I5] JUSTINIEN
miion. Les généraux romains, Martin, Bessas, Cyprîen et
Jean le Sanguinaire, jaloux Tun de Tautre, ne pouvaient
s accorder. Leur division causa leur ruine : ils perdirentune
seconde bataille; le carnage fut affreux; le peu de Romains
qui échappèrent au massacre se renfermèrent dans les villes.
Totila les assiégea successivement, et en peu de temps acheva la conquête de presque toute Fltalie. Ces événements se passèrent sous le consulat de Bazile, dernier consul nommé par Justinien : dans les actes publics on data ainsi, en 542, la première année après le consulat de Bazile; en 543, la seconde après ce même consulat; et Ton suivit cet usage jusqu en 587, époque à laquelle on commença à compter les années de la naissance de Jésus-Christ et du règne de 1 empereur. "
Justinien, effrayé des progrès des Goths, envoya des trou, pes en Italie sous la c<|ïduite de Maximin. Démétrius reçut 1 ordre d en lever dans fltalie même; mais aucun habitant n y voulut prendre les armes. Une tempête dispersa la flotte ae Maximin; les Goths s'emparèrent des vaisseaux, et massacrèrent les équipages.
Démétrius, tombé dans une embuscade, fut pris et envoyé la corde au coj à Naples. On lui promit la vie, s'il déterminait les habitants de cette ville à se rendre; sa lâcheté et la leur le sauvèrent. Totila, plus habile et peut-être plus vertueux que ses ennemis, ne permit à ses troupes aucun pillage, et condamna même à mort un de ses guerriers qui avait outrage la fille d'un soldat romain.
Bans ce même temps Justinien fut attaqué d'une maladie contagieuse qui exerçait de grands ravages dans l'Orient, i^ejâ 1 ambition et l'intrigue s'agitaient pour lui donner un successeur. L'empereur, étant rétabh, punit comme conspirateurs tous ceux qu'il crut avoir aspiré au trône; et comme 1 opinion publique avait désigné Bélisaire, sa perte lut résolue. L'impératice le sauva. Cet illustre et infortuné général connaissait alors les désordres de sa femme; ses yeux
4<2 BMPIHB d'oAIBNT. [51T4iq
longtemps fermés s'étaient ouverts. Théodora exigea, po« lai faire obtenir sa grâce, qu'il se réconciliÂt avec son indigne épouse. Béiisaire, conquérant de T Afrique et de l'Italie, Bélisaire, que dansles oombatsjamais aucun péril n'effrayait, parut perdre son courage dans l'air contagieux de la eour; il tomba aux pieds d'Antonina, retrouva la bienveillance de son maître, et ternit ainsi Téclat de sa belle vie.
Le sort lui réservait eneore des jours de gloire pour rèpie rer un instant de honte. Tout fuyait devant Toliia; f ItaBl était perdue, Rome menacée; Bélisaire parut la seule digM qu'on pût opposer à ce torrent; 11 reçut l'ordre de partir, s'embarqua, et entra dans Ravenne, n'ayant soas lui que quatre mille hommes. ^
Avec ces faibles moyens, il ose tenir la eampagne, mi* nœuvre habilement, secourt Auxime, et livre avec avantage plusieurs combats, où la gloire de son nom fait encore pencher en faveur de ses armes les balanises de la fortune.
Totiia, dont le succès avait grossi les forces, les divisa; et, tandis qu'une partie de son armée s'opposait à Bélisaire, avec l'autre il prend Spolette et vient assiéger Rome, qirf n'était défendue que par trois mille soldats sous les ordres de Bessas.
Valentin et Phoeas s'approchent pour le secwrir; les Goths les enveloppent et passent leurs troupes au ôl de fépée. La flotte romaine, partie de Sicile, est prise et détruite parte Barbares.
Rome était alors livrée aux horreurs de la famine : BéKsaire se dégage des obstacles qui l'arrêtaient, chasse les Goths d'Otrante, et vole au secours de la capitale. Mais la trahison, plus rapide que sa marche, le prévient : d'indignes citoyens ouvrent la porte Asinaire à l'ennemi; la garnison trouve & peine le temps de sortir par une autre porte ; Totiia (^t maître de Rome, il empêche le massacre et permet le pillage.
Les sénateurs, accablés par lui de reproches, sont pour la plupart réduits à demander l'aumône. Cependant Totiia, vainqueur, craignait la fortune et le génie de Bélisaire : ploi
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jlfoux d'affermif son autorité que de l'étendre, il écrivit à Instîolen pour iui demander la paix : « Adressez- vous à Bé-
• lisaire, lui répondit i'empereur, je lui ai donné pouvoir de f faire à son gré la paix ou la guerre. »
Bélisaire, digne de cette confiance, aurait préféré la mort ian tnuifté honteux; ses mouvements furent si habiles, qu'il tiat à son tour Totila assiégé dans Rome. Le roi des Goths l'eq^ra&t pas pouvoir tenir longtemps dans cette cité pol^leasC; privée de vivres, résolut de la détruire plutôt que ijk la rendre.
