‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 49 sur 52 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

CONSTANTIN IV, dit POGONAT.

(Ans de J.-G. 668-685.)

Élection de Myris l'Arménien. — > Conduite de Constantin à Pégard de Hyris.— Mort dé Myris. — névolte en faveur d'Héraclius et de Tibère. — Mort des ré- Toltét. •— Éclat de l'empire det musulman» sous Moayia. — Eiploits.d'Oueba. —

550 BMPIBB b'oKIBNT. [(MMttl

f (fidaMoB d« I^ Tille d« GarroitB pfr Q^oba. — Hkfpêfie et féistégc«tioB 4'Oecba.

— Saf nonreaiix soccès. — Bntreprise de Kacilé. — DéTOoement de Dinar.— Bataille entre Oncba et Kacilé. — Mort d'Oacba. — Béyolation en Lombardie. — Siige du GoiiatantiiiQple, par Hoifia. -««ioTeation du fen gré^eoia, par CaUini^.

— LeTée du aiége. — Défaite des.àrabei. — Paix entre 1^ calife et Temperear. — Inyasion des Maronites. — Paix entre eax et le calife. -^ Inyasioii des Bolgares.

— Leur yictelra sir les Bomains. — Paix entre eux et renaperear. — Q«ei«Qes leligieiiaes. — Vort de Voeria^ — Bègae t;ranniq«e de son Sla Tési4. — iMeadie de la mosquée. — Mort de Yésid. — Moayia, fils de Yésid, refase la couroBBC.

— Supplice et mort d'Omar. — Mort de Moavia. — Discordes de ses sveoestean. — . Mort de GoastantUi.

Dès qae la nouvelle de la mort de Constant fut répandue dans Syracuse, les principaux officiers de Tannée, eraignaat que son fils ne vengeât sur eux son trépas, reyétirent de la pourpre un Arménien nommé Myris; et, ce qu'on aurapdne à croire, o*est que dans une affaire si grave ils se ecmdair sirent plutôt en artistes qu'en conjurés : le maintien majes^ tueux, la régularité des formes, la beauté de la figure de MyrIs, furent les seuls titres qui réunirent leurs suffrages en sa faveur.

Constantin, fils de Fempereur assassiné, apprit à Constant inople cette élection; comme il était digne du trène,^il ne fut point découragé par cet événement : associé par son père à l'empire, lien prit hardiment les rênes. La plus grande partie des forces de cet empire se trouvait alors en Sieile, en Afrique, et sous les drapeaux de l'usurpateur. Constantin, avec cette rapidité qui crée les ressources et assure les succes, lève des troupes en Asie, en Grèce, en Italie, en Sardaigne, en Afrique même, équipe une flotte, s'embarque, arrive à Syracuse, frappe les rebelles d'épouvante, se fait livrer Myris, ainsi que les principaux conjurés, et envoie leurs têtes à Constantinople.

L'un d'eux, le patrice Justinien, excita seul de Justes regrets : ce guerrier, dont on estimait les vertus et le courage, avait été porté à la révolte non ps^r ambition, mais par la haine que lui inspiraient les vices de Constant. Grermain, son flte, voulut le venger ; son complot fut découvert ; l'empereur le fit mutiler. Il fut, dans la suite, patriarche de Gob-

t66Ô-685] CONSTANTIN IV. 35^

j^tantmople, et se rendît célèbre par sa résistance, lorsque T-empereur Léon voulut proscrire le culte des images.

Après avoir soumis les rebelles et affermi son sceptre, Constantin revint en Orient, justement satisfait du pape Vitalien, qui l'avait secondé puissamment dans cette brillante expédition. De retour à Gonstantinople, il rendit les derniers honneurs à son père.

En toute autre circonstance, son courage et son activité auraient suffi pour assurer son repos; mais l^empire se trouvait alors sur la pente d'un précipice, il était devenu impossible de le remonter; tout ce qu'on pouvait faire était de retarder sa chute. Les vaisseaux de l'empereur avaient à peine quitté la Sidte, que les Sarrasins, appelés par quelques traîtres, y parurent et y débarquèrent ; on leur opposa peu de résistance ; ces Barbares la dévastèrent, s'emparèrent de Syracuse , et emportèrent dans leurs mosquées tous les chefsd'œuvre des arts dont tant de siècles et de triomphes avaient enrichi cette antique cité (an 669.)

