‹ Histoire du BasEmpireChapitre 7 sur 26 · JUSTIN · texte numérisé non relu

JUSTIN

Anastase laissoit trois neveux, qu'il avoît comblés <le a*. 5i8. richesses, honorés des premières dignités, alliés par Evas -M> des mariages aux plus nobles maisons de l'empire. Mais , /w.Vw. au milieu de cet éclat emprunté, leurs qualités pcrson- £' j^9'j nelles leur donnoient si peu de considération , qu'ils au- <*dj/'.l. 4, c. roient eu besoin de trouver, comme leur oncle, une Mem.hist. Ariadne qui les portât siîr le trône. Leur ambition ^aJt)u%am leur attira ni partisans, ni même l'honneur dangereux Tucoph.p. de donner de la jalousie ou de l'inquiétude aux succès- l^n'ast.p. r>r,. seurs : ce ne fut qu'au bout de quatorze ans que le peuple , jI"*"^**' soulevé contre Justinien , se rappela le souvenir île ces Marc. du'. princes, et causa leur perte. Les souverains tels qu'Ana- ^Zvnft!'* stase confondent leur maison avec l'état, et laissent leurs P-s* principaux domestiques disposer des affaires de l'empire. C3 , ci". Amantius, grand-chambellan, avoit tant de pouvoir , jZl'p'l^' que, ne se croyaut exclus du trône que parce qu'il étoit MaUa l /.». eunuque , il entreprit d'y placer une de ses créatures , qui Vw. orù . s'appeloit Théocrite, sous le nom duquel il comploit''^* . régner. Il s'adressa donc à Justin , capitaine de la garde, Pu$i uu et lui confia une grande somme d'argent pour acheter à '°"yuit.s. IV. Théocrite les suffrages des soldats et du peuple. 11 croyoit *™ J'c"c' Justin assez accrédité pour travailler avec succès en fa- Vu Cui^c ,

JI 1 I ai Juin* C) Z. >J.

un autre, mais trop peu pour abuser de cctte*^ v '

confiance en se recommandant lui-même. Amantius se

trompa. Justin , malgré son éducation grossière, avoit prœst. m,m.

toute la souplesse et la ruse d'un courtisan délié ; ce n'é- ^ciJnùl'ii

toit pas sans doute sa seule bravoure qui de la charrue i vxun'

Mauus. p.

1 avoit fait parvenir au commandement de la garde impériale. Il distribua en son propre nom l'argent d'Amantius; et sa grande réputation dans les armées, soutenue de ses largesses, lui gagna aussitôt le cœur des soldats t du peuple, et du sénat, dont il étoit membre. Il fut proclamé empereur le neuvième de juillet. Un nommé Jean , dont on ne sait que le nom , eut aussi quelques partisans qui le refirent de la pourpre; mais ce fantôme tomba de lui-même. Justin ne daigna pas le poursuivre sérieusement. Toutefois, selon la mauvaise politique de ce temps-là, pour ôler toute espérance à ce foible concurrent , il le fit , deux ans après, sacrer évêque d'Héi aclée en Thrace. La dévotion de Justin n'étoit pas scrupuleuse ; il essaya de couvrir la bassesse de sa naissance en prenant le nom ôiAnice. Peut-être s'étoit-il déjà fait adopter dans cette illustre famille avant que d'être empereur. Il voulut mêmç cacher l'artifice dont il s'éloit servi pour s'élever à l'empire. On voit, par les lettres respectives de Justin et du pape Hormisdas, que le prince tâchoit de persuader qu'on lui avoit fait violence, et que le pontife feignoit au moins de le croire.

Justin étoit d'une taille au-dessus de la médiocre; son extérieur ànnonçoit un tempérament robuste ; il avoit le visage large et haut en couleur , les traits réguliers , le regard fier, la mine guerrière. L'âge de soixante-huit ans étoit pour lui un nouveau titre de recommandation. Les Romains orientaux, craignant les malheurs qu'ils avoient éprouvés sous les règnes d'Arcadius et de Théodose ii , qui étoient montés jeunes sur le trône, sembloient être déterminés à n'y placer que des vieillards. Les quatre derniers empereurs avoient commencé fort tard à régner ; et nous verrons celui-ci se déterminer avec peine à prendre pour collègue son neveu , parce qu'il n'étoit âgé que d'environ quarante ans. Justin , ignorant jusqu'a%ie savoir ni lire ni écrire, se servoit pour signer son nom d'une lame d'or pareille à celle dont j ai parlé dans

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l'histoire de Théodoric. Concentre jusqu'alors dans le militaire , il étoit peu au fait des affaires politiques ; mais il possédoit la science propre des princes, celle qui , chez - eux, supplée à tontes les autres, le grand art deconnoître les hommes et de mettre en œuvre leurs talens. Il se guidoit par les lumières de son questeur Proclus. Cet officier secondoit, par son intégrité, les bonnes intentions de son maître, et le remplaçoit par sa capacité. Un tel ministre convenoit à un prince d'un esprit doux et d'un cœur généreux. On raconte de Justin un trait mémorable, qui, dans un siècle grossier et corrompu, retraçoit l'heureuse simplicité des mœurs antiques. Eulalius, après avoir été fort riche, étoit devenu extrêmement pauvre. Se voyant près de mourir , il institua l'empereur son héritier : il laissoit trois filles en bas âge; outre qu'il chargeoit le prince de les faire élever et de les doter, il le prioit encore d'acquitter ses dettes. Justin, se regardant comme le père de ses sujets, accepta la succession : il remplit avec fidélité toutes les conditions du testament. On admira également la confiance naïve du sujet et la noble générosité du prince; et la Grèce se crut pour un moment ramenée à ces jours heureux où Corinthe avoit vu faire et accepter comme un legs précieux une pareille donation testamentaire.

Justinien , neveu de l'empereur, partageoit les soins du gouvernement. Il avoit trente-cinq ans lorsque Justin parvint à l'empire. Il étoit né à Taurésium, bourgade de Dardanie, voisine de Bédériane, patrie de son oncle. Il porloit dans son pays le nom d'Uprauda. Son père se nommoit Istok,etsa mère Biglénisse, noms barbares, que les Romains traduisirent par ceux de Justinien, de Sabbatius et de Vigilantia. Lorsque Justinien fut empereur, il fit de Taurésium une ville qui prit le nom Tétrapyrgie , à cause de ses quatre tours. Auprès de cette ville, il en fit bâtir une autre qu'il nomma la première Justinienne , et qui devint capitale de la province, et

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résidence du primat dlllyrie. Son enceinte, qui étoit fort étendue , renferma tout ce qui peut contribuer à la splendeur d'une cité principale ; des églises magnifiques, des aqueducs , de superbes édifices, de vastes portiques, des places, des fontaines, de larges rues, des bains publics. Elle fut bientôt peuplée d'une multitude d'habitans. .lustinien , pour honorer Bédériane, où son oncle, déjà avancé dans les emplois militaires, lui avoit procuré une éducation meilleure que celle qu'il avoit lui-même reçue , la rebâtit tout, entière , et y ajouta des fortifications. Il rétablit Ulpiane, qui tomboit en ruine , et la nomma la seconde Justinienne : à peu de distance , il bâtit encore Jnstiniopolis , en mémoire de son oncle; et pour mettre cette province à couvert des incursions des barbares , nonseulement il borda le Danube de forts et de châteaux dans toute la longueur de son cours , mais même il fit ronstruire dans les campagnes des redoutes fort proche l'une de l'autre, pour servir de défense aux habitans du voisinage, supposé que les barbares vinssent à bout do passer le Danube par force ou par surprise. Ainsi l'élévation d'une famille obscure fit la sûreté et l'ornement de cette contrée, exposée auparavant à tant de ravages , et presque déserte.

La femme de Justin senommoit Lupicine. Elle éloit née chez les barbares. Justin, dans les premières années de son service, l'avoit achetée comme esclave, et en avoit fait sa concubine. C'éloit le nom que portoient ces femmes du second rang , dont le mariage étoit conforme aux règles de l'Eglise, quoique les lois romaines leur refusassent le titre d'épouses. Son mari , devenu empereur, la fit couronner; et, dans les acclamations du peuple, on lui donna le nom iVEuphemic, qu elle retint, e^i y ajoutant ceux à'JElia Marcia, pour s'ennoblir davantage. Mais ces beaux noms ne corrigeoient pas le caractère rustique et grossier qu'elle tenoît de sa nais-' sance , et qui n'avoit pu se polir à la suite de son mari

dans les armées. Elle eut du moins la discrétion de ne point se mêler des affaires d'état, et la prudence de s'opposer , tant qu'elle vécut , au mariage de Justinien avec Théodora , dont nous parlerons o*ans la suite. Elle mourut avant Justin , sans lui laisser de postérité. Flattée de la conformité du nom, elle fit bâtir à Constantinople une église en l'honneur de sainte Euphémie ; on plaça dans cette église une statue de l'impératrice : elle y fut enterrée après sa mort.

L'empire étoit tranquille au-dehors; mais L'opiniâtreté Libérât. <?/ d'Anastase à favoriser l'hérésie d'Eutychès avoit allumé x%od. j^t.y le feu de là discorde dans la capitale et dans les pro-j^1 ' ^,£- 5 * vinces. Justin se proposa de l'éteindre. Il falloit , pour ion. p. sn. cet effet , réunir les esprits des Orientaux au sujet du ^9atela ' F' concile de Chalcédoine, accepté des uns, rejeté des £fgin'tim%' autres, et réconcilier les Eglises de Rome et de Constan- Bar'oniu*.' tinople, séparées de communion depuis la sentence pro- Pagl ad Da' noncée contre Acace par le pape Félix , il y avoit trente- FUury.hist. quatre ans. L'empereur, zélé pour la doctrine catholique, an. * 34 et songea d'abord à la rendre triomphante. L'entreprise mlvn'étoit pas difficile, surtout à Constantinople, où le patriarche et la plus grande partie du peuple n'attendoient qu'un moment de liberté pour proscrire l'hérésie. Le dimanche, quinzième de juillet, sept jours après la proclamation de l'empereur, ce prince , s'étant rendu à la grande église, fut salué par les acclamations du peuple qui souhaitoit une longue vie à l'empereur et à l'impératrice, les nommant le nouveau Constantin et la nouvelle Hélène. On demanda ensuite d'une yoix unanime que l'empereur fit cesser le schisme qui divisoit l'église de Constantinople depuis l'injuste déposition de Macédonius; qu'il chassât d'Antioche l'impie Sévère; que le patriarche déclarât qu'il recevoit le concile de Chalcédoine, et qu'on flétrît la mémoire des manichéens : c'étoit Anastase qu'on désignoit sous ce nom odieux. On demandoit même que les cadavres desma-

nichéens fussent exhumés et privés de sépulture. Alors Jean de Cappadoce. qui, sous le dernier règne, étoit demeuré dans le silence , monta dans la tribune , et protesta de sa soumission aux quatre conciles généraux, et nommément à celui de Chalcédoine. A ces paroles le peuple renouvela ses acclamations ; mais il exigea de plus que le patriarche dît anathème à Sévère, et que, pour réparer les insultes faites au saint concile, et pour lui rendre un hommage éclatant , on en célébrât une fête solennelle. Le patriarche prononça l'anathème surle-champ , et dès le lendemain on fit M fête du concile de Chalcédoine , que Ton solennise encore aujourd'hui dans 1 église grecque. Le peuple, plus nombreux même que la veille , commença par demander hautement qu'on rapportât à Constantinople les os dEuphémius et de Macédonius ; qu'on insérât leur nom dans les diptyques, ainsi que celui du pape saint Léon, et la mémoire du concile de Chalcédoine ; qu'on rappelât les évêques exilés pour la foi , et qu'on chassât du palais Amantius , le persécuteur des orthodoxes. Le patriarche leur représenta que , pour procéder canoniquement , il falloit assembler un synode : mais le peuple redoubla ses cris, et ne permit pas de commencer le saint sacrifice qu'on n'eût inséré dans les diptyques ce qu'il désiroit. Quatre jours apçès, le patriarche assembla les évêques, qui se trouvoient pour lors à Constantinople au nombre de quarante. Ils confirmèrent authentique ment ce que le peuple avoit exigé. Cependant les hérétiques faisoient leurs efforts pour perdre les catholiques dans l'esprit du nouveau prince, en les accusant de nestorianisme, selon leur artifice ordinaire ; mais Justin ne prit pas le change. Après d'exactes informations, il fit publier un édit qui ordonnoit la soumission au concile, le rappel des évêques orthodoxes et l'expulsion des intrus. Par un second édit , il défendit aux hérétiques d'exercer aucune charge publique, et il les exclut du

