait combattre sur l'arène les hommes contre les animaux; enfin il délivra

EBfPIBE D^OaiBUT.

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le peuple de Timpôt onéreux levé sur toutes les prodaetîc de l'industrie, même sur la mendicité, ce qu'on ap] le chrysagire,

Longin, frère de Zenon, aspirait à l'empire, que ses auraient déshonoré; les îsaures soutinrent ses prétentk et leur révolte ne fut comprimée qu'après une guerrei six ans.

Les généraux d'Anastase remportèrent sur eux plusii victoires , et en firent un grand càrhagé ; enfin les deux suis, Jean le Scythe et Jean le Bossu, les défirent complu ment et prirent Longin, qui fut décapité.

Cette guerre commença la fortune d'un obscur paysan Thracc, nommé Justin, qui, peu dé temps aj)rés, parvîntl trône. Agé de vingt ans, il avait quitté sa charrue pouf la misère ; et suivi de deux de ses compagnons, il était à pied dans la capitale, portant une besace et un bâton. TS trois s'enrôlèrent; Léon, frappé de leur haute stature, fit entrer dans sa garde. Justin était déjà capitaine, 1( qu'on marcha contre les Isaures. Une faute contre la dl pline le fit condamner par Jean le Bossu à perdre la vie; hache était levée sur sa tète, lorsque le consul, arrêté un songe, suivant les uns, par une apparition, suivant autres, lui accorda sa grâce.

Sa bravoure lui attira l'estime de ses chefs et la bienvi lance de l'empereur, qui le nomma successivement sénalènrj chef des offices et patrice.

Les Sarrasins, qui troublaient alors le repos de Pem] par leurs excursions et leurs brigandages, et qui, depui lui devinrent si funestes lorsqu'une nouvelle religion nJoi l'ardeur du fanatisme à leur passion pour la guerre, partirent en grand nombre en Syrie (an 499). Romanus, gouye^| neur de Palestine, les combattit et les força de se retirer.

Anastase fut moins heureux contre les Bulgares. Ils avalentl passé le Danube : Ariste et le comte Nicostrate, à la tête de Varmée d'Illyrie, leur livrèrent bataille et la perdirent; d*af-| freuses dévastations furent Içi suite de cçttç défaite.

La peste et la famine dépeuplèrent une partie de F Asie 004). Pendant ce temps la Perse, sans cesse attaquée par Jes.hordes du Nord, était déchirée par les discoi*des civiles. Pérose fut tué dans une bataille contre les lluns ; Balacèse, son frère, lui succéda; Cavade, son fils, resta en otage chez les Huns victorieux. Le nouveau roi méprisait la religion des mages; ils révoltèrent le peuple contre ce prince ; on lui creva les }reus ; on le dépouilla de la couronne. Cavade hérita de son sceptre et régna en tyran.

Ses ambassadeurs vinrent demander à Tempereur Anastaseles subsides que Zenon lui avait promis. L'avare Anastase préféra l'argent à la paix; il prétendit qu'on était convenu, non d'un don, mais d'un emprunt. Cette conduite rompit les liens des deux empires ; de grands événements forcèrent Cavade à différer sa vengeance.

Il voulut contraindre les Arméniens à embrasser son cuit«; ceux-ci prirent les armes, massacrèrent les mages, et taillère9t en pièces les troupes jp»*sanes.

Les cruautés de Cavade le rendaient odieux; son ingratitude pour un général qui l'avait sauvé dans un combat^ et qu'il iH mourir^ excita la fureur des grands du royaume : ils le déposèrent, l'enfermèxent dans une prison, et élurent pour roi Zamaspèce.