Tandis que les armes des Arabes ravageaient les frontières de l'empire, il était déchiré au dedans par des troubles civilS'. Héraclius et Tibère, frères de l'empereur, décorés par lui du titre d'augustes, peu satisfaits d'un vain nom, se plaignaient de n'avoir aucune part au gouvernement ; plusieurs corps de milice, gagnés par eux, se révoltent en leur faveur : par un mélange à la fois coupable et ridicule de crime et de superstition, ils prétendent « qu'ainsi qu'on voit la Trinité ré- « gner dans le ciel, l'empire doit être gouverné par trois « empereurs.*»

Constantin, opposant la dissimulation à l'hypocrisie, écoute avec calme leurs audacieuses réclamations, leur dit que, sur une affaire si importante, il est nécessaire de consulter le sénat : il invite tous les chefs de la sédition h quitter leurs drapeaux et à paraître avec lui dans l'assemblée qu'il convoque. Dès qu'ils ont passé le détroit, il tombe sur eux, à la tète d'une garde fidèle, et les fait tous pendre le long du rivage (an 669) .

352 BMPiJUS d'obieri;. ^ («08485]

L'ignorance, la barbarie, la superstition , qui régnaient alors dans FOrient, paraissent peu s'accorder avec les lamières du cbristianisme, et l'on yplt d'abord avec étouBement que cette religion, qui depuis civilisa tant de nations sauvages, n'ait pu, depuis Théodose, empêcher les Romains et les Grecs de tomber dans les ténèbres de la barbarie. On serait même tenté, au premier coup d'oeil, deKaccuser de cette décadence ; mais pour se garantir de cette erreur, il suffit d'observer que si Rome et la Grèce avaient conservé leurs noms, il n'y existait réellement plus de Grecs et de Romains; les armes, les emplois, les dignités, la domination, étaient tombés depuis longtemps dans les mains dés vainqueurs de ces peuples amollis.

La cour, l'armée, l'Église, étaient peuplées de Goths, de Vandales, de Sarmates, de Lombards, de Francs, d'Arméniens, de Perses; la barbarie avait filtré de toutes parts dans l'empire, aucune force ne pouvait résister à ce torrent, qui partout éteignait la lumière et changeait les mœurs.

Pendant ce long orage, les princes^ occupés à soutenir pé- ' niblement leur couronne chancelante, accumulaient vainement les lois contre ce débordement de vices. Gouvernant des hommes qui ne respectaient plus la justice, ils ne voyaient d'autres moyens, pour conserver leur pouvoir et leur vie, que l'ati^ocité des supplices, la bassesse des fourberies ou la lâcheté des plus honteuses et des plus dangereuses concessions.

Tandis que l'empire romain offrait au monde le triste spectacle de sa décrépitude, celui des musulmans brillait, dans sa jeunesse, du plus grand éclat ; sa force croissante menaçait de tout envahir : du fond de la inosquée de Damas, Moavia, pontife et roi, gouvernait l'Asie, dominait en Egypte, couvrait l'Archipel de ses flottes, dévastait la Sicile, effrayait Constantinople, et se préparait à conquérir totalement l'Afrique (an 670).

Oucba, envoyé par lui avec dix mille cavaliers dans cette vaste contrée pour y étendre la puissance du califat et In

£668-685] CONSTANTIN IY« "*'' 596

doctnne de Tislamiiine , s'avance comme la foudre , repudanl partout la mort et FAlcoran; il s'empare de toute la Birène, envoie quatre-vingt mille prisonniers en Egypte, et pose à quarante lieues de Garthage, près d'une forêt, sur le penchant d'une montagne fertile, les fondements de la célèbre ville de Gaïroan. Il la fortifia, et pendant longtemps • elle fut la capitale nouvelle de l'Afrique et la résidence des lieutenants que Iqs califes &tïmites y envoyaient.

On n'y suivit point les maximes sauvages du farouche Omar. Cette ville fut un asile pour les sciences et pdur les lettres, bannies du reste du monde ; on y vit une académie renommée; et ce qu'on n'aurait jamais cru, lorsque les ténèbres s'épaississaient sur Tmiivers chrétien, les Arabes seuls conservèrent alors et éten^rent i^ dépôt de lumières que détruisirent depuis, dans l'Orient, les Turcs leurs vainqueurs. La gloire d'Oucba, excitant la jalousie, lui attira une courte disgrâce ; les revers de son successeur. Dinar, forcèrent le'calife à lui rendre son commandement.

