‹ Histoire du BasEmpireChapitre 6 sur 26 · LIVRE TRENTE-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-NEUVIEME

Pendant la guerre* de Perse, les Zanes , resserrés entre A». 5o5. la Lazique et l'Ibérie, étoient sortis de leurs montagnes nEnn^e^' et faisoient des courses dans le Pont. Pour les repous- Cassiod.chr. ser , il suffisoit de les joindre. Mais un ennemi encore $™p™{\ moins redoutable en apparence donna bien plus d'exer- l- 4> €P- 49 > cice aux Romains, et leur attira une guerre qui les cou- L 6,%. \ol vrit de honte. Mondon , qui descendoit d'Attila , après }^ jere&. avoir été attaché à Traséric roi des Gépides , tomba dans get> c- 58« la disgrâce de ce prince , s* enfuit au-delà du Danube , et

success.

ravagea d'abord les campagnes à la tête de quelques ^f£J'/OT&. brigands. Sa troupe grossissant toujours , il se vit bien- nu. aÙtôt assez fort pour s'emparer du château de Herta, sur *tase>art-1*le bord du Danube , du côté de la Pannonie , et il osa prendre le titre de roi. Mais, trop foible pour se défendre contre les Gépides, il implora le secours de Théodoric, dont il se déclara le vassal. Les Gépides s1 étoient rendus maîtres de la basse Pannonie ; leur roi Traséric , fils et successeur de Trasilla, faisoit sa résidence à Sirmium, qui en étoit la capitale. Cette province étant à la bienséance de Théodoric, il ne laissa pas échapper l'occasion de la réunir au royaume d'Italie. Mais, en habile politique , il usa d'adresse pour s'en faciliter la conquête. La nation des Gépides étoit divisée en deux peuples , qui avoient chacun leur roi ; et ces deux rois étoient jaloux l'un de l'autre. Traséric croyoit amuser Théodoric par de fréquentes ambassades : il se trompa lui-même. Tandis que ses envoyés étoient traités avec honneur à la cour de Ra venue , le roi des Goths travailloit sourdement à gagner l'autre roi, nommé Gundéric ; et lorsqu'il eut réussi , il fit partir une armée sous la conduite de

Pitzia et d'Herduic. Traséric , pris au dépourvu , n'eut d'autre ressource que d'abandonner la Pannonie , sans oser combattre , et de se retirer au-delà du Danube. Les Goths se mirent en possession de Sirmium ; et ce fut alors que la Pannonie inférieure changea de nom , et prit celui de la rivière de Save, qui la traversoit : on la nomma la Savie. Théodoric envoya ^Colossée à Sirmium pour gouverner la province; et comme il restoit dans ce pays un grand nombre de Gépides, il en composa dans la suite une armée , qu'il fit passer dans la Gaule , pour défendre ce qu'il y possédoit entre le Rhône et les Alpes, contre les entreprises des François et des Bourguignons.

Sabinien commandoit alors les troupes d'Illyrie. Son père , sous le règne de Zenon , s'étoit signalé en combattant contre Théodoric. Le fils reçut ordre d'Anastase d'assiéger Herta, et de délivrer la province des brigandages de Mondon. Sabinien rassembla ce qu'il avoit de troupes. Les Bulgares , ennemis naturels de l'empire, ne laissèrent pas de se' joindre aux Romains pour venger sur un vassal de Théodoric la défaite et la mort de leur roi Bésa, vaincu et tué par les Goths. Avec ce renfort, l'armée, composée de dix mille hommes, et suivie d'un grand nombre de chariots chargés d'armes et de vivres, marcha vers le château d'Herta. Mondon ne pouvoit tenir contre des forces si supérieures ; il fit promptement savoir aux généraux de Théodoric le danger où il étoit. Pitzia accourut aussitôt à la tête seulement de deux mille hommes de pied, et de cinq cents chevaux. Il atteignit les ennemis sur les bords du fleuve Margus, qui se jetoit dans le Danube près de la ville du même nom. Dès qu'il les aperçut, il fit faire halte, et , se tournant vers ses soldats : Camarades, dit-il, vous connaissez votre roi ; nos ennemis le connaissent aussi; ils Vont vu combattre. Montrez-leur que vous lui ressemblez. Il vous voit, tout absent qu'il est: rien ne lui échappera

des actions de bravoure que vous allez faire. En même temps, malgré l'inégalité du nombre, il (ait sonner la charge^ Les Goths, résolus de vaincre ou de mourir , s'élancent avec furie; ils s'attachent surtout aux Bulgares, qui font une plus opiniâtre résistance. Les Romains fuient ; mais les deux nations barbares, acharnées l'une sur l'autre, se disputent quelque temps la victoire. Enfin les Goths, par de prodigieux efforts, viennent à bout de terrasser les Bulgares. Sabinien, ayant perdu presque toutes ses troupes, se sauve dans un château voisin, nommé Nato. Pitzia, pour faire honneur à sa nation, en montrant que les Goths n'étoient avides que de gloire, fait jeter tous les chariots dans le fleuve, et défend de dépouiller les morts ; il les laisse tout armés sur le champ de bataille, comme autant de trophées de sa victoire. Cyprien , qui parvint aux premières dignités de la cour des Goths , signala son courage dans ce combat. Tolonic et Vitigèsy donnèrent les premières preuves de cette haute valeur qui fit dans la suite conférer à Tolonic la dignité de général , et qui éleva Vitigès sur le trône de sa nation. Une défaite si honteuse abattit le courage du soldat romain, et lui fit longtemps redouter les Goths comme des ennemis invincibles.

Cependant on élevoit des statues en l'honneur d'Ana- A** 5o6* stase»; et comme la flatterie redouble d'efforts à mesure Theo'vh. p. qu'elle se sent plus opposée à la vérité et à la raison , 1 Jj^JJ8, un Paphlagonien , nommé Jean , et surnommé Cdiphe , ^. alors intendant-général des finances, imagina quelque Cecll'-P^chose de monstrueux pour honorer le prince. Il obtint de lui la permission de faire fondce plusieurs des statues de bronze dont Constantin avoit dépouillé les villes de Grèce et d'Asie pour décorer la nouvelle Rome. De ces ouvrages des plus grands maîtres on fit une statue colos* sale d'Anastase. Elle fut posée dans la place de Tanrus, sur une haute colonne, où l'on voyoit auparavant la sla-

3o6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

tne du grand Théodose, qu'un tremblement de terre a voit abattue et brisée.

Eyag. U 5 , Le traité de paix conclu avec Cabade ne paroissant Thcôd. lect. Pas une sûreté suffisante contre son caractère bouillant bel et ^mP^tueux » Céler conseilla à l'empereur d'élever une pers.Lx.c. forteresse sur la frontière ; et Thomas , évêque d'Amide, l°'ldem de détermina ce prince à choisir l'emplacement de Dara. œdif.l.**c. Cétoit un bourg peu considérable, bâti , disoit-on , par Theoph. p. Alexandre , situé à cinq lieues de Nisibe, environ à une ^fcx> lieue de la frontière des Perses. Anastase en -agrandit Cedr.p.tos* l'enceinte: il y fit construire des églises, des bains pu- 4 1 . blics , des portiques , des magasins de vivres , des citernes ,

^^J^'et tout ce qui peut contribuer, soit à la commodité, Assemani, soit à l'ornement d'une ville du premier ordre. Il l'en-

bibL orient. . , ... . . , ...

t. a, p. 58. vironna de murailles, et lui accorda de grands privilèges. On y vit bientôt les statues du prince , qui lui donna le nom d' Anastasiopolis, et fit transférer le corps de l'apôtre^saint Barthélemi , qu'on venoit de découvrir dans l'île de Chypre. Cette place devint dans la suite aussi importante que Théodosiopolis : ce furent les deux boulevards de l'empire du côté de la Perse, lorsque Justinien eut réparé les défauts des fortifications de Dara. Il avoit fallu d'abord les achever à la hâte , parce que les Perses s'opposoient à leur construction. Cabade , occupé pour lors de la guerre contre les Huns , ne l'eut pas plus tôt terminée, qu'il fit porter ses plaintes a l'empereur de l'infraction du traité fait avec Théodose n , par lequel les deux princes s'engageoient mutuellement à ne fortifier aucune place sur la frontière. Il fit en même temps filer vers Dara les troupes qu'il avoit en Mésopotamie. Pharasmane, de son côté, partit d'Edesse pour couvrir les travailleurs ; il laissa dans cette ville une garnison de Goths sous le commandement de Romain, qui eut beaucoup de peine à réprimer les violences que ces barbares exerçoient sur les habitans pendant l'absence de Pharasmane.

Céler étoit au-delà de l'Euphrate, où il faisoit fortifier Birtha et Europus. Dès qu'il apprit les mouvemens des Perses, il passa pcomptement à Edesse avec ses troupes, et fit dire à l'astabide que les Romains ne craignoient pas les batailles; mais qu'il seroit sans doute plus sage d'épargner le sang des deux nations. Il attendît iuutilement la réponse pendant cinq mois. Âspebède étoit mort , et son successeur désiroit que la guerre se renouvelât entre les deux peuples, pour avoir occasion de faire usage de son pouvoir. Pendant ce séjour, Céler laissa prendre aux soldats une licence extrême ;. ce qui irrita tellement les Edessiens, qu'ils affichèrent des libelles injurieux contre le général dans les lieux les plus fréquentés de la ville. Cependant , par Tordre d'Anastase, qui ne vouloit point de guerre, Céler se transporta d'Edesse à Dara pour s'aboucher avec l'astabide. À force d'argent, il obtint de Cabade qu'il laissât subsister les fortifications de Dara. Le traité fut renouvelé ; et Céler, étant revenu à Edesse, dont il avoit résolu de punir les habitans , leur fit grâce, à la prière de Bahadade , évêque de Constantine. Les Edessiens réparèrent leur insolence par les honneurs qu'ils lui prodiguèrent à, son arrivée; et trois jours après il repassa l'Euphrate.

