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de nouveau la paix; il répondit que, forcé par sa position à entretenir, au grand préjudice de ses peuples, deux fortes armées. Tune contre les Barbares du Nord, l'autre contre les Grecs, il ne voudrait traiter que si T empire s'unissait à lui pour défendre les Portes Caspiennes. Justinien y consentit, et s'engagea même à démolir les fortifications de Dara.
La paix fut ainsi rétablie pour quelques années dansTOrient; mais l'empire avait toujours d'autres ennemis à combattre : les Barbares, comme les têtes de l'hydre, semblaient renaître d€ leur sang.
Les Bulgares envahirent la Thrace, les Esclavons, l'Ulyrie; ils furent d'abord repoussés par un de leurs compatriotes, Mondon, général habile, qui était entré au service de Justinien. Après lui, Chilbudius, chargé delà défense du Danube, contint deux ans les Barbares; mais la troisième année, n'écoutant qu'une ardeur imprudente, il passa le fleuve, s'enfonça témérairement dans un pays montagneux, et se laissa tromper par la fuite simulée des Esclavons : ils l'enveloppèrent, détruisirent son armée et le tuèrent.
Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine des Esclavons, peuple fameux dont les armes et le langage s'étendirent de la mer Caspienne jusqu'en Saxe, et des bords de la mer Glaciale jusqu'aux rives du Danube : ce qui paraît le plus probable, c'est que, sortis des forêts de la Scandinavie, ils habitèrent, d'abord les vastes centrées situées entre la Finlande et le fleuve Oby.
LesVénètes, lesGoths, les Esclavons n'étaient qu'un même peuple sous des noms différents; dans leur langue, slava, signifie gloire^ et probablement cette nation belliqueuse dut le nom de Slaves à ses exploits*.
On les confondit souvent avec les Bulgares et les Arabes. Us recojjnaissaient un Dieu, maître de l'univers, et rendaient aussi des hommages aux divinités des montagnes, des fleuves et des bois.
En général, ils étaient bien proportionnés : leur taille était
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haute, leur force prodigieuse, leur chevelure rousse; vaillants, sobres, ils méprisaient Tagriculture et les arts, combattaient à demi nus et se servaient de flèches empoisonnées.
Leurs mœurs étaient hospitalières, leur gouvernement démocratique : on ne reconnaissait chez ce peuple d'autres droits à l'autorité que Tâge, l'expérience et la bravoure.
L'empereur ne put pas longtemps réunir toutes ses forces contre eux ; l'éternel ennemi des Romains, le roi de Perse, avait changé de conseil, de général, et recommencé la guerre. Ayant destitué Pérose, il lui donna pour successeurs Azaréthêse, homme d'un génie eutreprenant, et Alamondar, prince des Sarrasins; celui-ci dévasta plusieurs provinces romaines, et, chargé de butin, se retira dans leô déserts, dès qu'il vit les troupes régulières s'avancer contre lui.
Il avait conseillé à Cavade de faire une guerre d'invasion et de marcher droit sur Antioche : on suivit son conseil. Azaréthèse, à la tête d'une armée, traversa FEuphratc. Bélisaire s'avança contre lui et le rencontra près de Chalcis; Sunica, qui commandait les auxiliaires, attaqua sans ordre, mais avec succès (an 33 1).
BélisairCj fondant ses espérances de gloire sur le rétablissement de la discipline, voulut le destituer, mais ne fut point soutenu.
lies Perses, efl'rayés de ce premier échec, se retiraient, poursuivis par le général romain, qui avait résolu de les chasser sans se compromettre : l'impatience des soldats indisciplinés éclata en murmures; ils traitaient sa prudence de timidité, et demandaient à grands cris le combat : « Amis, (rieur dit-fl, laissez-moi épargner votre sang; les ennemis « sont en fuite; que voulez-vous de plus? Une bataille pour- « rait rendre douteux votre triomphe, qui aujourd'hui est « certain : vous êtes épuisés par une longue marche, par de a dures privations : craignez de forcer les Perses à à'arréter « dans leur retraite, et ne leur donnez pas le courage du a désesppir. »
Il allait poursuivre, on l'interrompt par des injures;
CSÎ7-565] jrSTmiEN. 39^
iroyant alors qu'ils ne sont plus en état d'entendre le langage de la raison, et voulant au moins diriger des passions qu'il jie peut arrêter, il commande ce que l'armée veut, et, donnant le signal désiré : « Mon intention, dit-il, était d'éprouver « votre courage ; je suis content de vous, vous le serez de « moi, pourvu que je voie autant d'ardeur dans vos actions « que dans vos paroles. » •
I.a bataille eut lieu près de Câllinique. On combattit de jpart et d'autre avec acharnement, la mêlée fut longue et terrible, la nuit laissa la victoire indécise ; mais le lendemain les Immortels ayant chargé l'aile droite des Grecs avec impétuosité, le roi des Arabes Homérites, allié de Justinieu; prit l'épouvante et la fuite.