Il poussa ses conquêtes jusqu'en Numidie, tailla en pièces àeux armées romaines, traversa la Mauritanie, attaqua Tanger, dont le gouverneur se soumit honteusement, força les passages du mont Atlas, porta ses armes jusqu'aux extrémités du royaume de Maroc, où les Romains n'avaient jamais pu pénétrer, épouvanta par son intrépidité les féroces habitants de ces contrées sauvages, et ne fut enfin arrêté dans sa longue course que par l'Océan (an 670).

A la vue de cette mer immense , le fougueux guerrier , poussant son cheval dans les flots, agitant son cimeterre, et tournant ses regards vers le ciel, s'écrie : « Dieu puissant 1

• sans cette barrière que tu m'opposes, j'irais forcer d'au- « très nations, qui t'ignorent, à n'adorer que toi, ou à;nod-

• rir. • • .

Oucba éprouva le sort de tous les conquérants : ce tor* rent, rapide comme la foudre, n'en eut que la durée ; ses succès lui firent mépriser les vaincus. Il dissémina ses troupes dans ce vaste pays, et ne garda près de lui que cinq mille

Imnmes. Les Romains tremblants n'osaient sortir des for* leresses où ils s' étalent enfemnés. Un prince manr^ de la nation des Berbers, qu'on nommait Kaeilé, entreprend senl de délivrer F Afriqne. *

Les légions n'avaient plus de ebef ^ il leur propose de les -eommunder, réveille leur courage, les rassemble^ et, à la tète de cent milie hommes, mavcbe avec rapidité sur Caïroan. ' Le musulman ]>inar, autrelois esclave, ensuite général, depuis déplacé et emprisonné par Oucba, apprend au fond dosa prison les projets et la marche de Kncilé ; il en Informe son général, qui le fait venir en sa présence. « Généreux « esclave, lui ditOucba, sans moia Imprudence, ton avis au- « rait sauvé les musulmans ; en les dispersant, Je les al per- « dus. I0 te rends la libetté; cours en Arabie pour chercher 6 de nouvelles forces qui relèveront l'empire du Prophète : « moi, Je vais mourir; il n'est pas permis à un général mu- « sulman de fuir devantdes chrétiens. 0

« Je suis digne, répond Dinar, de la liberté que tu me « donnes. Tu sais que Je te bais; mais J'aime la retigtonetia « gloire : incapable de fuir les infidèles, malgré l'aversion t que tu m'inspires, Je mourrai avec toi. »

Aussitôt ces ûexa. guerriers fanatiques , à la tête de cinq mille Arabes aussi intrépides qu'eux, courent au-devant des cent mille Romains et Maures que conduisait Kucilé. A la vue de l'ennemi, ils brisent et Jettent les fourreaux de leurs sabres; les soldats imitent leur exemple; ils s'élancent avec la fureur du désespoir sur l'armée innombrable qui les entoure, quf les presse, qui les accable ; tous ne songent qu'à donner la mort, aucun ne cherche à l'éviter; ils signalent leur fin glorieuse par le plus affreux carnage; nul d'entre eux ne se rend; ils succombent entourés de victimes, et cette bataille ne finit qu'avec le dernier soupir du dernier mustdman.

Le général sarrasin expira sur un monceau de cadavres immolés par son cimeterre. Le champ qui fut son tombeau, conserve le souvenir de sa valeur héroïque : on l'appelle en-

C«69-aS5] CONSTANTIN IV. 95&

eore le champ d'Oucba; et si le9 sectateum de Mahomet avaient eu des historiens comparables à cenx de la Grèce, la gloire du champ d'Oucba eût peut-être égalé celle des Thermopyles.

Cependant la Justice gravée dans le cœur des hommes aurait toujours attaché un plas noble intérêt au sort de ces généreux Grecs, mourant pour défendre leur patrie et leur Mberté, qu'à celui de ces guerriers farouches qui ne cher» ehaient la mort que pour étendre dans des flots de sang le fanatisme d'un imposteur et la puissance d'un despote.

Ce fut à cette époque (67H ) que la Lombardie devint le théâtre d'une nouvelle révolution. Son ancien roi, Perthaïi*, y rentra soutenu par les Francs , et renversa du trône le faible Garîbald , qui n'avait ni les vices ni les grandes qua* lités de son père Grimoald.

