M48S] JULIEN
4 raimait domine sa sœur, et moi Je la chéris comme ma t mère et comme ma nourrice. » Traversant le Bosphore, il vint à Nicomédie, et ne put ir saDS un profond chagrin les débris de cette ville, dans nelle il avait passé son enfance, et qui n'offrait plus à ses ;ards que des cendres et des ruines. Ses trésors forent igoés pour la relever. ,
Conduit ensuite par sa passion pour le culte des dieux, >nt il voulait rétablir les autels, il courut en Phrygie, dans seul dessein de visiter à Pessinonte le fameux temple de [Cybèle, dont la statue avait été autrefois portée à Rome par ipion Nasica, conformément à l'oracle qui ordonnait qu'on argeât de cette mission le plus, vertueux des Romains. Il «omposa dans cette ville, en l'honneur de Cybèle, un discours qui est parvenu jusqu'à nous, et en même temps écrivit une éloquente apologie d'un philosophe peu digne d'éloge, Diogène le Cynique,
Lorsqu'il traversa la Cilicie, Celsus, gouverneur de la pro- ^nce, le harangua et prononça son panégyrique, pour sui- ^^un usage qu'un philosophe tel que Julien aurait dû abolir. L'empereur arriva à Antioche dans l'année 362, au ïBoment où la ville était en deuil, parce qu'on y célébrait la inort d'Adonis. Il regarda cette circonstance comme un présage funeste. Son courage et l'étendue de ses connaissances ne pouvaient le préserver d'une crédule superstition. Les pins grands hommes échappent rarement aux maladies de feur siècle.
Il signala son arrivée en Syrie par un acte de générosité. On intentait dans ce moment un procès à Talatius, ancien fifcvori de Constance, et l'un de ceux qui avaient, prétendait- ^^) poursuivi Gallus avec le plus d'acharôement. Un grand nombre de citoyens pressaient l'empereur de venger sa queïftfeetla leur : « Talatius, lui disaient-ils, vous a offensé, • et il a commis contre nous mille violences. » Julien, indiqué de voir qu'on voulait abuser de son autorité pour acca- "kr m malheureux, autrefois puissant et maintenant sans
450 EMPIHB b'oBIEHT. [Mi-ill?
appui, répondit aux accusateurs : « Puisque vous conTeiiM « que votre ennemi est aussi le mien, vous devez suspeAdif « vos poursuites contre lui, et atteii|}re, pour contenter w « tre ressentiment, que je me sois vengé. Ma quereUe,|^ « crois, mérite bien la préférence sur la vôtre. » Le prooil fut suspendu, et, comme le véritable crime de Talatius con* sistait dans le courage qu'il avait opposé presque seal à la tyrannie de Gallus, Julien lui rendit peu de temps après sa bienveillance, et le rétablit dans ses emplois.
Dans ce même temps, on cherchait, avec plus de fondement, à exciter son courroux contre Théodote, en lui révélant qu'il avait conseillé à Constance de lui faire couper la tète. « Je le savais, répondit le prince. Théodote, retournés « chez vous sans crainte ; vivez sous le règne d'un empe- « reur qui, suivant les maximes des philosophes, cherche • constamment à diminuer le nombre de ses ennemis et à i augmenter le nombre de ses amis. »
Romanus et Vincent, capitaines de sa garde, convaincus d'avoir aspiré à l'empire, ne reçurent d'autre châtiment que l'exil. Marcellus, fils de son ancien ennemi, et quelques mi* nistres de Constance, subirent seuls la mort; mais, malgré les reproches des éerivains catholiques, il parait certain que leur supplice vengea le peuple encore plus que Je prince.
Cependant Julien fit de vains efforts pour se concilier Taffection des habitants d'Antioche, habitudlement séditieux et railleurs. Les catholiques et les ariens détestaient en lui l'ennemi de leur culte, et Taustérité de ses mceurs ne pouvait plaire aux Syriens voluptueux et effémiif es. Ils tournèrent en ridicule sa gravité, la longueur de sa barbe, sa.j frugalité et la simplicité de ses vêtements. Journellement il se voyait insulté par des placards insolents, par des écrits satiriques. Quoiqu'il en ttt profondément blessé, il ne s'en vengea que par un ouvrage ingénieux dont la célébrité dure encore. C'est un écrit intitulé le Mùopogon (ou l'ennemi de la barbe). Il a traversé les siècles. On y trouve son portrait
peint par lui-même. Il feint d'entrer dans l*esprît des habitants d'Antîoche, et, rassemblant dans tm cadre étroit tous les reproches qu'ils lui adressaient, il en compose le panégyrique le plus piquant qu'on pût faire de sa conduite, de son système et de ses vertus.