Les Isaures et Jes Lyconiens, entraînés par cet exen^ple, .tournent le dos, et^ rencontrant la mort qu'ils voulaient çviter, se noient dans l'Euphrate.
La cavalerie grecque est enveloppée par les Perses; une jpartie fuit ; l'autre meurt.
Bélisaire et son lieutenant Pierre gardent seuls dans ce désastre un courage inébranlable.
Le général grec, à la tête d'un corps d'infanterie, faible par le nombre, fort par son intrépidité, se retire en bpn ordre, faisant face et combattant de tous côtés, jusqu'au moment où l'Euphrate l'arrête ; acculé sur la rivé du fleuve, il résiste, comme une forteresse, à toute l'armée ennemie qiji Ini donne vingt assauts, et vingt fois est repoussée.
L^ champ d^ bataille était couvert de morts; le général de la cavalerie des Perses avait été pris par Sunica ; la lassitude et la nuit séparent les combattants : au point du jour les Perses, désespérant d'çntamer les Grecs, retournent dans leur camp ; Bélisaire les poursuit et en tue un grand nombre : 4e8 deux côtés on convint que l'armée impériale avait été vaincjie, mais que Bélisaire était resté vainqueur.
Azaréthèse, exagérant son triomphe, espérait en recevoir prix; une disgrâce fut sa récompense.
Suivant un ancien usage, à l'ouverture d'une campagne.
392 EMPIBE d'orient. C5S7-5e5];
Tarmée des Perses défilait devant le roi : chaque soldat, por^ tant deux javelots, en déposait un au pied du trône; iis^ étaient soigneusement gardés et comptés. Après la gne les soldats défilaient de nouveau devant le monarque, d. jetaient devant lui le javelot qui leur restait : par ce moyet on calculait, avec assez de prévision, le nombre d'hommes qui avaient été pris ou tués.
Le roi demanda dédaigneusement au général victorieux quelle ville il s'était rendu maître, et quelle province il avi conquise. « J'ai fait plus que des conquêtes, répondit « réthèse, j'ai vaincu Bélisaire. » — « Ah I reprit le monarque « en lui montrant les javelots, c'est trop acheter un suc « douteux que de le payer par la destruction* de la moi « de mon armée, o
En vainCavade, redoublant d'efforts, défendit à ses gé raux de rentrer en Perse avant de s'être emparés de la vil de Mart^ropolis; il échoua dans cette entreprise. Les lieate^ nants de Bélisaire enlevèrent à l'ennemi plusieurs forteresses, et ce roi, dont l'orgueil était porté jusqu'à la passion, moïh rut du chagrin que lui causait le peu de succès de ses armes.
Les grands, rassemblés, élurent pour roi Causés, son fil» aîné ; mais l'un de ses ministres, Mébodès, ayant lu alon un écrit de Cavade qui désignait Gosroès pour son successeur, l'habitude de la crainte fit respecter encore l'autorité de l'ombre royale, et d'une voix unanime on proclama Cosroès.
Ce prince célèbre fut l'Alexandre de l'Orient; les Perses l'appelèrent Anouschirvan, âme généreuse; dans leur enthousiasme, ils le plaçaient au-dessus de Cyrus.
Les Perses admirèrent le génie de ce conquérant ; in«' leur haine l'accusa de tous les vices dont on charge les tyrans les plus odieux.
Ce nouveau roi protégeait, dit-on , les lettres ; il avait fait traduire les œuvres de Platon et d'Aristote. Sur le bruit de sa renommée, les philosophes païens, que Justinien persécQtait, vinrent chercher un asile dans ses États : mais bientôt,
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détrompés par le despotisme oriental, et regrettant les formes plus douces de l'administration romaine, ils revinrent dans la Grèce et y furent protégés par Tinfluence de Cosroès ; car ce prince recommandait aux autres les vertus qu'il n'avait pas.
Justînien lui envoya des ambassadeurs pour demander la paix; le roi de Perse exigea d'abord des conditions trop dures: onze mille livres d'or, et la cession de plusieurs villes ; enflD le traité fut conclu; on se rendit de part et d'autre les places et les prisonniers (an 5S3).
Les querelles sanglantes du cirque continaaient à troubler la tranquillité de Constantinople ; et la cour, en y prenant part, augmentait leur animosité.
