‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 44 sur 52 · CONSTANTIN III, HÉRACLÊONAS, CONSTANT IL · texte numérisé non relu

CONSTANTIN III, HÉRACLÊONAS, CONSTANT IL

(An de J.-C.6«l.)

Bégence de l'impératrice Harline, rejetée par le peuple. — Constantin III est empe* rcnr. — Son aTengle confiance dans Philagre. — Mission de Valentin, écnyer de Philagre. — Mort de Constantin, après trois mois de règne. — Usurpation d*Héracléonaa, fils de MartiAe. — Eiil de Philagre. — Rérolte des armées en faveur des fiU de Constantin. •» Constant II est couronné. — Valentin est nommé césar. — Hort de Martine et d'Uéracléonas. — Uorl de Valentin.

Les limites de Tempire se rétrécissaient tous les jours, et plus il s'était abaissé, plus les empereurs avaient élevé leur pouvoir. On ne consultait plus, pour donner le sceptre, ni le sénat, ni l'armée ; on se contentait seulement, pour la forme, de rassembler la multitude, de lui faire quelques promesses, de lui lire les dernières volontés du prince qui venait de mourir, et de lui montrer son nouveau maître. •

Mais le despotisme affaiblit sa base en s'élevant; bientôt il n'a plus pour appui que la roue mobile de la fortune ; et dès qu'elle chancelle, il tombe sans secours, parce qu'il existait sans soutien.

Après la mort d'Héraclius, l'impératrice Martine convoque le peuple, fait lire en sa présence le testament de son époux, et déclare qu'en vertu de cet acte, les deux princes vont régner sous sa protection. Elle s'attendait à des acclamations, elle n'entend que des murmures : partout on s'écrie qu'on ne peut opposer aux terribles Arabes une impératrice et un enfant, qu'il faut éviter les malheurs de la Perse, qu'une faible reine a laissé envahir par les musulmans, et que les Romains, accoutumés à saluer du nom d'empereur un général victorieux, s'aviliraient en se laissant gouverner par une femme. Tel est le peuple : servile dans les temps de prospérité, séditieux dans les jours de revers.

Martine, dont le dessein était d'abord, dit-on, de régner

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seule, se voit forcée d'appeler les princes; elle désirait au moins qu'on choisît pour empereur son fils Héracléonas. qu'elle était certaine de gouverner. Mais le peuple préféra et proclama le ûls d'Ëudojde, Constantin, que déjà l'on avait vu plusieurs fois signalant son courage à la tête des armées.

Les fatigues de la guerre avaient affaibli la santé et le eftractère de ce prince; il donna sa confiance au trésorier de l'empire, Philagre, homme cupide, qui l' égara par de funestes conseils. Il fit déterrer son père Héraclius, afin de prendre dans son tombeau une couronne d'or qu'on y avait déposée ; il força le patriarche Pyrrhus à rendre une forte somme d'argent remise entre ses mains pour l'entretien de l'impératrice ; ces premiers actes de son règne inspirérèrent au peuple pour le monarque autant de crainte que de mépris. i

Il avait deux fils, Constant et Théodore. Philagre lui conseilla de les recommander à la bienveillance des armées. Yalentin, écuyer de Philagre, fut chargé de cette mission .l)ans toutes ces démarches on voyait avec peine une faiblesse, prélude ordinaire de la tyrannie, et présage presque certain des plus grands malheurs pour les peuples. Mais Constantin n'eut pas le temps de justifier ces craintes ou de réparer ces erreurs. Après trois mois de règne, il mourut. On crut généralement que Martine et Pyrrhus l'avaient empoisonné.

Héracléonas, dirigé par sa mère, s'empare du ti'ône, gagne la garde par des largesses, et renvoie dans Alexandrie le patriarche Cyrus, qu'Héraciius avait déposé pour le punir de sa lûclie conduite avec les Arabes. Philagre fut exilé à Ceuta en Afrique.

Cependant Yalentin rappelait aux armées les droits des fils de Constantin : elles se révoltèrent eu leur faveur ; et le peuple de cette province, informé de leur rébellion, se souleva, exigeant à grands cris que l'on cédât le sceptre à Constant. La garde veut en vain résister ; la multitude armée se ré-

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pand dans les mes, parcourt en fureur la ville, menace le palais et livre la cathédrale au pillage. L'impératrice, trem»blante, consent à couronner Constant, et le patriarche Pyrrhus fuit en Afrique.

Valentin arrive à la tête des troupes, lève le masque et découvre ses ambitieux projets : il avait paru d'abord ne s'armer que pour remettre Constant sur le trône ; mais 11 exige alors qu'on le nomme lui-même césar, et qu'on lui donne le commandement de la garde : Martine et son fils eurent la faiblesse d'y consentir.

Cette lâcheté ne fit que rendre leur perte plus certaine et plus prompte. Valentin (car Constant, âgé de onze ans, n'avait que le titre d'empereur), Valentin fit arrêter Martine et Héracléonas ; il les accusa d'empoisonnement ; le sénat les jagea et les condamna. La mère et le fils furent cruellement mutilés; ils terminèrent leurs jours dans l'exil et dans l'obscurité.

La régence de Valentin fut pour l'empire une époque de honte et de revers. Il ne jouit pas longtemps du titre de césar. Aspirant à celui d'empereur, il excita, trois ans après, une émeute populaire, et y périt égorgé par la garde de son pupille.

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