‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 34 sur 52 · Î7-565] JUSTINIEN · texte numérisé non relu

Î7-565] JUSTINIEN

que de monuments fastueux l'empire qa^'il aurait dû garnir de soldats et de forteresses, les Bulgares envahirent la Mésie (an 538).

L'armée d'Illyrie les repoussa d'aborid ; mais comme elle revenait victorieuse, un autre corps de Bulgares l'attaqua inopinément, et la tailla en pièces.

Ces guerriers farouches effrayaient les Romains par une arme singulière : ils portaient au bout de leurs lances" des filets qu'ils jetaient sur leurs ennemis. Le général romain Godillas, pris et enlevé dans un de ces^Jacs, en coupa l^s cordes avec son sabre, et dut ainsià son courageux sang- froid la vie et la liberté.

Bélisaire poursuivait ses succès en Italie ; Milan et Ancône furent délivrés des Goths. Narsès, qui depuis acquit tant de gloire, débarqua près de Ravenne avec cinq mille hommes:- Justin, maître de la milice d'Illyrie, y descendit aussi à la tête de deux mille Hérules : les Goths, surpris prés de Kimini par un corps que commandaient Martin , Jean et ll^ger, sont saisis d'une terreur panique, prenn«|nt la fuite, abandonnent leur camp, et, si la garnison de Rimini les eût alors, chargés, leur armée aurait été détruite.

Bélisaire arrive au moment de la déroute de reanemi, et félicite les troupes des succès dus à l'habileté d'Ildiger. « Il « n'en a point le mérite, répond Jean avec audace ; nous ne « devons la victoire qu'au génie de Narsès. » Ce fut ainsi que commença la fatale querelle de Narsès et de Bêlisairb : les envieux l'aigrirent, et tous ceux qu'importunait la grande renommée du conquérant de l'Afrique et du libérateur. de Rome ne cessèrent d'exciter la jalousie naissante du favori de la fortune contre le favori de la gloire. Ils répétaient con- ' tinuellementà ceteunuqueambitieux, qu'vrrivé à la tète d'un si nombreux corps de troupes, il ne devait pas s'abaisser à servir d'ombre à Bélisaire : dès ce^ moment, leur mésintelligence éclata.

Bélisaire, convoquant les chefs de l'armée, leur dit : « Ne « vous laissez point tromper par vos jareisiera avantages.

430 £MPIBB n'cmiBNT. [SfT-SiQ

« Vous méprisez à tort renoemi, il est eneere à craiBére; < ft ia prudence seule, eonsolide les saeeès, la présomptloa « égare ou endort. Je vois que les Goths inondent l'Italie « Jusqu'aux portes de Home; Vitigès oeeupe KaveEiie; jr Wrayas, maître de laLigurie, investit Milan ; Anxime est « défendu par une forte garnison : nous sommes enveloppés « de toutes parts. Je suL ' :struit qu'une nombreusB armée t de Francs se prépare à grossir près de Gènes )a foule de « nos ennemis; notre ruine est certaine, si nous perdons m « temps précieux s notre célérité seule peut diviser tes Ba^ J « bares, et les vaincre en les étonnant. Il faut que la moitié \ « de nos troupes délivre Milan et que Tautre s'empare ; ^T.d'Auxime; nous mareherons après contre les Francs et <( contre Vitigiès. t

Narsès combattit cet avis ; il proposa de réunir les dcŒL armées pour attaquer d'abord Âavenne. Ces deux opinioni partageaient les esprits. Bélisaire, qui savait que les dissenslonsJâtestineS perdent les armées et les États, trancha la diMculté en lisant devant tous les cbe£s une dépéehe secrète •qu'il avait reçue de l'empereur. Justinien déclarait, par cette lettre, qu'en envoyant Narsès en Italie, il ne lui donnait que r intendance et non le commandement de l'armée.

Après avoir entendu ces mots , il ne restait plus qa'i ëbiHr;' cependant l'ambitieux Narsès refuse de se soumettre. BâUsaîse ordonne aux troupes de marcher ; mais lorsqu'il est près d'Urbîn, Ips légions du parti de Narsès l'abandonnent, espérant qu'avec te peu de forces qui lui restent, un échec consommera sa p«rte.

