‹ Histoire du BasEmpireChapitre 5 sur 26 · ANASTASE · texte numérisé non relu

ANASTASE

Quoique Longin se fût rendu si odieux par ses désor- Aie. 401. dres, que, même après la mort de Pelage, Zenon n'a- ^ 1 ' voit osé le nommer César, cependant il n'avoit pas 3, perdu l'espérance de succéder a son frère. Il comptoit Marc. chr. beaucoup sur le secours des Isaures établis en grand ckr^k^AUx. nombre à Constantinople , et sur l'affection d'un autre Thtoph.p. Longin , maître des offices, compagnon de ses débau- n7. ' ' ches , et aussi méchant que lui. Àriadne rompit toutes ^^^35** ses mesures. L'eunuque Urbice, ministre de cette prin- 35^. ' cesse, sut agir si puissamment auprès du sénat et du j0r°n. succès. peuple, que le 11 d'avril, deux jours après la mort de Suidr voce Zénon , Anastase le Silentiaire fut proclamé empereur. Stiw. Mais ou rencontroit un obstacle dans la fermeté d'Eu- Pasl<^B^m

ron.

phémius, patriarche de Constantinople. Ce prélat connoissoit rattachement d' Anastase aux erreurs d'JEutychès; il l'avoit même chassé de l'église, pour l'empêcher de troubler l'enseignement public, en débitant la doctrine hérétique; et Zénon, qui naimoit pas Anastase, ayant donné pouvoir au patriarche de traiter ce téméraire comme il jugeroit à propos, Euphémius l'avoit menacé de lui couper les cheveux , s'il continuoit , et de l'exposer à la risée du peuple. C'étoit apparemment dans ce temps-là une punition ecclésiastique. Rejetant donc Anastase comme infecté des dogmes d'Eutychès , et indigne de régner sur des catholiques, il refusoit opiniâtrement de le couronner. Il ne se rendit aux instances pressantes d' Ariadne et du sénat qu'après qu' Anastase

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eu t déclaré par écrit qu'il recevoit comme règle de foi les décrets du concile de Chalcédoine, et qu'il promettoit de ne rien innover contre la doctrine de l'Eglise. Celte protestation , signée de sa main , fut confiée à Macédonius , garde du trésor de l'église de Constantinople , et déposée dans les archives. Euphémius , après cette précaution , consentit à le couronner. Anastase étoit dévot, sans être chrétien ; il alloit à l'église avant le jour , et n'en sortoit que quand le peuple étoit retiré; il jeûnoit 9 il faisoit de grandes aumônes. La multitude , toujours dupe de l'hypocrisie, adrairoit sa vertu; et la première fois qu'il se montra dans le Cirque avec les ornemens de la dignité impériale, tout retentissoit d'acclamations ; on s'écrioit de toutes parts : Régnez , prince, comme vous avez vécu. On comparoit Ariadne à Pulchérie , qui avoit élevé Marcien sur le trône par préférence aux personnages les plus illustres. Mais Anastase ne ressembloit pas mieux à Marcien qu' Ariadne à Pulchérie. La joie des manichéens et des ariens étoit mieux fondée que celle des catholiques. La mère d 'Anastase étoit zélée pour les manichéens, et Cléarque, son oncle maternel, pour l'hérésie arienne. Le nouvel empereur fit, selon la coutume, des largesses aux soldats.

Jtuag. l. 3 , Sa naissance ni ses qualités personnelles ne lui avoient Ànon. Voies, jamais permis d'espérer une si haute élévation. Il étoit Maphot chp n^ ^ Dyrrachium , d'une famille obscure. Ses parens îo4. l'ayant amené à Constantinople dans son enfance, il p. 852. s avança dans le service du palais, et parvint au rang de Proc bel. silentiaire ; office de médiocre considération, et soumis

rers, l. 1, c. ] 1 m

8,n. au grand-chambellan. La faveur de l'impératrice acheva fioJ^Lô, c. 'a fortune d' Anastase. 11 étoit bienfait, d'une taille 21 idem hist naute et dégagée ; la différente couleur de ses yeux , dont art. c. 19 , l'un étoit noir , l'autre bleu , lui fit donner le surnom Anon.Band. °e Diocorc. N'étant parvenu à l'empire qu'à l'âge de imp. or. 1. 1, soixante ans, il «voit alors les cheveux blancs, et étoit

Jom. succès, presque chauve. Ce fut un prince médiocre , sans carac-

tère décidé, sans principe fixe, et si peu d'accord avec Tïuoph.p. lui-même, qu'on ne peut le louer presque d'aucuite ,^5 ' l^x\ vertu sans avoir à le blâmer du vice contraire. Paci- ç£^n AUx fique et persécuteur , avare et libéral , répandant d'une Zon. p. 53 main des aumônes , et ravissant de, l'autre les biens des Syict, Tun. légitimes possesseurs; abolissant publiquement la véna- Cedr.p.ù?>:.

„ # * 1 Manas. p.

lité des charges, et continuant de les vendre en secret ; 62. aussi mit-il souvent en place des magistrats voués à Pin- ^ieifl justice. Il retira des provinces les troupes employées à r>8-

1 * ' il' j t> , »• r^i ' Codtn.ong.

leur surete pour épargner la dépense de 1 entretien, ia e- p. 46 , 47 , toit par l'argent et non par les armes, qu'il garantis- °°j}aronius soit ses états des attaques des barbares. Il se faisoit rendre Pa^iad fiacompte des biens des personnes riches qui mouroient, thcmindipt. et n'en laissoit aux héritiers que la portion qu'il ju- LQd'Â',?°e' geoit à propos. Il ruinoit les habitans des villes , tandis fam. iyz. qu'il en réparoit les statues et les édifices. Ce fut aux dé- '*yy//?*},îa.ç. pens de ses compatriotes qu'il fit élever autour de tasf » ar4t-?>' Dyrrachium , sa patrie , une triple enceinte de murailles, vie d'Eu- II épuisa les provinces en les obligeant de fournir en ar- ^'tcwe> aJt* gent , à très-haut prix, ce qu'elles fournissoient auparavant en nature pour l'entretien des troupes. Il étoit d'usage que les corps municipaux fissent la répartition et la levée des impôts ; il en chargea des commis et des receveurs, qu'il envoyoitdans chaque ville; ce qui produisit trois maux à la fois : les corps de ville perdirent, leur splendeur et leur considération ; ces commis s'engraissèrent de la misère publique, et les revenus du prince diminuèrent par l'appauvrissement des particuliers. Justîfiien corrigea ce désordre, et rétablit l'ancienne forme de perception. Anastase avoit pour principe qu'un prince peut mentir, et même se parjurer pour raison d'état : maxime détestable, puisée dans la morale perverse des manichéens, que sa mère lui avoit enseignée. Il n'étoit pas plus délicat sur la reconnoissance que sur la vérité. Jean Talaïa Pavoit autrefois secouru dans un besoin pressant. Anastase ayant fait naufrage

près d'Alexandrie , Talaïa l'avoit recueilli avec charité, et n'avoit rien épargné pour réparer son infortune. Devenu depuis ce temps- là évêque de cette grande ville, et obligé par la faction hérétique de se réfugier en Italie, lorsqu'il apprit l'élévation d'Anastase, il espéra d'en obtenir justice, et se mit en chemin pour Constantinoplc. Dès que l'empereur sut que cet évêque approchoit , il lui fit dire de sortir au plus tôt de ses états. L'eunuque Amantius, son chambellan , sectateur ardent des erreurs d'Eutychès, avoit tout pouvoir sur son esprit, et l'aigrissoit sans cesse contre les catholiques.

C'est aux conseils de cet eunuque et à ceux de Marin , principal ministre d'Anastase, qu'on doit attribuer la plus grande partie des maux de son règne. Marin étoit un Syrien grossier, brutal, outrageux en paroles, impitoyable à l'égard des malheureux , et grand ennemi de l'Eglise. Il abusoit de l'ascendant qu'il avoit pris sur son maître pour satisfaire son avidité et celle de toute sa famille. Les Maziques ravage oient la Libye et l'Egypte; mais le plus grand fléau de ces provinces furent les parens de Marin, qui les avoient choisies , par préférence, pour s'y enrichir, comme les plus éloignées des yeux du prince. Elles eurent d'abord pour préfet un neveu de Marin, encore fort jeune , et déjà grand concussionnaire. Les confiscations injustes, le sang même des innocens ne lui coûtoient rien pour assouvir son avarice. Après lui, ces provinces furent gouvernées par Bassien , fils de Marin ; celui-ci surpassa tellement son cousin par ses excès et ses violences, qu'il vint à boutade le faire regretter. Les richesses amassées en Egypte et en Libye par ces deux gouverneurs y attirèrent tous les parens du ministre, qui formoient un essaim nombreux et fort affamé; ils sucèrent le reste du sang de ces peuples, et leurs amis même s'y rendoient en foule pour avoir leur part du pillage.

Ces vices d'Anastase t car je mets Marin son ministre

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au nombre de ses vices, étaient cependant rachetés par quelques vertus, du moins apparentes. Il «voit l'extérieur de la piété; il fonda beaucoup d'églises à Constat tinoplc; sa vie paroissoit régulière, quoiqu'on lui connût un fils naturel. Il respect oit les ecclésiastiques et les moines, même catholiques; et dans la persécution qu'il fit aux orthodoxes , il évita toujours de verser du sang par lui-même; mais la licence qu'il laissa prendre aux hérétiques, causa d'horribles massacres. Il bannit de Constantinople tous les délateurs. Il montroit assez de prudence et d'intelligence dans la conduite des affaires. Il ne donnoit rien à ses plaisirs ; et ce qui rendoit ses rapines un peu moins odieuses, c'est que l'argent qu'il tiroit de ses sujets ne se dissipoit pas en folles dépenses: en serte qu'il laissa son successeur en état de soulager les peuples. Nous rapporterons plusieurs exemples de sa générosité. Les villes qui avoient éprouvé les désastres de la guerre en étoient dédommagées par la remise des impositions. L'eau ayant manqué à Constantinople dans un temps de sécheresse, il fit construire une nouvelle citerne, qui fut nommée la citerne de Moce, à cause de l'église de Saint-Moce dont elle étoit voisine. Les contradictions qui se trouvent dans le caractère d'Anastase seront moins difficiles à concilier, si l'on distingue les temps de son règne; il eut le sort des princes foibles, et dont les vertus n'ont point de racine ; la puissance souveraine altéra et détruisit enfin le peu qu'il a voit de bonnes qualités.

Ariadne n'attendit que quarante jours après la mort de Zenon pour épouser Ànastase, qui n'avoit point encore eu de femme légitime. Afin de rendre ce mariage agréable aux peuples, le prince accorda, par un édit, la remise des sommes qui étoient dues an fisc. Il n'eut point d'enfans ; mais sa famille, qu'il tira de l'obscurité, étoit nombreuse. Outre sa mère, qui vivoit encore, et son oncle Cléarque, il avoit deux frères, l'un nommé Paul

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ou Paulin , qu'il fit consul en 496, l'autre appelé Hypace, et une sœur nommée Magna, qui a voit déjà plusieurs enfans de Secondin, qu'il fit patrice et consul en 5n. On connoît trois neveux d'Anastase : Pompée fils d'Hypace; un autre Hypace, et Probe, fils de Magna et de Secondin. Irène, fille de Magna, épousa Olybre, qui étoit consul l'année même qu'Anastase fut couronné. Cet Olybre étoît fils d'Aréobinde et de Julienne, fille de l'empereur Olybre et de Placidie. Il ne paroît pas que tous ces parens d'Anastase aient eu d'antre mérite que d'appartenir à cet empereur. Il n'étoit plus question que de trouver à cette famille une illustre origine ; un poëte de ce temps-là n'y fut pas embarrassé; il fit descendre Anastase du grand Pompée, et prouva cette généalogie par la raison qu'Anastase, ainsi que Pompée, subjugua les Isaures et les peuples habitans du mont Taurus. Mary chr. Dès la première année de son règne , il s'éleva dans la 1 ° ///"Va*, ville impériale une sédition dont on ne dit pas la cause. leq.C'yl. 7 y Cétoit peut-être un effet de cette jalousie furieuse

tu. 09 , leg. *m *

4 , 5 , 6 ; /. qu'excitoit parmi le peuple l'émulation des diverses ieg. iVa'/s ! factions du Cirque. Zénon avoit protégé la faction verte , *ie * \l\t% 61 ' Anastase se déclara pour la faction rouge; c'en étoit assez pour allumer une guerre civile. Une partie, du Cirque et de la ville même fut consumée par les flammes. Quand on considère les massacres et les incendies que causèrent dans ces temps-là les factions du Cirque , on s'étonne que les empereurs n'aient pas entièrement aboli des jeux si souvent funestes, ou du moins qu'ils n'aient pas armé toute la force des lois pour en arrêter les désordres. Mais ces princes, passionnés eux-mêmés pour les spectacles, et aussi frivoles que leurs peuples, craignoient de donner la moindre atteinte à leurs divertissemens, tandis qu'ils ne respectoient pas la religion même ; et , regardant cette plaie comme incurable, parce qu'ils n'osoient y toucher, ils portoient leur attenl ion sur tout autre objet de législation. Anastase fit publier

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cette année des lois très-sages et très-importantes. Le premier de juillet, il adressa au préfet Matronien une défense aux juges d'avoir égard à aucun rescrit particulier du prince, de quelque nature qu'il pût être, si ce rescrit étoit contraire au droit généralement établi ou à Futilité publique, leur ordonnant de s'en tenir alors aux constitutions générales. Plusieurs autres lois du 29 et du 3o du même mois établissent la prescription de quarante ans en faveur de ceux qui , pendant ce nombre d'années, auront par eux-mêmes ou par leurs auteurs possédé avec titre ou sans titre quelque fonds que ce soit , ou auront joui d'exemption de taille. Cette loi avoit beaucoup plus d'étendue que celle de Théodose le jeune, qui avoit établi la prescription de trente ans; elle embrassoit tous les objets que la loi de Théodose avoit exclus; toute action, soit du public, soit des particuliers, étoit éteinte par la possession paisible de quarante années. On n'exceptoit que les fonctions municipales, et les contributions civiles qui ne se pouvoient prescrire, non plus que l'obligation de fournir sa quote-part des denrées qu'on exigeoit des provinces dans les nécessités publiques. Nulle dispense surprise au prince n'ctoit valable en ce cas; les fonds et les officiers de l'empereur même et de l'impératrice n'en étoient pas exempts.

