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CHAPITRE XVI

(Ans de ^.-C, ^-578.)

^Mtis n «Bt élu ft le fénat. -^ Ré(ablù««pient da copuulat.— Pnialaoce dei Lombards en Italie. — Règne d'Alboin. — Disgrâce de Narsès. — Son égarement et sa morC.^- Exarchat de Longin . — Inrasion d^AIboia. — Établissement des duchés «t %i£i en Itftlie, >- Emrée d'AIboin dans Miian. — Ambassade d*lf«b»Ie, Lan des Tares, à éosroès.— Guerre avec les Perses. — Férocité et mortd'AIboÎQ. — République des Lombards. — Leurs enrahissements et leur défaite. — Invasion de Cosroès. — Démence de Justin. — Tibère est aoauné césar. — Sun aage gosTef* nameiit. — néfaite et fbite de Cosroès. ~ Mort de JusUb.

Justinien laissait «près lui cinf neyeux ; les trois premiers.

460 BUPIKB d'oBISNT. [5«»^18] *

Badaaire, Marcel et Justin le curopalate, ou graad-maltre du palais, eurent pour mère Vigilance, sœur de Justinkn : les d&ax autres se nommaient Justin et Justinien, fils de Germain, général fameux; Téducation de ceux-ci faisait espérer qu'ils hériteraient de leur père.

Baduaire et Marcel montraient cette médiocrité d'esprit, cette nullité de caractère, trop ordinaire apanage des princes nés sur les marches du trône, nourris loin des hommes par l'orgueil, et amollis dès le berceau par la flatterie ; l'ettpereur Justinien préféra aux ûls de Germain Justin le curopalate, qui leur était inférieur en mérite, mais supérieur en intrigue : jeune encore, il avait Su gagner la faveur de Théodora, qui lui fit épouser sa nièce Sophie, princesse dont on respectait la vertu, mais qui se faisait haïr par son humeur impérieuse.

Dès que l'empereur eut rendu le dernier soupir, Caliinique, commandant de la garde, exécutant son ordre seciet, convoqua au milieu de la nuit le sénat, et y conduisit Justin.

Les sénateurs se prosternèrent aux pieds de ce prince et le proclamèrent auguste, ainsi que le voulait le testament de Justinien qu'on lut devant eux. Le nouvel empereur, après avoir célébré avec pompe les obsèques de son onele, fut couronné, ainsi que l'impératrice Sophie, par le patriarche Jean Scholastique ; il se rendit ensuite à l'hippodrome, harangua le peuple, lui fit, suivant l'usage, de magnifiques promesses, délivra un grand nombre de prisonniers, paya les dettes de son prédécesseur, rappela les exilés, et rétablit, par iin édit, la paix dans l'Église.

Tout changement de maitre est pour les peuples, dans les premiers moments, un repos et une source d'espérances; c'est comme un intervalle entre deux maladies , on jouit de la cessation des maux dont on se plaignait, et l'imagination trompe sur ceux de l'avenUr.

La joie d'une ambition satisfaite donne aux princes qui montent sur le trône l'apparence de la bonté; ils font partager à leurs sujets, dans leur début, le bonheur que leur âme

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éprouve^ et leurs premiers actes sont les épanchements d'un cœur content.

Justin se montra d'abord clément, généreux, libéral, orthodoxe: mais cet espoir d'un règne heureux fut de courte dorée : bientôt le voile tomba, et Justin parut tel qu'il était, faible, irascible, avare, débauché, orgueilleux et lâche.

Il envoya des ambassadeurs en Perse, et ne sut gagner ni Tamitié de Gosroès par sa sagesse, ni son estime par ses armes. Il montra contre les tribus des Sarrasins autant de hauteur que de faiblesse. Les princes des Avares lui offrirent leurs services, et lui demandèrent des récompenses; il renvoya leurs ambassadeurs avec cette insolente réponse : « Je ferai « plus pour vous que mon père, je vous donnerai une leçon « pour vous apprendre à me connaître.» Les Avares prirent les armes, et le lâche empereur leur céda par crainte ce qu'il avait refusé à leur prière.

Un édit rétablit le consulat ; Justin prit le titre de consul, qu'un tel prince pouvait recréer, mais non relever.