Tbéodora protégeait la faction verte; l'empereur s'était déclaré pour la faction bleue. Le peuple, opprimé par l'excès des impôts, avait conçu une haine violente contre les ministres de l'empereur, et principalement contre Jean de Cappadoee, son favori, qui vendait la justice, et se rendait également méprisable par son avarice et par ses débauches.
Quand les peuples sont mécontents, le plus léger prétexte leç porte à la réyolte, la moindre étincelle fait explosion : on avait exercé quelques rigueurs contre plusieurs partisans de la faction verte : le peuple entier se soulève pour elle, s'arme et taille en pièces la garde impériale qui s'oppose à ses excès; pendant trois jours les maisons sont livrées aux flammes et au pillage, les rues sont inondées de sang, et la capitale ressemble à une ville prise d'assaut.
Les séditieux demandent à grands cris la tête du favori ; quelques-uns proclament auguste un soldat nommé Probus; on assiège le palais. Bélisaire, à la tête d'une troupe de braves, en défend les portes, renverse les plus mutins, et, par des prodiges de courage, effraie et écarte les assaillants.
Cependant leur nombre croissait toujours : le faible Justînien voulait fuir, il allait perdre son honneur et son trône : la fermeté d'une femme lui conserva le sceptre et la vie. « Prince, lui dit Tbéodora, on bWme injustement la hardiesse
394 BMPiu d'oaibkt. C4S7-5iQ
fl des femmeg qui se mêlent des affaires publicpies ; vous w§ fl Je prouvez et Je le sens. Vainement on objecte ^'U us « faut rien décider légèrement dans les eirconstanees cri*. « tiques; c'est dans Textréme péril que la témérité eA pm» « dence.
« La crainte conseille la faite; elle produit non la sûjreté. « mais la honte. La mort n'est qu'un accident, tout honuna \ « y est sujet; mais lorsqu'on est assis sur le trône, Texii ébt,i « vient un affront insupportable. .j
« Rien ne saurait me déterminer à quitter la pourpre, et à j « vivre un seul jour dépouillée des noms d'Augosta et d'im- { « pératrice, dont vous ni' avez honorée. *î
« Si la vie est le seul bien dont la conservation tous ton- 1 « che, vous pouvez, je le sais, la sauver; la mer baigne les « murs de ce palais , vos vaisseaux vous attendent, il vont « est facile d'y transporter vos trésors; la Propontide vonft « offre un asile. Mais craignez que le drame d'une existence « si lâchement prolongée ne vous offre pour dénoûment, au « lieu de repos et de plaisirs, qu'une m<Hrt aussi cruelle que « honteuse.
fl Pour moi, je tiens à cette vieiile maxime : qu'il est houe* « rable de mourir, pourvu que la postérité salue avec respect « le nom d'empereur gravé sur notre tombe. »
L'empereur, cédant à l'autorité de sa femme, se déeida i rester dans son palais, par faiblesse plus que par courage.
Deux jeunes princes, Hippace et Pompée, neveux comme lui de Justin, excitaient sa déflimce ; il les éloigna de sa personne : le peuple les entoure, les mène au cirque, et pn»clame Hippace empereur.
On avait répandu la nouvelle de la fuite de Justlnien; le sénat tremblant joint ses suffrages à ceux de la multitude; Justlnien, informé de cet événement, sort à la tête de sa garde, en suppliant plutôt qu'en maître. Tenant dans sa j main l'Évangile, il s'avance au milieu du peuple étonné : ! « Citoyens , dit-il , rentrez dans le devoir ; je jure sur ce li- i (( vre saint de vous pardonner ; la justice me le commande,
itS97^5(tô] jusTTifnnv. 895
liear je stiis ici le vrai, le seul coupable : mes péchés ont 1$ égaré mon àûie, et je suis devenu sourd à vos plaintes. » i A ces mots, de violents murmures éclatent ; ce mélange lie peur et de dévotion excite l'indignation et le mépris.
D'un autre côté, Hippace, non moins timide, s'efforçait de persuader à l'empereur que, couronné malgré lui, il avait rassemblé le peuple dans le cirque que pour le lui er. La fermentation des esprits interrompit ce combat de cheté.
Justinien se retira avec honte dans son palais. On crut de Qveau qu'il avait pris la fuite* Cette erreur ranima Tespéace d'Hippace ; ses partisans s'emparèrent de l'arsenal et pillèrent.