Longin , frère de Zenon , ne pouvoit voir sans dépit A*. 493. sur la tête d'Anastase la couronne qu'il croyoit lui ap-^*^3' partenir. Il tramoit des intrigues secrètes avec l'autre Tlù'od. iect. Longin , maître des offices ; et les Isaures, dont plusieurs L//arCm ^ possédoient les premières charges , étoient dévoués à ses Tluoph.^p. volontés. Ces barbares, que la faveur de Zénon avoit 119/ rendus puissans, méprisoient le nouvel empereur, et ^jna)eiaf5p. traitoient le peuple avec insolence. Pour éviter la con-5,8 > 59fusion en cet endroit de l'histoire , il faut distinguer trois Pagi ad Bu- Longins, tous trois Isauriens et ligués ensemble : l'un in frère de Zenon ^ l'autre maître des offices, le troisième Trajano, surnommé Sélinontien , parce qu'il étoit de Sélinonte

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dans la Cilicie mon tueuse , alors confondue avec Plsaurie. Cette ville se nommoit aussi Trajanople, depuis que Trajan y étoit mort. Anastase ayant découvert les mauvais desseins du frère de Zénon , l'exila en Egypte , et fit ordonner prêtre ce scélérat flétri des plus infâmes débauches : horrible abus de ces siècles malheureux où , par une clémence sacrilège , pour enchaîner l'audace et l'ambition des hommes les plus criminels, on les condamnoit à recevoir le sacerdoce. Longin déshonora pendant sept ans cë sacré caractère, et mourut à Alexandrie. Anastase, après l'avoir éloigné, donna ordre à tous les Isaures de sortir de Gonstantinople , et de se retirer dans leur pays, leur déclarant qu'il ne leur paieroit leur pension annuelle que sur le pied où elle étoit avant qu'IUus et Zénon l'eussent augmentée.

Cet affront mit ces barbares en fureur; mais il fallut obéir : Anastase ' avoit eu la précaution de rassembler dans Constantinople des forces supérieures. Us sortirent en menaçant , et se rendirent à Nicée. Les deux Longins se mirent à leur tête. Lorsqu'ils furent arrivés en Phrygie , ils s'arrêtèrent , et firent venir d'Isaurie les armes et les trésors que Zénon avoit mis en réserve dans les places fortes ; car ce prince , qui , depuis leur rébellion de Êasilisque , craignoit toujours quelque nouvelle révolution, avoit regardé ce pays comme une retraite assurée. Au signal de la révolte accourut une foule de barbares et de brigands répandus en grand nombre dans les montagnes de l'Asie mineure. Us eurent bientôt sous les armes cent cinquante mille hommes. Aux deux généraux se joignirent Indus , un des principaux de la nation , Athénodore , qui avoit tenu à Constantinople le rang de sénateur , et Lilinge , que Zénon avoit fait gouverneur de l'Isaurie. Ce dernier étoit un guerrier renommé , aussi habile pour le conseil que brave et hardi dans l'exécution ; et , quoiqu'il ne pût marcher à cause de ses infirmités, et qu'il fût obligé d être tou-

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jours à cheval , il passoit pour terrible dans les batailles. Mais le plus remarquable entre les généraux des Isaures , fut Conon, évêque d'Apamée en Syrie. Dès qu'il apprit que ses compatriotes avoient pris les armes , il abandonna son troupeau pour courir au secours de sa nation ; et , de pontife de paix , il devint soldat et chef de rebelles : voilà, je pense, le premier exemple que Ton trouve en Orient d'un ecclésiastique portant les armes. Cette armée formidable , mais sans discipline , ravagea la Phrygie , prit et saccagea plusieurs villes.

L'empereur avojt tout à craindre. Il fit prompteroent passer en Asie toutes les troupes de la Thrace, et les Goths qui étoient restés dans l'empire. Il mit à leur tête trois généraux : Jean le Scythe, qui s'étoit déjà signalé par la défaite d'Illus; un autre Jean , surnommé le Bossu, commandant delà maison du prince, et Diogène, patrice et parent d'Ariadne. Ils rencontrèrent les ennemis près de Cotyée, dans les vastes plaines de la Phrygie. Les chefs des Isaures déférèrent le commandement général à Lilinge , dont ils reconnoissoient la capacité supérieure ; et si ce vaillant capitaine n'eût été tué dès le commencement du combat , il y a lieu de croire qu'il en seroit sorti vainqueur, ou auroit vendu bien cher l'honneur de sa défaite. Sa mort jeta la consternation et le désordre dans ses troupes , dont on fit un grand carnage. Ceux qui purent échapper se sauvèrent en Isaurie au travers des montagnes, par des chemins impraticables. Cette bataille finissoit la guerre, si les Romains ne s'étoient arrêtés à piller le camp et à partager les dépouilles. Ils laissèrent aux Isaures le temps de se retrancher dans les postes avantageux , où ils se défendirent pendant six années.

L'armée victorieuse s'avança dans leur pays , et y An. 493. passa l'année suivante, sans faire aucun exploit digne de Marcel. chr. remarque. Les Isaures, maîtres des sommets du mont Taurus, et accoutumés à courir sur ces montagnes dont ils connoissoient les détours, échappoient à toutes les

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entreprises des Romains, et les tenoient dans des alarmes continuelles. Pendant ce temps-là, les factieux jetoient le trouble dans Constantinople ; ils portèrent l'insolence jusqu'à renverser les statues de l'empereur et de l'impératrice, et à les traîner par les rues. Les barbares d'au-delà kdu Danube venoient piller la Thrace, qu'on avoit dégarnie de troupes pour les envoyer contre les Isaures. Julien , maître de la milice , ayant rassemblé quelques soldats pour s'opposer à ces ravages , s'engagea « dans un combat de nuit, où il perdit la vie. A». 4g4. H y eut l'année suivante en Syrie^ un tremblement ^The^h^p. °*e terre <IU* renversa à la f°'s Laodicée , Hiéraple ltâ Ula et Tripoli. Antioche, capitale de cette province, fut 3«.a ,P' agitée d'une autre manière. Les factions du Cirque, qui causoient tant.de troubles à Constantinople, régnoient aussi dans les grandes villes de l'empire. La faction verte se souleva dans Antioche, et Calliopius, comte d'Orient , ne sauva sa vie que par la fuite. L'empereur , instruit de ce désordre, envoya en sa place Constantius de Tarse, homme ferme et intrépide, et lui donna plein pouvoir sur les séditieux. Le nouveau comte réprima leur insolence par de sévères punitions, et rétablit l'autorité des magistrats. Les troupes impériales remportèrent une seconde victoire sur les Isaures. Diogène avoit pris la ville de Claudiopolis, située dans une plaine entre le Taurus et l'anti-Taurus. Les Isaures, pour la recouvrer, descendirent de la montagne en grand nombre, et vinrent assiéger Diogène, renfermé dans la ville. Us se rendirent maîtres de tous les passages , et le tinrent si long-temps bloqué, qu'il couroit risque de mourir de faim avec ses troupes. Enfin Jean le Bossu ayant forcé une des gorges du Taurus, tomba sur les assiégeans; il fut secondé par Diogène , qui fit eu même temps une sortie , en sorte que les Isaures furent enveloppés. L'évêque Conon reçut dans ce combat une blessure dont il mourut peu de jours après.

La défaite des Isaures n'abattit pas leur courage. Ils A». 495. regagnèrent leurs retraites, et ne cessèrent de fatiguer leurs vainqueurs par de fréquentes alarmes. Cependant les Romains étant les maîtres de la plaine , les vivres auroient enfin manqué à ces barbares , si Longin de Sélinonte ne se fût maintenu en possession d Antioche de Cilicie, située sur Je mont Cragus, au bord de la mer. DeHà il faisoit partir des vaisseaux, qui , revenant chargés de vivres, entretenoient l'abondance sur les stériles, montagnes de l'Isaurie.

Cette guère servit de prétexte à l'empereur pour se An. 496. défaire d'Euphémius, patriarche de Constantinople, £%a6' > qu'il regardoit depuis long-temps comme son ennemi. Theod.lecu Anastase, en montant sur le trône, ne s'étoit pas d'à- ^ bord déclaré contre les catholiques; il paroissoit ne dé- "9» la0-

• . ■ » s Anast.p. 4''»

sircr que la paix , et ne chercher qu'à calmer les troubles 49. qui, sous le règne de Zénon , avoient agité l'Eglise. Cette %j™/funl impartialité apparente augmenta les divisions. Le con- ^n'p'^ cile de Chalcédoine, i'hénotique de Zénon, et l'opinion Bamnws. ' qu'on devoit avoir d'Acace , mort hors de la communion ad Ba' de l'église romaine, étoient les trois causes de discorde. Fieury,hist. Tout l'Occident recevoit le concile, rcjetoit l'hénotique, an. ai, 5i \ et anathématisoit la mémoire d'Acace. Il y avoit peu .vie de d'évêques en Orient qui fussent d'accord sur ces trois Félix. points. Euphémius s'accordoit avec les papes sur les vie d' Eudeux premiers; mais il ne pouvoit se résoudre à flétrir la mémoire de son prédécesseur, et à effacer son nom J Le même, des sacrés diptyques. Dès qu'on apprit à Rome l'été- vtcédonius " vation d Anastase, le pape Félix lut écrivit pour le fé-ar/' l0* liciter, et l'engager à défendre la foi catholique. Mais, ne sachant pas encore quelle conduite il tiendroit dans les affaires de l'Eglise, et s'il ne marcheroit pas sur les traces de son prédécesseur, il ne l'admit pas à sa communion. Gélase , ayant l'année suivante succédé à Félix, écrivit aussi à l'empereur, et n'en eut point de réponse; mais il reçut une lettre de félicitation de la part

d'Euphémius, qui, en montrant un grand désir de la réunion, témoignoit cependant qu'il n'étoit nullement disposé à effacer des diptyques le nom d'Acace. Gélase, d'un caractère inflexible, répondit avec une fermeté qui rompit tout commerce entre lui et Euphémius. Le pape fit de vains efforts pour persuader à l'empereur que cette obstination en faveur d'Acace étoit un attentat contre les canons de l'Eglise ; il ne gagna rien pur l'esprit de ce prince, qui , las de se contraindre, commença des-lors à manifester son penchant pour la secte d'Eutychès.

Euphémius étoit fort opposé à l'hérésie. Une indiscrétion de sa part fournit à l'empereur occasion de le perdre. Anastase, ennuyé de la guerre des Isaures, qui duroit depuis cinq ans , s'ouvrit au patriarche sur le désir qu'il avoit de la terminer: mais il faut, lui dit-il, sauver V honneur de V empire; engagez comme de vousmême les évêques qui se trouvent à Constantinople à venir ensemble me prier de pardonner aux Isaures, et de leur accorder la paix. Euphémius, dépositaire de ce secret, eut l'imprudence de le révéler au patrice Jean, beau-père d' Athénodore , un des chef des Isaures. Le dessein du prélat étoit seulement de calmer les inquiétudes du beau-père en lui faisant connoître les intentions pacifiques de l'empereur à l'égard de son gendre. Mais Jean, par une noire perfidie, alla sur-lechamp découvrir à l'empereur la confidence que lui avoit faite Euphémius. Le prince en fut irrité, et nedouta point que le patriarche n'entretînt des liaisons secrètes avec les rebelles. Peu de jours après, comme Euphémius passoit par une rue de Constantinople, un assassin voulut lui porter un coup d'épée sur ta tête ; mais Paul, défenseur de l'église, qui se trouvoit pour lors à côté de lui, homme de grande taille et très-vigoureux, reçut le coup, et tua sur-le-champ l'assassin. Euphémius évita encore une fois la mort. Un jour qu'il

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assistait à une assemblée ecclésiastique, on vint l'avertir que des hommes apostés l'attendoient à la porte pour le tuer quand il sortiroit; il prit l'habit d'un laïc et sortit sans être reconnu.

L'histoire ne dit pas qu'Anastase fût l'auteur de ces attentats trop indignes d'un souverain; mais sa conduite à l'égard d Euphémius donne lieu de le soupçonner. Ayant reçu la nouvelle d'un avantage remporté sur les Isa ures, il fit dire au patriarche que ses prières en fa~ veur de ses amis rïavoienl pas été exaucées. Il assembla les évêques, et l'accusa devant eux, mais sans preuve, d'entretenir des intelligences avec les ennemis. Ces prélats, vendus à la faveur, sans aucun examen , prononcèrent contre Euphémius la sentence de déposition ; et l'empereur fit élire à sa place Macédonius. Le peuple, qui aimoit Euphémius, courut en foule au Cirque, demandant à grands cris qu'on lui rendît son évêque. L'empereur fut inexorable; il exila le patriarche à Euchaïtes en Paphlagonie.

Les préfets du prétoire profitaient de la foiblesse des Mare. chr. princes pour étendre les droits de leur charge , et pour ,o , tiu iV, soustraire aux empereurs la connoissance de toutes les les$cl*{ de affaires. Anastase resserra leur autorité , et la réduisit à emendat. ses justes bornes. Les rois de l'Inde lui firent présent, temP'1'7' celte année , d'un éléphant et de deux giraffes : ces animaux extraordinaires servoient à l'amusement du peuple dans les spectacles du Cirque. On croit que l'Inde dont il est parlé en ce lieu , est l'Ethiopie. Paul , frère d' Anastase , fut consul cette année. A l'occasion de cette promotion l'empereur fit des largesses aux soldats.

La guerre des Isaures fut enfin terminée en 497, après An. 497. avoir duré six ans. Athénodore. et un des deux Longins l' 3 »

furent pris par Jean le Scythe, qui les fit mourir et en- Marc. chr. voya leurs têtes à Constantinople. L'empereur fit porter x^°ph ' F* à Tarse celle d'Athénodore : elle fut plantée au bout Jo™'s,uc™s-

1 9 1 iU. Ana-

d'une pique aux portes de cette ville. Tarse , capitale de stase, art. a.

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la CUicie, étoit voisine de i'Isaurie : on vouloit par ce spectacle intimider ce qui restoit encore de rebelles. La tête de Longin demeura exposée à Constantinople dans le faubourg de Syques. Le peuple voyoit avec plaisir la punition des Isaures , qui , sous le règne de Zénon , avoient dominé avec insolence. Il y eut cette année une éclipse de soleil, le dix-huitième d'avril.

