‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 7 sur 52 · JULIEN · texte numérisé non relu

JULIEN

(Ans de J. -G. 361' 363.)

EéToIution dans l'empire k raTënement de Julien. ~ Caractère de Julien. — > Son système religieux. — Son élection confirmée parte sénat de Byxance. — Son entrée dans Constantinople. — Création d*une chambre ardente. -<- Réformes danale-ln^e de la cour. r~ I^Qpalarit^ de Julien. — Rétablissement dn polythéisme. — Ri^venr de Julien à Têtard des chrétiens. — Gouvernement de ce prince. — Ses projeta de conquête. — Ses voyages. — Son panégyrique fait par lui-même dans le Mi^ »opogon. '- Sa visite an bots de Dapbné. -^ Phénomène lors de la reoonatmetioo du temple de Jérusalem. — Préparatifs de guerre contre Sapor. — Marche de l'armée romaine. — Premiers succès de Julien. — Ses revers causés par la perfidie d'un Perse. — Bataille de Maranges. — Blessure de Jolien. *^ Victoire des Bomains. — Mort de Julien.

Depuis que Rome avait perdu sa liberté, TéleetioD d'un nouvel empereur n'était ordinairement qu'un changement de maître; elie intéressait peu le peuple, n'agitait que l'armée, et n'opérait de grands changements que dans la cour. Mais l'avènement de Julien au trône annonçait une révolution dans l'empire : on y voyait alors deux nations, l'une chrétienne et l'autre païenne; l'une ne voulait qu'un Dieu, qu'un maître, qu'une loi; l'autre vivait encore de grandg souvenirs, regrettait les mœurs antiques, la liberté, et per* sistait à suivre le culte des dieux qu'elle regardait comme les seulfi prt)tecteurs de la gloire romaine.

Les chrétiens, opprimés pendant trois siècles, triomphaient depuis Constantin ; ils étaient à leur tour devenus oppresseurs. L'Église, riche et puissante, fixait tous les regards, occupait tous les intérêts, commandait aux actions en dirigeant les consciences, et résistait même souvent à l'autorité du prince. L'ambition, suivant cette nouvelle route ouverte par la fortune, préférait les dignités ecclésiastiques aux dignités temporelles, fuyait la servitude du sénat pour chercher la liberté dans les conciles, et s'apercevait déjà que

'Résonnais l'éclat de la tiare pourrait ^eul rivaliier avec celui

de la couronne. *

Mais au moment où le christianisme croyait sa domination mébranlable , et lorsque le polythéisme abattu perdait tout espoir, soudain le sort éleva sur le trône un prince belii* queux, philosophe, sectateur ardent de l'anoien culte, ennemi déclaré de la religion nouvelle, et décidé h rétablir les aoGqQes institutions, les antiques lois, les antiques mœurs,

Julien, libérateur de la> Gaule, vainquetfrde la Germanie» chéri dans les provinces, adoré par Tarmée, réunissait toutes les grandes qualités nécessaires à l'exécution des vastes entreprises. L'intrigue ne pouvait tromper un esprit aussi clairvoyant. Son caractère ferme se montrait inébranlable dans ses résolutions ; et , s'il n'avait voulu que rendre à l'empire son lustre, aux lois leur vigueur, réprimer Tambitton des prêtres, les soumettre à l'autorité civile, et prévenir par une tolérance sage et politique tous les malheurs que PïodTiiBirent pendant tant de siècles les guerres religieuses, n aurait probablement réussi dans ce grand projet d'une rétotme salutaire ; mais il échoua, parce qu'il voulut l*imposttWe. Il oublia qu'un préjugé tombé ne peut plus se relever, et ^^n'appartient à aucune force humaine de ressusciter ^nc religion à laquelle on ne croit plus. Une pratique obéis- *^^«peut tromper quelque temps l'autorité, mais la foi n'est P«8 de son domaine.