Tandis qu'îM perdaient, dans ces désordres, un temps
ècieux, le chambellan Narsès, à force d'or, gagna une
rtle du pcYiple, bientôt on se battit aux cris opposés de :
ivent Justinien et Théodom ! et de vivent Hippace et Pom-
fée! Bélisaire, Mondon et Narsès rassemblent des soldats
^es, profitent habilement de cette confusion, chargent
rHvement le peuple, et le poussent dans le cirque, dont les
Biorteii, trop étroites ^ s'opposaient à la fuite d'une foule . pôUvantée ; trente mille hommes périrent sur cette funeste arène. Hippace et Pompée^ Chargés de fers, voulurent vainement se justifier ; leur faiblesse déshonora leur vie sans la prolonger; on les jeta dans une prison où ils furent étranglés. Ainsi la fermeté de Théodora et l'intrépidité de Béli- «alïe sauvèrent l'empereur*
Justinien reprit son orgueil dès que le danger disparut ; ll<p^blia partotlt les détails pompeux de cette triste victoire, AoSt ii s'attribua exclusivement l'honneur» Le peuple fut (nni par deux édits; l'un rappelait les favoris disgraciés, Tatitré suspendait les jeux publics : la porte par laquelle on fit sortir les cadavres entassés dans le <;îrque reçut le nom de Potte des Morts.
A peine délivré de la terreur qui l'avait presque décidé à descendre du trône, Justinien, revenant à ses projets »mbi-
396 EMPIBB d'oBIENT. [5S7-5451
tieux, résolut d'entreprendre la conquête de rOecident.
Les princes faibles, tremblants aux moindres dangers qui menacent leur personne, craignent peu les périls auxquels ils n'exposent que leurs généraux et leurs armées; leur ^ nité est belliqueuse, pourvu qu'elle n'entende que de foin le bruit des armes.
Les Vandales occupaient alors toute l'Afrique, depuis h détroit de Cadix jusqu'à Cyrène; ils s'étaient rendus mitres de la Corse et de la Sardaigne ; mais, depuis le lèm de Genséric, les mœurs étaient changées. Amollis par u4 longue paix, vaincus par la chaleur du climat, corrompiv par le luxe qui détruit les États plus promptement que II rouille n'use le fer, l'éclat de l'or leur fit oublier celui dfl armes; ils avaient quitté les combats pour les spectacles, tel travaux pour les plaisirs, les tentes pour les palais, et ïér prêté de ces fiers enfants du Nord avait disparu pour fiûic place à la mollesse italienne. Ils ne gardaient de leurs anciennes mœurs que la cruauté.
Hunéric, fils de Genséric, pour assurer son repos, assassina ses frères et leurs enfants, et ne connut d'autre moyea pour maintenir dans ses États la tranquillité religieuse, que de persécuter impitoyablement ceux de ses sujets qui ae professaient pas, comme lui, l'arianisme.
Las de sa tyrannie et méprisant sa faiblesse, les Maures se soulevèrent en Numidie et se rendirent indépendants; te roi mourut sans avoir pu soumettre les rebelles.
Le prince Gondamon, échappé au massacre de sa femille, lui succéda et fit de vains efforts pour reconquérir la Numidie. Il eut pour successeur Hildéric, fils d'Hunéric : ce monarque, doux, mais faible, fut vaincu par les Maures, et rechercha l'amitié de Justinien. Mécontent de la conduite de sa femme Amalfride, fiIlé du grand Théodoric, il la fit enfermer : son alliance avec l'empereur d'Orient excita les murmures des Vandales ; ses revers lui firent perdre leur estime, et ses rigueurs contre Amalfride le privèrent de l'appui de la reine'des Goths.
[527-565] JUsAniEW, 3^7
Ud prince de son sang, Gélimer, ambitieux, foorbe, bardi, profita de ses fautes, aigrit l'esprit des Yaniales, les révolta, fit descendre le jroi da trône, et prit audacieusement sa place (an 532) : aucun parti ne se déclara pour le malheureux Hildéric. *
L'adroit Gélîmer avait persuadé aux grands et au peuple que ce prince était seul lîoupable, par son incapacité, du ^ccès des Maures, et qu'il voulait lâchement soumettre ■Afrique à l'empire d'Orient.
, JiKtinien, informé de cette révolution, défendit seul la èause du monarque détrôné : se» ambassadeurs reprochèrent à Gélimer sa révolte contre son roi légitime, et lui représentèrent qu'appelé un jour au trône par sa naissance, il wvait en défendre les droits, et non les violer ;* enfin il le priait, s'il ne voulait pas rendre le sceptre^ de traiter doucement Hildéric, et de lui laisser le titre et les honneurs dus à sa dignité.
Gélimer dédaigna de lui répondre, resserra les fers d'Hildéric, de soif fr&re Évagès, et leur fit crever les yeux.