Informé de ce funeste dessein, Bélisaire lui écHvit en ces termes : « Les fondateurs des villes s'immortalisent, leurs i destructeurs se déshonorent ; les uns sont les bienfaiteurs, c les autres les fléaux de Thumanité. Tout Tunivers admire
• et respecte la majesté de la reine des cités du monde; elle
• est iltostrée par une longue suite de rois, die consuls et I d'empereurs ; une feule d'édifices superbes consacrent le t sîouvenîr de leur puissance, de leur gloire et de leurs triom-
• phes. Votre cpée veut, dit-on, effacer Thonneur des siè- « cies passés, et priver les siècles à venir d'un si magnifique « spectacle : si la victoire vous favorise, combien vous géf mirez d'avoir ainsi détruit le plus beau monument de vos I conquêtes I Si vous succombez, quei droit funeste ne nous t donnez-vous pas de porter ia flamme dans vos propres ci- « tés? Le monde entier vous regarde; il attend votre déter- « mination pour décider quel est le titre qui doit honorer ou « flétrir éternellement le nom de Totila. »
Le roi des Goths, ému par cette lettre, lui répondit : « Je t reconnais la sagesse de vos conseils, j'en profiterai. » 11 fit sortir de Home tous les habitants, les dispersa dans ia Campaoie, s'éloigna de Rome avec son armée, et laissa cette reine da monde debout, mais solitaire, isolée et semblable à une ombre majestueuse sur un tombeau.
Bélisaire, actif, infatigable, suit les mouvements de l' ennemi, le harcèle, profite de ses moindres fautes, bat son arrière-garde, reprend Spoiette, lait fortifier Tarente, remporte
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encore une victoire, et «entre dans Rome, vide de cil(^fei|$| et peuplée seulement, pendant quelques jours, parce grand homme et par ses braves soldats ; il en répare promptement les fortifications, y rappelle les habitants et Fabondance.
Totila, secouru par de nombreuses tribus de Barbares, re* vient camper sur les bords du Tibre : Bélisaire et lui se iir vrent de fréquents et de sanglants combats. Le général romain voyait sans cesse diminuer le petit nombre de ses goer- 4 riers; les uns succombaient à la fatigue, les autres étaient moissonnés par le fer; et l'empereur, livré aux intrigues de la cour et aux querelles des prêtres^ le laissait sans secoors en Italie.
Indigné de cet abandon, il écrivit à Justinien : « Je suis venu « dans cette contrée, dénué d'armes, d'hommes et d'argent; « le peu de troupes que j'y ai trouvées sont sans courage et « sans discipline : accoutumées aux revers, elles plient de- « vaut leur ennemi et résistent à leurs chefs. Si vous n'avez « voulu qu'envoyer Bélisaire en Italie, Bélisaire est au miiiea ^ « de l'Italie ; si vous voulez qu'il chasse les Barbares, donnez- « lui les forces nécessaires pour les vaincre. » L'empereur resta dans le même silence et dans la même inaction.
Le seul appui de Bélisaire contre la cour et contre l'envie était Théodora : elle mourut en 547, après avoir gouverné longtemps l'empereur et l'empire en maîtresse absolue. Vantée par les courtisans, détestée par les gens de bien, redoutée de tous, elle ruina l'Etat, les mœurs et l'Église. Cette courtisane couronnée prodiguait les emplois et les richesses aux anciens complices de ses débauches ; sa faveur était une égide inviolable pour les femmes déréglées. Les murmures des époux trahis étaient punis par elle comme des crimes. Aucune dignité ne mettait à l'abri de sa vengeance. Le patrice Bassus, et Caliinique, gouverneur de Gilicie, furent égorgés par ses ordres ; elle augmenta les troubles de l'élise, en intervenant avec passion dans ses querelles : les hérétiques la prônèrent, les catholiques flétrirent sa mémoire. Far son orgueil, par ses vices et par son courage, cette impéra-
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trice semblait réoBîr.en elles les deux caractères d'Agrippine et de Messaline; et lorsqu'elle mourut, dans tout Tempire Justinien fut le seul qui la pleura.
Ce prince faible semblait de plus en plus indifférent au sort de ritaiie. Bélisaire, après avoir vainement exposé sa liberté et sa vie, en allant chercher en Sicile des. renforts qu'il ne trouva pas, fatigué de l'esprit séditieux des habitants de Rome qui voulaient se rendre à Totila, crut, peut-être avec raison, qu'on ne le laissait en Italie sans forces, sans trésovs, qae pour flétrir ses premiers lauriers et le faire errer comme un fugitif sur Tancien théâtre de sa gloire : il demanda et obtint son rappel, s'éloigna de Rome en versant des larmes, et rentra à Constantinople, non en triomphateur comme autrefois, mais comme une illustre victime dont le malheur, objet de deuil pour l'emj^re, était un sujet de triomphe pour r envie.
L'empereur, par sa jalousie et par son ingratitude, excitait le ressentiment des hommes qui l'avaient le mieux servi; tous ne ressemblaient pas à Bélisaire : ce grand homme oubliait les injustices de son prince, et ne se souvenait que de ses bienfaits. Artabane, que ses exploits en Afrique et la mort du tyran Gontharis avaient rendu célèbre, aspirait à la main d'une nièce de l'empereur : refusé avec mépris par le prince, il se joignit aux mécontents et conspira. Son complot fut découvert; le sénat le condamna h mort; Justinien lui fit grâce et ne le priva que de son rang.