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service militaire. Ces ordres du souverain changèrent toute la face de l'Orient. LA liberté étant rendue, on tenoit de toutes parts des conciles où la vérité, auparavant abattue par les intrigues et par les violences de l'erreur , se relevoit avec gloire.

Après avoir si heureusement commencé la réunion des églises d'Orient , l'empereur s'occupa du second objet , c'est-à-dire, de la réconciliation avec l'église romaine. Le premier d'août il écrivit au pape Horniisdas pour lui annoncer son a^nement à l'empire ; il lui demandoit l'assistance de ses prières. Le pape lui répondit en l'exhortant à procurer à l'église une paix universelle. Par une seconde lettre, datée du septième de septembre, l'empereur prioit le pape d'envoyer des légats pour travailler à la réunion. Celte lettre étoit accompagnée de deux autres, l'une de Justinien, l'autre du synode de Constantinople. Elles furent portées à Rome par Gratus, comte du consistoire. A son arrivée, Hormisdas assembla un synode pour délibérer sur les propositions des Orientaux. Quoique le pape désirât sincèrement la paix, il déclara qu'il n'accorderoit sa communion à Jean de Constantinople qu'après que celui-ci auroit cèndamné la mémoire d'Acace. Il exigeoit même qu'on effaçât des diptyques les noms d'Eu- |)hémius et de Macédonius , parce que ces prélats, quoique irréprochables dans la foi, a voient' persisté à conserver dans les diptyques le nom d'Acace; ce qui étoit , selon le pape , un ménagement criminel et une sorte de collusion avec les hérétiques.

C'étoit l'article le plus délicat. Comment engager a*. 5,9. l'église de Constantinople à proscrire en quelque sorte la mémoire de deux évêques, recommandables par la sainteté de leur vie, et par la persécution même qu'ils avoient soufferte en défendant la doctrine catholique? Cependant le pape étoit résolu de ne rien relâcher , sur ce point, de la rigueur inflexible de ses prédécesseurs.

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Après avoir consulté Théodoric, qui , selon les maximes d'une saine politique, désiroit la paix dans l'Eglise, quoiqu'il en fût lui-même séparé, Horinisdas, au commencement de Tannée suivante, envoya cinq légats chargés de lettres pour l'empereur, pour le^patriarche, pour les catholiques en général , et en particulier pour toutes les personnes qui pouvoient par leur crédit contribuer au succès de cette affaire. Ces légats trouvèrent dans leur voyage les esprits disposés à rentrer dans la communion de l'église romaine , excepté à Thessalonique, dont l'évêque Dorothée se défendit de souscrire le formulaire dressé par le pape avant que la question eût été décidée à Gonstantinople. Justin avoit envoyé à leur rencontre deux personnes distinguées, Etienne et Léonce , qui les trouvèrent à Lychnide. Ils entrèrent à Constantipople le vingt-cinquième de mars , accompagnés de Justinien, de Pompée, de Vitalien,et de plusieurs sénateurs, qui étoient venus au-devant d'eux, avec une foule de peuple, jusqu'il trois lieues de la ville. L'empereur leur donna audience dans le sénat; il reçut avec respect la lettre du pape. Le patriarche, après quelques débats, consentit, pour le bien de la paix, à souscrire le formulaire qui lui étoit présenté , et à effacer des diptyques le nom d'Acace et ceux de ses successeurs, ainsi que ceux de Zénon et d'Anastase. Les évêques qui se trouvoient à Gonstantinople et les supérieurs des monastères donnèrent aussi leur souscription. On se rendit ensuite à la grande église; tout retentissoit d'actions de grâces et d'acclamations qui réunissoient les louanges de l'empereur et celles du pape. Justin fit publier cette heureuse nouvelle dans les provinces; elle causa la plus grande joie dans tout l'Orient. Le papo et l'empereur s'en félicitèrent mutuellement par lettres. Ce fut ainsi que la division qui subsistoit depuis trente-cinq ans fut terminée le vingt-huitième <}p mars 519, jour du Jeudi saint. Au reste, Euphé-

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mius et Macédonius, quoique effacés des diptyques, ne furent pas censés excommuniés. Leur mémoire continua d'être en vénération; elle fut même honorée dix-sept ans après , dans le concile de Constantinople , sous le patriarche Mennas; ils y furent déclarés de très-saints éveqnes en présence des légats, qui n'y firent aucune opposition. Dorothée, évêque de Thessalonique, avoit promis de se réunir quand raccommodement seroit conclu à Constantinople. Un des légats partit avec fe comte Licinius pour le sommer de sa parole : mais il • fut mal reçu; le peuple , soulevé par l'évêque, se jeta sur le légat, le blessa, et l'auroit mis en pièces, s'il ne se fût réfugié dans une église. On tua deux de ses domestiques, et un habitant qui avoit logé les légats à leur passage. L'empereur en fut irrité; il donna ordre d'amener Dorothée à Héraclée, et de l'y garder , en attendant qu'on instruisît son procès. Mais ce prélat, riche et intrigant, trouva moyen de corrompre ses juges. Il fut renvoyé à Thessalonique, et il en fut quitte pour faire au pape, par lettres, une satisfaction légère, qui consistait à nier les faits dont il étoit coupable.

L'église catholique avoit dans la personne de Sévère, Evagl Z.4, patriarche d'Antioche, un adversaire beaucoup plusre- c'£'6erat c «loutable. Ce chef de parti , secondé de ses deux satellites «q- Xenaïas d'Hiéraple et Pierre d'Apamée, se promeltoit Theoph*p\ }»ien de troubler l'accord conclu à Constantinople, on ^ > » <lu moins d'entretenir en Syrie la guerre cruelle qu'il Ana\t.p. 56.

faisoit aux orthodoxes. Mais il ne put tenir contre la^o/^! '

Syrie la guerre cruelle qu'

• jorn. stti Zo/t. p. 5.S,

puissance de Vitalien. Ce général, rappelé à la ceur, 5fjouissoit alors de la plus haute considération ; il venoit Baronius. d'être nommé maître de la milice, et désigné consul f"ffl ad Ba' pour l'année suivante. Il détestoit Sévère, comme le chef FUuTy .k^t. de la faction hérétique; il entroit aussi dans sa haine un an. H , 45 sentiment de vengeance, parce que ce prélat violent le 5a* déchiroit par ses invectives dans ses sermons. 11 obtint de l'empereur un ordre de chasser Sévère, et de lui cou»

per la langue. Le comte Irénée, chargé de faire exécuter cet ordre, se rendit à Antioche; maïs, malgré les mesures qu'il avoit prises, Sévère eut le bonheur de s'évader et de se sauver à Alexandrie, où il fut reçu à bras ouverts par le patriarche Timothée, qui venoit de succédera Dioscore. Il y trouva Julien d'Halicarnasse, chassé pareillement de son siège. Ces deux esprits turbulens ne demeurèrent pas long-temps unis. Possédés de la fureur dés controverses, ils s'embarrassèrent dans des disputes théologiques, qui allumèrent entre eux la division, et la répandirent dans la ville d'Alexandrie. Xenaïas et Pierre d'Apamée furent bannis. Les hérétiques fuyoient de toutes parts ; les évêques catholiques revenoient à leurs églises. Paul fut placé sur le siège d'Antioche; mais, deux ans après, se voyant décrié pour ses mœurs, et craignant d'être poursuivi juridiquement, il abdiqua, et Euphrasius fut élu en sa place.

L'empereur travailloit a guérir les plaies qu'Anastase avoit faites à l'Eglise. Il joignoit à la fermeté une adroite politique. Les bienfaits accompagnoient les châtimens et en adoucissoient la rigueur. En même temps qu'il chassoit les évêques hérétiques , il répandoit des libéralités dans leurs diocèses. Antioche reçut pour sa part mille livres d'or; et les autres villes furent gratinées à proportion. L'ordination d' A pion , que sa disgrâce avoit fait évêque, fut déclarée nulle et illusoire. Justin, qui connoissoit son mérite , le rappel \ auprès de lui , et l'honora de la charge de préfet du prétoire. Après tant de violentes agitations , le calme revint enfin dans l'Eglise; et, par un juste tempérament de sévérité et de douceur, tout se balança de telle sorte, que chaque chose reprit sa situation naturelle. Mais , quoique la tempête fût apaisée, les flots n'étoient pas entièrement tranquilles. Des moines de Scythie, orthodoxes à la vérité , mais querelleurs , au lieu d'éviter tout sujet de dispute, affectoient des expressions hardies et singulières,

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qui révoltoient les esprits. Vilalien leur éjoit favorable ; c'en étoit assez pour que Justinien, jaloux du crédit de Vitalieu , leur fût opposé. Ils allèrent à Rome , espérant persuader au pape que, dans leurs subtilités métaphysiques, il s'agissoit des plus grands intérêts de la religion. Hormisdas ne les écouta pas; et ils furent enfin, à leur grand regret , réduits au silence. D'un autre côté, les nestoriens triomphoient de la défaite du parti d'Eutychès. Il y eut dans la ville de Cyr des fanatiques qui promenèrent dans un char l'image de Théodoret, qu'ils regardoient mal à propos comme un des chefs de leur secte. Ils célébrèrent la fête de Nestorius, à qui ils donnoient le titre de martyr. Toutes ces étincelles de schisme furent promptementétouflées. L'empereur ayant donné ordre de faire des informations et de punir les auteurs de ces mouvemens, Sergins , évêque de Cyr , fut déposé et banni.

