‹ Histoire du BasEmpireChapitre 11 sur 26 · LIVRE QUARANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUARANTE-TROISIEME

A*. r»3A. La conquête de l'Afrique combloît Justinien de gloire.

rfsSàriJiÙt' ^a's» s ^ est P*us d'8,,e d'un prince de régler ses états compoxiu'ex par de bonnes lois que d'en reculer les limites, on peut *? J ust'~ dire qne cette année vit achever une entreprise encore

mmin.

^Ptvc. pcrs plus importante que les succès de Bélisairc. Le seizième 25. ' 'de novembre, l'empereur publia la seconde édition du bf^oœmfà. Code, et consomma l'ouvrage de cette fameuse législatif/émanée*/. \\QXx qui subsiste depuis tant de siècles. J'ai différé d'en

Theoph. p. parler jusqu a ce moment , pour mettre sous les yeux Cedr.p.ùGfi. l'ensemble de ce grand corps. Justinien étoit monté sur

3'hrCJluc *C trône avec ^es Proiets 'es Pnîs caPal>les d'immortaliser Malela, p. son règne et de rétablir la puissance romaine dans son %uid voce ancienne splendeur. Portant à la fois ses regards sur les Tpt/s»n*- dehors et sur l'intérieur de l'empire , il forma le double

"Paul diac ProJet ^ v r^umr ^es provinces envahies par les barbares, /.s. et de réduire en un abrégé d'une juste étendue ce nom-

cpoï™. Vc!' Dre infini de ï°is» de règlemens et de maximes judi- 30 «J*^ ciaires que l'intérêt des hommes, leur foiblesse, leur />r/r. ^7/i« inconstance, leur inquiétude, avoient enfantées depuis et auciori- treize cents ans# \\ savoit que la multitude des ordon-

taie juv. cn>. # 1

row.r.5,4. n an ces introduit la confusion et le désordre; et que ce Jonflad[îa tissu embarrassé de décisions qui s'entrelacent et se croi-

or^etof sen*" est un ^aDyrmlne ou ^a justice s'égare, tandis que or ue vng. ^njusljce ^chappe a ]a faveur dé tant de détours. Il

h?sta™a">vL n'étoit pas moins difficile de bannir des tribunaux il- /. 3,c. 5. gnorance, la mauvaise foi et la chicane» en simplifiant ta Jus'uma- les lois, que de chasser de l'Italie ét de l'Afrique les m. c. i , a. çoths et jes Vandales. Justinien entreprit l'un et l'autre ;

et peut-être auroit-il également réussi, si l'impatience de son amour-propre n'eût précipité l'exécution de cet

ouvrage immense, et s'il a voit trouvé des jurisconsultes aussi parfaits que ses généraux. Tri boni en , qu'il mit à la tête de ce travail, supposé qu'il eût autant d'habileté dans son art , a voit assurément moins de vertu que Bélisaire et Narsès. Quelques auteurs prétendent qu'il étoit païen ; il est assez justifié de ce reproche par les lois favorables au christianisme qu'il inséra dans le Code, et plus encore par celles qui tendent à la destruction du paganisme. Mais l'histoire lui attribue assez d'autres défauts incompatibles avec un emploi qui demandoit autant de probité que de lumières. Flatteur, intéressé, accoutumé à vendre la justice, il tronqua, il altéra, il supprima de bonnes lois. Souvent il détruisit dans les Novelles qu'il suggéroit à l'empereur ce qu'il avoit prudemment établi dans le Code et dans le Digeste. Presque partout il s'écarta de l'élégante précision des anciens jurisconsultes.

Justinien commença par le Code. Dans une constitution du i3 février 528 , adressée au sénat de Constantinople, il déclare qu i l se propose de rassembler dans un seul volume, non-seulement les lois contenues dans les trois codes de Grégoire, d'Hermogénien et de Théodose, mais encore celles qui , depuis la publication du Code Théodosien , sont émanées de l'autorité impériale. Pour composer ce recueil, il choisit Tribonien, secondé de neuf personnes consommées dans la science du droit romain. Il leur permit de supprimer les lois répétées, contradictoires, horsd'usage; de retrancher les préambules , et tout ce qui leur paroîtroit superflu ; d'ajouter ce qu'ils croiroient nécessaire, soit pour l'exactitude, soit pour l'éclaircissement ; de changer les termes, de réunir dans une seule loi ce qui se trouveroit épars dans plusieurs. Il voulut que, sous chaque titre, on suivît l'ordre de la chronologie. Le travail fut pressé avec tant de diligence, qu'au mois d'avril de l'année suivante , le nouveau code renfermant eu douze livres les lois impériales, depuis le

commencement du règne d'Adrien , fut en état de paraître. Jusliuien y imprima le sceau de l'autorité sou^ veraine par une constitution du 7 avril 529 , qu'il adresse à Mennas, préfet du prétoire. 11 s'y félicite d'avoir trouvé dans les rédacteurs la science, l'expérience, le zèle du l)ien public, et ia probité requise pour faire parler dignement tant de princes et de législateurs. Il donne à cette collection force de loi; il abroge les précédentes, et ne permet de citer en justice que le nouveau code. Il ordonne au préfet du prétoire de le faire publier dans tout l'empire.

Il restait un ouvrage plus étendu et plus .difficile; c'étoit de recueillir les monumens de l'ancienne jurisprudence. L'empereur chargea encore Tribonien de ce travail , et lui laissa le choix de ceux qu'il croiroit capables de le partager avec lui. Tribonien choisit un des magistrats qui avoient déjà travaillé à la rédaction du Code, quatre professeurs en droit , deux de Constantinople, deux de Béryte et onze avocats. Il les présenta au prince, qui les approuva sur son témoignage. Ces dix-sept commissaires reçurent ordre de rechercher, rassembler, et mettre en ordre ce qu'il y a voit d'utile dans les livres des jurisconsultes, qui avoient été autorisés par les. princes à faire ou à interpréter les lois, sans avoir égard aux ouvrages qui n'étoient revêtus d'aucune autorité. L'empereur leur donna le même pouvoir de changer , d'ajouter, de retrancher, qu'il avoit donné pour le Code , et de fixer par une décision précise les points douteux et contestés jusqu'alors. Il leur recommanda de ne considérer dans leur choix ni le nombre des jurisconsultes , ni leur réputation personnelle 1 mais uniquement la raison et l'équité. De ces extraits ils dévoient composer cinquante livres, et diviser les matières sous différens titres , en suivant l'ordre du Code ou celui de l'édit perpétuel, selon qu'ils jugeroient plus convenable. Il voulut que tout ce qu'ils adopteraient fût ceqsé sortir de la

bouche du prince. Ce recueil devoit porter le nom de Digeste , parce que les matières y seroient rangées chacune sous son titre, ou de Pandectes, comme renfermant toute l'ancienne jurisprudence. La constitution par laquelle cette commission est établie, en date du i5 décembre 53o , est adressée à Tribonien , à qui l'empereur recommande à la fois l'exactitude et la diligence. Mais, au jugement des plus habiles jurisconsultes, le rédacteur s'acquitta de sa commission avec plus de célérité que d'exactitude. L'empereur lui-même ne s'attendoit pas à voir finir avant dix ans un travail de cette étendue. Il s'agissoit de dépouiller plus de deux mille volumes, d'en discuter, d'en comparer, d'en réduire les décisions; de les réformer même , et de les ranger dans un ordre méthodique. Tribonien , qui savoit que dans les entreprises où la vanité des princes est intéressée ils ♦ souffrent impatiemment l'intervalle nécessaire entre l'ordre et l'exécution, hâta tellement l'ouvrage, qu'il fut achevé en trois ans. Le 16 décembre 533 , Justinien revêtit cette compilation de son autorité par une constitution adpessée au sénat de Constantinople et à tous les peuples de l'empire. Il annonce que le chaos énorme des décisions anciennes se trouve maintenant réduit à la vingtième partie sans qu'on ait rien omis d'essentiel , en sorte que l'ordre , la brièveté du corps de droit , et la facilité de l'acquérir , ne laissent plus d'excuse à la paresse ni à l'ignorance. Il ne répond pas qu'il ne s'y soit glissé quelques fautes; mais il se flatte, sans doute trop légèrement, qu'il n'y reste aucune de ces contradictions que les jurisconsultes appellent antinomies. S'il s'y trouve quelque omission ou quelque obscurité, il veut qu'on ait recours à l'autorité impériale , qui seule a le droit de suppléer et d'interpréter les lois. De peur que l'on ne tombe dans l'ancienne confusion par la diversité des sentimens , il interdit tout commentaire , permettant seulement de traduire ces lois littéralement en

/[5L[ HISTOIRE DU BAS-tiMPIRE.

grec, et d'y ajouter <ies titres et des paratities ,?c'est àdire, des sommaires de ce qu'elles contiennent. Il défend de se servir d'abréviations en les transcrivant, et déclare que la copie où il s'en trouvera une seule ne fera point autorité, et que le copiste sera condamné comme faussaire. Il abroge toutes les autres lois, avec défense même de les citer dans les tribunaux, et ordre aux juges de se conformer à celles du Digeste, à commencer le 3o décembre 533. Il enjoint aux trois préfets du prétoire de les faire publier chacun dans son district. Il ajoute qu'il s'est hâté de les mettre au jour cette année, afin que son troisième consulat, déjà comblé des faveurs du ciel par la paix conclue avec la Perse, et par la conquête de l'Afrique , ait encore l'honneur de voir achevé ce grand édifice des lois cWime un temple saint et auguste où la justice prononcera ses oracles. Laissons aux habiles jurisconsultes, tels que Cujas, Dumoulin, Denys et Jacques Godefroy, le soin de relever les défauts de cet important ouvrage ; nous nous contenterons d'observer qu'après la liberté illimitée que Justinien avoit donnée aux rédacteurs de changer les textes, d'y ajouter, d'en retrancher ce qu'ils jugeroient à propos, on ne peut avec certitude attribuer, ni aux anciens jurisconsultes, ni aux prédécesseurs de Justinien ce qui se trouve énoncé sons leur nom , soit dans le Digeste , soit dans le Code.

Pendant qu'on travailloit au Digeste, l'empereur chargea encore Tribonien et deux des commissaires, Théophile et Dorothée, professeurs en droit, l'un à Coostantinople, l'autre à Béryte, d'extraire des anciens, et de recueillir en quatre livres les premiers élémens de la jurisprudence pour servir d'introduction à cette étude. De l'avis des connoisseurs, c'est la partie du corps de droit la plus parfaite et la mieux exécutée. Elle fut achevée avant le Digeste , et publiée le 21 de novembre de la même année. L'cdit de publication donne à ces instituts la forme et l'autorité des lois impériales.

Le même jour que Justinien publia le Digeste il adressa aux professeurs une constitution particulière, pour leur tracer la méthode d'enseigner. Le cours de droit avoit été de quatre ans. L'empereur l'étend jusqu'à cinq, et prescrit la nature et Tordre des matières qui doivent occuper chaque année. Il règle la police des écoles, et défend d'enseigner le droit ailleurs qu'à Rome, à Constantinople, et à Béryte en Phénicie, vitle depuis long-temps célèbre par ses écoles de jurisprudence. Il supprime celles d'Alexandrie et de Césarée en Palestine , où des maîtres peu instruits et sans autre autorisation que celle qu'ils se donnoient eux-mêmes , corrompoient la science qu'ils s'ingéroient d'enseigner , et ne commu- «iquoient à leurs disciples que leur présomption el leur ignorance.

Le dessein de l'empereur étoit rempli^Tout le droit ancien , simplifié, réduit à l'essentiel, se trouvoit réuni dans les Instituts, le Digeste et le Code. Mais, depuis la rédaction du Code, Justinien avoit publié plusieurs institutions nouvelles; on en compte plus de deux cents. D'ailleurs le travail subséquent avoit fait apercevoir plusieurs imperfections dans le premier ouvrage. Justinien en ordonne la révision, et choisit pour cet effet, entre les commissaires déjà employés, cinq personnes, dont Tribonien fut encore le chef. Il leur donna pour la réformalion le même pouvoir qu'il leur avoit donné pour la rédaction , leur enjoignant de renfermer dans le nouveau code les lois postérieures au premier. Le seizième novembre 534 1 'l adressa au sénat de Constantinople cette seconde édition, abrogeant la précédente, et ordonnant que celle-ci auroit exclusivement force de loi, à commencer au 29 décembre suivant. C'est cette révision qui a seule subsisté, et que nous avons aujourd'hui entre les mains.

L'empereur se réserva en termes exprès le droit d'ajouter dans la suite, mais séparément , les constitutions

qu'il jugeroit nécessaires. Aussi plusieurs des novelles limitent, étendent, quelquefois même détruisent ce qui avoit été statué dans le Code; et c'est surtout cette inconstance qui a fait soupçonner Tribonien et le prince même d'avoir souvent écouté l'intérêt et la faveur plutôt que la raison et l'équité. Quelques auteurs attribuent ces variations aux caprices de Théodora, qui gouvcrnoit son mari, et qui étoit elle-même gouvernée par ses passions. Ces novelles sont au nombre de cent soixante et huit ; dont quatre-vingt-dix-huit seulement ont force de loi, parce qu'elles furent recueillies dans un seul volume, en 565, dernière année du règne de Justinien. Après la mort de ce prince, le jurisconsulte Julien en fit une nouvelle édition , et en ajouta vingt-sept qui avoient été exclues du premier recueil. Haloander, jurisconsulte saxon, qui donna en i53i une édition des Pandectes, y joignit encore quarante novelles qu'il avoit retrouvées; et Cujas en a découvert trois autres. Les novelles furent publiées en grec par Justinien, et traduites en latin sous le règne de Justin second. Cette traduction est littérale et telle que Justinien Pavoit permise; aussi fait-eUe autorité; et c'est pour cette raison que ces novelles ainsi traduites sont nommées authentiques.