Les SyTiens, malgré leur passion pour les plaisirs, avaient cessé de fréquenter le bois célèbre de Daphné, depuis qu'ils s'étalent soumis à la loi de l'Évangile. Autrefois, sous ces ombrages délicieux, la passion sensuelle régnait seule, la pudeur en était bannie; la douce température du climat, les gazons émaîUés de fleurs, le murmuré des ruisseaux limpides qui les iirrosaient, le chant des oiseaux, les hymnes qui rappelaient Famour du dieu du jour pour Daphné, tout livrait les sens k la mollesse, tout inspirait la volupté . Le mortel qui, dans ce Heu consacré aux plaisirs sans mystère, eût porté des regards chastes et des mœurs pures, aurait été chassé comme un profane. A l'aspect sévère de la croix, ce temple de la volupté ^t ses prestiges détruits et ses autels déserts. On y bâtit une église ; elle renferma le corps du martyr Babilas, et dès lors Apollon cessa de rendre des oracles. Les païens attribuaient ee silence à la profanation du bois sacré, et les chrétiens à la présence du saint. Julien, voulant rendre au dieu ses anciens honneurs, accourt dans le bois pour y sacrifier, Mais personne n'ose le suivre. Le sacrificateur seul l'y attend.'
L'empereur, indigné, adressa dans cette occasion, au sé- Jiat et aux habitants d'Antîoche, de vifs reproches sur leur indifférence pour l'ancien culte : « Je ne vous vois jamais « âans les temples, leur disait-il, que pour me prodiguer «d'indignes flatteries : ce n'est pas moi, ce sont les dieux ' îtf il faut encenser. »
Son zèle pour le rétablissement du poljrthéisme pouvait ^ le faire renoncer quelqqefols à l'austérité que lui prescrirait sa philosophie. Aux fêtes de Vénus, il se promena feus les rties d'Antioche paré de guirlandes de fleurs, au "îîlien d'une foule licenèieuse, répétant des hymnes obscè-
452 BMPIRB D'oaiBNT. CMl-WS]
nés et précédé d'une troupe de femmes prostituées. Saint Ghrysostôme craint, en retraçant ces honteuses solennité», que la postérité ne refuse d'ajouter foi aux détails de cette pompe extravagante , dont toute une grande ville était témoin. Déplorable effet de la faiblesse humaine I la superstition, égarant ce prince naturellement vertueux^ semblait alors transformer Marc-Aurèle en Héliogabale.
Les historiens du temps prétendent qu'enfin Apollon parla et dit : « Je suis entouré de cadavres; je ne prononce- « rai point d'oracles que les morts qui souillent mes autels « ne soient enlevés. » Julien fit transporter ailleurs les reliques de saint Babilas. Peu de jours après, le feu consuma le temple d'Apollon. Les chrétiens attribuèrent cet événement à la vengeance de Dieu. Julien en accusa la jalousie des catholiques; par représailles, il ordonna la clôture de l'église d' Antioche. Le prêtre Théodoret , qui voulait résister, fut tué par les païens. L'empereur manifesta son ressentiment contre les auteurs de ce crime , et ordonna de les poursuivre. « Je ne veux point, dit-il, que sous mon règne on « voie des martyrs. Je défends, sous les peines les plus sé- « vères, que, pour des opinions religieuses, on prive per- « sonne de la vie.
Une faute, trop ordinaire en administration, aigrit encore contre lui le peuple d' Antioche, qui souffrait d'une disette. L'empereur taxa les grains et publia des édits sévères contre les accaparements. Toute entrave qui gêne le commerce en détruit la féconde activité ; la liberté seule favorise les spéculations, et par la concurrence établit le niveau des prix. Les grains devinrent plus chers et plus rares ; les Sy* riens accusèrent le prince de leurs souffrances ; il supporta ces reproches, et n'y répondit ' qu'en prodiguant ses trésors pour alléger les maux de la multitude.
En butte aux railleries de la population nombreuse d'une grande ville, tourmenté par la haine des ariens et des catholiques, il se vit aussi contrarié par l'orgueil des philosophes qu'il aimait; et pour les vaincre, il trouva un moyen facile.