En ce n!iom«mt la fortune secourut BâUsaire : une ibntai- 'ne, qui seule fournissait d'eau les habitants d'Urbin, s'étaot tout à coup tarie, la garnison effrayée capitula, et cette ^ ville forte se soumit. Profitant de cet avantage , Bélisaire j surprit Orvietto et s'approéha de Milan : les rebelles, commandés par Jean et Justin, refusèrent quelque temps d'exécuter ses ordres et de le rejoindre; enfin ils obéirent, mais arriveraient troptaed. (^ttelenteur eutdessuites funestes. Mi-

lan fût pris et sftceagé par les Barbares : le récit sans doute exagéré de Procope porte à trois cent mille le nombre des victîflaes.qxd périrent dans cette ville sous ieferdesGoths. Bélisalpe, en y entrant, n'y tronra que des cadayxes et des ruines. L.' empereur, informé de ee désastre, rappela Narsès; les Hfémlés, opinMtres dans leur résistance, le suivirent. Béli- Wire, impatient d'achevé la conquête de Tltalie, vint as- Attxkne. Vitigès épouvanté implorait le secours de il), rot des Lombards, de Cosroès, roi de Perse, de debert, roi des Francs : le premier resta neutre; ro^ exigea dé l'empereur d'Orient un fort tribut, pré- ||hdant qu'il devait à soii inaction la conquête de TAfri- ^e, et, sur le reftis de Justlnien, il lui déclara de nou- Wu la guerre.

Théodebert, à la tête dé Centïuflle hommes, traversa les HÇes, dans le dessein, non de secourir les Goths, mais de rer de ritalie.

avait peu de cavalerie ; ses nombreux fantassins étaient s d'une épée, d'un bouclier, d'une lourde hache, nom- HfSê fra^Sfae : avec cette bâche ils brisaient d'abord le bbtwlfer'de l'ennemi, .qu'ils frappaient ensuite de leur épée. Le» Gotllft, regardant le roi des Francs comme un allié, tel crtHnritent le passage du Pô, et l'attendirent près de Pavie; leur erretir ne fut pas de longue durée. Les Francs se jetèrent sur eux et les massacrèrent : une division de Romains, laissée dans cette contrée par Bélisaire, fut surprise par les Barbares , et se sauva en Toscane.

Théodebert était brave, mais ne savait pas profiter de la victoire ; au Heu de poursuivre rapidement sa marche, il pilla la Ligurie : la famine succéda à la dévastation, et la peste à l'intempérance. Théodebert se retira, et l'on vit ainsi disparaître tout à coup ce torrent qui menaçait d'étendre ses ravages Jusqu'à Rome.

Bélisalre écrivit au roi franc pour lui reprocher vivement l'injustice de son agression, et les excès honteux qui avaient terni sa renommée.

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Tout cédait aux armes du général romain : Aoxîme se rendit à lui; et, réunissant enfin toutes ses troupes, U^nt investir Vitigès'dans Bavenne.

Les rois de France offi*aient leur seeours au roi desGoths, pourvu qu'il consentit à partager avec eux T Italie. Bélissire; informé de cette négociation, la fit échouer ; mais, aa moment où il se voyait près d'achever sa glorieuse entreprini et de rendre enfin rimlie à Tempire, la faiblesse de Jnstt*'! nien T exposait à perdre le fruit de son courage. L'empereur,] las de la guefre, autorisa son généfel à conclure la paix^ cédant à Yitigès tout le pays situé au delà du Pô.

Béiisaire ne fit aucun usage de cet ordre, et pressa ifl siège. Les Goths, comme tous les belliqueux habitants d« Nord, méprisaient les roki vaincus, et ne respectaient It diadème que lorsqu'il élatt ceint de laurier; pleins d'adnttc' -ration pour Béiisaire, ils offrirent la couronne au héros qv les avait vaincus,' Yitigès lujg^éme se vit fereé, par Je vœu unanime, de souscrire à cetfe proposition.

Béiisaire ne voulait ni trahir Tempereur, ni conclure la paix honteuse que ce prince i^&vait chargé de signer. Déddé à résister également à la faiblesse et à l'ambition, il râssimble ses officiers, et leur déclare qu'il a trouvé le moyen de prendre Ravenne sans combattre, de s'emparer de la personne de Yitigès, et de rendre l'empereur maître de l'Italie.

Dissimulant avec art son dessein, il se contenta d'assurer les Goths qu'aucun d'eux ne perdrait ses dignités ni ses biens, et qu'il ne ferait aucune distinction entre eux et les Komains.

Par cette réponse, les Barbares furent persuadés qu'il a^ ceptait la couronne : Ravenne lui ouvrit ses portes, et il y entra en triomphe comme un monarque dans sa capitale.