La langue latine se perdcit peu à peu en Orient , et le texte original du corps de droit eut la même destinée. Quarante ans après Justinien, sous le règne de Phocas, les Pandectes furent traduites en grec par Thalelée, célèbre jurisconsulte. Quelques auteurs prétendent que celte traduction fut faite du temps même de Justinien, et que ce Thalelée est le même que l'empereur nomme entre ceux qui travaillèrent à la rédaction du Digeste. On traduisit aussi le Code. Théophile, sous l'empire de Michel m, fit une paraphrase grecque des Instituts. Selon quelques critiques, ce Théophile étoit contemporain de Justinien ; c'est le même qui avoit été son pré-

cepteur, et un de ceux qui avoient secondé Tribonien. Le droit romain , augmenté des constitutions des empereurs qui succédèrent à Juslînien, demeura en cet état jusqu'au règne de Basile le Macédonien, en 867. Mais, dans cet intervalle, l'empire et a ni désolé par les ravages des Sarrasins, les lois et les jugemens perdirent beaucoup de leur force. Basile, jaloux de la gloire de Justiriien, ne chercha qu'à détruire son ouvrage; il exclut entièrement le droit latin ; il réunit toutes les parties du corps de droit , et en composa quarante livres, auxquels son fils Léon en ajouta vingt. C'est ce qu'on appelle les Basiliques. Constantin Porphyrogénète, fils de Léon, en fit la révision. Les Basiliques furent donc le seul droit usité en Orient , jusqu'à la destruction de l'empire. Cette collection fut diversement abrégée , et porta différens noms.

Les François, les Visigoths , les Bourguignons et les Goths d'Italie, étant maîtres de l'Occident, le corps de droit de Justinien n'y fut reçu qu'en Illyrie, qui étoit encore soumise à l'empire. Il s'établit dans l'Italie avec le gouvernement impérial , lorsque les Goths en furent chassés. Mais il céda aux lois des Lombards, quand ceuxci se furent rendus maîtres de Ravenne. Charlemagne , ayant détruit le royaume des Lombards, fit en vain chercher en Italie l'ouvrage de Justinien. Ce trésor demeura caché jusqu'au douzième siècle. Enfin, dans la guerre que l'empereur Lothaire 11 vint faire en Italie contre Roger, comte d'Apulie et de Sicile, en 1 127 , on trouva dans la ville d'Amalfi un exemplaire du Digeste. Les Pisans, qui avoient secouru l'empereur dans cette expédition, l'obtinrent pour récompense de leurs services. Environ trois cents ans après, les Florentins, devenus maîtres de Pise , transportèrent ce manuscrit à Florence, et l'y conservèrent précieusement. Quelques auteurs, sans beaucoup de fondement , en font remonter l'antiquité jusqu'au temps de Tribonien. C'est l'original

de toutes les copies des Pandecles qui se sont ensuite répandues. Vers le même temps on découvrit à ïlaveune un exemplaire du Code, et l'on rassembla les novelles, qui se trouvèrent dispersées en Italie, et qui avoient été inconnues jusqu'alors, aussi-bien que treize édits de Justinien. Telles furent la naissance et les révolutions diverses de ce fameux corps de législation qui, malgré ses défauts, est encore le plus complet -que la prudence humaine ait pu produire. C'est dans cette source abondante que presque toutes les nations de l'Europe vont puiser le supplément de leurs lois particulières. Justinien , pour le conserver dans son intégrité, avoit expressément défendu de le charger de commentaires. Mais l'éioignement des temps ayant fait perdre la trace des anciens usages, et obscurci les expressions de la langue romaine, a rendu les explications nécessaires. Elles se sont multipliées à l'excès; et comme un seul édifice considérable, tel qu'un palais ou un temple célèbre, attirant dans son voisinage un peuple nombreux, a souvent fait naître aux environs un assemblage d habitations grandes et petites, qui vont enfin jusqu'à former une ville; ainsi le corps de droit de Justinien, devenu le centre d'une infinité de commentaires, de gloses, d'interprétations, de dissertations de diverse valeur, a rassemblé enfin autour de lui une bibliothèque entière.

7lieoplt.p. Depuis que Gurgène, roi d'Ibérie, s'étoit venu jeter IvJ/. entre les bras de Justin, avec son fils Pérane et toute Jutai, p. sa famille, les Perses s'éloient emparés de ses états. On Mailla, p. voit cependant sous le règne de Justinien un roi de ce 77 ' pays, nommé Zamanarse, soit qu'il eût profité des

troubles qui suivirent la mort de Cabade, pour chasser les Perses, soit qu'il fût roi d'un autre canton de l'ihérie. Thcophane rapporte que ce prince vint cette année à Constantinople , accompagné de sa femme et de toute sa cour, pour resserrer les nœuds des anciennes alliances.

HISTOIRE DU BAS-EMPIHE. fat)

L'empereur , qui ne comptait pas que la paix avec Chosroés fût de longue durée, reçut honorablement Zamanarse, et le combla de présens lui et ses officiers. L'impératrice traita la reine avec la même magnificence; et les Ibériens partirent dans la résolution de demeurer fidèlement attachés au service de l'empire. Mais ce récit de Théophane ne s'accorde guère avec la suite de l'histoire, qui nous montre constamment i'Ibérie soumise aux Perses depuis la retraite de Gurgène. En ce même temps la statue de l'empereur Julien, placée au milieu du port qu'il avoit fait construire à Constantinople , s'étant abattue, on planta une croix sur la même base, espèce de trophée que la religion s'élevoit sur le monument de son ennemi.

A peine l'Afrique étoît-elle entrée sous la domination Cass. I. a , romaine, que l'occasion se présenta de recouvrer l'Ita-^;ari; lie. Pour développer les causes de cette guerre, plus fa- j*» |3» ^» me use que la précédente par sa durée, par la grandeur ai', ™ \ des événemens, et par le mérite des princes vaincus, il \p\[\*x * faut reprendre l'histoire du règne d'Athalaric. Nous l'a- 1(îcm

I A » l,A 1 » • 1 5tH-

vons vu monter sur le trône a I âge de huit ans, sous la script. pruj. tutelle d'Amalasonte sa mère. Cette sage princesse, pendant les huit années qu'elle régna sous le nom de son fils, se fit respecter des rois voisins, et entretint la tranquillité dans ses états. Le grand Théodoric sembloit revivre dans sa fille; et l'on voyoit avec étonnement une femme remplacer un prince qui n'avoit point eu d'égal. Elle contint l'avidité des gouverneurs, et augmenta les gages des officiers , pour les porter à ménager les provinces. Elle nommoit tous les ans des juges, et lessuivoit des yeux dans leurs fonctions , pour réveiller leur négligence ou arrêter leurs injustices. Les usurpations, la violence, les crimes de faux, l'adultère, le concubinage, les maléfices, les fraudes, la tyrannie des riches, la corruption des jugemens, les chicanes inventées pour éluder l'effet d'une sentence; en un mot, tout ce qui trouble

4ûO ITÏSTOIRE DU BAS-EMPIRE.

la société civile , fut proscrit par une loi publiée à Rome, et qu'elle fit exécuter par toute l'Italie. Comme * une excellente éducation lui avoit inspiré le goût des lettres, elle encouragea les éludes; et, en relevant la fortune des professeurs, elle resserra la discipline, et leur imposa de plus étroites obligations. Quoique engagée par ( sa naissance dans les préjugés de l'arianisme, elle toléra , elle respecta même et favorisa l'Eglise catholique, pour laquelle elle fit des règlomens dignes des princes les plus orthodoxes. Elle poursuivit avec indignation la simonie , qui de son temps osoit attaquer jusqu'à la chair de saint Pierre. On voit par ses lettres le respect qu'elle portoit à la personne des papes et des évoques, qu'elle sa voit cependant contenir dans les bornes de leur autorité spirituelle. Les familles romaines conservèrent tout leur éclat ; elle les honoroit comme des restes précieux de l'ancienne république. Paulin, qu'elle fit nommer consul en 534, descendoit des Décius, dont elle fait un magnifique éloge dans une lettre qu'elle lui adresse. L'Italie fut en grande partie redevable d'un gouvernement si doux et si équitable à la confiance dont elle honoroit Cassiodore, qu'elle fit préfet du prétoire. Elle rendit en même temps à cette change éminente les anciens droits qui lui avoient été enlevés par la jalousie des autres dignités. Ce grand magistrat , qui puisoit dans les livres saints ses maximes de conduite , voulut, de concert avec , le pape Agapet , établir à Rome des écoles où Ton enseignerait l'Ecriture sainte , selon l'usage autrefois établi dans Alexandrie , et qui subsistait encore à Nisibe ; mais les troubles qui suivirent empêchèrent l'exécution de ce louable dessein.

Pmr. Gou Amalasonte aimoit tendrement son fils ; mais sa tendresse n'avoit rien de foible; elle en vouloit faire un prince semblable à Théodoric , et elle savoit qu'une molle indulgence énerve les semences de vertu , et ne laisse croître que les vices. Ayant un jour surpris son fils dans

HISTOIRE DU BÀS^E MPIRE. /j3 t

«ne faut e considérable , ellê s'échauffa jusqu'à le frapper. Le jeune prince, s'étant retiré en pleurant, rencontra quelques seigneurs, déjà mécontens de la princesse , dont la sévérité contraignoit leur humeur altière et féroce. Ils flattèrent l'enfant, ils le plaignirent, et répandirent le bruit qu'Amalasonte ne cherchoit qu'à se défaire de son fils pour régner elle-même avec un second mari.* Ces discours ne trouvèrent que trop de crédit dans une cour encore barbare. Plusieurs des principaux seigneurs allèrent ensemble trouver Amalasonte. « Les lettres, « lui dirent-ils, s'assortissent mal avec les armes. Des « pédans, des gouverneurs glacés de vieillesse, ne sont « propres qu'à éteindre l'ardeur naturelle et à former « des âmes basses et timides; il faut rompre ces entraves « capables d'amortir l'activité du jeune prince; ne lui « enseigner que les exercices militaires qui doivent faire « un jour son occupation et sa gloire ; il faut lui donner « pour compagnie de jeunes. seigneurs qui échaufferont « son courage , et lui inspireront une élévation de sen- « timcns, et une liberté vigoureuse, digne du monar- « que d'un peuple guerrier. » Amalasonte sentit toutes les conséquences d'un avis si peu sensé ; mais la partie étoit trop forte. De crainte qu'on ne lui arrachât son fils, elle feignit de se rendre aux vœux de la nation. Athalaric, affranchi de ses gouverneurs, fut livré à une troupe déjeunes gens .indisciplinés; il mit dans la société tout ce qu'il avoit de vices, et ne manqua pas d'y prendre tout ce que les autres y en apportèrent. IL s'abandonna sans ménagement à l'amour du vin et des femmes, et se trouva perdu de débauche dès l'âge où l'on commence à la connoître. Plus de respect pour sa mèrey dont il repoussoit les avis par des insuites. On conspiroit ouvertement contre elle; on osoit lui dire en face qu'elle ne pouvoit mieux faire que de se retirer de la cour.

L'insolence des courtisans n'effraya pas la princesse.

Loin de céder à l'orage, elle ne songea qu'à rétablir son autorité. Trois seigneurs accrédités par leur naissance et par leur audace étoient l'âme de la cabale; Amalasonte trouva moyen de les séparer , en leur donnant des emplois aux diverses extrémités de l'Italie, sous prétexte de défendre la frontière contre des incursions dont elle avoit reçu avis. Comme elle vit qu'ils entretenoient correspondance , quoique dispersés, et qu'ils continuoicnt de concerter leurs mauvais desseins , elle prit le parti de s'en défaire; mais elle voulut auparavant se ménager mie ressource en cas de malheur. Elle envoya secrètement demander à l'empereur s'il donneroit asile à la fille de Théodoric, supposé qu'elle abandonnât l'Italie. Justinien répondit quil s'en feroit honneur, et lui fit préparer à Dyrrachium un palais, où elle pourrait séjourner en attendant qu'elle se rendit à Constant munie. Amalasonte, assurée de cette retraite, choisit entre les Goths des hommes hardis et dévoués à ses volontés, auxquels elle donna commission de la délivrer des trois conspirateurs. En même temps, ayant chargé un vaisseau de quarante mille livres pesant d'or, elle y fit embarquer ses plus fidèles serviteurs, avec ordre de la conduire à Dyrrachium, mais sans entrer dans le port et sans rien mettre à terre, jusqu'à ce qu elle leur eût fait savoir sa volonté. Elle fut obéie fidèlement de part et d'antre : la mort des trois rebelles étouffa leurs complots; elle fit revenir le vaisseau ; et ce coup de vigueur fit trembler les autres séditieux.

Cas,, l. h , Amalasonte avoit, sans fe savoir, dans la personne de e(>. 39; /. 5, Théodat un ennemi bien plus dangereux. Il étoit le ne- ^Proc. Got. veu de Théodoric, fils de sa sœur Amalfride et d'un seic" 3' °' gneur de la nation, après la mort duquel elle avoit épousé Trasarnond, roi des Vandales. Théodat, élevé avec soin , ainsi que toute la famille de Théodoric, s'étoit rendu fort savant pour un prince. Il passoit à la cour pour un profond platonicien. Mais l'étude n'étoit pour

lui qu'un amusement oisif; il s' étoit à peu près rempli des idées de Platon sans en prendre les maximes; et les spéculations métaphysiques n'avoient rien changé dans son mauvais caractère. Injuste, avare, lâche, perfide, étant préfet de Toscane, il n'usa de son pouvoir que pour accroître ses possessions. Malheur à quiconque avoit une terre voisine des siennes ; et sous ce grand philosophe la Toscane envioit le sort des autres provinces, qui reposoient tranquillement sous des gouverneurs qui ne savoient pas lire. Théodoric réprima plusieurs fois ses usurpations : maisThéodat étoit homme de système; il ne se corrigea pas. Amalasonte, instruite de toutes ses injustices, l'ayant fait venir à Ravenne , le condamna juridiquement à restituer tout ce qu'il avoit pris. Ce fut pour lui un plaie mortelle, que nul bienfait ne put guérir. Il résolut de se venger par une trahison. Justinien avoit envoyé en Italie Hypace et Démétrius , l'un évêque d'Ephèse , l'autre de Philippes , pour des affaires de religion. Théodat conféra secrètement avec eux, et les pria d'assurer l'empereur qu'il étoit prêt à lui livrer la Toscane , si ce prince vouloit lui donner une somme d'argent , une place dans le sénat , et la permission de passer le reste de ses jours à Constant inople. 4

Il ne prévoyoit pas alors son élévation prochaîne , qu'en effet il ne méritoit pas. Athalaric , épuisé de dé-? bauches, tomba bientôt dans une maladie de langueur qui fit désespérer de sa vie. Quoiqu'il n'eût conservé aucun égard pour sa mère , les approches de sa mort causoient à la princesse de vives inquiétudes. Elle alloit rester exposée à tous les effets de la haine des seigneurs , qui, en lui donnant un maître , lui donneroient un ennemi. Elle se détermina donc à entretenir la négociation déjà entamée avec l'empereur. Aux deux évêques dont j'ai parlé Justinien avoit joint le sénateur Alexandre pour sonder les dispositions d' Amalasonte, et s'informer des raisons qui l'empêchoient de passer en Grèce. C'ér

toit là le secret de l'ambassade. Le motif apparent étoit de se plaindre du refus que faisoient les Goths de rendre Lilybée , de la retraite qu'ils avoient donnée à des déserteurs de l'Afrique t et de quelques hostilités exercées contre la ville de Gratiaue sur les frontières de l'Illyrie. Dès qu'Alexandre fut à Ra venue , il eut une audience particulière d Anialasoute , qui lui témoigna qu'elle persistait dans le dessein de mettre l'Italie entre les mains de l'empereur, et qu'elle n'en attendoit que l'occasion. Dans l'audience publique 9 elle répondit aux griefs de Juslinien de manière à satisfaire les Goths. Les députés , de retour à Constantinople , rendirent compte à l'empereur des deux négociations secrètes de Théodat et de la princesse. Justinieu en fut ravi de joie; il crut toucher au moment de rentrer, sans coup férir, en possession de l'Italie.