Les affaires de l'Eglise n'occupoient pas tellement E^asl'empereur qu'il négligeât celles de l'état. Il répara les /vie. hist. injustices du dernier règne. Les généraux Diogénien et %i'J/afn' et Philoxène, exilés par Anastase, furent rappelés et réta- Marcel, chr. blis dans leurs dignités. Philoxène fut honoré du con- chlvn^Mcx'. salât en 525. Mais une affaire plus intéressante, parce Jo£n' succ"' qu'elle étoit personnelle , devoit partager l'esprit de Jus- Cedr.p. 56. tin. Amantius ressentoit et causoit tout à la fois de mortelles inquiétudes. L'empereur et l'eunuque ne pouvoient se pardonner l'un à l'autre, le premier, l'entreprise de l'eunuque pour se donner un maître à son choix ; le second, l'artifice par lequel Justin avoit rompu ses mesures et s'étoit rendu son maître. lisse craignoient tous deux ; et la crainte devoit rendre l'eunuque entreprenant , et l'empereur circonspect , mais attentif à le prévenir. Une conspiration vraie ou fausse servit à Justin de raison ou de prétexte pour se défaire d'un sujet si dangereux. Amantius fut arrêté avec Théocrite , sa créature, et les chambellans André, Arda bure et Misaël ,

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accuses d'être ses complices. André eut la tête tranchée avec Amantius : Justin se contenta d'exiler à Sardique Misaël et Ardabure. Mais Théocrite, qui avôit osé aspirer à l'empire, fut traité avec plus de rigueur. On l'assomma dans la prison à coups de pierres et de bâton : et son cadavre fut jeté dans la mer. Procope prétend qu'Amantius n'étoit coupable d'aucun autre crime que d'avoir insulté de paroles Jean de Cappadoce. Justinien , tout-puissant auprès de son oncle, chérissoitee patriarche; il favorisoit son ambition, qui fut portée à un tel excès, que Jean osa le premier s'attribuer le titre fastueux de patriarche œcuménique ; titre fatal , qui enfla d'orgueil ses successeurs, et qui prépara, quoique de loin , ce schisme funeste par lequel l'église d'Orient se sépara de l'église romaine au milieu du neuvième siècle. Justinien appuya lui-même ces prétentions mal fondées, en donnant dans ses Constitutions le nom iï œcuménique au patriarche de sa ville impériale. C'est ici le second degré d'ambition dans les évêques de la nouvelle Rome. Ils s'étoient d'abord élevés au-dessus des évêques d'Alexandrie et d'Antioche; et deux conciles généraux , celui de Constantinople et celui de Chalcédoine, leur avoient attribué cette préséance malgré l'opposition du saint-siége : ici ils prennent un titre qui de voit donner de la jalousie à l'ancienne Rome elle-même. A«. 5ao. S'il est vrai que Jean de Cappadoce ait été la cause lvaS. l.ky je ja mort j'Amantius, il ne jouit pas long-temps de

Pi-oc. Uist. sa vengeance. Il mourut au commencement de l'année \bî Aimsl. suivante, et eut pour successeur Epiphane, son syncelle. i'ict'Tun ^e supplice du grand-chambellan, universellement dé- Vheoph. p. testé , parce qu'il prolégeoit ouvertement les manijtni. succès, chéens , n'excita aucun murmure. Mais l'assassinat de lZ°iujl/a ^*auen suivit de près révolta tous les esprits. ton» C'étoit par crainte plutôt que par sentiment d'estime et de bienveillance que Justin l'avoit rappelé à la cour : il vouloit éclairer de près les démarches d'un horamè

assez puissant pour faire trembler son souverain. Afin de lui ôter toute défiance, il le combloit d'honneurs jet lui faisoit part des affaires les plus importantes. Vitalien avoit été employé dans les négociations avec le pape pour la réunion des deux églises; il étoit actuellement revêtu du consulat. Ces distinctions offensoient l'orgueil de Justinien; il ne pouvoit pardonner à Vitalien la préférence que le peuple donnoit à ce général. Dans les synodes de Tyr et d'Apamée,, on avoit souhaité, par acclamation, une longue vie à Vitalien l'orthodoxe sans dire un seul mot de Justinien ; ce qui piqua celui-ci d'une telle jalousie, qu'il résolut de perdre ce concurrent. Pourtnieux cacher son dessein, il avoit juré à Vitalien une amitié fraternelle en participant avec lui aux saints mystères. C'étoit une énorme profanation quis'introduisoit dans ce temps-là, et qui subsista long-temps après. Les peuples idolâtres avoient cimenté leurs traités et leurs avances en buvant du sang humain. Par une imitation sacrilège , les chrétiens, pour assurance une liaison indissoluble, bu voient ensemble dans la coupe sacrée ; ce qui s'appeloit/iirer la foi fraternelle , serment terrible et souvent violé. Il le fut en cette occasion. Des assassins apostés par Justinien percèrent Vitalien de seize coups de poignard, comme il sortoit du palais. Deux de ses amis, Paul et Célérien , furent assassinés avec lui.

Justinien, chargé de l'indignation publique, lui suc- Proc. hist. céda dans la dignité de maître de la milice. Il aimoit m'Jutm. les spectacles; et sa passion déclarée en faveur de la fac- yjj^j^' tion bleue inspira tant d'audace à ceux qui la compo- ij*- ^ soient, que pendant trois années plusieurs villes de zZn[p\\9\ l'empire, et surtout Constantinople et Antiocbe, éprod* c|^f£* vèrent tous les désordres et toutes les cruautés des guerres 4q. civiles les plus sanglantes. La faction verte, qui étoit nombreuse et puissante , devenue furieuse de la préférence que Justinien donnoit à ses rivaux, s'emporta à

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toutes sortes d'excès; et les châtimens ne feisoient qu'aigrir ces séditieux. L'animosité étoit si violente entre les deux partis, qu'ils avoient juré de s'exterminer mutuellement. Les bleus, pour se distinguer, s'avisèrent de prendre un extérieur et un vêtement qui les rapprochoient des barbares, dont ils avoient déjà la férocité, laissant croître leurs moustaches et leur barbe à la manière des Perses, ils se rasoient le devant de la tête, et conservoient les cheveux de derrière à la mode des Huns et des Sarrasins. Ils portoienl des robes très-riches , dont les manches, d'une excessive largeur, venoient se resserrer an poignet. Le reste de leur habillement étoit celui des Huns. D'abord ils ne sortoient armés que la nuit ; pendant le jour, ils ne portoieut que des poignards cachés sous leur robe, et ils n'attaquoient que leurs adversaires. Bientôt leur audace s'étant accrue par l'impunité , ils devinrent brigands de profession. S'attroupant à l'entrée de la nuit, ils dépouilloient les passans, souvent jnême ils les massacroient de peur d'être dénoncés. La terreur étoit si grande, qu'on n'osoit sortir après le soleil couché. Comme les magistrats évitoient de punir ceux de cette faction , dans la crainte d'encourir la disgrâce de Justinien, elle acquéroit chaque jour de nouvelles forces. Tonte la jeunesse dissolue, tous les bandits s'y jetèrent en foule; presque toute la faction verte déserta pour se ranger de ce parti ; les autres furent ou massacrés, ou mis à mort par la justice, ou obligés de fuir et de se cacher. Alors les bleus, demeurés maîtres du champ de bataille, redoublèrent de méchanceté et de violence; ils se vendoient aux scélérats qui vouloient faire assassiner leurs ennemis. Tout homme dont on %ur avoit payé la mortj devenoit pour eux de la faction verte. Ce n'étoit plus la nuit, c'étoit en plein jour qu'ils égorgeoient, qu'ils massacroient, souvent même sous les yeux des magistrats. Ils s'étoient exercés à tuer un homme d'un seul coup, et s'en faisoient honneur comme

â\m effet d'adresse. Il n'y avoit plus de sûreté en aucun lieu; les églises n'étoient plus des asiles; ces meurtriers assassinoient au pied des autels pendant la célébration des saints mystères. Les créanciers étoient forcés de rendre aux débiteurs leurs obligations, les maîtres de donner la liberté à leurs esclaves, les pères d'abandonner leurs biens à leurs fils enrôlés parmi ces brigands* les filles et les femmes de se livrer à leur brutalité. On raconte qu'une femme, se promenant avec son mari le long du Bosphore du côté de Chalcédoine, fut enlevée par une troupe de ces forcenés, qui la jetèrent dans leur batque; et que, pour prévenir la perte de son honneur, elle se précipita dans les flots à la vue de son époux, qui se désespéroit sur le rivage.

On déguisoit à l'empereur ces horribles excès, et c* ne fut qu'au bout de trois ans qu'il ouvrit enfin les yeux; Tour remédier à tant de maux, il nomma préfet de Constantinople un homme ferme , vigilant , incorruptible, nommé Théodote, qui avoit été comte d'Orient. Ce magistrat intrépide opposa à cette audace effrénée la plus rigoureuse sévérité. Il fit décapiter , pendre , brûler grand nombre de ces scélérats. Persuadé que le châtiment des illustres criminels est plus propre que tout autre à désarmer le crime , il fit mourir un certain Théodose, surnommé Siicca, jeune homme distingué par l'opulence et par la noblesse de sa famille. Mais comme si Timportunité étoit le privilège de la haute fortune, ses parens qui n'avoit pu ni fléchir, ni corrompre la justice du magistrat, vinrent à bout de séduire la foiblesse de l'empereur. Justin, trouvant mauvais que Théodote n'eût pas pris des ordres particuliers pour une exécution si éclatante , le priva de sa charge , et le relégua en Orient. Théodote, se voyant exposé au ressentiment de tant de coupables, alla se cacher à Jérusalem , où il vécut dans une obscurité que sa bonne conscience rendoit préférable à se» honneurs passés. Justin

MIST. DU BAS-EMP. TOtf. ÏV. 17

mit à sa place Théodore, surnommé Taganisth , qui avoitété consul quinze ans auparavant. Celui-ci, trouvant le mal déjà fort assoupi, acheva de calmer peu à peu la fureur des factieux , et fit enfin cesser de si affreux désordres. La tranquillité fut aussi rétablie dans Antioche par le préfet Ephrem , natif d'Amide. L'empereur, pour éviter tout ce qui pouvoît rallumer ces cruelles dissensions, interdit les spectacles du Cirque pour le reste de cette année. Les acteurs et les danseurs furent bannis de toutes les villes d'Orient, excepté d'Alexandrie, où un peuple inombrable, également séditieux 'et passionné pour le théâtre, n'auroit pu souffrir cette privation. Ees jeux olympiques établis à Antioche depuis le règne de Commode , furent abolis pour toujours.