A cette époque, les Français parurent disposés à se brouiller avec les Goths : Totila avait demandé en mariage la fille de Théodebert ; le prince français répondit avec fierté que sa ûile était destinée à un roi, et qu'il ne pouvait regarder Totila comme roi d'Italie, puisque après avoir pris Rome il n'avait pas su la conserver.
Justinien ,vouIantd'abordprafiterdecette mésintelligence, flatta la vanité du roi de. France, en ordonnant que ses monnaies eussent cours dans l'empire; mais son propre orgueil lui fit perdre bientôt le fruit de cette condescendance. Dans
446 EMPiBS d'oaunt. [^f4Mil
ça é4it où il rappelait ftetueusement; totïM ses fionquéteft, ou platôt celles deBélisaire, il pritiaaprademmeat la titre de vainqueur des Français : Théodebert, irrité, conclut une alliance avec les Goths, etrétolut de porter se^ armes jusqu'à Gonstantinople. Sa mort et la faiblesse de son fits préservèv rent de ce danger. Tempire, qui n'aurait pas probablement, dans sa décadence, repoussé des ennemis si vailiaats el; si nombreux.
IL'empereur, au lieu d'employer tous ses efforts poor éà^ fendre le reste de l'Italie, borna sa faible politique à doaBi^ quelques secours aux Lombards et aux Gépides contre les Gotfas; il aurait plutôt dû les laisser se détruire entre eux.
L'actif Totila, profitant de cette ii^dolenee, assiégea 'Bmdb et s'en rendit maître en 549. Diogène, à la tête d'une faible garnison, lui opposa une longue résistance. Paul, capitaûM de la garde de Béiisairo, se trouvait alors dans cette ville : cet officier intrépide, digne de son général, ne voulut point se rendre, même lorsque Rome eut ouvert ses portes; il ae renferma dans le mausolée d'Adrien, avee quatre cents bra^r vesque Bélisaire avait accoutumés à mépriser tous les périls. Sans vivres, sans secours, assiégé par une armée, il comlmttit comme sMl espérait vaincre, attaqua souvent les aseiésgéants, porta la mort dans leurs rangs, et força le roi à lui accorder une capitulation honorable.
Totila repeupla Eome, fit revenir les sénateurs et eoBseia les Romains de leur humiliation, de leur ruîQie, en leur ren« dant tes jeux du eirque : il porta ensuite sesarmesen SiicUei dont le pillage enrichit ses avides soldats.
Au bruit de ces désastres, Justinien, qui se réveillait tou? Jours trop tard, confia une flotte à la bravoure d'Artabane, qui chassa les Goths de la Sicile. Germain, l'espoir alors de l'empereur et 3e l'empire, reçut l'ordre de marcher avee une armée contre Totila ; une mort subite le frappa et consterna le peuple : car on espérait qu'il succéderait à son oncle, ^ qu'on verrait en lui uu empereur digne d'occuper le trône de Constantin, de Julien et de Théodose.
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Les HuBS et les Esclavens reaoayelaieBt leurs ravages ; les Verses combattaient les BonBtftins dans la Lazique ; les généraux de Justinien les repoussèrent : d'affreux tremblements de terre désolèrent encore l'Asie.
Lie roi des Goths continuait sans obstacle à reconquérir le reste de iltaiie. Au lieu de lui opposer Bélisaire, dont l'Orient et FOccident eèlébraîent la gloire^ tandis que son Bom semblait oublié à la cour, Justinien nomma général de l'armée d'Occident son chambellan Narsès ; tout l'empire vit avec étonnement un tel choix. Ce vieil eunuque, nourri dans les intrigues du palais, ne s'était fait connaître; treize ans auparavaat, que par une courte apparition dans les camps et par sa jalousie eontre Bélisaire.
Étranger, captif, esclave, maltraité par la nature qui lui avait donné une figure basse et une taille courte, mutilé par les hommes, rien ne pouvait annoncer son élévation. Il dut sa fortune à un caprice de l'empereur, et sa gloire à son génie. Les circonstances développent les grands hommes : lorsque le sort, tirant Narsès de la foule des domestiques et des courtisans, l'eut mis en lumière, on reconnut en lui, avec surprise, un ^oie vaste, une activité prudente, et une profonde connaissance des hommes.
Ce général se montra également prompt à vaincre, habile à profiter de la victoire, sévère et généreux, économe et libéral, éloquent et juste, vertueux même toutes les fois qu'un trop grand intérêt n'opposait pas son ambition à sa vertu : chef habile, il organisa savamment son armée; heureux favori, il sut se faire donner abondamment toutes les forces et les moyens dont on avait laissé manquer Bélisaire.
Le désir de reconquérir l'Italie, et l'imminence des dangers qui menaçaient alors l'empire, forcèrent l'empereur à quitter momentanément ses occupations favorites, la jurisprudence et la théologie ; il devenait urgent de négocier et de combattre : il céda à Théodebert, roi de France, une partie de la Ligurie, et obtint par là qu'il resterait neutre entre lui et les Goths.