[<61-MS3 JULIER. -155
celui de flatter leur vanité. Libanius refusait orgueilleusement de venir dans son palais se joindre à ses courtisans, et rejetait tous les dons de sa munificence, t En voici f cependant un, dit Julien, que vous accepterez : Je déclare
• publiquement que vos actions vous assurent, au milieu
• des plus grands philosophes, le rang que vos discours t vous donnent parmi les plus célèbres orateurs. »
Ce prince se montrait constamment neutre entre les ariens et les catholiques, soit par tolérance, soit dans le dessein de les affaiblir, en fomentant leurs divisions.
11 est certain que l'objet principal de ses pensées était la destruction dn culte de Jésus-Christ, qu'il croyait contraire aux antiques mœurs et incompatible avec cette ancienne ambition des Komains, seule source de leur gloire.
11 composa contre le christianisme un livre que nous n'avons plus , mais dont saint Cyrille, en le réfutant, nous a Mt connaître une partie. L'un et l'autre semblent s'être plus appliqués, dans leurs écrits, à renverser la doctrine qu'ils attaquent qu'à justifier celle qu'ils défendent. •
Julien, dans son livre, comme dans une allégorie ingénieuse qui nous est restée, et dans laquelle il raconte ses malheurs, ses inspirations et sa gloire , s'attachait particulièrement à faire adopter aux peuples sa religion. Il la nom-i nmit Y Hellénisme, et lui donnait pour base l'idée d'un Dieu suprême et celle de son fils, le Logos de Platon , dont le soleil était le sanctuaire ; les autres dieux n'en étaient, selon loi, que des émanations.
Enclin à favoriser les Juifs comme ennemis des chrétiens, U forma le dessein, pour démentir les prophéties, de rebâtir le temple de Jérusalem détruit depuis trois siècles. Il en prévint les Juifs par un édit, les déchargea de tout impôt extraordinaire, leur fit ouvrir ses trésors, réunit pour l'exécution de cette entreprise un nombre immense d'ouvriers et chargea l'intendant de la Palestine, Alipius, d'accélérer ce grand travail, lui ordonnant de n'épargner aucune peine ni aucune dépense pour le prompt achèvement de cet ouvrage.
134 EMPiBB d'orient. [Mft-WKI
Avant de construire le nouvel édifice , on démolit ce qui restait des mines de Tancien. Les Hébreux accouraient en foule de toutes les parties du monde dansladté sainte, airec Tespoir de relever leur temple, leur culte, leur puissance el leur gloire.
L'événement trompa leur attente, et, si nous devons en croire non-seulement les écrivains ecclésiastiques, mais le païen Ammien Marceliin lui-même , on vit tout à coup des globes de feu sortir de la terre avec un grand bruit, s' élan* cer à plusieurs reprises sur les ouvriers, leur rendre inaccessibles les fondements du temple, et engloutir au milieu des flammes les plus intrépides travailleurs. Ainsi Julien se vit forcé d'abandonner son projet et de cédera la résistance des éléments qu'il ne put vaincre.
Sozomène, Rufïin, Socrate, ont répété ce fait, raconté par Ammien. Trois auteurs chrétiens de ce temps, saint Grégoire, saint Ghrysostème, saint Ambroise , en attestent la vérité.
Cet événement affermit la foi des chrétiens, qui Tattribuaient à la volonté céleste , et réduisit au désespoir les Juifs, dont plusieurs, dit-on, se convertirent. Les philosophes expliquèrent ce phénomène par la nature du terrain de cette contrée, où le bitume et le soufre sont abondants. Ils citaient, à l'appui de leur opinion, la fréquence des tremblements de terre, qui, depuis quelques années, avaient englouti dans les abîmes et consumé par tes flammes tant de riches cités de l'Asie. Dans tous les temps la crédulité adopte plus facilement les relations miraculeuses que les récits fondés sur des causes naturelles.
Cependant l'empereur poursuivait avec activité le grand objet de son séjour en Syrie, et rassemblait de tous côtés des troupes, des armes, des vivres^ des munitions pour la guerre qu'il méditait contre les Perses. Sapor, alarmé de ses préparatifs, et redoutant l'habileté du vainqueur de la Germanie, lui proposa la paix, en le laissant maître d'en régler les conditions. Julien, qui voulait terminer cette antique que-
reJfe par la eonqiiéte de la Perse et non par un traité , ne répondit à ses offres pacifiques que par un refus formel qui rompit toute négociation* Les chrétiens furent assujettis pour cette guerr^à une taxe spéciale ; mesure injuste que rien ne pent excuser * mais Terapereur, guidé par sa haine contre eux, les opprimait sans cesse, et croyait, en leur laissant la Tieet la liberté de professer leur culte, être à Tabri de tout reproche de persécution.