Ce fut aux fautes de Justin, à l'avarice et à l'orgueil de sa femme, à l'tmpérîtie de leur politique et à la faiblesse de leurs armés, qu'un nouveau peuple, celui des Lombards, dut sa fortune, sa grandeur et sa puissance.

Un grand homme, Narsès, servait seul de barrière à l'Italie; une intrigue de cour, en voulant le perdre, ouvrit les Alpes aux Barbares : Borne perdit une seconde fois le sceptre d'Occident, et les Lombards fondèrent en Italie un trône que, deux siècles après, le génie seul de Charlemagne put renverser.

Les Lombards étaient sortis de cette Scandinavie, pépinière féconde de hordes guerrières et de princes conquérants; Strabon et Tacite leur attribuaient la même origine qu'aux Suèves. Leurs tentes couvrirent longtemps les plaines du nord de la Germanie : après avoir porté leurs armes des rives de l'Elbe et du Weser jusqu'à celles du Bhin, ils inondèrent la Moravie de leurs tribus belliqueuses. La politique romaine, alors plus rusée que forte, savait mieux dise.

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Yiser les Barbares que les combattre ; Justtnien céda aux Lombards la Hongrie, et une partie de la Bavière et de Vàjê? triche, dans le dessein de les opposer aux Gépides, les plus opiniâtres de ses cDuemis.

Le nom des Lombards venait, dit-on, de l^usage qu'avaîeal ces peuples de porter une longue barbe et une longue jave-* Une qui, dans leur langue, s'appelait barde.

Agilemont fut leur premier roi ; son huitième sueeesseuTi Vaccon, rendit son nom célèbre par ses cKpiolts. Voltaris hérita de son sceptre, et régna sous la tutdle d'Audonin, qui le détrôna* L'usurpateur affermit son pouvoir par de nombreux triomphes, croyant avec raison qu'aux yeux des peuples guerriers la gloire tient lieu de droit.

Il dévasta Tlllyrie, s'empara de la Dalmatie et battit les Gépides. Le fameux Alboin, son fils, lui succéda en 564 , et feignit d'abord de se montrer Tami des Romains, dont il d^ vait bientôt renverser la puissance : il secourut Narsês contre Totila; mais la richesse et la fertilité de Tltalielui inspirèrent, ainsi qu'à ses soldats, un désir violent de s'en emparer.

Il s'était allié avec les Français, en épousant Glosvinde, ûile du roi Clotaire; cette princesse, par les conseils de saint Nicet, évéque de Tours, se servit de son crédit sur l'esprit de son époux pour lui faire abjurer l'arianisme.

Le roi lombard, avant d'exéeutèr ses grands desseins sur l'Italie, devait assurer sa domination dans ses propres Etats; il acheta l'alliance des Avares, en leur promettant de partager avec eux les terres de ses ennemis : fort de leur appui, il marcha contre les Gépides, pénétra jusqu'au centre de leur pays, leur livra une bataille décisive, les vainquit, massacra tous leurs soldats, et réduisit tout ce peuple à l'esclavage. Dans ce combat sanglant, Alboin tua de sa main Gunimond, roi des Gépides; et suivant l'usage barbare des féroces guerriers du Nord, il fit faire avec le crâne de sa victime une coupe dont il se servait dans ses longues orgies, fêtes so* lennelles où les guerriers Scandinaves semblaient à la fois s'enivrer de sang et de vin.

iUboin, vainqueur des Gépides, trouva parmi eus un vengeur et un vainqueur. Rosamonde, fille àe Cunimond, lai inspira un violent amour ; il renvoya la fille de Clotaire, et, ptoat fumant encore du sang de Cunimond, il contraignit sa filfie à l'Apouser.

Aucun crime, daii^ ces temps barbares, ne semblait faire tache sur un front couvert de lauriers : Alboin devint le bédés peuples du Nord i la Germanie entière célébra ses

ploits, et tous les bàrds» chantèrent sa gloire.

Narsès, qui conservait à quatre-vingt-quinze, ans la vi« gaeur de Tesprit et du corps, était alors la seule barrière qui l^tft empêcher les arpies d' Alboin d'arriver Jusqu'à Rome. .L'impératrice Sophie aplanit elle-même cet obstacle, prêtant l'oreille aux calomnies des ennemis de Narsés, et séduite par l'espoir de s'approprier les richesses du vaiqueurdesGQths, des Francs et des Allemands, elle détermina Tempereur à rappeler ee général, et à lui ordonner d'apporter en Orient le trésor qui se trouvait À Rome.