L'empire étoit en sûreté du côté de la Perse ; mais les Air. 507. querelles de religion, dont nous parlerons dans la suite i^alela > ^ déchiroient ses entrailles , et la foiblesse du gouvernement encourageoit. la licence. Basile d'Edesse , honoré de la charge de comte d'Orient depuis son retour dé Perse , résidoit à Antioche. 11 n'eut pas assez d'autorité pour réprimer l'audace d'un cocher du Cirque, nommé Calliopas. Ce misérable, étant venu de Constantinople en cette ville , y porta l'esprit de sédition , aisé à répandre dans un grand peuple. Toujours vainqueur dans les courses des chars, il fut bientôt l'idole de cette multitude oisive et frivole, qui adore ceux qui la divér-

tissent. Fier de cette vaine réputation, après s'être signalé dans les jeux olympiques qui se célébroient à Daphné, il se mit à la tête des spectateurs, qui, pour couronner la fête, saisis d'un enthousiasme meurtrier y coururent à la synagogue que les Juifs a voient en ce lieu , en massacrèrent plusieurs, pillèrent la synagogue, y plantèrent une croix , et prétendirent en faire une église en l'honneur du martyr saint Léonce. L'empereur, ayant appris ces excès, rappela Basile, et nomma comte d'Orient Procope , auquel il donna un lieutenant plein de fermeté et de vigueur, nommé Menas. A l'arrivée de Procope, les séditieux se retirèrent dans une église de Saint-Jean , hors de la ville. Menas s'y étant transporté avec une troupe de soldats , n'y trouva plus qu'un certain Eleuthérius, qui s'étoit réfugié sous l'autel. Il le perça d'un coup de lance, lui fit couper la tête , et, en passant sur le pont d'Àntioche, il la jeta dans l'Oronte. Cette exécution sévère mit les factieux en fureur : ils courent à l'église de Saint-Jean , enlèvent le cadavre d'Eleuthérius ,et le rapportent dans la ville sur un brancard , comme le corps d'un martyr. Ménas marche contre eux ; il se livre un sanglant combat au milieu de la ville ; le lieutenant est accablé par le nombre. J>eux basiliques, deux portiquesflc prétoire du comte d'Orient sont détruits par les flammes. Le comte s'enfuit : Ménas est pris, mutilé , traîné par les rues, pendu à une statue de bronze an milieu de la place publique , enfin jeté hors de la ville, et réduit en cendres. La rage éloit épuisée, et la crainte du châtiment avoit succédé à la fureur , lorsque le comte Irénée , natif d'Antioche , arriva avec des ordres sévères. Tout trembla devant lui ; et la punition des coupables n'excita plus que la terreur.

7Vieoj>li.p. A mesure que l'ignorance s'établissoit , l'imposture î,Wr.j».55f). en *ou* genre prenoit crédit, et le nombre des dupes se • MithlayfK multiplioit. Un alchimiste, nommé Jean, de la ville

d'Amide , se fit , estimer dans Antioche comme un adepte du premier ordre qui avoit trouvé la transmutation des métaux. 11 fit accroire aux orfèvres de la ville que quelques morceaux d'or qu'il leur montra étoient de sa composition, et qu'il s'étoit fait un grand trésor. Par cet artifice grossier, il trompa une infinité de personnes en leur vendant de faux or. Sa renommée parvint aux oreilles de l'empereur, qui voulut voir ce rare personnage. Jean lui fit présent d'une bride toute d'or, et semée de pierres précieuses. Mais, peu d% temps après, l'empereur, ayant reconnu la supercherie de ce charlatan, le relégua à Pétra en Arabie, où il mourut de misère , maladie inévitable à ces hommes merveilleux.

Les Huns et les Goths avoient souvent porté l'alarme Proc. œdif. jusqu'aux portes de Constantinople. Les Bulgares ne l'Et>àg.'l'o , paroissoient pas moins à redouter. Les environs de la c*i8- cu

• ■ i n • i/ii ■ Zon. p. 58.

capitale de l empire etoient peuplés de bourgs et de chron.Alex. maisons de plaisance remplies de richesses. Afin de les f.uld' wce

* *. A vccçocrtcs.

mettre à couvert des incursions des barbares, Anastase Gyi.de Confit construire une muraille qui, s'étendant du Pont- **™tml' I,c* Enxin à la Proponti {Je , jusqu'au midi de Sélymbrie, dans la longueur de dix-huit lieues, fermoit tout l'espace compris entre les deux mers et le Bosphore. Elle étoit éloignée de douze ou treize lieues de Constantinople, et avoit partout vingt pieds de largeur. Cet ouvrage, monument de la grandeur et de la foiblesse romaine, étoit flanqué de tours qui communiquoient les unes aux autres. Justinien fit dans la suite boucher ces communications, afin que, si les ennemis pénétroient dans l'enceinte, chaque tour devînt une forteresse qu'il faudroit forcer séparément.

On peut rapporter au même temps la conversion des Theod. Uct. Im mi rênes , peuple d'Arabie sujet des Perses. Suivant w^ph. cal. une ancienne tradition , c'étoit dans l'origine une peu- 1- & » c- 37plade d'Israélites que la reine de Saba avoit amenés

filST. DU BAS-EMP. TOM. IV. l4

PIO HISTOIRE DU BÀS-EMPIRR.

avec elle à son retour dans ses états ; mais ils étoient devenus idolâtres. On ignore de qui et à quelle occasion ils reçurent, sous le règne d'Anastase, la lumière de l'Evangi'e. Peut-être furent-ils instruits par les Homérites leurs voisins, qui, depuis plus de cent soixante ans, avoient embrassé la foi chrétienne. Ils etivoyèrent des ambassadeurs à Anastase pour lui demander un évôque.

A*. 5oR. L'empereur Léon avoit refusé à Pérose de se joindre

Proei Ù*c * m* Pour £ar^er 'e PassaSe *le Derbent, nommé alors h//i6. ' les portes Caspiennes. Ambasuc, chef d'une horde des Ruag.LZ.c. jjunS) s'en enipara. Ce prince, ami de l'empereur et de

Marc. rhr. l'empire, se voyant dans une extrême vieillesse, offrit

Theoph.p. ^ ven(jrcaiix Romains ce défilé important. Mais Ana- Cedr.p.&u sïase considérant la difficulté d'entretenir une garnison

MaUla,p. dans un lieu désert et stérile, séparé du territoire de 44Vi//. vie l'empire, le remercia de sa bienveillance, et n'accepta

^n"x%bme% Pomt ses °^ves' Arnbasuc étant mort peu de temps M. de Gui- après , ses fils furent chassés par Cabade, qui se remit en SsVti^"/! possession du défilé. Le refus d'Anastase fut loué pour 4»^.*«9- lors comme l'effet d'une sage politique. On le blâma sept ans après comme un défaut de prévoyance. Les Huns Sabirs ayant forcé le passage, vinrent piller l'Arménie, la Cappadoce, la Galatie et le Pont; pénétrèrent jusqu'à la ville d'Euchaïtes , et aux frontières de Lycaonie, et s'en retournèrent chargés de butin. L'empereur, qui n'avoit pas pris les précautions nécessaires pour empêcher ces ravages, eut au moins le soin de soulager par ses libéralités ceux qui en avoient le plus souffert . On environna de murailles les bourgs les plus considérables de la Cappadoce; on y construisit des forteresses, et ces provinces furent exemptées d'impositions pour trois ans. Ce fut à l'occasion de cette course des Huns qu'Euphémius, exilé à Euchaïtes, se sauva de ce lieu, et alla mourir à Ancyre. Son successeur Macédonius, exilé dans cette même ville, comme nous le

dirons dans la suite, se retira pour lors à Gangres, où peu de temps après il finit aussi ses jours. Ou soupçonna l'empereur de les avoir fait périr l'un et l'autre.

La défaite de Sabinien irritoit Ànastase. Il différa J«™. mcce*. cependant sa vengeance pendant trois ans, jusqu'à ce Mati" cfl1' qu'il vît les troupes de Théodoric occupées contre les François. Alors il envoya sur les côtes d'Italie une flotte» de deux cents voiles commandée par Romain , comte des domestiques, et par Rustique, capitaine de la garde. Huit mille soldats débarquèrent en Calabre, ravagèrent tout le pays jusqu'à Tarenle, qu'ils attaquèrent inutilement. Après cette expédition , plus convenable à des pirates qu'à des Romains, ils repassèrent la mer. Théodoric, pour mettre hors d'insulte les côtes de la mer Adriatique, employa le reste de cette année et le commencement de la suivante à faire construire mille batimens légers, également propres à la guerre et au transport; et il leur donna ordre de se rendre Je treizième d'août dans le port de Ravenne. Ces précautions arrêtèrent l'empereur qui se préparoi t à une nouvelle descente.

Mais, pour piquer la jalousie de Théodoric, en relevant Greg. Tur. son rival, il affecta de combler d'honneurs Clovis, seul V ib\ Rui' capable de balancer la puissance du roi d'Italie. Il lui . , , envoya le brevet de consul, avec le manteau consulaire. i, c.aa.

Il lui fit encore présent d'une tunique de pourpre, et -,J?eA" d'une couronne d'or enrichie de pierreries. C'étoit un

Sillon, imp. oecid. I. îfi.

féales, re*

consulat honoraire, et quelques critiques pensent même/ ««» franc. qu'il ne faut entendre ici que le titre de patrice, dont a(J Bam les empereurs prétendaient honorer les rois étrangers,'1?;7: ,

* , . . » Ment, acad,

et que Grégoire de Tours aura confondu avec le con- *.ao,/>. 174. sulat. Quoi qu'il en soit , ces honneurs ne prouvent en aucune manière qne Clovis reconnut la souveraineté des empereurs; mais seulement qu'Anastase cherchoit à s'attacher ce conquérant pour tenir en échec Théodoric. Le roi des François reçut ces présens à Tours, dans l'église de Saint-Martin, avec beaucoup de solennité,

et prit dans la suite le titre de consul ej celui d'Auguste- Ces noms étoient agréables à ses nouveaux sujets , qui «voient été si long-temps soumis à l'empire. Il envoya la couronne à Rome pour être placée dans la basilique de Saint-Pierre, non pas comme un hommage qu'il faisoit de sa puissance au pape, ainsi que Font ridiculement avancé des auteurs ultramontains , mais comme un témoignage de sa dévotion pour le prince des apôtres. Quelques-uns reculent de deux ans le consulat de Clovis. Ce qui rend cette date incertaine, c'est que ces consulats honoraires ne sont point marqués dans les fastes; ce n'étoit qu'un titre sans fonction, qui n'étoit point notifié aux sujets de l'empire.

Ar. S09 , Les incendies faisoient beaucoup de ravage à Con-

^We/ cAr stanlmoP'e- H y en eut deux considérables dans les Theoph. p. deux années 5og et 5 10. Le second fut si violent, 'oriens mi une s,alue de bronze, dans la place du Stratège, se christ, t. 3 , trouva fondue en partie. Anastase lit mettre à sec et p' 796' nettoyer le port de Julien , que les amas de vase avoient presque comblé. Apion , qui avoit rendu de si bons services à l'empire pendant le siège d'Amide , encourut la disgrâce de l'empereur, et fut ordonné malgré lui évéque de Nicée. On regarda dans la suite cette ordination comme nulle. Justin , étant parvenu à l'empire , et ayant rappelé ceux qu' Anastase avoit injustement exilés, fit revenir Apion à la cour ; et , connoissant sa capaeité et sa droiture, il le nomma préfet du prétoire. Le perfide Constantin avoit été fait prêtre; l'empereur, qui renversoit toute la discipline ecclésiastique, ne le crut pas encore assez enchaîné par la prêtrise : pour l'exclure plus irrévocablement de tout emploi civil ou militaire , et comme pour aggraver sa punition, il le fit sacrer évêque de Laodicée. Justin , dès son arrivée à l'empire , chassa de cette église cet indigne prélat , qui , conservant toujours son caractère de traître, s'étoit vendu aux sectateurs d'Eutychès.

