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CHAPITRE XX

UÉRAOUUS.

(AnideJ^.eKMMl.)

laaetioB d'Hénclios pendant dix au.— Set préparatifs hostiles eontre la Pcim.~ Jugement, condamnation et mort de Crispe. — Régence d'Héraclins Conslailia.'— Départ de l'emperenr arec son armée.— Sa Tictoire sortes Perses. — Sonaabsssade à Cosroès. — Sa nonrelle Tictoire sor les Perses. — Sa retraite Tolonlaife.< Son combat arec nn géant. — RéToIte à Gonstantinople. — NouTelle gnerre anf^ Cosroès.— BaUille deZab. — Défaite des Perses. —Faite de Cosroès. — Son abdication. -Cruauté de son fils Siroès. — Son parricide.— Mort de Coeroès.— Ni entre Héraclins et Siroès. — Mort de Siroès.— Retour et trionsphe d*HéraeIiMt Constantinople. — Son départ pour Jérusalem. — Son règne hontenx. — Son ééil nommé VEcthise. — Description de TArabie. — Histoire de Mahomet.— Soaoïigine. — Son marisge avec Cadqa. — Ses premières armes. — Ses Toyagea.— Ses portrait. — Sa prétendue mission comme prophète. — L'islamisme, loi de l'Alcona. — Imposture de Mahomet. — Ses miracles. — Son rére but le mont Zara.— Set premières prédications. — Ferrenr du jeune Ali, lieutenant de Mahomet.— V*iic de Mahomet. — Hégire, ère sacrée des mniiitanans. — Mahomet est roi et graai pontife.— Ses exploits. — Son entrée artifldense à la Mecque. — Ses projett ir conquêtes. — Défaite des Romains. — Kaleb est nommé général . — Mort de lah»met. — Abubecker est élu calife. — Guerre entré les Turcs et les Persans.— DéAûM des Perses.-^ Échecs des Romains. — Mort d' Abubecker. — Élération d'Omar.—

Disgrâce de Kaleb Pusillanimité d'Héraclius. — Ses préparatifs de guerre.—

Bataille de Tarmouxe.— Braroure des Sarrasines. — Défaite des Romains. — Capitulation de Jérusalem. *> Entrée d'Omar dans cette rille. — Prise d*Antieche par Omar. — Peste en Syrie. — Mort de tingt-cinq mille musulmans et de Kaleb. — Israsion d*Omar en Egypte. '—Mort d*fiéraclius.

L'empire, délivré du fardeam de la plus odieuse tyraonie, semblait se réveiller d'une longue iéthargie , reprendre soa antique ardeur pour la gloire et pour la liberté; Héraclins, senrhlable aux anciens héros de Rome , devait illustrer le trône qu'il venait de conquérir : cependant, soit qu'il voulût affermir sa puissance avant de l'étendre , ioit qu'il fût ntenu dans son palais par les premières ardeurs d'un chaste amour et par les premières jouissances du rang suprême, soit enfin qu'il eût^ avant de déployer sa force, beaacoup de mesures à prendre et de maux à guérir , on le vit dix années dans un repos que l'histoire lui reproche, et qoi laissa l'Orient gémir sous le joug de Cosroès. Enfin il réunit toutes les troupes de l'Afrique, de I&iMce et de l'Orient

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dans le dessein dé tirer vengeance des Perses, dont les armées s'étaient avancées naguère jusqu^à Ghaleédoine , et qui 9 depuis sept cents ans, se montraient les ennemis les plus redoutables des Eomains.

Lr' empereur avait cru d'abord, par déférence pour Crispe, gendre de Phocas , devoir lui confier le commandement de rannée; soit par trahison, soit par lâcheté, le général laissa sans résistance l'ennemi piller Césarée et ravager la Cappadoce : par faiblesse, 11 fuyait devant les Perses; par vanité, il bravait Héraclius, prétendant que ce prince ne devait qu'à lu; sa couronne.

L'empereur, dans l'espoir de le ramener à la soumission , vint le trouver à Césarée* L'altier général ne se leva point pour le recevoir , lui parla en maître et le railla sur ses projets de conquêtes. Héraclius dissimule son ressentiment, retourne à Constantinople , invite Crispe à s'y rendre sous prétexte de lui faire tenir sur les fonts de baptême un enfant que l'impératrice venait de lui donner : lorsqu'il y est arrivé, l'empereur convoque le sénat, et demande ù un outrage fait à la nuyesté impériale mérite un plus grave châtiment qu'une offense reçue par un particulier.

La réponse n'était pas difficile à prévoir. « Et vous. Crispe, t dit-il, quel est votre avis?» Celui-ci, trop vain poursou])çonner qu'il fût question de lui, répondit qu'un semblable crime ne méritait aucune grâce. ^

Héraclius alors, rappelant ses murmui*es, dénonçant ses insolences, dévoilant ses trahisons que prouvaient des actes authentiques, dit: « Je suis moi-même coupable; J'ai mal

• placé ma confiance, et je ne devais pas croire qu'un gen-

• dre perfide pût devenir un ami fidèle. »

Après ces mots, il condamna Crispe à être rasé et renfermé dans un eloitre, où il termina ses jours.

Ses soldats éclataient en murmures; un prince faible eût augmenté leur mécontentement par les voies de rigueur que dicte toujours la crainte : Héraclius , plus habile et plus courageux, les 'appela près de lui , leur Uvra la garde

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de sa personne, et s'tissnra par ce moyen de terar ûdélîtê.

Philippique, tiré du monastère où Phocas Tavait exilé , obtint le gouvernement de Gappadoee ; on lui adjoignit Théodore le curopalate, frère de l'empereur.

Avant de partir pour T expédition de Perse , rcmperem acheta, par une somme de trois millions , Talliance du kan des Avares, le priant de se regarder comme le tuteur de son fils aîné, Héraclius Constantin, auquel il laissa la régneùx» de Tempire, quoiqu^il n'eût alors que dix ans.

Il recommanda aussi au prince barbare son second fib, nommé Héracléonas. Au moment de sortir de Constantinople, il se prosterna au pied de Tautel de Sainte-Sopbie, et dit au patriarche qu'il laissait la capitale sous la garde delà Vierge et sous la sienne.

Tel était alors le changement survenu dans les mœun: les Bomains se confiaient plus à leurs saints qu'à leurs armes; et les empereurs, oubliant le sénat, chargeaient les évéques de protéger leur empire.

L'armée d'Héraclius était nombreuse ; mais elle n'offnûtà ses regards qu'un bizarre mélange d'Africains, de Grecs, de Bomains et de Barbares de toutes les cojitrées de fEurope.

Le courage des uns était abattu par de nombreux revers; la fidélité des autres inspirait peu de confiance. L'empereur employa une année entière à organiser cette masse informe, à la connaître, à l'aguerrir et à la discipliner. Sa sévérité y rappela l'ordre; son exemple y ressuscita l'honneur.

Ses troupes légères remportèrent d'abord quelques avantages, qui firent renaître la confiance depuis longtemps perdue. Cependant Héraclius, peu sûr encore de l'armée, prit une position forte dans le Pont, et s'y retrancha.

Sarbar, général des Perses, voulut l'en faire sortir et attaqua la Cilicie ; l'empereur,' sans craindre cette diversion, traversa l'Arménie pour entrer en Perse; Sarbar le suivit etW livra bataille. Héraclius, après avoir disposé son armée ea habile général, chargea l'ennemi en soldat vaillant ; a victoire fut complète , et , ayant ainsi terminé cette glo-

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rieuse cam|Nitgne, il prit ses quartiers d'hiver en Arménie. Au printemps, avant de recommencer à combattre, il envoya des ambassadeurs à Cosroès, qui les fit assassiner. « Vous le voyez, dit Héradius à ses soldats, nous faisons la « guerre non à des hommes, mais à des bêtes féroces. En « traversant la fertile Asie, ravagée par ces Barbares , vous « n'y avez plus trouvé que les eendres de vos viUes et les « ossements de vos pères; ces brigands ne respectent ni les « lois ni Dieu même. Armons-nous donc pour la foi et pour « l'humanité; vengeons tout ensemble notice cuite et notre « patrie : il faut que la Perse soit à son tour le tombeau de « ses habitants; mais, en vous enfonçant dans ces vastes a contrées, vous aHez vous y voir entourés d*une foule in- « nombrable d'ennemis; vous n'y aurez d'autre moyen de « salut que la victoire ; marchez, et soyez convaincus que « fuir ce serait courir à la mort. »

Une acclamation universelle répondit à ces paroles. On se mit en route, et en peu de jours on arriva près de Ganza , aujourd'hui Tauris, où se trouvait le trésor du roi. Cosroès couvrait cette ville avec une nombreuse armée : Héradius l'attaqua impétueusement, la mit en fuite, s'empara de la ville, et passa l'hiver en Albanie.

Mais tandis qu'il étendait ses conquêtes en Orient, les Yisigoths, sous le règne de Sùintila^ chassèrent totalement les Romains d'Espagne (an 6^4). La Perse était une pépinière de guerriers ; comme les anciens Parthes , ils se montraient plus redoutables après leurs défaites, et semblaient renaître de leurs cendres. Sarbar et Sais, réunissant leurs débris, vinrent de nouveau attaquer les Romains : Héradius, affaibli par la défection des Lazes , qui avaient abandonné ses drapeaux, évita longtemps la bataille, et, par sa retraite, inspira aux ennemis une confiance imprudente.

Les deux généraux se séparent; l'empereur profite de cette faute, marche la nuit rapidement, et surprend Sarbar dans son camp. Une grande partie de la noblesse persane périt dans ce combat.

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Après cette troisième campagne, Héraclios crut nécessaire de ramener en Asie IVIineure son armée fatiguée par tant de marches et de combats. Il traversa le mont Taurus, le T^re, la ville de Martyropolîs, et s'arrêta quelques jours dans Amide.