Narsès répondit « qu'enlever cet argent à lltalie, c'était s la priver de tout moyen de défense, et qu'il était prêt à « vendre un compte exact de l'emploi de ces fonds. »

Les courtisans, toujours ennemis du mérite qui les blesse et de la supériorité qui les humilie, excitèrent le courroux de rimpératrice ; ils lui persuadèrent que JNarsôs voulait se rendre indépendant en Itidie. Sophie, plus femme que reine, ne voyait dans ce grand homme qu'un eunuque; animée centre lui par la haine et par le mépris, elle lui envoya une quenouille et un fuseau, avec une lettre qui ne contenait qae ces mots : « Revenez sans délai : je vous dqnne la « surintendance des ouvrages de mes femmes ; c'est la t place qui vous convient : il faut être homme pour avoir « le droit de manier les armes et de gouverner des pro- « vinces. »

Narsès, furieux, dit au courrier qui lui apportait cette lettre insolente : « Pars, et annonce à ta mattresse que je lui « file une fusée qu'elle ne pourra jamais dévider. » On pou-

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vait lire dans ses regards irrités que ie sauveur de T^aipife en était devenu Tennemi.

Oubliant ses devoirs, entraîné par ses ressentiments, il sort brusquement de Rome, se retire à Napies, écrit aa roi» des Lombards, et i'invite à venir en Italie, en l'assurant tfÊt sa marche ne sera arrêtée par aucun obstacle.

Le triomphe de sa colère sur sa gloire fut court; Thonnenr revint, mais trop tard, dans cette grande âme, et la ren&H le théâtre d'un long et cruel coo^^at entre la passion et les remords, entre la vengeance et le devoir.

Enfin le désir de voir Tingratitude de Temperear punie et Torgueil de Sophie châtié cède au^ chagrin de livrent patrie à l'étranger et à la honte de terminer une vie héroïque par une trahison ; il veut s'embarquer pour Gonatan* tinople, porter sa tète au sénat, confondre ses délateurs et se justifier avant de mourir.

Le pape Jean III le détourna de ce dessein : t Restez, dit- « il, dans le pays que vous avez sauvé et que vous senlpon* « vez encore défendre. Je pars à votre place, je plaiderai « votre cause; le peuple romain vous regrette et déteste vos « ennemis. Demeurez au milieu de lui. Rome fut votre tro* « phée ; qu'eHe soit aujourd'hui votre asile. »

Narsès suit ce conseil, et retourne à Rome; le peuple vole au-devant de lui, se pi'osterne à ses pieds et le conjure de détourner l'orage qui le menace. Narsès écrit au roi lombard, abjure ses coupables serments, rétracte ses funestes pro* messes, et presse vivement Alboin de renoncer à une agression injuste qu'il repoussera de toutes ses forces. Mais rien n'était préparé pour la défense, tout l'était pour l'attaque. Alboin, à la tête d'une nombreuse armée, fier de ses exploits, avide de carnage et de butin, n'écoute point les prières tardives d'un ennemi affaibli par l'âge, par la disgrâce; les nouvelles^ qu'il reçoit du découragement de l'Italie aug* mentent son espoir et redoublent son ardeur. Il marche, tout fuit devant lui, et Narsès, accablé de remords, meari en pleurant sa longue gloire, ternie par un seul égarement.

Un historien moderne (M. Lebeau),en racontant cett&fin éplorable d'une si belle yie, dit, avec autant de force que le raison, que le plus grand crime de l'envie n'est pas de persécuter la vertu, mais de Féteindre quelquefois, et de la brcer à se démentir et à se dégrader elle-même, en la pouslant à l'extrémité.

Justin «ivoya en Italie Longin, pour y commander sous 6 nom é^ exarque, titre qui dura près de deux siècles dans Bavenne.