Plusieurs nations de TOrient lui offrirent des troupes auxiliaires. « Les Romains, répondit-il, donnent des secours t aux autres et n'en reçoivent pas. » Les Sarrasins voulaient tai vendre leurs services, il leur répondit : « Un prince bel- « liqueuxn*a point d'or, mais du fer. » Le roi d'Arménie était tributaire des Romains; Julien, qui le méprisait, parce ?«'il avait embrassé le christianisme, au lieu d'invitation, lui envoya durement, comme à un sujet. Tordre d'armer ses troupes et de marcher avec elles à sa suite.
(An 363) L'armée romaine, divisée en plusieurs colonnes, BWrcha avec secret et rapidité, passa l'Euphrate sur dilTérents points, et ses colonnes s'étabUrent dans des quartiers c[ui leur étaient marqués, à l'abri de quelques forteresses, jusqu'au moment désigné pour leur réunion.
lorsque tous ces ordres furent exécutés, Julien sortit ^'Antioche, jura de n'y plus revenir, et, comme preuve de son ressentiment, lui laissa pour gouverneur Alexandre dBéliopolis, homme injuste, dur et violent. « Je sais bien, * disait-il, qu'Alexandre ne mérite pas de commander, mais « Antioche mérite de lui obéir. »
Arrivé à Bérée, il^y trouva le polythéisme abandonné, et fit de vains efforts pour ramener le sénat de cette ville au <ï^lte des dieux. Barnes se montra plus favorable à ses vues ; on s'empressa d'y sacrifier avec lui dans les temples de Jupiter et d'Apollon.
La célérité de sa marche fut telle qu'il avait passé l'Euçhrate avant que* les Perses le crussent parti d' Antioche. Malgré l'importance d'Ëdesse, il s'en éloigna, la sachant peu-
-156 BMPIRB b'oBIBNT. C^^i-MS]
plée des chrétiens, et se rendît à Garrhes, ville que la dé£Eiite de Grassus avait rendue trop célèbre : elle était décorée pat un temple fameux dédié à la Lune, objet particutier de la dévotion de Tempereur. Procope, qui depuis paya de sa tête son élévation d'un moment, prétendait qu'étant à Garrhes, Julien lui avait donné un manteau de pourpre, et l'avait désigné pour son successeur dans le cas où il mourrait dans cette expédition.
Deux chemins s'offraient à l'armée romaine pour la conduire en Perse, l'un par le Diabène, en passant le Tigre, l'autre par l'Assyrie, le long de l'Ëuphrate. Julien, pour tromper les Perses, fit reconnaître les deux routes, et s'y fit précéder par des détachements. Ayant ensuite laissé en Mésopotamie, sous les ordres de Procope et de Sébastien, trente mille hommes d'élite qui devaient, peu de tempe après, le rejoindre en Assyrie, avec Arsace et ses Arméniens, il feignit de s'avancer du côté du Tigre, et marcha ensuite rapidement sur l'Ëuphrate. Ge fleuve portait cinquante vaisseaux de guerre et mille bâtiments chaînés de vivres qui assuraient la subsistance des troupes.
Il était déjà en marche lorsqu'il reçut des lettres du plus sincère et du plus dévoué de ses amis, Salluste, préfet des Gaules, qui le conjurait de différer son expédition, parce que les dieux ne s'y montraient pas favorables. Julien, rassuré par d'autres augures, continua son mouvement, et, rencontrant sur sa route le tombeau du jeune Gordien, il honora par des libations la mémoire de ce prince, libations qu'on devait aussi répandre bientôt sur sa propre tombe.
Peu de jours après, un soldat, attaqué par un lion furieux, le tua d'un coup de lance, et l'empereur regarda la mort de ce monstre comme un présage de la chute du roi de Perse. Dans ce temps, les catholiques, les ariens, les idolâtres et les philosophes, différant tous de doctrine, se rapprochaient tous par la superstition ; ils doutaient des vérités et croyaient aux fables.
Un andfin préjugé, produit par de nombreux revers, était