Là , il trouve Sarbar qui l'avait devancé pour lui disputer le passage de TËuphrate ; Héraclius le trompe par une fausse attaque , passe le fleuve à gué , et entre en Gllieie ; ^arbar , qui le poursuivait , l'atteint sur les bords du Saceus ; les deux armées s'y livrent un combat sanglant. On distinguait au milieu des Perses un guerrier d'une taille colossale, qui portait le désordre, la terreur et la mort dans les légions; renversant tout ce qui s'opposait à lui, il se précipite sur l'empereur. L'intrépide Héraclius reçoit le choc sans s'ébr^ler, perce le géant d'un coup de lance, le tue, franchit la rivière, enfonce l'armée perse et la met en déroute.

Sarbar, qui fuyait, suivi pour toute escorte alors d'un déserteur romain, lui dit : « Vois-tu ce terrible guerrier, dont « les bottines sont couleur de pourpre, et dont le J)rasmois « sonne tant de Perses? c'est Héraclius, c'est ton maître, « c'est lui seul qui bat notre armée et qui m'enlève la vic- « toire. » Sarbar ne s'arrêta et ne se crut en sûreté qu'après avoir passé l'Euphrate.

Les triomiphes de l'empereur ne rendaient le peuple de Constantinople ni plus reconnaissant ni plus docile ; il se révolta parce qu'un édit avait diminué des distributions de grains, trop prodiguées par le lâche Phocas ; la fermeté de la garde dissipa cette sédition.

Cusroès, désespéré, voulait se venger ou périr: il arme toute SA nation ; il fait marcher ses meilleures troupes, et entre autres cinquante mille hommes qui composaient ce qu'on appelait les bataillons d'or, parce que ce métal brillait sur les pointes de leurs javelots. Sarbar, à la tête d'une seconde armée , marcha centre Constantinople , que menaçaient alors les Bulgares et les Ësclavons; Bazatès, avecuB troisième corps, fut chargé de couvrir la frontière.

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Hi' empereur, dont la prudence n'était jattmis en défaut, opposa trois armées à celles de Tennemi. Théodore, Tun de ses généraux, livra bataille à Saïs ;• une grêle violente , venant frappertout à coup le visage de Perses, favorisa l'attaque des Homains. Théodore remporta la victoire; ses soldats attribaèrcnt ce succès à Forage excité, disaient-ils, en leur fa- Teur, parla Vierge. Sais, vaincu, mourut de chagrin.

Le lâche et cruel Cosroès lit déterrer le corps de cet infortuné général, et Texposa sur un gibet aux outrages de la populace.

A cette époque, Tempereur trouva parmi les Barbares de ' nouveaux secours et de nouveaux dangers ; les Rosars, qui se disaient fils Japhet, venaient de paraître sur la scène du naonde, et se rendaient redoutables par leur valeur; descendus des montagnes du Caucase, ils envahirent la Circassieet la Grimée. On les appelait aussi Turcs orientaux, ou TaurO'Scythes, ou Cabardiens, Ils existent encore sous ce dernier nom près de la mer Caspienne.

Héraclius conclut avec eux une alliance, et promit à Ziébel, leur prince, de lui donner sa fille ; leurs tribus guerrières, s'avançant pour seconder ses opérations, entrèrent eu Perse par les défilés de Derbeat. Mais dans le même temps les Aviares, inconstants comme tous les peuples sauvages, cédant à l'or de Cosroès, s'unirent aux Perses et vinrent en grand nombre investir Constantinople.

Le kan qui les commandait se croyait tellement sûr d'entrer en triomphe dans cette capitale, qu'il répondit avec méin*is aux sénateurs chargés de négocier avec lui : « Rendez* « vous à discrétion, ou votre perle est certaine; car, à moins • d'être chaagés en oiseaux ou en poissons, vous ne pouvez i m'échapper. »

Le courage d'Héiraclius semblait alors être répandu dans tous les cœurs de ses sujets ; le sénat répondit aux menaces du Barbare avec une fierté antiquig et romaine ; tous les habitants prirent les armes; chaque jour on livra plusieurs batailles sanglantes sur terre et sur mer; enfin les Avares voyant

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tous tes assauts iofructueux, leurs plus braves gaerriers écrasés par les machines de guerre, et tafllés en pièces par te assiégés, qui faisaient contre eux de fréquentes sorties, s'éloignèrent ; on en fit un grand carnage dans leur retraite, et leurs bâtiments légers furent dispersés ou détruits parla flotte romaine.

Tandis que la capitale de TOrient se délivrait elle-même d'un si grand danger, Héraclius pénétrait en Assyrie, et s'emparait de plusieurs villes; mais, au moment où rien ne semblait plus pouvoir arrêter le cours de ses conquêtes, les Kosais Tabandonnèrent brusquement, et lui enlevèrent ainsi la plus grande partie des forces qui étaient soas ses ordres.

Le courage des soldats était ébranlé ; ils considéraient avec inquiétude la faiblesse de leurs rangs au milieu d'une terre ennemie. « Rassurez-vous, leur dit Héraclius ; Dieu a « voulu éloigner nos perfides alliés, pour que nous ne devioiis « nos triomphes qu'à lui seul et à notre courage. » Il continue intrépidement sa marche, et se trouve enfin dans la plaine de Zab, près de Ninive, en présence de l'armée des Perses. La bataille fut longue, la résistance opiniâtre, la mêlée terrible ; chacun amenait sur le champ de bataille ses der« nières ressources : cette jomnée devait décider du sort des deux empires : l'air était obscurci par les traits ; un nuage épais de poussière cachait dans l'ombre les ravages de la mort.

Les haines de sept siècles, accumulées, semblaient fiûre éclater dans ce champ de carnage leurs dernières fureurs; enfin Héraclius, las de voir si longtemps la fortune incertaine, veut la décider. Animant ses troupes du geste et de la voix, il s'élance oomme^un lion dans les rangs ennends, rea» verse de sa lance deux vaillants satrapes, aperçoit le chaf di l'armée, Bazatès, fond sur lui, et trouve^^n adversaire digne de le combattre. Le Persan frappe dé son redoutable cimetene le casque de l'empereur, le brUe, fait couler son sang^ et d'an autre coup, lui fait une profonde blessure dans la Jambe; Héraclius, d'an ooup plus terrible, se ven0B et termine oelts

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lutte en enfonçant son glaive dans la poitrine de Bazatés.

L.a chute de ce guerrier est le signal delà défaite des Per» ses; la moitié de leur armée est détruite, l'autre fuit; leur camp est livré au pillage. Ninîve ouvre ses portes au vainqueur. Héraclius, marche sur Gtésiphon, met en cendres les palais du roi, et arrive enfin à Dascara, aujourd'hui Dijala, qui était alors la résidence des monarques de la Perse.

Gosroès, surpris, ne dut son salut qu'à la rapidité de son coursier. Le palais de Dascara réunissait tant de richesses, fruit des conquêtes de tant de siècles, que, selon les historiens du temps, sans doute exagérés, le butin qu'en rapporta Héfaclius fut estimé à près de cinq milliards.

Le roi de Perse, errant, s'arrête dans une cabane ; Il avait perdu son trône et non sa cruauté ; furieux de sa défaite, impuissant pour la réparer, il n'écoute que son désespoir. Gomme il ne peut se venger de ses ennemis, sahaine seporte sur ses sujets. Plusieurs courriers partent chargés d'arrêts de mort, contre Sarbar et contre une foule d'officiers ; indignés de cette injustice, ils se révoltent et viennent tous se ranger sous les drapeaux de l'empereur.

Héraclius, aussi modéré dans la prospérité que le roi de Perse était cruel dans l'infortune, lui écrivit ; « Je vous ai « combattu et je vous poursuis, non pour vous détruire, « mais pour vous forcer à la paix. Autrefois je vous l'ai de- « mandée, aujourd'hui je vous l'offre. »

Un refus orgueilleux fut la réponse de Cosroès : ce monarque, vaincu, haï, méprisé, se sentant traîner par le chagrin aux portes du tombeau, déclara qu'il voulait céder les débris de son trône à son second fils, Médarsês. Mais Siroès, l'aîné de tous, qui était enfermé à Séleucie dans une prison par l'ordre de son père, rompt ses liens, arme ses partisans, se voit rejoint par les restes de l'armée, égorge vingt-quatre de ses frères, ordonne d'arrêter Corsoès, son père, et le fait eçichaîner.

Au lieu d'aliments, il ne lui fait servir que des hngots d'or, et le condanme à mourir de faim, en lui adressant ces

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paroles barbanes : « NQurris*-toi de cet or ponr lequel ta as

« si longtemps opprimé la Perse et ravagé le monde. §

Ce monstre, élevé an trône par un parricide, conclut la paix avec Héraclius. Les deux empires reprirent leurs anciennes limites; on rendit à fempereur la vraie croix, dont Sarbar avait dépouillé, dit-on, Téglise de Jérusalem. Quelque temps après, Siroès mourut victime de la peste, fléau peut-être moins horrible que lui.

Le règne de Cosroès etlesien avaient détruit le prestigede ce long respect porté dans TOrient aux souverains; la Perse devint la proie de Tanarchie ;; on y vit huit règnes en quatre années : Sarbar fut un de ces rois éphémères; Udesgerde, Van de ses ûls, monta sur le trône, et fit cesser ces troubles intestins ; mais ce fut sous son règne que les musulmans dé* truisirent Tempire des Perses.

Héraclius revint dans la capitale jouir du plus glorieux triomphe dont Rome et Gonstantinople eussent été témoins depuis plusieurs siècles.

Il s'y montra sur un char traîné par quatre éléphants; les trésors de la Perse, étalés aux yeux du peuple, excitaient son enthousiasme, et la vue de la vraie croix, sa vénération.

Il partit ensuite pour Jérusalem; animé d'un zèle plus religieux que politique, il en chassa les Juifs, et porta lui-même sur ses épaules la croix jusqu'au Calvaire. U reçut dans cette cité la nouvelle de la naissance du troisième de ses fils, et donna audience aux ambassadeurs du roi de France, Dagobert, qui le félicitait sur ses exploits.