Justinien, consul l'année suivante, voulut dédom- • mager le peuple de l'interruption des jeux du Cirque par la magnificence du spectacle qu'il donna à son entrée dans le consulat. Il y dépensa près de huit millions de livres, selon notre manière de compter, soit en distributions d'argent, soit en machines, soit en animaux féroces, et en courses de chars. On vit paroître à la fois dans l'amphithéâtre vingt lions et trente léopards, sans compter d'autres animaux moins rares. Outre les récompenses ordinaires, Justinien fit présent aux cochers des chevaux mêmes avec lesquels ils a voient couru , et de leurs harnois , qui étaient d'une grande richesse. Le peuple , enivré d'une joie extravagante , troubla lui-même ses plaisirs; le spectacle fut interrompu par le tumulte ; et la dernière course de chars ne put être exécutée. Le consulat de Justinien ne fournit point d'autre événement. Dans les siècles de foiblesse , les divertissemens et lel fêtes deviennent l'affaire la plus sérieuse et la plus mémorable. Elle remplit toute la capacité des esprits, et fait oublier tout le reste ; elle tient alors auprès des princes le même degré d'importance qu'auprès des femmes et des enfans.dafts les siècles de vigueur.

HISTOIRE DU E AS -EMPIRE?. 20g

La bonne intelligence de Justin et de Théodoric pa- A*. Sa. roît en ce que l'empereur ne nomma point de consuls Perspour Tannée 522 , et qu'il laissa le roi d'Italie maître de Theoph.p. disposer du consulat. Ce prince conféra cette dignité à JJ^à$t!p 56, Symmaque et à Boëce , tous deux fils du célèbre Boè'ce, ^7cet illustre sénateur qui, peu de temps après, tomba z7n'P.l*\ dans une disgrâce dont sa vertu auroit dû le garantir, £?f 5GS* ainsi que nous le raconterons dans la suite. Mais si Jus- Maleia,p. tin étoit tranquille du coté de l'Occident, il vit rallumer ûhi. misccL la guerre entre l'empire et la Perse. Les rois de Lazi- l'^onius que, qui étoit l'ancienne Colchide, avoient été vassaux P^i ad Bade l'empire. Ils ne payoient aucun tribut , et la seule ^m, de Gui* marque de leur dépendance consistait en ce qu'après la J"^]^1'/" mort du roi , l'empereur envoyoit au successeur les or- 4nemens de la royauté. C'étoit uue sorte d'investiture. Ces princes étoient même dispensés de fournir aux Romains des troupes auxiliaires; mais ils étoient chargés de garder les passages du mont Caucase , et d'empêcher les Huns de pénétrer dans les provinces de l'Asie. Comme la Colchide avoit autrefois appartenu aux Perses, Ca~ bade prétendoit rentrer dans les droits de ses anciens prédécesseurs; sous le règne d'Ànastase, il avoit traité avec les Lazes, et s'étoit mis à la place des empereurs; il av^it même exigé què le nouveau roi vînt recevoir la couronne en Perse. Anastase avoit fermé les yeux sur cette usurpation, et Justin suivoit son exemple. Cabade avoit couronné Damnazès,le dernier roi, peut-être petitfils de ce Gobaze qui étoit venu à Constantinople sous le règne de Léon en 466. Cette inauguration étoit accompagnée de cérémonies conformes à la religion de© ^ Perses. Après la mort de Damnazès ,^son fils Zathius , qui vouloit embrasser le christianisme, au lieu de se rendre en Perse , vint à Constantinople prier Justin de lui faire donner le baptême et de le couronner, afin qu'il ne fût pas obligé de prendre part à des cérémonies païennes, «n recevant la couronne des mains du roi de Perse.

S6ù HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

Justin se rendit à ses désirs. Pour l'attacher davantage aux Romains, il lui fit épouser Valériane, fille du patrice Nomus, et le renvoya comblé de riches présens.

Cabade, irrité de ce procédé de Justin, lui fit dire qu'apparemment il s'ennuyait de la pair , puisqu'il la rornpoit en débauchant ses vassaux ; qu'il devait savoir que de temps immémorial les roisjies Lazes étoieni sujets de la Perse. Justin, qui ne jugeoit pas à propos de rompre avec Cabade , évita d'entrer en éclaircissement an sujet (le la Lazique; H répondit seulement quil n'avoit jamais pensé a usurper les droits d 'autrui /• que, Zatius étant tfenu h Constantinople pour être admis au nombre des adorateurs du Dieu unique et véritable , il auroit cru faire un crime de le rebuter; qu'après V avoir initié aux my stères du christianisme , il l'avoit renvoyé dans ses états. Cette réponse n'étoit rien moins que satisfaisante; aussi Cabade se prépara-t-il à la guerre. Justin, de son côté, songea à se mettre en défense. Il s'appuya du secours de Ziligdès, roi des Huns, établis au nord du défilé de Dt^rbend. Il acheta l'alliance de ce prince, qui s'engagea par serment à servir l'empereur contre la Perse. Mais il apprit bientôt que Ziligdès avoit accepté les mêmes propositions de la part de Cabade , et qu'il étoit allé le joindre en personne avec un corps «de vingt mille hommes.

Cette perfidie eut le succès qu'elle méritoit. Justin en instruisit Cabade par une lettre, et lui fit entendre que le roi des Huns étoit payé pour trahir les Perses lorsque la bataille seroit engagée. Il s'exprimoit ensuite en ces termes : Etant frères comme nous sommes , ne vaut-il pas mieux demeure^ unis que de nous exposer à servir de jouet h ces chiens ? Sur cet avis, le roi manda Ziligdès ; et l'ayant convaincu , par son propre aveu , il le tua sur-le-champ. La nuit suivante, il fit massacrer les Huns, qui , n'étant pas informés de la mort de leur roi v reposoient tranquillement dans leurs tentes.

HISTOIRE DU BAS-CMPIUE. â6l

THabade , satisfait de la franchise de Justin , lai envoya Pnc.pen. nn ambassadeur pour renouveler le traité. Il crut que la 'rhenph' p. «conjoncture seroit favorable à l'exécution d'un projet l^on p 5r très-singulier, mais nécessaire, à ce qu'il croyoit, pour •son repos, et pour maintenir après sa mort Tordre qu'il prétendoit établir dans sa succession. Ce prince, outre un grand nombre d'enfans naturels, avoit quatre fils légitimes, Caosès, Zamès, Chosroës et Phtasouarsan. Il avoit conçu contre l'aine une aversion d'autant plus forte, qu'elle n'étoit fondée que sur le caprice. Le second , prince estimé de toute la nation pour ses qualités héroïques, étoit borgne, et tout défaut corporel excluoit du troue do Perse. Cabade aimoit tendrement Chosroës, qu'il avoit eu de la fille du roi des Huns, sa femme chérie, et il le destmoit pour être son successeur. Mais il «craignoit, pour ce fils bien-aimé, le droit de Caosès, et le mérite éclatant de Zamès. Il voulut donc lui assurer la protection de l'empire, et chargea l'ambassadeur qu'il envoyoit à Justin d'une lettre conçue en ces termes : Vous n'ignorez pas les justes sujets que fui Je me plaindre. Je suis néanmoins disposé à tout oublier. Cest remporter une glorieuse victoire que de sacrifier h l1 amitié des droits qu'on est en état de poursuivre. Je vous demnnde en récompense une faveur qui mm - seulement doit nous unir à jamais , mais encore former entre les deux nations un* liaison fraternelle et une alliance inaltérable. Cest dy adopter pour votre fils mon fils Chosroës , l'héritier de ma couronne.

Une proposition si bri-llante éblouit d'abord Justin ejt Justinien. Ils alloient l'accepter avec joie, et dresser l'acte .d'adoption, si le questeur Proclus, ce sage ministre , toujours en garde contre les nouveautés les plus séduisantes, ne leur eût représenté que cette demande si flatteuse couvroit un dessein pernicieux ; qu'adopter Chosroës , c'étoit V admettre a la succession impériale, yxmlez-vous donc, grand prince, dit-il à Justin, être

le dernier empereur romain ? Et vous , seigneur, ajoutat-il en s'adressant à Justin ien : Voulez-vous prononcer contre vous-même une sentence d'exhéré dation ? Le fils de Justin aura plus de droit h V empire que son neveu. Les lois des barbares s'accordent en ce point avec les nôtres , et le suffrage des nations appuiera l ambition de voire rival. Songez qu'en donnant dans ce piège , vous renoncez à vos légitimes espérances , et que vous reconnaissez dès aujourd'hui Chosroes pour votre maiire. Et si vous lui disputez dans la suite un droit que vous lui aurez cédé 9 que de sang il faudra répandre! Ces réflexions leur ouvrirent les yeux. Ils ne délibéroient plus que sur le parti qu'il falloit prendre pour éluder la proposition de Cabade, lorsqu'ils en reçurent une seconde lettre par laquelle il prioit Justin de régler les formalités de l'adoption, et de prescrire les démarches que son fils devoit faire selon les usages des Romains. Cet empressement confirma les soupçons que leur inspiroit Proclus. Il leur conseilla d'envoyer: au plus tôt des députés pour consommer l'ouvrage de la paix , et pour répondre au roi que l'adoption par les armes étoit la seule en usage à l'égard des étrangers. Cette espèce d'adoption ne donnoit aucun droit à l'hérédité.

Justin fit donc partir Hypace, neveu d'Anastase, et le patrice Enfin. Cabade envoya de son côté Séosès, le plus puissant seigneur de la Perse, et le général Mébodès. Ils se rencontrèrent sur la frontière. Chosroes s'étoit luimême avancé jusqu'aux bords du Tigre, à deux journées de Nisibe, à dessein de se rendre à Constantinople , dès que les députés seroient d'accord. Dans le cours de la conférence , Séosès proposa, entre autres articles, que les Romains renonçassent pour toujours à tonte prétention sur la Lazique, et qu'ils reconnussent les rois de Perse pour les souverains légitimes de ce pays. Hypace rejeta cette demande avec indignation , et déclara, de son côté , que Chosroes ne pouvoit être adopté que par les

armes ; ce qui fut également rejeté par les Perses. Ces contradictions firent rompre la conférence. Chosroè's, outré de dépit, retourna en Perse, et jura qu'il se vengeroit de cet affront.

