BIST. DU JUS-BH*. TOM. XV
les hôpitaux, annonçoient de toutes parts sa religieuse magnificence; mais, dît un auteur de ce temps-là, ces pieux monumens ne sont d'aucun prix devant Dieu lorsqu'ils sont le fruit des rapines et des injustices, et que la sainteté de la vie ne répond pas à ces marques extérieures d'une piété équivoque. Quoique toujours en guerre , * Justinien ne fut nullement guerrier ; les grands exploits de son règne sont uniquement dus' à la valeur et à la conduite de Germain , de Bélisaire, de Narsès, et des autres capitaines qui se' formèrent sous la discipline de ces trois héros. L'empereur, qui a voit conçu le glorieux projet de se remettre en possession de l'Occident , apporta lui-même le principal obstacle à l'exécution. Renfermé dans son palais auprès de sa femme Théodora, qui le tenoit comme enchaîné, il sembloit «voir oublié ses armées dès qu'elles étoient sorties de Constantinople. Il falloit que ses généraux fissent subsister leurs troupes sans paie , sans munitions , sans recrues. Bélisaire et Narsès eurent à combattre. non-seulement les Perses, les Vandales et les Goths, mais encore la négligence du prince et la jalousie des courtisans, qui ne cessèrent de traverser leurs succès; et si, malgré de si' puissans obstacles, ils vinrent à bout de reconquérir l'Afrique et l'Italie, on ne peut guère douter qu'avec les secours qu'ils, avoient droit d'attendre, ils n'eussent rendu à l'empire toutes les provinces que les barbares avoient enlevées.
Evag. l. 4 , Le mariage de Justinien avec Théodora suffirait pour liiœph. Cal. déshonorer son règne. Cette fille, élevée sur le théâtre, ' ù d i 5* al^r0^ 'es regards par l'éclat de sa beauté. Justinien s'y tu. 4 , u$. laissa prendre; mais sa mère Vigilance et sa tante Eu- !%^?7;î£ phémie, femme de Justin, s'opposèrent, tant qu elles ^oJ^Mar- vécurent» * ce mariage honteux. Après la mort de ces ciani, 4. deux princesses , il vint à bout d'arracher le consente- «, c. 1 et men* du vieil empereur. .Les lois romaines avoient pro- ' M,"7MrB/l"hibé les alliances qui corrompent le sang des familles
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illustres; il étoit défendu aux sénateurs. et à toutes per^ dîformula.
sonnes élevées en dignité d'épouser des filles de théâtre. iïovel.*$,c.
Constantin et Marcien avoient renouvelé cette défense; Not>el.u7,
Justinien en obtint la révocation, et depuis il eut soin Di%st.l.2S,
de confirmer dans ses Novelles cette liberté si contraire 2 * ieS»
à l'honnêteté publique. Il épousa donc Théodora; et P roc. uneca. cette femme hautaine, quoique née dans la poussière, ^5' changeant de rôle sans changer de caractère, avare et et ibi Ala~ prodigue, dissolue et zélée en apparence pour la con- idem, œdif. version de ses semblables, dévote sans religion, fière ^J^oV /* 4. sans honneur, charitable sans humanité, fut la cause c-5« principale de tons les désordres 'qui troublèrent l'état et Zon. t. i\ l'Eglise. Elle éleva des temples, et persécuta les pas- F '%;astt in teurs; elle fonda des hôpitaux, et fit par ses injustices Sjri^rio. une infinité de misérables. Implacable dans sa haine, xtv<n^»xù elle poursuivit les enfans des malheureux qu'elle avoit AimoinA. 1, fait périr. Maîtresse absolue de l'esprit de son mari , elle c'Gijamu.*in disposoit des finances, des tribunaux,, des armées» Mal-^^*"^.. heur à ceux que l'empereur honoroit de quelque em- Jusum'ani ploi sans avoir pris son agrément; ils perdoient bien- f29/ 13/ n' tôt et leur emploi et la vie. L'empereur protégeoit les orthodoxes, l'impératrice les hérétiques; et Ton douta si ce n'étoit pas une convention politique entre le mari et la femme. Ils s'éloient en effet partagés entre les deufc principales factions du Cirque, afin de les tenir en échec en les balançant Tune par l'autre. Justinien étoit accessible aux derniers de ses sujets ; Théodora traitoit avec hauteur les personnes les plus éminentes ; elle exigeoit d'eux une assiduité servile ; c'étoit pour eux une faveur signalée d'être admis à lui baiser les pieds. Elle avoit rassemblé autour d'elle plusieurs de ses anciennes compagnes de débauche, une Chrysomalo, une Indara, une Macédonia, qui faisoient du palais impérial un lieu de prostitution. Justinien, aveuglé par ses charmes, fut son esclave tant qu'elle vécut. On croit qu'elle influa même sur la législation, et que ce fut par complaisance poux
elle que ce prince'fit tant de lois favorables aux femmes. A la tête d'une de ses No.velles il déclare qu'il a consulté ta très-respectable épouse que Dieu lui a donnée ; et , dans la formule du serment qu'il prescrit aux magistrats, il exige qu'ils jurent sincère obéissance et fidèle service à l'empereur et à sa femme Tbéodora. J'avoue que plusieurs des traits que j'ai réunis pour former le portrait de cette princesse sont tirés des Anecdotes de Procope, et je n'en aurois fait aucun usage, s'ils ne s'accordoient parfaitement avec la suite de l'histoire , et avec le témoignage des auteurs les plus dignes de foi. Cependant Théodora conserve encore des courtisans. Ne pas respecter la mémoire de la femme de Justinien, c'est, selon eux, un attentat contre l'honneur du Code et du Digeste. Un savant jurisconsulte d'Allemagne, trèsversé dans la connoissance d(u droit romain et germanique, a fait de grands efforts pour justifier cette impératrice; mais son apologie nous a paru avoir plus de véhémence que de force. Pour disculper Théodora , il a été obligé de noircir Amalasonte, de chercher des couleurs favorables pour excuser les vices les plus révoltans; de donner le démenti aux auteurs contemporains, et d'outrager la mémoire de saint Sabas, dont la sainteté est «n vénération dans l'Eglise.