Cette époque brillante aurait dû terminer la vie d'Héraçlius; malheureusement il survécut à sa gloire, et en le suivant dans la seconde moitié de sa carrière, nous n'aurons plus à peindre qu'une vie faible, molle, un règne honteux et funeste. 11 nousavait fait remonter aux beaux jours de Rome, et nous allons retomber avec lui dans Byzance.

Fatigué de combats, rassasié de gloire, il abandonna ses camps pour se retirer dans son palais, oublia ses guerriers, se livra à ses courtisans, s'entoura d'eunuques, de moines, et.

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Aétournant ses regards des dangers qai menaçaient Tempire, il ne s'oecnpa plus qu'à résoudre des questions théologiques; enfin, descendu honteusement du rang des héros, il entra dans la foule des sectaires.

L.es anciens maîtres du monde, menacés de tous côtés par les Barbares, s'étourdissaient stupidement sur la chute rapide qui les entraînait dans l'abîme; sourds au bruit des armes, ils n'écoutaient que les cris du cirque , les déclamations des prédicateurs, les voix discordantes des synodes et des conciles, les harangues factieuses des chefs de secte, et laissaient tranquillement les Yisigoths les chasser de l'Espagne, comme les Lombards de l'Italie!

Les Francs, autrefois tributaires, étendaient rapidement 1 dans rOccident leurs conquêtes et leur durable puissance : les Avares, les Esclavons, les Tauro-Scythes, insultaient et menaçaient la capitale de l'Orient. Les Perses vaincus reprenaient sans obstacles leurs anciennes limites et leur attitude menaçante; enfin un orage formidable se grossissait dans les déserts de l'Arabie sous un étendard sacré; et au milieu de tous ces périls, l'empereur ne cherchait que les moyens de concilier les opinions d'Apollinaire, qui confondait les deux natures divines; de Nestorius, qui soutenait qu'elles s'unissent de volonté; d'Eutychès, qui ne reconnaissait qu'une nature en Dieu; et des monothélites, qui croyaient à une seule volonté en deux natures.

Par un contraste remarquable, tandis que le belliqueux Héraclius attachait la plus grande importance à ces puériles subtilités, le chef de l'Église, le pape Honorius, les traitait avec mépris, et ne les appelait que des querelles de mots.

L'empereur augmenta l'animosité de ces sectes, en voulant terminer leurs discordes par la force de son autorité : il publia en 639, en faveur des monothélites, un édit alors fameux, et qu'on nomma VEcthèse, Rome et l'Afrique refusèrent de s'y soumettre : la chaire combattit l'usurpation du trône ; les disputes continuèrent, et le vainqueur des Perses, vaincu par les prêtres, fut obligé de désavouer son édit.

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La fureur anarcbiqu^ des Barbares du Nord détroisall et dispersait les derniers débris de Tempire romain ; l'Orient, dégradé par la servitude, énervé par la mollesse, précipitait sa décadence, en se soumettant à Tavidité des courtiswii. aux caprices des eunuques, aux folies du eirqoa, au Hélin des disputes théologiques; ce fut dans ce moment de déso^ dres et de faiblesse que Ton vit naître et s'accroître en peu de temps dans les sables du Midi} sous un ciel brûlant, au milieu de tribus fières, sauvages et belliqueuses, une religion et une puissance nouvelles qui changèrent la face de la plus grande partie du mondç, et qui furent au moment de le soumettre tout entier à un seul culte, à un seul maître, à uoe seule loi.

Bientôt nous verrons tous les trônes de l'univers rcnv»sés ou ébranlés par l'apparition d'un Arabe, par la voix d'un faux prophète, par le glaive de Mahomet *et par le cpunige de ses fanatiques successeurs*

Lorsque la tyrannie parcourt la terre et fait gémir dans l'esclavage les plus fertiles contrées du globe, la liberté cherche et trouve un asile dans les forêts, dans les montagnes, dans les déserts.

L'Arabie, dé temps immémorial, était restée indépendante: souvent envahie, jamais subjuguée, elle avait résisté à tous les conquérants, à tous les ravageurs du monde; leurs armes s'étaient brisées contre ses rochers; leurs troupes avaient disparu dans les sables, et, malgré les vains efforts de Sésostris, de Cyrus, d'Alexandre, de Pompée, de Trajan, les Ambes, monument unique des temps primitifs, gardaient, comme un feu sacré, leur liberté, leurs mœurs, leur courage belliqueux et leur vie pastorale.

Tandis qu'autour d'eux les républiques, les rois, les héros, les nations, les empires s'élevaient, se combattaient, se corrompaient, changeaient de coutumes, de lois, de sol même, et tombaient tour à tour avec fracas, on voyait encore dans les plaines de l'Arabie la simplicité patriarcale, les troupeaux de Jacob, les chameaux d'Ksatt et la tente d'Abraham.

L<^CO-6&i} HSBAGUDS, 507

Xi'histoire, dans les longues périodes que nous avons parcoixrue^, parle souvent des Arabes, et ne les peint presque jamais; les révolutions qu'elle raconte semblaient toutes s'arrêter devant cette borne antique ; mais leur temps de bonlieiir et d'ignorance est fini, leur immobilité cesse ; une époque d'orafge, de gloire et de domination s'ouvre pour eux; le fanatisme renverse les éternelles barrières qui défendaient leur liberté. Les Arabes vont être asservis^ et, conquérants, le sort leur a donné un maître ; au milieu d'eux a paru Ma-

Tournons donc à présent nos regards sur l'Arabie, puis* que l'histoire de cette contrée va se lier inséparablement pendant plusieurs siècles à celle des autres peuples, dont elle fut séparée si longtemps.

L'Arabie forme, entre la Perse, la Syrie, l'Egypte et l'Étbiopie, un triangle long de quinze cents milles et large de sept cents. Cette contrée, dix fois plus vaste que la France, nourrit toujours moins d'habitants qu'une de nos provinces. Le sol de la plus grande partie de ce pays est aride, brûlé par un soleil ardent, ravagé par des vents impétueux qui frappent le voyageur de terreur, dessèchent sa poitrine alté' rée, et l'engloutissent dans des tourbillons de sable.

Les côtes de la mer, plus fortunées, jouissent d'un air plus frais, et présentent un aspect phis riant ; on y voit de nombreux troupeaux, des vignes fécondes, et ces nobles pal miers qui offrent quelquefois à l'Arabe fatigué l'ombrage, le repos et une saine nourriture. Ce constraste d'aridité et d'abondance a fait diviser l'Arabie en Arabie Heureuse et en Arabie Pétrée. Il produit aussi l'étonnant mélange qu'on y remarque, des mœurs hospitalières et des mœurs féroces, de l'esprit commerçant et de l'esprit guerrier.

On n'y trouve pas plus de variété dans les usages que dans les saisons; et si les fils de Jacob y pouvaient revenir, ils y reconnaîtraient encore, sous les tentes des Bédouins, les habitudes, les caractères et les physionomies des serviteurs, des soldats et des pasteurs d'Abraham.

508 BMPiàs d'obiert. E6i<»-tài]

Bans leurs longues courses, au milieu de leurs déserts, épuisés de lassitude et de soif, ils se rappellent eneore les souffrances d' Agai: ; et depuis tant de siècles, leurs irruptions dans les contrées voisines, et leur ardeur constante pour piller et dépouiller les autres peuples, semblent venger encofe Ismaël déshérité.

L'infatigable activité des hommes triomphe partent des climats et des éléments : la nature avait condamné rArabie à la pauvreté; TArabe sut y trouver des trésors.

Le chameau, construit pour porter des fardeaux, oi^nisè pour souffrir longtemps la faim et la soif, devint pour ainsi dire la navigation du désert.

Le cheval, plus ardent, plus vigoureux dans ces contrées cpie dans le reste du monde, semble porter sur des ailes fenfaut d' Ismaël à la victoire, et le dérobe par sa rapidité à la poursuite de ses ennemis.

De nombreuses citernes, dispersées au milieu des sables, rassemblèrent les eaux du ciel, et remplacèrent les sources et les fleuves refusés à ces plaines brûlantes.

Enfin, Tencens et le café, recherchés si avidement par le luxe de toutes les nations civilisées, apportèrent dans l'Arabie une grande partie de Tor des peuples riches ; et tandis que ses déserts étaient couverts de camps nombreux, on voyait s'élever sur ses côtes des villes populeuses et commerçantes. \

Le port de Gidda kfs liait à TAbyssinie; ils partaient du roc de Kalif pour commercer avec le golfe Persique et sur les rives de TEuphrate. La fameuse ville de la Mecque se trouvait placée à égale distance entre l'Yémen et la Syrie, et Ton voyait arriver en foule les chameaux de TArabîe aux foires de Bostra et de Damas.

Les tribus qui habitaient les frontières de la Perse et de Tempire romain se mêlaient aux querelles de ces deux États, et voyaient s'accroître, par ces discordes étrangères, leur influence, leur gloire et leur richesse ; poursuivant et pillant sans pitié les vaincus, ils ne craignaient point les vain-

fueurs. Le désert leur servait d'abri, et dans leur retraite l leur suffisait de mettre à sec les citernes pour poser une >arrière insurmontable entre eux et l'ennemi.

IL.es Romains et les Grecs appelèrent les Arabes Sarrasins, î'cst-à-dire Orientaux; une étrange ignorance a pu seule faire croire à quelques historiens que ce nom venait de Siara; il eût certes mal convenu aux descendants d*Agar.

lL.es femmes, aujourd'hui esclaves dans ces contrées, ne L'étaient point autrefois;- elles avaient, au contraire, une grande influence sur les esprits de ce peuple fier, ardent et voluptueux; elles y parvinrent même quelquefois au suprême pouvoir. Zénobie, veuve d'un prince d'une tribu des Sarrasins, fut reine, impératrice, conquérante, partagea le sceptre du monde avec Gallien, et disputa vaillamment au célèbre Aurélien la victoire et l'empire.

Une autre reine sarrasine, Mavia, vainquît les ^Romains, et força l'empereur d'Orient à lui demander la paix.

Le nom de roi, donné aux princes arabes par les historiens, pourrait tromper sur la forme de leur gouvernement. La division de ces peuples en tribus fut chez eux la cause constante delà durée de leur indépendance. Le despotisme ne s'établit facilement aue dans les contrées vastes, où une nombreuse population est réunie sous une même loi; la liberté veut des limites étroites et un territoire borné.

