V, SI
542 EBGPIBS B'oftISNT. [641418]
mois avec courage, enfin les rebelles escaladent les leonparts; Mahomet, à leur tête, entre dans le palais d'OfluBun, et lui plonge son cimeterre dans le sein.
Bans ce moment le calife, âgé de quatre-vipgt-deux ans, lisait avec dévotion TAlcoran. Le tumulte de rassaHt,le bruit des armes, l'approche du fer, ne parent détourner ses regards fixés sur le livre sacré : la mort seule fit cener sa prière.
Les meurtriers élevèrent au ealifat Ali, gendre du Vnpbète ; mais la célèbre ATscba, veuve de Mahomet, toiymus ambitieuse et toujours puissante, se déclara pour Moavia, qu'elle soutint à la tête d'un parti nombreux.
Les deux factions se livrèrent un combat sanglant : Als> cha, montée sur un chameau, parut au premier rang de ses guerriers. Dix-sept mille Arabes périrent dans cette mêlée : Ali demeura vainqueur. Aïscha fut prise; mais le respect dm musulmans environna dans les fers la femme chérie du Prophète : elle finit ses jours à Médine, tellement vénérée fôf captive, elle semblait encore commander.
Moavia , résolu de soutenir ses droits et de veng^ Ift mort d'Othman, vint avec quinze mille guerriers combattre Aii, qui en rassemblait vingt-cinq mille sous ses drapeaux. Ces deux armées semblaient animées de la double foreur de Tambition et du fanatisme; des hommes si intrépides auraient conquis l'Europe : heureusement ils* se déchirèrent entre eux.
On assure qu'ils se livrèrent, dans l'espace de trois moi*, quatre-vingt-dix batailles. Un dernier combat, le plus affreux de tous, et qui eut lieu dans les ténèbres de la nuti, termina cette quetelle : des deux côtés rachalrnement était au comble ; on combattait corps à corps; un profond silence rendait le carnage plus horrible; chacun donnait ou recevait la mort sans proférer un cri, sans pousser un gémissement. Enfin, lorsque les premiers rayons du soleil éclairent ce champ de meurtres, où l'on cherchait plus à s'exterminer ^u'à se vaincre, Moavia fait élever l'Alcoran sur quatre pi-
tG&l.-668] CONSTANT II. 543
ques, et s'écrie d'une voix forte : « Que ce. livre saint juge entre nous. »
A ces mots, la fureur s'éteint, la piété se ralluihe, les elnijpterres s'arrêtent, le combat cesse. Les deux partis nomment des arbitres, et cherchent dans TAlcoran le jugement
de Dieu.
L'influence d'Amrou décide l'interprétation; les arbitres
prononcent en faveur de Moavia ; le fier Ali rejette leur arrêt, en appelle à son glaive et défie Moavia en combat singulier.
« Le bras d'Ali, répondit celui-ci, est plus fort que le a mien : il a toujours tué l'ennemi qui l'a combattu; mais « c'est la tête la plus forte qui doit régner, et je régne efl « vertu d'un jugement irrévocable. »
La guerre recommença : Moavia s'empara de la Mecque fet de Médine ; cette guerre civile laissait respirer les ennemis de l'islamisme, et moissonnait les plus braves guerriers. Trois musulmans , indignés de ces troublés qui ruinaient l'État, espèrent les terminer en tranchant les jours des trois chefs dont Topiniâtreté prolongeait les malheurs publics : la méprise d'un meurtrier sauva de leur fureur l'intrépide Amrou,^ Moavia ne reçut qu'une blessure qui le rendit eunuque ; Ali seul tomba sous les coups^tles conjurés ; il fut assassiné dans la mosquée de Kufifa.
L'Arabie reconnut pour calife son fils Hasan ; mais celui-ci, moins ambitieux que son père, céda le trône à Moavia, qui lui promit de grands honneurs, des terres considérables et une forte somme d'argent. Lorsque tout fut signé, Moavia, suivant la morale des tyrans, dit : « A pré- « sent que je suis revêtu du pouvoir absolu, je révoque les « conditions du traité; on abat l'échafaud quand Tédifice « est bâti. » Hasan mourut empoisonné. Moavia, paisible possesseur du sceptre et de Tencensoir , établit le siège de l'empire à Damas, et devint le chef de la dynastie des Ommiades, qui dura près d'un siècle ; celle des Abbassides lui succéda.