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Une flotte impérude battit celle de Totila, mais ne pat empêcher ses troapes de s'emparer de Ia Sardaîgne et de la Corse. L'empereur détaeha les* Gépides de l'alliance des Esclayons et des Lombards, contre lesquels il envoya les généraux Jean et Valérien, qui les battirent d'abord; mais ensuite les Lombards, les ayant attirés dans une positioa désavantageuse, remportèrent sur eux une victoire complète. Quarante mille Romains et quatre généraux périrent dans cette bataille ; le rest^prit la fuite.
Dans le même temps Narsés débarqua en Italie, à la tête de la plus forte armée que l'empire eût rassemblé^ depuis un siècle; il marcha le long de la mer, entra dans Ravenne, s'avança près de Rimini, défit un corps de Qpths, et tua l'officier qui le commandait. .
Les généraux, ainsi que les soldats, voulaient qu'on assiégeât les villes, les uns dans le dessein de s'assurer des postes de défense en cas d'échec, les autres dans l'espoir du pillage : Narsès résolut de marcher contre Totila et de livrer une bataille décisive, disant qu'une grande victoire fait tomber les remparts des forteresses.
Il vint camper près de Pagina, entre Urbin et Fossombrone, à quatre lieues de l'armée ie Totila.
On voyait dans cette plaine un grand nombre de tertres que d'anciennes traditions disaient être des tombeaux des Gaulois vaincus par Camille, et, selon d'autres, oeux des Carthaginois, exterminés parle consul Néron : il semblait que le ciel eût de tout temps consacré ce champ de bataille à produire des lauriers pour les Romains, des cyprès pour leurs ennemis.
Narsès, avant de combattre, fit quelques propositions de paix à Totila ; le roi ^des Goths répondit que ce grand procès ne pouvait être décidé que par une bataille, et qu'il la livrerait dans huit jours à Narsès. Le général romain conclut de cette réponse que Je roi voulait le surprendre et l'attaquer le lendemain, il se prépara sagement à le repousser. En effet, à la fin de la nuit suivante, les Goths s'avancèrent
JOSTINIBN. 449
pour s'empaarer d'une humeur qui séparait les deux eamps : après un combat très-vif, les Romains en chassèrent les Goths, et s'y maintinrent.
Narsès plaça les Romains aux deux ailes, les auxiliaires liérules, huns et lombards au centre ; et comme II craignait ht défection de ceux-ci, il leur ordonna de laisser leurs che* ▼aux dans le camp et de combattre à pied.
Il avait à peine rangé ses troupes en bataille, lorsque Totila, à la tète de toute sa cavalerie, vint T attaquer avec impé« tuosité : d'abord repoussé, il revint plusieurs fois à la charge, donnant à ses troupes l'exemple du courage et de l'opiniâtreté; mais enfin, après des efforts inutiles, toute cette cavalerie, chargée en flanc par celle des Romains, prit l'épouvante et se jeta sur son infanterie qu'elle mit en désordre. Les légions s'avancent; alors la déroute fut prompte et complète : six mille Goths périrent sur le champ de bataille. Totila prit la faite, suivi de cinq cavaliers; leGépide Asbade, qui le poursuivait, lui perça les reins d'un coup de lance. Cependant le roi des Goths continua sa course jusqu'à Câpres, où il explniy honoré par l'estime de ses ennemis et par les larmes de ses sujets.
Son nom semblait si redoutable aux Romains, que lorsqu'ils apprirent sa mort par une femme qui leur montra le tombeau dé ce prince, ils le déterrèrent pour s'assurer de la vérité de son récit, et lui rendirent les honneurs funèbres avec la pompe convenable à son rang et à sa gloire.
Narsès envoya à Constantinople la courone de Totila, enrichie de pierreries, et sa cuirasse encore teinte de la pourpre d'un sang royal glorieusement répandu. L'empereur reçut au milieu du sénat ees dépouilles d'un prince trahi par la fortune, mais plus digne que lui du trône par son courage. Narsès rehaussa sa victoire par la modestie de sa relation; il récompensa avec générosité le corps des Lombards qui l'avait servi, et le renvoya avec prudence; l'indiscipline et - l'avidité de tels alliés lui semblaient plus dangereuses que leur valeur n'était utile.
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Les âoths doBDèFeBt la eouronne de Totila à Téta, gninriiar aassi actif qu'intrépide. Qaoique les FraHçaia eosseat promis d'être neutres, ils empêchèrent Narsés de piendre Vérone ; ils voulaient tour à tour favoriser les Romains et les Goths, et prolonger leur querelle, daas l'espérance qu'ils s'entre- détruiraient, et que l'Italie deviendrait pour la France une proie facile.
Toutes les villes que Narsès trouva sur sa route loi ouvrirent leurs portes après son triomphe, ainsi qu'il l'avait prévu ; bientôt il campa sous les murs de Rome ; ses troupes étaient trop peu nombreuses pour investir cette grande cité, il résolut de la prendre d'assaut.