Le duc de Bénévent, Romuald, ne défendit point son frère; 11 renvoya même au roi vainqueur sa femme Rodelînde et son fils Cunibert. Pertharit régna seize ans , et vécut en paix avec l'empereur et avec son exarque. Dans ce même temps l'archevêque de Ravenne et son clergé voulurent se rendre indépendants du pape; l'empereur Constantin les fit rentrer dans la soumission.

Le calife avait alors résolu la ruine totale de l'empire. Ce redoutable ennemi des chrétiens équipa une grande flotte et une armée formidable qui , après s'être emparées de l'fle de Crète et de plusieurs villes sur les côtes de l'Asie- Mineure, vinrent enfin investir et assiéger Constantinople. L'empire était perdu si le coura^ de Constantin ne l'eût sauvé.

La terreur y précédait les musulmans. L'intrépidité de l'empereur rendit aux habitants de la capitale l'espoir et la fermeté. A son exemple tous les citoyens devinrent soldats ; le génie d'un Syrien nommé Callinique seconda la valeur de Constantin^ et sauva la ville. Il inventa le feu grégeois, feu que l'eau ne pouvait éteindre. On le jetait sur l'ennemi, soit en poudre par des tuyaux dans lesquels on soufflait, soit en liquide que contenaient des globes lancés par des arbalètes

356 £MPIBE B'oRtSNT. [MMeS]

et par des catapultes. Dans la suite, on perdit longtemps le secret de ce feu destructeur. II fut retrouvé en France sous le règne de Louis XVI. Ce monarque généreux autant qu'infortuné défendit à ses ministres d'en faire usage ; il voulue qu'on ensevelit dans une ombre éternelle ce funeste fléau.

L'Ignorance des Sarrasins dansTart de là guerre contribua aussi au salut de Gonstantinople. Fidèles à leur coutame, plus forte chez eux que les lois , ils ne combattaient que l'été, s'éloignaient l'hiver, et perdaient ainsi, en se retirant, le fruit de leurs travaux.

Ce siège fut mémorable par la furie des assaillants et par l'opiniâtreté des assiégés. Chaque jour voyait couler leur sang dans de nombreux combats sur terre et sur mer. Trois anciens compagnon^ de. Mahomet animaient par leur exemple la valeur des jnusulmans. L'un d'eux , Abou-Ajoub, qui avait .donné asile au Prophète lorsqu'il chercha un refuge dans Médine , mourut pendant le siège ; on montre encore son tombeau. C'est près de ce monument, sacré pour les mahométans, que les sultans viennent solennellement ceindre le cimeterre, lorsqu'ils montent sur le trône ottoman.

Indigné de la résistance des chrétiens, Yésid, fils de Moavia , vint prendre le commandement de l'armée. On redoubla d'efforts; les assauts furent plus fréquents et n'eurent pas plus de succès; pendant cinq ans Constantinople, investie et séparée du reste du monde, ignora ce qui s'y passait. Aussi les historiens grecs ne nous ont transmis presque aucun des événements de cette époque.

Enfin, en 679, les Arabes , fatigué» de combats, accablés de lassitude, découragés par la résistance de l'empereur, levèrent le siège. Une tempête dispersa leurs vaisseaux. Leur armée de terre était affaiblie par tant d'inutiles assauts ; les généraux de Constantin, Florus, Pétionas et Cyprien, la poursuivirent, Tatteignirent dans sa retraite et la taillèrent en pièces. Le calife , consterné par ces revers, conclut la paix, et se soumit à payer un tribut annuel de trois mille livres d'or, de cinquante esclaves et de cinquante chevaux

tQe8-685] CONSTANTIN IV. 557

d^e race arabe; étrange association qui peint les mœnrs, en rangeant sur la même ligne les hommes et les animaux I

Ce dénoûment imprévu d'une guerre si désastreuse couvrit de gloire Constantin. Le klm des Avares, le roi des Lombards et le duc de Bénévent sollicitèrent soa amitié. On appelait ce prince Pogonat ou le Barbu, parce qu'étant parti de Gofistantinople jeune et iinberbe, il y était revenu Tannée d'après portant une barbe épaisse.

Il y a toujours dans la gloire le plus légitimemeat acquise quelque mélange de fortune; un ennemi nouveau, qui menaçait alors les Sarrasins, ne contribua pas moins que le courage de Vemperetir à sauver l'empire.

