‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 33 sur 52 · itJSTlNIEl · texte numérisé non relu

itJSTlNIEl

Siergius, qui le remplaça, se montra incapable de réparer es maux qu^il avait causés. L'armée était découragée^ les garnisons n'osaient Sortir des villes : de toutes parts on de- Bandait' à Justinien un nouveau gouverneur. Il ne répondait

K*nt et s'occupait plus alors de théologie que de politique. »zas, profitant de cette inaction , se mît à la tête des Mau- Ks et s* empara d'une province î etiflh l'empereur, craignant le perdre l'Afrique, y envoya Arêobînde. A peine arrivé, ce |énéral livra bataille et fut vaincu, quoique Jean, Son liéupteant, eût blessé mortellement Stozas.

I Les rebelles et les Barbares, animés par ce succès, attallikent Carthage; les discussions civiles se mêlent au fléau de «guerre : Gonthàrls, chef des troupes auxiliaires, trahît Aré- «blnde, conspire contre ses jours et veut se faire reconnaître roi d'Afrique. Aréobinde se réfugié dans une église. Goni^ris lui jure sur l'Évangile d'épargner sa vie s'il se rend; ntifortuné ée livre à sa foi : Gontbaris le reçoit honorableliiént, l*invîte à souper dans son palais, lui fait trancher la tf^p, et règne quelques jours eu tyran.

Ses complices ne lui furent pas plus fidèles qu'il ne l'avait été à l'empereur. Artaibane forma une conjuration contre lui, le tua, et obtiat le gouvernement de l^Afrîque ; sa MliVQure délivra Carthage. Son successeur, Jean, frère de Mî)pus, après plusieurs avantages remportés sur les Maures^ leur liyrji une bataille décisive, en fît uii grand carnage, et assura e6Ûn, par cette victoire, une paix stable à l'Afrique. Tandis que l'autorité de l'empereur était tour S Ibur atta. quée, détruite et rétablie dans cette contrée, Bélisaire afifermîssait la sienne en Sicile; et Mondon, s* avançant en Dalmatie, ea chassait les Goths et s'emparait de Salone.

Théodat était Idçhe et cruel ^ au bruit des exploits de Bélisaire et de Mondon, il abaissa son orgueil aux pieds de Vambassadeur de Justinien, lui demanda la paix, et, plus jaloux de vivre que de régner, céda la Sicile; il promit même d'abandonner l'Italie^ pourvu qu'on lui laissât en tirer un revenu de douze cents livres d'or.

420 BMPIBE b'oBIBNT. [531-5IB5}

Sur ses instances réitérées, le sénat de Rome écrivit à Fen»pereur pour appuyer sa demande, et le pape Agapet fat envoyé à Constantinople, afin d'engager Justinien à âgner ee traité ou plutôt cette honteuse capitulation.

Sur ces entrefaites, Mondon, poursuivant avec trop d'ardeur ses avantages, se laissa envelopper par les Goths, qui le tuèrent, ainsi que son fils, et s'emparèrent de nouveaa de la Dalmatie. Rien n'est plus mobile que la pusillanimité : consternée au premier revers, elle se relève avec insolence au plus léger succès. Théodat refusa de ratifier cette même , paix qu'il avait si humblement sollicitée. Constantin, à la tête d'une nouvelle armée impériale, reconquit la Dalmatie, et Bélisaire, qui revenait alors d'Afrique, reçut l'ordre d'entrer | en Italie. , ■•

Prompt à obéir, il fait ses préparatifs, laisse de fortes gar- \ nisons en Sicile, s'embarque, traverse le détroit de Messine et aborde à Rhége. Le roi gouvernait sans plan; les villes étaient sans défense ; les peuples, empressés de voir leur libérateur, volaient au-devant de Bélisaire.

Le gendre de Théodat lui-même se rangea sous §es dr^ Çeaux et obtint la dignité de patrice, oubliant que les titres, loin de décorer les traîtres, les avilissent.

Bélisaire marcha rapidement sur iNaples. Les habitant voulaient d'abord forcer la garnison & se rendre; mais igk kur fit craindre le pillage, et^cette multitude inconstante changea d'avis. Xa ville était forte, ses défensetursÂnres. Après de l|pi^«t vaiq^ efforts, le g|pér^ rômalliSô-âispih sait à lever le i^ge*, lorsqu'un soldât ^ure déerâvrit on ancien canal souterrain par lequel on pouvait pénétrer dans la ville. Bélisaire, certain du succès, somme inutilement les Napolitains de se soustraire,^ar une honorable capitulation, au sort funeste qui les attend, et de ne point donner aux Goths, leurs ennemis communs, l'affreux spectacle dp sang romain versé par des Romains. La destinée les aveugle; ib ne lui répondent que par des insultes; et, tandis que la garnison court sur les remparts pouries défendre, Bélisaire, à

f597-S65] JUSTINIBN. 424

la tète de ses plus braves guerriers, s'avance dans le conduit souterrain et se trouve bientôt au milieu de la ville, que ses soldats furieux parcoure*nt le fer et le feu à la main.