544 EMPIRE D ORIENT. [6âl-66S}
Mahomet s'était vanté de réunir tous les esprits sous la fol d'un dogme simple, et d'éviter les députes puériles qui divisaient alors les hommes, et produisaient partout tant de discordes, de schismes et d'hérésies. Le législateur arabe se trompa, et, à la mort d'Othman, les différentes versions il interprétations de l'Alcoran étaient si nombreuses, qu'elles pouvaient, dit-on, faire la charge de deux cents chameaux.
Un synode, nommé par Moavia,'les réduisit à six livres, et jeta le reste dans la rivière ; ces six livres donnèrent tou- .tefois lieu aux disputes opiniâtres de soixante-douze sectes, dont deux existent et se combattent encore de nos Jours : Tune, celle d'Omar, domine chez les Turcs; l'autre, celle d'Ali , a pour partisans les Persans , les Tartares et les In- • diens.
La raison et l'autorité peuvent mettre fin aux disputes des hommes sur les objets matériels et sur des intérêts terrestres; mais leurs querelles sur les intérêts célestes et sur les questions métaphysiques, qu'ils ne peuvent comprendre, furent, sont et seront partout aussi opiniâtres, aussi interminables qu'inutiles (658-659).
L'empereur Constant profita du repos que lui laissait la discorde de ses ennemis; ses revers passés firent entrer dans son esprit une lueur de raison; il se raccommoda avec le pape Vitalien, se mit à la tête d'une armée, fit la conquête du pays des Slaves, nomma césars deux de ses fils , Héraclius et Tibère, équipa une nouvelle flotte pour combattre les Sarrasins, et rassembla assez de troupes dans l'Orient pour inspirer quelques craintes à Moavia. Ce calife, dont la guerre civile avait épuisé les forces, conclut la paix avec l'empereur.
Les historiens grecs prétendent même qu'il se soumit à lui donner chaque jour un esclave, un cheval et mille pièces d'or. Les auteurs arabes traitent de fable ce récit, dicté par la vanité grecque.
Constant, toujours attaché à son hérésie, fit assassiner son frère Théodore, qui était prêtre et ne partageait pas son
rt
Sl6Ai-6683 GONSTAINT II. 545
opinion : le remords suivît le crime et empoisonna le reste cle la vie de Tempereur (an 66^).
Ce fat dans ce temps que Grimoald y duc de Bénévent, usurpa la couronne de Lombardie. Elle était partagée entre Pertharit et Gondebert, fils du roi Aripert : l'un résidait à Milau, l'autre àPavîe. Gondebert voulait r^nerseul; Tam* bition lui fit commettre une de ces faites qui perdent les États : il s^appuya d'un secours étranger; il invoqua Tâppui de Grimoald. Celui-ci, laissant son fils Romt^ld à Bénévent,^s'avança vers Milan sous le prétexte de secourir son allié, mais dans Tintention de détrôner les deux frères. Un . traître^ aposté par lui; inspire des soupçons à Gondebert, et lui conseille, pour sa sftfeté, en allant au-devant "dé Grimoald, de porter une cuirasse et un poignard flfons sa robe. Le perfide duc l'embrasse, et lorsqu'en le pressant il sent ^ qu'il est armé, il feint de croire qu'on lui tend un piège, tire son épée, et l'enfonce dans la gorge du prince.
Le meurtrier hérite de sa victime; l'épouvante saisit tous les esprits. Pertharit, consterné, fuit de Milan; il y laisse sa femme Rodelinde et son fils Cunibert, qui furent enfèrAés à Bénévent. ' ^
L'usurpateur épousa la soeur des deux frères qu'il venait de dépouiller. Parvenu au trône par un crime, il surprit toais Tfc ses sujets en les gouvernant avec une telle éouceur qu'il se concilia leur affection. Pertharit lui-même, qui s'étaitréftigié chez le kan des Avares, trompé par les promesses de Grimoald, quitte son asile, rentre en Lombardie, vient à L5di , y est reçu honorablement, et arrive enfin dans Pavîè., A sa vue l'amour des habitants éclate et se manifeste par des transports de joie! L'artificieux Grimoald l'embrasse, le traite comme un frère, jure sa perte, et se décide à te faire aaréter fa nuit, dans l'ivresse d'un festin.
Pertharit, sans défiance, avait invité tous ses ami» à souper dans son palais; un domestique fidèle l'avertit du complot tramé contre lui : le prince feiût d'être accablé par le vin et par le scnnmeil; il laisse ses convives à table, et se
«fk«
346" BMPIRB b'oBIBNT. C6&i-Ml