Au milieu des forêts presque inaccessibles qui couvrent les montagnes du Liban, un peuple fier et belliqueux s'était rendu indépendant ; il portait le nom de Maronites. Ces sau<- TBges guerriers firent alors de fréquentes invasions en Perse, ei^ Syrie , en Arabie , portant -partout le ravage et la mort. Ils rendirent avec usure aux Sarrasins tous les maux qu'ils avaient faits aux Romains depuis quelques années. La crainte de leurs armes et la nécessité de les repousser décidèrent le calife à la paix. De nos jours on voit encore dans ces contrés les Maronites devenus catholiques, et placés sous la protection nominale du sultan.

L'empire, entouré d'ennemis, ne pouvait longtemps rester en repos ; ses frontières furent envahies par les Bulgaresfan 67fl) : autrefois vaincus par Théodoric sur les rives du Borysthène, il les transporta au delà du Danube ; ces Bar^ bares toujours errants s'étendirent dans la Dacie, dans les deux Pannonies, et sur les bords du Pont-Euxin.

D'abord unis par alliance aux Esclavons Avares, ils se brouillèrent avec eux, furent battus, chassés, et demandèrent un asile à Dagobert, roi de sFrancs.Ce prince les trompa, les attira dans un piège et en fit égorger neuf mille. Ils revinrent dans l'Orient. Justinien arrêta leur course, et ils se soumirent au kan des Avares. Sur la fin du règne d'Héra- .ciitts, leur roi Guprat se rendit indépendant , chassa les

358 BMPIIB D'OBIBIfT. [eilMê&l

Avare% et obtint dao^ Fempire la dignité de patries.

Ses fils partagèrent ges conquêtes : Tainé s'établit près du Volg^ le second sur les bords du Tauaïs, le quatrième en Pannonie, le cinquième en Italie avec les Lombards. Le troisième fut le plus célèbre : on le nommait Asparuch ; il fonda le nouveau royaume des Bulgares, qui, pendant trois siècles, désolèrent l'empire par des guerres continuelles..

Ce prince ûxa sa résidence près des bouches du Danube. Les Bulgares furent accusés par les Grecs de la plom féroce cruauté et des vices les plus infâmes. Aussi leur nom, en s'altéfanty est devenu et resté une injure grossière.

L'empereur conduisit son armée contre eux; mais nne attaque de goutte l'ayant obligé à s'éloigner de son camp, son départ fit croire aux soldats qu'il prenait la fuite. Anssitôt une terreur panique saisit les légions ; en vain leurs diefs veulent les raUier, elles se débandent et se dispersent; les Bulgares, qui d'abord avaient été effrayés de leur approche, se rassurent, les poursuivent, en font un grand carnage, s'emparent de la ville de Varna, inondent, dévastent les contrées voisines, et s'établissent dans une position près* que inexpugnable, couverte au midi et à l'occident parle mont Hémus , au nord par le Danube , et à l'orient par le Pont-Euxin.

De 1& ils étendent leurs ravages dans la Thrace, accroissent -leurs forces en s'incorporant sept hordes de Slaves, et oon» traignent l'empereur, qui n'avait plus d'armée, à leur payer un tribut annuel pour acheter la ^ix.

Le bruit des armes et les dangers d^ l'empire ne suspendaient pas les querelles religieuses., L'Orient était toujours divisé par l'hérésie des monothélites ; les patriarches de Gonstantinople et d'Antioche la soutenaient ; tout l'Occident la rejetait, et persistait à connaîtra deux volontés et deux natures en Jésus-Christ.

L'empereur voulut prcdlter de la paix pour rétablir la coneorde dans l'Église (an 680); le pape Donus, dans le dessein de le seconder, lui envoya des légats, et lui éeiivit une lettre

l<^^fgg^^ > CONSTANTIN IV. 5S9

qui prouve la rapidité des progrès que faisaient alors en Occident l'ignorance et les ténèbres. « Ne vous attendez pas, « disait-il, à trouver dans nos légats F éloquence séculière, « ni même la science parfaite des Écritures; comment, au « milieu des horreurs du pillage, des malheurs, des invasions, 0 et au bruit perpétuel des armes, nos prélats, forcés de ga- « gner leur nourriture par le travail de leurs mains, auraient- « ils pu acquérir et conserver quelques lumières? Le patri- « moine des églises est envahi par les Barbares ; tout ce que « nos pontifes ont pu sauver, c'est le trésor de la foi : ils la « gardent dans la simplicité de leur cœur, telle que nos pères « l'ont transmise, sans y rien ajouter et sans en rien retran- « cher. »

L'empereur convoqua dans son palais le^ixième concile général ; cent soixante-cinq évéques y condamnèrent en sa présence les monothélites et la mémoire du pape Hono» rius.

