‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 38 sur 52 · JUSTIN H. 4W · texte numérisé non relu

JUSTIN H. 4W

que son désespoir, il poignarde les deuf patriees, et tombe avec eux sous les coups de la garde qui les suivait.

Après la mort d'Alboin, les Lombards élevèrent au trône un guerrier vaillant, nommé Cleph. Il était païen, avare et sanguinaire. Rimini tomba sous ses armes; il bâtit la ville d'Imola. Après dix-huit mois de règne, un de ses domestiques Tassassina. Il avait fait haïr à ses sujefs non-seulement le roi, mais la royauté : les Lombards choisirent pour les gouverner trente-six ducs, souverains chacun dans leurs duchés ; ces ducs confièrent le gouvernement des grandes villes à des comtes, et celui des bourgs à des châtelains. On peut juger par l'essai de cette étrange république du sort qu'auraient éprouvé partout les peuples,*s' ils n'avaient pas cherché et trouvé un refuge, auprès du trône, contre cette tyrannie à plusieurs têtes, contre cette cruelle et licencieuse oligarchie féodale.

Alboin avait comprimé les vainqueurs et protégé les vaincus; l'oligarchie se livra sans frein à la plus dévorante rapacité ; elle dépouilla les riches, asservit les pauvres ; villes, forteresses, monastères, bourgs, campagnes, tout devint la proie de cette hydre; tout fut ruiné, dépeuplé. L'Italie, dit saint Grégoire, ressemblait alors à un repaire de bétes féroces.

Ce gouvernement anarchique dura dix ans. Les ducs^ après s'être déchirés mutuellement, réunirent leurs armes pour s'agrandir aux dépens des pays voisins ; ils envahirent la Savoie, le Dauphiné, la Bourgogne, et défirent une armée française commandée par Amée, que l'empereur d'Orient avait décoré du titre de patrice. Mais ils ne purent fixer la fortune, dont ils abusaient. Comme ils se livraient aux débauches, à tous les genres de licence, et se retiraient chargés d'un immense butin, Mummol, général du roi Contran, les surprit près d'Embrun et les tailla en pièces. Ce fut dans cette bataille que Salone et Sagittaire, évêques l'un d'Embrun et l'autre de Gap, plus dignes de porter le glaive que la croix, combattirent au premier rang des Français, et se signalèrent

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par des exploits qui firent plus d'honneur à lenr vailianee qu'à leur religion. •

Après cette défaite, les Lombards, affaiblis par le départ des Saxons, leurs alliés, repassèrent les Alpes. Un prince français, Ghramne, les poursuivit et ravagea la Lombardie.

Pendant ce temps, les ducs de Spolette et de Bènévent étendaient leur «domination aux dépens du territoire romaiiu Le pape Benoit, ne se bornant pas comme ses prédècesse à protéger Rome par des prières et par des négociatk» commença à jouer le rôle de prince, qu'abandonnaient I empereurs. 11 combattit les Lombards, les défit et sorvéeut peu de temps à ses victoires. Pelage II lui succéda en Fai

Les vices et la faiblesse du caractère de Justin auraient conduit l'empire à sa perte; heureusement l'excès du mal amena le remède. Déjà Gosroès, franchissant le Tigre, pa^ courait la Syrie en vainqueur; Acace, Magnus, généraux sans talents, nommés par les favoris, n'avaient para sur les champs de bataille que pour fuir. Abandonnant Dara, Apamée, aux armes des Perses, ils s'étaient sauvés jusque som les remparts d'Antioche. Les Avares, d'un autre côté, attaquaient les Grecs. Tibère, le seul espoir alors des armées ro* maines, se vit obligé, par la lâcheté de ses troupes, de se retirer et de demander la paix aux Barbares.

L'empereur acheta des Perses, au prix de quarante-cinq mille pièces d'or, une trêve courte et honteuse. Telle était la situation de l'empire, lorsqu'il fut sauvé par l'accident le plus imprévu.

Justin, tourmenté par la goutte, tombe en démenée; il remplit les prisons d'innocentes victimes, jure qu'il ne fera grâce à aucun accusé, fait battre de verges son frère Jteduaire, et ne sort de ses accès de fureur que pour retomber dans ceux de la crainte et de l'abattement.

L'impératrice Sophie, profitant de l'un de ses intervalles de raison, détermina son époux à donner le titre de césar à Tibère. Ge général, né en Thrace, était universellement res-

pecté : ifse montrait à (flibîs brave et prudent^ doux et ferme, juste et généreux, pieux et tolérant. Il commandait la garde ; son mérite lui aurait assuré les suffrages du peuple et de l'armée ; de plus frivoles avantages lui valurent le choix de Sophie : il Tavait charmée par sa beauté, et elle espérait, après la mort de l'empereur, partager le trône avec lui.