L'empereur connaissait bien les atteintes mortelles qu^ ^ Progrès des lumières et les railleries ingénieuses de J^u- ^«n avaient portées au polythéisme ; mais il espérait, en in- «fprétant autrement cette croyance, la soutenir et la faire P^'tre moins absurde. Plein de la lecture des écrits composes par Platon, par Pythagore, et postérieurement par les PnJiosophes de l'école d'Alexandrie, il adopta les idées des ^ostiques, dont plusieurs pères de l'Église eux-mêmes n'a- 1 ^^^^^ pu éviter la séduction.

Suivant ce système, la nature était l'ouvrage d'un seuj ; deséons^ ou des génies intermédiaires, en gouvernaient,

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par ses ordres, les différentes parties ; mais au lieu d'appeler anges, comme les chrétiens, ces êtres célestes, il leur donnait les noms des dieux de l'Olympe. Il considérait les sages, les hommes vertueux, les héros, comiHe des esprits qui, parcourant les divers degrés de l'échelle des êtres, se rapprochaient progressivement du Dieu souverain. C'est ainsi que, cherchant à concilier Tancien ciilte avec les idées nouvelles, il espérait anéantir les rites sévères du christianisme, conserver aux Romains leur culte riant, leurs illusions brillantes, leurs pompeuses solennités, et garder la double puisr sance du sacerdoce et de Tempire, dont la réunion avait touj[ours paru jusque-là si utile à la politique des gouvernements.

Avant même de se voir seul maître de Tempire, Julien méditait et préparait ces grarids changements; et, dès l'instant où il prit le titre d'auguste, quittant le voile trompeur' dont une longue dépendance l'avait forcé à couvrir ses vraif ^ sentiments,' il professa hautement son respect pour les dieux, et parla plusieurs fois à ses troupes des avis qu'il prétendait avoir reçus du génie de l'empire et d'Apollon : mais, quand il apprit en Thrace la nouvelle de la mort de Constance, ajournant tout autre projet, il ne s'occupa, dans les premiers moments, que du soin de justifier sa conduite, et de donner l'appui de l'autorité légale à une puissance qui, dans son opinion, était peu solide lorsqu'on ne la devait qu'à la force des armes.

Il écrivit donc au sénat de Byzance, qui le reconnut avee empressement. Déjà dans sa route il avait adressé sa justification au sénat de Rome. « Est-ce ma faute, lui avait-ii dit, « si des soldats sans paye, fatigués de remporter des iric- « toires sous les ordres d'un général auquel on défendait de « leur accorder aucune récompense, se sont livrés au déses- « poir quand ils ont vu qu'on les arrachait à leur patrie et à « leurs familles pour les entraîner dans un climat lointain ? « J'ai dû céder à leur violence, pour prévenir de plus grands « malheurs et pour vous conserver la Gaule. »

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Il avait, disait-on, ajouté à ces paroles une peinture à la fois si vive et si amère des faiblesses, des fautes, des vices et des crimes de Constance, que le sénat romain, quelque acooutumé qu'il fût à la servitude, et tout en confirmant unaniment le titre d'auguste qu'il avait pris, lui répondit qu'il devait parler avec plus de ménagement du prince auquel il devait la pourpre.

Julien entra dans Constantinople le 4 i décembre 364 , suivi par ses soldats, précédé par le peuple, et entouré par le sénat qui était venu le recevoir aux portes de la ville. Peu de jours après, il alla au-devant du corps de Constance,. se mit à genoux devant lui, déposa son diadème à ses pieds, et le suivit jusqu'à l'église des Saints-Apôtres, en versant des larmes que personne ne crut sincères.

On avait admiré dans la Gaule sa douceur; on frémit dans Byzance de la sévérité qui signala les premiers actes de son pouvoir. Au lieu de livrer aux tribunaux ordinaires les pervonuages odieux au peuple, et qui, sous le règne précédent, avaient le plus abusé de leur crédit, il chargea une commission de les juger, et créa une chambre ardente qui écouta plus la passion de la vengeance que la voix de la justice.