Cass.l.xo, Athalaric mourut le a octobre , après avoir porté

ans le nom de roi. Amalasonte avoit la foi blesse /^r°c f0t' €randes âmes ; elle vouloit régner; et, quoiqu'elle jgnel. apudne fût pas possédée de cette fureur d'ambition qui pré- 7cript!tt.Uï\ fère à une v*e privée l'honneur de périr une couronne Piox 1 ' sur *a *^e' ccP*ndant Iie pouvoit se résoudre à descendre du trône fans y être forcée. C'étoit dans la crainte de cette violence qu'elle a mu s oit Justinien. Fille de Théodoric , elle se croyoit assez de pouvoir pour faire un roi, surtout si elle le prenoit dans la famille de ce prince. Il nerestoit dans la maison royale que Théodat, qu'elle avoit flétri par un jugement juste, mais rigoureux. Elle espéra qu'un bienfait éclatant lui feroit oublier cet affront , et qu'avec un pcince incapable , qui seroit sa créature , elle pourroit coitferver le titre et l'autorité de reine , que les Goths lui .avoient laissé prendre pendant sa régence. Voyant donc que l'état d'Athalaric annonçoit une mort prochaine , elle fit venir à Raverine Théodat ; et, pour étouffer son ressentiment , elle lui dit qu ayant depuis long - temps prévu la perle

HÏSTOÎRÈ DtJ BAS-EiîPIRÈ* $5

qu'elle alloit faire, elle avoit dès-lors désigné ^Théodat pour successeur de son fils ; que c* étoit pour écarter les obstacles qu'il m et toit lui-même à ce dessein , qu'elle Vavoit obligé de se défaire de Ce qui le r en doit odieux, parce qu'il lui étoit bien plus important de rétablir sa réputation que d'augmenter sa fortune ; quelle ne Vavoit condamné que par affection ; qu'il ne t en oit qu'à lui de ressentir lés effets de sa bienveillance , et que , s'il vouioit promettre avec serment de lui laisse? t autorité dont elle avoit joui pendant le règne de son fils , elle promettoit > de son côté, de la partager avec lui. Théodat , à la vue d'une couronne , n 'étoit pas homme à reculer pour un parjure. Il se jeta aux pieds de la reine , et lui jura tout cè qu'elle voulut. Amalasonte prépara les esprits ; et le lendemain de la mort d'Athalaric, elle fit reconnoître Théodat pour roi, conjointement avec elle , mais sans l'épouser , comme plusieurs historiens l'ont mal à propos avancé. Aussitôt elle manda cette nouvelle à Justinien , lui faisant un grand éloge de Théodat , qui chargea les mêmes députés d'une lettre par laquelle il demandoit à l'empereur sa protection, et témoignoît la plus vive reconnoissance à l'égard d'Amalasonte. Ils écrivirent tous deux au sénat de Rome; et l'on ne peut guère regarder comme sincères ni les louanges qu'Amalasonte donnoit à Théodat , et qui étoient autant de contre - vérités , ni celles dont Théodat combloit Arnalasonte , dont il avoit sans doute intérieurement juré la perte an moment même qu'il lui juroit de bouche une soumission absolue. Sans doute ils laissèrent tous deux courir la plume de Cassiodore , et le secrétaire peignit Arnalasonte telle qu'elle étoit , et Tbéodat tel qu'il devoit être.

Le nouveau roi donna d'abord d'heureuses espérances, Ca*t, 1. 10 ^ et , comme presque tous les mauvais princes , il débuta eP- 5 * f>» ?*■ par de belles maximes et par quelques actions dignes de " ' louanges. Il écoutoit les conseils d'Amalasonte , à la-

quelle il laissoit la principale autorité. Il choisissoit de bons magistrats , et nommoit aux offices de sa maison des hommes estimés. Il annonçoit un grand amour pour ses sujets, un grand zèle pour la justice. Il recommanda aux régisseurs de son domaine de ne point se prévaloir de l'autorité du prince pour prétendre à des privilèges , et de se soumettre à la juridiction ordinaire. Nous voulons , dit- il, donner V exemple de la bonne discipline ; et , si nous avons soutenu nos droits avec chaleur quand nous étions particuliers, nous sommes disposés à en relâcher maintenant que nous sommes les maîtres. Un bon prince n'a point a* intérêts séparés de ceux de son peuple, son état est son domaine, et tous ses smjets sont privilégiés à ses yeux. Il avoit épousé Gudeline, dont la naissance est inconnue : c'étoit une femme adroite, qui s'empressa de gagner par ses complaisances l'amitié de l'impératrice, dont elle connoissoit le pouvoir. Elle avoit donné à Théodat un fils et une fille , dont nous parlerons dans la suite.

An. 555. Théodat ne put long-temps se contraindre. 11 n'adfx^c \ n)etlo^t dans sa P^tique que cette philosophie ingrate Jom.de reb. et inhumaine qui ne connoît point de vertu, qui rap- VgneLapud porte tout à l'intérêt personnel , et qui compte pour 7cHp "t1** r*en *es bienfaits passés , s'ils n'en font pas espérer p. i , foi! d'autres. Dès qu'il crut pouvoir se soutenir sans l'appui lAbrèi*è chr. sa protectrice , il résolut de la perdre. Il s'attacha f dhai*toire Par ^es h°nneurs e* Par des bienfaits , les parens«de ces p. 65 ,' 78 \ trois seigneurs qu'Amalasonte avoit immolés à sa propre So# sûreté; ils étoient en grand nombre, puissans et em-

brasés du désir de la vengeance. Il fit périr par des assassinats les plus zélés serviteurs de la reine , et , après l'avoir privée de toutes ses ressources , il eut assra de hardiesse pour la faire enlever elle-même et transporter dans une île du lac Bolsène en Toscane , où elle fut renfermée dans une forteresse , le dernier jour d'avril de l'année 535. L'histoire ne nous a pas développé les

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. /p7

circonstances d'une révolution si subite. On a peine à concevoir comment un prince , peu auparavant haï et méprisé de toute sa nation , et qui tenoit d'Amalasonte tout ce qu'il avoit de pouvoir , avoit pu , dans l'espace de quelques mois , se rendre assez absolu pour devenir sans opposition maître de la liberté et de la vie d'une reine puissante et depuis long-temps révérée. Je ne vois rien ici de plus vraisemblable que l'ingénieuse conjecture d'un écrivain moderne , fondée en partie sur un récit de Grégoire de Tours. Audeflède , sœur de Clovis , veuve de Théodoric , et mère d'Àmalasonte , vivoit encore. C'étoit une princesse vertueuse , mais crédule. Théodat vint à bout de lui inspirer des soupçons sur la conduite de sa fille, qui s'en trouva outragée. Dans cette conjoncture , Audeflède , au sortir de la sainte table , fut tout à coup attaquée dé violentes convulsions , ef expira en peu d'heures. Soit que Théodat fût lui-même auteur du crime , soit qu'il voulût profiter d'un accident naturel qui prêtoit à la calomnie , ses émissaires firent courir le bruit qu'Amalasonte avoit fait empoisonner le vase sacré qui contenoit l'Eucharistie. Un si horrible forfait trouva croyance dans l'esprit du peuple, qui saisit aisément ce qui taffraie , et qui ne voit guère dans les grands que de grandes vertus , ou de grands crimes. L'accusation s'accrédita par sa noirceur, et l'enlèvement d'Amalasonte servit de preuve. Théodat , redoutant la vengeance de Justinien , qui chérissoit Amalasonte , lui députa plusieurs sénateurs , entre antres Libère et Opilion , pour lui protester qu'il n'avoit aucune part au traitement fait à cette princesse , et que c'étoit uniquement un effet de l'indignation des Goths. Il força même Amalasonte de le disculper par une lettre à l'empereur.

Justinien n'avoit pas perdu l'espérance de voir l'exé- Proc. Got. cution des promesses de Théodat et d'Amalasonte. Loin Mlmânccti. de croire la négociation rompue , il se flattoit au con- c- 16 » »4-

SuftUiTftu traire que l'un et l'autre, agissant de concert, ne trouveraient que plus de facilité à remettre l'Italie entre ses mains; et, n'étant pas encore instruit de l'emprisonnement de la reine , il fit partir Pierre de Thessaloniqne , célèbre avocat de Constantiaople , qui joignoit à la connaissance des affaires le talent de la persuasion. L'ambassadeur de voit publiquement renouveler les plaintes et les demandes qu'avoit déjà faites Alexandre; mais sa commission secrète étoit de sommer Théodat et Amalasonte de leur parole touchant la cession de l'Italie , et d'en arrêter avec eux les conditions. Selon Procope, Théodora, jalouse de l'esprit et de la beauté d'Amalasonte , ne craignoit rien tant que le succès de cette négociation ; et , pour prévenir les chagrins qwe pourroit lui causer la présence d'une si redoutable rivale,, elle chargea Pierre, à l'insu de son mari, d'exciter Théodat à la faire périr, et lui promit pour récompense la charge de maître des offices, qu'il posséda dans la suite. 11 ajoute que Pierre prêta Son ministère à cette noirceur, et que la mort d'Amalasonte fut un effet de ses sollicitations. On peut tout croire de la méchanceté de Théodora ; mais h récit de Procope ne s'accorde nullement avec lé caractère de Pierre, que Phistoire nous représente comme un négociateur habile et intègre, qui ne devoit sa fortune qu'à son mérite et à ses travaux. Etant arrivé à Aulon , sur la côte du golfe Adriatique , il y rencontra Libère et Opiiion qui lui apprirent la prison d'Amalasonte; et H dépêcha aussitôt à l'empereur pour hii demander de nouveaux ordres.

Proc. Got. ? ustinien , sensiblement affligé de l'indigne traitement

lCass 'l \o * ce*te P"ncesse» écrivit à Pierre qu'il alloit enn tp. 19, ao , ployer tout ce qu'il avoit de puissance pour la tirer 7Marc. chr. d'oppression. Il lui donna ordre de déclarer à Théodat Jo™'cdesrcb' et à tous les Goths qu'il se regardoit comme outragé " C' °* Jui-même dans la personne d'Amalasonte. Pierre se

HISTOIRE Dt BAS-EMPIRE. *p9

rendît prompte nient à Ravenne; mais Amftlâsonte n'étoit plus. Les seigneurs qui vuuloient s'en défaire avaient alarmé Théodat en Jui représentant qu'après un pareil aflroM il étoit perdu s'il ne perdoit la reine ; et, feignant un grand zèle pour le service du roi, ils avoiVnt obtenu de lui la permission de la fafrc périr. Ils s'éloienlaossilôi transportés dans l'île du lac de Bolsène, où ils avoient étranglé Âmaiasonte dans le bain. Celte mort déplorable mit en deuil toute l'Italie. Pierre, animé d« la colère de son maître , déclara au roi des Gûlhs qu'il jn'ailoit plus trouver dans l'empereur qu'un ennemi irréconciliable, et que le sang d' Amaiasonte attireront sur lui et sur la nation entière la plus terrible vengeance. Théodat , aussi foible .que méchant , effrayé de ces menaces , s'efforça de persuader à l'ambassadeur qu'il étoit innocent de ce meurtre, en même temps qu'il combloit de faveurs les meurtriers. Il s'empressa de procurer à Pierre une prompte satisfaction sur quelques autres commissions pen importantes dont l'empereur l'avoit chargé. Il écrivit à Justinien , et sa femme Gn~ deline à Théodora , des lettres pleines de bassesse ; il envoya des députés pour se justifier , et n'oublia rien pour conjurer l'orage prêt à fondre sur sa téte.

Toutes ces démarches furent inutiles. Justinien apprit ProCt GoU la vérité par les ambassadeurs mêmes de Théodat ; et /. », c.^i3. tandis qu'Opilion multiplioit les mensonges pour dis-

ep. i ; /. 12»

culper son maître, ses collègues , surtout Libère , homme ,6> 2< 9 d'honneur, incapable de servir le crime et l'imposture, Marc. chr. avouèrent sans détour ce qui s'étoif passé. L'empereur p^^dBa^ reconnut enfin que Théodat étoit bien éloigué de lui roncéder l'Italie ; mais il vit en même temps que ce prince odtenx lui fournissoit le prétexte le plus honnête de la conquérir , et il n'eut garde de perdre cet avantage. Les princes qui partageoient la monarchie françoise lui pouvoient être d'un grand secours ; ils avoient eu l'année précédente des démêlés avec les Goths. Cassiodore noirs

apprend que Tannée des François avoit évité le combat, et que Thierry , roi d'Austrasie, étoit mort d'une maladie de langueur causée par les fatigues de cette campagne. Les Bourguignons avoient été battus en Ligurie, et les Allemands repoussés du côté des Alpes rhétiques. Ces succès étoient dus au gouvernement d'Amalasonte ; mais elle n'a voit pu empêcher les enfans de Clovis de s'emparer du royaume de Bourgogne , qui fut éteint par la défaite de Gondomar. Justinien leur envoya des députés pour les engager à se joindre à lui. Il leur fit de grands présens et de plus grandes promesses. Ces princes, indignés eux-mêmes de l'assassinat d'Amalasonte, promirent d'attaquer Théodat ; mais celui - ci réussit à se justifier auprès d'eux par ses mensonges ordinaires, et plus encore en leur offrant avec deux mille livres pesant d'or toutes les terres que les Goths possédoient dans la Gaule. Ce traité , entamé par Théodat , ne fut conclu que par Vitigès, son successeur. D'ailleurs les conjonctures ne pouvoient être plus favorables au projet de Justinien : les Perses le laissoient en paix; Siltas venoit de battre les Bulgares en Mœsie , près du fleuve Yatrus , aujourd'hui Ozma ; il ne restoit de guerre qu'en Afrique contre les Maures, ennemis peu redoutables. La famine affligeoit l'Italie , surtout la ville de Rome , la Vénétie et la Ligurie. Les libéralités du pape , du clergé et des sénateurs, soulagèrent Rome ; la Ligurie et la Vénétie reçurent de grands secours de Cassiodore , qui fit ouvrir les greniers publics et distribuer du blé à très-bas prix. Décius , évêque de Milan , fut chargé de cette distribution. A ce sujet , Cassiodore , dans un édit pour la diminution des impôts, fait un éloge très -exagéré de Théodat. On peut lui passer le ton de déclamateur qui dépare tous ses ouvrages ; mais on ne lui pardonnera pas l'admiration qu'il témoigne pour ce méchant prince. On est même surpris qu'un magistrat si vertueux ne se soit pas retiré de la cour après la mort d'Amalasonte ,

et qu'il ait continué de servir le meurtrier de sa bienfaitrice.