Il ne sortit aucun fruit de ce mariage. Mais Théodora, dans sa débauche, avoit eu plusieurs enfans. Procope fait connoître un fils de cette princesse, nommé Jeaa l'Arabe. Le père de cet enfant, qui craignoit le mauvais naturel de Théodora , l'avoit emmené avec lui en Arabie, et il ne lui révéla le secret de sa naissance que lorsqu'il se vit près de mourir. Le jeune homme, étant allé à Constantinople se présenter à sa mère devenue impératrice, disparut presque aussitôt, et on ne douta point qu'elle ne l'eût fait périr. On parle encore d'une fille qui vécut assez long-temps pour avoir un fils, nommé Anastase. Théodora aimoit celui-ci ; et, pour lui assurer une grande
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fortune, elle hii fît épouser dès son bas âge Joannine, la fille et Tunique héritière de Bélisaire et d'Antonine. Mais ce mariage, fait contre le gré des parens , qui avoient constamment refusé d'y consentir, ne dura que pendant la vie de l'impératrice. Cette princesse eut deux sœurs , Corn eto, son aînée, aussi fameuse qu'elle par ses débauches , et Anastasie, dont l'histoire ne dit point de mal. Justin ien força Sittas, un de ses meilleurs généraux, d'épouser la première, et, pour récompense, il le fit duc d'Arménie. On ne sait de laquelle de ces deux sœurs sortirent Jean , qui fut consul honoraire , George , intendant d'un des palais de l'empereur , et Sophie qui épousa Justin n. L'histoire de ce temps fait souvent mention des neveux de Justinien. On lui connoît une sœur, nommée Vigilance comme sa mère, et qui eut plusieurs enfans de Dulcissime. Justinien avoit un frère dont le nom est ignoré , mais dont les fils sont célèbres. Nous les ferons connoître dans la suite. Il y a beaucoup d'apparence qu'il eut encore d'autres frères et d'autres sœurs.
Après avoir tracé cette idée générale du gouvernement Air. 5*8. de Justinien, il faut entrer dans le détail des événemens Weoph.p. de son règne. L'histoire ne fournit rien de mémorable Cedr.p.S6t. pour le reste de l'année 527. Le premier jour de l'année chroa*JUx. suivante, l'empereur prit le titre de consul, sans se donner de collègue. Il célébra son entrée dans ce second consulat par des largesses qui surpassèrent toutes celles de ses prédécesseurs, et Ton put dès-lors augurer qu'il ne ménageroit pas les trésors que lui avoient laissés Anastase et Justin.
Cette pompeuse cérémonie fut suivie d'une autre , qui JEvag. l. 4 , n'attira pas moins les regards. Grétès, roi des Herules j>^. Vand, établis par Anastase sur les bords du Danube, vint à ' ?' c-i,*\.
r . . . 1 , Jdem t Golfu
Constantinople offrir ses services et ceux de ses sujets. /. a , c. 4 , Pour cimenter plus fortement cette alliance, il demanda ^às!' ' le baptême , et le reçut le jour de l'Epiphanie , avec douze Theoph. p. de ses parens et toute sa cour.' L'empereur voulut être ce%.P.^7,
MaUlay p. Son parrain, et le combla de présens. A l'exemple du roif hJînast.p. . le reste de la nation embrassa le christianisme; mais y/ijce pruCupe observe que la religion ne corrigea ni la perfidie naturelle des Hérules, ni leur inclination aux plus brutales débauches. Peu de temps après ils assassinèrent leur roi Ochon, successeur de Grétès, sans autre raison que le désir de vivre en liberté. C'étoit cependant t de tous les peuples barbares, celui dont le roi avoit le moins d'autorité. Ils ne furent pas long-temps à s'apercevoir qu'ils avoient besoin d'uu maître. Ils résolurent d'envoyer dans File de Thulé pour en faire venir un prince de la race royale. Voici à quelle occasion une partie des Hémles se trouvoit alors établie dans l'île de Thulé, qui, selon la description de Procope, ne peut être que la grande presqu'île de la Scandinavie. Après la sanglante défaite qu'ils avoient essuyée de la part des Lombards dutemps d'Anastase, plusieurs d'entre eux, à la suite de leurs princes, refusèrent de passer le Danube avec leurs compatriotes; et, regardant les terres de l'empire comme un pays de servitude, ils remontèrent vers le nord , traversèrent les vastes contrées alors habitées par les Esclavons, arrivèrent dans le pays des Danois , passèrent par mer dans l'île de Thulé, et s'y arrêtèrent. Les députés des Hérules méridionaux, après avoir choisi dans ce pays un prince de la race royale, ét oient en chemin pour revenir, lorsque ce prince mourut de maladie. Etant retournés sur leurs pas, ils en emme- • nèrent un autre, nommé Todas. Aord, frère de Todas, voulut l'accompagner avec deux cents hommes. Comme ce double voyage consumoit beaucoup de temps, les Hérules de Pannonie ayant changé de pensée, députèrent à l'empereur pour lui demander un roi. Il leur envoya un homme de leur nation, nommé Suartnas, établi depuis long-temps à Constantinople. Ces barbares le reçurent avec joie; mais leur soumission ne fut pas de longue durée. Ayant appris que les députés qui
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reven oient de Thulé approchoient du Danube, ils prirent les armes , et marchèrent à leur rencontre sous les ordres de Suartuas. Ils n'étoient plus éloignés les uns des autres que d'une journée de chemin lorsque les troupes de Suartuas désertèrent pendant la nuit pour aller joindre Todas. Le prince, abandonné, s'enfuit à Constantinople ; et comme l'empereur se préparent à le rétablir, les Héru les , désespérant de résister seuls à la puissance romaine, se liguèrent avec les Gépides, dont ils s'étoient auparavant séparés. L'empereur, occupé de soins plus pressans, négligea de leur faire la guerre, et dédommagea le roi détrôné en lui donnant le commandement des troupes établies à Constantinople.