Les exarques furent revêtus d'un pouvoir presque souverain, et aussi illimité que celui des satrapes en Perse. Les despQtes délèguent avec confiance la tyrannie ; insensibles au besoin de poser des bornes à l'arbitraire, ils ne sentent jamais que celui d'en élever contre la liberté : il leur est égal que les favoris puissent abuser de leur puissance, pourvu que les peuples ne puissent pas user de leurs droits.

Longin établit sa résidence à Bavenne, qu'il garnit, ainsi que la Yénétie, de quelques vieilles légions et de beaucoup deikouvelles levées. On eût dit qu'alors le souvenir des an* eiens usages, et même des anciennes dénominations, était devenu importun aux esclaves de Byzance ; Longin, changeant l'antique coutume de nommer des consulaires pour commander dans les grandes cités de l'Italie, en confia la défense à des ducs.

Cet exarque ne devait son élévation qu'à la faveur; et l'empereur, gouverné par sa femme, n'opposait au plu s vaillant des guerriers du Nord qu'un courtisan qui n'avait jamais combattu.

La gloire d'Alboin et les riches conquêtes qu'il offrait à l'apbition des braves avaient réuni sous ses drapeaux une foule de Suèves , de Bayarois , de bulgares , de Sarmates ; viigt mille Saxons avec leurs familles accrurent ses forces. Après avoir cédé la Pannonie aux Avares, à condition qu'ils" )a loi rendraient s'il échouait dans son entreprise, il donne fe signal; ce n'est point son armée, c'est sa nation tout entière qui se lève et qui marche à sa suite ; les femmes, fes

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vieillards abandonoeot saas regret leurs foyers; et Um^y certains de la victoire, ne regardent plus comme leur patrie qjH les contrées qu'ils vont conquérir.

Rien ne les arrête : ils traversen't les Alpes Juliennes, «I s'emparent sans eombat du Friqal, dont les habitante époor vantés fuient, croyant voir reparaître l'ombre terrible d'At» tila.

Vérone, Aquilée, Trévise, Vicence, Trente, Bresse, B«rgame, ouvrent leurs portes ; Mantoue, Padoue et Crémoiie montrèrent seules un courage romain : la première ne fat prise qu'un an après ; les autres résistèrent aveo opiniâtreté, et conservèrent trente ans leur indépendance.

Alboindonnaà Grasulphe, son neveu et son grand-écnyer, le duché de Frioul ; il en créa deux autres lorsque ses conquêtes s'étendirent. Telle fut l'origine de l'établissement des duchés et des iiefs héréditaire en Italie^ ,

L'issue de cette guerre ne pouvait être douteuse : d'uo côté on voyait l'audace et le génie, de l'autre l'ineptie et la mollesse; et, tandis qu'un torrent dévastateur. descendait des Alpes et se répandait avec fureur en Italie, l'imbécile iuÊr tin , au lieu de lai opposer de fortes digues , confiait à dns mains malhabiles un petit nombre de ttoupes sans diaciplln% se laissait distraire des révolutions dé l'empire par les &d» tiens du cirque, et ne songeait, au moment de ht chnte de sa puissance en Occident, qu'à élever à grands frais dans la Grèce, dans la Thrace et dans l'Asie, des pali^ snjierbei , des églises vastes et des monuments somptueux.

Souvent, dans les drames cruels des révolutions ranaineSy Tâme fatiguée par tant de scènes sanglantes se reposait en contemplant de nobles caractères , des courages inébMiiablés, des vertus à la fois douces et sublimes ; mais ici aucune beauté morale ne dédommage de l'horrible spectacle qpi présente une longue suite de crimes , de carnage , de destruction; c'est la barbarie dans sa jeunesse, qui terrasst avec férocité la corruption dans sa décrépitude.

Alboin force Lodi ^^ Céme à lui ouvrir leurs portes ; ilei*

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:re dans Milan , et s'y ftiit proclamer roi d'Italie. Toute A Liigurie se rend^U vainqueur. Gênes et Pavie seules le re- >ousseât, et leur résistance, qui dura trois ans, dut prouver lax autres cités d'Italie avec quelle facilité elles auraient conservé leur indépendance , si leurs murs avaient encore renfermé quelque courage romain.