Tandis qu'il l'attaquait sur trois points différents, Dagisthée, par son ordre, à la tête d'un détachement, escalada une partie de murailles dont on avait négligé la défense : la terreur se répandit dans la ville, les Goths cherchèrent leur salut dans la fuite, et Narsês entra vainqueur dans Rome, qui fut ainsi prise pour la cinquième fois depuis le règne de Justinien.
Cette délivrance devint un Jour de deuil pour les plus illustres personnages de cette capitale ; car les Barbares, en fuyant, massacrèrent dans la Gafnpanie les patriees et la plupart des sénateurs que Totila y avait exilés.
Téia, aussi brave, mais plus barbare que son prédécesseur, fit égorger dans Pavie trois cents prisonniers; la faveur des deux partis les portait aux plus horribles excès : tous deux ne cherchaient plus à se vaincre, mais à se détruire.
Narsès assiégea €umes ; Téia s'approcha pour la secou* rir ; les deux armées se livrèrent bataille près du Vésuve. Ce combat devait décider du sort de l'Italie ; chacun voulait en rester maître ou périr.
Bans les deux armées, les généraux, les officiers, lés cavaliers renvoyèrent leurs chevaux pour éloigner tout esp<^ de Alite. Les Goths surprirent d'abord, par une vive attaque, les Romains, qui n'étaient pas encore formés ; Narsès ré*
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t^Ut TQrdire, et rallia promptement les sieus, Téia, portaot te courage Jusqu'à la téipérité, combattait plus eu soldat qu'f^u général : n'écoutant qu'une ardeur imprudente, il s'élança, comme uq lion furieux,, au milieu des rangs ennemis; bid^tôt entouré, U ue lui re^ta que l'espoir de vendre chèreippnt s^ y|e. Ce priace combattit quatre heures une fpule 4e gu^mars, et changea plusieurs fois de bouclier : le dernier étant encore hérissé de flèches, comme il voulait en pf^dre UQ autre, il découvrit sa poitrine, fut percé d'un Jftvelpl, et tomba mort sur les corp» entassés des soldats que sop bra^ savait immolés.
Jiee Romains, croyant par sa chute la victoire décidée, tmnchent m tête, la Qiettept au bout d'une pique, et la mfiatrent en triontpbe aux deux armées : ce spectacle inhuttiain, loin de consterner les Goths, les anime à la vengeance et leur rend le courage du désespoir.
Le Combat continue avec plus de fureur jusqu'à la nuit; les deux armées couchent sur le champ de bataille. Au lever de l'aurore, on reprend les armes avec la même furie; on n« 4aaue, on ne reçoit plus d'ordres, il n'est plus possibte de combiner, de régler les mouvements : la bataille n'est plus qu'une affreuse mêlée. Chacun combat corps à corps; si la iVWg versé épuise la force, la rage la feit renaître ; le blessé s'attache au corps de son vainqueur et le déchijre en éxpi- «lût. Cet affreux carnage dura toute la journée | la nuit sépara de nouveau les combattants, sans décider la vicr toire.
Cependant, lorsque le troisième jour: parut, les Goths, consternés de la perte de leurs plus braves guerriers, proposèrent de rendre leurs armes et de seeonnaitre les lois de l'empereur, pourvu qu'il les traitât non en esclaves, mais •a alliés, et qu'il leur permit, lorsqu'ils sortiraient d'Italie, d'emporter avec eux leurs richesses. Narsès y coosentit et ûenelut le traité.
Bas deux côtés on signa, on jura la paix ; mais la passion «t l'esprit de parti respectent peu les serments. Les Groths
452 BMPUB d'oBISMT. [517-565]
apprenant qu'une armée étrangère venait à leur secours, rompirent la convention. Les rois de France avaient refusé leur appui au roi des Goths; mate deux princes allemands, Leutharis et Bucelin, vassaux de Théodebald, levèrent à leurs frais une armée de soixante-quinze mille hommes, Allemands et Français, et traversèrent les Alpes pour combattre les Romains. Ce renfort rendit l'espérance aux Goths, qui reprirent les armes.
Narsèsûtde vains efforts pour s'emparer de Cumes; le frère de Totiia, Aligerne, la défendit avec opiniâtreté ; il surpassait tous les guerriers du Nord en bravoure et en force ; on reconnaissait les flèches que lançait son arc, à leur sifflement et à leur violence, à laquelle rien ne résistait. Un Romain, nommé Pallade, tout bardé de fer, s'approdia de lui pour le combattre : le dard du prince goth traversa son bouclier, sa cuirasse et son corps.
JNarsès, laissant un corps de troupes pour bloquer la ville de Gumes, se rendit maître de LucquiiB; Gumes, dépourvue de vivres, ouvrit ses portes et obtint une capitulation honorable. Aligerne, souillant sa gloire par une basse ambition, entra au service de Tempereur qui avait vaincu sa nation, détrôné et tué son frère.