Sur la fin du règne de Justin les Romains avoient Pw. Vtr*. reçu un échec en Persarménie, par la mésintelligence l^\\t des officiers, jaloux les uns des autres, et dont quelques- c- ,5\ 2.6, . uns donnoient avis a 1 ennemi de tous les mouvemens sancu Subœ. de l'armée. Pour réparer cet affront, Justinien envoya 5£Wc/* l> u le général Pierre. Ce guerrier, dont nous parlerons chtvn.Mex. souvent, étoit né dans l'Arzanène, province sujette de la i^°t%.P' Perse, au-delà du fleuve Nymphée. Il fut pris dans sf aUta ' p* Amide et emmené comme esclave par Justin , alors un CeJr'Pf- J6*des généraux de l'armée. Pierre , encore fort jeune , fut s* *' * traité avec bonté. Son maître, l'ayant fait instruire dans les lettres, l'éprouva dans la fonction de secrétaire. Ce jeune homme montra des talens supérieurs. Justin, étant monté sur le trône, l'employa dans ses armées, et lui donna enfin le titre de général. Pierre étoit brave, mais avide d'argent et plein d'arrogance. Il fut heureux 'dans cette première campagne, et remporta sur les Perses une grande victoire avec le secours des Lazes. Un auteur contemporain attribue cette gloire à Cyriaque, comte d'Orient, 'guerrier aussi pieux que vaillant, qui voulut, avant que de joindre l'armée , aller à Jérusalem visiter l'abbé Théodoric, et reçut de lui un cilice, dont il se revêtit comme d'une cuirasse à toute épreuve.
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Animé par l'exemple de ce succès, Sittas, à la tête (l'un autre corps de troupes , pénétra dans le pays des Zanes, qui habitoient vers la source du Phase, dans les neiges du mont Taurus. Ces barbares féroces et indépendans , ne trouvant pas de quoi subsister dans leurs montagnes, infestoient , par des incursions continuelles , les provinces voisines du Pont-Euxin ; et quoique depuis Théodose n ils fussent à la solde de l'empire , ils recevoient l'argent , et ne laissoient pas de ravager la frontière. Ils étoient quelquefois rencontrés par les troupes romaines ; mais , se débandant aussitôt , ils échappoient à la faveur des chemins impraticables et des détours du mont Taurus. Sittas , après les avoir plusieurs fois mis en fuite sans pouvoir les subjuguer, prit le parti d'employer la douceur pour apprivoiser ces esprits sauvages. 11 leur envoya des officiers adroits et intelligens , qui , à force de caresses et de présens , vinrent à bout de leur faire entendre qu'ils seroient bien plus heureux de servir l'empereur et de partager les commodités et1 les avantages dont jouissoient les soldats de l'empire. Us s'enrôlèrent dans l'armée de Sittas , embrassèrent la religion chrétienne , et , s'étant humanisés par le commerce des Romains , ils servirent depuis ce temps-là avec autant de fidélité que de bravoure. Justinien acheva de les civiliser en faisant bâtir plusieurs villes dans leurs pays.
En sortant de cette contrée, on arrivoit au mont Caupase par une vallée profonde et bordée de rocs escarpés t mais peuplée et fertile. Elle appartenoit à l'empire dans une longueur de trois journées de chemin. A l'orient de çe vallon étoitla Persarménie , où se trouvoient des mines d'or, dont un homme du pays, nommé Syméonès, étoit fermier pour le roi de Perse. Lorsqu'il vit la guerre allumée, il résolut de s'en rendre propriétaire, et se livra aux Romains , qui lui laissèrent le produit de ses mines, se contentant d'en priver l'ennemi. Syméonès;
leur mit en même temps entre les mains la forteresse dé P ha range, qui défendoit cette contrée* Cabade fit encore une autre perte, qui ne lui fut pas moins sensible. Narsès et son frère Aratius , braves généraux , qui, deux ans auparavant, avoient défait Sittas et Bélisaire, ayant reçu quelque mécontentement de leur maître, passèrent au service de l'empire, et vinrent à Constantinople avec leur famille. L'eunuque Narsès, leur compatriote, les reçut avec joie, et les combla de présens. Cet eunuque ayant été pris dans les guerres de Perse, s'étoit éleyé par Tetïort de son génie ; il étoit alors garde des trésors de l'empereur, et n'avoit pas encore fait connaître ses talens militaires. Isac, frère de Narsès et d'Aratius, apprenant l'accueil honorable fait à ses frères, suivit leur exemple. Il introduisit pendant la nuit des soldats romains dans le château de Bole, près de Théodosiopolis , et se retira aussi à Constantinople.
Justinien n'épargnoit aucune dépense pour s'assurer Theoph. p. du secours des barbares voisins de la Perse. Il gagna à ,^/e/û> pm force de présens Boarex , qui , après la mort de son w.^ ^ mari Balach , régnoit sur les Huns Sabirs. Cette prin- Jnasi%.w\ cesse guerrière se mit à la tête de cent mille hommes, f"^mtsceL et marcha à la rencontre de deux rois d'une autre partie des Huns qui traversoient ses états avec vingt mille hommes pour aller joindre l'armée de Cabade. Elle les tailla en pièces, tua dans la bataille l'un de ces rois nommé Glonès, fit prisonnier l'autre, appelé Styrax , et l'envoya à Constantinople. L'empereur , sans avoir égard au nom de roi, respectable même dans un barbare, fit pendre ce prince à la vue de toute la ville, sur le bord du golfe, dans le quartier de Syques, lieu destiné aux exécutions.
Gordas,roi des Huns qui habitoient la Chersonèse Theoph.p. taurique, vint lui-même à Constantinople faire al- ^/«/«^V- Jiance avec l'empereur, et recevoir le baptême. Justi- 56.^ njen, qui voulut être son parrain , lui fit de riches pré- 36»,' "
298 HISTOlUE du bas-empire.
Jnast.p.su, sens, et le chargea de veiller à la sûreté delà frontière;
c 16. et surtout à celle de la ville de Bosphore, nommée autrefois Panticapée , où les Romains et les Huns entretenoient un grand commerce. Il y a voit dans cette ville une garnison romaine sous les ordres du tribun Dalmatius. Gordas, de retour dans son pays, voulant disposer ses sujets au christianisme, fit fondre les statues d'or ou d'argent de leurs fausses divinités. Les Huns , attachés à Tidolâtrie depuis leur migration vers l'occident, se révoltèrent, tuèrent Gordas, et mirent sur le trône son frère Moager. En même temps, pour prévenir la vengeance des Romains, ils marchent en diligence à la ville de Bosphore, la surprennent, égorgent le tribun et la garnison. L'empereur, ayant appris cette nouvelle, réunit à Odessus toutes les troupes de la Thrace , et assembla une flotte nombreuse au promontoire Sacré, à l'entrée du Pont-Euxin , du côté de l'Asie* Il donna la conduite de cet armement à trois généraux, Jean , fils de Rufin et petit-fils de Jean le Scyte , Godillas et Badurius. L'armée de terre avoit ordre de côtoyer le Pont-Euxin jusqu'à la Chersonèse taurique. Les Huns n'attendirent pas lés troupes romaines : effrayés de ces grands préparatifs, ils abandonnèrent Bosphore et toute la presqu'île , et s'enfuirent avec Moager dans l'intérieur des contrées septentrionales.