Bientôt Cavade, délivré par le courage de sa femme, se réfugia chez les Huns, qui lui donnèrent des troupes et le rétablirent sur le trône. Après s'être vengé cruellement de ses sujets rebelles^ il déclara la guerre aux Grecs, entra en Arménie, la dévasta, et forma le siège d'Amide. A la suite de deux assauts inutiles, il feignit de se retirer, revint pendant la nuH, et pénétra dans la ville par la négligence de quelques moines plongés dans l'ivresse, et qui laissèrent sans défense un fort dont la garde leur avait été confiée. Quatrevingt mille habitants furent passés au fil de l'épée : tous auraient péri ; l'adresse et le courage d'un vieux prêtre grec mirent seuls fin à ce carnage, « Seigneur, dit-il à Cavade, fl un grand roi souille sa victoire en égorgeant les vaincus. »

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H — Et pourquoi, répondit le roi, a-t-on lassé ma patience « par une résistance si opiniâtre ?» — « C'est , reprit le «vieillard, que Dieu voulait accorder cette conquête à « votre valeur plutôt qu'à notre lâcheté. » Cette réponse, à la fois fière et flatteuse, désarma le vainqueur (an 503).

Anastase envoya contre les Perses une forte armée, commandée par Aréobinde , général habile ; mais il lui donna pour collègues deux courtisans, Hippace et Patrix, qui. Jaloux de sa gloire, craignaient plus ses succès que ceux de l'ennemi. Us le trahirent et laissèrent surprendre l'armée par les Perses, qui la taillèrent en pièces.

Cavade, après une tentative inutile sur Édesse, se yit forcé à la retraite par Aréobinde. Anastase ne put reprendre Amide. Effrayé de l'approche dé l'armée des Goths qui menaçaient l'Illyrie, il conclut la paix avec Cavade, ou plutôt il l'acheta : on lui rendit Amide; mais il paya' au roi de Perse un tribut de onze mille livres d'or.

L'empereur, délivré de cet ennemi, rassembla toutes ses forces pour les opposer à l'armée que Théodoric venait d'envoyer en lUyrie sous les ordres d'un général nommé Pitria. Lorsque les armées furent en présence, le général des Goths, pour enflammer leur courage, à la vue d'un ennemi supérieur en nombre, s'élance à leur tète et s'écrie : « Compagnons I vous connaissez tous la vaillance de votre « roi. Les ennemis, qui ont éprouvé sa force et son courage, « le connaissent comme vous. Prouvez-leur que vous luires- « semblez. Quoiqu'il soit absent, il vous volt : marches, « combattez ; il a les regards fixés sur vous, aucune de vos <x actions ne lui échappera. »

Les Grecs furent complètement battus; et Pitria, défendant qu'on dépouillât les morts, ordonna de laisser sur le champ de bataille les armes et les chevaux comme tropbée de sa victoire.

Anastase éprouvait que les légions énervées n'étaient plos de suffisants remparts pour défendre sa capitale. Il fit con struire à treize lieues de Constantinople une muraille épaisse

de vingt pieds, flanque de toars, et qui s'étendait, dans Tespace de treize lieues, de la Propontide au Pont-Euxin ; signal de détresse^, monument à la fois de faiblesse et de luxe.

L'empereur, ne pouvant lutter contre le génie et la fortune de Théodoric, chercha une vengeance sans gloire ; et, lorsqu'il vit le roi des Goths occupé à combattre les Francs, il chargea Romanus, à la tète de huit mille soldats, de pilier la Calabre et les côtes d'Italie (an 508). £n même temps il donna le titre de consul à Glovis, qui lui enlevait pour jamais la Gaule, et fît offrir à ce prince par ses ambassadeurs une tunique de pourpre et une couronne d'or; il espérait par là exciter une haine irréconciliable entre le roi des Francs et celui des Goths.

CloYÎs méprisait la faiblesse de l'empereur grec; mais, comme les souvenirs de Rome et le respect pour les dignités romaines existaient encore dans la Gaule, le roi des Francs, pour rendre son autorité plus vénérable aux yeux des petiples conquis, reçut, dans l'église de SqtiAt-Martin de Tours, les ornements qu on lui présentait, et accepta le titre qui semblait sanctionner son pouvoir et légaliser sa conquête.