Ah. 498. Jean le Scythe eut pour récompense le consulat de Tannée suivante. Il restoit cependant des semences de guerre dans I'Isaurie. La ville d'Antioche, sur le Cragus , * tenoit encore pour les rebelles : elle fut emportée par Jean le Bossu, aidé du comte Priscus. Indus et Longin de Sélinonte y furent pris. On lès conduisit à Constantinople , où ils furent promenés dans le Cirque et dans les rues de la ville, chargés de chaînes et exposés aux insultes du peuple. Indus eut ensuite la tête tranchée. On traita Longin avec plus de rigueur : transporté à Nicée, où la révolte avoit commencé , on le fit mourir dans les tourmens. Toute la nation fut punie : on rasa les places fortes ; une partie des Isaures fut transplantée dans la Thrace, et la pension annuelle que leur payoient les empereurs fut supprimée pour toujours. Jean le Bossu fut aussi récompensé du consulat pour l'année 499- * Proc. hist. Ce fut dans cette guerre que commença de se faire con- Tbi twt. aL- noître Justin , qui devoit succéder à Anaslase. Personne tnan. alors n'eût osé lui promettre une si éclatante fortune, et il nel'auroit pas cru lui-même. Il étoit né a Bédériane, sur les confins de la Thrace et de nilyrie. Fils d'un pauvre paysan , il passa ses premières années à labourer la terre. Enfin , accablé de misère , il quitta sa charrue , et fit partie , avec deux de ses camarades , nommés Zémarque et Ditybistc , aussi pauvres que lui , d'aller chercher un meilleur sort. Ils partirent à pied , portant leurs habits sur leurs épaules , sans argent , et sans autre pro-^ vision qu'un pain bis dans leur besace. Arrivés à Constantinople, ils s'enrôlèrent, Ils étoient âgés de vingt ans ,

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et bien faits de leur personne ; ce qui attira sur eux lesr regards de Léon qui vîvoit encore. Il les fit eqtrer dans ses gardes.- Justin servit en Isaurie sous Jean le Bossu, en qualité de capitaine. Ce général, qui maintenoit la discipline avec une extrême vigueur, le fit mettre en prison pour une faute que l'histoire ne spécifie point ; il le condamna même à perdre la vie, ce qui de voit être exécuté le lendemain. Mais, la nuit étant passée , il le mit en liberté, sans qu'on en allègue d'autre raison qu'une apparition miraculeuse rapportée par Procope,et qu'il est permis de ne pas croire. Justin parvint sous Anastase à la dignité de sénateur, de patrice et de commandant de la maison du prince. Lorsqu'il fut empereur, il avança de ses anciens camarades ; et Ton voit Zémarque comte d'Orient sous Justinien.

Les séditions devenoient fréquentes à Gonstantinople chron.AUx. depuis que les empereurs s'étoient abaissés jusqu'à pren- ^aielu' dre parti entre les factions du Cirque. La faction verte, irritée de la préférence qn Anastase donnoit à la faction rouge , commit quelques violences. Le préfet de la ville fit mettre en prison les plus mutins. Quelques jours après , l'empereur, assistant au spectacle , la faction verte lui demanda avec des cris tumultueux l'élargissement des prisonniers. Au lieu de la satisfaire, il la fit charger par ses gardes. Le peuple prit parti pour les factieux ; on jeta des pierres ; et un Maure, confondu dans la foule , fut assez hardi pour en lancer une contre l'empereur , qui n'évita le coup qu'en prenant la fuite. Les gardes se jetèrent aussitôt sur ces audacieux , et les mirent en pièces. Une si prompte vengeance, loin d'intimider le peuple , alluma sa fureur : il mit le feu au Cirque : deux portiques furent brûlés. Les soldats en étant venus aux mains avec les habitans, il se fit un grand carnage. Enfin la punition de plusieurs séditieux arrêta les autres; mais le calme ne. fut entièrement rétabli que par une espèce de satisfaction que l'empereur fit à la faction

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verte, en conférant la charge de préfet de la ville à un de ses partisans, nommé Platon.

Euag. L 3 , Les Arabes ou Sarrasins Scénites, ainsi nommés parce Theôph. p. qu'ils campoient sous des tentes des deux côtés de l'Eu- "ra/ An Pnrate » fai«°'ent des courses sur les frontières de la Syrie stase, àn "o. euphratésienne. Ces brigands étoient vassaux des Perses , *^//3??; et «voient à leur tête Naaman,chef d'une tribu. Eugène, S- *>art. qui commandoit dans cette contrée, guerrier actif et *5" intrépide, les chercha , les atteignit près de Bithrapse,

qui est , selon les apparences , la même ville que Bithra ou Birtha sur l'Euphrate, à l'orient de Thapsaque, et les défit dans une bataille. Deux autres chefs de Sarrasins, Gamale et Agare, s'étoient jetés séparément en Palestine, et la ravageoient. Non contens de brûler les villages et d'insulter les villes , ces barbares poursuivoient la pauvreté même; ils alloient chercher les solitaires dans leurs déserts, renversoient leurs cellules, massacroient ou traînoient en esclavage ceux qui n'étoient pas assez tôt avertis pour prendre la fuite. Romain, gouverneur de la Palestine, défit d'abord Gamale, et le chassa du pays. Ensuite il marcha contre Agare , le battit et le fit prisonnier. Profitant de cette victoire, il alla reprendre, dans le golfe Arabique, l'île Jotabé,que Léon avoit cédée au Sarrasin Amorcèse. Après plusieurs combats, ils chassa les Sarrasins , et y rétablit les comptoirs des Romains. Les marchands domiciliés dans cette il faisoient le commerce de la mer Rouge; ils se gouvernoient en république, et ne payoient à l'empereur qu'une taxe sur les marchandises qu'ils recevoient des Indes , selon le tarif qui en fut dressé. A*. 499. Les Bulgares passèrent le Danube l'année suivante t Marcel, chr. et vinrent ravager la Thrace. Ariste , commandant d'Il- \z:*op P' lyrie , marcha contre eux avec quinze mille hommes. Il Zon.p:56. jes rencontra sur les bords d'une rivière que les histo-

Cedr.p. ■

Jnm.de reg. riens nomment Zurle ou Zorte. Ariste fut battu, et perdit plus de quatre mille soldats, les uns dans le combat

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ou dans la fuite , les autres dans la rivière où ilss'étoient jetés pour gagner l'autre bord , qu'ils ne purent franchir à cause de sa hauteur. Dans cette occasion périrent les meilleures troupes de l'Illyrie avec les comtes Nicostrate, Innocent et Aquilin. Les Romains, pour diminuer leur honte , prétendirent que les Bulgares s'étoient procuré la victoire par des enchantemens et des invocations magiques. Une comète , qui avoit paru quelque temps auparavant, fut regardée après la défaite comme l'annonce de ce malheur. On remarqua aussi qu'avec les Bulgares et oit arrivée une nuée prodigieuse de corbeaux qui couvroit ou devançoit leur armée.

Au mois de septembre de cette année , il y eut en diverses contrées de l'Orient des trembiemens de terre qui ruinèrent plusieurs villes. Néocésarée, dans le Pont, fut renversée, à la réserve de l'église où saint Grégoire Thaumaturge avoit été inhumé. Les eaux de l'Euphrate furent tout à coup englouties, et le lit de ce fleuve demeura quelques momens à sec, près de la ville d'Edesse. Nicopolis, qui étoit l'ancienne Emmaùs en Palestine, fut abîmée en une nuit : l'église seule fut conservée ; et de tous les habitans il ne resta que l'évéqne et ses deux syncelles , qui s'étoient endormis avec lui dans le sanctuaire. La chronique d'Edesse marque sur cette année une éclipse au 23 d'octobre.

Sous le consulat d'Hypace, neveu d'Anastase, ce prince A*. 5o». fit quelques largesses aux soldats d'Illyrie pour relever ^^mlni leur courage abattu par leur défaite. Nous voici arrivés hibl- orient. à la dernière année de ce malheureux siècle, qui avoit 2'7\[p' 3°7' vu tomber l'empire d'Occident , et qui, de six empereurs en Orient, n'en avoit fourni qu'un seul vraiment digne de porter le diadème. Tant de désastres se terminèrent par une nouvelle calamité. Une nuée de sauterelles couvrit toutes les campagnes , depuis les frontières de l'Assyrie jusqu'à la mer Méditerranée, depuis Nisibe jusqu'à Antioche. Ce fléau produisit une cruelle famine. Plu-

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sieurs villes furent abandonnées. L'empereur, qui ne fut pas assez touché de ces malheurs, se contenta de faire quelques remises peu considérables. On vit alors un sacrilège horrible , et qui n'avoit point d'exemple. Des misérables, que la faim rendoit furieux et impies, forcèrent des églises et mangèrent l'Eucharistie comme un pain commun. D'antres déterrèrent des cadavres et les dévorèrent. La peste vint ensuite; et comme ce fléau fait plus de peur aux princes que la famine, Anastase devint alors plus sensible, et répandit d'abondantes aumônes. Pour rassembler tous les maux qui peuvent détruire 1rs hommes dans le sein même de la paix, l'hiver suivant, le froid fut excessif. Les églises étoient remplies de pauvres couchés^sur la paille, mourant de maladies, de faim et de froid, la charité des pasteurs ne pouvant suffire à soulager à la fois tant d'infortunés. La colère du ciel ne cessa de désoler cette vaste étendue de pays depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril, et la mortalité fut si grande, que dans la seule ville d'Edesse il ne se passa pas de jour qu'on ne vît périr cent à cent trente personnes.

A». Soi, A Constantinople , le commencement du sixième Theod iect. siècle s'annonça par une sédition plus sanglante que Marc. chr. celles dont nous avons parlé. La faction verte , ayant pris querelle avec la faction bleue, forma le complot de la détruire par un massacre général. Un jour qu'on célébroit les jeux , elle fit porter dans les galeries du Cirque des corbeilles couvertes de fruits, comme pour les vendre aux spectateurs; mais ces fruits ne servoient qu'à cacher des armes. Dès que les jeux furent commencés, les séditieux s'élancent hors de leurs places, se jettent sur les armes, frappent, blessent , tuent amis et ennemis. Tout fuit devant eux : on se presse, on se renverse, on se foule aux pieds. La présence de Constantins, préfet de la ville, ne peut ni retenir les uns, ni rassurer les autres. Dans cette affreuse journée , il

périt plus de trois raille hommes , assommés , étouffés et massacrés. Quelques-uns se noyèrent dans les canaux qui environnoiént l'arène.

On ne voit pas que l'empereur ait pris aucune mesure £vag. l* , pour arrêter de si grands désordres. Mais il fit alors jfôj ^ une de ces actions généreuses qui méritent de plus justes ». éloges que les plus éclatantes victoires, s'il est vrai que i^oph'p\ le plus beau titre des princes soit celui de pères des peu- ^^dr/û^f pies, et que la remise d'un impôt onéreux «oit plus sa- 358, 363. 7 lutaire à leurs sujets que le gain de dix batailles. Tous Giyc.f.£?p. les historiens reconnoissent que cette seule action eût été a^5 * a66*

* Marias» p»

capable de couvrir tous les vice* d' Anastase, s'il n'eût été 63. persécuteur; et ce seul trait d'humanité a tellement contre-balancé les reproches qu'on fait à sa mémoire , que > Wilthem. malgré la bassesse de son esprit et la foiblesse de son uJd?tJC° courage, sa réputation demeure encore en suspens, et que plusieurs écrivains le placent au rang des bons Assemani "princes. Anastase, attendri sans doute par les calamités J'^'p^acs • qui venoierçt de désoler une grande partie de l'empire , a69* déchargea ses sujets de l'odieuse imposition qu'on nomment le chrysargyre. Nous avons exposé dans l'histoire de Constantin en quoi consistoit cette taxe , qui n'épargnoit pas la mendicité, et qui tiroit de tout état, de tout âge, de tout commerce, et même de celui de la débauche, une honteuse contribution. Théodose le jeune avoit retranché ce qu'elle avoit de plus infâme en cessant de tolérer les femmes publiques. Anastase la supprima entièrement, quoiqu'elle produisît de grandes sommes. Il fut engagé par les sollicitations des solitaires de Palestine, et par l'adresse d'un poëte nommé Timothée de Gaza, qui osa, dit-on, représenter sur le théâtre la tyrannie des commis et les larmes des peuples. L'empereur fit plus ; il en détruisit jusqu'aux derniers vestiges, afin que l'avarice de ses successeurs et l'ingénieuse avidité des gens d'affaires ne pussent jamais le faire revivre. Après en avoir brûlé les rôles, il feignit de s'en

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repentir, et de reconnoître qu'il avoit agi avec trop de précipitation, en faisant tarir une des sources les plus abondantes des revenus de létat. Il fit venir devant lui les receveurs; il leur témoigna son regret, et le désir qu'il avoit de rétablir cette taxe ; il leur ordonna de faire une exacte recherche de tous les papiers qui concernoient l'imposition. Ces hommes avides , affligés de la félicité publique qui ruinoit leur fortune , se prêtèrent à ce travail avec une ardeur incroyable. Ils se hâtèrent do fouiller tous les bureaux de recette , et apportèrent à l'empereur une ample moisson de titres , de tarifs , d'enseignemens de toute espèce, lui protestant avec joie qu'il ne restoit dans toute l'étendue de l'empire aucun autre monument de ce tribut. Le prince les loua de leur zèle, fit allumer un grand feu, et y jeta tous ces malheureux mémoires , comme des semences capables de reproduire des fruits pernicieux. L'abolition du chrysargyre causa une joie universelle; on en fit à Edesse une fête publique. Une action si louable éleva pour un«jnoment le cœur d'Anastase ; elle fut suivie de deux autres qui méritent des éloges. La vénalité des charges s'étoit. introduite , non par un établissement légal , mais par l'avarice des princes et des préfets du prétoire, qui vendoient les nominations; les titulaires tiroient aussi de l'argent pour faire obtenir le brevet à leurs successeurs. Anastase proscrivit cet indigne trafic: il défendit de donner et de recevoir aucuns deniers pour une charge , sous quelque prétexte que ce fût. Mais l'inégalité de son caractère ne lui permit pas d'être lui-même constamment fidèle à sa loi; son avarice naturelle reprit de temps en temps le dessus; et on l'accuse de s'être encore quelquefois laissé gagner par les présens pour conférer les magistratures à des sujets indignes ; car il n'y avoit que ceux-là qui achetassent ce que le mérite devoit donner. Il abolit en même temps les combats sanglans des hommes contre les bêtes. Cependant , comme la dignité consulaire n'a-

voit plus d'autre fonction que celle de donner au peuple ces divertissemens , on continua de représenter des chasses dans l'amphithéâtre, niais sans effusion de sang humain ; elles ne consistoient plus qu'à éviter , par l'adresse et par la légèreté du corps , les attaques des bêtes féroces.