Un corps de Romains avait été battu par les Allemands; Narsès, toij^ours rapide et toujours heureux, répara bient6t cet échec. Bans d'autres combats il avait vaincu ses ennemis par s(m audace ; cette fois il dut ses succès à la ruse. A la tète de troupes peu nombreuses, il feignit de fuir, attira les Allemands dans une embuscade près de Rimini, les en* veloppa et les battit. Poursuivant ses avantages, il atteignit près de Casilin Leutharis et Bucelin, dont les forces étaient réunies, et leur Jivra bataille; sa victoire fut complète. Les Allemands et les Français perdirent trente mille hommes dans cette action ; le reste repassa les Alpes. Les Goths se soumirent; leur ompire fut détruit, et l'Italie tout entière se vit rangée de nouveau sous les lois romaines. Marsés la gouverna pendant treize ans.
Ci;i27-565] JUSTINISN. 453
Longin, qai le remplaça en 567, fut le premier qui porta le nom d'exarque.
Tandis qu'un eunuque semblait ressusciter en Occident la gloire des anciens héros de Rome, Justinien composait ^es écrits religieux pour réfuter les doctrines d'Ârius, de riTestorius et d'Ëutychès : mais, comme il était difficile à iTn laïque de ne point s'égarer dans des subtilités si obscures pour tant de docteurs, il tomba lui-même, sans s'en douter, dans une des hérésies qu'il combattait; et l'un de ses édits, contraire en quelques points à la doctrine du concile de Ghalcédoine, fût condamné par le pape Vigile.
L'empereur irrité convoqua un concile à Constantinople ; Vigile refusa de s'y rendre. Le concile, composé de cent soixante-cinq évéques et de trois patriarches, anathématisa les partisans d'Origène et confirma toutes les décisions du concile de Ghalcédoine. Justinien avait donné l'ordre à Narsès d'arrêter le pape dans Rome : celui-ci cherche un asile dans l'église de Saint-Pierre : les soldats veulent l'en arracher ; Vigile embrasse les colonnes de l'autel, elles sont brisées : le peuple furieux se soulève pour le pontife, et met en fuite les préteurs et les soldats.
Cependant Vigile se soumet; on l'exile, il meurt peu de temps après, et Pelage le remplace sur la chaire de saint Pierre.
L'empereur commençait à redouter l'autorité croissante des pontifes romains, qui devaient leur élévation aux suffrages du clergé, des grands de Rome, du peuple et des soldats ; il se réserva très-politiquement le droit de confirmer leur élection. Tant que cet usage dura, la puissance spirituelle fut contenue dans de justes bornes.
Les succès de Rélisaire et de Narsès firent espérer à Justinien qu'il pourrait rendre à l'empire son ancienne étendue, et joindre la conquête de l'Espagne à celle de l'Afrique et de ritalie. Les Visigoths, dans cette contrée, s'affaiblissaient par leurs divisions. Agila, leur roi, combattait un prince de sa maison, Atbanagiide, qui s'était révolté contre lui : l'em-
454 EMPIHÈ d'orient. [557-5851
pereur envoya une flotte et une arraéfe a(l secotits des rcbdles; Agila fut battu et tué. Dès qu'Athanagilde se MX Ttûûqueur et couronnéj il devint Ingrat, et Voulut chasser de son pays les alliés auxquels il devait le sceptre (an 55Â); mais les Romains s'y maintinrent, et restèrent pendant soixante ans maîtres d'une partie des côtes d'Espagne, malgré tous les eCForts dès Vlsigoths.
La fortutie tie favorisait les armes de Tenipire que dans les lieux où des hommes tels que fiélîsaire et Nàrsès dirigeaient et maîtrisaient ses caprices. Justinîén, attaqué àe nouveau par les Perses, n'obtint aucun succès éclatant; Ses généraux, Martin, Bessas, Buzés et Justin, avai^t plus de bravoure que d'habileté. Jaloux et divisés, ils laissèrent Surprendre l'armée de Cinquante mille hommes qu'ils cbfflmandaient par trente mille Perses, qui les mirent en déroute et s'emparèrent de leur camp.
Justinien répara en partie cet échec pai* un avantage qu'il remporta sur une armée persane, jprès des rives du Phase; ce succès fut suivi d'une suspension d'armes entre les deux empireà.
Les Juifs, toujours disposés à la révolte parce qu'ils étaient intolérante et persécutés, se soulevèrent : de nombreux supplices comprimèrent leur révolte (an 3.55).
A cette époque, l'Orient vit paraître une nouvelle race de Barbares que, depuis, là chute de l'empire grec ne rendît que trop célèbres. Ces peuples, de là race des Huns, portaicntle nom de Turcs, et prétendaient descendre de Turck, /îisa/né de Japhet; d'autres disent qu'ils tenaient ce nom d'une des montagnes qu'ils habitaient, et qui avait la forme d'un casque, appelé turc dans leur langue.