L'empereur mit sur pied deux armées pour attaquer p™* G*f< les Goths en même temps aux deux extrémités de leur j'Jcmanecd. empire , qui s'étendoit depuis la Sicile jusqu'aux confins c'A/a*rc# cAr , de la Dace. Il confia ces deux expéditions à ses deux Jom,deirb. meilleurs généraux. Bélisaire, alors consul, qui venoït jdêm je suc> d'acquérir tant de gloire par la conquête de l'Afrique » cesSt fut envoyé en Sicile ; M on don , mii s'étoit signalé autrefois en faisant la guerre aux Romains , et depuis quelques années en combattant pour leur service, reçut ordre d'entrer en Dalmatie , et d'attaquer la ville de Salone. Bélisaire, selon sa coutume, ne voulut commander quHine armée peu nombreuse , mais bien choisie. Elle n'étoit que de sept mille cinq cents hommes , entre lesquels étoient trois mille Isaures , deux cents cavaliers huns et trois cents Maures. Il y joignit les meilleures troupes de la maison de l'empereur , dont il composa sa garde. Ses lieutenans - généraux étoient Constantin, Bessas, et Pérane, fils de Gurgène, ce roi d'Ibérie qui s'étoit réfugié à Constantinople. Il prit avec lui Bftiotios, fils de sa femme Antonine , jeune homme de dix-sept à dix-huit ans , mais qui joignoit une sagesse prématurée à la plus haute valeur. Dans cette petite armée, où tout respiroit la victoire, il n'y a voit de trop qu'une seule tête. C'étoit Antonine, qui , sans amour pour son mari , mais par un effet de son humeur inquiète et turbulente , s'obstinoit à le suivre dans toutes ses expéditions. Fille d'un cocher du Cirque et d'un&femme de théâtre , élevée dans la dissolution, elle avoit déjà plusieurs enfans lorsqu'elle fit tomber dans ses filets Bélisaire, qui l'épousa dans le même temps où Justinien eut la foiblesse d'épouser Théodora. Ces deux femmes ne cessèrent de punir leurs maris de ces indignes alliances. Antonine , encore plus effrontée que l'impératrice, loin de s'étudier* à cacher ses désordres, en aimoit l'éclat et le péril; elle

se faisoit honneur de triompher de son mari tandis qu'il- triomphoit des barbares. Bélîsaire, redouté des Vandales et des Goths , se laîssoît subjuguer par une femme sans pudeur. Elle l'avoit déjà déshonoré dans la guerre d'Afrique. Elle se fît suivre en Italie par un jeune homme auquel elle s'abandonnoit , quoiqu'il fût son filleul et celui de Bélîsaire. Il se nommoit Théodose. Antonine, pour l'attacher à sa personne, l'avoit fait intendant de sa maison. Bélîsaire fut averti ; mais sa femme savoit l'aveugler; et la vengeance cruelle qu'elle tira des premiers qui osèrent trahir ses débauches força les autres au silence. Théodose, effrayé dans la suite des dangers auxquels l'exposoit la fureur de s* maîtresse, prit Ihabit monastique pour couvrir son commerce criminel, sans être obligé de le rompre. Cette femme dissolue avoit d'ailleurs un esprit mâle et fécond en ressources. Au milieu des outrages dont elle fléli issoit son mari , elle lui rendit quelques services dans le cours de la guerre.

Tout étant prêt pour le départ , Bélîsaire eut ordre de faire loîle vers Carthage; mais, lorsqu'il seroit à la hauteur de la Sicile, il y devoit aborder, sous prétexte de rafraîçhir sa flotte, et tenter de s'en rendre maître, s'il croyoit pouvoir réussir; sinon continuer sa route vers l'Afrique, sans laisser transpirer son dessein. Bélisaire s'acquitta de sa commission avec son activité ordinaire. Il prit d'abord Catane, et entra dans Syracuse, dont le commandant lui ouvrit les portes; il ne trouva de résistance qu'à Panovme. La garnison refusa de se rendre. La place étoit forte, et Bélîsaire la jugeant imprenable du côlé 4e la terre, fit entrer sa flotte dans le port , qui étoit hors de la ville et s'étendoit jusqu'au pied des murs. Comme les mâts de ses vaisseaux s'élevoient au-dessus des murailles, il y fit guinder les chaloupes remplies de tireurs d'arc. Les habitans, accablés d'une grêle de flèches, prirent l'épouvante, et se rendirent

aussitôt. La prise de cette place acheva la conquête de • l'île. Bélisaire rentra dans Syracuse le dernier jour de l'année, au milieu des acclamations des habitans et d'une foule de Siciliens venus de toutes parts. Dans sa marche , il jeta de grandes sommes d'argent. Ce n'étoit pas seulement pour signaler ses succès : comment sortait ce jour- là du consulat, il voulut faire en Sicile les mêmes largesses qui ét oient d'usage à GonsUnrinople. li demeura le reste de l'hiver à Syracuse, pour assurer sa conquête, et pour mettre or cire au gouvernement vil. Enfin , au commencement d'avril , le mauvais état des affaires d'Afrique t'obligea de s'y transporter. Mais , avant que de raconter ce qu'il fil dans cette province, je vais rendre compte de ce qui se passoit alors en Italie et en Dalmatie.

La perte de la Sicile jeta Tbéodat dans de mortelles Proc. Gct. alarmes. Il croyoit déjà voir Bélisa ire aux portes de^^5;^; Ilavenne. Il apprit en même temps que Mondon, après *p- «» a3> avoir battu les Golhs en Dalmatie, s'étoit rendu maître de Salone. Pierre augmentent tes craintes de ce prince foibte, et ne traitoit phisavec lui que comme avec un ennemi déclaré. Incapable d'envisager le péril avec cou~ rage, Theodat, pour conserver sa couronne, consentit a (a déshonorer ; il convint de céder à J nstinien toute ht Sicile, de payer tous les ans trois cents livres «For t d'envoyer, toutes les fois qu'il en seroit requis, un corps de trois mille Goths; de ne jamais condamner à mort , ni même à la- confiscation de biens, aucun évêque, aucun sénateur, sans en avoir obtenu la permission ; il renonçoit an droit de conférer la dignité de pahrice ou de sénateur, ce que l'empereur seul pourroit faire à sa requête : dans les acclamations publiques on devoit toujours nommer l'empereur avant Théodat , auquel on n'éleveroit jamais de statue sans en ériger une à l'empereur, qui seroit placée à la droite. Pierre parïit avec ces propositions humiliantes. Mais à peine étoit-il à Dyr-:

rachium, qne Théodat, toujours agité d'inquiétudes, le fit revenir à Ravenne pour lui demander s'il croyoit que Justinien acceptât ses .offres : Je n'en sais rien, répondit l'adroit négociateur ; tout ce que je sais , c'est que mon maître , qui n'est pas aussi rempli que vous de belles rnfximes de Platon, n'a pas pour la guerre cette horreur que la philosophie vous inspire. Il pense à cet égard comme le vulgaire. Il regarde l'Italie comme l'ancien patrimoine de t empire, et se croit en droit de la revendiquer par les armes. Théodat , encore plus intimidé, consentit à céder l'Italie , à condition que Justi^ nien lui laisseroit en terres un revenu de douzecents livres pesant d'or. Il confirma cette promesse par un serment qu'il fit conjointement avec sa femme. Mais il exigea de Pierre qu'il jurât de ne point faire usage de cette dernière proposition que dans le cas où l'empereur rejeteroit les premières. Il le fit accompagner d'un évêque nommé Rusticus, qui devoit traiter immédiatement avec ce prince , et veiller sur les démarches de Pierre. Coss.Lm, Théodat crut n'avoir pas encore a^sez fait pour sa ^,\xIq!' 12 ' sûreté; il résolut d'employer auprès de Justinien des L?be^akc' s^tà*1*0™ qu'il pensoit être plus efficaces. Les era- »i. pereurs de Gonstantinople avoient toujours affecté de

Ai^st.A^ap, 6rana^s égards pour le sénat de Rome. Cette compagnie, Ami. mUc. l. quoique soumise de fait à la domination d'un prince Baronius. étranger, regardoit au fond ses anciens maîtres comme ivn?ladBa ses légitimes souverains, et conservoit avec eux des relations d'honneur et de déférence. Agapet avoit succédé au pape Jean n, dit Mercure, mort le vingt-sixième d'avril 535, et Justinien respectoit ce prélat, auquel il avoit envoyé sa profession de foi. Théodat menaça par lettres le pape et les sénateurs de les faire passer au fil de l'épée , s'ils ne détournoient l'empereur de l'expédition d'Italie. Il fallut obéir. Le sénat écrivit à Justinien une lettre humble et pressante pour lui demander la paix. Agapet se chargea de la commission ; et comme il man-

quoît d'argent pour le voyage, il engagea les vases sacrés , qui furent bientôt après rendus à l'église de Saint-Pierre par ordre de Cassiodore. Le pape arriva le 2 février à Constat) tinople ; il y fut reçu avec honneur ; mais il ne put rien gagner sur l'esprit de Justinien. Les troubles de l'Eglise de Gonstantinople le retinrent dans cette ville , où il mourut après un séjour de deux mois et demi , comme nous le dirons dans la suite. * *

Pierre et Rusticus , trouvant Justinien sourd aux pre- /J'J ^of# mières propositions , lui présentèrent la lettre par laquelle 1 ' C* ' 7' Théodat ' lui cédoit toute l'Italie. Aussitôt l'empereur renvoya Pierre avec un nouveau député , nommé Athanase ; il les chargea d'investir Théodat de la propriété des terres qu'il demandoit ; de passer avec lui le contrat de cession , et de le confirmer par serment. Pendant le voyage de ces députés les affaires changèrent de face , et une lueur d'espérance rendit le courage à Théodat. Asinaire et Grippa, entrés en Dalmatie à la tête d'une armée de Goths, marchèrent vers Salone. Maurice, fils de Mondon, envoyé pour les reconnoître, eut la témérité de les combattre avec des forces très-inégales. Il en coûta la vie aux Goths les plus braves ; mais le fils de Mondon y périt avec presque tous ses gens. A cette triste nouvelle, le père ne consulte que sa douleur; il part avec ce qu'il avoit de troupes, se jette en désespéré au milieu des ennemis, en fait un horrible carnage, les poursuit à outrance , et , prodiguant sa vie , est tué par un des fuyards. Cet accident fut pour les Romains un plus grand malheur qu'une sanglante défaire. Consternés de la perte de ce vaillant capitaine, ils abandonnèrent la Dalmatie. Les vaincus recueillirent le fruit de la victoire, et Grippa se rendit maître de Salone.

Ce médiocre succès rendit Théodat insolent. Il refusa àe signer le traité dont il avoit lui-même dressé les articles, et qu'il avoit juré d'avance. Sur les reproches que Pierre et Athanase lui faisoient de celte infidélité :

446 fitSTOI&t DU BIS-EMPIRE.

Songez, leur répondit- il fièrement, que la personne deâ ambassadeurs ne mérite plus de respect lorsqu'ils lé perdent eux-mêmes h l'égard du prince qui les reçoit. Les députés lui répliquèrent avec hardiesse qu'un ambassadeur n'étoit que l'organe de son maître ; que si ses discours ne plaisoient pas, c'éioitàson prince qu'il falloiten demander raison; que, pour eux, nulle menace ne les empêcfieroit de s'acquitter fidèlement de leur commission. Nous sommes venus, ajoutèrent-ils , pour vous sommer de la parole que vous avez librement donnée ; nous vous avons remis les lettres de l empereur; permettez que nous remettions aux seigneurs de votre cour celles dont nous sommes chargés pour eux. A ces mots les seigneurs, de peur de se rendre suspects, demandèrent que les lettres qui leur étoient adressées fussent remises entre les mains du roi. Justinicn les exhortoit à seconder Pierre et Athanase dans leur négociation ; il les invitoit à venir à sa cour, promettant de leur conserver leur dignité et leur fortune, et même d'accroître Tune et l'autre : Vous n'êtes pas étrangers h notre égard, leur disoit-il, vos pères ont habité parmi nous; nos liaisons sont héréditaires; elles n'ont pas été entièrement rompues : en tout cas, il est facile de les renouer* Après la lecture de ces lettres, le roi, outré de colère, s'assura de la personne des deux ambassadeurs, et les fit garder étroitement ' r rr .

La fierté de Théodat céda bientôt à de nouvelles alarmes. Justinien , affligé de la mort de Mondon , et résolu de reconquérir la Dalmatie, fit partir Constantien , son connétable, avec une flotte. Constantien, après avoir fait embarquer à Dyrrachium les troupes d'il— Jyrie, conduisit sa flotte au port d'£pidaure, où il mit à terre une partie de ses soldats* Grippa , qui commandoir dans Salone, ayant envoyé reconnoître les ennemis,' les coureurs prirent l'épouvante , et lui exagérèrent tellement lê nombre des Romains, qu'il crut avoir sur les

bras toutes les forces de l'empire. Il ne jugea pas à propos de les attendre dans Salone, dont les murailles étaient en partie ruinées, et les habitans mal affectionnés. Il en fit donc* sortir ses troupes, et alla camper entre cette ville et Scardone. Constantien, mieux servi par ses coureurs , et bien instruit de la position et des forces de l'en ne mi , fit voile vers Salone. Il aborda dans le voisinage, et dépécha Syphillas, un de ses lieutenans, avec cinq cents hommes, pour se rendre maître 'd'un défilé qui faisoit la communication de la ville et du camp des Goths. Le lendemain il entra sans résistance dans le port, et fit aussitôt travailler à réparer les brèches des murailles. Sept jours après, l'armée des Goths, trop foible pour tenir la campagne, reprit le chemin de Ravenne. Cfhstantien s'empara , sans coup férir, de toutes les places de la Dalmatie et de la Liburnie. Il sut même gagner par sa douceur le cœur des Goths établis dans ces contrées.