Séosès, ce Perse généreux qui avoit autrefois rendu la liberté' à Cabade , jouissoit de la plus grande autorité dans le royaume de Perse. Ce rang élevé suffisoit pour lui atlirer des jaloux , et* son caractère fier et hautain lui suscitoit une foule d'ennemis. Son désintéressement à toute épreuve et son zèle ardent pour la justice ne leur avoit donné jusqu'alors aucune prise. Ils profitèrent de la colère de Chosroè's et du mécontentement de Cabade. Comme Séosès avoit eu plusieurs entretiens tête à tête avec Hypace, Mébodès, jaloux de cette distinction, l'accusa auprès du roi de s'être entendu avec le député romain, qui étoit lui-même malintentionné, d'avoir dessein de rompre la négociation, et mis en avant l'article de la Lazique, dont il n'étoit point chargé par ses instructions. Les ennemis de Séosès ajoutaient que c'é toit un novateur, un impie , quifouloit aux pieds les lois nationales , et adorait des divinités inconnues ; que , contre la loi expresse qui défendoit oV enterrer les morts \ ayant depuis peu perdu sa femme , il t avoit fait inhumer. Ces prétendus crimes , incapables par eux-mêmes de faire impression sur un prince aussi peu scrupuleux que Cabade, furent envenimés par le poison de l'envie. Tout le sénat de la Perse , où Séosès avoit presque autant d'ennemis que de juges, s'assembla pour juger ou plutôt pour condamner à mort le plus grand homme de la nation. Cabade, ingrat et perfide, feignit d'être fort affligé 4a malheur de son ami , mais de n'oser lui sauver la vie par respect pour les lois. Cette injuste sentence fut exécutée, et la charge suprême dont Séosès avoit été honoré, et qui l'élevoit au-dessus de tous Les magistrats et de tons les officiers du royaume, fut supprimée pour toujours. On avoit donné à cette dignité

a64 histoire du bas-empire.

le nom iïadrastodar an salarie. Rufin, à l'exemple de Mébodès', voulut aussi faire périr Hypace. Il l'accusa d'avoir agi d'intelligence avec Séosès pour renouveler la guerre. Hypace fut heureux de vivre sous un prince plus humain , et dans un pays où l'on suivoit une forme de procédure plus régulière. Ses officiers ayant souffert les plus rigoureuses tortures sans le charger d'aucune infidélité, il en fut quitte pour la perte de ses emplois ; mais on les lui rendit dès Tannée suivante, par la faveur de Justinien.

As. 523. Le refus d'adopter Chosroè's autrement que par les i Js^TiC) P arnies devoit attirer une guerre sanglante. Cabade ccdr.p.Wb. s'y préparoit, et Justin se disposoit à la soutenir. Dans lUsumiscei. ces conjonctures, Je roi de Perse découvrit une intrigue l- ib- tramée par les manichéens dans ses états. Ces sectaires avoient fait de grands progrès dans la Perse, à la faveur du dogme des deux principes, conforme à la doctrine de Zoroastre. Ils avoient des prosélytes entre les plus grands seîgneûYs. Phthasouarsan, fils de Cabade, qui Favoit eu de Sambucé, sa propre tille, étoit dès l'enfance infecté de leurs erreurs : Nous sommes en état , lui dirent-ils , d'engager votre père à vous céder dès à présent le diadème , si vous nous promettez de faire régner avec vous la doctrine céleste de Manès. Le jeune prince leur donna sa parole. Cabade, informé de ce complot, feignit d'y donner les mains; il convoqua une assemblée générale des états de la Perse pour assister au couronnement de son fils ; il ordonna aux manichéens de s'y rendre tous avec leur évêque, leurs femmes et leurs enfans; il donna le même ordre aux mages, à leur chef Glonazès et à Banazès, évêque des chrétiens, qu'il aimoit parce qu'il le croyoit excellent médecin. Lorsqu'on fut assemblé , il dit aux manichéens qu'il approuvoit leurs dogmes , et qu'il savait bon gré à son fils de les avoir embrassés ; qu'en conséquence II alloit lui transmettre la couronne. Séparez-vous donc des profanes, ajouta-t-il f

HISTOIRE DU UAS-EMPIHE. i*C>3

*?est par vous que je veux qu'il soit proclamé. A ce*, paroles, les manichéens, transportèYdc joie, se réunirent ensemble, laissant un grand intervalle entre eux 'tt le reste des Perses. Aussitôt Cahade fait avancer un corps de troupes qu'il tenoit toutes prêtes, et qui, «se jetant l'épéeà la main sur les manichéens, les taillent eu pièces à la vue des mages et de l'évêque. Cabade envoya surle-champ dans toute la Perse ordre d'arrêter les manichéens qu'on pourroit découvrir, et de les brûler vils avec leurs livres, et de confisquer leurs biens.

Pendant le même temps les manichéens n'étoient c»;l. fu*t. pas épargnés dans l'empire. C'étaient à juste titre, de ' tous les hérétiques, les plus abhorrés; et les empereurs ™Cu*ilt' p' les a voient toujours distingués des antres sectaires par Cair. />.:.;<. la sévérité du traitement. Anastase, imbu de leurs erreurs, les avoit au contraire protégés. Justin voulut eu purger ses états ; il les bannit par un édit, qui portait que ceux qu'on découvriroit dans là suite auroient la tête tranchée. Les autres héréliques, les païens, les Juiù, les Samaritains furent exclus des charges et de tout service, soit dans les armées, soit dans le palais. 11 en excepta les Goths, sans doute par ménagement pour Théodoric. Hypace, rétabli dans la dignité de généra! , poursuivit les manichéens avec chaleur en Orient, il fut cependant moins cruel à ieur égard que n avoil été Cabade.

Le dessein du roi de Perse étoit de marcher en La- /Voc. /><•/„. xique pour chasser Zalhius et s'emparer du pays. Mais ' u'.,]^' fu il fut obligé de tourner ses armes du coté de l IbeVie. a'^- 1 ' > c* Cette région, située à l'orient de la Lazique, étoit peu- ' plée de chrétieus très-zélés, qui avoient constamment conservé leur religiou sous la domination des Perses. Cabade, naturellement dur et intolérant, envoya ordre il Gurgène , roi d'Ibérie , de se conformer au cuite reçu dans la Perse , lui défendant expressément d'enterrer les morts , dont il falloit, disoit-il , abandonner Ls

jjGG histoire du bas-empire.

cadavres aux chiens et aux oiseaux de proie , pour ne pas souiller un des élémens. Gurgène , attaché à la religion chrétienne , implora la protection de Justin, qui lui promit de le secourir ; et , pour tenir parole, l'empereur envoya Probus, neveu d'Anastase, à la ville de Bosphore , avec une grande somme d'argent , qui devoit être employée à soudoyer les Huns établis dans la Chersonèse cimmérienne. Bosphore étoit une place maritime, située sur la droite du détroit qui communique des Palus - Méotides au Pont -Euxin. Elle avoit pris son nom de ce détroit , nommé le Bosphore dmmèrien. Elle s'étoit de tout temps gouvernée en république; les Huns s'en étoient emparés depuis quelque temps ; mais elle venoit fie se donner à Justin. Probus n'ayant pu réussir dans sa commission , l'empereur envoya en Lazique le général Pierre, avec un corps de Huns auxiliaires , pour secourir Gurgène.

Ce secours étoit trop foible pour résister à une nombreuse armée de Perses qui entra dans l'Ibérie sous la conduite de Boas. Gurgène, accompagné de ses frères, de sa femme et de ses enfans , dont l'aîné se nommoit Perane , prit la fuite avec toute la noblesse de ses états, t*t gagna les frontières de Lazique. Il s'arrêta entre les montagnes qui séparent les deux royaumes; et, s'étant retranché dans des lieux inaccessibles , il se défendit contre les Perses , qui ne purent forcer les passages. Mais bientôt, contraint d'abandonner entièrement le pays faute de subsistances , il passa en Lazique , et se rendit ensuite à Constantinople. L'empereur ayant rappelé Pierre , voulut engager les Lazes à défendre eux-mêmes leurs frontières contre les Perses , déjà maîtres de l'Ibérie. Sur le refus qu'ils en firent , il envoya le général ïrénée avec des troupes. L'entrée de la Lazique du côté de l'Ibérie n1 étoit fermée que par deux châteaux , que les naturels du pays avoient gardés jusqu'alors. Il étoit très-difficile d'y faire subsister une garnison. "Le pays

ne produisent ni blé , ni vin , ni aucun des alîmens ordinaires; et les chemins étoient tellement impraticables, qu'on ne ponvoit y faire porter des subsistances que par des hommes. Les Lazes vivoient de millet, le seul grain qui croisse entre ces montagnes. Mais cette nourriture n'étant pas propre aux Romains, et les Lazes s'étant lassés de leur porter des vivres , il fallut abandonner les châteaux , dont les Perses s'emparèrent.

L'empereur avoit envoyé deux autres corps de troupes : l'un en Persarménie , l'autre en Mésopotamie. Le premier étoit conduit par Sittas et par Bélisaire , qui se signalèrent dans la suite à la tête des armées de l'empire. Ils étoient alors tous deux dans leur première jeunesse , sans autre grade que la qualité d'officiers de la garde de Justinien. C'est ici la première fois que l'histoire fait mention de Bélisaire, le plus grand capitaine de son siècle , et qu'on peut appeler le Scipion du basempire. Il étoit né en Dardanie. Sa première expédition 11e fut pas heureuse. Etant entré .avec Sittas en Persarménie , il y fit d'abord beaucoup de ravage ; mais peu après il fut J>altu par Narsès , joint à son frère Aratius. On ne doit pas confondre ce Narsès avec le fameux eunuque qui rendit depuis son nom si célèbre. Celui dont nous parlons est un autre général du même pays, qui se donna pareillement à Justinien , et que nous aurons plus d'une fois occasion de faire connoître. Tel fut le succès de l'expédition de Persarménie. L'armée de Mésopotamie marcha vers Nisibe , sous la conduite d'un Thrace nommé Licélaire. C'étoit un lâche , qui , frappé d'une terreur panique, prit la fuite sans avoir vu l'ennemi, et retourna sur ses pas. L'empereur lui ayant ôté le commandement , envoya Bélisaire à Dara pour garder une place importante, et lui donna pour secrétaire l'historien Procope. Voilà ce qui se passa du côté de la Perse jusqu'à la fin du règne de Justin.

Il se faisoit dans le même temps, à l'extrémité méiî- Asscmar.i,

hibl. orient, dionale du monde alors connu , une guerre sanglante ; Il l/'/f à laquelle Justin prit quelque part. Les Arabes nommés /w. pers. J{omérites avoient laissé perdre les heureuses semences

Theoph.p, du christianisme établi chez eux sous le règne de Conxteph^Cal. stance. Le judaïsme , qui avoit depuis long-temps jeté /. 1 - , c. 6 (jans jeur pays ^e profondes racines , reprenoit le dessus, Ccdr.p.tà^. et leur roi, nommé Dimion, étoit Juif. Sous prétexte de ^ntanJnd. v^»ger sa religion proscrite dans l'empire, il fit massainnp.i.r. crer une caravane de marchands romains qui, selon raclés, l.ùi , leur coutume, traversoient ses étals pour aller trafiquer U l Orietu ^Ethiopie. Cette action barbare fit cesser le commerce. c!i,is$ ^e ro* d'Ethiopie en fut irrité. Il se nommoit Elisbaan : ^ a' ' ' les historiens de Syrie l'appellent Aidoc. Théophane le nomme Adad , et recule cet événement à la seizième ' année de Justinien. Ce roi faisoit sa résidence a Auxume, ville capitale de l'Ethiopie , et située, selon Procope , à douze journées du. golfe Arabique, à la même hauteur que le pays des Homérites. Quoiqu'elle soit aujourd'hui déserte, ses ruines font connoître son ancienne grandeur: on y trouve des inscriptions en caractères inconnus, et les croix éthiopiquesdont elles sont accompagnées prouvent l'ancienneté de la religion chrétienne en ce pays. Cependant Elisbaan étoit païen, le christianisme s'étant Heint dans ces régions éloignées , depuis le règne du grand Constantin, qui F y avoit introduit par les instructions du saint évêque Frumentius. Ce prince , excité par Justin , se mit en marche à la tête d'une armée , et traversa le golfe Arabique. Cette navigation se faisoit sur des barques légères, dont les planches n'étoient jointes ensemble qu'avec des cordes , parce que les Ethiopiens n'avoient point de fer, et qu'il étoit défendu aux Romains, sous peine de la vie, d'en faire passer chez les nations barbares. Ayant débarqué à Bonlicas, port des Homérites , il alla chercher Dimion, le tua dans une bataille, pilla le pays, et plaça sur le trône un nouveau roi, qui étoi$ chrétien. Il avoit promis à Dieu , avant le combat, de se

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. âfv)

faire chrétien lui-même s'il étoit vainqueur. Fidèle à sa promesse , il députa vers Justin deux des principaux seigneurs d'Ethiopie pour le prier de lui envoyer un évêque et des clercs. Justin leur permit de choisir ceux qu'ils jngeroient à propos. Ils s'adressèrent au patriarche d'Alexandrie , qui leur donna un nommé Jean , après l'avoir sacré évêque d'Auxume. Elisbaan reçut le baptême des mains de ce prélat , fit instruire ses sujets, et bâtir un grand nombre d églises. Le christianisme se répandit en peu de temps, et se rétablit en Ethiopie.