Procope raconte que les femmes des Goths, qui, sur la Knommée des Romains, les avaient crus d'une grandeur pro- | portionnée à celle de leurs exploits, surprises de la petitesse ; de leur taille, reprochèrent vivement à leurs époux d'avoir été assez lâches pour s'être laissé vaincre par de tels hommes.

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Bélisaire, entré dans le palais du roi des Goths^ mattre de ion trône et de seâ trésors, fit arrêter Yitigès par sa garde, le retint prisonnier, et déclara qu'il refusait le sceptre qu'on lui avait offert.

iPeu d'hommes sont assez purs pour croire à un pareil désintéressement : on écrivit à Tempereur que Béiisaire le tra- ^ssait, et ne feignait de refuser le pouvoir suprême que Sans l'espoir d'être forcé à l'accepter.

Cependant les Goths, qui campaient à Pavie, avaient élu jàùxïv roi Udibade; celui ci offrit encore le diadème à Béiisaire : « Pourquoi, disait-il à ce héros, vous abaisser au pied du « trône d'un prince ingrat et efféminé? Il ne vous convient '«point d'être l'esclave de Justinien; la première place du « monde vous appartient. Tous les Goths vous déclarent de t nouveau, par ma voix, que le grand capitaine qui les a t vaincus leur parait seul digne de les gouverner. Ildihade^ ' « leur prince, dépose lui-même la couronne à vos pieds. » Béiisaire répondit : « Je dois tout à Justinien, il a reçu mes « serments; jamais je ne le trahirai. »

Après ce refus solennel, il .s'embarqua pour Gonstantinople, et^ pour la seconde fois, y entra triomphant des ennemis de l'empire et des siens.

Ce triomphe, un des plus glorieux dont Rome se fût honoiée, eût été sans tache, si le triomphateur n'y eût pas traîné à sa suite Vitigès, qu'il avait, non point pris, mais trompé : la politique la plus habile, la gloire la plus éclatante, ne peuvent justifier la perfidie.

Antonina, dans la capitale, se montra aussi active en intrigues qu'elle l'avait été à la guerre. Sa protectrice, Théodoraj voulait perdre le ministre Jean de Cappadoce ; mais il était difficile de renverser un homme fort de la confiance de l'empereur, et dont la science et l'adresse compensaient ftux yeux du prince les vices et la cupidité. Jean était ambitieux : Antonina se chargea de le faire tomber dans un piège; elle y parvint. Feignant d'être mécontente de la <^our, exaltant les services de son époux, et se plaignant de

434 BMPiBB d'ohient. [SlT'Mq

Tingratitude de Jaétinien, qui briilaU d'nUe gloire empruntée à ses généraux et à ses ministres^ elle flatta adroitemeat la vanité du favori, et lui fit eutrevoir Tespérance d'ani' ver au pouvoir suprême, avec le secours de Bèlisaire et de l'armée qui lai était dévouée : elle l'engagea ainsi dans Une apparente conspiration, et en informa l'impératrice.

Théodora envoie che2 elle des gardes; ils s'y cachent avee leurs chefs, Narsès et Marcel. L'imprudent ministre arrite ' le soir au rendez-tons donné par l'artificieuse Antonina; il y parle avec Violence de l'incapacité, de l'ingratitude de lustinien ; il explique son plan pour le renverser du trône : la garde parait aloi^ ; Jean résiste, combat, se sauve et se Iréfagie dans une église. Il y fut arrêté 9 l'etnpereBr le destitua, confisqua ses biens et l'étila.

Ce patricien naguère consul, préfet de la capitale, premier ministre et presque maitre de l'empereur et de l'empire, maintenant jeté dans uneprison^ dépouillé de tons ses biens, après avoir souffert mille tortures, parcourut l'Orient et rÉgypte, presque nu, et demandant l'aumône : tout l'avait abandonné, hors l'ambitidii et l'espérance ; dans son abaissetnent, il rêvait trône, et se flattait encore d'y monter. Dix ans après, ayant trouvé le moyeil d'exciter à la réiroltc lé. populace dans là ville de Dara, il se fit Couronner par elle, et la gouverna en tyran. Mais peu de temps après, des habitants, animés par le patricien Anastase et par l'évéqne, fbrcèrent les portes de son palaiâ, égorgèrent sa garde et le tuèrent.

Cependant Gosroès avait profité, pour s'agrandir, de l'é* loignement de l'élite des trouj;)és romaines et des fautes de Justinien ; le roi des Goths l'avait etcité à la guerre, en lui faisant craindre que sa propre mine ne suivit celle des Goths et des Vandales.