Ea Arabie, chaque ville, chaque tribu avait ses chefs ; on les appelait émirs ou scheiks. Leur pouvoir était peu étendu ; ils ne décidaient rien d'important sans consulter les chefs de famille rassemblés ; et si, par un antique usage, ce commandement restait dévolu à une même famille, il y était électif et donué au plus digne.

Les fiers Arabes, toujours armés, reconnaissaient des princes et non des maîtres; ils ne leur soumettaient même pas le jugement de leurs querelles particulières ; le glaive les décidait, et jamais^chez aucune nation la passion de la vengeance ne se montra si durable et si féroce : elle se transmettait de génération en génération.

540 SMPIBB d'oBIBNT. [61MU1

La guerre étrangère, et quelques jour» consacrés aox fttes solennelles, suspendaient seuls, par de courtes trêves, ces éternelles hostilités.

Le» Arabes professèrent d'abord la religion simple d'Abraham ; ils disent encore que le temple fameux de la Mecque, et que Ton nomme la Caabay fut bâti sur le lieu ot Abraham voulut sacrifier Isaac ; ils y firent depuis, trop gouvent, par une imitation et paf une superstition aveugles, des sacrifices humains. Près de ce temple, ils montrent le puits d'Agar. Dans la suite, le sabéîsjme, c'est-à-dire le culte des astres, de la nature divinisée et même des animaux, répandit ses erreurs séduisantes sur cet antique berceau des patriarches.

La Syrie, la Grèce et l'Egypte peuplèrent ensuite la Caaba

de leurs dieux.

Lorsque les Juife furent vaincus par Titus, et enfin dispersés par Adrien, ils inondèrent l'Arabie; bientôt les Abyssins conquirent plusieurs provinces arabes, et y porté* rent l'Évangile.

Depuis le règne de Constantin, le» sectes, tour à tour persécutées, des nestoriens, des g^stiques, des ariens, des manichéens, des monothélites, se i;éfugiérent en Arabie; Timagination ardente des Arabes , passlonnéâ pour l'éloquence, pour la poésie, pour le courage et pour le merveilleux, accueillait avec faveur tous ceux qui parlaient avec enthousiasme, qui racontaient des prodiges et qui supportaient avec fermeté de grands malheurs.

Ainsi l'Arabie était devenue, au sixième siècle, le centre, le refuge, et, pour ainsi dire, le musée de tous les dieux, de tous les cultes, de toutes les erreurs et de tous les fanatismes de l'univers.

Cette anarchie de tant de religions et d'opinions qui se combattaient miituellement ne pouvait durer : Mahomet naquit et la termina.

Les ennemis de cet homme célèbre, indignés de Se voir . contraints de céder à la force de son glaive, à la supériorité

êL^ son génie, et n'écoutant qu'une haine aveugle, attaquéretit sa mémoire avec l'arme de la faiblesse, la calomnie ; Us Itii attribuèrent une basse origine, sans penser que par là ils ajoutaient un nouveau lustre à sa célébrité, puisqu'ils Itil traçaient un chemin plus long et plus difficile à parcourir ; ils augmentaient sa gloire en disant que du sein d'une profonde obscurité il était parvenu à jeter un si grand éclat. lL*a vérité est que Mahomet, de la tribu des Korélschites, naquit dans la famille des Hashemites, maison illustre, dont les chefs, depuis un long espace de temps, avaient été appelé» à l'honoeur de gouverner les peuples braves et industrieux de la Mecque, et à porter le titre révéré de gardiens de la Cdoba.

San grand-père Abdul-Motalleb se rendit fameux par sa bravoure et par sa générosité : possesseur d'une grande fortune, il en fit un noble usage, et l'employa à nourrir les habitants de la Mecque, lorsque cette ville éprouvait une affreuse disette.

lies Arabes de l' Yémen s'étaient depuis quelque temps soumis à payer un tribut au roid'Abyssinie ; les Koréischistes, méprisant leur lâcheté, les insultèrent, entrèrent dans leur pays, et le livrèrent au pillage. Les Abyssins vinrent au secours de leurs vassaux, investirent la Mecque, et demandèrent arrogamment qu'on leur donnât en tribut de nombreux troupeaux, et que la garde du temple leur fût abandonnée, t Ces troupeaux nous appartiennent, répondit Motalleb, « et nous les garderons : la Gaaba est aux dieux, qui sauront/ « la défendre contre les sacrilèges'. »

Son courage soutint et justifia la fierté de cette réponse. La victoire se déclara pour lui; les Abyssins prirent la fuite, et les superstitieux habitants de la Mecque crurent que les oiseaux du ciel avaient fait tomber sur l'ennemi une pluie de pierres.

Jamais l'héroïque ne suffit à l'imagination des Orientaux, èUey ajoute toujours le merveilleux. Ces contrées furent constamment le befceaulâes superstitions et la patrie des prodiges.

542 BMPllUS d'oHIENT. C64^6A11

Motalleb, digne descendant des patriarches^ vécot ocbI vingt ans : l'un de ses ûis, Abdalia, qu'on admirait comme le plus beau des Arabes, épousa la belle Amlna, de la noMe famille des Zahrites : on dit que cet h^onen fit mourir de jalousie deux cents vierges, éprises d'Abdalla. Mahomet, qœ nous appelons Mohamet, fut le fruit de ce mariage ; il naquit à la Mecque, Tan 570, quatre ans après la mort de Justinien, et au moment où ses compatriotes célébraient encore leur triomphe sur les Abyssins.

11 perdit, étant jeune, sa mère, son père et son aïeul. Comme ses oncles étaient en grand nombre, il n'eut pour sa part d'héritage que cinq chameaux et une esclave éthiopienne. Tel fut le commencement modique de la fortune d'un homme qui devait régner sur l'Arabie, et changer les destins du monde en fondant une nouvelle religion et on nouvel empire.

Un des oncles de Mahomet, qui se nommait Abutaieb, le prit sous sa protection et le logea chez lui; il le fit voyager, combattre, et le forma au commerce ainsi qu'à la guerre.

Le futur conquérant de l'Arabie vécut jusqu'à vingt-cinq ans, presque ignoré, dans les rangs des soldats et à la suite des caravanes; enfin il s'associa aux affaires d'une riche veuve de la Mecque, nommée Gadija, se mit en quelque sorte à son service, lui inspira un \iolent amour, l'épousa, et par ce mariage reprit l'éclat et le rang d^ses aïeux.

Son oncle fit les frais de ses noces, et lui donna les moyens d'assigner à sa femme un douaire de douze onees d'or et de vingt chameaux.

Les tribus arabes étaient alors presque perpétuellement en guerre; leur histoire rend compte de plus de sept cents batailles qu'elles se livrèrent dans le cours d'un demi-siède. Mahomet exerçait dans ces combats partiels son génie bdliqueux ; il y brillait parmi les plus braves ; c'était le prélude de sa grande renommée.

Les intérêts de son commerce lui firent entreprendre de fréquents voyages dans la Phénicie, dans la Palestine, en

iSi^e^l] UÉBACLIUS. 543

Egypte, en Syrie et sur les frontières de la Perse ; il en observa plus les mœurs et les vices qu'il n'en étudia les lois. Son éducation avait été négligée. Le prophète qui prétendit depuis éclairer la terre ne savait ni lire ni écrire; mais,doué d'un esprit pénétrant, il acquit bientôt la plus utile des sciences: il étudia les hommes, apprit à les connaître et les domina.

Ia nature semblait l'avoir organisé pour le grand rôle qu'il devait Jouer sur la terre; sa constitution était vigoureuse, sa taille moyenne, sa tète forte et belle, son front large, ses yeux noirs, son nez aquilin, son teint coloré, son air miyestoeux, son sourire agréable, son regard fier et doux, sa physionomie ouverte et prévenante.

Sa gravité imposait le respect, et ses paroles affectueuses inspiraient l'amitié,'; il abordait ses supérieurs sans embarras, ses inférieurs sans fierté; son génie était vaste, son imagination ardente, son courage intrépide, son esprit souple et artificieux, sa volonté inébranlable; toujours fixé vers le but de sa politique, on ne le vit jamais s'en écarter, ni dans ses paroles, ni dans ses actions, ni dans ses affaires, ni dans ses plaisirs.

Ses méditations, ses artifices, ses harangues, ses institutions, ses combats n'eurent sans cesse qu'un seul objet, celui de fondre toutes les tribus en un seul peuple; de rassembler les Arabes sous un seul chef, sous un seul culte; de réunir dans ses mains le sceptre, le glaive et l'encensoir; de gouverner les esprits comme les corps ; enfin de commander aux sages par l'unité d'un Dieu, aux superstitieux par une révélation miraculeuse , au vulgaire par l'espoir des voluptés éternelles.

Il montrait la vérité aux philosophes, promettait la gloire aux grands et aux braves, le pillage aux pauvres, et des délices sans fin aux hommes sensuels ; enfin, il faisait braver à la foule de ses disciples les austérités , les périls et les privations dans ce monde, par l'attente des trésors et des plaisirs d'un sérail céleste; c'était au nom du ciel qu'il voulait conduire ses soldats h la conquête de la terre.

544 BMPIHB d'oHIENT. [6iM&l]

Dans ses longs yoyageS; Û méditait ses gFandsâesseiiui, et se retirait fréquemment au fond d'une cavenie, où il prétendait, par r entremise de l'ange Gabriel, recevoir les ordres de Dieu.

Ce fut à l'âge de quarante ans, dans l'année 644, que et conquérant adroit, audacieux, enthousiaste, déclara sa prétendue mission; et voulut se faire passer pour un prohète.