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE 2l5

Pendant Tannée 5] 2 le ciel parut souvent embrasé An. 5ia. du côté du nord ; c'étaient sans doute des aurores bo- Mpj£ c^e[ réaies. On marque en cette année une éclipse de soleil goth.l. a , 0 le 29 de janvier. Mais un événement plus intéressant ltpaui, diac, pour l'empire y ce fut rétablissement des Hérules fugitifs "c sur les terres des Romains. Pour expliquer à quelle oc- ao.°* casion l'empereur leur donna un asile, je suivrai le récit s™^rt™~. de Procope, préférablement à celui de Paul diacre, qui, selon sa coutume, débite ici beaucoup de fables. Les Hérules , qui étoient demeurés en Germanie , avoient acquis une grande puissance dans cette vaste contrée. Ils avoient vaincu et rendus tributaires les Lombards et tous les peuples voisins. Enfin, faute d'ennemis, ils furent obligés de poser les armes. Mais ils ne purent long-temps supporter le repos, qui leur sembloit une sorte de léthargie. Au bout de trois ans, la nation éclata en murmures , et bientôt en invectives contre son roi , nommé Rodolphe. Les rois des Hérules n'en avoient guère que le nom : ils étoient absolus dans la guerre, mais très-peu respectés dans la paix ; il falloit qu'ils reçussent à leur table tous ceux qui vouloient manger avec eux, et qu'ils essuyassent les emportemens de leur ivresse. Un prince à table n'étoit plus qu'un convive, qu'on pouvoit insulter impunément. C'étoit là que les Hérules outrageoient Rodolphe. Ce n'étoit, à les entendre, qu'un lâche, un efféminé, qui Jaissoit abâtardir leur courage. Rodolphe, piqué au vif de ces reproches, résolut de faire la guerre sans avoir d'ennemis. La nation des Hérules n'étoit pas assez civilisée pour se ménager ces prétextes que les nations polies ont toujours sous la main pour justifier une guerre injuste. Lis avoient la bonne foi d'être ouvertement déraisonnables. Rodolphe n'avoit aucun sujet de se plaindre des Lombards , qui remplissoient fidèlement les conditions du traité. Toutefois il se prépara à les aller attaquer dans leur pays. Les Lombards, informés de ces dispositions , lui firent demander humblement pour

2l4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

quelle raison il vouloit leur faire la guerre : Si l'on peut, disoient-ils , nous convaincre d'avoir soustrait quelque portion du tribut que nous devons payer, nous sommes prêts h satisfaire avec usure : si le tribut vous semble trop léger, nous consentirons h l'augmenter. Rodolphe ne répondit que par des menaces, et marcha vers la frontière. Une seconde députation ne fut pas mieux écoutée. Enfin , pour la troisième fois, ils dirent au roi desHérules que, puisqu'il venoitles attaquer sans aucun prétexte , ils allaient a regret prendre les armes pour se défendre ; qu'ils s'en rapportoient au jugement de Dieu , qui peut donner h la plus légère vapeur assez de force pour abattre toute la puissance des hommes; que sa justice décideroU de la victoire. Ces paroles n'excitèrent que la risée. Les deux armées se rangent en bataille. Les Hernies, fiers de leurs succès passés et de la supériorité de leurs forces, marchent aux ennemis avec mépris : ils sont enfoncés, taillés en pièces; leur roi est tué; il n'en échappe à Tépée des vainqueurs qu'un très-petit nombre.

Une si grande perte les mit hors d'état de se maintenir en possession du pays dont ils s'étoient emparés. Ils l'abandonnèrent ; et, traînant avec eux leurs femmes et leurs enfans , après s'être arrêtés quelque temps dans la contrée qu'avoient habitée les Ruges, comme ils n'y trouvoient qu'une solitude inculte , pressés par la faim , ils s'approchèrent des Gépides. Ceux-ci les souffrirent d'abord dans leur voisinage ; ils les reçurent même sur leurs terres. Mais, bientôt la compassion se tournant en mépris , ces hôtes barbares devinrent des maîtres cruels , et leur firent éprouver les traite mens les plus inhumains, enlevant leurs troupeaux, abusant de leurs femmes , et aggravant leur infortune par les outrages. Les Héruies , aussi impatiens dans l'esclavage qu'ils avoient été insolens dans la prospérité , passèrent le Danube , et cherchèrent un refuge sur les frontières des

Surins in sto. Saba. 5*

niSTOIRE DU BAS-EMPIRE. 3i5

Romains. Ils y trouvèrent de l'humanité; mais il falloit que ce peuple féroce fût accablé , ou qu'il accablât les autres. Dès qu'ils eurent commencé à respirer, ils revinrent à leur insolence naturelle. Pour arrêter leurs excès , Ànastase fut*obligé d'envoyer contre eux une armée. Les Romains les défirent, et en tuèrent un grand nombre. Ils pouvoient détruire la nation entière ; mais ceux qui avoient échappé au carnage vinrent se jeter aux pieds des généraux, demandant grâce, et promettant de servir désormais fidèlement J'empire. Anastase en eut pitié : il leur accorda la vie et un territoire près du Danube. Ils ne tinrent pas parole, et jamais ils ne furent d'aucun secours aux Romains. Nous verrons, sous le règue de Justinien , des traits de leur perfidie.

La sécheresse et les sauterelles désoloient la Palestine. a*. 5i3. Ces fléaux en produisirent deux autres, la famine et la peste ; ce qui dura pendant cinq années , jusqu'à la fin déc. du règne d' Anastase. L'empereur, informé du malheu- ^uTrXist. reux état de cette province, la déchargea des impôts. eccUsA.ox , Mais, par le conseil de ses ministres, il en rejeta le far- a deau sur les provinces voisines. Elles n'étoient guère moins misérables. Le fameux solitaire saint Sabas se trou voit à Constantinople pour les affaires de l'Eglise. Il courut implorer la justice de l'empereur , *t lui représenta si vivement la misère des pcf vies, qu'Anastase en fut touché, et paroissoit disposé à porter lui-même la perte des impositions qu'il remettoit à la Palestine. Mais Marin , son principal ministre , homme dur et impitoyable , fit échouer ce bon dessein , en disant que ceux qui trouvoient ces impôts trop onéreux étoient autant de nestoriens. Ce nom seul faisoit horreur au foible Anastase , infatué des erreurs d'Eutychès. L'imputation de nestorianisme étoit pour les méchans un moyen sûr de noircir dans son esprit la vertu même. Dès- lors il ne voulut plus entendre parler d'adoucissement. Sabas menaça Marin de la justice divine. Le ministre n'en tint

2l6 HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.

compte; mais, peu de temps après, le peuple, indigné de la violence avec laquelle son zèle politique faisoit triompher le parti d'Eutychès, se souleva, pilla ses biens, brûla sa maison, et lui auroit ôté la vie, s'il ne se fût dérobé par la fuite à la fureur des séditieux.

An. 514. On commença pour lors à violer les plus saintes maximes de la morale chrétienne pour soutenir la foi catholique; on vit un faux zèle combattre l'hérésie par la rébellion : premier exemple de ces guerres criminelles où une orthodoxie meurtrière consacre ses fureurs à la religion qui la désavoue , et prétend défendre la cause de Dieu en se révoltant contre Dieu même , dont les princes, quoique impies et hérétiques , sont les lieutenans dans la sphère des choses temporelles. L'Eglise , née sous le glaive des persécutions , avoit appris , dès le berceau , à demeurer soumise aux puissances légitimes qui s'efforçoient de la détruire. Pendant la tyrannie de l'arianisme , sous le règne sanguinaire de l'idolâtrie renaissante, elle avoit respecté l'autorité de Constance , de Julien et de Valens. Elle venoit de souffrir sans murmure les caprices de Zénon. Mais l'ignorance, effaçant peu à peu les maximes de l'Evangile, Vitalien trouva soixante mille hommes disposés à croire sur sa parole qu'ils dévoient en conscience prendre les armes contre un prince qui favorisoit l'erreur. Pour développer les causes de cette guerre , il est à propos de mettre sous les yeux du lecteur la conduite qu'avoit jusqu'alors tenue Anastase au sujet de la religion.

Evag.l. 3 , Après l'injuste déposition d'Euphémius, Macédonius C Theoph. p. avoit été placé sur le siège de Constantinople. Quoiqu'il us, ia3. fût attaché à la doctrine de l'Eglise, et qu'il fît pro-

Anast.p. 49. . , ., —, . , .

Cedr. ».S58. fession de respecter le concile de Chalcedoine, il avoit FUwylhist. souscrit l'hénotique de Zénon, n'y voyant rien qui blesecciés. /.3o, sât directement la foi catholique. Cette molle comptai-

urt. 47. . ,

TULviede sance ne put lui sauver la disgrâce du prince. C'étoit ^o?7, cntre ses mains qu'Euphémitis avoit déposé la protesta-

tion par laquelle Anastase , avant que de recevoir le diadème , s'étoit engagé à maintenir les décisions du concile. Dès que Macédonius fut patriarche , l'empereur lui redemanda cet acte, qu'il démentoit par sa conduite. Ce prince alléguoit pour prétexte qu'un écrit de cette nature déshonoroit la majesté impériale. Le refus constant du prélat piqua vivement l'empereur, qui n'avoit apparemment consenti à l'élévation de Macédonius que dans l'espérance de retirer plus aisément de ses mains une pièce si importante. Cependant Anastase dissimula sa haine pendant quelque temps. Il parut même savoir gré au patriarche des démarches qu'il faisoit pour réunir les esprits; mais il ne se rapprochoit pas lui-même de la communion du saint-siége. En vain le pape Anastase 11 , successeur de Géiase , le pressoit de se réconci- ■ lier avec l'église romaine , en abandonnant l'hénotique de Zénon, et en condamnant la mémoire d'Acace. Symmaque, qui avoit succédé au pape Anastase, ne fut pas plus heureux : l'empereur ne répondit à ses lettres que par des reproches ; et . pour témoigner le mépris qu'il faisoit de ses remontrances , il envoya dans les villes de l'Orient des ordres sévères contre les orthodoxes qui refusoient de communiquer avec les sectateurs d'Eutychès. Il empêcha Macédonius d'adresser au pape une lettre synodique pour marque de communion ; et Pallade, patriarche d'Antioche, étant mort, il fit nommer Flavien , qu'il croyoit favorable à l'hérésie ; mais il y fut trompé.