L'eunuque Eusèbe et ses lâches complices expièrent leurs crimes par un supplice mérité ; mais on plaint les plus grands coupables lorsque leur condamnation est entachée d'illégalité. L'exil du consul Taurus parut une violation de toutes les lois, et l'indignation fut au comble lorsqu'on ordonna la mort du grand trésorier Ursulus, dont la fermeté était vantée, et qui même autrefois avait rendu d'importants services à Julien dans le temps de ses malheurs. Au reste, l'empereur blâma lui-même la sévérité de cette chambre, sauva quelques-unes de ses victimes, et reconquit promptement l'estime générale, en punissant les délateurs et en chassant cette foule de vils espions qui devaient leur fortune à leur bassesse, et répandaient depuis tant d'années la terreur dans tout l'empire.

Le luxe de la cour dévorait depuis longtemps la substance

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du peuple : Julien y trouva mille officiers de cuisine, un plus grand nombre encore de barbiers et d'échansons; <^ui des eunuques les surpassait; il furent tous réformés.

On raconte que l'empereur, ayant voulu faire couper ses cheveux, vit paraître devant lui un homme revêtu d'une toge magnifique : « Ce n'est pas un sénateur, dit le prince, « c'est un barbier que je demande. » Il apprit avec étonneméat que ce domestique jouissait d'une pension considérable, et possédait vingt chevaux nourris aux dépens du trésor. Sans rapporter tout ce que les historiens du temps donnent sur ce faste oriental et ridicule, il suffira de dire que le palais coûtait plus que l'armée. L'empereur supprima tous ces abus, et son économie fut peut-être aussi ontréç que les prodigalités de son prédécesseur : pour éviter l'excès du luxe, il tomba dans celui de la simplicité.

Si Julien se montra inflexible pour cette tourbe d'hommes inutiles qui assiégeaient sans cesse le palais et empoisonnaient l'esprit du prince par leura perfides conseils, il parut affable pour le peuple, et affecta un grand respect pour le sénat et pour les citoyens revêtus de hautes fonctions. Il défendit qu'on lui donnât le titre de seigneur, « voulant, « disait-il, être le prince des Romains et non leur maître, t

Le jour des calendes de janvier, lorsque les consuls Mammertin et Nevitta, conformément à l'usage, se rendirent Ift matin au palais de l'empereur, il vint au-devant d'eux, les embrassa, les fit monter dans leurs litières, et, se mêlant laimême à la foule des citoyens, les conduisit à pied jusqu'au sénat. Il rendit à ce corps la liberté des discussions, encoaragea«es membres à le contredire, et, rival des anciens ora^ teurs, consacra souvent une partie des nuits à la composition de ses harangues. Il avait une telle passion pour tout ce qui était ancien, qu'il aurait probablement rétabli la république si les Romains eussent été encore dignes par leurs mœurs d'un tel degré de liberté.

Les tyrans craignent les philosophes ; Jtilien leur laissait peut-être prendre trop d'empire sur lui. Inacoessible amc

poisotïÈ de la flatterie, il ne le fat jpas assez aux erreurs du sophisme. Libanius et Maxime, ses instituteurs et ses favoriS; fdretit comblés d'honneurs par lui, et ces ennemis du thristianisme, réussissant à lui faire partager leur animosité, te décidèrent à se conduire à cet égard plutôt en chef de parti qu'en chef de TEtat.

Déterminé à relever Tidolâtrie, il préféra l'adresse à la force, d'après le conseil de Libanius. a II n'en est pas, di- « sait ce philosophe, des fausses Idées de religion comme t des maladies ; on guérit quelquefois celles-ci, malgré les « malades, en leur faisant une violence salutaire; mais ni le • fer ni le feu ne feront jamais paraître vrai aux yeux d'un « honune ce qu'il juge faux. »

Si Julien, comme le disent les écrivains ecclésiastiques, était porté à la cruauté par son caractère, on doit convenir an moins qu'il fut humain par politique. L'oppression qu'il fit éprouver aux sectateurs de l'Évangile, fut pesante, mais non pas cruelle. Il humilia leur amour-propre et ne répandit ^8 leur sang. Constamment opposé aux vœux des païens, qui Tonlaient renouveler les anciennes persécutions, l'empereur leur représenta sans cesse et publiquement que c'était la douceur et la charité des premiers chrétiens qui avaient &lt prospérer l'Évangile au milieu des supplices.