Il y eut Tannée suivante de grands tremblemens de À». 5oa. térre, accompagnés de grêle, et d'éclairs dont le ciel Marcel .rhr. parut long- temps embrase. L*e 22 d août, on vit en 1 air Thcopk.p. à Edesse pendant la nuit, du côté du septentrion, un ^Vs/^*5o, globe de feu qui disparut aux approches de l'aurore ; et *£nt. P.£. le même jour la côte de Phénicie depuis Béryte jusqu'à Barônius.' Ptolémaïde ressentit de violentes secousses. Les spécu- ifS5emant * latifs observèrent que ce fut ce jour-là même que le roi p- 27a. de Perse rompit la paix avec les Romains en entrant dans l'Arménie. Les Bulgares firent des courses dans l'Illyrie et dans la Thrace. L'empereur, qui n'avoit point de troupes à leur opposer, les éloigna à force d'argent. Les Sarrasins recommencèrent à ravager la Syrie. Agare leur chef étoit mort : mais son frère Badicarim étoit un ennemi encore plus incommode. Toujours à la tête de sa cavalerie, on le voyoit sans cesse accourir, piller, fuir et emporter son butin, revenir ensuite avec tant de vitesse, que Romain, gouverneur de Palestine, ne put jamais le joindre. Anastase fut obligé de traiter avec Arétas, père d' Agare et de Badicarim; il lui envoya l'aïeul de l'historien Nonnose, qui fit la paix , et rendit la tranquillité à la Phénicie , à la Palestine et à l'Arabie.

Les Perses commencèrent cette année une guerre san- Marcel. chr. glante. La haine que cette nation avoit conçue contre les l' *' * Romains depuis l'entreprise téméraire de Crassus ne pouvoit s'éteindre. La puissance des Parlhes, et ensuite celle des Perses , servirent de barrière au reste de l'Orient pour arrêter les armes romaines ; et la paix ne régna entre les deux nations que par intervalles. Cette antipathie mutuelle subsista jusqu'à ce que les Sarrasins eussent ren-

versé le trône des Sassanides. Pour faire connoître en quel état se trouvoit la Perse au commencement de la guerre que je vais raconter , il est à propos de remonter jusqu'à la mort de Pérose.

ers™ \'c ^0US 'e r*&ne ^e kéon, Pérose, roi de Perse, a voit g«5. . i, c. comj)attu jes jjuns Cidarites ou Nephtalites avec diffé-

f!llfetxa]Ttm succè«- Vaincu et fait prisonnier, il avoit recouvré ir^'h *a ^Derté a ^ sollicitation de l'empereur, en promettant io5.COf} P* qu'il se tiendroit tranquille dans ses états sans inquiéter Ce^'ssemani 8es v0*sms- Maïs ce prince turbulent avoit bientôt après bibl. orient, recommencé la guerre : il y avoit été plus heureux, et les seq.ul *p. Nephtalites s'étoient vus obligés de traiter avec lui à des t.ùtp. conditions peu avantageuses. Ils les observaient fidèlel'agi ad Ba- ment, lorsque Pérose prit de nouveau les armes au sujet 1X>M. de Gui- d'une contestation sur les limites, qu'il est impossible

6deesHunsSti **Xer aveC Un vo*sm 'nJusle et ambitieux. Zénon ré- 4. ' ' gnoit alors; il avoit auprès de Pérose un ambassadeur

nommé Eusèbe , homme sage , et qui , s'étant rendu agréable au roi , le suivit dans cette expédition. A la vue de l'armée des Perses, celle des Huns, feignant d'être épouvantée , prit la fuite pour les attirer dans un piège. C'étoit une longue et profonde vallée environnée de hautes montagnes couvertes de forêts , et qui n'avoit point d'issue. Pérose s'y engagea témérairement, ne voyant que les Huns qui fuyoient devant lui , sans apercevoir ceux quif filant derrière les montagnes, vinrent occuper l'entrée du vallon. Ses officiers reconnurent avant lui qu'ils étoîent enfermés; mais, redoutant les emportemens de sa colère, ils n'osoient l'en avertir. Us engagèrent Eusèbe à se charger de cette commission , dangereuse auprès d'un prince violent et impétueux. L'ambassadeur prit un détour , et lui fit entendre par un apologue le péril où il étoit. Pérose, au désespoir , ne pouvant ni fuir ni combattre , ne trouva d'autre ressource que de traiter avec le roi des Huns. Ce prince , après lui avoir reproché sa mauvaise foi et son imprudence , consentit à le laisser sortir du

vallon avec ses troupes à condition qu'il lui paieroit trente mille talens pour sa rançon , qu'il le reconnoîtroit pour son souverain en se prosternant devant lui , et qu'il s'engagerait par serment à ne jamais mettre le pied sur les terres des Nephtalites. La coutume de ces peuples étoit de jurer en tenant dans leur main une poignée de sel : c'éfoit la forme de serment la plus inviolable. Ces propositions paroissoient dures et humiliantes ; Pérose ne pouvoit même se prosterner devant le roi des Huns sans tomber dans une idolâtrie criminelle, selon ses principes , le feu étant, suivant la doctrine de Zoroastre, Tunique objet qu'il fût permis d'adorer. Il consulta ses mages ; ceux-ci , moins scrupuleux que le roi, qui cependant ne l 'étoit guère, répondirent que, pour le serment, il ne devoit pas s'en mettre en peine ; qu'a l'égard de f adoration, il étoit aisé de donner le change à l'ennemi sans intéresser sa conscience ; çue c'éfoit l'usage des Perses d'adorer le soleil levant ; que Pérose n' avoit qu'à se prosterner devant le roi des Nephtalites au lever du soleil; et que ce prince prendroit pour lui l'hommage qui seroit rendu à cet astre. Pérose suivit ce conseil. On voit que ces casuistes orientaux étoient assez hardis pour braver le parjure, et qu'on avoit déjà l'adresse de sauver l'idolâtrie en dirigeant l'intention. Le roi de Perse, épuisé par ses guerres , ne put trouver dans ses trésors que vingt mille talens : il donna des otages pour la sûreté du reste.

Il sortit des mains des Nephtalites , Remportant avec lui que le souvenir de sa honte. Docile à la morale de ses mages, il oublia son serment, et ne s'occupa que de sa vengeance. Il avoit déjà remis sur pied une grande armée , lorsque les Huns lui envoyèrent plusieurs députés pour le sommer de sa parole. Comme il les remettoit de jour en jour, une partie d'entre eux demeura auprès de lui, tandis que les autres reprirent le chemin de leur pays. Le roi fit massacrer ceux qui restoient , et envoya

poursuivre les autres, qui e'chappèrent par leur diligence: Après un si horrible attentat contre le droit sacré des nations, Pérose se mit en campagne à la tête de toutes ses troupes. Il étoit ennemi des chrétiens, qu'il persécutoit cruellement ; il en avoit fait tuer trois cents en un jour ; en partant il commanda au marzabane , c'est ainsi qiie les Perses appeloient les gouverneurs , de détruire pendant son absence toutes les églises. Ses fils le suivirent dans cette expédition ; ils étoient au nombre de trente ; il ne laissa en Perse que Cabade, le plus jeune de tous. Les principaux seigneurs d'entre les Huns, apprenant sa marche, allèrent en grand tumulte trouver leur prince , lui reprochant de se laisser jouer par un ennemi perfide : quelques-uns même osèrent l'accuser de s'entendre avec les Perses pour la perte de sa nation. Et qu'avez-vous perdu jusqu'à présent, leur dit froidement Achanouar? C'étoit le nom du roi des Huns : le temps, répondirentils; et c'est le temps qui décide des succès. Ils vouloient sur-le-champ marcher à l'ennemi ; le roi les retint en disant que Pérose n'étoit pas encore sorti de la Perse ; que la guerre rte deviendroit légitime que lorsque ce prince , au mépris de ses sermens, seroit entré sur les terres des Huns.

Le roi de Perse avançoit à grandes journées. Arrivé sur la frontière , comme il avoit juré de ne jamais passer au-delà d'une certaine pierre qui marquoit les limites, par un nouveau scrupule de conscience , il la fit charger sur un chariot çt traîner à la tête de son armée. Cependant Achanouar, prince sage, et aussi rusé qu'il est permis de l'être dans la guerre , n 'avoit pas perdu le temps , comme l'en accusoient ses officiers. Sachant par quel endroit Pérose entreroit dans son-pays , et qu'il ne pourroit prendre d'autre chemin qu'une grande plaine bordée à droite et à gauche de montagnes escarpées, il avoit envoyé secrètement un grand nombre de pionniers pour couper d'un profond et large fossé toute la largeur de

cette plaine, laissant seulement au milieu le passage de dix cavaliers de front. On avoit ensuite recouvert ce fossé de branchages, et d'une le'gère couche de terre. Lorsqu'il apprit que Pérose approchoit de Gorgo, la première ville des Huns du côté de la Perse , il fit marcher ses troupes ; et, étant arrivé au lieu où le traité avoit été juré, il y brûla de l'encens, priant le ciel de se déclarer contre les parjures. Un cavalier portoit au bout d'une pique , à la téte de l'armée, l'original du traité, et le sel sur lequel Pérose avoit prêté le serment. A la suite de cet étendard l'armée marchoit en bon ordre. Le roi fit faire halte à quelque distance de la tranchée , et il instruisit alors les siens de son stratagème. Il donna ordre à quelques escadrons de défiler dans la plaine au-delà du fossé pour attirer l'ennemi , de prendre la fuite dès qu'ils le verroient approcher , et d'observer surtout de bien enfiler le sentier en ne marchant que sur dix de front. L'ordre s'exécute; les Perses les poursuivent sans soupçonner aucun piège ; et , emportés par leur ardeur , la terre se dérobant tout à coup sous leurs pieds, ils se précipitent dans le fossé, hommes et chevaux : les rangs fondent et disparoissent ; v ils s'écrasent , ils se percent mutuellement , et ne s'aperçoivent de leur chute que lorsque, enterrés dans cet abîme, brisés, fracassés, entassés les uns sur les autres, ils se sentent arracher ce qui leur reste de vie par les traits qui pleuvent sur eux , et par les pierres dont on les accable, et qui achèvent de combler ce vaste sépulcre. Le roi y périt avec tous ses fils. On perdit alors la plus belle perle qui fût connue dans l'univers; elle servoit de pendant d'oreille à Pérose , selon l'usage des rois de Perse. Les Huns la cherchèrent en vain pendant plusieurs jours pour la vendre à l'empereur ou à Cabade, qui, tous deux à l'envi , en offraient un prix excessif. Ceux qui évitèrent' de tomber dans le fossé tarent pris par les Huns. Cette horrible défaite fit une telle impression sur l'esprit des Perses , qu'on défendit par une loi solen-

1^4 HISTOIRE DU BAS-EMPtRE.

nelle , de jamais poursuivre les ennemis dans leur pays, même après la victoire la plus complète. Pérose avoit régné vingt-quatre ans : ainsi sa mort doit être arrivée dans Tannée 485.

Theod.lect. Cahade, le seul qui restoit des trente (ils de Pérose t * Theoph.p. parut trop jeune pour lui succéder. Les Perses mirent io6. }a couronne sur la tête dObale, nommé aussi Balascès *, p. ia;.' ou Blasés, frère de Pérose. Ce prince, d'un caractère i^df.pkbï\ doux et pacifique, trouvant le royaume épuisé d'hommes Mscmani>et d'argent, n'entreprit pas de venger la mort de son

bibl. orient. , ., , i n

1. 1, p. a63 , frère. Soupharai, gouverneur des provinces de l'erse eliw. l' 5> limitrophes de llnde, conclut avec les Nephlalites un M. de Gui- traité par lequel les Perses se soumirent à payer tribut 6dc?Hunsli à leurs vainqueurs. Cabade fut donné en otage , et cet 4* assujettissement honteux dura deux ans. L'indigence où

se voyoit réduit le roi de Perse le força d'avoir recours à Zénon. Dans le traité par lequel Jovien avoit autrefois cédé Nisibe à Sapor, il étoit stipulé qu'au bout de cent vingt ans les Romains pourroient rentrer en possession de cette ville, en payant aux Perses une certaine somme. Obale fit demander cet argent, mais sans offrir de rendre Nisibe. Zenon, occupé alors de la guerre contre Mus et Léonce, loin d'être disposé à racheter Nisibe, auroît voulu retirer l'argent que Pamprépius avoit fait donner à Pérose pour l'engager à secourir les révoltés. Il répondit aux députés que les Perses dévoient êlre contens qu'il les laissât en possession de Nisibe. Deux années se passèrent encore sans qu Obale se vît en état de lever des troupes; ce qui lui attira le mépris de ses sujets. Enfin Soupharaï, qui avoit été' employé à conclure avec les- Huns ce traité déshonorant, entreprit d'en affranchir la Perse. Il leva des troupes à ses dépens dans son gouvernement, qui étoit très-étendu, et marcha contre Jes Huns à la tête de cent mille hommes. Etant arrivé sur leur frontière, il écrivit à leur roi une lettre menaçante. Achanouar répondit en rejetant sur la perfidie de Pérose

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 1 -j5

la cause des malheurs dont la Perse étoit justement accablée. Les deux armées s'approchèrent, et en vinrent à une bataille, où les Huns furent défaits. Le monarque nephtalite, de peur d'exposer son pays aux mêmes désastres que la Perse avoit éprouvés, ne s'obstina pas contre la fortune. Dès le lendemain de sa défaite, il demanda la paix, offrant de rendre les prisonniers qu'il avoit entre les mains , et de renoncer au tribut, à condition que les Perses rendroient aux Huns leurs bagages, dont la victoire les avoit rendus maîtres. Ces conditions furent acceptées. Soupharaï revint triomphant, mais le roi n'en fut que plus méprisable. Il eut encore l'imprudence de s'attirer la haine des mages , toujours redoutables à leurs souverains. Il voulut faire construire des bains; ce qui parut une entreprise sacrilège; les mages respectant l'eau comme l'élément le plus sacré après le feu , et croyant que c'étoit un crime de s'en servir pour laver les ordures du corps. Ils conspirèrent contre lui la quatrième année de son règne , se saisirent de sa personne, et lui crevèrent les yeux. C'étoit un supplice ordinaire en Perse : on versoit dans les yeux de l'huile bouillante, ou on les perçoit avec une aiguille rougie au feu. Cabade fut mis sur le trône.