L'empereur ne réussissait pas mieux à maintenir la tranquillité intérieure qu'à soutenir la gloire des armes de l'empire. La passion des anciens Grecs pour les courses de chars n'était point tombée avec leur liberté, ils l'avaient communiquée à leurs vainqueurs. Presque indifférents pour la gloire du champ de bataille et de la tribune, ils n'ambitionnaien|t avec ardeur que celle du cirque; et tandis qu'ils voyaient avec insouciance leurs généraux, leurs consuls, exilés, mutilés, enchaînés, leurs princes avilis, assassinés, détrônés, ils embrassaient avec passion la querette des cochers de la faction verte ou de la faction bleue, et; 'bravant dans la fureur les armes des soldats, l'autorité du prince et la voix des magistrats, ils changeaient souvent le théâtre des Jeux en champ de carnage.

L'empereur, entraîné par le torrent de l'opinion, commit

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la faute de prendre parti dans ces sanglantes et méprisable^ querelles; la faction opposée à celle qu'il protégeait excita, souvent des séditions que sa présence ng put comprime^ quelquefois même il fut insulté et poursuivi à cou pierres, et se vit dbligé de se renfermer dans son palais.

Une autre faiblesse, plus fatale, l'exposa à de plus graiii dangers. Vaincu par son penchant pour Thérésie de N et d'Eutychès, il arracha violemment au patriarche Maeédi nius le serment écrit dont il était dépositaire, et par leqoi à son avènement il s'était engagé à soutenir Torthodoxilï Ce manque de foi devint le signal de la première guerre | religion. On vit vingt mille moines accourir de Syrie p renverser le trône pontifical du patriarche; d'autres lé^ de moines s'armèrent pour le défendre. Enfin Vitallien, tit-fils d' Aspar, croyant que son ambition pourrait profite^ de ces discordes, embrassa la cause des catholiques, *anna tous les mécontents, mit en déroute soixante mille homm» que l'empereur envoyait contre lui, força la grande muraille et vint camper sous les murs de la capitale.

Hippace, neveu et général d'Anastase, avait été fait prisonnier. Le vainqueur le traînait à sa suite dans une cage de fer. Cyrille, qui le remplaçait, remporta d'abord quelque avantage et contraignit Vitallien à se retirer; mais, s'étant ensuite laissé surprendre par l'épouvante dans une maison de débauche, il fut pris et égorgé.

Vitallien assiégea Constantinople, La division y régnait; il s'en serait rendu maître sans l'habileté d'un physicien d'Athènes, noujmé Proclus. Ce philosophe, renouvelant les prodij^es d'Archimède, dptraisit les machines de guerre des assiégeants et brilla leur flotte : la garde impériale, profitant de J'épouvante causée par ce désastre, sort, se précipite sur les troupes de Vitallien, en massacre une partie, met l« re^tè en fuite, et force I^ chef des rebelles à rendre la liberté à Hippace et à demander la paix.

Anastase la lui accorda, promit d'être orthpdoxe, et continua toujours à maltraiter le^ catholiques.

MS^SaT} JUSIIN. 367

U ne jouit piis longtemps du repos que lui donnait la sou- JÛBSioii de Yitallien ; on lui apprit qu'un nouveau corps de Itarbares, ay{iQt franchi )e Danube, ravageait la Macédoine ft la TbessaUe. Gomme il se préparait à les combattre, un imp de fpudre termina son règne et sa vie. Il mourut prèsjpie nonagéuftire, après avoir régné vingt-sept ans (518). I .Ceux de s^sr^jiujets que n'égarait point Tesprit de secte, lUidant jttstiqç à la sagesse de ses lois, à la douceur de son hiministration, le placèrent au rang des bons princes. Les ii^oUqaes le comparèrent à INéron, à Dioclétien ; le pape a son nom des diptyques (registres) ; le peuple de Gonttinople troubla ses obsèques par des insultes. Pour le r impartialement, on doit dire que ce prince médiocre %ieQt et régna san^ glçire et sans honte.

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