Ce prince, plus dangereuse par sa ruse qu'il ne l'aurait été par sa cruauté, voulut séduire les chrétiens par l'appât des honneurs et de la fortune, et par la crainte de la disgrâce et delà pauvreté. Sa tolérance fut feinte, et sa rigueur réelle* n ordonna, par un édit, de réparer, de rouvrir les temples, fenr assigna des revenus, prescrivit le rétablissement des ^étes, et rendit aux pontifes les exemptions et les prérogatives dont ils jouissaient autrefois. Aussitôt le sang des victimes coule dans tout l'empire, les aruspices y reparaissent, l'air est parfumé d'encens et de Ôeurs. Rome et Byzance revoient leurs anciennes solennités; Apollon reçoit les offi^des du prince dans le palais impérial. Ce palais, ces

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Jardin» deviennent un vaste Panthéon, où chaque dieu a sa statue, où chaque bosquet a son autel.

De toutes les fonctions attachées au pouvoir suprême, celle de souverain pontife semblait alors au prince la plus honorable : ce titre même lui paraissait préférable à celui d'auguste. Le matin, il offrait des sacrifices au dieu du jour, le soir à Diane et aux astres de la nuit. On lui conseillait de contraindre les chrétiens d'assister à ces solennités : « Je « ne veux point, dit-il, qu'on force les galiléens (c'est ainsi « qu'il les nommait) à sacrifier aux dieux , ni qu'on les tour- « mente pour leurs opinions ; ils sont plus insensés que mé- « chants. Combattons-les par la raison, gagnons-les par la « douceur : nous ne devons pas les haïr, mais plutôt les « plaindre du malheur de se tromper dans la chose la pins t essentielle de la vie. »

Les chrétiens, animés par une foi sincère, résistèrent aux conseils et aux séductions du prince; mais tous ceux qvd professaient ce culte par ambition et pour suivre l'exempte de la cour, l'abandonnèrent lorsqu'il ne parut plus en vogue, et les courtisans dont la fortune e^ trop souvent te seule divinité, changèrent de religion x^ommejls avaient changé de maître. Toutes les dignités de l'empire furent le prix de leilr apostasie.

Julien, tirant parti de la morale sévère des chrétiens, qu'il interprétait à son gré, publia une loi qui les dèelaialt incapables d'occuper les emplois de gouverneurs de provinces et d'officiers militaires. « Les galiléens, disait-il ironique- « ment dans son édit, ne peuvent exercer de pareilles cbar- « ges sans blesser leur conscience , puisque l'Ëvangile leur « défend de tirer l'épée. »

^ Les grands de l'empire obéirent presque tous à l'exemple, à l'autorité; peu résistèrent au torrent. On remarqua, dans ce petit nombre, Jovien et Valentinien, qui furent depuis empereurs. Ce fut Julien qui céda lui-même à leur fermeté. Son estime pour leurs vertus et pour leurs talents militaires l'empêcha, malgré sa haine pour leur religion, de les desti-

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taer. Il laissa même à Jovien Fimportante dignité de capitaine de sa garde, et se ût accompagner par lui dans la gaerre eontre les Perses.

Les aiiens donnèrent comme les catholiques des exemples de courage ; Tun d'eux, nommé Maris, évéque de Ghalcédoine, vieux et ayeugle, se fit conduire au temple de la Fortone lorsque Julien y sacrifiait, et lui reprocha publiquement son impiété.

. f Je plains moi-même ton erreur, lui répondit Tempereur; f crois-moi : ton Dieu, le galiléen, que tu invoques vaine-

• ment, ne te rendra pas la vue. » — «Eh bien I reprit hardi-

• ment Tévêque, je le remercie de m' épargner la douleur

• de voir un prince apostat. » — En admirant le courage de ee vieillard, on doit cependant convenir qu'un monarque absolu, qui souffre un pareil langage sans le punir, n'est pas un tyran.

