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CHAPITRE XXIV

JUSTINIEN IL (Àof de J.-G. 685-694.)

Règne de Jattinieo II, fils de Constantin — Succès de Léonce, généralissime. — 8n perfidie à Pégard des Maronilés. — Gaerre avec les Bulgares. — Défaite et fuite de Jttstinien. — Invaiion des Sarrasins en Afrique. — Leur défaite. — > Règne d'Abdonhaélic en Arabie. — Première monnaie musulmane. — Guerre entre Justinien et le calife. — Défaite et fuite de Justinien. — > Son horrible tengetnce. •— Établissement en Arabie d'un impôt dit la Karach. — Haine publique pour Justi* nien. — Son affreux projet. — RéTolle de Léonce. — Déchéance et mutilation àe Justinien. — Léonce est empereur.

En montant sur le trône, Justinien pouvait faire espérer un règne t1*anquille et glorieux. Toutes les circonstances lui étaient favorables : les Maronites combattaient les Sarrasins ; le roi des Lombards, fatigué d'orages, ne songeait qu'à jouir de la paix, et l'on pouvait ainsi employer toutes les forces de l'empire à chasser loin de ses frontières les Avares et les Bulgares; mais le nouveau prince, âgé de seize ans, avait beaucoup de présomption, peu de talents et point de vertus.

Il déclara la guerre aux Arabes ; le pàtrice Léonce, chef de ses armées, remporta quelques avantages qui pouvaient lui assurer la conquête de la Syrie, mais il ne sut point profiter de ses premiers succès; il se contenta du pillage de l'Arménie et de la Médie. L'empereur accorda la paix au calife.

Léonce, peu de temps après, commit un crime dont les suites devinrent funestes aux Romains. Il avait feint de s'approcher des Maronites pour les secourir; mais, jaloux des

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exploits de leur prince, nommé Jean, il Tinvite à un festin, l'assassine, et déliwe par sa mort les musulmans de leur plus redoutable ennemi.

Cette même année (6B7), l^électîon d^un pape excita dans Kome de grands troubles, et le saint-siége fut mis à T encan, comme l'avait été autrefois le trône impérial. Justinien, ton* Jours pressé de commencer des guerres qu'il ne savait pas finir, marche à la tète de ses troupes contre les Bulgares, gagne sur eux une bataille (an 688), et reprend la route de sa capitale pour y Jouir de cette gloire passagère; mais, comme dans sa marche il se gardait négligemment, un autre corps de Bulgares le surprend, Tentouf é, et détruit la plus grande partie de son armée. Il d' était annoncé à Constantinople en triomphatenr, il y rentre en fugitif.

Cependant les Sarrasins, délivrés de la guerre des Maronites, et ne craignant plus d'être attaqués par Temperenr, que les Bulgares venaient de vaincre, envahirent potir la quatrième fois TAfrique. Zobéir, leur chef, attaque i'intrépide Kucilé, le défait, le tue, rentre dans Caïroan et marche sur Carthage. Mais, au' moment où il croyait terminer sa conquête par la prise de cette capitale, une armée nombreuse, envoyée par Justinien, débarque, livre bataille aux Arabes, et, aprèsde longs efforts, remporte la victoire. Zobéir ne survécut pas à sa défaite, il périt sur le champ de bataille. Les Bomains, qui avaient payé leur triomphe par beaucoup de sang, moins fiers de leurs succès qu'effrayés du courage de leurs ennemis, ii'osent profiter de leur victoire; ils s'embarquent et ^e retirent honteusement, comme s'ils avaient été vaincus.

L'Arabie vit cesser alors la longue guerre civile qui la déchirait, Abdalla et Moctar périrent en se combattant ; Abdoulraélic resta seul maître de l'empire de Mahomet.

L'empereur lui abandonna l'île de Chypre. Ce fut sous le règne de ce calife que l'on frappa la première monnaie musulitiane (an 69^); elle eut pour inscription : Dieu est te Seigneur. Jusque-là les mahométans hé s'étaient servis que

de la monnaie romaine, et cette coutume flattait Torgneil des empereurs, qui croyaient y voir un signe de dépendance et un reste de sujétion.