La mauvaise foi de Théodat et ses variations perpé- p^e. Fane!. tue lies ne méritoient plus de ménagement. Bélisaire re- a* °* l?>

çut ordre d'entrer en Italie, et d'employer toutes ses Theoph.pz forces pour rendre à l'empire cette belle contrée , qui en Aniut.p.6u étoit le berceau. Ce général arrivoit du voyage qu'il avoit fait dans le mois d'avril pour calmer les troubles dont l'Afrique étoit agitée. Il est temps de reprendre la suite des affaires de cette province , et de rapporter ce qui s'y étoit passé depuis la conquête. La présence de Bélisaire avoit contenu les Maures ; son départ leur rendit leur férocité naturelle. Il n'étoit pas encore sorti du port de Carthage, que tout le pays étoit en alarme. Salomon, qu'il avoit laissé en Afrique avec ses meilleurs officiers, recevoit à tous momens cfe tristes nouvelles. Ce guerrier, plein d'activité et de valeur, étoit bien digne de succéder à Bélisaire. Comme il avoit à peine assez de troupes pour conserver les postes les plus importans, et que les Maures se montroient de tous les côtés à la fois,

il ne savoit où porter du secours. Les garnisons de la Byzacène et de la Numidie étoient détruites. Mais rien ne lui causa une plus vive douleur que la perte irréparable des deux plus vaillans officiers que les Romains eussent en Afrique. Augan , qui s'étoit signalé à tant de batailles, et le brave Rufin, porte-étendard de Bélisaire, étoient en Byzacène à la» tête d'un corps de *■ cavalerie. Indignés de voir les campagnes ravagées et les habitans traînés en esclavage , ils se postèrent en embuscade dans un défilé, surprirent les Maures, les taillèrent en pièces , et délivrèrent tous les prisonniers. Au premier avis de cette défaite, Cuzinas et trois autres princes barbares , qui n'étoient pas loin de là avec une nombreuse cavalerie, accourent à toute bride, arrivent sur le soir, et enveloppent les vainqueurs. La supériorité du nombre l'emporte sur la bravoure ; les Romains, accablés de toutes parts , périssent en combattant. Augàn et Rufin , suivis de quelques cavaliers , se font jour au travers des escadrons; ils quittent leurs chevaux et montent sur une roche voisine, d'où ils écartent les Maures à coups de flèches. Tant qu'ils purent faire usage de leurs arcs, ils défendirent vaillamment les approches; mais, leurs carquois étant épuisés, ils se virent bientôt environnés d'une foule d'ennemis qu'ils repoussoient à coups d'épées. Il fallut enfin céder au nombre. Augan se fit hacher en pièces, et combattit jusqu'au dernier soupir. Rufin, couvert de blessures, fut pris par un des chefs, qui , craignant encore sa valeur , lui coupa la tête. Ce barbare , frappé de l'air martial et terrible qae cette tête conservoit par la force de ses traits et par l'épaisseur de sa chevelure , la porta dans sa demeure pour en donner le spectacle à ses femmes, au%si féroces que leur mari. A.». Quoique la perte de ces deux guerriers ne dût inspi-

rer à Salomon que des senti mens de vengeance, il tenta encore la voie de pacification. Il écrivit aux rois maures qu'ils ovoient apparemment oublié et le désastre des

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Vandales , et les sermens qu'ils aboient eux -mêmes faits h Bélisoire , et leurs propres en/ans donnes en otage , dont ils hasardaient la vie par leur révolte, lis répondirent que l'exemple des V andales riavoit pour eux rien d'effrayant. Vous ne les avez vaincus, disoicnt-ils , que parce que nous les avions auparavant affoiblis par plusieurs défaites. V ous nous accusez de perfidie ; c'est un reproche qui tombe à plus juste titre sur Bélisaire, dont les magnifiques promesses n'ont été suivies d'aucun effet. Quant aux menaces que vous nous faites de mettre h mort nos otages , c'est aux Romains à ménager leurs enfans , parce qu'ils n'ont chacun qul&ie seule femme ; pour nous , qui pouvons en avoir cinquante, nous ne craignons pas de manquer de postérité. Après une réponse si brutale, Salomon ayant pourvu à la sûreté de Carthage, marcha vei» la Byzacène. Il trouva Cuzinas et ses trois collègues campés dans la plaine de Mamma , au pied d'une chaîne de hautes montagnes; il s'y retrancha; et le lendemain , dès la pointe du jour, les deux armées se rangèrent en bataille. Celle des Maures avoit une disposition particulière, qui ne fut jamais en usage que quand une armée se voit enveloppée de toutes parts. Ces barbares ignoroient tellement la tactique, qu'ils sembloient avoir pris à tâche de perdre l'avantage que leur donnoit la supériorité du nombre. Comme ilsavoient une multitude innombrable de chameaux , ils les rangèrent en cercle sous douze rangs, en sorte que ces animaux faisoient face de tous côtés , chaque file étant composée de douze. Les fantassins remplissoient les intervalles ; ils étoient presque nus , n'ayant pour arme qu'une épée , une rondache et deux javelots. La coutume de ces barbares étoit de mêler avec les combattans quelques femmes qui tenoient leurs enfans entre leurs bras, apparemment pour animer les soldats par la vue de ce qu'ils avoient de plus cher. Le reste des femmes étoit placé au centre du cercle. Elles suivoient leurs maris à la guerre,

et partageoient avec eux les travaux. On les employoit à planter les palissades, à dresser les tentes, à panser les chevaux et les chameaux, a fourbir et à aiguiser les armes. La cavalerie, postée sur le penchant des montagnes, laissoit un grand espace entre elle et l'infanterie. Les Maures étoient au nombre de cinquante mille hommes. Salomon n'en avoit pas dix mille; mais, grâce à la mauvaise disposition des ennemis, il pouvoit choisir dans leur armée telle partie qu'il jugeroit à propos d'attaquer; le reste devenoit inutile, à moins de rompre l'ordonnance; ce qui entraînoit le désordre et la défaite. Il attaqua du c4| de la plaine, pour ne pas s'engager entre la cavalerie et l'infanterie. Le commencement du combat ne fut pas favorable aux Romains. Leurs chevaux, effarouchés de l'aspect et du cri des chameaux, prenoient la fuite, jetant par tefre leurs cavaliers, que les Maures pcrçoient à coups de dards. Pour remédier à ce désordre, Salomon sauta de son cheval et fit mettre pied à terre à toute sa cavalerie. Il donna ordre à ses soldats de se tenir fermes, les rangs serrés, et bien couverts de leurs boucliers. Pour lui , à la tête de cinq cents hommes, il court entamer le cercle, tombant sur les chameaux à grands coups d'épées. Les fantassins qui garnissoient les intervalles de ce côté-là ne tardèrent pas à prendre la fuite. Les Romains pénétrèrent jusqu'an centre, où étoient les femmes. Alors tous les Maures se débandent , et fuient vers les montagnes, poursuivis par les Romains , qui en font un grand carnage. Il en resta dix mille sur la place. Les femmes, les enfans , les chameaux que le fer avoit épargnés furent emmenés à Carthage, où la victoire fut célébrée par des fêtes publiques.

Plus irrités que consternés de leur défaite , les barbares firent un nouvel effort. Toute la nation prit les armes; et Salomon, à peine de retour, apprit qu'une armée beaucoup plus nombreuse que celle qui venoit

d'être battue ravageoit de nouveau la Byzacène , et passoît tout au fil de l'épée, sans distinction d'âge ni de sexe. Il marche aussitôt , et s'arrête au pied du mont Burgaon , sur lequel les Maures étoient campés. Il y demeura plusieurs jours. Les ennemis, qui avoient appris à craindre les Romains en rase campagne, étoient bien résolus de conserver l'avantage du poste. Le mont Burgaon est inaccessible vers l'orient; mais vers l'occident il s'abaisse en pente douce et présente un accès facile. Il est accompagné, à droite et à gauche, de deux rochers d'une prodigieuse hauteur, qui ne sont séparés de la montagne que par un passage étroit, mais ■ trèsprofond. Les Maures étoient campés du côté de l'occident, au milieu de la descente; ils n'avoient posté aucunes troupes ni au-dessus d'eux , d'où ils ne craignoient point d'attaque, ni au-dessous, parce qu'ils se croyoient sûrs d'accabler les Romains à coups de traits avant que ceux-ci pussent les atteindre. Ils tenoient leurs chevaux tout bridés à côté d'eux , à dessein de fuir ou de poursuivre selon l'événement. Salomon , voyant les Maures déterminés à conserver leur poste , et ses soldats impatiens de quitter ce terrain aride et stérile, résolut de monter aux ennemis. Mais, pour s'assurer du succès, il voulut obtenir par adresse l'avantage que le lieu sembloit lui refuser. Il donna ordre à Théodore, capitaine des gardes de nuit, de prendre avec lui mille soldats dispos et agiles , de grimper avec eux pendant la nuit au sommet de la montagne, par le côté qui paroissoit impraticable, de s'y tenir tranquilles jusqu'au jour, et alors de lever leurs enseignes et d'accabler les ennemis à coups de traits. L'ordre fut exécuté sans que les Maures ni les Romains mêmes en eussent aucun soupçon. Car, Théodore étant parti au commencement de la nuit, on pensa qu'il n'avoit d'autre dessein que de battre la campagne et de garder les avenues du camp. Salomon fit marcher son armée de grand matin ; et , dès que le jour

commença à paraître , les Romains et les Maures furent également surpris d'apercevoir un corps de troupes sur le haut de la montagne.^Bientôt une grêle de traits qui tomboit sur les Maures lit connoître aux Romains que c'étoit un détachement de leur armée ; et ce secours imprévu redoubla leur courage. Les Maures, au contraire, enfermés entre deux troupes ennemies , sans pouvoir ni monter ni descendre, prirent l'épouvante; et , s'enfuyant par le travers de la montagne , partie à pied , partie »i cheval, aveuglés par la terreur, ils se perçoient mutuel- . lé*ment de leurs armes, et se précipitoient en foule , hommes et chevaux , dans cette gorge étroite et profonde qui les séparoit du rocher voisin. Enfin les cadavres, amoncelés les uns sur les autres , ayant comblé le passage, servirent de pont à ceux qui suivoient pour gagner le rocher, où les Romains» ne se hasardèrent pas à les poursuivre. Dans cette horrible confusion, il périt cinquante mille Maures , sans qu'il en coûtât une goutte de sang aux Romains. On prit un des chefs , nommé Esdilas, et avec lui toutes les femmes et une si grande multitude d'enfans, que les soldats romains donnoient une jeune Maure pour un mouton. Ceux qui échappèrent de la défaite ne trouvant plus de sûreté dans le pays, se retirèrent en Numidie auprès dYabdas, qui tenoit le mont Aurase. Il ne resta dans la Byzacène que les Maures sujets d'Antalas, jusqu'alors fidèle aux Romains,

La Numidie n'étoit pas plus tranquille. Yabdas, suivi de plus de trente mille Maures, y faisoit de grands ravages. Un des capitaines de Bélisaire, nommé Althias, illustre par sa valeur, commandoit dans un canton de la province. Il n'avoit à sa suite que soixante-dix cavaliers de la nation des Huns. Comme il n'étoit pas en élat de tenir la campagne , il cherchoit quelque défilé à la faveur duquel il pût surprendre les ennemis. Mais la Numidie est un pays découvert , qui n'offre de toutes parts que de vastes plaines. Il trouva cependant près

de la ville de Tigisi un lieu propre à son dessein. C'était un bassin formé par une source abondante et bordé de roches escarpées. Il s'y mit en embuscade, ne doutant pas que les Maures , qui désoloient le voisinage , ne vinssent bientôt s'y désaltérer, les environs ne fournissant pas une goutte d'eau. Il ne fut pas trompé dans sa conjecture. On était dans le fort de l'été , dont les ardeurs sont insupportables au milieu de ces sables arides. Les Maures , dévoies d'une soif brûlante , accoururent à la fontaine, et , trouvant le lieu fermé par les ennemis, ils s'arrêtèrent épuisés de langueur, et souffrant le supplice de Tantale à la vue de cette eaiwni'ils ne pouvoient atteindre. Yabdas , s'étant approché , offrit au capitaine le tiers de son butin , s'il consentait à laisser boire ses soldats. Althias rejeta l'offre, et lui proposa le combat singulier, sous la condition que le vainqueur resteroit maître de la fontaine. Le roi accepta le défi, et ses cavaliers, ravis de joie, se tenoient assurés de la victoire, Althias étant d'une taille grêle et fort petite, au lieu qu'Yabdas était le mieux fait et le plus vaillant des Maures. Ils prennent carrière, et reviennent l'un sur l'autre. Yabdas lance le premier son javelot , qu'Althias eut l'adresse de saisir et la force d'arrêter de la main droite; en même temps, maniant son arc de la main gauche , dont il savoit également se servir, il abat d'un coup de flèche le cheval de son ennemi. Les Maures, effrayés , remontent Yabdas sur un autre cheval , et disparussent avec lui. Althias demeura maître de tout le butin, et ce combat le rendit célèbre dans toute l'Afrique.