La guerre qu'il faisait au culte de Jésus-Christ était plus perfide que cruelle. Pour détruire le christianisme, il voulait l'éteindre dans les ténèbres de l'ignorance; pour ressusciter le polythéisme et lui rendre son ancien éclat, il désirait l'entourer seul des lumières que répandent les sciences et les lettres. Ainsi, redoutant l'éloquence des Basile, des Grégoire et des Apollinaire , brillants flambeaux de l'Église , il défendait aux chrétiens de professer et d'enseigner dans les écoles. En même temps, il appliquait tous ses soins à relever le polythéisme par le choix des pontifes païens , et les instructions qu'il donnait à ses ministres sur cet objet mériteraient sans doute qu'on les prît pour modèles dans tous les pays et dans toutes les religions.

11 ordonnait que, pour conférer le sacerdoce , on n'eût égard ni à la naissance ni aux richesses. Il voulait que Ton ne confiât cette importante mission qu'aux hommes les plus distinguésparleur amour pour les dieux, pour l'humanité, et par des talents propres à inspirer aux autres cette vertu, la première de toutes.

Ils devaient, pour se montrer dignes de ce devoir sacré,

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faire constamment du bien aux hommes, ear on le peut dant toutes les positions, même dans l'indigence. Il leur prescrivait de servir les dieux comme s'ils agissaient en leur présence; d'être chastes des yeux, d'oreilles, de langue et d'actions; de s'habituer à vaincre toutes les passions , afin . de se livrer assidûment à l'étude de la philosophie , non de cette philosophie des poètes et des épicuriens, qui amoUilJ et corrompt les âmes, mais de celle des vrais si^s, qui a|^.

prend aux mortels à révérer et à craindre les dieux, dont la.' Justice récompense la vertu et punit le crime.

Leur vie devait être sobre et simple : la magnificence n'était permise que dans les temples ; il conseillait aux pontifes, pour inspirer plus de respect, de paraître rarement en public, et terminait son édit en leur recommandant de nou* veau la charité. « Il est honteux pour nous, disait-il, de « voir que les galiléens nourrissent à la fois leurs pauvres a et les nôtres. » Certes l'ennemi des chrétiens ne pouvait pas leur rendre un plus bel hommage.

Il se flatta quelque temps en vain que l'autorité de ses iamières et de son esprit ramènerait ,par son influence , ses adversaires à la soumission. Ayant lu lin ouvrage composé par Diodore en faveur du christianisme, il n'écrivit au bas que ce peu de mots : « J'ai lu, J'ai compris, J'ai condamné, • et l'envoya avec cette note à plusieurs évêques. Saint Basile, imitant son laconisme, lui répondit : a Vous avez lu, mais « vous n'avez pas compris ; car si vous aviez compris , vous a n'auriez pas condamné. »

Constantin et ses fils avaient enlevé à plusieurs temples leurs revenus pour enrichir les églises. Julien , tout aussi arbitrairement, dépouilla les églises au profit des temples, et dans son édit, excusa ironiquement cet acte d'injustice. « L'admirable loi des chrétiens, disalMl, promet aux pauvres u le royaume des cieux ; il est Juste de leur en aplanir la <f route; la pauvreté leur donnera la sagesse dans ce 0 monde, et un règne certain dans l'autre. » Si l'esprit de parti l'égaralt lorsqu'il s'agissait de religion^

M plus douce éqtiitê dictait ses arrêts et ses édits sur tonte re matière ; et comme des hommes rigides lui reproent son induigenee : « Un prince , leur répondit-il, est une loi vivante qui doit tempérer par sa clémence ce que les lois mortes ont de trop rigoureux. » L'espionnage seul, qui depuis plusieurs siècles ouvrait à coîir toutes lès portes de la fortune , éprouva constanint sa sévérité ; et, dans le temps où, soumis aux ordres Constance, il se voyait forcé de laisser leurs fonctions à vils agents qu'on nommait curiosi, ne pouvant leur faire lessentir sa haine, il leur montrait au moins son mépris.