La guerre de Perse suspendit pour quelque temps les TkeoJ. Uct. mauvais desseins d' Anastase. Dès qu'elle fut terminée, l'Thtoph.p. il ne s'occupa plus que de celle qu'il faisoit à l'Eglise. ^ Bien différent de Théodoric , qui , tout arien qu'il étoit , Zon.p. 56. protégeoit les catholiques, et savoit tellement contenir ^uirJiisi. une secte naturellement impérieuse , qu'aucune dispute ecclèsA. So , de religion ne troubla la paix de ses états , Anastase entre- a

5l8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

prenoit de forcer les consciences; il altisoit le feu de la division en mettant en place des esprits turbnlcns; et ce prince, qui ne pensoit que d'après ses ministres et ses favoris, prétendoit à force de mauvais traitemens contraindre les autres hommes à penser d'après lui. Comme il joignoit les erreurs de Mauès à celles d'Eulychès, il fit peindre dans la chappelle de son palais quelques-unes de ces figures bizarres et monstrueuses qu'on voit encore aujourd'hui sur les pierres nommées abraxas, et qui ne sont qne des allégories extravagantes inventées par les gnostiques, et renouvelées par les manichéens. Ces peintures soulevèrent le peuple, accoutumé à ne voir dans les églises que des images édifiantes. Tout étoit en trouble à Constantinople. Les hérétiques, fiers de la faveur du prince, insultoient les catholiques dans leurs assemblées : les catholiques se défendoient avec animosité. Les enjpereurs avoient jusqu'alors assisté à l'office de l'église et aux processions publiques sans autres gardes qne leur majesté même , soutenue du respect qu'inspire hk religion. Anastase , craignant pour sa personne , se fit escorter par le préfet , à la tète de ses gardes; et cette précaution, qui révolta d'abord les esprits, passa en coutume, et fut observée par ses successeurs. Pour accroître encore l'agitation et le tumulte, il fit venir à Constantinople Xénaïas le manichéen , que Pierre le Foulon a voit fait évêque d'Hiéraple , et qui sonlevoit toute la Sjrie contre le patriarche Flavien. L'empereur comptoit beaucoup sur l'audace de ce furieux. Mais son arrivée révolta tellement le clergé , les moines et le peuple entier, qu'on fut obligé , peu de jours après, de le faire secrètement évader. Il n'étoit pas difficile à l'empereur de trouver des prélats courtisans ; mais il lui fut impossible de faire plier Macédonius. 11 résolut de s'en défaire. On suborna pour l'assassiner un scélérat nommé Acholius, qui manqua son coup , et

fut découvert. Le patriarche, loin de poursuivre la vengeance de ce crime, prit le criminel sous sa protection, et se chargea de le faire subsister à ses dépens.

Cet héroïsme évangélique ne toucha point l'empereur. Evag. /.3 , Il continua de chercher les moyens de perdre Macédo- 77W/.fe«. nius. 11 avoit entrepris d'anéantir le concile de Chalcé-

r . Libérât, c.

doîne. Flavien d'Antioche déguisoit ses senti mens par 18.

une lâche complaisance; Jeau Nicéote, patriarche dA- ^J'^sf',

lexandrie, prélat violent et séditieux, étoit hautement

, , , pi # ., .... A « 1, Anast. p. 5,

déclare pour 1 neresie; il promettoit même a lempe-5i. reurdeux mille livres d'or, s'il venoit à bout de faire ^JJJ/.'rlf" généralement condamner le concile. Anastase ne trouvoit 1°, »>• de résistance ouverte que de la part de Macédonius. Pour lui en marquer son ressentiment, il ôta le droit d'asile à son église, et le transféra aux églises des hérétiques. Mais ce qui fortifia le parti d'Eutychès, fut l'arrivée des moines de Syrie, qui vinrent à Constantinople à dessein d'en chasser le patriarche. Ils avoient pour chef un moine audacieux et turbulent, nommé Sévère, qui fit un grand rôle dans ces troubles. Il étoit de Sozopolis en Pisidie,et avoit exercé à Béryte la profession d avocat : païen de naissance il le fut toujours dans le cœur, et n'embrassa en apparence la religion chrétienne que pour éviter le châtiment qu'il avoit mérité par ses crimes ; il se fit moine , et fut chassé du monastère à cause de son opiniâtreté à défendre les erreurs d'&utychès. S'étant retiré à Alexandrie , il devint secrétaire de Pierre Mongus, et troubla toute la ville, semant la division entre les hérétiques mêmes; ce qui produisît de sanglantes querelles. Enfin les magistrats voulant faire arrêter ce perturbateur, il prit la fuite, et se rendît à Constant inople à la tête de deux cents moines animés comme lui d'un zèle furieux et meurtrier. L'empereur les reçut avec joie , comme un renfort propre à servir ses desseins. Mais ffcu de jours après ou vit arriver de Palestine un essaim de moines orthodoxes aussi

nombreux, qui venoient pour combattre le parti de Sévère, et pour secourir Macédonius : si le patriarche eût été aussi violent que ses ennemis, Constantinople seroit devenue le théâtre d'une guerre civile. p«o/>^ç. Les esprits s'aigrissoient de plus en plus. Les schisma- \H ' i35 \ tiques, au milieu de l'office divin, roêloicnt aux prières Theod. Uct. °*e l'Eglise des paroles qui ren fer m oient le venin de leur Marcel chr né^s*e » el *es catholiques, irrités, voulant leur imposer ÊvagÏL 5 \ | silence, éclatoient en injures, et s'échappoient à des Càedr ".'359, vî°lences qui augmentoient le tumulte. Enfin le peuple, 3 60. T indigné des affronts dont on accabloit le patriarche, Libérât, el s'assembla en foule autour du palais. Tout retentissoit l%on t d'invectives atroces contre l'empereur; on l'appeloit p. 55, 56. manichéen , tyran indigne de régner. Ànastase , effrayé , Nicepit. Cal. fit fermer les portes, et donna ordre de lui tenir un 1 Manu* vaisseau prêt pour le transporter en Asie. Il avoit juré la fia. veille qu'il ne verroit plus Macédonius. Dans l'épou-

1™tP'Sl9 vante où il étoit, il le manda , et le prélat vint au palais Jiist.miscei. au travers des applaudissemens du peuple et des soldats Maïela,p. mêmes, qui l'encourageoient et lecombloient de béné- Bmniuê. dictions. Il parla avec fermeté à l'empereur, lui reproecclé^'Lzl' cnant ^ ^tre ennem* de 1 Eglise; le prince, abattu par la art. 11 , 13) crainte, feignit d'être touché de ses reproches, et promit l<TUi Macè- ^e rétablir la paix. Ce n'étoit pas son intention; peu de donius,an. temps après, il mit entre les mains du patriarche une 11, u,i4- professjon je f0{ captieuse et insuffisante, à laquelle Macédonius se laissa tromper; ce qui jeta l'alarme parmi les catholiques; et le prélat fut obligé de se justifier publiquement en protestant de son attachement au concile de Chalcédoine. Ce concile étoit le fléau des partisans d'Eutychès et de Dioscore. Anastase voulut se saisir des actes originaux déposés dans le trésor de l'église de Constantinople. Céler, maître des offices, alla les demander de la part de l'empereur; et comme , sur le refus du prélat, il menaçoit de^es enlever de force, Macédonius, après avoir enveloppé ce sacré dépôt, le scella

de son sceau , et le plaça sur l'autel , le mettant ainsi sous la garde de Dieu même. Celer n'osa y porter la main ; mais l'eunuque Calépodîus , économe de l'église, les enleva la nuit suivante, et les porta à l'empereur, qui les mit en pièces et les jeta au feu. Croyant avoir détruit ce monument redoutable à l'hérésie, il ne songea plus qu'à se défaire de Macédonius. Deux imposteurs subornés accusèrent le prélat de crimes infâmes. Ce fut en vain que l'accusé confondit la calomnie en prouvant qu'il étoit eunuque. Le peuple, le sénat, l'impératrice Ariadne , s'intéressoient vivement pour le patriarche, à cause de la pureté de sa foi , et de la sainteté de ses mœurs. Mais nulle considération ne put arrêter Anastase. Comme* il craignoit la sédition, il le fit enlever pendant la nuit, et conduire à Euchaïtes, où étoit son prédécesseur Euphémius.

Tiraothée, trésorier de l'église , fut placé le lendemain sur le siège de Constantinople. C'étoit un prêtre décrié pour ses débauches, qui lui avoient même attiré des surnoms infâmes, mais d'un caractère très-propre à s'élever dans des temps de trouble. Sans foi comme sans honneur, tantôt il admettoit, tantôt il rejetoit le concile de Chalcédoine, et nioit hardiment , selon ses intérêts présens , qu'il eût jamais fait l'un ou l'autre. La plupart des ecclésiastiques orthodoxes ou prirent la fuite, ou furent jetés dans les prisons. On fit le procès à Macédonius déjà exilé; il fut condamné sans être entendu, par les évêques courtisans, tout à la fois accusateurs, témoins et juges. Plusieurs prélats de l'Orient , la meilleure partie du clergé , des moines et du peuple de Constantinople, lui demeurèrent attachés. Timothée en fit reléguer un grand nombre dans l'Oasis. Ce patriarche impie et cruel attroupa des paysans brutaux, et, s'étant mis à leur tête, il força les monastères qui lui étoient opposés, renversa les autels, fit fondre les vases sacrés, et massacra les moines. Mais ni sa tyrannie, ni la faveur

que le prince prêtoit à ses violences, ne purent intimider les personnes les pins vertueuses de la cour. Julienne, femme d'Olybre, refusa constamment de le reconnoitre T malgré ses artifices, soutenus des plus vi ves sollicitations de l'empereur. Pompée, neveu d'Anastase , aima mieux encourir la disgrâce de son oncle que de trahir la cause d'un prélat qu'il respectoit. On s'empressoit d'envoyer à Macédonius des souiagemens qui surpassoient ses besoins. À la cour d'Anastase, le patriarche exilé conservoit plus d'amis que n'en avoit l'empereur. Quelque temps après, Macédonius ayant été obligé, par une incursion des barbares, de quitter Euchaïtes pour se retirer à Gangres, comme il étoit près de mourir, il chargea un de ses clercs de dire à l'empereur qu'il allait l'attendre devant le tribunal du juge des souverains de la terre, Macédonius respectoit l'église romaine. Pour terminer les disputes, il avoit demandé plusieurs fois à l'empereur un concile général, auquel présidât l'évêque de Rome. Néanmoins il mourut hors de la communion des papes, parce qu'il ne voulut jamais effacer des diptyques le nom d'Acace. On ne laisse pas de le compter parmi les saints.