Yabdas se retira sur le mont Aurase, dont les Maures s'étoient emparés plus de cinquante ans auparavant sous le règne d'Hunéric. Cette montagne, située près du fleuve Ampsagas, à treize journées de Carthage, étoit la plus haute de toute l'Afrique connue des Romains. Elle occupoit un terrain de trois journées de circuit. La pente hérissée de rochers n'offroit aux yeux rien que d'af-

freux et de sauvage; mais le sommet préscntoit le paysage ' le plus délicieux ; une vaste plaine, arrosée de ruisseaux, enrichie de moissons et de fruits d'un goût exquis, une fois plus gros que dans le reste de PAfrique. Les Maures n'y avoient point bâti de forts , le lieu se défendoit assez de lui-même. Ils avoient ruiné Tamugade , ville grande et peuplée, à Pentrée de la plaine qui conduisoit au mont Aurase, afin qu'elle ne pût servir de place d'armes aux ennemis. Salomon , pour délivrer la Njmiidie des ravages d'Yabdas, résolut de Palier relancer dans sa retraite. Deux rois maures vinrent le joindre avec leurs troupes, et s'offrirent à lui servir de guides ; il crut pouvoir se fier à ces princes , parce qu'ils étoient en guerre avec Yabdas. Il partit de Carthage , et le jour même qu'il arriva au pied de la montagne , il s'approcha en ordre de bataille , ne doutant pas que les ennemis ne voulussent en disputer l'accès. Comme ils ne paroissoient point, il fit monter ses soldats , qui , grimpant avec peine de rocher en rocher, s'arrêtèrent , après deux heures de fatigue , pour passer la nuit. Ils ne firent pas plus de chemin les jours suivans. Enfin le septième jour ils gagnèrent un des sommets, sur lequel , au rapport de leurs guides, les ennemis les attendoient. Ils ne trouvèrent qu'une vieille tour et un ruisseau , mais point d'ennemis. Ils y restèrent campés trois jours sans apercevoir aucun des Maures , qui , connoissant les détours de la montagne , se déroboient aisément à leurs yeux. Comme ils étoient menacés de manquer bientôt de vivres, ils commencèrent à se défier de leurs guides. En effet -, ceux - ci les trahissoient , instruisant les Maures de la marche des Romains , qu'ils trompoient par de faux avis. Salomon , s'en étant convaincu , craignit des effets encore plus funestes de leur perfidie ; et voyant d'ailleurs qu'un plus long délai exposoit ses soldats à mourir de faim, il prit le parti d'abandonner l'entreprise , et regagna la plaine.

Comme l'hiver approchoit , il laissa en Numidie une partie de ses troupes pour défendre la province, et ramena le restte à Carthage. Son dessein étpit de retourner au mont Aurase dès que la saison le permettroit, ruais avec plus de précaution, et sans employer le secours des Maures , dont il a voit éprouvé la perfidie. En même temps il songeoit à purger la Sardaigne d'une troupe de brigands. C'étoient des Maures que les Vandales avoient autrefois relégués dans cette île avec leurs femmes pour en délivrer l'Afrique. Cesbannis, d'abord en petit nombre, et détenus dans des prisons, s'échappèrent et se cantonnèrent dans les montagnes voisines de Cagliari , où ils se multiplièrent jusqu'au nombre de trois mille. Sortant alors de leurs retraites, ils couroient les campagnes et faisoient d'affreux ravages.

Salomon se préparait à les exterminer, lorsqu'une ré- Pt-oc. Got. voile de ses propres soldats le mit en danger de la vie. ^vUop/lf 'p. Voici quel en fut le sujet. L'empereur, ayant réuni à 172son domaine les terres conquises en Afrique , les avoit données à ferme aux soldats, et ceux-ci avoient épousé les veuves et les filles des Vandales. Ces femmes , se voyant avec dépit devenues simples fermières des biens qu'elles avoient possédés , persuadèrent à leurs maris que ces terres leur appartenoient. C'est notre dot, disoient-elles , ces fonds ont du passer entre vos mains par notre mariage. Est-il juste qu'en épousant nos vainqueurs nous ayons perdu la fortune dont nous jouissions avec les vaincus ? Les soldats , peu instruits pour l'ordinaire des droits de propriété, trouvèrent ce titre très- légitime. Ils portèrent leurs plaintes à Salomon, qui s'efforça , mais en vain , de leur faire entendre qu'ils dévoient être contens qu'on leur eût abandonné l'or et l'argent des barbares ; qu'ils étoient au service de l'empereur , qui les avoit armés , payés , entretenus , et auquel ils avoient prêté serment ; que ce n'était pas pour eux - mêmes qu'ils avoient combattu , mais pour

rendre h V empire ses anciennes possessions ; que les conquêtes appartenoient à Vèlat , et que c'èloit renoncer au caractère de Romains que de se prétendre les successeurs des V andales. Les soldats ne furent point satisfaits de ces raisons ; ils étoient encore animés par les ariens qui se trouvoient parmi leurs camarades. Il y en avoit environ mille dans les troupes de Salomon , entre lesquels on comptoit plusieurs Hérules , les plus mutins des barbares. Comme l'empereur avoit défendu le culte public à tous les hétérodoxes, les prêtres vandales, désespérés de se voir privés de leurs fonctions, les excitoient à la révolte ; et de ce ton dévot que les séditieux savent si bien prendre ils leur représentoient que la fête de Pâques approchoit , et que ce seroit pour eux le comble du malheur et de l'infamie de ne pouvoir faire baptiser leurs en fans ni célébrer selon leurs usages cette sainte solennité. Ils étoîent secondés par d'autres Vandales répandus dans Carlhage. Nous avons dit que Justinicn avoit envoyé en Orient les prisonniers de cette nation , amenés par Bélisaireà Constantinople. Environ quatre cents d'entre eux étant arrivés à Lesbos, se rendirent maîtres des navires qui les portoient , et forcèrent les matelots de les reconduire en Afrique. Abordés en Mauritanie, sur une côte déserte, ils gagnèrent le mont Aurase, et plusieurs revinrent à Carthage, où ils sotiffloient secrètement le feu de la sédition.

Le nombre des mécontens croissoit tous les jours. Ils s'assembloient , ils s'aigrissoient les uns les autres, ils se lioient par des sermens. Les approches de la fête de Pâques embrasoient de plus en plus le faux zèle des ariens. Dans un si grand nombre de conspirateurs le secret étoit difficile : cependant aucun avis ne parvint jusqu'à Salomon , parce que la plupart de ses gardes et de ses domestiques entroient dans le complot. Le jour de Pâques, qui tomboit cette année au vingt-troisième de mars , Salomon assistant à l'office dans une parfaite

HISTOIRE Dt/ BAS-EMPIRE. 4^7

sécurité, les conjurés vinrent à l'église , dans le dessein de le poignarder. Ils l'enveloppèrent ; et , s'animant mutuellement par leurs regards , ils port oient, déjà la main à leurs épées ; mais la vue des autels et les yeux de leur général, dont la vertu imprimoit le respect, les glacèrent d'effroi ; ils se retirèrent en tremblant , se reprochant les uns aux autres leur foiblesse. Ayant remis l'exécution au lendemain , ils furent saisis de la même terreur , et sortirent encore sans rien faire. Désespérés d'avoir deux fois manqué leur coup , ils s'attroupent à la porte de l'église, et , par un emportement plenAÎ'imprudence , ils s'accablent publiquement de reproches , se traitant réciproquement de lâches , de traîtres, de vils esclaves de Salomon. Après un éclat si indiscret , la plupart sentirent bien qu'il n'y a*oit plus pour eux de sûreté dans Garthage. Ils en sortirent pleins de fureur , et commencèrent à ravager la contrée , forçant les villages et massacrant tous ceux qu'ils trouvoient. Quelques-uns eurent assez d'assurance pour rester dans la ville; et , tranquilles dans leurs maisons, ils feignoient d'ignorer le complot.

Salomon , instruit enfin du danger qu'il couroit encore , ne prit pas l'épouvante. Il essaya de ramener par la douceur les conjurés qui étoient demeurés à Cartilage. Ceux-ci parurent d'abord touchés de ses discours ; mais cinq jours après , animés par l'exemple de leurs camarades qui impunément désoloient le pays , ils s'assemblèrent dans le Cirque , où , poussant des crb tumultueux , ils insultoient Salomon et les autres capitaines. Salomon leur envoya Théodore de Cappadoce , quoiqu'il se défiât de cet officier , qu'il soupçonnoit même d'avoir voulu attenter à sa vie. Il vouloit sans doute l'éprouver dans cette conjoncture , et s'assurer de ses véritables dispositions. Les soupçons de Salomon étoient injustes ; Théodore le servit de bonne foi , et tâcha d'apaiser les séditieux. Mais ecux-ci , au lieu de

Técouler , le proclamèrent leur général ; et , le forçant de marcher au milieu d'eux , ils le conduisirent avec grand bruit au palais. En y entrant , ils égorgèrent un autre Théodore , capitaine des gardes , celui - là même dont la valeur avoit tant contribué à la victoire remportée sur le mont Burgaon. Ce meurtre redoublant leur rage , ils courent par toute la ville, égorgent tous les amis de Salomon , sans épargner ceux- mêmes qui leur offroient de l'argent pour racheter leur vie. Ils pillent les maisons, jusqu'à ce que, la nuit étant venue, la débauche et l'ivresse succèdent à la fureur et au carnage.

Pendant ce tumulte , Théodore , échappé de leurs mains , s'étoit renfermé dans sa maison , détestant le commandement dont la révolte avoit prétendu l'honorer. Salomon se tenoit caché dans la chapelle du palais. Martin vint Yy trouver au commencement de la nuit ; et lorsqu'ils crurent les séditieux endormis , ils passèrent chez Théodore, qui, les ayant obligés de prendre quelque nourriture , les escorta jusqu'au port et les embarqua dans une chaloupe. Ils n'avoient avec eux que cinq domestiques avec l'historien Procope , que Betisaire avoit laissé auprès de Salomon pour l'aider de ses conseils. Après avoir fait douze ou treize lieues en côtoyant le rivage , ils arrivèrent à Massua ; c'étoit un port dépendant de Carthage. Salomon fit partir Martin pour aller en Numidie avertir Valérien et les autres officiers qui commandoient dans eette province d'empêcher, par tous les moyens possibles, que la contagion de la révolte ne se communiquât à leurs soldats. Il manda à Théodore de veiller à la conservation de Carthage. Après avoir pris ces sages précautions, il passa en Sicile avec Procope , et pressa vivement Bélisaire de se transporter en Afrique, où l'autorité impériale étoit indignement outragée.

Proc. Got. Les rebelles , instruits de la retraite de Salomon , mais

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. /p9

trop foibles pour se rendre maîtres de Carthage, sor- Ma™, chr. tirent de la ville, et se rassemblèrent dans la plaine de ,73*^3/' Bule, où ils choisirent pour chef Stozas, un des gardes Jorn> SUCm deMartin , homme hardi et entreprenant, mais perfide etsanguinaire. Ils espéroient sous sa conduite chasser du pays tous les commandans envoyés par l'empereur , et s'emparer de l'Afrique entière. Stozas appela sous ses enseignes ce qui restoit de Vandales ; il enrôla grand nombre d'esclaves/; et, ayant formé une armée de huit mille hommes , il marcha vers Carthage , persuadé qu'il y entrerait sans résistance. Lorsqu'il fut à la vue de celle grande ville , il la fit sommer de se rendre , promettant de n'y faire aucun désordre. Théodore, à la tête des principaux habitans , répondit qu'ils étoient résolus de demeurer fidèles à l'empereur ; et , pour inspirer à Stozas des sentimens pacifiques, il lui envoya Joseph, attaché au service de Bélisaire, qui venoit d'arriver à Carthage pour une commission particulière. Stozas , irrité de la réponse , fit tuer Joseph , et s'approcha de la ville.

Malgré les instances de Théodore, le peuple songeoit à se rendre : on avoit résolu de capituler le lendemain , lorsque Bélisaire entra pendant la nuit dans le port ; il n'avoit qu'un seul vaisseau, et n'amenoit avec lui que Salomon et cent hommes choisis dans sa garde. Les rebelles dormoient tranquillement, dans la confiance qu'à leur réveil on leur apporterait les clefs de la ville. Mais au point du jour, quand ils apprirent l'arrivée de Bélisaire, frappés de ce nom seul , ils décampèrent en confusion. Bélisaire, ayant assemblé deux mille hommes, dont il embrasa le courage par ses paroles et pai* ses libéralités, se mit à la poursuite des troupes de Stozas, et les atteignit près de Membrèse, à seize ou dix-sept lieues de Garthage. Les deux armées campèrent , celle de Bélisaire près du fleuve Bagradas, celle de Stozas sur une hauteur de difficile accès.

46o HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

Le lendemain on se rangea en bataille de part et d'autre ; les révoltés se noient sur la supériorité de leur nombre, et les soldats de Bélisaire sur la haute capacité de leur général, méprisant leurs ennemis comme une troupe de brigands que le crime avoit attroupés, sans chef, sans discipline , sans honneur. Comme ils s'approchoient pour en venir aux mains, il s'éleva un vent impétueux qui , donnant en face sur l'armée de,Stozas, lui fit craindre que les traits de ses soldats ne perdissent de leur force , tandis que ceux des ennemis . en acquerraient davantage. Dans cette pensée , il fit un mouvement à droite pour tourner l'armée de Bélisaire et prendre le dessus du vent. Comme il prêtoit le flanc, et que cette évolution ne se faisoit pas sans quelque désordre, Bélisaire profita du moment, et chargea les ennemis dans cette position flottante et mal assurée. Ils furent enfoncés du premier choc ; et , prenant aussitôt la fuite, ils ne se rallièrent qu'en Numidie, où ils reconnurent avec confusion qu'ils n'avoient perdu que peu de soldats , dont la plupart étoient Vandales. Le vainqueur ne jugea pas à propos de les poursuivre; il se contenta de les avoir chassés avec sa petite troupe, et livra leur camp au pillage. On y trouva beaucoup d'argent , et grand nombre de ces femmes qui avoient été la première cause de la rébellion. Bélisaire, de retour à Carthage, reçut nouvelle de la Sicile qu'il s'étoit élevé une sédition dans ses troupes , et qu'il étoit à craindre qu'elle n'eût des suites funestes, s'il ne revenoit au plus tôt. On peut dire que la supériorité de ce grand homme avilissoit les autres capitaines ; les soldats qu'il avoit une fois commandés ne pouvoient qu'avec peine obéir à d'autres : ainsi qu'un coursier vigoureux , accoutumé à la main d'un adroit écuyer , souffre impatiemment et désarçonne un cavalier moins habile. Après avoir donné, dans le peu de temps qui lui restoit , le meilleur ordre qu'il pût aux affaires de l'Afrique, il confia le soin de Carthage à

Théodore et à Ildiger, et repassa en Sicile avec Salomon, qui se rendit à Constantinople.