En même temps les Romains, profitant de l'épouvante d^s Goths, franchissent les remparts ; les vainqueurs sont inaccessibles à la pitié ; la pudeur ne trouve pas d'asile, les larmes de l'enfance et de la vieillesse sont d'inutiles défenses. En Tain Bélisaire s'oppose à leurs excès et leur crie : « Ce sont < vos compatriotes, ce sont les sujets de l'empereur que € vous égorgez. Montrez donc aux vaincus que vous étiess f dignes de les vaincre, et cessez de déshonorer un si gloc rieux triomphe par votre cruauté. » Inutiles efforts I Tha- Htanité n'était que dans le cœur d'un homme; peu T écoutèrent, nul ne lui obéit ; le massacre fut affreui^.

Théodat, au bruit de la chute de Naples, crut ééjk voir tomber Rome ; il y envoya des troupes pour la défendre, on kur en refusa l'entrée.

' Ce jyfince, fuyant les combats, chercha Ini-miéine un asile dans là capitale, et donna Tordre à Yitigès, qui commandait son armée, de marcher sur Gapoue.

Vitigès était parvéhu à une haute fortune par un courage intrépide. Il campait alors à^iuatorze lieues de Rome; ses soldats, JiQQt(|ux de servir un prince qui n'était audacieux que pour commettre des crinies, et hardîgf ue pqur opprimer je peuple, se révoltant contre lui, déclarant qu'ils brisent'le jb^d'un ch^quî nt sait que ftÊt. Vitigès s'efforce en vain de les ramener à l'orire ; ils le contraignent, par leurs prières et par leurs menaces, d'accepter la couronne. ^ Théodat, abandonné, cherche son salut dans la fuite ; un Goth, nommé Octar»^ le poursuit, le renverse d'un coup de lance, et porte sa tête à Yitigès. Cet indigne successeur du grand Théodoric et d'Amalasonte avait régné deux ans; son fils périt par le poison.

Vitigès, proclamé roi, entra dans Rome, et reçut le serment du pape Silvère, du sénat et du peuple ( an 536 ).

11 laissa dans cette ville quatre mille hommes de garnison,

482 BMPiiB d'obient. (91741^

et eourut à Ravenne pour réunir à son armée les troupes ({oi s*y trouvaient.

Dans l'espoir de rendre plus respectable aux yeux des Gçths un sceptre usurpé, il répudia sa femme, et épousa la fille d'Amalasonte. Enfin, pour s'assurer, sinon Talliaiiee, au moins la neutralité des Francs,^ il fit consentir les chefe de sa nation à leur céder ce qui restait eneore de la proyince romaine dans les Gaules.

Tandis qu'il cherchait ainsi à consolider son trône chan* celant, Bélisaire, qui connaissait le prix du temps et d'une heureuse hardiesse, mai^cha rapidement sur Rome : le pape détermina le peuple à lui en ouvrir les portes; les quatre mille €k)th8 que Yitigès y avait laissés furent obligés d'en sortir. Ainsi Bélisaire, sans combat, rendit & l'empire cette ancienne, capitale du monde, que, soixante ans auparavant, Odoacre lui avait fait perdre. Les mânes des anciens hères s'en réjouirent, et Rome ctut les revoir en lui.

Yitigès demanda la pai)i:; Justinien la réfusa. Les généraux de l'empereur conservèrent la Balmatie, malgré les efforts des Barbares. Constantin, lieutenant de Bélisaire, renc<mtra une division ennemie et la détruisit presque entièrement. Q^fèndant Yiiigès déployail . dans ses préparatii^ autant d'activité que Théodat avait montré de mollesse; ayant appelé aux armes et j^uni tous les Gothâ en état de combattre, il marcha droit sur Rome à la tête de f^t cinquante mille guerriers. 9* '" 4> « "

Toute sa cavalerie portait des cuirasses, ses chevaux étaient bardés de fer. Comme il ne pouvait croire qu'un homme osât résister à de telles foA;eà^t rester téméral^ # ment enfermé par elles en Italie avec mtkq mille soldats, il demanda présoroptueusement, sur sa roUtC) aux voyageurs qui revenaient de la capitale, si Bélisaire ne s'en était pAS déjà sauvé. « Seigneur, lui répondit un prêtre, de touslss « mouvements qu'on peut faire à la guerre, la ftiite est, jus- « qu'à présent, le seul que Bélisaire ne connaisse pas. i