l '™CcGkoh% ^e wt 06 temPs~'à clue Germain commença de Cai^.jam. faire connoître sa valeur et les grands talens qu'il avoit hyz. p. 100. p0ur ja guerre< ce prînee, le plus aimable et le plus
accompli de la cour de Justinien, étoit fils de ce frère de l'empereur dont le nom est ignoré. La haine de Théodora donnoit un nouveau lustre à ses brillantes qualités. Il avoit l'âme trop haute pour plaire à l'impératrice ,* qui ne protégeoit que ses adulateurs et ses esclaves. Il lui fallut tout ce qu'il avoit de mérite pour être employé par un prince que gouvernoit une femme ennemie de la vertu. Justinien le nomma général des
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troupes de Thrace , et le chargea de repousser les Antes qui venoient "de passer le Danube. Germain les tailla en pièces; et cette sanglante défaite rendit son nom redoutable aux barbares. Les Antes faisoient partie des Esclavons, dont nous tâcherons bientôt de développer l'origine.
Antioche n'a voit pas eu le iemps de se relever de Evag- Mf l'horrible destruction qu'elle avoit soufferte deux ans CjheoFh.p. auparavant, lorsqu'un nouvel incendie , dont la cause "5}^^ demeura pareillement inconnue, commença le quin-Go." *P' zième de novembre avec la même violence que le pre- ^^^fp! mier , et fut encore suivie, quatorze jours après, d'un *^9' furieux tremblement déterre. Le mercredi vingt-neuf 58." de novembre, trois heures après le lever du soleil, Pair Hist^misceL retentit tout à coup d'un bruit épouvantable, et la terre Chr.Edess. trembla pendant une heure. Les édifices s'écroulèrent TibL orient. avec ceux quiavoient résisté au tremblement précédent; u ls* Ç£l*m les murs de la ville furent renversés; il sembloit que QiûxoXtç. le ciel s'obstinât à combattre les efforts que faisoient les hommes pour relever celte malheureuse ville. Quatre mille huit cent soixante et dix personnes furent écrasées sous les débris; les autres se sauvèrent dans les îles d'alentour ou sur les montagnes. On prétendit alors qu'il ne seroit pas resté sur pied une seule maison, si un habitant, en conséquence d'une révélation qu'il disoit avoir eue en songe, n'eût fait écrire ces mots audessus des portes : Demeurez debout, Jésus-Christ est avec vous. Ce désastre fut suivi d'un froid excessif , qui n'empêcha pas les habitans échappés au péril de marcher les pieds nus en procession autour de la ville, se prosternant au milieu des neiges, et implorant la miséricorde divine. Laodicée et Séleucic subirent le même sort ; la moitié de chacune de ces deux villes fut détruite, et l'on rapporte que ce fléau épargna les églises catholiques. Il périt, tant à Laodicée qu'à Séleucie, sept mille cinq cents personnes. La nouvelle de tant de malheurs porta
la consternation dans Gonstantinople ; on y fit des prières publiques, et l'empereur envoya de grandes 'sommes d'argent pour réparer ces cités fameuses et florissantes depuis plusieurs siècles. Il remit les impôts pour trois ansi et afin de retenir les principaux citoyens qui songeoient à s'établir ailleurs, il les honora du titre d'iYlustres. Par te conseil d'un saint solitaire, nommé Sy~ niéou le Thaumaturge, qui habitoit sur une colonne dans la Syrie, il changea le nom d'Antioche en celui de Théopolis, c'est-à-dire, la ville de Dieu, nom qu'elle sembloit mériter pour avoir été la première où les disciples de l'Evangile ont pris le nom de chrétiens. Cette dénomination nouvelle fut adoptée avec joie par les habitans, qui la regardèrent comme un heureux augure pour l'avenir.