Après la mort de ce patriarche , l'empereur croyoit ne plus trouve^r d'obstacle au triomphe de la doctrine d'Eutychès. Ce prince ignorant se piquoit à la fois de théologie et de bel esprit. Il entreprit de réformer les saints Evangiles, disant qu'ils avoient été composés par des gens sans lettres. Ebloui des sophismesde l'hérésie, il n'écoutoit que Timothée et les théologiens du parti , dont l'ardeur téméraire Texposoit sans cesse à de nouveaux danger Le ministre Marin, et Platon , préfet de Constantitwople , allèrent par son ordre à la grande église un jour de dimanche, et, montant à la tribune, ils entonnèrent une formule hérétique qui blessoit les oreilles des orthodoxes. Ceux-ci les interrompirent, et furent chargés en même temps par une troupe de soldats qui en tuèrent

plusieurs dans l'église même, et en traînèrent quelques autres dans les prisons, où on les laissa mourir de faim et de misère. Les mêmes excès se renouvelèrent peu de jours après dans l'église de Saint-Thomas, et il y eut encore plus de sang répandu. Le lendemain , jour de procession solennelle, les catholiques, aigris par les cruautés qu'on venoit d'exercer contre eux, se rendent en foule dans le Cirque; et tandis que les ecclésiastiques , les enfans et les femmes y chantent des prières conformes à l'ancienne liturgie; les autres se dispersent dans la ville, massacrent les moines que Sévère avoit amenés, et, de concert avec les soldats, portent au milieu du Cirque toutes les enseignes militaires, comme pour établir en ce lieu le camp de la religion. La psalmodie se change en clameurs séditieuses; on charge de malédiction Anastase : les uns demandent pour empereur Aréobinde, les autres Vitalien. On abat les statues du prince. Céler et Patrice se présentent pour apaiser le peuple: une grêle de pierres les met en fuite. On pille la maison de Marin , on la brûle ainsi que celle de Platon. On trouva dans la première un moine chéri de l'empereur; après qu'on l'eut égorgé, on promena sa tête au bout d'une pique, en criant : Voilà l'ennemi de la Trinité. On poignarda une religieuse, parce qu'elle étoit en crédit auprès du prince. Ces deux cadavres, liés ensemble . furent traînés par les rues et réduits en cendres. Marin et Platon auroient éprouvé les mêmes effets de la rage populaire, s'ils eussent été découverts. On cherchoit Aréobinde pour le proclamer empereur; mais ce sage officier avoit passé le Bosphore dès le commencement du tumulte.

Après toutes ces violences , la multitude, teinte de sang, se rassemble dans le Cirque ; ils se rangent en procession et marchent au palais , portant des croix et le livre des Evangiles, et chantant les prières catholiques. Ils les interrompent bientôt pour demander à grands cris qu'on leur livre Marin et Platon , auteurs de tous ces maux :

ils vont , disent-ils , les faire dévorer par les bêtes. Heureusement l'empereur, pour se dérober à cette fougue impétueuse, s'étoit allé cacher dans le faubourg de Blaquernes , où sa femme Ariadne l'accabloit de reproches. La révolte dura trois jours , pendant lesquels le Cirque offroit le spectacle d'une dévotion rebelle et fanatique , des croix et des enseignes, des litanies et des cris séditieux. Enfin , la fureur se ralentissant peu à peu , Anastase hasarda de se montrer au peuple sansaucune marque de sa dignité, dans une contenance humble et suppliante. Il fit crier par un héraut qu'il étoit prêt à déposer le diadème. Dès qu'il parut sur les degrés du Cirque, il se fit un grand silence ; alors , élevant sa voix : Si vous ne pouvez, dit-il, voir la couronne sur ma tête , ce n'est pas sans doute que vous prétendiez vivre sans empereur : choisissez-en un autre. Fasse le ciel qu'il soit plus heureux ! du moins n'oura-t-il pas un plus sincère désir que vous le soyez vous-mêmes. Ces paroles entrecoupées de sanglots touchèrent le peuple : ceux qui auparavant ne parloient que de le mettre en pièces versent des larmes avec lui , et le prient de repYendre le diadème. Il leur proteste de son côté, avec serment, qu'il ne )es troublera plus ni dans leur culte ni dans leurs dogmes. Toute cette multitude se sépara satisfaite de ces promesses, qu'Auastase ne pouvoit accomplir tant qu'il auroit un ministre tel que Marin , et des directeurs de conscience tels que Sévère, Timothée et Jean d'Alexandrie. Les jours suivans furent employés à la recherche des chefs de la sédition. On en fit mourir un grand nombre; le peuple, qui avoit secondé leur rage avec tant de chaleur , assista froidement à leur supplice , et n'en remporta qu'une impression de terreur.

Il ne tint pas à Sévère qu'une scène si affreuse ne se renouvelât dans la ville d'Antioche. Le patriarche Flavien avoit usé d'artifice pour sauver sa foi sans s'attirer la persécution. Sa politique fut inutile. Le furieux Sé-

Histoire du bas-empire. ' à.i5

vère, qui vouloit dominer en Syrie, où il avoit autrefois essuyé des affronts bien mérités , persuada au prince que Flavien étoit un ennemi caché. Il arma contre le ) prélat la même espèce de soldats qu'il avoit employés à Constantinople contre Macédonius. On vit arriver à' Antioche Xénaïas, suivi d'une foule de moines schismatiques , qui menaçoient Flavien des dernières violences , s'il ne prononçoit anathème contre le concile et contre la lettre du pape Léon. D'autres moines, zélés pour Flavien et pour la doctrine catholique, accoururent aussi dans le dessein de s'opposer aux ennemis du prélat. Là ville fut bientôt embrasée du feu d'uné guerre civile.* On tua, on jeta dans TOronte un grand nombré de; schismatiques. Il fut aisé à Sévère de faire passer Flavien pour auteur de la sédition. L'empereur envoya ordre de le chasser , et de le conduire à Pétra en Arabie , et avec lui plusieurs évêques, des ecclésiastiques et des moines \ qui sortirent de la ville chargés de fers. Sévère fut installé en sa place , et devint le tyran de l'église de Syrie. Il y eut cependant des évêques qui refusèrent d'accepter ces lettres synodiques; et il s'en trouva deux assez hardis pour lui faire signifier une sentence d'excommunication * G'étoit Côme d'Epi phanée , et Sévérien d'Aréthuse. Un diacre, déguisé en femme , mit la sentence entre les mains de Sévère , et s'échappa au travers de la foule avant que le nouveaikpatriarche pût savoir ce qu'on lui présentoir Anastase, informé de cette hardiesse, ordonna au gouverneur de Phénicie , nommé Asia tiens, de chasser de leurs sièges Côme et Sévérien. Mais cet officier lui ayant mandé que ces deux prélats avoient beaucoup de partisans, et que, pour exécuter ses ordres, il faudroit tirer l'épée, Anastase lui récrivit de n'en rien faire; et ce fut alors qu'il leur dit cette parole mémorable , qui lui fer oit grand honneur, s'il y eût été plus fidèle, mais qui devenoit ridicule dans sa bouche : Je croirais payer trop cher

BIST. DU BAS-EMP. TOM. IV. l5

le succès de l'affaire la plus importante, s'il en coûtoii h mes sujets une goutte de sang.

Sévère , en possession du siège d'Antioche , voulut faire des conquêtes au parti d Eutychès jusque chez les barbares. Çabade, roi de Perse, d'abord persécuteur du christianisme , après avoir versé beaucoup de sang , avoii enfin reconnu qne les vrais chrétiens sont les plus fidèles sujets des princes même qui suivent une autre croyance.il avoit donné danssesétats liberté de religion. Alamondare , le plus puissant des rois sarrasins sujets de la Perse , s'étoit fait instruire des principes du christianisme ; et , ayant trouvé cette religion plus raisonnable que celle de ses pères, il avoit reçu le baptême. Sévère se fit un point d'honneur de gaguer à sa secte un guerrier dont le nom faisoit trembler la Syrie et la Phénicie. Il lui envoya deux évêques pour lui inspirer les erreurs d'Entychès , dont la principale consistoit à ne reconnoître en Jésus- Christ qu'une seule nature; la nature divine, à laquelle dévoient s'attribuer la naissance, les souffrances et la mort du fils de Dieu. Le Sarrasin , après les avoir écoutés , leur promit de se décider le lendemain. Pendant la seconde entrevue , un de ses officiers étant venu lui dire un mot à l'oreille, il feignit de tomber tout à coup dans une profonde tristesse : et comme les prélats lui en demandoient respectueusement la cause : Hélas ! leur dit-il > j'apprends que l'archange Michel vient de mourir. Les prélats lui représentant pour le consoler, qu'on le trompoit, et qu'un ange étoit immortel de sa nature : Et quoi! leur répliqua-t-il, vous voulez bien me persuader que la nature divine a subi la mort! Cette brusque réfutation, appuyée dun regard et d'un ton militaire, déconcerta les deux convertisseurs. Ils prirent sur-le-champ congé d'un prince aussi expéditif dans les discussions théologiques que dans ses incursions guerrières.