L'armée des Goths vint camper à deux lieues de Rome; la

tarAhiton le\ir livra une tour fortifiée qui défendait un pont «sonstniit sur le Téveron. Bélisafre, ignorant cette perfidie, «'avance, suivi d'une garde peu nombreuse, dans le dessein de visiter ce poste qu'il croyait occupé par les siens ; soudain il se voit assailli et oerné par toute T avant-garde des ennemis; il est forcé, avec mille braves, de faire tète à une armaée. Dans cet extrême péril, ce grand capitaine montra la force et le courage d'un soldat. Tous les traits se dirigeaient eontre lui et contre son cheval bai, que la gloire de son maître immortalisa; ses gardes, oubliant leur sûreté personnelle pour veiller à la sienne, s'empressaient à l'envi de lui servir de bouelier. On eût dit que chacun d'eux voulait paraître, aux yeux des Barbares, un autre Bélisaire.

Cette troupe de héros enfonça d'abord Pavant-garde ennemie, et la contraignit de se retirer jusque sous les remparts de son camp ; mais, accablé à son retour par toute Tannée des Goths, Bélisaire fut poursuivi jusqu'à la porte de Borne nommée alors Salaria, et qui, depuis ce jour mémorable, reçut le nom de cet illustre général. Les Romains, tremblants, n'osaient ouvrir leurs murs à ce grand homme; la lâcheté refusiût un asile à la gloire; son désespoir fit son salut; accablé de fiitigue, blessé, sa grande âme prête de nouvelles lofces à son corps; il excite, il ranime, il enflamme l'ardeur du petit nombre de guerriers qui l'entouraient encore. Tous obéissent à sa voix, tous suivent son exemple, tous chargent à grands cris les Goths, et, par des prodiges de vaillance, lemr inspirent à la fois tant de surprise et de terreur qu'ils prennent la fuite, se croyant poursuivis par un dieu. Borne reçut alors en triomphe un héros qui seul avait vaincu une armée.

Bélisaire eut bientôt une victoire plus difficile à remporter ; il lui fallut déployer toutes les ressources de son caractère actif, adroit et ferme, pour réprimer l'esprit séditieux d'un peuple accoutumé à la licence, au repos et à l'abondance. Dès que la ville fut investie, cette lâche multitude éclata en murmures; j^férant la servitude aux privations et la honte

424 EMPIRE d'oBISNT. [527-564 ^

au danger; eiie demandait à grands cris qu'on ouvrît les portes aux Barbares : une sage distribution de vivres, une constante vigUance et quelques coups d'autorité comprimèrent ces factieux.

Feu à peu le peuple s'accoutuma à entendre les accents du courage, et ce langage romain qui depuis longtemps avait cessé de retentir à la tribune. On désire bientôt d'imiter ee qu'on admire : un grand nombre de citoyens, prenant les armes, s'efforcèrent de marcher sur les traces des compagnons de Bélisaire ; il encourageait ce zèle, mais il y comptait peu.

Cependant Vitigès lui écrivit pour l'inviter à épai^ner le sang romain, lui donnant le choix ou de sortir librement de Rome avec ses troupes et leurs bagages, ou de fixer un jour pour lui livrer bataille dans la plaine : « Borne appartient à « l'empereur, répondit Bélisaire; il ne la perdra que lors- « que j'aurai perdu la vie ; quant à la bataille, je la donnerai « le jour où je le jugerai convenable, et sans consulter « Vitigès. »

Les Goths resserraient de plus en plus la ville; Vitigès, ayant fait construire de hautes tours en bois, remplies d'archers, et un grand nombre de machines de guerre posées sur des roues, y attela des bœufs, et parvint ainsi à les approcher des murailles, que le bélier frappait â coups redoublés.

A cette vue, la terreur s'empare de tous les citoyens, qui croient leur ruine aussi prochaine qu'inévitable. Bélisaire s'occupait le jour et la nuit à rassurer la multitude, à soutenir le courage des siens ; il les excitait, par son exemple, à défendre les remparts contre la foule toujours croissante des assaillants. Enfin, saisissant lui-même un arc, il renverse d'une fièche l'un des généraux les plus hardis de l'armée des Goths; et les Romains, toujours superstitieux, regardèrent ce premier succès comme un heureux présage.