Cod. Jusu Justinien étoit naturellement réformateur; et les dés- ^'.5, 6, 7 ! ordres qu'il trou voit répandus dans toutes les parties * V de l'état ouvroient à cette inclination une vaste car- 3, leg. 4> y rière. Il régla l'ordre civil; mais les mœurs, plus pnisfe. "nie, et santés que les lois, perpétuèrent les abus; et la vertu tbi Gothof. romaine, depuis long-temps altérée dans ses principes, m, i3i. ne put recouvrer son ancienne intégrité. Mon dessein c™'.aneC ' n'est Pas de rendre compte de la multitude des lois de 7*A«op&. p. ce prince ; ce détail passeroit les bornes de l'histoire. Je, Cedr.p.îGG, me contenterai d'indiquer en peu de mots les plus imôjnâst.p. 58. portantes de celles qui concernent l'ordre public. Dès le Bat-oiùus. commencement de son règne, jetant les yeux sur les troubles dont l'Eglise étoit agitée, il publia sa profession de foi, entièrement conforme à la doctrine catholique, et menaça d'un, sévère châtiment tous les hérétiques, nommément les sectateurs de Nestorius, d'Eutychès et d'Apollinaire. C'étoient les trois sectes qui divisoient les esprits. Quelque temps après, en Tannée 533 , il rendit compte au pape de la pureté de sa croyance; et, dans une constitutiou qu'il adressa sur le même sujet au patriarche de Gonstantinople, en même temps qu'il
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lui donne dans l'inscription ' le titre d'oecuménique , il semble qu'il ait voulu prévenir l'abus que les évêques de cette église pourroient faire de ce nom ; il lui déclare qu'il a déjà instruit de sa foi le pape de l'ancienne Rome, et qu'il se croit obligé de communiquer à ce prélat tout ce qui concerne l'état de l'Eglise , comme au chef de tous les évêques ; d'autant, ajoute-t-il , que l'Eglise romaine a toujours réprimé par des décrets orihodoxes les hérésies qui se sont élevées dans les contrées de l'Orient II témoigne dans sa lettre au pape les mêmes sentimens de respect : il proteste de l'union des évêques orientaux avec le saint-siège, et même de leur soumission à cette première église du monde , dont il promet qu'il s'empressera toujours d'accroître l'honneur et l'autorité. Le pape ( c'étoit alors Jean n) lui répondit par de grands éloges , lui déclarant que , de l'avis de ses frères et coévêques, il confirmoit l'édit de l'empereur contre les hérétiques. Quoique dans la suite de son règne ce prince n'ait pas toujours respecté la personne des papes, il respecta toujours l'église romaine; il maintint à la vérité l'évêque de la ville impériale dans le rang que celui-ci prétendoit depuis long-temps, au-dessus des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche , ce que les papes n'approuvoient pas; mais il reconnoît expressément, dans une de ses Novelles, l'évêque de Rome pour le premier de tous les évêques ; et celui de Constantinople , n'est placé qu'au second rang. Ces assertions formelles font .connoître en quel sens on doit prendre le titre œcuménique, attribué au patriarche de Constantinople, et ce que le même empereur dit à la tête d'une de ses lois, que l'église de Constantinople est la première de toutes les églises. On voit évidemment que ces termes ne doivent s'entendre que de l'Orient. Il ôta aux hérétiques les églises qu'ils avoient usurpées, et les rendit aux catholiques. Comme plusieurs des principaux de la cour étoient infectés des er-
reurs d'Arius, il confisqua leurs biens pour întirriider les autres, et déclara qu'il ne permettroit qu'aux orthodoxes d'entrer dans les charges. Il établit les évêques surveillans des tribunaux dans les provinces; il les chargea d'exhorter les juges à rendre justice, et de porter leurs plaintes à l'empereur, si leurs remontrances étoient sans effet. La prescription de trente ans étoit établie par la loi de Théodose n. Justinien déclara que les biens et les droits de l'Eglise ne pourroient être prescrits qu'au bout de cent ans. Procope prétend que cette loi fut surprise au prince par une fraude des agens de l'église d'Emèse ; et ce qui semble autoriser ce soupçon , c'est qu'elle fut abolie treize ans après par le même Justinien , qui réduisit au terme de quarante ans la prescription des biens ecclésiastiques. Mais s'il étendoit les privilèges de L Eglise, il en voulut aussi resserrer la discipline. 11 régla la forme de l'élection des évêques; défendit toute espèce de simonie; obligea les prélats à la résidence, en leur interdisant tout voyage à la cour sans sa permission; ordonna qu'ils ne pourroient disposer par test a meut ni par donation, que des biens qu'ils possédoient avant l'épiscopat; mais que les acquêts postérieurs tourneroient au profit de leur église. Il soumit à la même loi les administrateurs des hôpitaux. Pour épargner aux évêques la tentation d'appliquer les biens ecclésiastiques à l'avantage de leurs familles , il défendit de nommer à l'épiscopat ceux qui auroient des enfans; il ne pouvoit étendre la même défense aux ecclésiastiques ayant des neveux, qui sont devenus un des grands fléaux de l'Eglise; c'eût été restreindre l'éligibilité dans un cercle trop étroit; mais l'esprit de cette sage loi n'est pas plus favorable aux neveux ni aux parens quelconques qu'il ne l'est aux enfans. Il ordonne aux clercs de chanter eux-mêmes l'office, et leur défend d'employer à cette fonction des voix mercenaires. Il leur recommande l'assiduité, sons peine d'être exclus
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du clergé. Tel est le précis des deux lois de cette année, dont l'une est adressée au patriarche de Constantinople, l'autre au préfet du prétoire, chargé de tenir la main à l'exécution. Il songea en même temps à réprimer l'avidité des juges séculiers, défendant aux magistrats de Constantinople d'accepter aucune donation , sous quelque prétexte que ce fût, durant le cours de leur magistrature, et même d'acheter des maisons, non plus qu'aucun meuble ou immeuble, sans une permission expresse de l'empereur. La défense étoit encore plus précise à l'égard des magistrats des provinces; elle s'étendoit pour les uns et les autres jusqu'à leurs domestiques et leurs assesseurs. Cette loi fut abrogée dans la suite par Léon le philosophe , et jamais elle n'a été observée dans les pays où les magistratures sont perpétuelles.
L'empereur annonça d'abord l'inclination qu'il avoit , Proc. œdif. soit à rétablir et augmenter les édifices anciens, soit à « /.'s^c*! en construire de nouveaux. Il fit dans l'Hippodrome des ^alela' V' embellissemens considérables. L'aquéduc d'Adrien fut répare , et l'on creusa une vaste citerne pour en recevoir les eaux. Le faubourg de Syques étoit séparé de la ville par le golfe de Cédras ; l'empereur en rebâtit les murailles ; il fit construire sur le golfe un pont de communication avec la ville ; il donna à ce faubourg le droit de cité et le nom de Justinianopolis. Son principal soin , dès cette année et dans les suivantes , fut de couvrir Fernpire contre les attaques des Perses, les plus anciens et les plus opiniâtres ennemis du nom romain en Orient. Après avoir/orrigé les défauts des fortifications de Dara, bâtie à la hâte par Ànastase , il garantit cette ville des inondations du fleuve Cordes. Il appuya les murs d'Amide par de nouveaux remparts. L'espace entre ces deux villes fut rempli de forteresses et de châteaux. Théodosio polis , Constant ine , Circèse , furent de nouveau fortifiées , ainsi que Carrhes , Cailinique , Batn* et
3û4 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRÉ.