Ce prince , aussi turbulent que son père , et l'un des plus méchans rois qui aient jamais régné en Perse, es- 5?™' * * %C' suya d'étranges révolutions. Cruel et intraitable, il 7^^'.^; traita ses sujets en esclaves. Il bouleversa d'abord son lroyaume, abolissant les coutumes anciennes, établissant io6. opup* des lois bizarres, ou plutôt ne reconnoissant d'autres ^^^f" lois que ses passions et ses caprices. Entêté des systèmes Pogi ad Baextravagans d'un imposteur nommé Mazdac , qui s'an- m" de Guinonçoit comme le réformateur de la religion reçue , il §""/}u/£w/" commença par rompre le lien primordial de la société 4. humaine en détruisant l'union conjugale : il déclara par une loi que les femmes seroient communes, et il permit aux femmes les plus distinguées de se prostituer; ce qui

jeta le désordre et la confusion dans toute la Perse. C'étoit un de ces esprits audacieux qui , réprouvant toutes les maximes de la sagesse , toutes les pratiques de la raison , s'enivrent de leur propre folie; et, fiers de contredire les siècles précédens , dont ils ramassent les idées de rebut, absurdes législateurs, ne trouvent de vertu que dans le vice, de lumières qu'en eux-mêmes, de police que dans une vie brutale et sauvage. Dès le commencement de son règne, il prétendit se faire un droit de l'injuste demande que son prédécesseur avoit faite à Zénon. Il lui envoya un grand éléphant, et lui demanda la somme dont ce prince, disoit-il, étoit convenu avec Obale. Ses ambassadeurs, arrivés à Antioche , lui mandèrent que Zénon étoit mort , et qu'Anastase lui avoit succédé : ils lui apprirent en même temps la révolte des Isaures. Cabade crut l'occasion favorable; il leur donna ordre de presser Anastase , et de lui déclarer la guerre , s'il refusoit de payer la somme exigée. Anastase, sans s'effrayer de cette bravade , répondit qu'il ne donnerait pas ce que son prédécesseur avoit refusé avec justice ; que, si Cabade demandoit cet argent comme un emprunt, ilconsentoita le lui prêter ; que, s'il Vexigeoit comme une dette, V empire ne lui devoit rien. Sur cette réponse , Cabade auroit pris les armes , si son caractère violent n'eût pas déjà mis en feu son royaume et toutes les nations voisines. Il avoit fait mourir Soupharaï, auquel la Perse devoit sa délivrance. Les Arméniens, sujets de la Perse, éprouvoient une sanglante persécution, parce qu'étant chrétiens , ils refusoient d'adorer le feu. Lassés de mauvais traitemens, ils devinrent infidèles à la loi de l'Evangile, qu'ils prétendoient soutenir, et se révoltèrent contre leur prince légitime. Ils renversent les pyrées, massacrent les mages et les autres Perses, taillent en pièces une armée que Cabade envoyoit contre eux, et députent à l'empereur pour le prier de les recevoir comme sujets de l'empire. Anastase n'accepta pas

la proposition , craignant de fournir à Cabade une juste raison défaire la guerre. Dans le même temps, les Cadusiens se soulèvent , et tentent de s'emparer de Nisibe. Les Tamyréniens , qui habitoient entre des montagnes inaccessibles, accablés de tributs par l'avarice de Cabade, prennent les armes, et ravagent les contrées d'alentour. Les Arabes, voyant tout en désordre , sortent de leurs déserts, et pillent la Mésopotamie.

Les plus grands seigneurs de la Perse , indignés de Pme. bd. la tyrannie du prince, et surtout de la loi qui prostituoit les femmes, n'étoient pas mieux disposés. Ils con- YkêodieJt' spirent contre Cabade la onzième année de son règne, /. a. et l'enferment dans une prison. Ils choisirent pour roi pE"%] *' 2' en sa place un frère de Pérose , qui restoit encore , nommé ^eoph' Zamaspès. Ce prince, aussi doux et aussi clément que CeJt-en.^ Cabade étoit cruel et emporté, ne voulut pas tremper 5^iieoph.sises mains dans le sang de son neveu : il assembla le con- mocat. /. 4» seil de la nation pour délibérer sur le traitement qu'il c'jssemani. falloit faire au roi détrôné. La plupart opinoient à le laisser vivre , lorsque Gusanastade, un des premiers seigneurs de la Perse, qui commandoit sur la frontière limitrophe des Nephtalites, s'avançant au milieu de rassemblée, et tirant un couteau dont les Perses se servoient pour roguer leurs ongles: Fous voyez, dit-il , cet instrument; tout petit qu'il est, il peut faire un grand coup , et nous tirer d'inquiétude ; si vous ne me permettez pas de m'en servir aujourd'hui pour te repos de la Perse , vingt mille soldats armés de toutes pièces n en pourront faire autant» dans la suite. Cette proposition fit horreur : le roi surtout s'y opposa. On se contenta de condamner Cabade à une prison perpétuelle dans le château de l'oubli , ainsi nommé , parce qu'il étoit défendu , sous peine de la vie , de prononcer même Je nom de ceux qu'on* y avoit renfermés.

Un homme si violent et si impétueux auroit bientôt mis fin à ses malheurs, si la tendresse de sa femme n'eût

l~$ HISTOIRE £U BAS-EMPIRE.

adouci son désespoir. Elle obtint la permission de le visiter , et de lui porter des alimens. Le commandant du château devint sensible à la beauté de cette princesse infortunée, et il osa lui déclarer sa passion. Elle en fut irritée, et s'en plaignit ;son mari. Cabade, moins délicat sur l'honneur que passionné pour la liberté , et surtout pour la vengeance, lui ordonna de se rendre aux désirs de l'insolent officier. Il espéroit se délivrer à ce prix; mais sa complaisance ne fit que procurer à sa femme une liberté entière d'entrer dans la prison, et d'y rester aussi long-temps qu'elle vouloit. Cependant, un seigneur perse, nommé Séoscs, ami fidèle de Cabade, s'étoit venu loger près du château pour épier le moment de sauver son maître. Il lui fit savoir par la princesse que, s'il pouvoit s'échapper, il trouveroit des chevaux et une escorte dans un certain lieu qui n'étoit pas éloigné. La nuit étant venue , Cabade engagea sa femme à changer d'habit avec lui, et à demeurer à sa place. Il sortit sous ce déguisement sans être reconnu par les gardes , qui ne s'aperçurent de leur méprise qn'au bout de quelques jours, lorsque leur prisonnier étoit déjà hors de la Perse. On ne dit pas ce que devint la princesse ; mais Cabade, accompagné de Séosès, alla se jeter entre les bras du roi des Nephtalites. Ce prince généreux le reçut avec bonté ; il prit soin d'adoucir ses chagrin» eu lui procurant tous les plaisirs conformes à son caractère. La chasse, la bonne chère, l'ivresse, la magnificence des habits et des équipages , auroient consolé Cabade, si l'ambition pouvoit se consoler de la perte d'une couronne. Le roi des Huns porta la bienveillance jusqu'à lui faire épouser une de ses filles; elle étoit née d'une sœur de Cabade , qui avoit été pr.je dans une guerre contre Pérose. Ce fut de ce mariaçe que sortit dans la suite le grand Chosroès. Achanouar mit le comble à ses bienfaits en donnant à son gendre trente mille hommes pour reconquérir ses états.

HISTOIRE DU BAS-EM1>IRE. 1 <-f)

Zamaspès ne se mit point en peine de lever des trou- Entre t.*, pes pour les opposer à cette armée : il ne voulut faire ^7w! aucune résistance. Porté malgré lui sur le trône, il ciiPS'*-1- 1 >r* descendit sans regret. 11 alla se rendre auprès de son j-ath.t.\. neveu, et lui remit la couronne, préférant les douceurs y"oU- l' • d'une vie privée aux embarras de la royauté. Cahade , Ttn-oph. avqui lui étoit redevable de la vie , montra cette fois de '"'}{" ' 4 ' la reconnoissance : il le laissa vivre en liberté , réser- p' vant toute sa colère pour punir les conjurés, qrti avoient pris la fuite. La première province qu'il rencontra en revenant dans ses états, étoit celle où commandoit Gusanastade : le roi dit, en y entrant, qu'il en donneroit le gouvernement au premier Perse qui viendroit ce jour-là lui rendre hommage. A peine eut-il parlé , qu'il s'en repentit. Les gouvernemens en Perse étoient attachés aux familles; et il craignott d'être oblige. ou de manquer à sa parole , ou de commencer l'exercice d* sou pouvoir par violer une loi du pays. La fortune le servit mieux qu'il ne le méritoit : célui qui viut Je premier se prosterner devant lui et le reconnoître pour roi, fut Adergudumbade, jeune seigneur Renommé; par sa, bravoure, et parent de Gusanastade. Ainsi le roi put, sans exciter de murmures, le récompenser comme il avoit promis. 11 continua sa roule sags rencontrer aucun obstacle : tout plia devant lui. Il fit mourir Gusanastade et les autres conjurés dans les plus affreux supplices. 11 créa pour le fidèle Séosès une dignité nouvelle qni lui donnoit une autorité suprême sur tous les magistrats et sur toutes les troupes du royaume. Séo$ès fut le premier et le dernier qui occupa un poste si élevé et si voisin du trône. Cabade régna encore trente ans, en y comprenant le temps de sa prison et de son exil. Il fit rentrer dans l'obéissance les Cadusicns et les Tamyréniens. Les Arabes firent avec lui une nouvelle alliance, et s'engagèrent à lui fournir des troupes contre les Romains. L'Arménie fut pacifiée dès qu'il eut accordé aux

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habitans liberté de religion. Les leçons de l'adversité ne furent pas inutiles à ce prince : il en devint plus modéré ; les anciens usages reprirent leur cours, et l'honnêteté piibli(|ue eut toute seule la force d'abolir la loi monstrueuse qui avoit permis la communauté des femmes.

Proc. lel. Il falloit de l'occupation à Cabade/Il se croyoit niépen. L i,c. prj^ j'Anastase , et tourna ses armes contre l'empire.

difTi> dc ^e d'août de Tan 5o2 , il entra dans l'Arménie sujette f, 5. * ,C' aux Romains, à la tête d'une grande armée de Perses

£»*g. L 3, et dfi Huns auxiiiaires< ii assiégea la forteresse de Théo-

™eoPh' P- dosiopolis, et la prit par la trahison d'un sénateur nommé Constantin, qui y commandoit. Elle fut pillée, ainsi que les villes voisines auxquelles elle servoit de défense. Cabade y laissa garnison sous les ordres de ce même (Constantin , et marcha vers Amide. A dix lieues de cette £laee , près du fleuve Nymphée, étoit située Martyropolis ^ ville épiscopale et assez grande , mais sans autre défense qu'une foible muraille de vingt pieds de haut, et de Quatre d'épaisseur. Théodore , satrape de la Sophanèrie, en étoit gouverneur. Les Romains, à l'imitation des Perses , donnoient alors le nom de satrape aux commandans des provinces voisines du Tigre. Les habitans, pônr se rendre , %'attendirent pas qu'ils fussent assiégés; ils sortirent, Théodore à leur tête, portant à Cabade les clefs de leur ville et le tribut de deux années, tels qu'ils le payoient aux Romains. Le roi , satisfait d'une si prompte soumission , les traita comme ses sujets ; et , sans leur causer aucun dommage , il leur laissa Théodore pour gouverner au nom des Perses.

A une journée d'Amide , quelques officiers nephtalites lui racontèrent qu'il y avoit dans le voisinage un homme extraordinaire , qui n'avoit pour demeure qu'une espèce de cage couverte d'un petit toit, soutenu de pièces de bois plantées en terre, et assez écartées l'une de l'autre pour le laisser voir de tous côtés; qu'il n'avoit d'autre siège

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ni d'autre lit que la terre ; qu'il ne vivoit que de légumes et ne mangeoit que rarement ; que plusieurs de leurs soldats, courant le pays , avoient voulu lui tirer des flèches pour essayer leur adresse ; mais qu'ils avoient senti leurs bras ^'engourdir, et qu'ils en étoient revenus avec une impression de respect dont ils ignoroient euxmêmes la cause. Celui dont ils parloient étoit Jacques le Solitaire, qui s'étoit depuis long-temps retiré près du bourg d'Endièles , où ils paesoit les jours et les nuits dans la méditation des choses divines. Cabade , curieux de singularités , se fit conduire en ce lieu ; et , satisfait des réponses que le solitaire fit à ses questions, il lui offrit telle faveur qu'il désireroit, s'imaginant qu'il alloit lui demander une somme d'argent. Jacques, plus riche que les rois de Perse , lui demanda seulement qu'il voulût bien , pendant cette guerre , épargner ceux qui viendraient se réfugier auprès de sa cabane. Le roi y consentit, et, pour assurer ce privilège, il lui en fit sur-lechamp expédier des lettres. Bien des gens profitèrent de cet asile ; et , pendant le cours de la guerre , la chaumière de Jacques fut comme une forteresse, à l'abri de laquelle un grand peuple trouva sa sûreté.

Cabade arriva devant Amide le 5 d'octobre. Cette Proc. bel; ville , fameuse par la résistance qu'elle avoit opposée aux'*™* '» carmes de Sapor, cent trente-trois ans auparavant, sous Theoph.p.} le règne de Constance , n'avoit alors qu'une foible gar- l*Eiag*L 3 , nison. Mais les habitans étoient soldats, et pleins d'une jy*£f Uct , valeur intrépide. Les attaques étoient commencées iors^ /. 2. qu'on vit arriver au camp un ambassadeur d'Anastase. A£èmanû ' Dès les premiers mouvemens de Cabade , l'empereur lui avoit envoyé Rufin, avec une somme d'argent, pour l'engager à ne pas entrer sur les terres de l'empire. Rufin , ayant appris en chemin que Cabade étoit déjà en Mésopotamie , laissa son argent à Césarée en Cappadoce, et alla trouver le roi pour lui offrir cette somme , s'il vouloit se retirer dans ses états. Le roi, pour toute réponse, le

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fit mettre aux fers , continua de battre la place, et envoya Naaman , chef des Arabes , ravager le pays de Haran. Cette ville est la même que les Grecs et les Romains ont nommée Carrhes , célèbre par la défaite de Crassus.