Mais le nouveau roi des Homérites n'ayant pas survécu long-temps, les Juifs reprirent l'avantage : ils firent un roi de leur secte , nommé Dunaan , massacrèrent un grand nombre de chrétiens, et changèrent les églises en synagogues. Au nord du pays des Homérites étoit une ville grande et puissante, nommée Nagra, peuplée de chrétiens. Aréthas, prince de cette ville, payoit tribut au roi des Homérites. Dunaan , suivi de cent vingt mille hommes, alla faire le siège de Nagra; et l'ayant inutilement attaquée pendant plusieurs jours, il jura aux hahitans de ne leur faire aucun mal , s'ils lui ouvroienfc leurs portes. Mais ce prince, perfide et cruel , ne fut pas plus tôt entré, qu'il leur enleva toutes leurs richesses, et fit brûler l'église avec les prêtres, et le peuple qui s'y étoit réfugié. Les habitans, qui refusèrent de renoncer à la foi, furent mis à mort avec leurs femmes et leurs enfans. Aréthas, sa femme Rouma , ses filles, et trois cent quarante des principaux citoyens, souffrirent le martyre avec une constance héroïque.

Alamondare ou Monder , successeur de ce prince sarrasin dont nous avons parlé dans l'histoire d'Anastase, n'avoit pas, ainsi que son prédécesseur, embrassé la religion chrétienne. Justin lui avoit envoyé un député pour l'engager à cesser ses incursions et à vivre en paix avec l'empire. Le député se trouvoit à la cour de ce prince lorsque Monder reçut une lettre de Dunaan,

qui lui rendoit compte du massacre qu'il avoit fait des chrétiens, et qui lui conseilloit de suivre son exemple. Monder y étoit assez disposé. Mais le grand nombre de chrétiens qu'il avoit dans son année lui faisoit craindre que la chose ne fût de difficile exécution ; et ce qui l'arrêta tout-à-fait, ce fut la résolution d'un de ses principaux officiers. Comme Monder exhortoit ses soldats à renoncer au christianisme, cet officier plein d'un zèle qui se ressentoit beaucoup de la férocité sarrasine, prit la parole pour tous les autres : Songe , lui dit -il, que nous étions chrétiens avant que d'être tes sujets. Je ne sais ce que pensent mes camarades. Pour moi, je n'ai appris à craindre qui que ce soit. Je ne connois personne assez puissant sur la terre pour me forcer à croire ce que je ne crois point, ni à déguiser ce que je crois ; et , s* il faut en venir aux effets , je ne pense pas qu'il y ail d'épêe plus longue que la mienne. Monder ne jugea pas à propos d'entrer en dispute avec un si ferme adversaire : il laissa liberté de religion.

Le roi d'Ethiopie, indigné des cruautés de Dunaan, se rendit volontiers aux sollicitations de l'empereur qui l'exhortoit à venger le sang des chrétiens. Il joignit à ses troupes les secours qui lui vinrent de l'Egypte, et entreprit une seconde fois la conquête du pays des Homérites. Après avoir passé le golfe, il taille en pièces les Juifs qui s'opposoient à la descente; il marche droit à la capitale, nommée Taphar ou Phoré, s'empare de toutes les richesses, fait la reine prisonnière; et, laissant une garnison dans la ville, il va combattre Dunaan, défait son armée, et le tue avec tous ses parens. Il reprend Nagra, dont il donne la principauté an fils du martyr Aréthas, et laisse pour roi aux Homérites un chrétien nommé Abraham. L'évêqne Grégentius , successeur de Jean , et que l'Eglise a mis au nombre des saints, donna aux habitans du pays des lois qui furent publiées au nom •lu nouveau roi. Elisbaan , de retour en ses états , des-

cendit du trône, envoya à Jérusalem, comme nn hommage de sa piété , sa couronne d'or enrichie de pierreries; il embrassa la vie monastique, et passa le reste de ses jours au fond d'une solitude, dans les austérités de la pénitence. Il eut pour successeur Hellestée , dont nous aurons occasion de parler sous le règne de Justinien.

Le zèle de Justin en faveur de la religion fut moins Aw* $a4heureux en Occident, et causa de grands troubles en ManeLcîu. Italie. Si Théodoric eût vécu plus long-temps, Paria- Cassiod.t.*, msme, maltraite par l'empereur , mais protégé par le roi ep. a», des Goths, auroit, selon toute apparence, excité une BpiulÏ™1 cruelle guerre. Quoique la loi de Justin contre les héré- p'-°cg°tt*>

tiques exceptât nommément les Goths, Théodoric n'en Theoph. p. fut pas moins irrité. Il regarda comme une insulte la 'Jnâst.p.s-, disgrâce des ariens qui éloient exclus de leurs églises, ^vùaJoan. ainsi que du palais et des armées. Il croyoit leur avoir ^hfsT.'miscel. assuré la liberté de conscience dans l'empire en là lais- paui diac. santaux catholiques dans ses états. Dès qu'il vit queJustin L7* , .

* ...... Cochl. viim

commençoit d'attaquer les ariens, il lui écrivit plusieurs Theod. c. lettres pour le retenir. Il lui représentoit que de pré- ^on tendre dominer sur les esprits , c'étoit usurper les droits °^v/v£ ^* de la Divinité ; que, par la nature même des choses, la VuiUn. puissance des plus grands princes se borne à la police p^^dbaextérieure ; qu'ils ne sont en droit de punir que ceux qui ro«troublent V ordre public, dont ils sont les conservateurs , rum flanc, et qu'en bonne politique , l'hérésie la plus dangereuse est lp^.'wr j,^ celle d'un prince qui sépare de lui une partie de ses ecdtsA. 3 ^ sujets uniquement parce qu'ils ne croient pas ce qu'il f^rt. 5, 7. croit lui-même, Justin répondoit qu'il ne prétendait pas gêner les consciences , mais qu'il étoil le maître de choisir ceux par qui il voulait être servi ; et que, l'ordre public exigeant l'uniformité dà culte extérieur , il étoit en droit de n'ouvrir les églises qu'à ceux qui s'accordoient avec lui dans les exercices de religion. Ces réponses pouvoient être tournées contre les catholiques de l'Italie.

'priais Théodoric, porté à la douceur et à la tolérance; résolut de députer à Justin pour lui inspirer les même* sontimens ; et , dans le dessein de rendre cette ambassade plus solennelle, il y voulut employer le chef de la religion catholique. Le pape Hormisdas étoit mort l'année précédente, et Jean lui avoit succédé. Théodoric l'ayant fait venir à Ravenne, lui ordonna de partir pour Constantinople, et de demander à Justin qu'il rendît aux ariens leurs églises, qu'il leur laissât liberté de religion # et qu'il remît entre leurs mains ceux qui les avoient quittés pour se faire catholiques; car il prétendoit que ces nouveaux prosélytes n'avoient changé de communion que par contrainte. Il menaçoit le pape, s'il ne réussissoit pas, d'user de représailles sur les catholiques, et de les traiter avec autant de rigueur qu'il leur avoit jusqu'alors montré de douceur et de clémence. En vainle pape le supplia de le dispenser d'une commission si peu conforme au caractère qu'il devoit soutenir ; le roi voulut être obéi; il joignit au pape cinq évêques, et les fit accompagner de quatre sénateurs, Théodore, Importunus, et deux autres nommés tous deux Agapit, dont l'un étoit patrice, et distingué par son savoir et par son éloquence. Théodoric l'envoyoit pour tenir tète aux plus habiles d'entre les catholiques, s'il étoit question de dispute.

Les mauvais traitemens que les ariens éprouvoient en Orient répandirent 'de sombres nuages dans l'esprit de Théodoric. Après avoir été pendant plus de trente années le modèle des princes justes , sages, bons et généreux, il devint à l'âge de soixante et dix ans défiant et cruel. Cette altération dans son caractère éloigna de sa personne les hommes vertueux, et rapprocha ces indignes courtisans toujours attentifs à profiter des foiblesses de leur maître pour servir leurspropres passions. Cassiodore se défit de toutes ses charges i:t se relira de la cour. Théodoric, qui sentit bientôt le

besoin qu'il avoit de ses talens , le rappela ; mais il paroît qu'il ne le consulta plus. Boëce, issu d'une famille riche, ancienne et comblée d'honneurs, et plus recommandable encore par sa vertu, par son éloquence, par la vaste étendue de ses connoissances, avoit mérité la confiance du prince et l'estime universelle. Elevé dès sa jeunesse au rang de patrice, consul en 5 10 , il avoit vu , en 522 , ses deux fils revêtus ensemble du consulat. La charge de maître des offices l'approchoit du prince « et roettoit entre ses mains tous les emplois de la cour. Après la mort de sa première femme, fille de Festns, sénateur illustre , il avoit épousé la fille de Symmaque patrice, consul en 485, et chef du sénat. Il s'étoit rendu célèbre par des ouvrages de rhétorique, de mathématiques et de philosophie. Il avoit fait une profonde étude de la religion ; étalon content de l'honorer par ses mœurs, il la défendoit par ses écrits. Son intrépide probité fut cause de sa perte. Protecteur déclaré de l'innocence, il s'attira la haine des oppresseurs. Cyprien, grand référendaire (c'étoit le garde des sceaux), Conigaste et Triguilla, devenus puissans auprès du roi, depuis qu'il prêtoit l'oreille à la calomnie, se liguèrent ensemble pour se défaire d'un censeur incommode qui s'opposoit à leurs concussions. Le préfet du prétoire vouloit, dans un temps de disette, surcharger la Campanie déjà trop foulée. Boëce plaida devant le roi la cause de cette malheureuse province , et l'emporta sur le préfet , qui , par vengeance , se joignit à ses ennemi?. Il sauva Paulin, personnage consulaire, dont ces calomniateurs espéroient d'envahir les biens. Enfin Boëce, après avoir tant de fois fait triompher la justice, succomba lui-même sous les efforts de la cabale. Cyprien accusa le patrice Albin , consul en 4°, 3 , d'entretenir de secrètes intelligences avec Justin pour le rendre maître de ritalie. Boëce , persuadé de son innocence , osa dire en présence du roi : Si Albin est coupable , je le suis