Edesse. Ces places étoîent en Mésopotamie. Dans l'Eùphratésie , dite autrefois Comagène , sur les bords dé l'Euphrate, étoit la ville de Zénobie , bâtie par la reine de ce nom , mais alors déserte et presque détruite. Justinien la rebâtit, la peupla, la mit en sûreté contre les inondations de l'Enphrate , et y établit une forte garnison. Les antres places de la même province, négligées jusqu'alors , Chalcis, Cyr,Sura, Europus, Hié-> raple , Zeugma , Néocésarée , furent mises en état de défense. Il fit une ville de Sergiopolis , qui n'étoit auparavant qu'une église en l'honneur du martyr saint Serge. Tout étoit en mouvement dans ces contrées. Ces villes , autrefois célèbres , alors presque ensevelies , se relevoient de leurs ruines, et montroient aux Perses une barrière menaçante.
Regum.l.^i La plus célèbre réparation faite sur cette frontière Paraiip. 'l. fut celle de Palmyre. La ville de Palmyre, bâtie par 3» cj*s> vânt\ Salomon , qui la nomma Tadrnor, étoit située, comme jud. l. 8 , c. on le reconnoît certainement par ses ruines , environ Pline, L 5 , à soixante lieues de Damas, à près de trente lieues de Pntc œdif. Thapsaque, aujourd'hui Ei-dor , sur l'Euphrate, et à /.a, eu. cent vingt lieues de Babylone. Cette portion de ter- Mauia> P* rajn r;che et fertilp ^ arrosée de sources au milieu d'une Steph. vas(e étendue de sables arides , sembloit avoir été mise 11 Ruines 'de en réserve par la nature pour servir de bornes aux 38 ty^'P' deux grands empires des Romains et des Perses, qui, M^.DanviUe, dans leurs querelles, commençaient presque toujours par paniTfola s en disputer la possession. Palmyre avoit été détruite cane d'Eu- par Nabuchodonosor , lorsqu'il vint assiéger Jérusalem.
Elle se releva depuis , et, après avoir été soumise à la puissance des Séleucides , elle se mit en liberté. Comme elle étoit riche et commerçante , Marc Antoine entreprit de la piller ; mais les habitans le prévinrent , et transportèrent leurs effets les plus-précieux au - delà de l'Euphrate , dont ils défendirent le passage par le moyen de leurs archers , qui bordoient le fleuve. Adrien la ré-
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para , et lui donna son nom , qu'elle ne conserva pas. Elle étoit colonie romaine sous Cararalla , et fournit des secours à Alexandre Sévère dans son expédition contre les Perses. Elle devint illustre sous Gallien , par la valeur héroïque d'jOdenat et de Zénobie. Aurélien ayant pris la ville t passa au fil de l'épée presque tous les habitans. Dioclétien la rétablit , et l'orna de superbes édifices. Elle avoit sous Théodose 11 une garnison romaine ; mais du temps de Justinien on n'y voyoit plus que des ruines. An mois d'octobre de cette année, ce prince, ayant nommé comte d'Orient Patrice l'Arménien , lui donna une grande somme d'argent pour rétablir Palmyre. Patrice releva les anciens édifices, en construisit de nouveaux , rassembla les eaux des sources qui se perdoient dans les sables ; et comme le dessein de l'empereur étoit d'en faire non plus une ville de commerce, mais une place frontière, il en resserra l'enceinte , l'entoura de murailles , et y logea une garnison qui , sous les ordres du duc d'Emèse , étoit destinée à défendre l'entrée de la Syrie et de la Palestine contre les incursions des Sarrasins. On voit encore aujourd'hui sur ce terrain des tombeaux , des colonnes et de magnifiques débris de temples et de palais. On y distingue le reste des murs que Justinien fit bâtir ; et , grâce à l'exactitude et à l'intelligence des voyageurs anglois, les ruines de Palmyre sont devenues dans ce siècle plus fameuses que beauconp de villes entières.
Les Sarrasins étoient pour la Syrie des voisins très- Procpcn. incommodes. Leurs courses fréquentes désoloient le pays, et le tenoient continuellement en alarme. Du côté de 5, c. a. la Palestine , le golfe Arabique étoit bordé d'une vaste plaine , qui s'étendoit vers l'Orient l'espace de dix journées de chemin. Abocharab , chef de la tribu sarrasine qui habitoit ce canton , en abandonna le domaine à Justinien. Ce présent n'étoit considérable que par l'étendue du terrain ; d'ailleurs ce n'étoit qu'un désert de
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sables qui ne produisent que des palmiers , dont cette plaine a voit pris le nom. Cependant l'empereur , pour récompenser ce prince barbare, lui conféra le commandement général des Sarrasins de Palestine , qui étoient soumis aux Romains. Abocharab , dont le nom s'étoit rendu redoutable par sa valeur , arrêta de ce côté - là les courses des autres Arabes. Pour mieux assurer cette frontière, Justinien fit élever au pied du mont Sinaï nne forteresse , où il plaça une nombreuse garnison. Cette montagne , très-escarpée et presque inaccessible , située à la pointe du golfe , étoit alors peuplée d'anachorètes et couverte] de monastères. Mais le sommet , dit Procope , en restoit inhabité , à cause d'un bruit terrible qu'on y entendoit toutes les nuits, et qui , joint à d'autres phénomènes , glaçoit les hommes d'effroi. Si le récit de cet auteur n'est fondé que sur l'opinion populaire , à laquelle en effet il ne défère que trop souvent , du moins est - il étonnant que l'impression de cette- effrayante tempête au milieu de laquelle Dieu avoit donné sa loi aux Israélites se fût conservée pendant plus de deux mille ans dans un pays idolâtre. An. 539. Jj2i guerre se faisoit depuis quelque temps en Arménie >ix)c.pers.l. ayec asscz Q«e lenteur. Mais, l'année suivante, elle se c'hr.Harc. ralluma vivement sur les bords du Tigre. Justin avoit chargé Bélisaire de la garde de Dara nouvellement bâtie. Justinien lui envoya ordre de construire une forteresse dans la plaine de Mindone, sur la frontière , à la gauche* de Nisibe. Bélisaire se mit en devoir d'obéir ; et déjà la multitude d'ouvriers qu'il employoit avoit élevé la muraille à une hauteur considérable , lorsque les Perses vinrent lui signifier qu'il1 eût à se désister d'une entreprise contraire aux traités, ou qu'ils alloient l'y contraindre par les armes. Bélisaire en informa l'empereur, et lui représenia qu'il avoit trop peu de forces pour résister à un si puissant ennemi. Justinien fit aussitôt inarcher en Mésopotamie Cuzès et Buzès, qui com-
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mandoient un graa^corps de troupes sur le mont Liban. Us étoient* frères ,«és en Thrace, jeunes, et pleins de cette valeur bouillante qui ne cherche que l'ennemi, sans savoir encore préparer la victoire. Les deux partis courent à Mindone , les Perses pour détruire l'ouvrage commencé, les Romains pour le défendre. On combat avec chaleur; les Romains sont repoussés après un grand carnage; Cuzès est pris. Les Perses rasèrent la forteresse. Ils firent passer le Tigre aux prisonniers, et les enfermèrent dans des cavernes , où ils les tinrent enchaînés pendant le reste de la guerre.