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 52jf

Le parti d'Eutychès reçut à Jérusalem un autre af- Thcoph. pi front, qui lui fut beaucoup plus Sensible. L'empereur Niciphfcal. s'efforçoit depuis long-temps de gagner Elie , patriarche ^l6» c- 5a > de cette ville. Irrité de sa résistance, il avoit enfin ré- èaronius. solu de le chasser de son siège ; mais le saint solitaire ^fépL^l Sabas, étant allé à Constantinople, avoit trouvé moyen a9£}* d'apaiser le prince. En vain Sévère, devenu patriarche /Hacêdonîus, d'Antioche , essaya de surmonter la constance d'Elie. an' 2*' Le voyant aussi peu touché de ses menaces que de ses raisons, il eut recours à l'autorité impériale, et fit venir des soldats pour chasser Elie de Jérusalem. Sàbas , à la tête de ses moines, força les soldats d'abandonner la ville. Ânastase donna ordre à Olympius, duc de Palestine, de s'y transporter avec ses troupes. Elie céda à la violence, et les schismatiques mirent en sa place un nommé Jean. Sabas revient avec ses moines ; il agit si puissamment sur l'esprit du nouvel évêque, qu'il le détache du parti de Sévère. L'empereur en est bientôt informé. Un de ses courtisans, nommé aussi Anastase, saisit cette occasion pour se faire donner le commande- ' ment en Palestine; tl s'engage à payer à l'empereur trois cents livres d'or, s'il ne vient pas à bout de faire rentrer Jean dans la communion de Sévère. Il ne convenoit pas à la majesté impériale d'accepter de pareilles offres; mais l'empereur aimoit l'argent , et c'étoit un moyen de vendre cette place en paroissant la donner. Il révoque donc Olympius; et le nouveau commandant, arrivé à Jérusalem, commence par se saisir de la personne de Jean qu'il met en prison , en lui protestant qu'il n'en sortira qu'après avoir signé sa réunion avec Sévère. Le patriarche feint de céder à la persécution; il: promet au duc d'anathématiser publiquement le concile de Chaicédoine , pourvu qu'on le mette en liberté. Deux jours après , le duc s'étant rendu à l'église pour être témoin de l'exécution de cette promesse, est fort surpris d'entendre Jean prononcer analhème contre les adversaires

du concile. Les moines assemblés en grand nombre à la suite de Sabas et dp l'abbé Théodose, et soutenus de tout le peuple, font craindre une sédition pareille à celle de Constant inople. Anastase se retire couvert de confusion. A cette nouvelle, l'empereur se disposoit à exiler Jean, Sabas et Théodose. Les deux abbés lui écrivirent une lettre que nous avons encore, dans laquelle ils se plaignent de l'abus que les hérétiques font de son autorité; ils le supplient d'arrêter les violences; et, sans ménager Sévère, qu'ils représentent comme le fléau de la religion , ils protestent qu'ils ont résolu de perdre la vie, plutôt que de trahir la foi. Anastase , occupé pour lors de la guerre contre Vitalien , perdit de vue les affaires de la Palestine.

Evag. /.3 , Tel étoit l'état de l'église d'Orient lorsque Vitalien, CThèopk. p. fils de Patriciole et petit-fils d'Aspar, emporté par ce . \\h ' 37 'z^e aveu^e <ïuî» dans ïes sièdes postérieurs, a causé Man. chr. tant de maux, entreprit de défendre la religion par les Jorn. succès, armes. Il avoit gagné le cœur des catholiques, en dé- Ccdr.p. iùo9 ciamant sans cesse contre la persécution • qui leur étoit Anusi.p.hk, suscitée. L'exil de tant d'évêques, et surtout de Macé- Znn.p. 55. donius et de FJavien, fut en apparence la principale fa^-^'M cause de sa révolte; il demandoit que ces prélats fussent iïiceph. Cal. rétablis dans leur siège. Quoiqu'on ait prétendu justiiiisi.miscel fier ses intentions, on peut cependant soupçonner sans l'ba'r0ni>is témérité que la religion n'étoît qu'un voile dont il Pa#i ad lia- couvroit son ambition ; elle n'a jamais eu de plus noble emploi auprès des chefs de parti ; et Vitalien devoit éUrç tenté de profiter de l'affection que le peuple avoit fait paroître pour lui dans la sédition de Constantinople en le demandant pour empereur au lieu d'Anastase. Les habitans de la Thrace, de la Mœsie et de la petite Scythie, l'invitoient depuis long-temps à se déclarer défenseur de la foi; ils accoururent avec joie sous ses enseignes. Deux corps nombreux de Huns et de Bulgares, attirés par l'amour du pillage, se joignirent à lui; en

trois jours il assembla soixante mille hommes. C'était un guerrier d'une capacité médiocre; mais il eut affaire à des généraux encore moins habiles; et si l'on excepte les Bulgares et les Huns, dont la férocité naturelle aiguisoit le courage, ses troupes étoient animées par le fanatisme. Il les équipa d'abord, et les fit subsister aux dépens d'Anastase. Un convoi considérable de vivres, d'argent, d'armes et de toutes sortes de munitions, que l'empereur envoyoit aux armées de Thraceet d'Illyrie, tomba entre ses mains, et lui fut d'un "grand secours.

Il marcha vers Constantinople en ravageant tout le pays. Hypace, neveu de l'empereur, vint au-devant de lui à la tête de soixante -cinq mille hommes. Cette armée fut mise en déroute. Hypace fut pris, chargé de chaînes, et enfermé par dérision dans une cage de fer , qu-'on portoit à la suite des troupes victorieuses. Vitalien força la longue muraille , et vint camper à l'Hebdome. De là il étendit ses quartiers dans l'espace de sept milles, jusqu'à la Porte dorée, près du golîe de Céras, de sorte que son armée bordoit toute la base du triangle qu'occupe le terrain de Constjpntinople entre la Propontide et le golfe. Il y demeura huir»jours, pendant lesquels Anastase ne cessa de lui faire porter par Théodore des paroles qu'il n'avoit pas dessein de tenir, quoiqu'il les confirmât par les sermens. Vitalien s'y laissa tromper, et reprit la route de Mœsie.

A peine fut-il éloigné, qu'il apprit qu'Anastase,'ayant rallié ses troupes, avoit mis Cyrille à leur tête. Le nouveau général alla chercher Vitalien au fond de la Thrace. Il y eut une bataille sanglante, dont le succès fut douteux. Mais Cyrille ayant eu depuis l'avantage en plusieurs rencontres, Vitalien se* retira vers le mont Haenius; et Cyrille, croyant la campagne finie, alla se reposer à Odessus. Plongé dans les plus infâmes débauches, il ne songeoit qu'à se divertir, lorsque Vitalien, après avoir corrompu par argent les soldats qui

gardoient les portes , se rapprocha pendant la nuit , entra dans Ja ville avec un détachement de ses troupes, surprit et égorgea Cyrille, qu'il trouva couché entre deux femmes perdues. Les soldats de Cyrille se donnèrent à lui; il s'empara d'Odessus et d'Anchiale, fit des courses dans toute la Thrace, et jeta de nouveau l'alarme dans Constantindple.

Aat 5i5. Les murmures du peuple qui favorisoit Vitalien • intimidèrent Aaastase. il feignit de vouloir pacifier les troubles de l'EgHse. Le pape Hormisdas venoit de succéder à Symmaque; l'empereur lui écrivit une lettre datée du 28 de décembre 5i4, pour l'inviter à se trouver à un concile général qui se tiendroit à Héraclée, et dont il fixoit l'ouverture au premier de juillet de Tannée suivante. On y devoit terminer les contestations qui divisoient l'Eglise, et juger la cause des évêques dépossédés. Ayant appris que Vitalien avoit, de son côté, député au pape, il écrivit encore à Hormisdas le 12 de janvier suivant pour lui demander sa médiation; et il lui .envoya un des patrices, qu'il chargea aussi d'une lettre pojyr le sénat. Il prioit celte compagnie d'engager lepap&à procurer la tranquillité de l'Eglise et de l'empire. Ce prince artificieux sembloit désirer ardemment . ]a paix, qu'il troubjoit lui-même par son attachement opiniâtre à l'hérésie.

Vitalien, informé des démarches d'Anastase, le connoissoit trop pour se fier à ces avances trompeuses. Sans en attendre le succès, il se mit en campagne dès le mois de mars, portant la désolation sur son passage. Une flotte qu'il avoit équipée pendant l'hiver, et qui n'étoit composée que de petites barques, accompagnoit sa marche sur la gauche, le long du rivage du Pont-Euxin et du Bosphore. Sa cavalerie vint insulter le faubourg de Syques, ravageant les environs, brûlant les villages, enlevant les habitans. Pour montrer le mépris qu'il faisoit des troupes d' Aaastase , il se contentoit de dés-

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. « ' ÏOl

armer les soldats qu'il fa i soit prisonniers, et les vendoît ensuite une obole par tête. Il établit son camp près de la baie de Sosthène sur le Bosphore , à deux lieues et demie de Constantinople. Son dessein étoit de s'emparer de la ville du côté de la nier, en forçant l'entrée du port.

Anastase avoit fait venir d'Athènes le philosophe Proclus; ce n'est point le fameux platonicien dont il nous reste encore plusieurs ouvrages; il ne vivoit plus alors, étant mort vers 485. Celui dont il s'agit étoit un physicien de même nom, auquel les Grecs attribuent en cette occasion des opérations merveilleuses. Je les rapporterai sans m'en rendre garant. II rassura d'abord J'empereur, qui avoit perdu courage, et lui conseilla de rassembler tout ce qu'il avoit de troupes dans la ville et aux environs, de les embarquer, et de faire attaquer Vitalien. S'a dressant alors à Marin, qui étojt présent: Je vous mettrai entre les mains, lui dit-il, de quoi anéantir la flotte ennemie. Il se fit en même temps apporter une grande quantité de soufre vif ; et après l'avoir préparé et divisé en menues parcelles : Vous n'aurez pas besoin d'autre secours, ajouta-t-il, livrez le combat après le lever du soleil, et vous verrez réduire en cendres tous les vaisseaux où vos flèches porteront quelque partie de cette matière. Marin , qui n'étoit pas homme de guerre, pria l'empereur de le faire accompagner de quelqu'un des généraux. Anastase manda Patrice le Phrygien , et Jean, qui n'est désigné que par la qualité de fils de Valériane. Il leur 'donna ordre de faire embarquer ce qu'on avoit assemblé de soldats, et d'aller chercher la flotte ennemie. Mais ces deux officiers, se jetant aux pieds de l'empereur, le supplièrent de les dispenser d'un emploi dont ils se reconnoissoient incapables. Nous n'entendons rien aux combats de mer, disoient-ils ; nous aimons mieux nous avilir nous-mêmes par cet aveu, aue d'exposer par une présomption criminelle le salut du prince et de l'empire. Cette sincérité généreuse, qui

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au défaut de la capacité, est la chose do monde la plus estimable, ne fit qu'irriter l'empereur. Ce prince, qui pensoit sans doute que la commission du souverain donne le talent qu'elle exige, les chassa de sa présence avec indignation , et chargea Marin seul de l'entreprise.