Alypius ou Olympius commandoit un corps de troupes aux environs de Constantine. Je me suis trompé dans l'histoire de Constance en disant, d'après Cellarius, que Constantine étoit l'ancienne JSicéphorium sur l'Euphrate; c'étoit l'ancienne Anthémunte , nommée aussi Antipolis, à laquelle Constance donna son nom , l'ayant réparée et agrandie en 35o. Les historiens du pays la placent entre Amide et Nisihe , à cinquante-six stades, environ deux lieues et demie de l'une et de l'autre ville. Les Arabes l'ont nommée Tela-Mauzalat. Ce nom de Tela ou Tel, donné à quantité de villes en Mésopotamie et en Syrie, signifie, en langue syriaque, montagne ou colline. Olympius étoit un guerrier brave et prévoyant : il a voit pris soin de fournir de vivres pour longtemps Amide et toutes les places d'alentour. Il se joignit à Eugène, gouverneur de Méliline, dans la petite Arménie, et tous deux réunis battirent, le 19 de novembre, le détachement de Naaman. Mais, pendant qu'ils s'arrêtoient à partager les dépouilles, ils furent surpris et battus à leur tour àTel-Besme, village près de Constantine. Naaman fit le dégât depuis Haran jusqu'à Edesse, dont les habitans travaillèrent avec «irdeur à réparer leurs murailles et à se mettre en état de défense. Mais le prince arabe se contenta de piller les environs, et retourna au camp devant Amide avec plus de dix-huit mille prisonniers. Les deux généraux romains, après avoir rallié leurs troupes , ne se sentant pas assez forts pour tenir la campagne, se séparèrent. Olympius se renferma dans Constantine : Eugène entra dans l'Arménie , et reprit Théodosiopolis.

L'attaque et la défense d' Amide continuoient avec une

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égale vigueur. Les béliers battoient la muraille de toutes parts ; les habitaus rabattoient les coups avec des poutres, qui , suspendues par les deux bouts à des poulies , venoient tomber en travers sur la tête des béliers. D'ailleurs les murs étoient d'une si forte structure, qu'ils résistoient à la violence des machines. Cabade , rebuté du peu d'effet de ses batteries, fit élever une plate - forme de terre beaucoup plus haute que les murs, et d'où la ville étoit -vue à découvert. Pour rendre encore ce travail inutile , les assiégés pratiquèrent un souterrain , et le conduisirent jusque sous la terrasse, qu'ils creusèrent dans l'intérieur, la soutenant par des étais à mesure qu'ils enlevoient la terre, en sorte que la surface subsistoit dans le même état sans s'affaisser. Lorsqu'ils y virent les Perses montés en grand nombre, et lançant de là dans la ville des traits et des pierres, ils abattirent ou brûlèrent les étais ; et la terrasse , s'éboulant tout à coup, ensevelit ceux qu'elle portoit. Il ne restoit plus d'espérance à Cabade que dans un assaut général. Il fait appliquer les échelles à plusieurs endroits à Ja fois. Les habitans se défendent avec fureur; les pierres, la poix bouillante, le plomb fondu, pleuvent de toutes parts sur les assaillaus; les Perses prennent la fuite ; Cabade les force à coups de cimeterre de remonter à l'escalade ; il tue de sa propre main ceux qui refusent d'obéir. Le second assaut n'a pas un meilleur succès : plein de dépit et de rage, il est contraint de faire sonner la retraite.

Ce siège meurtrier duroit depuis trois mois. Les as- Aw. 5oS. sauts sanglans et inutiles , les fréquentes sorties, les machines dont la muraille étoit bordée , et qui foudroy oient sans cesse l'armée des Perses , désespéroient Cabade , qui jusqu'alors n'avoit pas épargné ses soldats : on dit qu'il lui en coûtoit déjà cinquante mille hommes. Il prit enfin le parti de lever le*iége, et donna l'ordre pour décamper le lendemain. Les habitaus en furent instruits par des transfuges; et, se livrant à une joie effrénée, ils. com-

l84 HISTOIBE DU BAS-EMPIRE.

. mencèrent à insulter Cabade, l'accablant des injures les plus outrageantes; les femmes surtout, dépouillant toute pudeur, portèrent l'effronterie aux excès les plus indécens. Cabade, outré de colère, résolut de périr ou de se venger; et ses mages lui promirent qu'il seroit bientôt maître de cette populace insolente. En effet, deux jours après, un soldat ayant remarqué l'entrée d'un ancien souterrain , qui n'étoit bouché que de petites pierres, y entra pendant la nuit , et reconnut qu'il aboutissoit à l'intérieur d'une tour, dont on avoit confié la garde à des moines. Il en avertit Cabade, qui , la nuit suivante, y fit couler des soldats. C'étoit le 10 de janvier; il faisoit un grand froid, et il tomboit une grosse pluie. Les moines s'étoient enivrés la veille à l'occasion d'une fête, et dormoient profondément. Ils furent égorgés sans bruit. Quelques auteurs rapportent que ce furent les moines eux-mêmes qui trahirent la ville en donnant à Cabade connoissance du souterrain, et que, pour récompense de leur perfidie 3 ils furent égorgés les premiers. On trouva les postes abandonnés* les sentinelles, pour éviter le froid et la pluie , s'étant retirés dans les maisons. Les soldats qui étoient entrés brisèrent les portes, et Cabade ordonna de passer tous les habitans au fil de Tépée. Cet ordre cruel fit périr plus de quatre - vingt mille personnes, sans compter ceux qui furent noyés dans le Tigre, jetés dans des puits, ou mis à mort de quelque autre manière qui fit disparoître leurs cadavres. Pendant que Cabade, étincelant de rage, traversoit la ville, monté sur son éléphant, et animant la fureur de ses soldats, un prêtre d'Amide, courbé de vieillesse, se jeta au-devant de lui, en criant: Songez, prince , quil est indigne d'un puissant monarque d'égorger des vaincus. Et pourquoi, dit Cabade, m'avez-vous si opiniatrément résisté? Hélas! répjpdit le vieillard, Dieu voulait que vous dussiez votre conquête à votre valeur, et non pas à notre lâcheté. Cette réponse flatta

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la vanité de Cabade, et calma sa colère; il fit cesser le massacre , permettant seulement le pillage. Il prit pour lui les plus distingués des prisonniers, et abandonna les autres à ses soldats. Les historiens de Syrie rapportent un fait qui n'est pas hors de vraisemblance. Au moment de la prise d'Amide, un roi sarrasin, qui étoit chrétien f obtînt de Cabade qu'on ne fît aucun mal à ceux qui se seroient réfugiés dans l'église principale dédiée à Dieu , sous l'invocation des quarante martyrs. Cabade, étant entré dans cette église, y aperçut une image de Jésus- Christ, et demanda ce que c'étoit; ses gens lui répondirent que c'étoit l'image du Dieu des nazaréens. Le roi la salua en disant : Cest vraiment là celui qui m'a apparu, et qui m'a dit: Reste, et reçois de moi la ville et les habitons, parce qu'ils m'ont offensé. Il ne laissa pas de piller l'église; mais il épargna ceux qui s'y étoient retirés. Ayant ensuite établi dans la ville une garnison de trois mille hommes sous les ordres d'Eglon, il alla camper au mont Sigar, entre Amide et Nisibe, et renvoya Rufin à l'empereur pour lui porter la nouvelle de la prise d'Amide. Cet événement répandit tant d'alarme dans la Mésopotamie, que les habitans se préparoient à quitter le pays, et à passer l'Euphrate. Mais Jacques, surnommé le Voyageur, fameux dans cette contrée par ses ouvrages d'éloquence et de poésie, rassura par une lettre circulaire les peuples consternés , en leur inspirant la confiance en Dieu.

Dès qu'Anastase avoit appris qn 'Amide étoit assiégée, Proc. hth il avoit levé en Thrace une armée de cinquante-deux £?r*" L l,c' mille hommes, composée surtout de Besses et de Goths. Marcelfhr.

• ii * T/ieoph. p.

Il en avoit donné le commandement a trois chefs, 125. ^ Hypace son neveu , Patrice le Phrygien, et Aréobinde. tiVapudr!il Celui-ci étoit fils de Dagalaïphe , consul en £6i,et petit- senyxni » /'• fils de cet Aréobinde qui s' étoit signalé dans la guerre Tilt, sin«de Perse, sous le règne de Théodose le jeune. Du côté 8tase*a,t i0' de sa mère Dagislhée , il étoit petit-fils d'Ardabure, que

l86 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

Léon avoît fait massacrer. Son mariage le rendoit encore plus illustre; il avoit épousé Julienne, fille de l'empereur Olybre, et il en avoit eu Olybre, consul en 491* C'était le meilleur général de l'empire, et les historiens l'appellent le grand Aréobinde. 11 auroit sans doute été plus heureux , s'il n'avoit point eu de collègues. Hypace et Patrice, plus courtisans que capitaines, aimèrent mieux traverser les succès d' Aréobinde que de vaincre par ses conseils; et leur jalousie fit avorter les grands projets de cette campagne. Jamais armée à son départ de Constantinople n'y avoit laissé de plus brillantes espérances; celle-ci réunissoit toute la bravoure et toute la gloire militaire de l'empire. On y distinguoit le comte Justin, et Zémarque, son compagnon de fortune, et aussi brave que lui; Patrice, fils d'Aspar, qui avoit osé reparoître depuis la mort de Zénon, et qui prenoit le nom modeste de Patriciole, avec son fils Vitalien ; Romain , que nous avons vu vainqueur des Sarrasins en Palestine et en Arabie; Boruse, Timostrate , le comte Pierre, et plusieurs autres officiers célèbres par leur valeur. On y voyoit aussi des capitaines étrangers de grande réputation; Pharasmane le Lazique, Gogidascle, et Sbésas, qui commandoient les Goths; Asuade, chef d'une tribu d'Arabes. Si le mérite des subalternes pouvoit suppléer à l'incapacité des généraux, ou réparer les maux que cause la jalousie, il y avoit dans cette armée assez de valeur pour faire la conquête de la Perse. Afin qu'elle ne manquât d'aucune des choses nécessaires au succès des expéditions, Anastase avoit nommé pour intendant et trésorier des troupes l'Egyptien A pion, homme de tête , déjà élevé au rang de patrice; et comme il connoissoit son zèle pour le bien public , son activité et sa prudence , il lui avoit donné l'autorité la plus étendue dans l'exercice de sa commission , le déclarant indépendant des généraux, et tenant en cette partie la place de l'empereur. Lorsque l'armée romaine passa i'Euphrate, Amide

éloit déjà prise, et- Cabade étoit campé près de Nisibe. La première faute que firent les généraux fut de se séparer. Hypace et Patrice prirent avec eux quarante mille hommes, et marchèrent du côté d'Amide, comme pour l'assiéger : ils ne laissèrent que douze mille hommes à Aréobinde , qui marcha vers Nisibe. Apion fit de la ville d'Edesse le magasin de l'armée, et prit de sages mesures pour la sûreté des convois. Les deux généraux, trouvant Amide en état de défense, n'osèrent l'assiéger» et s'amusèrent à ravager le pays. Mais Aréobinde, avec sa petite armée, harceloit sans cesse les Perses : attentif à choisir des postes avantageux, il ne laissoit échapper aucune occasion de les battre; il les attaquoit séparément. Dans une rencontre, il défit un corps de vingt mille hommes, et poursuivit les fuyards jusqu'aux portes de Nisibe. Un soldat goth ayant tué dans ce combat le premier des généraux de Cabade, se saisit de son épée et de son bracelet enrichi de pierreries , et vint les offrir à Aréobinde, qui les envoya à l'empereur comme un témoignage de sa victoire. Enfin Cabade^ après avoir perdu une grande partie de ses troupes, fut obligé de s'éloigner de Nisibe..

Il attendoit un renfort considérable de Perses, de Huns et d'Arabes, qui arrivèrent au mois de juillet. C'étoit une nouvelle armée dont il donna le commandement à Constantin. Ce traître , s'étant échappé de Théodosiopolis, lorsque cette ville fut reprise par Eugène, étoit venu se réfugier dans le camp de Cabade. Au contraire, Théodore, que Cabade a voit laissé dans Martyropolis, avoit quitté cette ville dès qu'il s'étoit vu en liberté, et s'étoit rendu au camp devant Amide. Aussi Anastase, à la fin de la guerre, loin de le punir, le loua d'avoir sauvé, par une feinte soumission, les habitans d'une place qui n'eût pas manqué d'être emportée d'assaut. A la tête des nouvelles troupes, Constantin alla chercher Aréobinde, qui, se sentant trop foible, eut recours à ses

l8& HISTOIRE DIT BIS-EMPIRE.

deux collègues. Ceux-ci, sous prétexte du siège d'Amide qu'ils ne faisoient pas, refusèrent de le secourir. Ce brave général, se voyant abandonné, vouloît repasser l'Euphrate et retourner à Constantinople. Apion vint à bout de le calmer , et lui persuada de demeurer en Mésopotamie. Il se retira en diligence à Constantine , avec perte de ses bagages , qui furent enlevés par les Perses. Hypace et Patrice , charmés de cette disgrâce, voulurent en tirer avantage; ils marchèrent à Constantin, qu'ils surpassoient en forces. Celui-ci , s'étant retiré à leur approche , alla rejoindre Cabade, qui s'avançoit avec toutes ses troupes. Les deux généraux n'étant pas instruits de la marche du roi , et croyant n'avoir affaire qu'à Constantin, rencontrèrent les coureurs de l'armée : c'étoient huit cents Néphtalites, que Pharasmane et Théodore taillèrent en pièces. Le brave Naaman qui les conduisoit échappa avec une blessure mortelle, et alla porter cette nouvelle à Cabade. Aussitôt le roi , redoublant de vitesse, accourut avec toute sa cavalerie. Hypace et Patrice, glorieux de ce premier succès, s'étoient arrêtés près du château de Suphrin ou Aspharin , à quinze lieues d'Amide; ils ne songeoient qu'à se reposer et à se réjouir de leur victoire. Leurs soldats désarmés, assis au bord d'un ruisseau, préparoient leur repas; quelquesuns se baignoient : les généraux étoient à tàble, lorsque leurs coureurs vinrent à toute bride leur annoncer que les Perses arrivoient. Les soldats , dans un extrême désordre, ont à peine le temps de prendre leurs habits et leurs armes; les Perses fondent sur eux avec furie : la plupart sont passés au fil de i'épée; les autres sont faits prisonniers ; quelques-uns se sauvent sur les montagnes voisines; mais l'épouvante dont ils sont saisis trouble leurs yeux et glace leurs cœurs : ils roulent dans les précipices. De toute cette grande armée il n'échappa presque que les deux généraux, qui prirent la fuite les premiers* et qui, courant toujours sans regarder derrière eux, re-

passèrent l'Euphrate et se retirèrent à Samosate. Le comte Pierre, réfugié avec quelques soldats dans le château de Suphrin , fut livré par les habitans à Cabade , qui fit égorger les soldats, et garda le comte prisonnier.