moi-même avec tout le sénat. Ces paroles, qui teudoient à justifier l'accusé, furent empoisonnées par la malignité des délateurs ; on les fit remarquer à Théodoric comme l'insolent aveu d'une conspiration formée par Boëce et par le sénat. On suborna trois scélérats, nommés Basile, Opilon et Gatidence. Basile, officier du palais, en avoit été chassé pour ses débauches ; on lui promit de payer ses dettes. Les deux autres avoîent été condamnés à l'exil pour dift'érens crimes ; et comme ils différaient d'obéir, Théodoric leur prescrivit un terme, au-delà duquel, s'ils se trouvoient dans Ravenne, ils seraient marqués au front et chassés de la ville. Le jour même que cet ordre leur fut signifié, on leur promit leur grâce, et l'on admit leur requête contre Boëce. Ils l'accusèrent de trahison , et produisirent en preuve des lettres contrefaites , sur lesquelles Théodoric le condamna. Boëce fut enfermé dans le château de Calventiane , entre Milan et Pavie. Ce fut là que ce vertueux prisonnier composa le célèbre ouvrage intitulé Consolation de la philosophie, dont l'objet est de justifier la Providence divine , qui semble quelquefois abandonner la vertu à d'injustes persécutions. On y trouve quelques traits contre Théodoric qui ont besoin d'excuse, et qui démentent un peu les belles leçons que donne l'auteur. La conduite que le pape Jean tenoit à Constantinople, irrita de plus en plus Théodoric; et les ennemis de Boëce aigrirent tellement ce prince, qu'après six mois de prison , il le fit appliquer à la torture pour tirer de sa bouche l'aveu d'une conjuration chimérique. On lui serra si violemment le crâne avec des cordes , que les yeux lui sortoient de la tête; et comme il persistoit à nier ce crime imaginaire , on l'assomma à coups de bâtons. Son beau-père Symmaque, enveloppe dans la même accusation, fut conduit en prison à Ravenne, et eut la tête tranchée l'année suivante : exemple funeste à tous les princes , puisqu'il est capable d'écarter

de leur personne la vérité , et d'effrayer ce nombre infini d'ames pusillanimes, qui estiment la vie plus que la justice et l'honneur.

Le pape Jean apprit avec une extrême douleur la 5a5^ mort de Boëce et la détention de Symmaque. Il n'étoit pas moins affligé de la négociation dont il étoit chargé. On le reçut à Constant inople avec les plus grands honneurs. C 'étoit la première fois qu'on y voyoit un évêque de Rome. Le sénat, le clergé, le peuple, précédés de croix , et portant des cierges , allèrent au-devant de lui jusqu'à dix milles de la ville. L'empereur sortit hors des murs, et, se prosternant à ses pieds, lui demanda sa bénédiction. Epiphane, l'ayant invité à /aire l'office, il n'y voulut consentir qu'à condition qu'il auroit dans l'église la place d'honneur au-dessus du patriarche ; ce qui lui fut accordé. Le jour de Pâques , qui tomboit cette année 525 au trentième de mars, il célébra la liturgie en latin, selon le rit de son église. Tous les auteurs conviennent qu'il fut très-attentif à soutenir les prérogatives de son siège ; mais il ne s'accordent pas sur la manière dont il exécuta sa commission. Les uns disent qu'il s'en acquitta de bonne foi, et que, pour conserver aux catholiques d'Italie le repos dont ils jouissoient, il obtint de Justin liberté de religion en faveur des ariens, et la restitution de leurs églises ; mais qu'il ne demanda pas que les ariens convertis fussent rendus à leur secte. Si l'on en croit les autres, il fit tout le contraire de ce qui lui étoit ordonné. Loin d'engager Justin à rendre aux ariens leurs églises, il consacra lui-même à l'usage des catholiques celles qui se trouvèrent dans les lieux où il séjourna. Tous ces historiens prétendent faire honneur au pape; ils tirent également son éloge de ces deux récits contradictoires ; ce qui prouve qu'on pourroit aussi facilement y trouver matière à la censure; mais le respect pour le jugement de l'Eglise, qui honore ce pape comme un martyr, doit nous imposer silence.

La rigueur avec laquelle il fut traité à son retour porte plutôt à croire qu'il n'avoit pas rempli les intentions de Théodoric. Dès que les députés furent revenus à Ravenne, Théodoric les fit mettre en prison. Le pape y mourut le vingt-septième de mai de l'année suivante. Son corps fut porté à Rome dans l'église de Saint Pierre; et ses funérailles furent d'autant plus solennelles, que ce zèle pour honorer sa mémoire étoit une sorte de vengeance que le peuple tiroit du prince et des ennemis du saint prélat. Il eut pour successeur Félix ai, appuyé de la recommandation de Théodoric.

Evag. l. 4 , En cette année 525 plusieurs villes furent ruinées C Proc.œdif. Par des inondations, ou par des tremblemens de terre. 1't! C'7h ^ne nmt 'e Scirtus, qui traversoit Edesse, s'enfla tout à i4ôî V P' coup si prodigieusement, qu'il inonda toute la ville, 56^ */,'o65, dont il renversa une partie considérable, et fit périr des Zon. u a , milliers d'habitans. Cette rivière étoit d'une grande PMaUia, p. commodité pour Edesse ; mais elle en fut aussi le fléau , fticeph. Cal. jusqu'à ce que Justinien eut fait creuser un canal qui ,

G/ 7' C *66 recevant une Par**e ô*es eaux ^ans k temps des débordeckrJÈdess. mens, n'en laissoit couler dans la ville que le volume °uuuti ASp' ormna're' Justin soulagea par d'abondantes largesses la 4» a. misère des Edesseniens; il fit rebâtir les édifices ruinés , et voulut qu'Edesse portât son nom ; mais l'ancien subsista toujours. Il donna aussi le nom de Jusiinopolis à la ville d'Anazar, métropole de la seconde Cilicie; elle avoit été abîmée tout entière par un tremblement de terre; c étoit la quatrième fois depuis sa fondation. Justin la rétablit. La moitié de Pompeïopolis, autrefois Soli , autre ville de Cilicie, fut engloutie avec ses habitans. Ces horribles secousses se firent sentir pendant une année entière en des lieux très -éloignés les uns des autres. Dyrrachium et Corinthe périrent en partie. Constantiuople ne fut pas exempte de crainte, mais elle éprouva moins de dommage. Tous ces malheurs furent réparés par les libéralités de Tempereur.

Tandis que la terre se couvroit de ruines depuis les a». 5a6. bords del'Euphrate jusqu'aux rivages de la mer Adria- £^%L* > tique , le feu ravageoit la ville d'Antioche. On ne put Pmc. pers. jamais découvrir ni la cause ni l'origine de cet embra- l'xheoph ^ p. sèment. Il éclata d'abord dans l'église de Saint-Etienne. *4; » »4«^ Les flammes s'élevèrent presque aussitôt en d'autres en- phoup'.\y\\ droits éloignés : c'étoit à la fois plusieurs incendies qui c^r P-ùGb* dévorèrent un grand nombre de maisons. Justin, à la Maieia,p. prière du patriarche Euphase, envoya deux mille li- ^nàu.p. vres d'or pour réparer le dommage. A peine ce travail J^£- miscelétoit-il commencé , qu'un désastre beaucoup plus affreux /'agi ad bafit de la ville entière un monceau de pierres et de cen- r°UGarner. drea. Le vingt-neuvième de mai , lendemain de l'Ascen- ÇJJ^Li» ^ sion, à l'heure de midi, la terre, par de violentes se- FUurr.hht. cousses , renversa les édifices de la partie occidentale , et J^**; * ù2 * le tremblement se communiquant avec rapidité de proche en proche , tout s'écroula , hormis les bâti m en s soutenus par la montagne , qui ne fut point ébranlée. Comme les foyers des cuisines étoient alors allumés dans toutes les maisons , les flammes se répandirent de toutes parts. En même temps une fournaise souterraine , qui faisoit bouillonner le sol de la ville, exhaloit de brûlantes vapeurs. Les cendres ardentes , emportées en l'air par un vent furieux, retomboient en pluie de feu, et enflammoient le toit des maisons, tandis qu'un autre incendie s'élevoit des parties inférieures. La grande église bâtie par Constantin résista pendant deux jours à la violence du feu qui dévoroit tous les édifices d'alentour : enfin , enveloppée de flammes et comme calcinée, elle tomba avec un horrible fracas. Le mal fut si subit et si imprévu , que peu de personnes purent échapper par une fuite précipitée ; et cette grande ville , la plus peuplée de l'Orient , et où la fête avoit rassemblé tous les habitans » d'alentour , devint le tombeau de deux cent cinquante mille personnes. La plupart périrent par la chute des édifices , d'autres furent consumés par le feu. Mais le

plus horrible de tous ces désastres , c'est qu'il se trouva des brigands assez inhumains pour accourir des campagnes, et venir chercher dans le sein de la mort la matière d'un cruel pillage. Le spectacle déplorable d'une ville prise d'assaut et saccagée par de barbares ennemis ne représente que foiblement la désolation d'Antioche. Une foule innombrable de malheureux, estropiés, brisés, à demi-brûlés, à demi-morts , courant éperdus au travers des rues et des places pour se sauver des flammes et des débris, rencontraient des meurtriers qui leur arrachoient avec la vie les misérables restes de leur fortune , et qui bientôt après tomboient eux-mêmes écrasés avec leur butin détestable. On parle surtout d'un officier du, palais, du corps des silentiaires, nommé Thomas, qui, ayant fait de ses domestiques autant d'assassins, s'étoit établi à une lieue de la ville , et les envoyoit de là piller et massacrer ceux qui fuyoient d'Antioche , dont on lui apportoit les dépouilles. Ce scélérat ne vécut que quatre jours dans ce brigandage ; il fut frappé de mort subite au milieu de son magasin, qui fut aussitôt pillé par le peuple. Dans toutes les calamités générales, il se rencontre des miracles de bonheur. Quelques habitans furent assez heureux pour se trouver ensevelis dans leurs demeures sans être écrasés; on retira , au bout de vingt et même de trente jours, de dessous les décombres , des hommes qni vivoient encore , et dont plusieurs expirèrent dès qu'ils furent en plein air ; des femmes qui, étant enceintes , avoient accouché sous les ruines , et y avoient même allaité ]f urs enfans. Ces infortunés , abîmés avec leurs maisons , s'étoient nourris des provisions qui s'y trouvoient. Ce tremblement, le cinquième depuis la fondation d'Antioche , et le plus funeste de tous , dura six jours avec la même violence ; il se renouvela pendant six mois à plusieurs reprises , quoique avec moins de furie ; mais pendant un an et demi , le terrain ne fut pas entièrement affermi. On ressentit encore de temps

en temps diverses secousses dans l'étendue de sept lieues aux environs d'Antioche. Daphné et Séleucie furent renversées.