Le premier de leurs princes dont l'histoire ait gardé k Souvenir se nommait ToUmain : il prit le titre de kctn, et se rendit fameux par ses exploits guerriers. Mokaa, sorti ilT^ sa nombreuse et belliqueuse tribu des forêts du mont Altaî» vers la source de rirtisch, attaqua, vainquit, extermina h nation des Avares, et chassa les Ogres, ou Ogores, des pW-
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nés situées sur le» rlfes du fleulre Tltilik Ces peuples Vaincus prirent la fuite, et s'arrêtèrent entré le Volga et le Tanais. Lés Alains et les Huns, les confondant aveo les ÂYares, leur donnèrent rhospitaUté. Ces nouveaux Avares arrivèrent sur les bords du Danube, y eoncfairent des terres possédées par les Antes et par les Sabires, et demandèrent à Justlnien une iMilde et des donceasions, promettant dé servir, dans cet contrées, de rempart à T empire t
Jnstinien, de Tavls du sénat, voulait accueillir leurs demandes ; mais le kaii des Till*cs, plus redoutable qu'eux, traversa leur négociation, et par ses ttienaceë^ décida Tëin*' perfeur à leur refuser tout asile.
La faiblesse mène à la pei^Adie \ les Attt^e8, dont leâ envoyés étaient bien refus à Constahtiuéple et chargés de présents, marchaient avec séeurité ; tdut à colip ils se Voient attaqués par un corps de Romains, sous le9 ordres de Jui*tin, qiii les met en fuite et pille leur camp.
Bientôt Ralliés, leur vengeance fut prompte; ils battirent les faibles troupes qui défendaient là frontière; et s'emparèrent d'une partie de la Pannoiiie et de la Mésie.
Tel était alors Tétât déplorable de Tempirë : Justiniêb, dont le nom serait aujourd'hui dans l'oubli, si BélidairCt Narsès et TrébonieU n'eusseht illustré son règne, dissipait ses trésors en fondations d'églises, Cn bâtimetits somptuèii^l:) en dépenses frivoles ; il laissait dépérir l'armée, et se con^ tentait dé diviser les Barbares qu'il aurait dû combattl^e. Ses prédécesseurs soldaient ^\% cent quarante-cinq mille hommes : il n'en garda que cent cinquante mille, disperséii en Italie, eh Afrique, en Espagne, en Grèce, en Arménie, en Mésopotamie et en Egypte.
La caisse militaire devint le trésor des mihistres et la proie des favoris. Enfin, tahdis que sa vanité Se repaissait de l'éclat de quelques conquêtes passagère^, dues au géilie de deux grands hommes, le cetitre de l'empire restait découvert, et la Thrace même, si voisine de la capitale, était livrée sans défense aux Barbares.
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Zabergan, roi des Hans, Jaloux des %7eiursqae f empereur avait accordées à d'autres princes barbares, franchit le Ba- Bube sur la glace, ne rencontre aucunes troupes qui s'opposent À son passage/ traverse la Mésie sans obstacle, arrive en Tbrace, fait ravager la Grèce par une de ses divisions, ea envoie une autre dans la Chersonèse, marche lui-même avec sept mille chevaux sur Constantinople, et met tout à/eu et à sang aux environs de la capitale.
L'épouvante devient générale : Justinien tremble dans son palais; on porte au delà du Bosphore le trésor public et ceux des églises ; les citoyens courent enfouir leurs richesses dans leurs terres, en Asie. La garde impériale, les milices de la ville sortent enfin pour combattre ; mais depuis dix ans, ces soldats, étrangers aux travaux et aux périls de la guerre, ne formaient qu'une troupe de parade, une vaste et fastueuse décoration de théâtre et de triomphes.
Bélisaire, depuis deux lustres, vivait retiré et oublié dans la capitale; rarement il paraissait au milieu de la foule filvoie des courtisans, dans laquelle il était à peine aperçu. Le danger publie rappela sa gloire : Justinien, effrayé, se souvint qu'il avait un graqd homme près de lui, et implora son secours. ' *
Bélisaire était courbé sous le poids des malheurs et des ans; mais, à la vue du péril, è l'appel de sa patrie, son âme héroïque rend une nouvelle vigueur à sa vieilieBse : fta son de la trompette, il riyeunit, il reprend son glaive victorieux; son casque, ombragé de lauriers, vient de nouveau couvrir ses cheveux blancs. Enfin il se lève, il se montre menaçant dans cette ville où régnait la crainte : à sa vue, la terreur se dissipe, l'espérance renaît.
Au bruit de son nom, une foule de citoyens et de paysans accourent sous son étendard. Mais, dans toute cette multitude vieillie dans l'oisiveté, il ne trouve que trois cents hommes qui aient manié une arme et couehé sous une tente ; à la tête de cette faible troupe, il sort hardiment de la ville, fortifie son camp, fait observer les mouvements de l'ennemi
et oidonne d'ailumer«fau loin des feux pour faire croire qu'il est suivi d'une nombreuse armée.
Les Barbares, trompés par cette ruse, perdent du temps, se tiefinent quelques jours sur la défensive; mais, Assurés enfin lorsqu'ils voient qu'on ne les attaque pps, ils s'avancent impétueusement avec plus d'ardeur que de prudence.
Béliaaire avait placé dans une forêt deux cents archers en embuscade : à la tête de trois cents cavaliers, il charge les ennemis *avee le courage et la témérité d'un jeune capitaine, s'élance au milieu des Barbares, et en tue quatre cents ; au même moment ses archers se lèvent et attaquent les Huns en flanc. D'un autre côté, selon les ordres du général, tous les paysans qui suivaient ses drapeaux jettent de grands cris, traînent sur la terre de gros arbres/ et forment ainsi un nuage de poussière qui persuade aux Huns qu'une armée innombrable marche contre eux.