L^ empereur lui écrivit en ces termes : « Puisque, malgré
. I nos conseils, vous persistez à garder un trône usurpé,
« laissez-nous au moins offrir dans notre cour un asile et des
« consolations aux malheureux princes que vous avez pri-
« vés de la vue et de la liberté : si vous refusez d'y consen-
* tir, nous vous y forcerons ; et, en vengeant leur injure^ « loin de croire rompre les traités faits avec vos prédéces- « senrs, nous croirons remplir fidèlement les devoirs qu'ils < notis imposent. »
« le n'ai point usurpé le trône, répondit Gélimer; les « Vandales en ont chassé Hildéric qu'ils en trouvaient in-
* digne, et j'y suis monté par le droit de ma naissance. Un « prince sage se borne à régir ses États et respecte l'indé-
* pendance des autres : vous régnez sur le plus grand em- « pire du monde, il doit vous donner assez d'affaires; ne « vous immiscez point dans les miennes. Si vous voulez la « guerre, je suis prêt à la recevoir, et je vous rends respon-
S98 Bimfttf tÈ^mîKft. [M7-IMS]
« gable devant Dieu de l'infracflmi d'un tntité f tiré par totu a et vos prédécefleurs. »
L'empereur, avant d'entfrepfendre la conquête de TAfrlque, consulta les patf ices; lés grands de TÉtat, les séndtenn : la plupart, frappés de crainte, s'opposèrent vivement à une entreprise dont .lé succès paraissait dmitèOt; les uns rappelaient la honteuse dMàtte'de BasiliSÊus, et la fuiné sanglante de Tarmée de Léon ; Ici autreÉf f eddutâlest les dëpen énormes que coûterait cette expédition : les généraux cxa géraient les difficultés d'une si longue navigation et Ttasalubrité du climat.
Jean de Gappadoce, ministre faf ori dé Tèmperedr^ apitoya
lés opposants avec chaleur, et supplia le pHnce de lie pdiât
envoyer à une mort cei^aine, contre léi plus fkrduëhes àei
Barbares, V élite des légions : c'était j, selon lui, risquer le
salut de l'empire, que d'embarqiléi* ses plus ferme! déllsn-
seurs, pour les porter dans des contrées si- lointaine* qu'on'
serait plus de six mois sans en avoir de tiotivellef. i Enflô,
« disait-il, quand la fortune favdrilerait ^oi àrines, flous ne.
« pourrions conserver TAfdque aprèd l'avoir con^itise, pals-
<( que nous ne sommes plus mattred de l'Italie ^ de la Si-
« elle, où régnent les Goths noâ ennemis. »
Ébranlé par ces remontrances, Justinîeii hésitait : toni à coup un évéqtie prend la parole : « Dieu, dit-il, m'est ap- « paru ; il vous ordonne par ma voix de Vous armer pour « la délivrance des catholiques. Je vous annonée, en son « nom j la victoire ; 11 ajoutera l'Afrique à Vos tftstés « Etats. »
A ces mots, toute opposition cesse, la guerre est décidée : Justinien concentre seâ troupes, arm« ses vaisseaux, nissemble des munitions, et charge Bélisaire des dangers et de l'honneur de cette grande entreprise.
Gélimer était habile et brave, mais da violence servit ses ennemis. Pudentius, né en AfMque, soulève les catholiques persécutés, et, avec le secours de quelques troupes envoyées d'Italie, il is'émpare dé Tripoli, et êe défend aVec succfc
contre les Yftndaleti. Dans le même temps tiodas excite une révolte en Sardaigne, refuse le tribut à Gélimer, et Implore l'appui de l'empereiir, qui lui fait passer un secours de qai«||^«ents hommes ; cette diversion jUTaiblit Gélimer, qui se vif forcé d'envoyer, son frère avec cinq mille Vandales en Sardaigne.
L'armée de Bélisaîre se composait de dix mille hommes de
Plpii'ée cinq mille chevaux^ de quelques corps auxiliaires,
' de cinq cents navires étude vingt mille matelots.
Lorsque la flotte fut près de mettre à la voile, l^arehfevêque Epiphane bêtïit solennëBement Tarmée, et pour sanctifier le vaisilKu amiral^ il y fit jgntrer un soldat qui venait de recevoirlebaptêiiie.