L'empereuir, trompé par le délateur Acaeiuft, avait ftit assassiner Amasaspe, gouverneur d'Arménie, soupçonné d'intelligetice avec les Perses : l'accusateur reçut poariébompense le rang, les terres et le gouvernement de sa ^'

tlme ; maïs il opprima tellement cette province, que le peuple, poussé à la révolte par l'excès du désespoir, le massacra.

Sittas, envoyé pour réprimer et pUnir les rebelles, périt dans un combat ; Buzès le remplaça. Les Arméniens, redoutant ses rigueurs, invoquèrent le secours des Perses. Cdâroès, favorisé dans ses projets par cette révolte, convoqua Ifes Conseils de son royaume, et leur proposa de déclarer la guerre aux Romains. Nulle occasion ne s*était montrée plus favorable pour satisfaire leur ancienne animosité contre Teinpire : Bélisaîre était alors occupé à combattre Vitigês} f Arménie appelait tifi lil^érateur, et les ItunS, franchissant le Danube, ravageaient la Grèce : bientôt ils portèrent léurà arme:; jusque sous les remparts de Constantinople, et ne se retirèrent qu'avec un butin immense et cent vingt mille prisonniers.

L'empereur trouvait dittcîlènient des recrues dans Ses États épuisés ; cherchant à gagner du temps pour rassembler quelques moyens de défense contre l'orage qtii le mè* naçait, il envoya Anastâse comme ambassadeur près dé Cosroès. Ses lettres, ainsi que lés réponses du roi perse, fie contenaient, suivant là coutume du temps, que des maximes et des lieux communs de morale, démentis par la conduite des deux souverains. Tous deux s'étendaient lohguement sur lés devoirs des princes, sur la fidélité dUe àuï serments, sur les malheurs de la guerre, sur la facilité de rompre la paix, sur la difficulté de renouer des liens romjpus; car alors les empereurs argumentaient comme des Grecs, agissaient comme des Barbares, et ne savaient plus combattre comme des Romains.

Cosroès entra dans l'empire avec une forte armée, conquit la Palestine, la Syrie, et attaqua l'Egypte : quelques vilIeS furent priseiS d'assaut; d*aûtres, en plus grand nombre, lui ouvrirent leurs portes. î)*abord, comme un torrent, il dévastait tout; mais, depuis, l'amour que lui inspira une captive romaine, Euphémie, lé rendit moins impitoyable pour les vaincus.

436 EMPIBE D>t)RIENT. C^r7-565]

Buzès, envoyé pour le combattre, sortit d'HiéropoUs avec un faible corps de troupes, s'avança imprudemment, fut enveloppé et ne parut plus.

Germain, neveu de l'empereur, arriva seul à Antioche en releva les fortifications, et chercha vainement à ranimer le courage des habitants par l'espoir d'un prompt secours. Cosroès marchait toujours rapidement ; la terreur le prè^ cédait. Berrhée voulut résister, et fut livrée au pillage.

L'approche des Perses réveille oependant l'ardeur de la jeunesse d' Antioche; elle veut défendre Tancienne capitale de l'Orient : les vieillards, les grands, i'évêque, conseillent inutilement d'éioi§ner l'ennemi en lui payant un tribut, et de racheter avec de l'or une liberté que le fer ne peut défendre.

L'armée perse arrive sur l' Oronte : les Romains, saj^îs d'une terreur panique, n'en défendent point le passage; ils prennent la fuite. Cosroès, qui s'attendait à un long siège, s'approche avec défiance de la ville ; l'abandon des remparts loi paraît un piège ; il prend la lâcheté pour un stratagème. Cependant, rassuré par un long silence, par une vaste solitude, il e»tre : quelques jeunes Romains, préférant la mort à la honte, chargent au milieu des rues les Perses, et sont passés au fil de l'épée. Une foule de femmes distinguées, abandonnées par leurs pusillanimes époux, échappent aux outrages des vainqueurs en se jetant dans l'Oronte.

Cosroès, affectant une clémence hypocrite, permet aux habitants de se retirer et d'emporter leurs richesses; il craignait leur désespoir et leurs rassemblements : quand ils furent dispersés, on les tua sans péril.

Les ambassadeurs de Justinien vinrent alors demander la paix. Cosroès y consentit en exigeant un tribut annuel au moyen duquel les Perses se chargeraient de défendre contre les Huns et les Turcs les portes Caspiennes; les ambassadeurs répondirent que la dignité de l'empire ne pouvait se soumettre à cette humiliation : « Les Romains peuvent bien, « répliqua le roi, accorder un subside à un monarque vain-

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