Cependant les Arabes , portant partout le fer et le feu, désoloient la Mésopotamie. Ceux qui snivoient le parti des Romains se jettent sur les terres de Naaman, enlèvent les troupeaux , tuent les bergers, obligent la tribu entière de s'enfuir au fond du désert. Les Arabes sujets des Perses attaquent la ville de Chabour, et sont repoussés par Timostrate, qui commandoit dans Callinique. Mais Alamondare, chef de la plus considérable tribu, se signaloit par ses ravages. Ce nom (VAlamondare est déjà fameux dans les guerres de Perse sous les règnes précédens. C'étoit un nom commun aux rois de Hira, ville d'Assyrie à trois milles de Capha. Ces princes, qui se nommoient aussi Monder, étoient de la tribu des Lachémites, qui descendoient de Lachem, petit-fils de Saba , fils de Jectan. Naaman étoit de celte famille. Alamondare, ennemi mortel des Romains, ne bornoit pas ses hostilités à la Mésopotamie; il passoit souvent PEuphrate, cour oit jusqu'en Palestine, brûloit les villages, pilloit les campagnes , et ne revenoit jamais de ses courses sans ramener des milliers d'esclaves. Les solitaires, qu'il n'a voit pas coutume d'épargner, fuyoient dans les villes. Jean le Silentieux demeura seul exposé aux insultes de ces barbares , et il en fut respecté.

Naaman, irrité de sa blessure, conseilloit an roi d'attaquer Edesse. La prise de cette place faisoit tomber toutes les autres, et rendoit les Perses maîtres de la Mésopotamie entière. Aréobinde s'y étoit renfermé. Mais ce qui rassuroit davantage les habitans , c'étoit la promesse qu'ils croy oient que Jésus-Christ a voit faite autrefois à leur roi Abgare , qu'Edesse ne seroit jamais prise. Cette persuasion , quoique mal fondée, leur inspi-

roit un merveilleux courage, et les rendoit en effet invincibles. Elle sétoit communiquée aux peuples voisins, et , malgré les instances de Naaman qui n'écoutoit que sa colère, Cabade s'éloigna d'Edesse. Ce prince superstitieux avoit encore une autre raison de défiance : en arrivant devant Edesse , il s'étoit adressé à ses mages pour savoir s'il viendroit à bout de s'en rendre maître ; ils s'étoient accordés à lui répondre qu'il ne la prendrait pas, parce qu'en leur montrant la ville il avoit étendu la main droite; ce qui étoit, disoient-ils, un signe de salut. Il tourna donc ses armes vers Cnnstantine, où il ménageoit une secrète intelligence avec les Juifs. Comme leur synagogue touchoit aux murailles , ils y avoient pratiqué des souterrains pour introduire les Perses pendant la nuit. Le comte Pierre, prisonnier dans le camp de Cabade, ayant découvert cette trahison , feignit qu'il avoit laissé quelques hardes en dépôt chez Léonce, gouverneur de la ville, et obtint la permission d'aller les redemander. Il s'approcha des murs, avertit les Romains du dessein des Juifs, et demanda des habits, qu'on lui jeta en effet pour déguiser sa ruse. Léonce punit les coupables, et redoubla de vigilance. Barhadade,évêquede Conslantinople, prélat aussi intrépide que respectable par sa sainteté, partage les travaux du commandant ; il fait la ronde des sentinelles , anime les habitans, leur administre l'eucharistie sur les murailles, afin qu'ils ne soient pas obligés de quitter leur poste ; enfin , résolu de s'exposer lui-même pour sauver son peuple , il les assemble : Je vais, leur dit-il, trouver V ennemi pour l'engager h s'éloigner de notre ville ; j'ai confiance que le Tout- puissant donnera de la force à mes paroles ; mais quoi qu'il ni 'arrive , quand vous me verriez expirer au pied de vos murs dans les plus cruels supplices, ne vous effrayez pas; mes derniers soupirs imploreront pour vous le secours *du ciel : défendez-vpus avec courage. Il sort en même temps de la

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ville , portant au roi de Perse des présens de peu de valeur : c'étoit du vin, des figues sèches, du miel, des pains de froment. Sa présence étonna Cabade , et ses paroles , fortifiées de la grâce divine, firent une vive impression sur ce fier monarque. Le prélat lui représenta que Consiantine étoit une ville pauvre , habitée par des misérables , négligée même par les Romains , qui , n'en faisant aucun cas, rty avoient pas laissé de garnison ; que la conquête des autres places Ven rendroit maître sans coup jférir ; que ce seroit déshonorer son armée que de (arrêter devant une bicoque si méprisable. Cabade, toujours occupé du dessein de prendre Edesse,se laissa persuader par ce discours; et< pour récompense r le prélat de son miel et de ses figues, il lui fit présent de tontes les provisions qu'il a voit amassées pour un siège.

Il retourna donc devant Edesse, et campa, vers la fin du mois d'août, au bord de la rivière de Galab, qu'on nommoit aussi le fleuve des Mèdes. Il y demeura vingt jours. Les habitans, résolus de se bien défendre, travaillèrent à se fortifier ; et , pour ne rien laisser au-delà de leurs murs dont l'ennemi pût tirer avantage, le 6 septembre il» mirent eux-mêmes le feu à leurs faubourgs, après en avoir retiré les reliques des martyrs. Trois jours après, Cabade fit proposer à Aréobinde une conférence pour traiter de la paix, lui donnant le choix ou de laisser entrer dans la viîle Aspebède , qui étoit revêtu de la charge d'astabide (ce mot signifient chez les Perses le général de la cavalerie) , ou de venir lui-même à l'église de Saint-Serge, qui n'étoit pas éloignée d'Edessc. Aréobinde se rendit au lieu indiqué: mais, comme le roi demandoit dix raille livres d'or, et qu' Aréobinde n'en offroit que sept mille, l'entrevue hit sans effet. Tandis que Cabade étoit campé devaut Edesse, Patriciole, avec son fils Vitalien , qui s'étoient retirés à Samosate à la suite de Patrice et d'Hypace, passa TEuphrale à la

tête de quelques tronpes légères. Il snrprit un détachement de l'armée des Perses , et le tailla en pièces. Son dessein étoit de se jeter dans Edesse ; mais , trouvant les passages fermés, il revint à Samosate. Dans ce même temps Naaman mourut de sa blessure , blasphémant le dieu qui protégeoit les chrétiens. Sa mort jeta dans le cœur de Gabade une nouvelle terreur ; il décampa, et marcha vers Haran , qui n'étoit qu'à une journée d'Edesse. Il envoya devant lui une troupe d'Arabes battre Ja campagne. Les Haranites sortent sur eux, en tuent soixante, et prennent le général des Huns, qui s'étoit joint à ces Arabes. C'étoit un seigneur des plus nobles de sa nation , et fort aimé de Gabade , qui promit de ne point attaquer la ville , si. on lui rendoit le prisonnier. Les habitans le renvoyèrent aussitôt; et , pour montrer au roi de Perse qu'ils étoient en état de se défendre, ils lui firent en même temps présent de cinquante béliers. Les Arabes ravagèrent le pays jusqu'à l'Euphrate : c'étoit ce qu'ils appeioient la terre de Sarug, parce que cet ancien patriarche , bisaïeul d'Abraham , y avoit fait sa demeure. Dans cette décadence de l'empire, les contrées orientales reprenoient leurs auciens noms, que les conquêtes des Macédoniens leur avoient fait perdre, mais qui s'étoient toujours conservés dans la langue des Arabes. Le 17 de septembre, Gabade revint encore se présenter devant Edesse : il désiroit ardemment de s'en emparer ; mais la vue de cette ville sembloït le glacer d'effroi. Cette impression , qui s'étoit communiquée à ses troupes, inspiroit, au contraire, tant de confiance aux habitans, que ceux-ci laissèrent pendant un jour entier leurs portes ouvertes à la vue de l'armée , sans qu'aucun des Perses osât y entrer pour essayer la vérité de l'oracle. On dit même que des enfans, sortis de la ville, alloient impunément insulter les ennemis. Sur le soir, Gabade alla camper au bourg de Gubes. Le lendemain Aréobinde lui fit dire qu'il déçoit enfin reconnaître qu fi des se étoit sous la

- garde du Tout-puissant. Le roi répondit qu'il se contenterait de deux mille livres d'or, pourvu qu'on lui rendit tous les prisonniers faits depuis le commencement de la guerre. Le général romain demanda une trêve de douze jours pour avoir le temps de consulter ses collègues ; il l'obtint en rendant quatorze prisonniers , et donnant en otage le comte Basile. Gabade se retira plus loin , au bourg de Dahabana ; mais , dès le lendemain , il envoya Hormisdas pour demander sur-le-champ les deux mille livres d'or. Aréobinde , irrité de cette inconstance , répondit que le roi n'a voit qu'à rendre le comte Basile, et qu'on étoit prêt à soutenir le siège. Cabade revint le 24 septembre, et s'étant cette fois approché de la ville, comme il dressoit ses batteries, les habitans firent sur lui une si furieuse sortie, que, sans perdre un seul homme , ils le repoussèrent avec grand carnage. Alors , perdant toute espérance, il pilla les églises et les monastères des environs; et, tournant vers i'Euphrate, il se rendit maître de Batnes. Aréobinde récompensa le courage des Edessiens, en leur distribuant à chacun trois t:ents deniers; ce qui faisoit environ cent soixante livres de notre monnoie. Après la prise de Batnes, Cabade fit attaquer Callinique. Timostrate , ayant fait une sortie , prit le général , et tailla en pièces les soldats. L'hiver approchoit , et la saison n'étoit pas favorable pour un siège que la valeur du commandant devoit rendre long et difficile. Le roi , qui ne cherchoit qu'à sauver le déshonneur d'une retraite , fit dire à Timostrate que, si on lui rendoit son général, il promettoit de se retirer; qu'autrement il détruiroit la ville jusqu'aux fondemens. Timostrate renvoya le prisonnier; et Cabade , après une expédition si fatigante , dont il ue remportoit d'autre fruit que la prise d'Amide, qui lui avoit coûté une armée, apprenant que les Huns avoient rompu la paix, et qu'ils étoient entrés dans ses états, repassa le Tigre, laissant à ses généraux le soin de continuer la guerre. Il emmena

prisonniers 01ympius,qu'ilavoit pris dans une rencontre, le comte Pierre, et Basile d'Ëdesse , qu'il retenoit contre le droit des gens. On dit qu'ayant éprouvé la commodité des bains d'Amide , à son retour en Perse il en fit construire dans toutes les villes de son royaume, et, qu'il vint à bout de vaincre sur ce point la répugnance des mages.

Pendant que les armées romaines réussissoient si mal en Mésopotamie par la division des généraux, Anastase voyoit Constantinople en proie à la fureur des factions. Le Cirque fut encore cette année inondé de sang. Le fils naturel de l'empereur y perdit la vie, et sa mort fut vengée par le supplice des plus séditieux, et par le bannissement des autres. Le prince , mécontent de ses généraux, rappela Hypace; il laissa Patrice, qui se fit plus d'honneur lorsqu'il fut seul. Apion , voyant que la mauvaise conduite des commandans rendoit ses soins inutiles, demanda et obtint son rappel. Calliopius de Bérée , au- • jonrd'hui Alep , fut chargé à sa place des fonctions d'intendant de l'armée. Hypace fut remplacé par Céler, maître des offices. Céler étoit Illyrien et compatriote de l'empereur , qui lui donna encore un collègue nommé Théodote. Ce prince timide se croyoit plus en sûreté à l'abri d'une multitude de généraux : il ignoroit que cette aristocratie de commandans est tout-à-fait opposée au bien du service, et que c'est surtout dans la guerre que . se vérifie ce paradoxe , qu'un seul homme de mérite vaut mieux que plusieurs. Céler étoit homme d'esprit et bon général : Anastase lui donna une nouvelle armée et quelque supériorité sur les autres généraux. Les troupes, s étant mises en marche, apprirent à Hiérapolis la retraite de Cabade; et, comme on étoit à la fin de décembre, Céler leur distribua des quartiers dans les villes de la Syrie et de l'Euphratésie, de l'Arménie et de rOsrhoëne. Pour soulager la Mésopotamie, et pour engager les peuples à demeurer fidèles à l'empire ,

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Ànastase fit à cette province la remise des impositions de cette année.

Pendant l'hiver la garnison d'Amide ne craignant An. 5oi. pins les Romains, ouvrit les portes de la ville , et permit aux habitans de se répandre aux environs pour faire leur commerce comme en pleine paix. Il y avoit d'ordinaire en cette saison une foire célèbre aux portes d'Amide. Les marchands perses s'y rendirent de toutes parts, et y apportèrent quantité de marchandises. Patrice , qui étoit en quartier à Mélitine , en étant averti ^ passe l'Ëuphrate , et marche en diligence vers Amide. Les Perses , qui avoient des troupes dans le voisinage , vont à sa rencontre avec des forces supérieures. Patrice prend d'abord la fuite; mais, poursuivi par les ennemis, et rencontrant sur son passage un fleuve rapide nommé Calât , tellement grossi par les pluies, qu'il n'étoit guéable en aucun endroit , il devient brave par désespoir , retourne avec fureur sur les Perses , les renverse, fait leur chef prisonnier , et les mène battant jusqu'à Amide, qu'il assiège. Céler, informé de ce succès imprévu , rassemble toutes ses troupes au mois de mars ; et , ayant passé l'Ëuphrate vis-à-vis de Gallinique, il va camper à Rhésène. Timostrate , par son ordre, court avec six mille cavaliers enlever les troupeaux qui paissoient en grand nombre sur le mont Sigar, et les mène au camp. Au mois de mai , Céler va joindre Patrice devant Amide. Un corps de dix mille Perses, qui venoit au secours dé la ville, n'ose approcher et s'arrête à Nisibe. Apion fut envoyé au port d'Alexandrie près d'Issus, nommé aujourd'hui Aiexandreite , pour y recevoir les vaisseaux chargés de blé qui venoient d'Egypte , et faire partir les convois. Calliopius, qui résidoit à Edesse , fit fournir cette année par les habitans huit cent mille boisseaux de froment , et l'année suivante six cent trente mille. Les Romains tentèrent d'abord de prendre la ville de force ; mais, voyant que leurs efforts étoient sans succès , et que les

lf)G HISTOIRE T)U BAS-EMPIRE.

attaques ne leur coûteroieut pas moins de sang; qu'elles en avoient coûté à Cabade , ils prirent le parti de la bloquer pour la réduire par famine. Constantin se trouvoit renfermé dans Amide : craignant d'être puni de sa trahison, s il attendoit la prise de la ville, il en sortit avec deux femmes perses de la première noblesse , que Cabade lui avoit données. Il fut pris par les coureurs des Romains, et amené au camp. On le mit sous la garde de quelques Arabes pour le conduire à Edesse : Tempereur Tayaut fait venir à Constantinople, lui laissa la vie; mais il le fit ordonner prêtre, et l'envoya à Nicée, avec défense de rentrer jamais dans la ville impériale. Adidès , chef d'Arabes, déserta aussi du service des Perses, et passa dans le camp des Romains. Le siège traînant en longueur , Céler laissa Patrice devant la place , et entra dans l'Arzanene. Il y fit un horrible ravage, ruinant les châteaux , qui n'étoient bâtis que de brique et de terre , et passant les habitans au fil de l'épée. Il pénétra jusqu'au pont du Tigre , qu'on nommoit le pont de fer, et ramena ses soldats chargés de butin. Pendant le même temps Aréobinde fit une course en Persarménie : il tua dix mille hommes, et emmena trente mille prisonniers. A son retour, il tailla en pièces, près de Nisibe, les dix mille Perses qui s'y étoient retirés, et qui vinrent pour le combattre. Maflacès, seigneur puissant en Arménie, quitta le service de Cabade pour se soumettre à l'empire. Patrice voulut à son tour se signaler par une expédition. Il passa le Tigre , et porta le ravage dans une grande étendue de pays.