Béfisaire, dont Iç nom présageait là victoire, partit avec un vent favorable, aux aeclamatienS de tout le peuple de la capitale .^vant de triompher des ennemis, ce général habile
I s'occupa dé vaincre le caractère ihdisclpliné de ses soldats.
i Ayant relâché au port d'Abydos, il fit pendre deux Massagêtes qui avaient commis un meurtre : ses troupe^*, depuis
J longtemps accoutumées à la licence, s'indignent de cette rl-
} gueur, se mutinent, éclatent eh murmures ; Bélisalre s^é-
I lance ati milieu des Séditieux^ et les étonne par la fierté de
j son geste et de ses regards. *
A sa vue, le silence annonce déjà la crainte : « Si je parlais, leur dit-il, à dé nouveaux soldats, étrangers à la « guerre , il me faudrait peut-être leur citer une foule fl d'exemples pour les convaincre qUe la fortune des combats « dépend plus de la vertu que de Taudace, de l'ordre que « du courage ; mais vous, qui avez vaincu des braveS, et « qui, malgré votre vaillance, avez été quelquefois battUS, « vous dfevéï savoir qiie le destin des armées est dahs la « main de Dieu. Si vous l'offeiisez par Vos excès, si vous « l'outragez par des homicides, vous perdre^ tout droit à âà « profectioff ; abstenez-vouS donc de tout vice, de tout dé- « tordre : quelque bràVe que solt un soldat, je n'aurai que « du inépris pour lui s'il marche au combat sans avoir la ^
4IK) EMPIBB d'ûBIBNT. [5S7-4M»]
« conscience et les mains pures. Je n'estime la valeur que « lorsqu'elle est accqmpagnée de la justice. »
Sa fermeté établit la discipline ; son active vigilance pourvut r escadre d'aiini^nts salubres, et ût cesser les majaiies causées par des vivres avariés, dont Favarice de Jean de Gappadoce avait rempli les vaisseaux.
On attribue à Béllsaire T invention des signaux, ee qui l'empêcha, dans une si longue expédition, de perdre, eeuBie on l'avait vu jusqu'alors, les bâtime^s qui se trouvaient séparés de la flotte par la nuit ou par l'orage.
On aborde en Sicile. Procope l'historien, envoyé à Syracuse par le général^ lui rapporte d'heureuses nouvelles; il apprend qu'Amalasonte a fait préparer des vivres pour sa flotte, que l'élite des trouas Vandales est occupée à reconquérir la Sardaigne, et que!)' armée de Gélimer, à peine rassemblée, est encore à quatre journées de la côte. •
Bélisaire donne alors le signal du départ; presque tous les généraux proposaient de descendre directement à Garthage. Bélisaire, qui ne voulait point soumettre le succès de son entreprise aux caprices des éléments et au sort incertain d'un combat naval, débarque sur la côte la plus prochaine, la moins défendue, s'y retranche, fait de son camp une forteresse, et se sépare intréj^dement de ses vaisseaux.
Il pouvait, dans ce camp choisi au hasard, craindre de manquer d'eau , il y trouva une source ; cette découverte, au milieu des sables brûlants , parut aux yeux des catholiques un prodige qui leur assurait la protection divine.
Procope, dont l'histoire instructive est tachée par la crédulité de son siècle, partageait à cet égard l'opinion sup^ stitieuse des soldats.
Cet écrivain , comparable sous d'autres rapports aux historiens de l'antiquité, raconte avec une étrange bonne foi que le saint ermite Jacques enchantait et rendait immobiles les Barbares qui voulaient lancer leurs flèches contre hii.
A cette époque, le bandeau de la superstition couvrait les yeux des hommes d'État comme ceux du vulgaire : on dis-
C5S7-t^65] . lUSTINIBlf. 404
ptltait sur les vérités des diverses religions, on respectait leurs fables.
Le véritable prodige, dans ce siècle de décadence, était la conduite de Bélisaire : à sa vigilance , à son courage , à sa sévérité, T Afrique crut revoir Scipton.
Quelques soldats se permirent de piller un champ ; il les fit châtier publiquement, craignant avec raison que la vue de tels désordres ne portât les habitants à oublier leurs ancien* nés injures et à se rapprocher des Vandales.
Il s'empara de Syilecte , ville voisine: la discipline qu'il maintint dans ses trotfpes rassura les citoyens; de ce moment les peuples ne redoutèrent plus son approche, et partout il ût connaître qu'il s'était armé non contre l'Afrique, mais contre son tyran.
Les villes de Leptis, d'Adrumette, de Grasse, ne lui opposèrent aucune résistance. Il marcha rapidement sur Carthage , et se tint constamment à Tarrière-garde , persuadé que Gélimer ne tarderait pas à le sutvre pour le combattre I et sauver sa capitale.
Le roi des Vandales , qui s'avançait en effet à grandes journées, dans l'espoir de l'atteindre, écrivit à son frère Ami matas, gouverneur de Garthage, et lui ordonna d'égorger Hildéric et ies princes captifs, et de se porter ensuite avec sa garnison au-devant des Romains, pour les arrêter au défilé de Bécimum, situé à soixante-dix stades de Garthage; en même temps, il donna l'ordre à son neveu Gibamond de marcher le long de la côte : ainsi Bélisaire devait être attaqué en tête, en queue et en flanc.