Le ministre , devenu général , rassembla dans le port tous les vaisseaux et toutes les barques qui se trouvoient disperses tant sur le golfe de Céras que sur le Bosphore et sur les côtes de la Propont ide, Il les garnit de troupes, auxquelles il distribua cette matière inflammable que lui avoit donnée Proclus, et il leur enseigna la manière d'en faire usage. Vitalien, de son côté, fit embarquer les Huns et les Goths de son armée , et fit voile vers* Gonstantinople. Marin n'étoit pas encore sorti du golfe, en sorte que les deux flottes se rencontrèrent entre le faubourg de Syques et la ville. Le combat commença sur la troisième heure du jour, et Marin fut heureux d'avoir affaire à un ennemi si peu expérimenté. Dès que Vitalien vit ses vaisseaux en feu, il prit la fuite, et regagna son camp, La plupart des barques embrasées se firent échouer au rivage de Syques. Les matelots et les soldats gagnèrent la terre ; mais il n'en échappa qu'un petit nombre. On passa tout le jour à poursuivre et à massacrer ces malheureux. Vitalien décampa la nuit suivante, et fit tant de diligence, que Marin perdit l'espérance de l'atteindre le lendemain. Le vainqueur rentra dans la ville au milieu des acclamations de ses flatteurs , glorieux lui-même d'une victoire qui ne lui avoit pas coûté plus de peine qu'une promenade sur le golfe. J'ignore si cette invention de Proclus a quelque rapport au feu grégeois. Ce seroit la première fois qu'il paroîtroit dans l'histoire. On ne commença d'en faire usage que cent cinquante ans après, sous le règne de Constantin Pogonat. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il entroit du soufre dans la composition du feu grégeois. >Les auteurs grecs disent qu'il n'étoit pas besoin de mettre

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le feu à la composition de ProcUis, et que le mouvement seul; joint à l'ardeur des rayons du soleil, suffisoit 'pour l'en fia m mer.

Selon Zonare, ce fut par le moyen de miroirs ardens que la flotte de Vitalien fut embrasée- Proclus en avoit fait faire d'airain , et les avoit suspendus aux murailles de Constantinople , vis-à-vis de la fîotle ennemie. Ils opérèrent le même effet que ceux d'Archimède avoient autrefois produit sur la flotte romaine devant Syracuse, si Ton veut en croire des auteurs postérieurs à Archimède de quatre cents ans ; car les plus anciens et les plus graves historiens n'en parlent pas. Il seroit aussi très-possible que ces prétendues inventions de Proclus fussent controuvées par les historiens grecs du moyen âge, passionnés pour le merveilleux; disposition très^voisine du mensonge. Cet événement n'est rapporté que par Zo- 11 a ras et par Maléla. Ils ajoutent qu'après ce service important, Proclus demanda la permission de retourner à son école d'Athènes; qu'il refusa quatre tents livres d'or que L'empereur lui offroit pour récompense, et qu'il mourut peu de temps après.

Anchiale, sur la côte du Pont-Euxin , entre Mésembre et Apollonie, étoit la place d'armes de Vitalien. S'y étant retiré après la perte de sa flotte , il y faisoit de nouveaux préparatifs. L'empereur, encore effrayé du péril qu'il venoit de courir, résolut d'apaiser ce zélateur à quelque prix que ce fût. Il lui fit porter par des sénateurs des propositions d'accommodement Vitalien demandoit le rappel des évêques, et un concile général , auquel le pape présideroit, pour y réformer tout ce qu'on avoit fait contre l'intérêt de l'Eglise catholique. Pour la sûreté de ces conditions il ne se contentoit pas du serment de l'empereur, il exigeoit encore 'celui du sénat entier, des magistrats et des principaux d'entre le peuple. Anastase, que cette défiance déshonoroit, consentait à tout. Le traité fut conclu. Vitalien fut comblé

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de p resens et déclaré général des troupes de la Thrâce, qu'il avoit ravagée. Hypace étoit détenu dans un château de la Mœsie. Pendant le cours de la guerre, Vitalien avoit refusé de l'échanger contre un de ses lieutenans*, nommé Uranius,. quoiqu'on lui offrît de retour onze cents livres d'or. La paix étant faite sans qn'Anastase , qui craignoit les incidens, eut rien stipulé en faveur de son neveu, Secondin, père d'Hypace, obtint par ses prières et par ses larmes la liberté de son fils, pour la rançon duquel Vitalien se contenta de quatre-vingt-dix livres d'or. II alla lui-même le tirer de sa prison , et le renvoya à som oncle. Ainsi se termina cette guerre entreprise contre l'esprit du christianisme , sous prétexte de défendre la catholicité. Elle ne fut utile qu'au chef, qui "fit acheter la paix. La religion , loin d'y rien gagner, perdit le mérite de la soumission et de la patience chrétienne.

Tun ^S **ue k Pa'x ^tlt concm* > Anastase chercha les Ennod. pa- moyens d'en éluder les conditions. Il avoit témoigné au tXThl'oph.P. PaPc Hormisdas un grand désir d'apaiser les troubles i57 , i5H , Je l'Eglise , et convoqué un concile à Héraclée. Le pape Anatt.p. 54, lui envoya cinq légats chargés d'une réponse, dans lacWr p 36o. (rae^e » après avoir loué le dessein de l'empereur, il loi liist.misceL mandoit qu'il étoit prêt à se rendre lui-même à Con- Cod.Just. i. stantinople, si le prince étoit vraiment résolu de réparer i^tit.*,leg. legmaux passés, d'anathématiser les hérétiques, de re- Sigon.imp. cevoir le concile de Chalcédoine,et de condamner Acace. °CBatx>nius' L'instruction que le pape donna à ses légats est un ehef- Fteupr hisi. d'œuvre de politique chrétienne : toutes leurs démarches

eccles. /. 01 , r i

an. ai et y sont compassées , toutes leurs paroles y sont pesées avec une extrême sagesse. Théodoric se joignit au pape ; et ce prince arien , mais généreux , voulut bien contribuer au rétablissement de la concorde dans l'Eglise catholique. Il envoya le préfet de Rome, nommé Agapit, pour y exhorter Anastase. Le sénat romain chargea aussi

\ les légats d'une letîre dans laquelle il reconnoissoit la

souveraineté de l'empereur. J'en ai parlé dans l'histoire du règne de Zenon. Cette compagnie reudoit témoignage du zèle dont le saint pontife étoit animé pour la réunion. L'envoyé de Théodoric fut le seul qui ne perdit pas son temps auprès d'Anastase : il n'obtint rien pour la paix de l'Eglise ; mais il conclut un traité par lequel ce prince renonçoit à toute entreprise sur l'Italie. Le voyage des légats fut entièrement inutile. L'empereur, guidé par les conseils du patriarche Timothée, ne cherchoit qu'à regagner le peuple de Constantinople. Il y réussit en paroissant consentir à tout , excepté à la condamnation d'Acace , dont la mémoire étoit chère au peuple. On lui sut bon gré de son attachement à l'honneur de ce prélat. On blâmoit , au contraire , l'inflexibilité du pape et de ses légats. Le prince les amusa de belles paroles : il les retint jusqu'à l'été suivant , en les traitant / toujours avec honneur; et, pour marquer davantage la sincérité de ses sentimens , il les fit accompagner à leur retour par Théopompe , comte des domestiques , et par Sévérien , conseiller d'état. Ces deux députés portoient» au pape , de la part de l'empereur, une profession de foi très-orthodoxe; mais ils demandoient en même temps que , pour éviter le scandale , la mémoire d'Acace fût épargnée. Cette demande étoit jetée exprès pour rompre la négociation. Aussi le pape , convaincu de la duplicité d'Anastase , renvoya les députés sans cien conclure.

Une seconde légation du pape n'eut pas un plus heureux succès. Anastase , après avoir en vain tenté de corrompre les légats, les congédia, avec défense d'entrer dans aucune ville. Ayant appris qu'ils avoient répandu des protestations dans les provinces, il rompit ouvertement avec le pape ; et comme on lui représentoit que , par cette conduite, il violoit le serment qu'il avoit fait à Vitaiien , ce fut à celte occasion qu'il répondit que les maximes d'état dispensoient un prince de tenir sa pa-

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rôle, fût-elle confirmée par un serment. Pour achever de gagner le peuple de Constantinople , il fonda un revenu de soixante- dix livres d'or, qui dévoient être employées aux frais des enterremens, en sorte qu'il n'en coûtât rien aux particuliers. Croyant alors pouvoir lever le masque sans aucun danger, il congédia deuxcentsévêques, qui s'étoient déjà rendus à Héraclée pour le concile. Il fit venirà Constantinople les principaux évêques catholiques d'Ulyrie.Les mauvais traitemens qu'ils y reçurent révoltèrent leurs collègues, qui, au nombre de quarante, renoncèrent à la communion de Dorothée, évêquc de Thessalonique, leur métropolitain, et s'unirent au pape. Les violences recommencèrent de toutes parts. Sévère, patriarche d'Antioche, suivi d'une troupe de scélérats, attaqua un grand nombre de moines de Syrie qui étaient en chemin pour se rendre à un monastère où ils dévoient délibérer sur l'état de l'Eglise. On en tua trois cent cinquante; on en blessa plusieurs ; on les poursuivit jusque dans les églises où ils se refugioient. En vain ceux qui échappèrent de ce carnage portèrent leurs plaintes à l'empereur, ils en furent rebutés avec mépris. Ils s'adressèrent au pape, qui ne put leur envoyer que des consolations. C'est ainsi que ce prince, qui se vantoit d épargner le sang des catholiques , le prodiguoit en effet par la liberté qu'il donnoit de le verser impunément.

Afarc.chr. Ariadne mourut au milieu de ces troubles. Quoique TheophUp\ ce,te princesse fût déréglée dans ses mœurs, elle demeura ,5;>- . toujours attachée à la doctrine catholique, dont elle c.43. avoit reçu les instructions dans le palais de I empereur CMaieta?p. Léon son père. Souvent elle avoit traversé les mauvais 4* , 44- desseins des deux princes qu'elle épousa successivement.

Elle étoit secomlée dans ses bonnes intentions par Magna, sœur d'Anastase, par son neveu Pompée, et par Anastasie, femme de ce dernier. Mais l'affection pour le parti d'Eutychès l'emportait dans le cœur du { prince sur celle qui il avoit pour sa famille. Ariadne,

qui avoit épousé Zenon en 4^8 9 devoit avoir environ soixante* cinq ans lorsqu'elle mourut en 5i5. Cette même année la ville de Rhodes fut renversée par un tremblement de terre. C'étoit , depuis sa fondation , la troisième fois qu'elle éprouvoit ce malheur. Pour la relever de ses ruines, Anastase fit distribuer une somme d'argent à ce qui restoit d habita ns. /

Depuis long - temps les rois des Bourguignons se fai- An. 5i6. soient honneur des titres de dignité qu'ils recevoient des J^^jrmnc^ empereurs. Gondiac avoit porté celui de maître de la'-"-

. TilL Aiiast,

milice. Ses quatre fils avoient hérité de ce titre. Gonde- a/t.a3. baud, qui resta le dernier, étant mort en 5i6 , son fils Sigismond députa un de ses officiers à l'empereur pour lui notifier son avènement à la couronne, et lui demander sa bienveillance. Théodoric, qui avoit alors quelque sujet de querelle avec Sigismond , quoique ce prince fût son gendre, refusa le passage au député. Anastase prévint le nouveau roi; il lui confirma les dignités qu'il lui avoit déjà çonférées du vivant de son père, et en ajouta de nouvelles. Sigismond, dans ses lettres, se déclare officier de l'empereur; il parle même comme sujet de l'empire : on lui donne les qualités de Patrice et de comte des largesses.