Dès que Justinlen sut que le calife allait prendre une autre monnaie que la sienne, sa vanité blessée ronipit la paix : il avait cédé Chypre sans résistance; et, pour une cause frivole, il déclara la guerre.

A la tête de son armée, il marche en Cilicie, rencontre les Sarrasins et leur livre bataille : ils commençaient & plier ; Mahomet, leur général, fait parvenir un carquois^ rempli d'or à Nébule, qui commandait vingt mille Shves auxlr- Itaires de Tarmée impériale ; Nébule, séduit, passe dans les rangs des Arabes; cette, défection jette Tépouvante parmi . les Romains, ils se débandent: Tempereur leur donne Texemple de la fuite, et arrive furieux à Nicomédie.

Les princes faibles sont aussi ardents pour la vengeance que froids dans le combat : Justinien rassemble les vieillards, les femmes, les enfants des Slaves et les fait jeter dans la mer.

ta victoire de Mahomet afiFranchît le calife du tribut qu'il payait à l'empire. Abdoulmélic fit, peu de temps après, le dénombrement de ses sujets, et établit un impôt dont la plus grande partie pesait principalement sur les chrétiens : on appela cet impôt JTûro^A (an 692).

L'empereur, renonçant à rassembler une armée, convoqua un concile à Constantinople; on y décida que les prêtres mariés garderaient leurs femmes. Le pape Sergius refusa de souscrire à cette décision ; l'empereur, irrité, donna ordre à son écuyer, Zacharîe, d'arrêter le pape. L'armée de Ravenne prit la défense du pontife; Zacharie, poursuivi par elle et par le peuple, ne trouva d'asile que sous le Bt du pontife, qui, se montrant digne vicaire de Jésus-Christ, lui sauva la vie (an 693).

Les Sarrasins, ne rencontrant plus d'obstacles à leurs conquêtes, s'emparèrent de l'Arménie.

L'empereur élevait des palais, et se consolait, en les

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voyant, de la nilne de i^empire ; rien n'égalait l'insolence d la craaaté de ses ministres. Etienne, chef de ses eunoques, menaça du fouet Ttopératrice mère, Anastasie; chaque jonr voyait couler le sang des hommes, les plus vertueux condamnés au supj^lice; partout on laissait éclater la haine et le mépris que Justinien inspirait.

Ce prince, aussi cruel et non moins insensé que Néron, forma le projet de massacrer tout le peuple de Constantinopie : il chargea Ruscius, qui commandait sa gçrde, d'exéeater cet ordre atroce; mais le patriee Léonce, qui devait partir pour prenâre le commandement de la Grèce, averti que le poignard d,'un assassin l'y attendait, prend la résolution de mettre fin à la tyrannie.

Deux moines astrologues l'encouragent dans ce dessein, et lui promettent le sceptre. Il arme ses domestiques, marche au milieu de la nuit au prétoire, fait croire qu'il y précède l'empereur, arrête le préfet, ouvre les cachots, délivre les captifs, appelle le peuple aux armes, et force le partriarche de parler en sa faveur à la multitude. Bientôt toute la ville ne retentit que de ce seul cri : « La mort à Justinien! i Tout fuit le tyran; son palais se change en désert; sa garde l'abandonne; il est saisi, enchaîné, conduit dans l'hippodrome. Le peuple demandait sa mort; mais Léonce, qui devait sa fortune au père de ce monstre, lui sauva la vie. On lui coupa le nez ; il fut relégué à Gherson (694) : il était âgé de vingt-cinq ans, et en avait régné neuf.

Léonce fut proclamé empereur; malgré ses efforts pour réprimer les fureurs de la multitude, elle Jeta dans les flammes tous les ministres de Justinien. Cette révolution n'excita aucun trouble dans l'empire : le gouvernement n'était pins la chose publique; devenant la propriété d'un maître et de quelques courtisans, il intéressait peu les citoyens, qui, toujours dans les mêmes chaînes, voyaient avec indifférence un changement de maître.

(«94-098] LBOIiCE. ^— TIBÈRE III. 565

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