< Dieu m'envoie, dit-il pour rétablir le culte antique et « pour^lui rendre sa pureté. Abraham et Ismaël, dont nous « descendons, n'étaient ni juifs ni chrétiens , mais vnôs « croyants; ils n'adoraient qu'un seul Dieu, et ne commi- « rent jamais l'impiété sacrilège de lui associer d'autres dl- « vinités. »

La profession de foi du nouveau prophète était simple comme toutes les grandes idées qui laissent de longues traces; elle se réduisait à ce peu de mots : « Il n'y a point d'autre a Dieu que Dieu, et Mahomet est son envoyé. »

Les pratiques auxquelles il soumit dans la suite les mu* sulmans étaient superstitieuses, et par là faites pour le vul* gaire. Mais le dogme de Dieu rendait sa doctrine respecta* ble aux bons esprits. Enfin son paradis sensuel, et l'idée du fatalisme qu'il grava profondément dans l'ima^nation de ses disciples, en firent des enthousiastes invincibles.

Tandis que l'Asie et l'Afrique n'offraient plus aux regards du monde que des princes amollis, des grands corrompus, des soldats énervés, des peuplés écrasés d'impôts, et livrés presque jsans défense aux invasions des hordes barbares et anarchiquês du Nord, Mahomet formait, prêchait, rassemblait et armait contre eux un peuple vigoureux, ardent, belliqueux, dont le courage était fortifié de toute fftpreté d'un climat brûlant, de toute la fermeté qu'inspire le mépris du repos, des richesses et de la mort, enfin de toute la violence du fanatisme.

Jamais circonstances ne furent plus favorables pour une grande révolution. Partout l'idolâtrie était livrée au mépris; la multiplicité des dieux, dans la Gaaba, avait rendu leur culte ridicule. Les discordes des conciles, la confusion des

L<&^0-6Â1} HBHÀCLIUS. 54 5

sectes/ divisaient et fatîguafent l'Asie et 1* Afrique. Les IPcrses et les Romains ne s'occupaient qu'à se détruire mu- -tuellement, et à repousser les Barbares du Nord.

li'œil perçant de Mahomet mesura son siècle; il vit que le -temps de F Arabie était venu, qu'elle pouvait, à son tour, briller parmi les grands empires qui s'étaient successive < roent élevés et détruits.

La loi de Mahomet, Vislamisme, est renfermée tout entière dans un livre nommé VAlcoran, Un moine nestorien, nommé Sergius, aida, dit-on, le prophète à le composer ; c'est ce qui peut expliquer le mélange bizarre qu'on y trouve des doctrines juives et chrétiennes.

Suivant ce livre, « il n'a ^isté que six grands prophètes : « Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet, le « dernier, ainsi que le plus grand de tous. »

Le législateur des musulmans, i^énageant les chrétiens, qu'il espérait séduire, montrait beaucoup de respect pour Jésus-Christ; il ne le reconnaissait pas comme Dieu, mais il déclarait que nul autre ne s'approchait plus près que lui de la Divinité.

Dans son livre, il prétend que les Juifs, qui crurent l'avoir tué, n'avaient frappé qu'un fantôme, tandis que son corps était monté dans les cieux.

L'arme de Jésus-Christ pour vaincre les âmes fut la douceur, et celle de Mahomet la force. Cependant l'imposteur était trop artificieux pour employer d'abord ce moyen violent; il se montra tolérant tant qu'il fut faible: tel on voit un ruisseau modeste baigner les murs qu'il renverse dès qu'il devient torrent.

Le faux prophète, dans ses premières prédications, disait n'avoir été envoyé aux hommes que pour les persuader; lorsque ses disciples formèrent une armée, devenu maître , il commanda aux consciences.

Sa loi était sévère, mais politique : par cette loi, tout infidèle, tout idolâtre participe aux honneurs, aux pouvoirs, aux privilèges des Arabes, s'il embrasse le culte mahométan ; il

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meurt s'il prétend défendre à la fois sa religion et son indépendance; mais dans le cas où il veut garder sa foi en se soumettant au pouvoir temporel de Mahomet, ses jours, ses biens sont épargnés, il exerce en liberté son culte, et n'est obligé qu'à payer un léger tribut.

C'est à l'habileté de ce système que Vislamisme dut la rapidité et la facilité de ses conquêtes; le désir de partager la puissance et la fortune des Arabes vainqueurs rendit ks conversions nombreuses. Les peuples, accablés d'impôts par leurs souverains, se soumirent sans regret à un faible tribut qui leur assurait la paix, la liberté de conscience et une forte protection. Quant à la servitude, ils ne faisaient qu'en changer ; aussi, partout où régnait le despotisme oriental, on ne vit que peu d'hommes bfaves et opiniâtres s'opposer au sceptre et au glaive de Mahomet. « Ce furent, dit à cette « occasion le célèbre Montesquieu, les tributs excessifs qui « donnèrent lieu à cette'étrange facilité que trouvèrent les « mahométans dans leurs conquêtes. Les peuples, au lieu « de cette suite continuelle de vexations que l'avarice sub- « tile des empereurs avait imaginées, se virent soumis à un « tribut simple, payé aisément, reçu de même, plus heureux « d'obéir à une nation barbare qu'à un gouvernement cor- « rompu, dans lequel ils souffraient tous les inconvénients « d'une liberté qu'ils n'avaient plus, avec toutes les horreurs « d'une servitude présente. »

Mahomet prétendait recevoir successivement, dans ses cavernes, les feuilles de l'Alcoran, qu'un ange lui jetait du haut des cieux ; il les enferma dans un riche étui de soie. Après sa mort, Abubecker publia ce recueil sacré, dont chaque verset est regardé parles musulmans comme un miracle.

Au milieu d'une foule d'extragances qui choquent dans l'Alcoran la froide raison des Européens, et qui plaisent à la vive imagination des Orientaux, on trouve tous les préceptes de morale, de justice, de charité, sur lesquels toutes les religions s'accordent ; car aucune , sans ces principes. ne pourrait s'établir.

Ce qa'jl faut admirer dans Mahomet, c'est son balii^eté profonde; il grava ses lois noa-«eulement dans les esprits, mais dans les cœurs : c'est là le sceau du génie. Moïse, Confucius, Lycurgue, Zoroastre, Numa, Jésus-Christ et Ma* homet, sont les seuls législateurs dont les institutions soient devenues des mœurs.

Le musulman, comme le juif, le Chinois, le Spartiate, le Romain , le chrétien , périt plutôt que de renoncer à ses lois.

Par malheur pour T Orient, ce nouveau culte , qui inspirait tant de fanatisme, et qui devait faire tant de conquêtes , était empreint d'un caractère funeste aux proigrès de la civilisation. Le flambeau des autres cultes éclaire et féconde, celui-ci brûle et dessèche; s'il porte au courage pour mériter le ciel, il inspire l'insouciance pour les biens de la terre, et dispose au mépris des lettres et des arts. En effet, dès qu'on adopte le dogme du fatalisme, à quoi servirait d'apprendre et de prévoir, puisqu'on ne peut rien éviter?

Mahomet disait « que l'Alcoran -était incréé, éternel, dicté « par Dieu même; il déÛait les anges d'en imiter une seule «phrase. » Au commencement de sa carrière prophétique, lorsqu'il s'annonça comme l'apôtre de Dieu, on lui demanda de prouver sa mission par quelques signes merveilleux. « Une religion sans mystère, répondit-il, n'a pas besoin de « prodige : la vérité fait sa force; mais je vous prouverai ce- « pendant que le glaive de Mahomet n'a pas moins de puis- « sance que la verge de Moïse. »

Le nouveau prophète ne tarda pas a s'apercevoir qu'il se trompait, et qu'il parlerait en vain à la raison des Arabes, s'il ne frappait leur imagination par des prestiges. Bientôt l'imposteur parut faire de nombreux miracles ; ses disciples crurent et croient encore qu'il guérit des malades et ressuscita des morts; ils virent l'eau jaillir de ses doigts; les chameaux lui parlèrent : une épaule de mouton lui révéla qu'elle avait été empoisonnée par un juif; mais cette révélation vint trop tard, car il en avait goûté ; et depuis ce

51 B SMPIBB 0'OBIBNT. L610-ft*i]

temps il souffrit toujours des effets de venin qui abrégea pr4d)ablement sa vie.

Ce qui remplit surtout les Arabes de respect et d'adnû* ration pour lui, ee ftit le rêve qu'il fit sur le mont Zara. L'ange Gabriel lui ouvrit le cœur, en tira une goutte noire, principe du pécbé, et le renaplit de foi et de science. 11 Jui amena ensuite Alb(>raky animal mystérieux, monture des propbètes : cet Albortxk tenait de Fane et du mulet, il avait une facebuinaine, une mâcboire de cbeval et des ailes d'aigle.

Cette béte céleste lui parle, se baisse pour le recevoir .sur son dos, et le mène dans le temple de Jérusalem, où il est reçu par Abrabam et par Jésus-Cbrist. Il y trouve une écbelle de lumière par laquelle il monte au ciel; il passe entre les étoiles, globes immenses suspendus aux cieux avec des cbaînes d'or, y rencontre Adam, les anges, et admire le grand coq bleu, dont la tête est si éloignée de la queue qu'il faudrait cinq cents ans pour parcourir l'espace qui les sépare ; tous les coqs de la terre répètent ses chants.

Il traverse ensuite sept cieux de diamants, d'émeraudes^ de topazes, de saphirs, d'airain, d'or et d'hyacinthes; les légions des anges, les troupes de prophètes rendent hommage à Mahomet; on lui présente trois coupes, l'une de lait, l'autre de vin, la dernière de miel; il prend celle qui contenait du lait. Une voix éclatante lui dit alors : « Si tu « avais choisi le vin, tu aurais échoué dans ta grande en- « treprîse. »

Enfin il arrive au trône de Dieu, et le voit orné de cette inscription : « Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, et Ma- « homet est son prophète. » L'Être suprême le touche do*sa main puissante, le pénètre d'abord d'un froid aigu, le remplU après d'une force invincible, et lui apprend enfin tout ce qu'il doit enseigner aux hommes. Ce long voyage fut achevé dans l'espace d'une seule nuit.