Un jour, lorsque le prince, conformément aux coutumes,

^ttstribuaitdes gratifications, Tun de ces agents, au lieu de

tendre sa l*ohe suivant Tusage, lui présenta les deux mains :

• Vous le voyez, dit Julien, ces gens-lâ ignorent comment

• on reçoit, mais ils savent très-bien comment on prend. » U sentait tellement la pesanteur du fardeau qu'impose la

vertu à un prince qui veut être juste, que plusieurs historiens l'ont cru sincère lorsqu'il s'est dit exempt d'ambition etjrevétu malgré lui du pouvoir suprême. Avant cette révolution, comme on l'avertit que Constance voulait le rappeler de la Gaule et lui donner un successeur : « Je le verrai

• sans regret, répondit-il ; il vaut mieux avoir fait en peu 1 de temps beaucoup de bien, que de courir le risque de « ftiire beaucoup de mal longtemps. »

Ennemi des plaisirs et de l'oisiveté, on le voyait aussi actif dans le conseil que dans le camp. U remit en vigueur les anciennes lois, les corrigea, rendit aux municipes toutes les L terres usurpées par les empereurs, et laissa une liberté enf tière aux avocats. Accessible aux plaintes, juste dans ses décisions, il s'attachait plus à l'esprit qu'à là lettre de là I loi ; et, comme il se méfiait de son impétuosité naturelle, loin de s'offenser des objections, il encourageait les magistrats à lui faire des remontrances.

Un jour, entendant quelques avocats qui louaient avec exagération sa justice et $on génie : « Ah! que je serais sen-

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« sible à vos éloges, leur dit- il, si je yous croyais assez coH' « rageux et assez sincères pour me blâmer quand je le « mérite I »

Il ne connaissait point cette inquiétude des princes lâches, qui leur fait prêter Toreille à la délation et les entraîne à k tyrannie. Un délateur lui dénonça, lorsqu'il se trouvait eo Asie, un citoyen distingué par son opulence, qu'il accusait d'aspirer à l'empire : « Sur quelles preuves^ appuyez-vous « cette accusation ? » dit Julien. « Il s'est fait faire, reprith « délateur, une toge et un manteau couleur de pourpre. — « £h bien! dit l'empereur en s'adressant au grand-trésorier, « donnez à ce dangereux dénonciateur des brodequins et on « cothurne couleur de pourpre ; j'ordonne qu'il les porte u lui-même au citoyen qu'il accuse, afin qu'il en ait d'as- « sortis au reste de son vêtement. »

Julien, fidèle aux maximes de la philosophie^ travaillait constamment à se rendre maître de ses passions, hors celle de la gloire militaire, qu'il ne cherchait pas même à combattre. Vainqueur des Germains dans l'Occident, il voulait que l'Orient devînt aussi le théâtre de ses triomphes. Déd^ à étendre les limites de l'empire, il refusa, comme on le loi conseillait, de marcher contre les Goths qu'il méprisait, et qui semblaient ne lui ofiFrir qu'une trop facile victoire.

La conquête de la Perse et le désir d'atteindre à la renommée d'Alexandre enflammaient son imagination. Il croyait fermement au système de Pythagore, à la métempsychose, et se persuadait que son âme avait autrefois habité le corps du héros macédonien.

Avant de quitter Constantinople pour exécuter ses vastes desseins, il voulut laisser dans cette ville quelques traces durables de son séjour. Il y fit creuser un port qu'embellissait une galerie magnifique, bâtit dans le palais impérial un portique et l'enrichit d'une nombreuse bibliothèque. Le sénat d'Orient obtint de lui des privilèges qui tendaient à rendre la nouvelle Rome l'égale de l'ancienne. « Constantin, « disftit-il; reg£ird^it Byzaace comme S4 fille, ÇonstaiiM

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