Mais les traits qu'on lançait du haut des tours dans la

>S7-565} * JUSTIMIBN. 425

vUIe continuaient toujours à répandre l'effroi : Bélisaire donne Tordre à ses archers de dirige *leurs coups sur les bœujfe qui conduisaient les machines ennemies : ces animaux tombent; cet appareil, naguère si menaçant, ne parait plus que ridicule. Les Romans sortent de leurs murs, repoussent les Goths, les chassi^t du mausolée d'Adrien dont ils s'étaient emparés, iseaversent les tours, brCiIent les machines, ïl font tomber sous leurs coups trente mille Barbares. Le peuple qui, dans ce temps, croyait plfls aux saints qu'aux héros, attribua sa délivrance non au génie de Bélisaire, mais à la protection^e saiiit Pierre.

i^Le hasavd Voulut que les Goths négligeassent d'attaquer

une ff&rtie de muraille qui s'était écroulée, et qui se trou-

-^Faît près de i'égl:^ de cet apôtre : la multitude demeura si

||||çrsiiadée de ce miracle, que depuis elle ne voulut jamais

' JBOaffrir qu'on relevât éê mur.

Bélisaire pr<^ta de cette crédulité, qui pouvait, en se propageant, fortifief»la confiance des Romains et affaiblir celle dé "f ennemi , il rendit compte à Justinien de ses succès : « Cinq mille braves, dit-il, ont vaincu cent cinquante mille « Gotfife. Cependant le siège dure encore : quelle honte ne « sefliit-ce ^as pour l'empire, si on laissait perdre Rome A faute de secours! C'est à vous que j'ai dévoué ma vie, je « suJ5 déterminé à mourir plutôt que de me rendre ; décidez « maintenant du sort de Bélisaire , et si vous voulez qu'il tf^fc* ensevelisse sous les ruines de Rome. »

Ces paroles tirent enfin l'empereur de son assoupissement: il lève des troupes, arme des vaisseaux, et ordonne à Valérien çt à Martin de les conduire en Italie. Pendant ce temps, Rome, bloquée, voyait peu à peu ses moyens de subsistance épuisés ; Bélisaire avait à contenir à la fois les habitants de la ville et les ennemis. Mais, en présence des grands caractères, tous les obstacles s'aplanissent : il ordonna à toutes les bouches inutiles de sortir de Rome; on se tut, on gémit et on obéit. Une foule de vieillards, de femmes et d'enfants couvrent la voie Appienne et se retirent en Campanie, es-

426 BMPIRH ]>'0RIBNT. [5t7-56S]

cortéspar dçs Maiir^ iiilré|ddes et agiles qai percent les lignes ennemies, et massacrent les Gotiis disposés sans défiance sur la route. Béiisalre arme les artisans, chasse de Rome quelques sénateurs suspects de trahison, et entre autres Maxime, descendant deTempercur de ce n<Hn. Martin et Valérien lui amènent un renfort de seize cents cavaliers, qui entrent dans la ville à la faveur d'une sortie danslâ*.^ quelle on tue quatre ijaille Goths.

Bélisaire se préparait à port^ aux Barbares un coup plus redoutable; mais il ne pouvait compter que sur sa cavalerie:* depuis longtemps F infanterie italienne avait perdu sa discipline, sa bravoure et sa renommée. Dans cet eiiibarr£|^ n commit la fiante de céder aux conseils et^ux instances de trois ofQciers, Principius, Pisidhis et Tarmut l'Isaurîen ; ll| lui vantaient le zèle, Tardeur, le dénuement des nouvelles légions formées dans la ville par Tenrôlement des citoyess; ils le suppliaient d'employer cette infanterie^ au moins à Tarrière-garde : un injuste mépris, disaient-ils, la révoj^ rait; une marque de confiance enflammera son courage.

Ces légions demandaient en effet à grands cris le CQipbat, Bélisaire, entraîné par une ardeur si vive, se décida à livrer bataille (an 537). Depuis le point du jour jusqu'à midi^ on ne fit qu'escarmoucher et lancer des traits; le général voulait attendre quelques faux mouvements des Goths, poiflr en profiter et les attaquer. Mais les légions impatientes n'écoutent point ses ordres: elles chargent avec impétuosité, en»' foncent d'abord les Goths, et, se livrant ensuite à l'ardeur du pillage, elles sont alors attaquées par les Barbares ralliés, qui en massacrent une partie et mettent le reste en fuite.

Bélisaire, avec ses braves, résista longtemps ; mais il se vit enfin forcé de se retirer. Bientôt la famine devint extrême dans Rome. L'armée de Bélisaire le pressait de combattre, préférant un trépas glorieux à une mort lente et douloureuse : Bélisaire, éclairé par la faute qui lui avait fait perdre la bataille de Rome, resta inflexible; décidé à attendre les

.fit9-5653 JUSTINIEN. 427

lecours qu'il espérait, il ordonna de souffrir en silence. Telle Stait son autorité, qu'on souffrit et qu'on mourut sans se l^aindre.