Dès que Bélisaire fut éloigné , Stozas reprit l'avantage. Marcel commandoit en Numidie; il avoit sous ses ordres Cyrille, Barbalus , Térence et Sérapis. Ayant appris que Stozas étoit à Gazophyle, petite ville à deux journées de Constantine, et qu'il y rassembloit ses troupes, il marcha pour le surprendre avant qu'elles fussent réunies. Les deux corps étoient en présence et prêts à se charger, lorsque Stozas s'approchant des ennemis à la portée de la voix : « Camarades ( s'écria-t-il ) , « quelle fureur vous aveugle? Victimes d'une injuste « tyrannie, vous attaquez vos amis, vos frères, qui ne « cherchent qu'à vous affranchir en se vengeant eux- « mêmes. Avez-vous donc oublié qu'on vous refuse de- « puis long -temps cette misérable paie, unique salaire » de vos fatigues et de vos blessures ; qu'on vous enlève « les dépouilles que vous avez acquises par tant de pé- « rils? Vos généraux veulent jouir seuls des fruits de « votre valeur; ils s'enrichissent de votre misère, ils « s'enivrent de votre sang ; et vous suivez en esclaves ces « maîtres avares et impitoyables ! Si je vous suis odieux , « déchargez sur moi votre colère ; me voici en butte à « vos traits , mais épargnez vos frères. Si vous n'avez à « me reprocher que ma compassion pour vous et pour « vos camarades, joignons nos armes, et défendons en- « semble nos intérêts communs. >» Pendant qu'il parloit ainsi, Marcel et les autres officiers crioient à leurs soldats d'avancer, et de tirer sur ce rebelle; mais les soldats, sourds à leurs ordres, n'écoutoient que Stozas. Attendris par ses paroles, ils courent à lui, ils l'embrassent avec larmes, ils se joignent à sa troupe. Marcel et les autres généraux s'enfuient dans l'église de Gazophyle. Stozas, à îa tête des deux armées réunies, investit cet asile : les généraux en sortent sur sa parole ; mais , par une sacrilège perfidie, il les fait égorger à ses yeux.

46* HISTOIRE DtJ BAS-EMPIRE.

Proc. Got. La sédition des troupes de Sicile nVut aucune suite Marc. chr. fâcheuse. Le retour de Bélisaire rétablit le calme : il J°eTcVob *rouva son camp aussi tranquille qu'il l'avoit laissé. lise idem de suc- disposa sans perdre de temps à passer en Italie, selon les ordres qu'il recevoit de l'empereur. Ayant mis garnison dans Syracuse et dans Panorme, il passa de Messine à Rhége. A peine y fut-il arrivé , que tous les peuples d'alentour l'envoyèrent assurer de leur obéissance : leurs villes étoîent sans défense, et ils détestoient le gouvernement des Goths. Mais la plus importante de tontes ces défections fut celle d'Ebrimuth, le gendre de Théodat, dont il avoit épousé la fille Théodenan te. Son beaupère l'avoit envoyé vers le détroit avec quelques troupes pour défendre le pays. Dès qu'il sut que Bélisaire étoit à Rhége , regardant déjà l'Italie comme perdue pour les Goths, il alla se jeter aux pieds du général romain , et le pria de le recevoir au service de l'empire. Bélisaire l'envoya à Constantinople, où il fut comblé d'honneurs et revêtu du titre de patrice.

Pi'oc. Got. De Rhége l'armée romaine traversa sans opposition 9 , io.6 'e Pays d*es Brutiens et la Lucanie, la flotte côtoyant le Jo™rn%°rcb r*va£e* Elle arriva devant la ville de Naples, alors moins get.c. 60. grande quelle n'est aujourd'hui , mais très-forle, et dédesuc- fen(jue par une nombreuse garnison. La mer d'un côté,

< es s.

Aer**h?i1' ^e ^au*re ses nîllra*^es bâties sur un terrain escarpé , en mise. l. id. rendoient les approches très-difficiles. Bélisaire fit entrer la flotte dans le port, où elle jeta Pancre hors delà portée du trait. Il campa sur le rivage avec ses troupes de terre, et prit par composition une forteresse qui défendoit l'entrée du ' faubourg. Les habitans lui députè- • rent Etienne, qui lui représenta que les Napolitains né/oient pas les maîtres de leur ville , que la garnison y domino it , et que cette garnison même ne pouvoit se rendre aux Romains impunément , ses biens , ses femmes, ses en/ans étant entre les mains de Théodat ; que Bélisaire agissoit contre ses propres inté-

rets en s' arrêtant devant une place peu importante ; qu'il devoit aller attaquer Rome , dont la prise entraîneroit Naples et toute l'Italie ; que si , au contraire, iléchouoit devant Rome , il ne pourroit conserver les conquêtes précédentes , et que le sang qu 'il auroit répandu devant Naples seroit versé en pure perte. Bélisaire répondit qu'il n 'avoil point de conseil à recevoir des Napolitains ; que l'empereur Venvoyoit pour les tirer d'esclavage ; que ce seroit une folie de combattre leur libérateur, et de faire pour conserver leurs chaînes les efforts que des gens sages font pour se mettre en liberté ; qu'il laissoil a la garnison le choix d entrer au service de V empereur ou de se retirer ; que , si les habitons acceptaient la liberté qu'il leur offroit, il leur donnôit parole de les traiter aussi favorablement qu'il venait de traiter les Siciliens; que, s'ils préj^roient de rester en servitude , il se-* roit forcé d'en user avec eux comme avec des esclaves.

Etienne, gagné en secret par Bélisaire, employoit tons ses efforts pour déterminer ses concitoyens à se rendre. Il étoit secondé par Antiochus , marchand syrien établi à Naples , qui avoit grande réputation de prudence et de probité. Mais deux avocats fort accrédités, Pastor et Asclépiodote , attachés d'inclination et d'intérêt au parti des Goths, traversoient de toutes leurs forces les intentions d'Etienne ; et pour y réussir , sans manifester leur dessein , ils engagèrent le peuple à demander des avantages si excessifs, qu'ils étoient bien persuadés que Bélisaire ne les accorderoit jamais. Le général romain se douta de l'artifice; et, pour le rendre inutile, il accorda tout. Les habitans , ravis de joie, couroient déjà aux portes pour les ouvrir à l'armée romaine; et les Goths, trop foibles pour résister à ce concours, frémissoient de dépit , et songeoient à la retraite , lorsque Pastor et Asclépiodote, se jetant au-devant de la multitude: « Citoyens (s'écrièrent-ils), écoutez les derniers sou- « pirs de la patrie , dont vous allez déchirer les entrailles.

« Si vous vous fiez aux promesses de vos ennemis , avez- « vous aussi parole de la fortune qu'elle favorisera leur « témérité , et qu'une poignée d'aventuriers sans appui « et sans ressource terrassera dans cette guerre toute la . « puissance des Goths? Si les Gothssont vainqueurs, « comment traiteront-ils un peuple perfide qui les aura « trahis au premier signal de Bélisaire? s'ils sont vain- « eus, quel égard Bélisaire aura-t-il pour des traîtres? «e Combattez pour vos maîtres ; ils récompenseront votre « zèle; ou , s'ils succombent, l'ennemi vous pardonnera « votre fidélité. Que craignez-vous? Vos magasins ue « sont-ils pas pourvus de vivres? n'avez-vous pas une « forte garnison pour vous défendre.? Bélisaire connoît « vos forces mieux que vous ne les connoissez vous- « mêmes. S'il espéroit vaincre votre résistance, vous « prodigueroit-il tant de faveurs Pensez-vous qu'il « veuille ménager notre ville? Si cétoit son dessein, il « iroit d'abord attaquer Théodat, dont la défaite vous « mettroit entre ses mains, sans péril pour vous et sans « déshonneur. » En même temps ils présentèrent au peuple les marchands juifs, qui répondirent sur leur tête que la ville ne manquerait jamais de vivres tant que dureroit le siège ; et les officiers de la garnison , qui I protestèrent qn ils la défendroient seuls, sans qu'il en coûtât une goutte de sang aux citoyens.

Ces promesses firent plus d'effet que celles de Bélisaire; on lui signifia qu'il eût à s'éloigner de Ja ville. Lorsqu'il vit toute négociation rompue, il vint camper au pied des murs , et donna plusieurs assauts , toujours avec perte. Il fit couper Taquéduc , sans causer beaucoup d'incommodité aux habitans; ilsavoient des puits dans la ville même. Cependant , comme le nom seul de Bélisaire lesalarmoit, ils envoyèrent à Théodat demander un prompt secours. Mais ce prince , sans résolution comme sans prévoyance, se croyoit lui-même assiégé, et n'osoit détacher aucune partie de ses troupes. Béh-

saïre n'avoit pas moins d'inquiétude ; il jn 'espérait plus rien , ni de la part des habitans, ni de ses propres efforts, et voyoit avec chagrin qu'en perdant la belle saison devant cette place, il se réduisoit à la nécessité d'attaquer Rome et Théodat pendant l'hiver. Il prit donc le parti de lever le siçge, et donna Tordre de se préparer au départ. Tout étoit prêt, et l'armée devoit se mettre en'marche le lendemain, lorsqu'un heureux ha* sard vint lui offrir le succès qu'il n espérait plus.

Un soldat isaure , curieux de voir la structure d'un aqueduc, entra dans celui que Bélisaîre avoit fait couper assez loin Je la ville. En s'avançant il rencontra un rocher percé d'un canal assez large pour donner cours à l'eau , mais trop étroit pour laisser passer un homme. Il jugea qu'en élargissant ce canal , on pourrait pénétrer jusque dans la ville, et revint communiquer sa découverte à Paucaris, son compatriote et garde de Bélisaîre. Paucaris en donna aussitôt avis à son général, qui lui commanda de prendre avec lui quelques ïsaures, et de travailler à élargir le passage, mais sans bruit, de peur de se faire entendre des assiégés. Les ïsaures s'acquittèrent si bien de cette commission, qu'en peu d'heures ils eurent pratiqué un chemin assez large pour un homme armé. Alors Bélisaîre, se voyant sur le point de se fendre maître de Naples, voulut encore, par un effet de sa bonté naturelle , épargner aux habitans les désastres dont ils éloient menacés. Il demanda une entrevue avec Etienne , et , après lui avoir rappelé les horreurs qu'éprouve une ville forcée;* «Je vois avec dou- .« leur (lui dit-il) que tous ces maux ?ont fondre sur « Naples ; je suis assuré de la prendre ; j'en ai un moyen « infaillible. C!est une ville ancienne, habitée ^>ar des « chrétiens et par des Romains. J'ai regret de la voir « périr. Mais pourrai-je retenir la fureur des barbares « qui composent une grande partie de mon armée, et « qui brûlent de venger leurs frères et leurs amis tués

BIST. DU BAS-EMP. ÏOM. IV. 3o

« au pied de vos murs? Epargnez votre propre sang: « rendez-vous tandis qu'il en est encore temps , ou n'ac- « cusez que vous-même des maux que vous allez éprou- « ver. >» Etienne, péne'tré de douleur, rapporta ces paroles aux habitans , qui, n'en tinrent aucun compte. Dieu, dit Procope, vouloil punir les Napolitains.

Bélisaire, les voyant obstinés à leur perte, çhoisitsur le soirquatre cents hommes, et leur commanda de prendre leurs armes et d'attendre ses ordres. Il en donna la conduite à deux officiers nommés Magnus et Ennès, qu'il instruisit de ce qu'ils avoient à faire. La nuit étant venue, ils prirent des lanternes, et conduisirent leur troupe vers l'aqueduc. Ils étoient accompagnés de deux trompettes , qui dévoient se faire entendre lorsqu'il auroient pénétré dans la ville. Bélisaire avoit fait préparer des échelles pour monter à l'escalade dans le même moment : il avoit donné ordre à toutes ses troupes de se tenir alertes et sous les armes. Lorsque le détachement fut entré dans l'aquéduc, la plus grande partie prit l'épouvante, et retourna sur ses pas, malgré les efforts que faisaient leurs conducteurs pour les retenir. Bélisaire les reçut fort mal, et les fit remplacer par deux cents soldats des plus braves de l'armée. Photîus, son beaufils, emporté par une bouillante valeur, vouloit marcher à leur tête, et étoitdéjà entré dans le canal; mais Bélisaire l'obligea de demeurer avec lui. Ceux qui avoient fui le péril, piqués des reproches de leurs camarades, et rougissant de paroître moins hardis, entrèrent à leur suite. Cependant Béfîsaire, craignant que* les Gothsqui étoient de garde dans la tour la plus voisine n'entendissent la marche des soldats dans l'aquéduc, envoya de ce côté-îà Bessas , Goth de naissance, et qui parloit bien leur langue, pour les distraire par ses discours. Bessas, faisant grand bruit, les exhortoit à se rendre, et les amusoit par ses propositions et ses reparties; lesGoths répondoient par des railleries et des injures contre Bessas

et Bélisaire. Lfcquéduc, couverte d'une voûte de briques, pénétroit bien avant dans la ville, et les soldats étaient déjà , sans le savoir, sons le terrain de Naples, lorsqu'ils arrivèrent enfin à la bouche du canal, qui se terminoit à un bassin dont les bords éloient fort élevés et impraticables, surtout à des hommes armés. Ils étoient dans nu grand embarras, ceux qui suivoient poussant leurs camarades pour gagner eux-même l'ouverture, ets'étouffant les uns les autres dans ce lieu étroit. Un soldat plus dispos et plus hardi , s'étant dépouillé de ses armes , s'aida si bien des mains et des pieds, qu'il parvint jusqu'au haut, et se trouva dans une méchante masure, habitée par une pauvre femme. Il la menaça de la tuer, si elle ouvroit la bouche , et jeta dans la fosse une corde qu'il attacha par un bout à un olivier. A l'aide de cette corde les soldats se trouvèrent tqus en haut deux heures avant le jour. lis s'avancèrent vers les murs du côté du nord* où Bélisaire avecBessas et Photius attendoient l'événement, et surprirent les gardes de deux tours, qu'ils passèrent au fil de l'épée. Maîtres de cette partie de la muraille, ils donnèrent le signal avec les trompettes. Aussitôt Bélisaire fit appliquer les échelles; mais comme elles se trouvèrent trop courtes pour atteindre aux créneaux , il fallut en attacher deux au bout l'une de l'autre. On gagna ainsi le haut des murs.