Tortone, Plaisance, Parme, Reggio, Modène, ne coûtèrent pas un combat au conquérant; les habitants de la Toseane tt de rOmbrie se précipitèrent au-devant de la servitude. Alboiû érigea Spolette en duché : un lieutenant de N&rsès, Eotton était chargé de la défense de Bénévent; le roi lombard le corrompit, et le déshonora en le créant duc. Le général romain sacrifia ses devoirs et sa renommée à ce titre honteux:.

Rome, souvent attaquée, ne fut point prise : dépourvue de guerriers, le fer ne pouvait la défendre ; l'or la sauva. La Mlcheté de l'empereur l'abandonnait ; la prudence des papes hl protégea. .

Toutes les fois que les Lombards approchèrent de ses murs, les Romains les éloignèrent à force d'argent; c'était encore le temps des Brennus, ce n'était plus celui des €aiBBille.

Ce fut ainsi que Rome et Ravenne se maintinrent dadt» la dépendance de l'empire d'Orient. La Galabre se déf^dit par sa position et par le courage de ses habitants. Béneve&t et Napîes reçurent le nom de seconde Lombardie.

Justin se montrait peu sensible à de si grandes pertes; ces <5oups éloignés semblaient entrer à peine dans le cercle étroit de ses passions : l'avarice l'occupait plus que l'ambition ; un rejfùs d'argent l'irritait plus que la perte d'une province. H chassa d'Antioche le patriarche Anastase, qui lui opposait les lois contre la simonie, et qui ne voulait pas lui vendre sa conscience.

Bans cet état de décadence de Tempire, on voyait succès* sivemenf se former et se grossir autour de lui les éléments des puissances qui devaient un jour s'élever sur ses ruines.

468 BMPIRB d'oBIBHT. - [56S-51Q

Les Turcs envahirent le Tnrkestan, la Grande-Bo^Larte et la Sogdiane : les Sogdiens implorèrent la protection du roi de Perse; de son côté, le kan des Turcs envoya des aaibassadeurs à Gosroès, qui les fit empoisonner. Le kan, brûlant de se venger, rechercha raliianoe de Justin.

Zémarque, comte d'Orient, envoyé par Justin dans le camp des Turcs en 574 , fit connaître, par le récit de son voyage, le singulier mélange de barbarie et de magnificeaee* qui régnait alors dans les mœurs de ces guerriers orgoeilleiuc et sauvages. Quand Tambassadeur parut, avJnt de le pré- J senter au prince, on Tencensa, non pour l'honorer, mais puiii^ le purifier. Le kan Isabule reçut le général romain s««s noe vaste tente de soie : il était assis sur un trône d'or, monté sur deux roues, et auquel on avait attaché un superbe eonrsier; trône digne d'une nation errante et d'un prince eoa* quérant.

Zémarque reçut pour récompense une belle Gireassienne. Isabule marcha contre les Huns, les battît et s'avança jusqu'à Samarcande; mais Gosroès, étant venu camper près de lui, lui proposa la paix, l'obtint, et épousa l'une de sesfiUes. Les Turcs se retirèrent dans la Petite-Buckarie.

L'empereur, abandonné par eux, se trouva *seul ea guerre contre les Perses. L'Arménie l'appelait à son secours. JostlB, toujours arrogant lorsqu'il déclarait la guerre,, toujours timide quand il fallait la soutenir, se vanta d'abattre l'oi^œil de Gosroès et de délivrer la Perse d'un tyran; l'effet répondit peu à ses menaces. Un de ses parents, Marcien, fut chargé du commandement de l'armée: ses exploits se bornèrent à i quelques dégâts sur les frontières de Perse.

Pendant qu'il faisait ce faible usage des forces de l'Orient, Alboin affermissait en Italie sa domination, et réparait par la douceur de son gouvernement les maux dont sa conquête avait d'abord accablé les peuples. Sa politique se montrait clémente et sage, mais ses moeurs étaient barbares; il est plus difficile et plus rare de se vaincre soi-même qne ses ennemis. Le conquérant de l'Italie périt victime d'une ven-

;eance infâme, mais provoquée par sa férocité. Au milieu L'un grand festin qu'il donnait à Vérone, il se fit apporter la îBitale coupe où le crâne du roi des Gépides, orné d'or, sem- >lait donner au vin qui le remplissait Tapparence du sang ^pandn : sa raison étant troublée par Tivresse, il ordonne I Rosamonde de boire dans ce vase horrible; c'était lui comnander le parricide. Cédant à la terreur, elle obéit; mais,

^s le fond de son cœur, elle jura de venger son père en lolant son époux.