L'empereur , sensiblement affligé , fit cesser tous les spectacles à Constantinople ; il quitta le diadème et la pourpre pour se revêtir d'un sac et se couvrir de cendres : il aimoit Antioche, où il avoit autrefois séjourné simple soldat , dans ce printemps de la vie que la vieillesse regrette, même sur le trône. Pendant la semaine de la Pentecôte , il alla tous les jours en procession à l'Hebdome, à la tète du sénat et du peuple en habits de deuil , fondant en larmes , et implorant la miséricorde du Tout- puissant. Il ne se borna pas à ces témoignages d'une profonde douleur ; il envoya d'abord le comte Garin, avec cinq mille livres d'or, pour subvenir aux besoins les plus urgens; il se chargea de faire enlever les décombres , fouiller dans les ruines , et rendre aux possesseurs tout ce qu'on pourroit retrouver de leurs effets. Il fit partir ensuite les patrices Phocas et Astérius avec de beaucoup plus grandes sommes , pour rétablir les édifices, les aquéducs et les ponts de TOronte. Quelques auteurs disent qu'il y employa cinquante millions de livres. Il s'agissoit de bâtir une nouvelle ville. Les soins paternels de l'empereur furent heureusement secondés par le comte d'Orient. C'étoit Ephrem , magistrat savant et religieux , animé de cette charité active qui descend à tous les besoins de l'humanité. Le patriarche Euphrase avoit été écrasé sous les ruines de son église , d'où ses plaintes s'étoient fait entendre pendant un jour entier , sans qu'il eût été possible de le secourir. Le clergé et le peuple , plein de reconnoissance , choisirent Ephrem pour évêque , avec l'agrément de l'empereur. Il passa des emplois civils aux fonctions du sacré ministère , et s'en acquitta en grand prélat , édifiant l'église par sa piété, la défendant par ses écrits,

et se montrant le père de ce peuple qu'il avoit sauvé de la mort.

Proc. Goth. Théodoric ne fut pas long-temps à se repentir de sa jnon. râles, cruauté à l'égard de Boëce et de Symmaque. Le déoccid * ""g pla*s*r en conçut le plongea dans une sombre mé- Baromus. lancolie qui lui causa la mort. Je ne m'arrête pas ici aux fables que des historiens trop crédules ont débitées à ce sujet. Se voyant près de sa fin , il fit assembler les principaux d'entre les Goths et les Romains , qui se trouvoient à Ravenne , et , leur présentant Athalaric , filsd'Eutharic etrâe sa fille Amalasonte , il le déclara son successeur. Il leur ordonna de prêter serment de fidélité à ce jeune prince , qui n'avoit encore que huit ans , et leur recommanda de le respecter , de ménager le sénat et le peuple romain, et d'entretenir la paix avec l'empereur. Il mourut le trentième d'août, âgé de soixante-quatorze ans, après trente-trois ans d'un règne très- glorieux, si l'on en excepte les deux dernières années. Guerrier habile et intrépide, conquérant juste et humain, roi pacifique , il sut , par un heureux mélange de sévérité et de douceur, contenir ses sujets victorieux dans une exacte discipline , et se faire chérir des peuples vaincus. Il s'étoit fait construire de son vivant un mausolée , qu'on voit encore à Ravenne , et dont le dôme est d'une seule pierre d'Istrie, et d'une masse énorme. La difficulté du transport et de la pose a dû surpasser tout ce que l'antiquité admire en ce genre dans les prodigieux travaux des Egyptiens. Proc. Goth. Amalasonte prit la tutelle de son fils. L'impression de Cass%dh\\ respect que Théodoric laissoit dans l'esprit dès Goths T 5 6 2- 8- ^onno*t une grande autorité à sa fille , et cette prin- /. 9^/21; cesse étoit, par ses qualités personnelles, tellement au- *s!gon.Pimp. dessus de son sexe , qu'une nation fière et délicate sur le «car/. /. i;. point d'honneur se fit gloire de lui obéir. Un extérieur majestueux annonçoit l'élévation de son âme ; un esprit vif et pénétrant, mais sage, ferme et modéré,

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 28l

formoit son caractère. Cet heureux naturel avoît été cultivé par une éducation mâle et sérieuse. Outre le grec et le latin , elle possédoit la langue de toutes les nations qui étoient en commerce avec les Goths , et répondoit à leurs envoyés sans avoir besoin d'interprète. Avec un grand fonds de connoissances , et beaucoup de facilité pour s'exprimer , elle parloit peu ; mais ses paroles étoient pleines de sens. Active et toujours tranquille audehors , elle savoit terminer sans effort et sans bruit les plus importantes affaires. Un secret impénétrable écartoit les obstacles et assuroit le succès de ses entreprises. Affable , libérale , fidèle à ses promesses , elle gagna le cœur des peuples , qui n'aiment pas toujours ce qu'ils admirent. A son entrée dans la régence , elle ne fit aucun changement dans le ministère; uniquement occupée du bien de l'état , elle n'avoit pas besoin de se faire des créatures. Elle employa les excellens officiers que Théodoric avoit choisis; et Cassiodore prit la part qu'il avoit eue autrefois aux affaires publiques. Les Romains furent traités avec beaucoup de douceur; et tant qu'elle gouverna, ils n'eurent rien à souffrir de l'humeur altière et violente des Goths. Elle rendit aux enfans de Boëce et de Symmaque l'héritage de leurs pères. Pour donner à son fils une éducation romaine , elle voulut qu'il fréquentât les écoles publiques, et lui donna pour gouverneurs trois vieillards , les plus sages et les plus éclairés de la nation des Goths. On négligeoit de payer les appointemens des professeurs de Rome, elle chargea le sénat de veiller à leurs intérêts : 11 n'est pas juste y disoit-elle , qu'ils soient exposés h essuyer des refus , ni qu'ils perdent leur temps en sollicitations. Ce qui caractérise les nations policées et les distingue des

^barbares , c'est l estime des lettres et de ceux qui les cultivent et les enseignent. Amalaric, roi d'Espagne,

4 et petit-fils de Théodoric, se plàignoit de son partage. Pour éviter tout sujet de guerre entre deux peuples unis

par leur origine , Amalasonte lui céda la partie des Gaules située entre les Pyrénées et le Rhône , réservant seulement aux Ostrogoths ce qui s'étendoit du Rhône aux Alpes, dont elle abandonna même quelque portion aux François. Elle lui rendit aussi toutes les richesses que Théodoric avoit enlevées de Carcassonne , et le dispensa du tribut qu'il payoit pour l'Espagne. Aussitôt après la mort de Théodoric, elle envoya au i sénat de Rome le comte Sigismer pour recevoir le serment des sénateurs, et pour leur jurer au nom du nouveau prince la conservation de leurs privilèges. Elle fit aussi prêter serment au peuple romain, à toutes les villes de l'Italie , de la Dalmatie , et de la partie des Gaules qui dépendoit du royaume des Ostrogoths, promettant , de son côté , un gouvernement équitable , où les Goths et les Romains ne seroient distingués que parce que les premiers supporteroient les fatigues de la guerre pour la défense des autres. Elle notifia en particulier aux évêques l'avènement de son fils à la couronne ; elle leur demanda le secours de leurs prières, et les exhorta à la vigilance pour maintenir entre les peuples la concorde et la pureté des mœurs. Suivant les dernières instructions de Théodoric, elle ne négligea pas l'amitié de l'empereur; elle lui envoya des ambassadeurs pour renouveler les traités, en lui rappelant que son père avoit été honoré du consulat à Constantinople , et du titre de roi dltalie ; que son mari avoit été adopté par Justin même , et qu'en conséquence son fils avoit droit de compter sur la protection de l'empereur. Justin n'étoit pas dans des dispositions favorables. La querelle survenue au sujet des ariens l'avoit aigri contre Théodoric; il faisoit même secrètement agir les Lombards, qui, s'étant établis depuis plus de trente ans dans le pays auparavant habité par les Muges au - delà du Danube , se jetèrent dans la Pannonie occupée par les Ostrogoths* Mais Amalasonte sut prendre de si justes mesures, qu'ils

furent repoussés. Justin, ayant échoué dans celte entreprise, écouta les propositions de la princesse, et lui envoya des ambassadeurs pour l'assurer de sa bienveillance.

Il ne manquoit à Justinien que le nom d'empereur; il An. 527. en avoit toute l'autorité. Il étoit patrice , général des cE^' l' 4 » armées; son oncle, en l'adoptant pour son fils, i'avoit Marc.chr. nommé nobilissime; mais il ne se hâtoit pas de le pren- Tkeoph.p. dre pour collègue. Un jour que le sénat, croyant satï&iJ^st 5g doute le flatter, le supplioit de conférer le titre d'Au- lnst. nw. guste à un prince qu'il avoit déjà honoré de tous les au- u£on.lp.eô. très , il répondit en montrant son manteau de pour- p™- P?rs' pre : Priez Dieu de ne jamais voir un jeune homme Idem hist. revêtu de cet habit. C 'étoit ainsi qu'un prince presque 'jt'u%n\ octogénaire nommoit un homme de quarante ans. jhron'Al**' Cependant, étant tombé malade, il manda les sénateurs Cedr.p. 366! le Jeudi saint , premier jour d'avril 527 , et , en leur pré- Jc^\%rigip\ sence, il associa Justinien à l'empire, en lui donnant la ^ .

qualité d'Auguste , ainsi qu'à sa femme Théodora. C'est B* de ce jour-là que Justinien comptoit le commencement ^amCa^' de son règne, comme on le voit par la loi qu'il fit onze p- 95ans après, pour ordonner que tous les actes fussent datés orient, t!"?', de Tannée du règne de l'empereur actuellement sur le anon* P' trône. Le jour de Pâques suivant, le prince et la prin- 718 ,811. cesse reçurent solennellement la couronne des mains du patriarche Epiphane. Ils allèrent ensuite se montrer au peuple assemblé dans le Cirque , et furent reconduits au palais avec de grandes acclamations. Suivant l'opinion qui me paroît la plus probable, Justinien avoit alors quarante - cinq ans ; car Tannée de sa naissance n'est pas certaine. On sait seulement que le onzième de mai il en célébroit l'anniversaire par des jeux publics.

Justin ne survécut que quatre mois. Il mourut le premier d'août d'un ulcère au pied , causé par un coup de flèche qu'il avoit autrefois reçu dans une bataille, et qui , mal guéri, se rouvrit à la fin de ses jours. Il étoit

âgé de soixante-dix-sept ans, et avoit régné neuf ans et vingt-trois jours. Son corps ne fut pas porté dans l'église des Saints- Apôtres , sépulture ordinaire des empereurs. Il avoit voulu être inhumé auprès de sa femme, dans l'église de Sainte-Euphémie. Le règne de ce prince se ressentit de sa vieillesse. Il avoit épuisé sa vigueur à mériter la couronne : il n'y parvint que lorsqu'il fut à peine en état de la soutenir.

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