La précipitation d'Ammatas fit manquer ce plan habilement conçu. Sans attendre le reste de ses troupes, il passa le défilé avec son avant-garde : Jean, général romain, à la \ tête d'un corps d'élite , 1^ combattit et le tua ; sa mort jeta le désordre dans tous ies pelotons qui venaient successivement de Garthage. Jean ne leur laissa pas le temps de se ; rallier , il en fit un grand carnage et les poursuivit jusqu'aux ; portes de la ville.
4Qt SMPIU D-OAlBirT, [UMQ
D4D9 le inéme temps, les M assagètés, gai fomiftient tflM partie de la cavalerie auxiliaire des Romains, reneontrèreul It troupe de Gil^^mond dans un lieu nommé le Champ d» iS^l y et , Après un combat opiniâtre , la défirent complèt^ ment. *
Bëlisaire , arrivé an défilé de Bécimum , s'y retrancha et obligea les soldats , q^\ avaient repris sous lui Thabitode des travaux, à fortifier leur, camp selon les anciennes coutumes.
« Compagnons, dit-il, voilà Theure des eombats, les Van- « dales s'avancent ; aucun parti ne vttus protège en Afrique; « vos vaisseaux sont éloignés; aucune ville forte ne vousol* « fre un asile; tout notre espoir repose sur nos glaives: bra- « ves, nous triompherons ; lâches, non-seulement nous serons « vaincus, mais nous périrons tous honteusement. La justice « de notre cause nous promet la victoire ; nous n'entrepie- A nons point une injuste conquête : l'Afrique nous apparte- « nait, nous ne reprenons que notre bien, et le prince que « nous combattons est un tyran plus détesté par ses sujets « mêmes que par ses ennemis.
« Vous avez attaqué souvent sans erainte les plus beiii- « queux des hommes, les Perses et les Scythes: aujourd'hui « vous combattez des Vandales, qui jusqu'à pfésent n'ont « fait la guerre qu'à des Maures, misérables sauvages à demi « nus, sans art et sans discipline. Ces Vandales, depuis long- • liemps, ont perdu l'habitude des armes. Je prie lélHen « tout-puissant t^ui préside à nos destinées d'enfiamiaer « votre courage, de vous inspirer pour vos ennemis le juste « mépris qu'ils méritent, et de vous rendre, par vos exploit^ « dignes de l'immortel honneur qui vous attend dans votre i patrie. »
Après avoir ainsi parié, il laisse 4aBS son camp son inftii' terie et sa femme Antonina, infidèle dans ses plaisirs, xssè& constante dans les périls, et marche à la tête de la cavalerie au«deyant de l'ennemi. ' *
Malheureusement les Massagètes, qui avaient battu le ne*
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v«a de Gétimer, revenalfllR sansdéflsnce; l'armtedes Van* dakfl les rencontre , les charge , les met en fuite et les Jette BOT Vavtnt-garde de BéUsalre, oà elle répand l'épouvante. Si le roi eUt profité de ce premier succès , on ne sait quelles auraient été les suites d'une telle déroute ; mais il s'avança lentement, célébra les funérailles de son firère, donna 1b temps au général romain de rallier les fuyards qui avalent porté l'eCTroi jusque dans son camp.
Profitant de cette fiiute, Bélisaire h son tout attaque à l'improviste l'armée vandale, qui n'avait pas eu le temps de 9% ranger en bataille; il yjette le désordre; ses légions acoonrent, le rejoignent et complètent sa victoire. L'armée de Géllmer, après un affreux carnage, fuit dans les déserts.
Bélisaire, sans perdre un moment, se porte sur Carthage. liB nouvelle de sa victoire l'y avait précédé : la garnison Tonl&it se défendre ; elle est désarmée par les citoyens : la espitale de l'Afrique ouvre ses portes au vainqueur; des feux de joie éclairent sa marche, toute la ville est illuminée ; il y ' entre en triomphe.
Par l'effet d'un heureux hasard , la flotte impériale arri- ' Tait alors près de la rade ; elle Toit avec surprise que Gar- I thage est au pouvoir dts Bomains. Enlln Bélisaire est coudait , an bruit des acclamations du peuple , dans le palais des rois, et s'assied sur le trAne de Géliaier .
Procopc, comparant ce triomphée celui de Scipion, trouve Bélisaire pins grand et pins heureuTi qa'il conqoit cette ancienne rivale de et qae le sang d'une foule de cit(^ lauriers.