L'escalade ne réussissoit pas du côté de la mer. Le§ Juifs, qui défendoient la muraille en cet endroit, n'attendant aucun quartier des Romains, dont ils avoient fait rejeter les propositions, se battoient en désespérés; et^quoiqu'une partie des Romains fût déjà dans la ville, ils soutenoient opiniâtrément toutes les attaques. Mais quand le jour fut venu, se sentant cha^er par-derrière , ils prirent la fuite. Alors il n'y eut ^ïns de résistance; l'armée entra par toutes les portes, et le soldat se livra à tous les excès de la fureur. Les Huns surtout exerçoient 1 leur barbarie naturelle sans respecter les asiles les plu»

sacrés. Bel bai re courent partout où il vëyoit ses gens acharnés au carnage : « Arrêtez (leur disoit-il), ce sont « vos sujets que vous égorgez. C'est Dieu qui vous donne « la victoire , et vous l'outragez par votre cruauté. Mon- « très* aux vaincus que nous méritions de les vaincre. « En les massacrant vous justifiez leur résistance. Ils sont « assez punis d'avoir été vos ennemis. Faites par votre « humanité qu'ils se repentent de n'avoir pas, toujours « élé vos amis. » Il laissa le butin aux soldats comme une récompense de leur valeur ; mais il fit rendre les enfans à leurs pères et les femmes à leurs maris. Ainsi, dans un même jour, les Napolitains perdirent et recouvrèrent la liberté. Avant la nuit le calme étoit rétabli dans la ville, et les habitans retrouvoient dans leurs maisons ce qu'ils y avoient caché de précieux. Le siège avoit duré vingt jours. Bélisaire accorda la \ie à ce qui restoit de la garnison. C'étaient huit cents Goths , qu'il incorpora dans ses troupes. Tel fut le premier exploit de Béiisaire en Italie. La plupart des auteurs lui font un crime du saccage ment de Naples, qui fut d'abord inondée de sang et jonchée de cadavres. Mais c'étoit un effet inévitable de la fureur du soldat irrité d'un siég* meurtrier. Bélisaire en gémit lui-même, et mit tout en œuvre pour en arrêter les suites. J'ai suivi Procope, le seul témoin oculaire qui nous reste ; et son récit s'accorde mieux avec le caractère de ce général , aussi humain qu'invincible. Si l'on soupçonne l'historiert d'avoir ici flatté son maître, cette conjecture n'est pas suffisamment appuyée par le foible témoignage de quelques compilateurs, dont les écrits montrent en toute rencontra plus de piété que de jugement. Les massacres que les Huns firent dansées églises, et le pillage de quelques monastères, que le général ne put d'abord empêcher, ont animé leur censure. Ce fut le même motif qui attira dans la suite à Bélisaire les reproches du pape Silvère. Ce vainqueur généreux 4 touché du sort de cette ville

célèbre , n'oublia rien pour l'adoucir. On rapporte que ce fut aussi par un aqueduc, et peut-être par le même, qu'Alfonse d'Aragon se rèndit maître de Naples en

Pastor et Asclépiodote ne survécurent pas aux malheurs qu'ils avoient attirés sur leur patrie. Le premier , au moment qu'il vit entrer les Romains, fut frappé 9 d'apoplexie et mourut sur l'heure. Asclépiodote, avec les principaux habitans, vint se jeter aux pieds de Bélisaire. Malgré les reproches d'Etienne, le général romain lui avoit fait grâce , et il s'en retournoit comblé de joie , lorsque le peuple, transporté de rage , se jeta sur lui, comme sur l'auteur de tousses maux , et le mit en pièces. Ils coururent ensuite à la maison de Pastor , pour le traiter de même, et ne cessèrent de le chercher qu'après qu'on leur eut fait voir son cadavre. Ils s'en saisirent , et Tallèrent pendre à un gibet dans le lieu des exécutions. Ils demandèrent ensuite à Bélisaire, et obtinrent de lui Je pardon de ces emportemens.

Lorsque Théodat étoit monté sur le trône, la ville de Cass. /.* 10, Rome lui avoit député quelques évêques pour l'assurer J?,\îu ' de son obéissance et lui demander la conservation de ses privilèges; ce qu'il avoit promis. Mais il n'a voit pas envoyé à son tour en faire le serment au sénat et au peuple romain comme l'avoieut pratiqué ses deux prédécesseurs. Cette négligence, qui semblott être une marque de mépris ou de mauvaise intention , donnoit des soupçons fâcheux. Dès que Bélisaire fut entré en Italie, Théodat, craignant avec raison pour la ville de Rome, avoit fait partir des troupes pour la garder. On leur refusa l'entrée. Le roi s'en plaignit par lettres, et , pour dissiper la défiance des Romains , il leur députa quelques seigneurs, chargés de prêter le serment en son nom. Afin de prévenir tout ombrage, il ordonna à ses troupes de camper hors de la ville, de payer les vivres au prix du marché , et il mit à leur tête le grand

maître de sa maison, auquel il recommanda de ne donner aux Romains aucun sujet de plainte. La prise de N a pies le détermina enfin à se transporter à Rome, pour procurer à cette ville une assurance dont sa timidité naturelle avoit elle-même besoin.

< ,//\ Marc. On s'attendoit qu'il alloit marcher à la rencontre de

t.' Te. 11. Bélisaire. Lorsqu'on vit qu'il se tenoit enfermé dans Cass. 1. 10, Rome, et qu'il se contentoit d'envoyer Vitigès en Cam-

voni. derer. panie avec quelques troupes, on le soupçonna d'intclli-*

^èni 'dTmc 8ence avcc Justinien pour lui livrer ses propres états. • Dru** se répandit dans l'armée de Vitigès, qui cam-

ixm. poit à treize ou quatorze lieues de Rome, dans ùrt lieu

nommé Regète. Les soldats s'assemblent ; et, taxant Théodat de trahisoq, l'accusant d'être l'auteur secret de la guerre, ils élèvent Vitigès sur un bouclier, et le proclament roi. C'étoit un officier d'une naissance obscure, mais qui s'étoit avancé par sa valeur. Aussitôt Vitigès retourna vers Rome, que Théodat ne tarda pas d'abaudonner pour s'enfuir à Ravenne. Optaris fut chargé de le poursuivre et de l'amener vif ou mort. Il étoit ennemi mortel de Théodat. Ce prince avare , gagné par argent, lui avoit enlevé une riche héritière, qu'il étoit sur le point d'épouser, pour la mettre entre les mains de son rival. Emporté par un si vif ressentiment, Optaris atteignit Théodat près du fleuve Vatrénus , aujourd'hui Saterno , à peu de distance de Ravenne. L'ayant renversé de son cheval , il Tégorgea comme une victime, et rapporta sa tête à Vitigès. Ce malheureux prince avoit régné près de deux ans, étant mort au mois d'août de cette année. Son fils Théodégiscle fut enfermé dans une prison , où il mourut empoisonné.

Le nouveau roi ne fut pas plus tôt entré dans Rome, qu'il envoya dans toutes les provinces de l'Italie une lettre circulaire, écrite du style des usurpateurs : il attribuoit son élévation au choix de la Providence ; il promcttoit de marcher sur les traces de Théodoric : Imiter

ce grand prince , disoit-ii , c'est être son parent à plus juste titre que ceux qui ne tiennent à lui que par la naissance» On sauroit gré à Viligès de cette belle maxime, dont il couvrait la bassesse de son extraction , s'il eût tenu parole ; mais , après avoir été un officier digne d'estime, il fut un roi de peu de mérite. Les plus graudes forces des Goths étoient dispersées au-delà du Pô pour garder la frontière contre les incursions des François , avec lesquels la paix n'étoit pas encore conclue. D'ailleurs Y itigès se déficit des habitans de Home , et les soupçonnoit avec raison d'attachement à leurs anciens, princes. Il marcha donc à Ravenne, dans le dessein d'y rassembler ses troupes,- et de revenir en force tenir tête â Bélisaire. Il exhorta le pape Silvère , le sénat et le peuple romain à lui demeurer fidèles, et les y. engagea par les sermens les plus sacrés. Il laissa dans la ville une garnison de quatre mille hommes, commandés par Leudéris, officier de réputation , avancé en âge , et d'une prudence consommée. Il partit ensuite pour Ravenne avec le reste de ses troupes , emmenant un grand nombre de sénateurs pour lui tenir lieu d'otages. Ayant pris sa route par la Toscane, il enleva les trésors queThéodat avoit amassés et mis en dépôt dans l'île du lac Bolsène, et dans la ville nommée alors Urbs vêtus, aujourd'hui Orviète. Dès qu'il fut arrivé à Ravenne , il répudia sa femme ; et , pour s'affermir plus solidement sur le trône en s'alliant à la famille de Théodoric, il épousa la fille d'Amalasonte, nommée Matasonte, qui* consentit à ce mariage que par contrainte. Après quoi il rassembla tous les Goths cantonnés dans la Ligurie et dans la Vénétie, les partagea en différens corps, et leur donna des armes et des chevaux.

. Il ne laissa au-delà du Pô que les garnisons de la Proc. Goth. . Gaule. Mais, pour n'avoir aucune inquiétude de la part y^^r. des François , il voulut conclure avec eux le traité déjà//-. (• «• proposé par Théodat. Ce prince leur avoit offert tout roU! * *

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ce qui restait aux Ostrogot hs dans la Gaule, avec deux mille livres pesant d'or. Avant que de renouveler des offres de si grande conséquence , Vitigès voulut avoir le consentement des principaux seigneurs de la nation. Il leur représenta la nécessité où ils étoient de s'assurer de la paix avec les François pour être en état de soutenir la guerre contre l'empire : qu'il valoit mieux sacrifier une petite partie de leur domaine que de s'exposer à tout perdre ; qu'ils acquerroieni /à ce prix le secours dune nation puissante et belliqueuse ; que, s'ils sortoient victorieux de ta guerre présente, ils trouveraient assez de prétextes pour se remettre en possession de ce qu'ils abandonnaient ; qu'entre des états voisins les raisons de s'agrandir ne manquoient jamais a ceux qui en avoienl le pouvoir. Les seigneurs embrassèrent son avis. On fit aux rois frauçois Childebert , Théodebert et Chilpéric, une cession authentique de ce que les Goths possédoient depuis les Alpes jusqu'au Rhône, et depuis la mer jusqu'aux confins du royaume de Bourgogne. Cette portion des Gaules comprenoit quatre provinces , la seconde Narbonnoise, les Alpes maritimes, les Alpes grecques, et la seconde Viennoise; en sorte que les François devinrent alors maîtres de toute la Gaule, à l'exception de la Septi manie , qui appartenoit aux Yisigoths, et de la Bretagne Armorique, qui avoit ses comtes particuliers. Vitigès s'engagea encore à renvoyer les Allemands que Théodoric avoit reçus en Italie après la balaie de Tolbiac. Us retournèrent dans leur pays , et devinrent sujets des rois d'Austrasie. Comme les rois de France ne pouvoient, sans violer le traité fait depuis peu avec l'empereur, envoyer des troupes françoises au secours des Goths, ils promirent d'en fournir secrètement, qu'ils tireroient des nations étrangères soumises à leur puissance. En exécution du traité, Vitigès retira ses troupes de la Gaule, et rappela Marcias, qui les commandoit.

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. fyZ

II auroit fallu un lien plus fort que celui du serment P™. Gotk. pour retenir les habitans de Rome en présence d'un en- Evag l. 4, nemî tel que Bélisaire. Lorsqu'il fut maître de Naplçs , €' x^cepjt il en confia la garde à Hérodien avec trois cents soldats CaiL 1. 17 , choisis, et mit une garnison suffisante dans la citadelle c'mcÏv. chr. de C urnes. Ces deux places étoient alors les seules de Jon*é $ac' la Campanie qui fussent en état de défense. Ensuite il Anast. SUmarcha vers Rome par la voie Latine. Les Rondins, „J££a *"g4 appréhendant le même sort que venoit Réprouver la ville de Naples , résolurent d'ouvrir leurs portes à l'armée de l'empereur. Le pape Silvère fut le premier à leur conseiller de ne point opposer une résistance inutile. Ils députèrent donc à Bélisaire Fidélis, qui avoit été questeur d'Athalaric , pour l'assurer de leur soumission. La garnison , trop foible pour contenir >in grand peuple, et faire face en même temps à une armée victorieuse , obtint la liberté de se retirer à Ravenne. Elle sortit par la porte Flaroinie pendant que Bélisaire entroit par celle qu'on nommoit As inaria. Leudéris, leur chef, honteux d'abandonner une place confiée à sa valeur, refusa de suivre ceux qu'il commandoit. Il fut envoyé à Justinien avec les clefs de la ville. Ce fut ainsi que les empereurs rentrèrent en possession de Rome le dixième de décembre , soixante ans depuis qu'elle avoit été détachée de l'empire par la conquête d'Odoacre. • Le premier soin de Bélisaire fut de relever les murailles , qui étoient ruinées en plusieurs endroits. Il y fit faire des créneaux et ajouter des parapets pour couvrir les soldats sur leurs flancs. On environna la ville d'un fossé large et profond. Les habitans admiroient ces ouvrages; mais ils ne voyoienl pas sans peine que Bélisaire eût intention de soutenir un siège dans leur ville , si elle étoit attaquée par les Goths. Comment, avec si peu de troupes , pourroit~il défendre une place d'une si vaste étendue , située dans une plaine de facile accès , et qui pouvoit être aisément affamée ? Bélisaire entendoit

ces murmures, sans interrompre les dispositions nécessaires. Il fit serrer dans les greniers publics le blé qu'il avoit apporté de Sicile, et força les habitans de transporter dans la ville les grains de leurs récoltes. Proc.^Goth. Bélisaire étoit déjà maître de toute l'Italie méridionale. *' " 1 Les Goths, n'ayant aucune garnison dans ces contrées, la Calabre, l'Apulie et la ville de Bénévent , s'étoient volontairement soumises, Pizas, capitaine goth ,conimandoit dans le Saranium , au-delà du fleuve Tiferne. Il vint se rendre avec ce qu'il avoit de troupes. Cette démarche lui mérita la confiance de Bélisaire, qui lui donna un détachement pour garder le même pays. Les Goths cantonnés au-delà du Tiferne refusèrent de suivre l'exemple de Pisas , et demeurèrent attachés à Vitigès. pmc. Vand. On rapporte que pendant cette année le soleil ne Thtôpk. p. rendit qu'une lumière terne , sans éclat, et pareille à celle ''cedr p ^e mne» ce °tu^ dura quatorze mois. Des nuées de sao- 371- terelles ravagèrent plusieurs provinces d'Asie ; l'hiver Abuifarag. fut très rigoureux> et les chaleurs de l'été si foibles, que

les" fruits ne parvinrent pas à maturité.

HISTOIRE DU BÀS-EMPÏRE. fyjS

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