Un si mauvais succès détermina l'empereur à tenter Proc.anecd. la voie de la négociation. Il fit sonder les dispositions ^^j),' de Cabade ; mais ce prince étoit alors fort éloigné d'é- ^emadif. coûter aucune proposition. Il fondoit de grandes espé- 'crrUl.vùa rances sur le soulèvement des Samaritains qui lui de- *^^st*' mandoient du secours, et lui promettoient de lui livrer ""J1*,5 de?* Jérusalem et toute la Palestine, s'il vouloit les soutenir. 5 f iê3\^\ Voici quelles furent les causes et les suites de cette révolte. l^oveJn 129 Justinien , échauffé par un zèle que la prudence ne gui- i44doit pas toujours, avoit renouvelé contre les hétérodoxes j^C0PA,P' toutes les lois de ses prédécesseurs, et avoit ajouté peine g^^Jjtf" de mort contre les infracteurs. Quoiqu'il se relâchât de 67.' cette rigueur dans l'exécution , il s'étoit attiré la haine a^n^Âùx' des idolâtres, des hérétiques et des Juifs. Le dépouille- £^'£j5^.' ment des temples, l'incapacité de posséder aucune ron*. charge, de transmettre et de recueillir les successions qui étoient dévolues au fisc, les portèrent à un tel désespoir , que les uns fuyoient hors des terres de l'empire , les autres se donnoient la mort. Quelques moutanistes de Phrygie s' étant enfermés dans leurs églises, y mirent le feu , et se brûlèrent avec les édifices. Les Samaritains , plus hardis que les autres , irrités de la contrainte où les tenoit la garnison de Samarie depuis le règne de Zénon , ne purent sans fureur voir détruire leurs synagogues. Ils se joignirent aux manichéens, toujours
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maltraités. C'étaient surtout les Inhilaas de la canH pagne, gens grossiers et plus en(êWde leurs superstitions. Ils prirent les armes, au r^orabre de cinquante mille , choisirent pour roi un brigand nommé Julien , entrèrent dans Scy thopolis, dont ils brûlèrent les églises , s'emparèrent de Néapolis, où ils firent un horrible massacre, tuèrent l'évêque, mirent les prêtres en pièces, et désolèrent tons les environs. Julien, ayant pris possession de cette ville , y fit célébrer en sa présence les jeux du Cirque. Un cocher , nommé Nicéas , qui Ta voit emporté sur ses concurrens , se présenta au tyran pour en recevoir la couronne selon la coutume. Mais Julien f apprenant qu'il étoit chrétien, au lieu de le couronner, lui fit trancher la tête au milieu du Cirque. Théodore f qui commandoit les troupes de la Palestine, envoya des courriers à Constantinople , et rassembla ce qu'il avoit de soldats. Abocharab se joignit à lui ; ils marchèrent contre Julien , qui abandonna Néapolis. L'ayant poursuivi avec ardeur, ils lui livrèrent bataille, défirent entièrement son armée, le prirent , et lui firent trancher la tête , qu'ils envoyèrent à l'empereur avec son diadème. Vingt mille Samaritains périrent dans ce combat: Les autres se sauvèrent sur le mont Garizim , ou dans les montagnes de la Thraconite. Le chef sarrasin reçut pour récompense vingt mille prisonniers , qu'il envoya vendre en Perse et en Ethiopie.
La nouvelle de la victoire arriva à Constantinople prèsqu'en même temps que celle de la révolte. L'empereur , irrité contre Bassus , gouverneur de Palestine , de ce qu'il n'a voit pas prévenu, ou du moins réprimé ce désordre dans sa naissance, le dépouilla de sa charge, et le fit mettre en prison. Il envoya en sa place le comte Irénée, qui alla chercher les Samaritains dans les montagnes où ils s'étoient réfugiés, en fit un grand carnage, et condamna les autres à des supplices rigoureux. Les habitans de Scy thopolis se vengèrent eux-mêmes; ils bru-
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lèrent dans leur place publique un de leurs citoyens les plus distingués , nommé Sylvain , ennemi mortel des chrétiens , et qui avoit eu la plus grande part aux cruautés exercées sur eux. Cette exécution étoitun nouvel attentat contre l'autorité du souverain, et peu s'en fallut qu'elle ne leur coûtât cher. Le comte Arsène , fils de Sylvain , se rendit à Constantinople avec sa femme, qui , s' étant insinuée dans l'amitié de l'impératrice, lui persuada que les chrétiens de Palestine avoient été les agresseurs ; et qu'ils s'étoient eux-mêmes attiré tous les maux qu'ils avoient soufferts. Théodora, toujours favorable au mauvais parti, agissoit fortement sur l'esprit de son mari; et les chrétiens couroient grand risque, si l'illustre saint Sabas, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans , ne fût venu de Palestine, à la prière de la province , pour détromper l'empereur. Justinien écouta avec respect ce pieux solitaire, célèbre dans tout l'Orient par sa sainteté et par ses miracles. Il revint de ses préventions, et tourna toute sa colère contre les Samaritains, qu'il chassa de la ville. Il fit mourir les auteurs de la rébellion. Arsène , craignant pour lui-même, demanda le baptême à saint Sabas. Au lieu des sommes d'argent que l'empereur offroit pour doter les monastères de Palestine, et que Sabas refusa , le saint obtint une décharge d'impositions pour la province, la fondation d'un hôpital à Jérusalem, et le rétablissement des églises. On raconte que Théodora , qui n'avoit point d'enfansde Justinien, conjurant Sabas de lui oStenir un fils par ses prières , il éluda cette demande , en souhaitant à l'impératrice une vie sainte et heureuse , sans vouloir s'engager à aucune promesse ; et que, les moines qui l'accompagnoient, paroîssant étonnés de cette réserve, il leur dit que si Théodora avoit un fils, ce seroit un ennemi de l'Eglise, et qu'il lui feroit plus de mal que n'en avoit fait Anastase. Douze ans après cette révolte, à la prière de Sergius, évêque de Césarée, l'empereur rendit aux Samaritains le droit de
tester et de succéder. Maïs l'expérience ayant fait reconnoître que ce peuple étoit intraitable, et que ceux qui recevoient le baptême ne se convertissoient qu'en apparence, Justin il, successeur de* Justinien, révoqua cette concession, et rappela, par une loi nouvelle, toute la sévérité de la première. Les Samaritains conservèrent toujours dans le cœur une haine irréconciliable contre les chrétiens. Sous les gouverneurs attentifs et sévères, ils la déguisoient avec soin; mais, dès qu ils pouvoient se flatter de l'espérance de l'impunité, ils la manifestoient sans réserve, et retournoient à leurs superstitions. Justinien fit fortifier le mont Garizim. Belisaire surprit au passage cinq députés, des premiers de Samarie , qui rapportoient de la cour de Perse la promesse d'un prompt secours; et , sur Tordre qu'il en reçut de l'empereur, il les fit mourir.