Cette même année (680), le chef de la dynastie des Om» miades, le calife M<miiia, mourut ; parvenu au trône par la perfidie; il s'y maintint par la justice, se rendit célèbre par son habileté, par ses conquêtes, et se fit chérir par sa clémence. Lorsqu'il était encore jeune, le prophète Mahomet, devinant son génie, lui avait prédit ses grandes destinées. Avant lui, le trône des califes était électif; il le rendit héréditaire.

Son fils Yésid lui succéda; son incapacité le rendait peu digne du sceptre. Mais il devint surtout méprisable aux yeux des musulmans, parce que, violant leurs lois et leurs mœurs, il s'adonnait au vin, aimait la musique, et portait des vêté> ments de soie. Ses exploits se barnèrent à la conquête de la Buckarie ; marchant sur les pas des tyrans, il déshonora sa propre sœur, et condamna au supplice plusiews illustres gé* néraux.

Indigné de ses excès, un rebelle nommé Moctar lui enleva la Perse; Médine se révolta contre lui. Mahomet avait menacé de la vengeance céleste tous ceux qui porteraient

560 BMPIBE d'oAIENT. t,^<

leurs armes profanes sur la cité où il avait trouvé un asile ; Yéftîd, méprisant cette défense, attaqua Médine, la prit et la livra au pillage.

La Mecque s'était déclarée pour les rebelles ; Yésid l'assiégea et ne put s'en rendre maître ; mais^ avant de se retirer, il lança sur la célèbre mosquée de Mahomet des feux qui la consumèrent.

Ce prince, cruel et irréligieux, mourut en 683, après trois années de régne. Son iils Moavia, dévot musulman, était appelé à monter au trône. Ayant consulté Omar sur la eonduite qu'il devait suivre : a Règne avec justice, lui répondit celui- « ci, ou renonce à la place de vicaire du Prophète. »

Le scrupuleux calife, plus effrayé du poids de la couronne que tenté de son éclat , rassemble le peuple et lui dît : « Mon « aïeul Moavia a usurpé le trône, mon père Yésid ne s'en est • pas montré digne, et moi je ne veux pas répondre de vous, « quand je paraîtrai devant Dieu ; donnez le califat à qui vous « voudrez. »

Les princes de lef famille des Omm«ades, furieux de se voir en danger ^e per.dre son héritage, attribuèrent l'abdication de Moavia aux cons^s d'Omar; ils se jetèrent sur lui et k brûlèrent tout vif. Ils voulaient forcer Moavia à régner. La peste termina cette lutte et ses jours.

Deux concurrents se disputèrent le trône :. Mérouan, de la maison des Ommiades, s'empara de Damas et de l'Egypte; Abdalla, étranger à cette f^naiUe, resta maître de l'Arabie, de l'Irak et de la Syrie.

Mérouan, vaincu par Abdalla, mourut de la peste ; son fils Abdoulmélic soutint se^ droits et reprit la Mecque; mais Abdalla, secondé par Moctar, Lui disputa aeuf ansla couronne.

Ces discordes, en occupant et en affaiblissant les Arabes, assuraient pour quelque temps la tranquillité de l'empire; Constantin, dont la santé dépérissait, crut qu'il devait affermir le pouvoir de ses enfants, Justinien et Héraclius, en les plaçant sous la protection de J'Église qu'autrefois ses prédéce68eai*8 protégeaient. U fit couper leurs cheveux qu'il en-

£685-694] JUSTTNIEN II. 56-1

voya au pape Benoît II, comme un gage de leur soumission à leur père spirituel.

Bans l'année C85, une dyssenterie termina les jours de Constantin. Son règne dura dix-sept ans et ne fut pas sans gloire. Il retint Tempire sur les bords de sa ruine. La division de cet empire fut cliangée par ce prince; il le partagea en vingt-neuf thèmes ou portions: T Orient en contenait diX; sept, et l'Occident douze.

Page 1