Proc ici. La ville dEdesse fournissoit des vivres en abondance pers. i. x , c. à i armée romaine. L'évêque Pierre , profitant de la conllem hist. jonclure, alla trouver l'empereur, et lui demanda la Marc. chr. remise du tribut pour cette année. Anastase, l ayant ré- JUcoph.p. prjman(jé d'avoir quitté son poste dans un temps où sa jsscmanû présence étoit nécessaire, lui accorda sa demande, et étendit celte grâce à toute la Mésopotamie tant que du-

reroit la guerre. Mais la famine étoit extrême dans la ville assiégée. Dès les premiers jours du siège, la garnison s'étoit saisie de tous les magasins de vivres , sans vouloir en faire part aux habitans , en sorte que ces infortunés, après avoir consommé leurs provisions, et toutes les choses que la rage de la faim convertit en nourriture , se virent réduits à manger les cadavres, et même à se dévorer les uns les autres. Eglon , commandant de la place, homme dur et impitoyable, tenoit en bride ces désespérés , et se rendoit encore plus redoutable que <la mort , qui chaque jour eu emportoit un grand nombre. Après avoir vu périr tant de malheureux, il périt luimême par son imprudence. Un paysan du voisinage, nommé Gadamas, avoit coutume de se glisser de nuit dans la ville, où il apportoit à Eglon du gibier et des fruits sans' être aperçu des sentinelles. Il alla trouver Patrice , et offrit de lui mettre entre les mains le commandant et deux cents hommes de la garnison , si on lui promettait récompense. On lui promit tout ce qu'il voulut. La nuit étant venue, il déchira ses habits, se fit quelque légère blessure, et se rendit dans la ville à l'ordinaire. Il dit à Eglon, qu'il avoit été rencontré par des brigands du camp des Romains,- qu'il s'étoit échappé de leurs mains après en avoir été maltraité ; que leur coutume étoit de rôder de nuit aux environs d'Amide par bandes de quatre ou cinq , pour voler et massacrer ceux qu'ils rencontroient : mais qu'il seroit facile d'en délivrer le pays ; qu'il ne faudroit qu'en surprendre deux ou trois bandes pour rendre les autres plus timides. Eglon lui ayant demandé ce qu'il falloit faire : Je connois , dit Gadamas, leur rendez -vous ordinaire ; j'irai la nuit prochaine ala découverte, et lorsqu'il sera temps je viendrai vous avertir : cinquante hommes vous suffiroient ; mais , comme il se pourroit faire que cinq ou six bandes de ces voleurs se /oignissent ensemble, pour les accabler à coup sûr, prenez deux cents homme ; mais

ne vous fiez h personne ; je ne répondrois pas de V activité ni de la bravoure d'aucun autre. Je vous conduirai par des routes qui me sont connues, hors de la vue des sentinelles. Eglon , moins rusé que vaillant, qui s'ennuyoit de demeurer si long-temps enfermé dans Amide sans rien faire , prit cette petite expédition pour une partie de chasse. Gadamas alla rendre compte à Patrice, qui fit poster mille soldats en embuscade dans le lieu indiqué. La nuit suivante, Eglon et ses deux cents hommes donnèrent dans le piège ; mais ils se défendirent si opiniâtrément, qu'il fallut les tuer tous sur la place sans en pouvoir prendre un seul.

An. 5.>5. Les deux partis désiraient également la paix. Outre la guerre des Huns, qui occupoit les forces de Cabade, la famine désoloit la Perse. Les Cadusiens s'étoient soulevés, et l'on apprenoit tous les jours quelque nouvelle révolte dans les provinces éloignées. La garnison d'Amide étoit à la veille de manquer de vivres ; les officiers cachoient avec grand soin la disette, et faisoient bonne contenance ; mais ils sentoient bien qu'ils n'avoient de ressource que dans un prompt accommodement, et ils étoient prêts à l'accepter à des conditions honorables. D'un autre côté , les Romains se rebutoient de la longueur du siège; ils craignoient de rester dans leslignes , exposés à toutes les incommodités de l'hiver; la situation avantageuse de la ville et la force de ses murailles leur ôt oient toute espérance de l'emporter d'assaut; et, ne connoissant pas l'état de la place assiégée, ils la croyoient assez pourvue de vivres pour attendre du secours. Cabade fut le premier à proposer la paix. Il envoya Aspebède, son astabide, c'est-à-dire le général de sa cavalerie , pour entrer en conférence avec Géler. On convint d'abord d'une suspension d'armes, à condition que les prisonniers seraient rendus de part et d'autre, et que les Romains laisseraient entrer un convoi dans Amide. Ces deux conditions furent ju-

rées par les généraux et par tous les officiers. L'échange des prisonniers fut exécuté fidèlement. Le comte Pierre et Basile d'Edesse furent remis entre les mains de Celer. Olympius étoit mort dans sa captivité ; son corps fut rapporté dans un cercueil ; l'astabide et les valets même d 'Olympius protestèrent qu'il étoit mort de maladie, et que les Perses n'avoient usé d'aucune violence à son égard. Mais Céler manqua de bonne foi sur l'article du ravitaillement d'Amide. Il avoit exprès éloigné de la conférence un officier nommé Nonnose, afin qu'il ne fut pas engagé par le serment. Ce capitaine attaqua le convoi , qui consistoit en trois cents chameaux chargés d'armes et de vivres , s'en saisit , et massacra les conducteurs. Sur les plaintes qu'en fit l'astabide , Céler répondît qu'il n'avoit aucune part à cette action ; qu'il n'en connoissoit pas même Fauteur, et qu'il l'abandonnoit à la vengeance des Perses, s'ils pou voient le découvrir. Aspebède fit semblant de se payer de ces mensonges, et continua de travailler au traité de paix. Mais, comme la négociation se prolongeoit , et que les neiges incommodoient fort l'armée romaine, Céler ne laissa dans les lignes qu'autant qu'il falloit de soldats pour les garder, et envoya le reste en quartiers dans Constantine , dans Rhésène et dans Edesse. Aspebède, voyant les forces romaines ainsi divisées , profita de la conjoncture pour déclarer à Céler que, s'il ne concluoit la paix sans différer, il alloit l'y contraindre par les armes; et il se mit aussitôt à la tête de son armée. Il avoit eu soin de rassembler, par des ordres» secrets, tout ce qu'il y avoit de troupes dans les diverses garnisons. Céler voulut en vain réunir les siennes ; il envoya dans les quartiers le comte Justin , qui ne put vaincre l'opiniâtreté des soldats ; ils refusèrent de se mettre en campagne dans une saison si fâcheuse ; et Céler , craignant d'être accablé par les Perses, accepta enfin à regret les conditions proposées. On convint que les Romains donneraient onze mille

300 niSTOIRE DU BAS-EMPIRE.

livres d'or; que les Perses rendroient Amide, et tontes les places prises dans cette guerre, et qu'il y auroit entre les deux nations une trêve de sept ans. On ne trouve ici que mille livres d'or énoncées dans les historiens de l'empire; mais je crois devoir m'en rapporter aux auteurs de l'histoire de Syrie, parce que la somme qu'ils expriment s'accorde mieux avec l'importance de la place que les Perses vendoient aux Romains. Armonius , secrétaire d'état, député pour cet effet, signa le traité, mais sous la condition qu'il seroit approuvé de l'empereur. Cet accommodement n'étoit pas honorable pour l'empire. Les Romains rachetoient Amide que Cabade leur avoit enlevée de vive force. Mais Anastase se voyoit mal servi. Il ne tarda pas d'envoyer la ratification et même des présens à Cabade, l'assurant qu'il souhaitoit que la paix devînt perpétuelle. Les Romains , en entrant dans Amide, la trouvèrent au même état où elle étoit lorsqu'elle avoit été prise par les Perses. Ils n'a voient détruit ni endommagé aucun édifice, excepté l'église de Saint-Siméon. Eglon y avoit logé, et , après sa mort , son fils , transporté de colère , y avoit mis le feu. Dans la visite des magasins , on fut étonné du peu de provisions qui s'y trouvèrent. Il y avoit long-temps que la ration du soldat avoit été tellement diminuée, qu'il ne recevoit pas même le nécessaire. Cependant, en supputant le nombre des Perses qui composoient la garnison , et la mesure des vivres qu'on leur distribuoit chaque jour, on trouva qu'il ne restoit de subsistance que pour sept jours. Les généraux romains ne purent s'empêcher d'admirer la constance des Perses , et de reprocher aux soldats romains leur lâcheté et leur impatience , qui leur avoient fait perdre l'honneur de forcer les ennemis à se rendre à discrétion. C'est ainsi que la guerre de Perse, après avoir duré trois ans sans relâche, se termina au mois d'avril 5o5.

Mstmani , Pour repeupler A mide , devenue le tombeau de ses ha-?

bilans , et pour récompenser Edesse des secours qu'elle t. t , avoit fournis pendant le siège , l'empereur accorda pour ? 5^* t' %f sept ans à la ville d'Amide une exemption totale de tributs, et déchargea de la moitié la ville d'Edesse. Non content de cette libéralité, il fit porter en Mésopotamie de grandes sommes d'argent pour le soulagement des pauvres; et Flavien , patriarche d'Antioche, y envoya aussi d'abondantes aumônes. Mais Anastase, après avoir remédié aux maux dont Amide étoit affligée, troubla par son imprudence le repos de cette église. Jean, évêque d'Amide, étoit mort avant le siège. Pour remplir sa place, les habitans avoient demandé à Flavien d'Antioche le. prêtre Nonnus, et Flavien y avoit consenti. Le nouveau prélat envoya Thomas, son chorévêque, à Cohstantinople, pour rappeler les habitans qui s'y étoient retirés au commencement de la guerre. Thomas, au lieu de s'acquitter de sa commission, sollicita pour lui-même auprès de l'empereur l'évêché d'Amide, comme s'il eût encore été vacant, et l'obtint par ses intrigues. Anastase écrivit à Flavien en sa faveur, et exigea de lui qu'il confirmât l'élection faite contre les règles à Constantinople. Un procédé si peu canonique eut cependant son effet. Thomas chassa Nonnus, et usurpa son église. Le prélat dépossédé eut recours à Flavien, qui, n'osant s'opposer aux volontés de l'empereur, dédommagea Nonnus, en lui conférant lévêché de Séleucie. Treize ans après, Thomas étant mort , Nonnus rentra en possession de l'église d'Amide.

Les Arabes, nation inquiète et ennemie de la paix, n'avoient pas quitté les armes. Sujets , les uns des Perses , les autres des Romains, ils continuoient leurs incursions et leurs ravages. Céler, qui étoit revenu à Apamée, donna ordre à Timostrate de contenir ceux qui obéissoient aux Romains; et le commandant de Nisibe obligea les autres de rentrer dans le devoir. Mais une autre sorte d'ennemis ravageoit la Mésopotamie. Les bêles

féroces , qui , dans le cours d'une guerre meurtrière^ s7étoient accoutumées à se repaître de cadavres , infestoient les chemins , attaquoient et dévoroient les voyageurs , se jetoient en troupes non-seulement dans les métairies et dans les villages, mais même dans les villes , qu'elles remplissoient de carnage. Il fallut armer des troupes et leur faire la guerre pour les repousser dans leurs forêts.

Pnc. bel. Quoique la paix avec la Perse parut assurée pour i*r*. /.»,<?. i0I1g tempS ^ Anastase ne négligea pas de fortifier la bar-

Wj/*/™ c* r'ere ^e l'empire' Euloge , gouverneur d'Edesse , reçut 5. deux cent yingt livres d'or pour réparer les murailles de

Jmmam. TiUe, et pour l'embellir au-dedans par de nou-

veaux édifices. Pharasmane y fut laissé avec un corps de troupes pour veiller à la sûreté du pays. Les murs de Batnes, qui étoient tombés en ruine, furent relevés. Théodosiopolis , en Arménie , n'étoit qu'un château : Anastase en fit une ville , ayant environné d'une muraille la colline sur laquelle le château étoit bâti. Cette muraille étoit fort large , mais elle n'a voit que trente pieds de hauteur , ce qui la rendoit facile à escalader , surtout aux Perses, qui, étant très-légers, se servoient de fort longués échelles , et sembloient voler comme des oiseaux vers le haut des murs les plus élevés. D'ailleurs elle étoit commandée par un rocher voisin. Justinien répara ces défauts dans la suite : il éleva la muraille au double de la hauteur que lui avoit donnée Anastase ; il l'environna d'Une fausse- braîe et d'un fossé large et profond; il fit escarper le roc, et le rendit inaccessible; en sorte que cette ville , qui fut la résidence du général des troupes d'Arménie, devint le plus fort boulevard de l'empire du côté de la Perse. Anastase avoit voulu lui donner son nom ; mais il éprouva que les princes , maîtres de la fortune et de la vie même de leurs sujets , n'ont pas le même empire sur le langage : la place conserva le nom de Théodosiopolis.

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2o3

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