Voilà donc, à la honte de l'humaine raison, la fable que les trois quarts du monde ont adoptée, et que tant de peuples respectent encore.

lies premiers disciples de Mahomet furent sa femme et un de ses parents. Au bout de deux ans, leur nombre ne s'élevait encore qu'à cinquante. Ses premières prédications n'eurent aucun succès. Les Koréischites Técoutaient avec mépris : on assure qu'il confondit leur incrédulité en coupant en deux|, à leurs regards, ia lune; que cette planète le salua, loi parla en arabe, tourna autour de Caaba, entra dans le col de sa chemise, et en sortit par sa manche.

Il recommanda au peuple de longs jeûnes, de fréquentes ablutions, lui annonça la résurrection des morts, le frappa de crainte par le tableau de son enfer, et charma son imagination par la peinture de son paradis voluptueux.

Ayant rassemblé un grand nombre de ses sectateurs dans un festin, le plus ardent de tous, le jeune Ali déclara qu'il couperait la tête et passerait son cimeterre dans le ventre de tout homme qui douterait de la mission de Mahomet, et s'opposerait à ses desseins : le prophète, dont le règne devait être celui de la terreur et du fanatisme, choisit Ali pour son lieutenant.

Cependant Abutaleb, oncle de l'imposteur, employait tous ses efforts pour engager sa tribu à se défendre de ses artifices et de ses prestiges ; mais, par un reste de tendresse, il apaisait la sévérité de ceux qui voulaient le condamner à mort comme infracteur de la loi du pays et déserteur du culte des dieux.

lu'animosité des partisans de l'ancienne religion devînt si vive, que Mahomet crut devoir se soustraire à leur vengeance; il se sauva : ses disciples se dispersèrent en Ethiopie.

Sur un faux bruit, croyant les esprits calmés, il revint dans ses foyers. La mort avait terminé les jours d'Abutaleb et de Cadija ; il restait ainsi sans protecteur ; ses ennemis résolvent sa mort. Averti, dit on, de leurs desseins par un ange, il se sauva avec ses amis, Abubecker et Ali. On le poursuit, on l'atteint; la lance d'un Arabe allait changer l'histoire dumonde; mais l'or éloigne le fer, Mahometséduit et désarme son meurtrier; il se réfugie à Médine. Cette fuite

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de Mahomet, qui eut lieu Tas 622, est l'ère sacrée des musulmans : on rappelle ï hégire.

Médine accueille le prophète ; cette ville était alors déchirée par la discorde de deux tribus, les Gharégîtes et les Avésites, toutes deux ennemies des Koréischites ; elles se réunissent en faveur de Mahomet, lui jurent fidélité et le reconnaissent comme chef et comme apôtre.

Fort de leur appui, il se rend à Koba, y entre en triomphe; cinq cents fugitifs de la Mecque Vy rejoignent; il est proclamé roi et grand pontife : il permet aux musulmans quatre femmes, en prend pour lui douze, sous prétexte qu'il a reçu à cet égard un privilège du ciel ; enfin il déclare nne guerre perpétuelle aux infidèles et enflamme le courage de ses guerriers par des lois à la fois militaires et religieuses. L'une règle le partage du butin ; l'autre déclare que le glaive est la clef du ciel, qu'une nuit passée sous les armes compte plus que deux mois depriéres. Celui qui périt dans une tetaille^ dit le prophète^ est absous; les deux lui sont ouverts; ses blessures sont éclatantes comme le vermillon, et parfumées comme Vambre,

Dans l'espace de dix années, Mahomet fit neuf sièges et livra neuf batailles. Dans un combat sanglant contre les Koréischites, Mabomet, las de voir la victoire indécise, invoqna le secours des anges, prit dans ses mains un poignée de sable, et la jeta contre ses ennemis ; soudain, frappés de terreur, ils prirent la fuite.

Dans une autre bataille, Kaleb, qu'on vit dans la suite l'un des plus zélés disciples de Mahomet, et qui était alors l'un de ses plus opiniâtres adversaires, fit reculer la fortune du prophète.

A la tète d'un corps d'élite, il tourna l'armée musulmane, enfonça les escadrons et décida la victoire : Mahomet fut blessé et forcé à la retraite. Les femmes de la Mecque, furieuses comme des bacchantes, vinrent porter leur rage sur le champ de bataille, et déchirèrent avec férocité les cadavres des musulmans.

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Mahomet releva le courage de ses troupes, et rendit honneur aux morts, en les plaçant au nombre des martyrs.

Accompagné de Tintrépide Ali, il remporte une victoire éclatante, et met en fuite dix mille Arabes. Il porte ensuite ses armes contre les Juifs, réussit à lei vaincre, mais non à les convertir, et leur jure depuis ce moment une haine éternelle.

La fortune et Tenthoosiasme accroissaient continuellement ses forces; la Mecque seule lui résistait avec opiniâtreté. Comptant plus, pour la réduire, sur Tartifice que sur la violence, il propose une trêve, et obtient d'entrer dans la ville en pèlerin pour rendre hommage à la Divinité dans le temple de laCaaba. Sa feinte humilité, la douceur de son éloquence et son ardente dévotion édifient le peuple; une partie de la multitude se déclare pour lui. Kaleb et Amron abandonnent Tidolâtrie ; il sort avec eux, et revient bientôt aux pieds des remparts, suivi de dix mille soldats. Tous les voeux rappellent; un petit nombre d'incrédules parlent vainement de résister et de combattre ; enfin Abu-Sophian, gouverneur de la ville, se voit contraint d'en apporter les clefs au vainqueur. Après de si longues haines, on s'attendait à un massacre; Mahomet prouva qu'il savait régner, il pardonna. Quarante victimes seules furent iiAmolées à sa vengeaace, il renversa trois cent soixante idoles de la Gaaba, et la Mecque embrassa risla.misme.

Mahomet ne laissa point ses guerriers s'amollir par le repos; il acheva la conquête de l'Arabie. Les débris de ses ennemis vaincus s'étant rassemblés lui tendirent un piège; il tomba dans une embuscade, et se vit entouré de glaives menaçants. Ses troupes découragées se débandaient : l'intrépide Mahomet, par des prodiges de valeur, réchauffe leur zèle, échappe à un péril certain, rétablit le combat, ramène la victoire, et revient en triomphe dans sa capitale, avec six mille captifs et un butin composé de vingt-quatre mille chameaux, quarante mille moutons et quatre mille onces d'argent.

582 BMPIIB b'oaibnt. C^«^&]

La conqnéte de T Arabie, tontes les tribus ré^mies en un seul peuple, et la domination paisible des déserts, ne suffisaient pas à l'ambition de Mabomet. Méditant la conquête du monde, il éerivit à tous les princes de l'Orient pour les intiter à reconnaître sa mission^ son culte et sa loi.

Gosroés renvoya son ambassadeur avec mépris. Le prophète lui écrivit une lettre menaçante, lui annonçant la destruction procbaine de son empire. Bientôt les victoires d'Héraclius parurent accomplir cette prédiction. Ayant reçu par un avis secret la nouvelle de la mort du roi de Perse, il l'apprit h son peuple, en disant qu'il la .tenait d'un ange; et, lorsque 1* événement l'eut confirmée, aucun incrédule n'osa plus douter de ses révélations.

L'empereur d'Orient accueillit favorablement l'ambassadeur de Mahomet. Les Arabes prétendent même qu'Héraclius crut à la mission du prophète, et conclut un traité avec lui. Quoi qu'il en soit, cette bonne intelligence dura peu; un lieutenant de l'empereur, gouverneur de Bostra, fit assassiner un envoyé de Mahomet. Le prophète déclara la guerre aux Komains; ceux-ci forent vaincus près de Muta, dans une bataille que leur livrèrent les Arabes.

On peut Juger par le commencement de cette lutte, qui dura huit siècles, du fanatisme héroïque que le culte de Ma^ homet inspirait à ses disciples. Au milieu de la mêlée, Janfer perd la main droite, qui tenait l'étendard sacré; il le saisit de la gauche, la perd encore, et serre lé drapeau, entre ses bras Jusqu'au moment où cinquante blessures le laissent sur la foule des morts.

Le bouillant Kaleb relève l'étendard, renverse tout ce qui s'oppose à ses coups, enfonce les Romains, les poursuit, en fait un affreux carnage, et se voit nommé général par l'acclamation unanime des musutfaans vainqueurs.

Mahomet, souverain absolu de toutes les contrées qui s'étendent de l'Euphr^te à la mer RougCi conserva Jusqu'à l'âge de soixante-trois ans, malgré de fréqoefrts accès d'épiiepsie et les effets du poison qu'on lui avait donné, la force de

C6i(M)âi] HÉBAGLItS. 523

son corps et la vigueur de son génie. Une fièvre qui dura quatorze jours termina sa vie le 7 juin 642.

Peu d'heures avant d'expirer, il parut à la tribune qui était à la fols sa chaire et son trône. « Si J*ai puni injuste- « ment quelqu'un, dit-il, je me soumets au fouet par repré- « sailles; »î j'ai souillé l'honneur d'un musulman, qu'il prot clame ma faute; si je l'ai dépouillé, que mon bien acqaitte « le Capital et l'intérêt. » Un seul des assistants se plaignit, et fut satisfait.

11 affranchit ses esclaves, régla ses funérailles et désigna pour son successeur, suivant le rapport de quelques historiens, Ali,. et, selon d'autres, Abubecker.

Il recommanda trois choses principales à ses disciples ; de « s'adonner à la prière, de chasser d'Arabie tous les ido- « lâibres, et d'accorder les privilèges des vrais croyants à tous « les hommes, de quelque pays qu'ils fussent, qui embras- « seraient l'ilslamisme. »

Enfin il déclara que l'ange Gabriel était venu lui dire adieu , et il rendit le dernier soupir sur le sein d'Aïscha, la plus chérie de ses femmes.

Ses dernières paroles furent celles-ci : « Dieu, pardonnez- « moi mes péchés ; je vais rejoindre mes concitoyens qui sont a au ciel, o

C'est ainsi que se termina la carrière de cet homme extraordinaire, quf, le sabre à la main, à la tète de quelques Arabes, Imposant aux hommes un seul Dieu, un seul maître, un seul prophète, recommandant l'aumône, professant la pauvreté, traitant en frères ceux qui adoptaient ses dogmes, et en tributaires ceux qui refusaient d'y croire, fonda en peu d'années, à la lueur des torches du fanatisme, le plus grand et le plus formidable empire du monde.