' Elmige, son écuyer, jouissait de sa faveur et de sa corn- Kance ; elle le consulte sur le moyen d'accomplir son dessein barbare. Elmige lui conseille de faire porter ce coup fatal par le plus audacieux, le plus fort et le plus vaillant des guerriers lombards : oh le nommait Pérîdée'; celui-ci refuse de prêter son bras au crime, mais l'artifice arracha de lui le consentement que n'avaient pu obtenir les prières.

Il était amoureux d'une des femmes de la cour de la reine : Bosamonde engagea cette femme à donner la nuit un rendezvous à son amant. Au milieu des ténèbres, la reine prit sa place, et lorsque Péridée, trompé par l'obscurité, eut ainsi attenté involontairement à l'honneur du roi, l'audacieuse reine, se faisant connattre, lui dit : « Choisis à présent entre • le trône et l'échafaud : il n'est plus d'autre parti pour toi; t tu dois tuer Alboin, ou mourir. »

Péridée promit d'accomplir ses vœux. Le lendemain, au moment où le roi ^des Lombards, fatigué de la chaleur du jour^ s'était jeté sur son lit, Rosamonde approche de son époux, lie son épée dans le fourreau, écarte les domestiques qui auraient pu le défendre, et introduit dans l'appartement Péridée, qui plonge son glaive dans le sein du monarque.

Alboin s'éveille, saisit son épée, fait de vains efforts pour la tirer, s'empare d'une escabellC) se défend avec intrépidité contre son assassin, et tombe enfin baigné dans son sang aux pieds de son implacable épouse (an 573). Il avait régné en Italie près de quatre ans. Les vainqueurs célébrèrent sa gloire par leurs chants, et les vaincus par leurs larmes.

470 BMPiius d'ohibnt. C^iiMTt)

Elmige et Péridée croyaient que le pouvoir suprême serait la récompense de leur crime ; mais tous les Lombards indi« gnés demandèrent à grands cris leur châtiment : poursuivis par la haine pUhlique, ils se dérobèrent à la mort par une prompte fuite, et se sauvèrent à Ravenne, ainsi que la reine Rosamonde et sa fille Âlswinde, qUi emportèrent avec elles les trésors du roi.

Péridée n'avait recueilli de son forfait que la honte et W^ coupables plaisirs d'une nuit d'erreur : Rosamonde épou# Elmige, qui devint bientôt, à son tour, victime de cette femme \ atroce; mais il sut au moins la punir et l'entraîner dans fablme qu'elle ouvrait sous ses pas.

L'exarque Longin, séduit par la beauté de la reine, et peutêtre encore plus épris de ses immenses richesses, lui avait promis de se marier avec elle, si elle rompait le nœud qui l'unissait à son nouvel époux. L'infâme Rosamonde, habituée au crime, présente à Elmige une coupe empoisonnée; dés qu'il a bu Une partie du fatal breuvage, la violente douleur qui déchire son sein ne lui laisse aucun doute sur le forfait et sur son auteur : furieux, il tire son glaive et force la ref ne à vider la funeste coupe ; peu d'instants après tous deux meurent, ayant ainsi mutuellement expié leur crime et vengé la mort du roi des Lombards. Les trésors de Rosamonde con- ; scièrent Longin de sa perte. i

L'exarque fit partir pour Constantinople la princesse Al- ' swinde et Péridée. Celui-ci, croyant s'attirer l'estime de la cour d'Orient par sa force prodigieuse, combattit devant ; l'empereur contre un énorme lion; il sortit victorieux de cette lutte, et tua le monstre. Justin admira sa force, mais punit son crime, et fit crever les yeux du meurtrier d'Alboin.

Péridée jura de se venger. Lorsque sa blessure fut guérie, il se rendit au palais sous prétexte de révéler au prince des secrets importants, et cacha sous sa robe deux poignards. Justin, soupçonnant sa perfidie, le fit introduire par denx patrices, chargés de le surveiller; cette précaution enlevant à Péridée tout moyen d'exécuter son projet, il n'écoute phis

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