Justin obéit à sa femme, convoqua le sénat et le clergé, revêtit en leur présence Tibère de la pourpre, ajouta à son nom celui de Constantin , et lui parla , dit-on , en ces termes : « Ce n'est pas mëi qui vous couronne, c'est Dieu : « honorez l'impératrice; jusqu'à^présent elle était votre sou- « veraine, aujourd'hui elle est votre mère. Épargnez le sang '« de vos sujets ; je leur suis devenu odieux, ne me ressem- « blez pas; j'étais faible et j'en suis puni. Jésus-Christ pu- « nira davantage ceux qui m'ont trompé par leurs conseils. « Soignez vos soldats ; fermez votre oreille aux délateurs ; " « méfiez-vous des courtisans^; laissez les riches jouir de « leurs biens, et servez-vous des vôtres pour soulager les « pauvres. » #

Presque toujours les paroles des mauvais rois mourants contiennent d'excellentes leçons pour leurs successeurs : un repentir tardif leur montre et leur dicte la vérité.

Depuis ce moment, Tibère régna aous le nom de Justin, et, sous sa main ferme, l'empire, qui tombait, se releva. Le trésor se remplit par l'économie; l'armée reprit sa force par la discipline ; il obtint par ses négociations une paix momentanée avec Cosroès, et profita de ce repos pour envoyer des secours à Rome contre les Lombards.

Trois ans après, les Perses reprennent les armes. Maïs le nouveau césûr avait eu le temps de se préparer à soutenir la guerre. Justinien, général expérimenté, à la tétç de cent cinquante mille hommes, marche contre le roi de Perse et lui livre bataille près de Mélitîmne (an 576) : Cosroès enfonce d'abord l'aile droite des Romains ; mais pendant ce temps, Justinien, ayaflt renversé le centre des Perses et

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y^^acu leur cavalerie, pénètre dans le camp ennemi et s'empare de la tente du roi. Cosroès, quf s'était cru triomphant, voyant ce désastre, se décourage et prend la fuite : une partie de son armée périt sous le fer des Romains ; Tautre se noya dans TËuphrate. Le roi, désespéré, immortalisa sa honte et la victoire de Justinîenpar un édit qui défendait aux rois de Perse de marcher à la tête de leurs armées quand ils auraient à combatre les Romains.

La capitale, qui naguère se voyait condamnée à payer lâchement des tributs aux Perses, aux Turcs, aux Avares, devint to^t à coup un théâtre de.trîbmphe; Tibère, renouvelant les antiques solennités, montra en pompe aux yeux du peuple vingt-quatre éléphants pris à Métilimne, et les nombreiû: trophées enlevés dans le camp des Perses.

Le nouveau césar joignait la modération à la force : dés que Justinien vainqueur eut franchi TEuphrate et le Tigre, satisfait d'avoir fait reparaître glorieusement les aigles romaines sur le territoijisBiie Perse, il accorda la paix à Cosroès.

On se rendit réciproquement les conquêtes et les prisonniers. La mauvaise foi de Cosroès rompit promptement ce traité. Un de ses généraux, profitant d'une faute de Justinien, avait surpris un. corps romain en Arménie; ce faible avantage fit renaître dans le cœur du roi de Perse l'espoir de réparer sa défaite; il reprit les armes ; Justinien fiit rappelé, Maurice le remplaça.

Le premier mérite des bons princes est celui de bien choisir. Maurice, né en Cappadoce, était d'origine romaine; il se distinguait par une valeur froide, un esprit juste, un caractère ferme, et par des mœurs austères. Partisan zélé de la discipline antique, il la fit revivre, lui dut de grands succès, battit en plusieurs rencontras les Perses, et repeupla l'île de Chypre, en y portant dix mille prisonniers.

Au milieu des orages de la guerre, l'empire d'Orient corn* mençait à jouir d'un repos et d'une prospérité depuis longtemps lAcomius; il a'avfdt plus h c«Q^p4re ni l'invasion de

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t'étianger, ni les concussions des gouvendears, ni la râpa* (îité du fisc ; Tibère gouvernait le peuple en père de fomille; ^ répandait partout des bienfaits, des consolations et des secours. Sophie lui reprochait ses largesses; mais Tordre et réconomie remplaçaient si bien le vide apparent dont la générosité du prince semblait menacer la caisse publique, qu'on crut généralement dans T empire qu'il avait trouvé un trésor.

Justin finissait alors sa triste carrière. Gomme 11 se sentait prôft de sa fin, il proclama Tibère empereur en présence du sénat et du clergé, et le fit couronner par le patriarche Eutychius. Peu de temps après (an 578) il mourut; il avait régné près de treize ans. Sa seule action louable fut Tadoption de Tibère.

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