L'épouvante les saisit; ils prennent la fuite,. et dans leur désordre, Bélisaire en fait un grand carnage : ainsi le génie d'un seul homme vainquit toute une armée et sauva l'empire. Animés par cette victoire, les soldats qui défendaient la muraille de la Ghersonèse repoussèrent une autre division des Huns. Zabergan, vaincu, demanda la paix: l'empereur, trop heureux de l'accorder, lui paya un subside, et il repassa le Danube.
L'enthousiasme du peuple pour Bélisaire, lorsque avec ses trois cents soldats il rentra en triojpaphe dans la ville, servit de prétexte aux lâches courtisans pour l'accuser d'aspirer à l'empire ; la gloire est un crime aux yeux de l'envie. La reconnaissance de Justinien disparut avec son danger, et une 'nouvelle disgrâce fut la seule récompense du libérateur de l'empire.
L'empereur reprit l'habitude de l'Intrigue, son arme favorite; il sema la division parmi les Huns, qui tournèrent leurs armes contre eux-mêmes. On acheta la paix des Perses; l'empire leur paya trente mille pièces d'or. Ils lui cédèrent la Lazique. On obtint que le christianisme serait toléré en Perse.
458 EMPlAfe D'OftTBNT. [SM-MQ
La fermeté de Nftrsôs maintint la tranquillité en Itatti (960).
Celle de Constantinople fût troublée par les faetions d« cirqtte; la garde fut obligée de charger fês séditieux et d'en tuer un grand nombre. Plusieurs païens^ qui rendaient th* core en seerS un culte aux idoles, excitèrent le courroux d« rempereui*; les^uns furent égorgés, les autres mutilés, et Von brûla leurs livres»
Le luxe romain fit alors une conquête importa Ate ] il ladat à deux moines qui apportèrent en Europe des vers à soie, dini l'année 536.
On Commençait à se lasser de la longueur d'un règne sain force, qui achevait la ruine de l'empire, en épuisant sa tlt gucur pour le décorer d'un vain éclat. Quelques grands et le banquier Marcel résoloreht d'assassiner l'empereur : Ëusébs, commandant les Goths auxiliaires, découvre le complot; OS arrête les conjurés au moment où ils entraient dans le palais; Marcel se poignarde. Les lâches ennemis du sauveur de l^empire promettent à Sergius, l'un des conjurés, de lui Durs Obtenir sa grâce, s'il dénonce comme ses com]^iees Fiai, Jean et Vitus, amis intimes de Bélisaire. L'empereur nomme une commission pour juger et punir les coupables. Les am cùsês chargeât tous Bélisaire : ce grand homme n'opposa à iéurs c*alomnie8 qu'un noble silence; sa gloire et sa vie en* tière répondaient pour lui. Les juges n'osèrent pas le eondam* lier; il fut arrêté et gardé étroitement dans sa maison : on le priva de toutes ses dignités, mais celle de son caractère it décorait plus que li^s vains titres dont on le dépouillait.
Grand dans l'adversité comme dans les triomphes, ittoa* pabie également de révolte et de faiblesse, il resta plusieuis fnois prisonnier, satis murmurer contre l'ingratitude, sani fléchir le genou devant la puissance : enfin l'empereur, MM mt la perfidie de ses ennemis, lui rendit ses eharges et sa bienveillance.
La tradition qui représente Bélisaire errant, mendiant «t aveugle, est Une fable inventée quelques sièckf après» st reçue avidement par le vulgaire ; car 11 cherche moins k
wai que l'extraordinaire: tout ee qui est dramatique le eliArme ; il se plaît au récit des grandes chutes, des grands malheurs, et les supplices mêmes sont pour lui des spectacles. Bélisaire, quelque temps après, termina ses jours ; sa mort précéda de peu celle de Justinien. La postérité ne lui re» proche que sa faiblesse pour une épouse indigne de lui. Sa gloire fut grande et sans tache : les peuples le regardaient eomme leur appui, les soldats comme leur père; les Barbares q«L*il avait vaincus voulurent plusieurs fois lui donner de« ootironnes qu'il méritait et qu'il dédaigna.
Il Alt actif comme César, prudent comme Fabius, ehaste eomme Scipion, soumis aux lois comme Épaminqndas ; ses exploits, ses richesses, sa garde nombreuse, le dévouement dtt l'armée, l'amour du peuple lui permettaient de prétendre à tout : sa vertu seule mit des bornes à sa fortune.
Les derniersjours de Justinien s'écoulèrent sans gloire. Égaré par rbérésied'£utychès,iiui soutenait que le eorpsd§ Jéeos*Christ était impassiiHe^ il persécuta les catholiques, et fbt condamné par l'Église, il mbùrut le 44 novembre 565, âgé de quatre-vingt-trois ans ; il en avait régné trente-hqit. Son règne, ses lo^, ses conquêtes, font époque dans l'his* toire.