Enfin le renfort annoncé débarqua; Zenon, Paul, Couon et Jean amenèrent trois mille Isaureset deux mille chevaux. L'intrépide Antonina sortit hardiment de Rome, ol courut presser l'arrivée de ces troupes qui s'approchèrent de la iFlIle. Alors Bélisaire, avec une partie de son armée, fait une fiiusse attaque contre les assiégeants, tandis qu'une autre division sort par une autre porte, anciennement murée, qu'on avait démolie pendant la nuit ; elle tourne les Goths; les Barbares, chaînés ainsi en tête et en flanc, ne combattent plus qu'en désordre, et l'épouvante se répand dans F"*^ lïs bataillons. Ils fuient de toutes parts ; les vainqueurs font un affreux carnage.

^ Après cette défaite, Vitigès, dont l'armée était ruinée par p te fer, par la faim, par une maladie contagieuse, demanda la paix et proposa de céder la fMcile, pourvu qu'on évacuât l'Italie. Bélisaire répondit ironiquement à cette demande dpw risotfe, en offrant aux rois des Goths les iles Britanniques. • Ge^enciant on convint d'ufie suspension d'arnats. Rome reçut dans ses jnurs u;i nombreux convoi, des vivres eu '^abondance, et des troupes nouvellement débarquées ; enfin on conclut une trêve pour un mois.

Ge que le ciel offre le plus rarement à l'admiratioç de la terre, c'est une gloire pure et un bonheur sans nuage. Constantin, brave guerrier, général habile, mais avide de richesses, avait enlevé à Présidius, l'un de ses collègues, sa part du butin pris dans le camp des Goths. Antonina haïssait mortellement Constantin, parce qu^il avait découvert ses intrigues coupables, et inspirait de justes soupçons à Bélisaire; cette femme, aussi artificieuse que peu fidèle, aigrit son époux contre celui qui voulait l'éclairer. Bélisaire, sortant de sa modération ordinaire, après une vive réprimande, donna l'ordre à ses soldats d'arrêter Constantin : celui-ci, I furieux, tire son glaive, et veut en frapper son chef, qui,

^28 BMPIBB d'oBIENT. (527-565]

par un prompt mouvement, trouve à peine le moyen d'éviter le fer. Il fallait juger Constantin et le punir; mais la justice parait trop lente à une femme outragée. Antonina excite ks gardes à la vengeance; Us égorgent Constantin, et ce meurtre, permis par Bélisaire, tacha ses lauriers.

Au mépris de la trève^ les Goths commettaient souvent des actes de violence ; les hostilités recommencèrent. BéKsaire sortit de Rome, livra bataille aux Goths, les défit, ks poursuiyit et en tua un grand nombre. Les suites de cette victoire furent la prise de Rimini et la levée du siège de Rome. Ce siège fameux avait duré un an.

Lltalie aurait été promptement conquise, si Justinien y eût envoyé sans retard le secours que Bélisaire demandait; mais alors Tempereur ne s'occupait qu'à fonder des monastères, à bâtir des palais^ et à troubler l'Église dont il prétendait terminer les querelles. Après avoir publié des lois sages eontre la simonie, il affranchit impo^tiquement les prêtres de la juridiction des tribunaux ; et comme il voulait que ses décrets fussent refipectés en matière de dogme, ainsi qu'en toute autre, il s'égara dans ces subtilités, et tomba dans l'ii^résie 4 qu'il avait longtemps combattue, J

Théodora, accoutumée à renverser tout ce qui lui résis- . tait, voulait fairef:déposer le pape Silvère; l'empereur^ moins violent, le renvoya à Rome, et chargea Bélisaire d'examiner sa conduite, ordonnant de lui laisser son siège s'il était innocent, de lui «n donner un autre s'il se trouvait coupable.

Il était accusé d'intelligence avec Vitigès. Bélisaire, vainqueur de l'Afrique et de l'Italie, se laissait subjuguer par Antonina : cette femme sans pudeur servait fidèlement les passions haineuses de l'impératrice; elle obtint de la faiblesse de son époux l'exil du pontife dans une île où elle le fit assassiner.

Vigile, qui lui succéda, trompa Théodora et Antonina par une fausse soumission : dès qu'il fut assis sur la chaire de saint Pierre, il se déclara hautement pour l'orthodoxie.

Tandis que l'empereur épuisait ses trésors pour ne couvrir

Page 1