Cette réflexion ne prouve que fej rien pour son héros. On pouvait cor pion; mais les temps, tes peuples, I< ressemblaient pas; Scipion renversait l'implacable ennemie de Home ; BéUsalre délivrtdt de la tyi^nie des Vandales une ville romaine.
Une ancienne prétictlou, d'autant plus répandue qu'elle
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était plus triviale et plus puérile, ^semblait avoir annoncé aa peuple sa délivrance et la victoire de Bélisaire. Tel était ce dicton vulgaire : Un jour le G chassera le B, et ensaite le B chassera le G ; en effet, Genséfic vainquit Boniface, et Bélisaire renversa le trône de Gélimer. Ainsi la fortune parut accomplir ce rêve d'une superstition populaire.
Dès que les Romains fut ent maîtres de Carthage, les catholiques rentrèrent dans Téglise de Saint-Cyprien, et tel prêtres arîeos se dérobèrent par la iCuite aux vengeances de ceux qu'ils avaient si longtemps persécutés. t
Bélisaire , comme tous les grands capitaines vraiment dignes de leur gloire, se défiait de la fortune, et ne se laissait point endormir par ses faveurs. Tandis que l'ennemi vaincu fuyait épouvanté, prévoyant son retour, il répara promptcment les fortifications de Carthage.
Ce grand homme dut tous ses succès non au sort, mais à sa prudence et ài son génie ; il connaissait trop son siècle pour livrer sans défiance sa gloire à l'inconstance des Huns, des Massagètes , qui servaient comme auxiliaires dans son armée, et au courage incertain de ces légions asiatiques, avides de butin , peu sûres dans l^ danger , séditieuses aux moindres revers : il avait choisi dans toutps les parties de FempiK les hommes les plus braves, les plus éprouvés, et il s'en était composé une gayde aussi nombreuse que fidèle. Ce corps d'élite, cette troupe de feéros, digne de i^on chef, le soifait partout, entraînait les faibles par son exemple , les lâches par la crainte , contenait les rebelles, déconcertait les traîtres, réprimait la licence, et, par des exploits prodigieux, semblait faire revivre Bome antique au milieu de l'empii* en ruines.
L'un de ces braves, l)iogène, écuyer de Bélisaire, est envoyé un jour par lui avec vingt-deux cavaliers pour occuper un village ; ils s'en emparent ; au milieu ^e la nuit, la maison qu'ils habitent est entourêe^pir toute Fftrmée des Vandales; Biogène et ses vingt-deux braves brident en silence leurs chevaux, les montent' et ouvrent intrépidement les deux 1)^^'
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tants de la porte; couverts de leur bouclier et |a lance au ' pomg, Us se précipitent sur les Vandales, les enfoncent, trai vereent leurs nombreux bataillons, et, criblés de blessures, mais n ayant perdu que deux hommes, ils rentrent victorieux dansCarthage.
La renommée de Bélisaire frappjjit d^respect tous les bar-
bares habitants de l'Afrique : les princes de Mauritanie se
sommrent à lui, et lui demandèrent l'investiture knpériale,
dont les marques étaient alors un sceptre, une toque d'où
peùdaient plusieurs lames d'argent, un manteau blanc, une
eourte tunique, brodée en diverses couleurs, et des brodequins dorés.
Cependant le général romain intercepta les lettres envoyées à Gelunerpar son frère Ihrazon ; illui mandait que la Saraaigne était soumise, qu'il avait tué Godas et passé ses troupes au fil de l'épée. Ces nouvelles annonçaient de nouveaux i combats i bientôt llrazon débarqua en Afrique ; Gélimer rassembla son armée; tous deux réunirent leurs forces, leur deuil, leurs regrets et leur soif de vengeance.
L«S agents du roi des Vandales s'efFor|fiient partout de sou- V lever les ariens et dé débaucher les Huns. Ceux-ci se laissé-^ rent séduire; BélisSîre découvrit le complot, et intimida les rebelles p*quel(|uà coups d'autorité.
II réun^ promptement ses troupes et les exhorta au cou- . rage : « Une victoire, leur dit-ii, terminera vos fatigues et la « guerre ; une défaite vous enlèvera tout ce que vous avez • conquis, et fera renaître tous vos dangers. »
Le roi des Vandales vint camper à Tricamare, à cent quarante stades de Carthage. « Un phénomène singulier, dit Pro- « cope, accrut la confiance des Romains; Us virent pendant « la nuit des flammes voltiger autour de la pointe de leurs « lances. »
Gélimer ne voulut point qu'on retranchât son camp, qui renfermait ses enfants, ses trésors, ses femmes, ainsi que ceUes de ses offlciers et de ses soldats. Il croyait que chacun, craignant pour sa famiUe, la défendrait avec fureur.