La puissance de ses successeurs fit des progrès toujours croissants tant qu'ils réunirent dans leurs mains les pouvoirs spirituel et temporel ; ils conservèrent cette double magie jusqu'au milieu du dixième siècle; mais à cette époque, quelques guerriers audacieux ayant usurpé le sceptre, les califes,

524 BMPifis d'obikkt. L^l^eai

vicaires de Mahomet, ne gardèrent plus que le pouvoir pontifical. Il se réduisit à décider les questions relatives am dogmes; on leur laissa le stérile honneur d'être nommés les premiers dans les prières. Enfin, au milieu du treizième ûèele, lorsque les Tartares se rendirent maîtres de Bagdad, ib abolirent la dignité souveraine de calife. Le mufti, qui le remplaça, ne fut que le ministre du culte; et Ton pourrait regarder cette époque comme celle du commencement de la décadence des musulmnas : car tout empire prépare son affaiblissement et sa chute, dès qu'il s'éloigne du principe qui a fondé sa force et sa grandeur.

Le prophète ne laissait point d'enfants mâles : Ali, son parent, son gendre, le plus enthousiaste de ses disciples, le plus bouillant de ses guerriers, paraissait digne de le remplacer; mais Abubecker, beau-père de Mahomet, et qui avait le premier embrassé son culte, fut élu calife ; sa viellesse lui valut les suffrages d'Omar et d'Othman, les plus puissante des Arabes, qui espéraient régner après lui.

Cette première querelle pour le trône devint dans la suite la cause d'un grand schisme et de sanglantes guerres entre les Turcs et les Persans. Ceuxrci soutiennent encore qu'Alî, mari de Fatime, fille de Mahomet, était le souverain légitime : c'est, selon eux, au mépris des lois divines et des droits sacrés des Fatimites, que les trois premiers califes et les princes de la dynastie des Ommiades ont régné. Au reste, Abu* becker Justifia par son activité, par son zèle fanatique et par la rapidité de ses exploits, le choix de ses partisans.

Cent vingt-quatre mille musulmans se réunirent sous son drapeau. Après avoir fait reconnaître son autorité dans toute l'Arabie, voulant profiter des troubles qui agitaient la Perse depuis la mort de Siroès, il entre dans l'Irack; c'était l'ancienne Chaldée. Quelques princes arabes, nommés Mundar, y avaient fondé un petit royaume qui relevait du roi de Perse. La fille de Gosroès, Arzounidoch, régnait alors; eHe envoya une nombreuse armée contre les mahométans^ sons les ordres de Mahran. Ce général livra bataille aux musnl-

C6i0-64i] HBBÀCLIUS. 525

mans ; ils le défirent complètement, et le tuèrent : les Perses, attribuant leur malheur à la reine, la déposèrent. Trois princes qui lui succédèrent éprouvèrent le même sort; enfin Ildesgerde, fils du célèbre Sarbar, fut porté au trône par les vœux unanimes des grands et du peuple : il régna vingt ans; mais, quoiqu'il combattît avec courage, il fut constamment vaincu par Kaleb et par les mahométans.

Une autre armée musulmane avait été envoyée par le calife en Syrie, sous les ordres d'Obéida. Héraclius chaîna l'un de ses lieutenants, Sergius, delà repousser; mais ses efforts furent vains; la tactique romaine ne put résister au courage tavincible des Arabes. La veuve de Mahomet, Aïscha, exerçait une grande influence sur le calife son père; elle fit donner le commandement de l'armée de Syrie au fameux Amrou : il se rendit maître de Gaza. Kaleb assiégea Bostra, la prit et marcha sur Damas.

Le génie d'HéracHus semblait éteint par celui de Mahomet. Ce prince, naguère si belliqueux, au lieu de défendre son empire, donna l'exemple du découragement; il s'éloigna de Damas et se retira dans Antioche. Son frère Théodore, réunissant ses troupes, livra bataille à Kaleb, près de Gabata ; l'étendard du prophète mit en fuite les aigles romaines.

Par les ordres d'Héraclius, une nouvelle armée vint s'opposer à la marche des vainqueurs. Enhardie par ce secours, la garnison de Damas fit une sortie, tailla en pièces un corps ennemi, enleva dans leur camp un grand nombre de femmes sarrasines , et se mit en marche pour rentrer dans la ville avec ses trophées.

Le général romain Pierre, qui commandait cette troupe , employa la violence pour outrager la pudeur de Kaula sa prisonnière , et femme d'un chef sarrasin ; mais il ne tarda pas à se convaincre que les musulmanes étaient aussi fières et aussi braves que leurs époux. L'intrépide Kaula repousse avec vigueur cette offense , saisit un cimeterre; les autres femmes suivent son exemple : toutes s'arment de lances, se rangent en masse , se serrent dos h dos , résistent vaillam-

526 SMPiRiE d'qiibnt. [eiHAi]

ment au glaive d'une foule de Romains qui les entouraient; cette résistance opiniâtre rendit le combat si long que Kakb eut le temps d'arriver à leur secours; il paraît, enfonce les Romains et tue leur général Pierre,

Peu de temps après, en 634 , Théodore livra aux Sarra* sins, près des murs d'Ainadin ^ une bataille qui dura deax jours : à la lin du premier, la victoire étant indécise^ Théo* dore propose une trêve pendant laquelle il dresse à Kaleb une embûche dans le dessein de l'assassiner. Cette perfidie, découverte, redouble la fureur des Sarrasins ; Us enfoncent l'armée romaine, la forcent h la retraite , la poursuivent et en font un grand carnage.

Théodore, ralliant ses débris, veut encore tenter le sort des combats, près d'Émèse ; mais les soldats romains méprisent ses ordres . refusent de servir sous lui , se révoltent et proclament empereur un officier nommé Baane ; une troupe fidèle accompagne Théodore dans sa retraite , et par sa défection affaiblit l'armée. Les Sarrasins profitent de ces dis» cordes , attaquent impétueusement l'armée de Baane, et la taillent en pièces. Cet usurpateur d'un moment courut cacher sa honte dans les déserts de Sinaï, où il se fit moine.

Le siège de Damas continuait : Thomas, gendre d'Héraclius, défendait la ville avec courage ; mais la trahison d'un prêtre, nommé Josias, en ouvrit la nuit les portes à Kaleb. Le général arabe en chassa tous les habitants qui refusèrent d'embrasser l'islamisme ou de payer un tribut.

Implacable dans son triomphe, il fit poursuivre les fuyards, qui furent presque tous massacrés, ainsi que Thomas, leur chef. Lorsque le faible Héraclius apprit la perte de Damas, il s'écria : û C'en est fait de la Syrie. » Ce prince, qui ne sa^ vait plus ni régner en empereur ni mourir en soldat, sortit d'Antioche et partit pour Constantinople.

Le jour même où la prise de Damas «goûtait tant d'éclat h la puissance des Sarrasins , le calife Abubecker mourut (an 634). Trompé le premier par Mahomet, il était, de bonne foi, apôtre de l'islamijsnie; les musuhnans le regrettèrent : ils

admiraient sa piété, sa justice et son humble simplicité, au^ tant que la fierté de son courage. Sous son règne, les Sarrasins avaient conquis quatre riches provinces ; on ne trouva chez lui, pour tout trésor, que quarante écus.

Les Ajrabes, comme les anciens Romains, respectaient alors la pauvreté ; elle donne une âpre vigueur q[ui , dans tous les temps, triomphe de la mollesse et du luxe. L'or de TAsie était tombé devant le fer de Rome, et la pourpre ro« maine s'humilia devant les rustiques toisons qui couvraient les sauvages habitants du Nord.

Abubecker , dans ses derniers moments , désigna Omar pour son successeur. Celui-ci refusait cet honneur, disant : « La gloire me sufQt, je n'ai pas besoin de la couronne. ^-^ « Cela peut être, répondit le càHfe, mais elle a besoin de « vous. » Omal* obéit. Monté sur le trône du chef des croyants, il prit le titre de prince des fidHe$ ou d'émir Almm«mmn; les chrétiens, défigurant ce nom, en firent depuis celui de MiramoUn.

Kaleb, longtemps rival d'Omar, prévit sa disgrâce et s'y résigna : il fiit destitué ; et ce guerrier farouche, qu'on nommait l'Attila musulman, trop religieux pour résister aux orr dres du pontife-roi, descendit Isans murmurer de la dignité de général aux emplois les plus subalternes, qu'il était certain d'illustrer par son cimeterre redoutable et par sa bravoure enthousiaste.

Cependant Héradius attribuait ses revers non à leur vraie cause, à sa faiblesse, mais aux divisions qui régnaient parmi les chrétiens; il prévit la chute prochaine de Jérusalem ; son zèle religieux ne s'était pas refroidi comme son courage ; il se rendit dans la ville sainte , y prit la vraie croix , ^ et, pour la dérober aux outrages des Sarrasins, il l'envoya à Constantinople : c'était annoncer au peuple de nouvelles défaites et les rendre plus certaines encore.

Le souvenir de son ancienne gloire lui rendait plus amer le sentiment de sa honte présente. Arrivé près de la capitale, il s'arrêta longtemps dans une maison de plaisance,

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n'osant reparaître vaincu sur le théâtre de ses triomphes. Là, il reçut Tavis d'une conjuration tramée contre ses jours. Dès qu'on devient faible , on ne tarde pas à être cruel ; sur un simple soupçon , croyant son frère et son neveu coupables, il les fit mutiler et les exila. Cependant , pressé par les instances du sénat, il fit jeter un pont de bateaux sur le Bosphore, traversa furtivement sa capitale, et rentra fugitif dans son palais, à la faveur des ombres de la nuit.