Anastase n'a voit accordé à Vitalien le commandement Marc.chr.y des troupes de Thrace que pour satisfaire le peuple àt(jsJ,'ph.cah Constantinople, qui chérissoit ce général. Lorsqu'il crut 1 i6.>.c'38" l'affection publique refroidie , il lui ôta cette charge pour la donner à Rufin. Vitalien n'en murmura pas , et parut embrasser volontiers le repos d'une vie privée. On rapporte à ce même temps une leçon hardie qu'un évêque fit à l'empereur. Anastase croyoit être grand théologien , et les flatteries du parti nourrissoient en lui cette ridicule présomption. Il entendit parler d'un évêque catholique, nommé Eniande „comme d'un homme invincible dans la dispute. Il le fit venir, et se mit en devoir de le convaincre, ajoutant à ses raisons des promesses qu'il sa-;

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voit par expérience être encore plus persuasives. Eninnck* , après l'avoir écouté, lui dit avec courage : « Prince, ce « n'est pas votre majesté que je viens d'entendre, c'est « Eutychès, Dioscore et Sévère. 11 n'est pas besoin de « leur répondre : ils ont été cent fois confondus. Cette « pourpre impériale dont vous êtes revêtu donne ici de « la force à vos paroles; mais vous ne la porterez pas au « tribunal du souverain juge : votre foi y paroîtra toute « nue. Vous l'avez laissé corrompre par l'imposture ; « instruisez- vous : songez que vous êtes empereur, et « non pas évêque. Votre fonction est d'écouter et de pro- «< téger F Eglise que Jésus-Christ a rachetée par son sang : « c'est le répandre de nouveau que de la persécuter. » L'empereur, confus, tâcha découvrir son embarras par une affectation de douceur. Il offrit au prélat une somme d'argent considérable. Eniande, quoique fort pauvre, se retira sans vouloir rien accepter.

Ah. 517. Le peuple d'Alexandrie n'étoit occupé, depuis Dio-

i?'*°??o^' score» <lue ^e disputes de religion. Le parti d'Eutychès jtnast.p. 55. dominoit dans la ville; les successeurs de Pierre Mongus Maleia , p. s>^0ient toujours misa la tête , et les magistrats , dévoués FUuryMst. aux volontés du prince, le soutenoient avec chaleur. Les mri. 29. catholiques n'en mont roi en t pas moins à défendre la vérité; et l'esprit de mutinerie, naturel aux Alexandrins, aigrissoit les contestations. Celte animosité mutuelle . . % éclata l'an 617, au sujet de la mort du patriarche Jean Nicéote. Les magistrats , par ordre d'Anastase, placèrent sur le siège épiscopal Dioscore, cousin de Timothée Elure. Une ordination si peu régulière révolta les habitans de la campagne : ils accoururent en grand nombre, criant qu'on fouloit aux pieds les saints canons; qu'ils ne pou voient reconnoître pour patriarche qu'un homme élu dans la ville par les évêques d'Egypte. Pour apaiser ces clameurs, Dioscore se fit élire et ordonner de nouveau par le clergé d'Alexandrie. Théodose, préfet d'Egypte, fils du patrice Calliopius, et

Àcace, commandant des troupes, assistoient à cette cérémonie. Le préfet , voulant haranguer l'assemblée , débuta par un éloge de l'empereur. Aussitôt une foule de peuple l'interrompt; on l'accable d'injures; les plus audacieux montent à la tribune où il étoit, se saisissent de son fils , qui étoit assis auprès lui , le jettent en bas , et le massacrent. Acace, à la tête des soldats, dissipe les séditieux, arrête les plus mutins, et les fait punir de mort. L'empereur, informé de ce désordre, se préparait à châtier sévèrement toute la ville. Dioscore, s' étant transporté à Constantinople, se fit un mérite d'apaiser sa colère. Mais bientôt le peuple, aigri par le châtiment, s'en vengea sur Théodose même. L'Jiuile manqua dans la ville : c'étoit alors une des nécessités de la vie , parce que l'huile étoit d'un grand usage pour les bains. La fureur se rallume; Théodose est massacré, et cette sédition se termina, comme la première, par la mort des plus coupables.

Les troubles de l'empire attiraient les barbares. Une Mare, c/îr.nuée de peuples inconnus passa le Danube , défit près j^rn. succès. d'Andrinople Pompée, neveu de Tempereur, ravagea ^lojh d^pU la Macédoine, et pénétra dans la Thessalie, d'un côté Du Cunge, jusqu'aux Thermopyles, de l'autre jusqu'aux front ières^;^z^a. de l'Epire. Gomme ils traînoient à leur suite une multitnde de prisonniers , Anastase envoya mille livres d'or à Jean, préfet d'Illyrie, pour les racheter. Mais, cette somme ne suffisant pas, les barbares entretinrent un grand nombre, qui ne revirent jamais leur patrie; ils en égorgèrent plusieurs à la vue des villes qui refusoient de leur ouvrir leurs portes. Timothée, patriarche de Constantinople, étant mort, eut pour successeur Jean le Gappadocien. Quoique syncelle de Timothée, Jean étoit catholique dans le cœur; mais l'empereur ne permit son élévation qu'après l'avoir obligé de souscrire la condamnation du concile de Ghalcédoine. Anastase, cousu! cette année avec Agapit, ne doit pas&re cou-

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fondu avec l'empereur. Il en étoît le petit-neveu , fils dé Pompée. On conserve encore deux diptyques de sort consulat, l'un à Bourges, l'autre à Liège. Agapit est ce préfet de Rome que Théodoric avoit envoyé à Constantinople.

An. 5i8. Dardanie, qui faisoit partie de l'Illyrie, s'étendant

Marcel chr • ...

' depuis la Mœsie supérieure jusqu'au mont Haeraus , venoit de voir ses campagnes désolées par les barbares. Ses places , qui avoient servi de retraite aux habitans , furent détruites Tannée suivante par un tremblement de terre, le plus épouvantable dont l'histoire fasse mention. De vingt- quatre, tant villes que bourgades ou forteresses, deux furent entièrement abîmées, et les autres ruinées en grande partie; Scupes, capitale de la province, fut détruite tout entière : il n'y périt per* sonne , parce qu'elle étoit abandonnée dès l'année précédente. La terre s'ouvrit , et il en sortit des étincelles et des flammes comme d\me fournaise ardente. Ce goufre, large de douze pieds, et d'une immense profondeur, s'étendoit l'espace de dix lieues. Sur toute cette «lisière , les montagnes se fendirent , les rochers, les arbres des forêts, les édifices, furent engloutis dans cet abîme , qui ne se referma qu'après plusieurs jours. Pi-oc. «dif. L'empereur, âgé de quatre-vingt-sept ans accomplis , 1 Zon.p. \~. avoit conservé sa santé et sa force. Il s'occupoit alors à Cedr.p.od. enfermer d'une enceinte Mélitine, capitale de la petite Arménie. Cette ville, voisine de l'Euphrate, s'étoit, ainsi que plusieurs autres, formée d'un camp romain. Auguste avoit placé en ce j>oste une légion pour garder la frontière de Cappadoce. Trajan y fit bâtir. Ce lieu se peupla peu à peu, et devint enfin la principale habitation de la contrée , qu'on nommoit alors l'Arménie mineure. Mais la ville n'avoit point encore de murailles. Anastase entreprit cet ouvrage, qui fut interrompu par sa mort , mais achevé dans la suite par Justinien. Une conspiration vraie ou supposée causa la mort de plu-

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. z\\

sieurs officiers du palais. On conjecture que ce n'étoit qu'un prétexte pour perdre ceux qu'on savoit être les plus attachés à la doctrine catholique. Justin et Justinien furent accusés, mis en prison, et coururent un grand risquç; mais ils trouvèrent les moyens de se justifier, et furent élargis. .

La Providence les réservoit pour réparer les maux Anon.Vahs. qu'Anastase avoit causés à l'empire et à l'Eglise. Ce M^!f!ln. prince , après un règne de vingt-sept ans et près de trois r'™s- L :' * mois, mourut le i.er de juillet. Sa mort est diversement Tiùvph.p. racontée. Quelques historiens disent simplement qu'il '<•„*„,.. t.^y mourut de maladie. D'antres ajoutent que, par punition p-J*™*

... , , , i Zun.p.h-.

divine, il tomba en démence quelque temps avant sa Anasi P.:&. mort. Mais cet accident n'auroit rien de miraculeux xfooTkcù dans un vieillard presque nonagénaire. Selon d'antres, on lui avoit prédit qu'il seroit tué par le tonnerre. Pour 3gs.' P'° *' éviter ce malheur, on avoit construit, par ses ordres, fitM™as'p* une voûte souterraine qu'il croyoit impénétrable; et Ton J«et.p. 17a. avoit conduit des canaux de la citerne du palais dans i^ikl'.^ P' tous les appartemens pour éteindre l'incendie. Un grand f°/"*fjrjls] orage étant survenu , mêlé d'éclairs et de tonnerres ef- scmam'. * frayans, le prince, abandonné de sês officiers, fut tué ^ ad Ba' d'un coup de foudre comme il cherchoit à gagner sa ^tuul.unp. retraite. Ses obsèques ne furent remarquables que par 10, 27. les insultes du peuple. Il fut inhumé sans aucun appa- J^' Ja™" reil auprès de sa femme Ariadne, qui lui avoit donné *ôl'empire, pour lequel il n'étoit pas né, et dont il auroit été l'opprobre , s'il n'eût aboli le chrysargyre. Cette seule action demande grâce à la postérité pour une grande partie de ses vices. Quelques auteurs lui donnent quatre-vingt-dix années de vie : suivant l'opinion la plus commune , il étoit dans sa quatre-vingt-huitième. Lorsque son successeur eut rendu la paix à l'Eglise, son nom fut effacé des diptyques ; et le pape Nicolas i.er, écrivant à l'empereur Michel 111 , le met au rang des persécuteurs de la foi avec Néron , Dioclétien et Con-

IIIST. DU BAS-EMP. TOM. IV. l6

»4a HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

stance. On dit qne , sous le règne d'Anastase , en creosant le terrain de l'église de Saint-Ménas , dans la citadelle de Constant inople, on découvrit une grande fosse qui renfermoit quantité d'os de géans , et que l'empereur les fit transporter dans le palais.

HISTOIRE DU iJÀS-EMPlUE.

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