Sa renommée, expirante dans TOrient, vivait encore dans le Nord. Guprat, roi des Bulgares, eonclutavec lui un traité d'alliance, et chassa les Avares, qui menaçaient les frontières de l'empire. Mais rien n'arrêtait les progrès des Sarrasins; leurs armes ravageaient la Syrie et la Fhénicie. Le pillage pouvait amollir leurs mœurs, qui faisaient leur force. Omar, par sa rigueur, affermit leur foi, leur discipline et leur courage ; il punit sévèrement quelques musulmans qui avaient bu du vin à Damas. Le lieutenant du calife, Abu-Obéida , avait accordé aux Infidèles des trêves pour recevoir d'eux des tributs; Omar lui reprocha publiquement cette honteuse faiblesse : plusieurs villes de Syrie, et entre autres Balbeck , ainsi qu'Émèse, tombèrent sous les armes des Arabes.

Ce torrent dévastateur menaçait l'empire d'une ruine prochaine. Béveillé par ce danger imminent, Héradius rassemble toutes les forces de l'Asie et de l'Europe; il en donne le commandement à un général estimé, nommé Manuel. Omar, instruit que cent vingt mille Romains marchent contre les musulmans, monte en chaire, appelle aux armes tous les fidèles, et envoie de nombreux renforts en Syrie. Bientôt les armées furent en présence. Manuel, avant de combattre et de livrer les destinées de l'empire aux chances d'une bataille, voulut tenter la voie des négociations. Dans la conférence qui eut lieu entre les généraux, Manuel vit avec surprise les musulmans s'asseoir sur la terre, et refuser les sièges qu'on leur offrait : « D'où vient votre étonnement? dit Kaleb. Ce gazon «émaillé de ûeurs est le siège que Dieu nous adonné, et surpas- «se en richesse les trône;» les plus magnifiques des chrétiens.i

(^^<^^4i] HÉBAGLIUS. 529

esSarrastns voulaient conquérir, dominer et convertir; ^Romains ne pouvaient ni ne voulaient se soumettre ; la [soi^férence fut rompue , et des deux côtés on courut aux arpour décider par le fer, dans les plaines d'Yarmouze, grande querelle.

C'est aux époques héroïques des nations qu'on voit tou- |ours rintérét privé disparaître devant i'intépét public. Le général des musulmans, Abu-Obéida^ savait que Kaleb lui êXa.it supérieur en talents; sacrifiant son amour-propre à ramour de la patrie, fl lui remit le c(mimandement de l'ar- T£kéey se plaça en arrière, à la tète de la réserve, avec le drapeau jaune de Mahon^et ; et là , entouré de femmes sarrafiined, il ne s^bccupait qu'à exciter Tardeur des braves et à empêcher la fuite des faibles.

lia mêlée fut longue, affreisie; le désir de soutenir la gloire romaine animait une armée , Tautre combattait avec la fureur du fanatisme : la victoire demeura incertaine pendant deux Jours; cependant l'adresse des archers chrétiens faisait pencher la fortune du côté des Romains ; leurs traits , leurs flèches avaient privé de la vie sept cents des musulmans les plus braves. Les Arabes, découragés, commençaient à plier; tout à coup les femmes sarrasines s'élancent en foule, sous les ordres de Kaula, se jettent au milieu des dangers, se placent à la tête des musulmans, leur reprochent leur lâcheté, et raniment leur courage par leur exemple.

L'intrépide Kaula est blessée et renversée ; une autre femme, Oséira, la sauve de la mort en tranchant la tête du Bomain qui la frappait.^e combat recommence partout avec acharnement. Tandis que le succès restait encore douteux , un soldai chrétien , dont un officier romain avait outragé la femme, se concerte avec lesi^ Sarrasins, trompe Manuel par un faux rapport, et lui indique un gué par lequel il peut, dit-il, tourner les ennemis.

Le général tombe dans le piège : il est attaqué à l'improviste ; les plus braves de ses guerriei% sont noyés dans le fleuve; cet échee décide la victoire : les Romains , enfoncés

530 EMPIBB d'oBIBITT. [HMiq

de toutes parts, piunentla fuite et laissent cent mille hommes sur le champ de bataille : les musulmans n'en perdirent que cinq mille (an 635). Manuel, prisonnier, fot conduite Damas, où on Tassassina*

Les vainqueurs marchèrent contre Jérusalem et l'inTeitirent ; tous ces guerriers fanatiques s'écriaient : « Entrons t dans la terre sainte que Dieu nous a destinée. •

Vainement le patriarche Sophrone s'efforça de détouner leurs armes , en les conjurant d'épargner une ville sacrée. « C'est parce qu'elle est sacrée, dit Kaleb, c'est parce qu'elle « est le tombeau des prophètes , que nous sommes les plot t dignes de l'occuper. »

Sophrone consentit à capituler; mais il ne voulut trdter qu'avec le calife. Omar vint rejoindre l'armée; ce fier con* quérant de l'Asie augmentait sa gloire en la revêtant de la simplicité d'un humble pèlerin. Il montait an chameau^ chargé de deux sacs qui contenaient de l'orge, du rie et des fruits; devantlui,ou avait placé une outre remplie d*eau, et derrière un grand plat de bois. Deux ou trois domestiques le suivaient. 11 prenait avec eux ses repas modestes. Apercevant sur la route quelques Sarrasins vêtus de robes de soie, il les ât traîner dans la boue. Sa tente, comme celle d'un Arabe vulgaire, n'était couverte que de peaux de chameaux. On n'y voyait d'autres sièges que la terre.

Le calife promit aux habitants de Jérusalem la vie et fo liberté du culte, ainsi que la conservation de leurs églises: mais il leur défendit tous signes extérieurs, les croix, ies cloches, leur interdit le prosélytisme, les soumit à po^ ter un habit distinctif, leur défendit de parler l'arabe, de porter des armes, les assiy ettit à un tribut , et les força de reconnaître son autorité souveraine.

Omar entra, au mois de mai 658, dans Jérusalem, acooiftpagné du patriarche ; et, après ce triomphe éclatant sur kl croix, il marcha contre Alep, s'en empara et assiégea Antioche.

Nestorius, général romain, défendit vaillamment la capi«

£610^41] HÉBAGLIUS. SS'I

taie de la Syrie; mais enfin, dans une sortie, ses troupes ayant été taillées en pièces, la ville tomba au pouvoir du vainqueur (an 638).

Bans le même temps, Amrou attaquait Gésarée ; le Jeune prince Constantin, après avoir vainement demandé la paix, Inl livra bataille et la perdit. Les Arabes se rendirent mattres de Césarée, de Tyr et de Tripoli ; ainsi toute la Syrie fut conquise en six années.

La Soumission de cette vaste contrée ne la fit point jouir du repos qu'elle espérait; le fléau de la peste, succédant à celui de la guerre, y exerça d'affreux ravages ; cette contagion fit périr vingt-cinq mille musulmans. Le vaillant Kaleb leur survécut peu. Les Sarrasins conquirent ensuite la Mésopotamie : Taccroissement de leur puissance augmentait leur ambition contme leurs forces; le prosélytisme grossissait sans cesse leurs armées. Le plus rapide propagateur d'un culte est un glaive triomphant.

Omar ne cherchait qu'un prétexte pour porter l' Alcoran et ses armes en Egypte. Le plus mauvais des conseillers, la peur, poussa le patriarche Cyrus à lui ùffrtr l'occasion qu'il désirait; dans l'espoir d'éviter l'invasion, il l'appela en pro<» mettant au calife une forte somme d'argent, qu'il lui Ait impossible de rassembler.

Amrou, pour se venger de ce manque de foi, entre en Egypte; et, quoiqu'il ne commandât que quatre mille Arabes, il met en fuite deux armées romaines. Gyrus, égaré par ses frayeurs extravagantes, compromet la dignité impériale, en offrant pour femme au calife une fille de l'empereur : un refus hautain ne lui laissa que la honte de cette proposition ridicule. Péluse et plusieurs villes se rendent ; Alexandrie est asiriégée ; le patriarche menaça Ami*ou du courroux de Dieu et de la vengeance des Romains. Le fier Arabe^ étendant sa main vers la colonne de Pompée, répond grossièrement au pontife : « Nous ne sortirons d'Egypte que lorsque « tu auras avalé ce monument. 9 La résistance d'Alexandrie dura quatorze mois.

532 EMPiafi D'OJtlBNT. [6ld-«&ll

Héraclius voyait avec désespoir no peuple nomade, naguère obscur et presque ignoré, détruire sa gloire, effacer sa puîssance et renverser l'empire. Il n'était pas plus heureux en Oecident : la jeunesse d'Adaloald, roi des Lombards, donnait aux Romains quelque espoir de l'attaquer avec succès; mais Tbéodelinde, sa mère, sut maintenir habilement son autorité.

Quand elle mourut, son fils, déposé par les grands, se réfugia chez r exarque. Arioald s'empara de son trône: l'exarque, au lieu de profiter de ces troubles, ne soutint pas le roi détrôné'; bien plus, corrompu par l'argent d' Arioald, il fit assassiner le duc de Frioul, qui s'était armé contre l'usurpateur.

Héraclius voyant l'Espagne enlevée .pour jamais à son sceptre, l'Italie presque tout entière sous la domination des Lombards, la Syrie, la Palestine, la Phénicie, conquises par les musulmans, et Alexandrie au moment de tomber entre leurs mains, mourut accablé de remords et de chagrins.

Il avait régné trente ans. Ses premiers exploits ressuscitèrent la gloire de l'empire romain ; mais les qualités les plus brillantes deviennent inutiles lorsqu'elles ne sont pas soutenues par la force du caractère. Héraclius jeta un vif éclat tant qu'il fut favorisé par la fortune; mais il ne sut point lutter contre sa rigueur ; et ce conquérant, dont le sceptre parât d'abord si paissant et le glaive si redoutable, abattu par le malheur, tomba sans gloire, ne laissant après lui qu'une renommée ternie et un trône brisé.

Son premier fils, Héraclius Constantin, né d'Ëudoxie, avait vingt-huit ans;. Héracléonas, fils de IVfartine, était âgé de dix- neuf. L'empereur, au moment d'expirer (an 64^), décida qu'Us régneraient tous deux sous la tutelle de l'impératrice Martine.

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