Pmc.anecd. Pendant que les Samaritains immoloient à leur haine
Cm 11 17 (?£ •
ïbi Jiam. les ministres de la religion chrétienne , le crime et le lie 9 suPPuce de deux évêques firent rougir la religion même. Cod. i. 3 , haïe et Alexandre , l'un évêque de Rhodes , l'autre de
Ut 53 les
j/a, 3; l Diospolis en Thrace, furent déférés à l'empereur comme c>,tu.$tleg. C0Upables des horreurs qui attirèrent sur Sodome la co- AW. 14 , 1ère du ciel. Ils furent amenés à Constantinople , con- 77Thcoph.p. vaincus par une information juridique, et destitués de l$M Ul Wpiscopat par la sentence de Victor, préfet de la ville. 57 , 58/64! L'éclat de leur punition ne fut pas moins scandaleux que Zon.p. 64. ]eurcrîme# Après avoir été mutilés , ils furent promenés par toute la ville dans une litière ouverte, un héraut criant devant eux : Apprenez , evêques , à ne pas souiller la sainteté de votre caractère. On fit , à cette occasion , la recherche de ceux qui s'abandonnoient aux mêmes excès. Entre un grand nombre de coupables, il se trouva des sénateurs, et même des prêtres d'un rang honorable. Aucun d'eux ne fut épargné ; ils furent conduits nus à la place publique , traités comme Isaïe et Alexandre , et expirèrent dans ce honteux supplice. Pour déraciner ce
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vice abominable, l'empereur renouvela toute la rigueur des lois précédentes. Il joignît les blasphémateurs à ceux qui seroient convaincus de cette infamie, et menaça de son indignation le préfet de la ville, s'il négligeoit de poursuivre les coupables. Cependant une si monstrueuse débauche ne céda ni aux exemples les plus effrayans, ni aux lois les plus sévères. Quinze ans après, dans le carême de Tan 544 1 Justinien fit une autre loi dans laquelle il attribue à la colère du ciel, irrité de ces abominations, la peste qui désoloit alors tout l'empire; il menace les coupables des plus rigoureux châtihieus, s'ils laissent passer la fête de Pâques sans avoir expié leur crime par la confession et la pénitence. Il ne négligea pas la réforme des autres dissolutions, qui, malgré les lois des empereurs précédens, continuoient d'infecter l'empire, et surtout la ville de Constantinople. Les jeux -d* hasard furent défendus , comme une source de blasphèmes. En 535 , il fit publier un ëtlit qui condamnoit au bannissement ceux qui faisoient actuellement commerce de prostitution , et à la mort ceux qu'on découvriroit dans la suite. Il menaçoit de confiscation les propriétaires qui louoient leurs maisons pour ce trafic inlame. Théodora voulut en cette occasion imiter le zèle de son mari pour la pureté des mœurs ; et , soit pour masquer ses propres désordres, soit pour les expier aux dépens des autres, elle changea un ancien palais situé sur le Bosphore , du côté de l'Asie , en une maison de pénitence. Elle y fit renfermer les femmes publiques que l'indigence avoit plongées dans la débauch%. II s'en trouva près de cinq cents. Elle dota richement cette retraite, et la rendit magnifique et commode, pour adoucir à ces malheureuses l'ennui d'une pénitence forcée. Malgré tant de ménagemens, il y en eut un grand nombre qui se précipitèrent dans la 'mer pendant la nuit, préférant la mort à une vie exempte de crime.
Justinien, vers ce temps- là, fit cesser un abus qui ou- p™. Goih.
Çort. l. 4 , trageoit la nature. Un luxe bizarre avoit depuis longaw. i^a. temps introduit dans le palais et chez les personnes ric^tS' ' cnes l'usage de se faire servir par des eunuques. La plu- Burontus. part de ceux qu'on employoit alors étoient des Abasges. Tu^tt(>h' Cette nation , qui conserve encore son ancien nom , habitait la côte septentrionale du Pont-Euxin , depuis le Caucase jusqu'à plus de cent milles vers l'Occident. Tributaires des Lazes, ils étoient divisés en deux peuples et gouvernés par deux rois. C'étoit , dans cette barbare contrée , un malheur pour les pères de donner le jour à des enfans mâles bien conformés et d'une figure>agréa~ ble. Ces princes avares les enlevoient de force; et, après les avoir rendus eunuques, ils les envoyoient vendre bien cher sur les terres de l'empire. Par une précaution inhumaine, ils faisoient périr les pères pour se garantir de leur ressentiment. Justinien envoya à ces rois dénaturés un eunuque de leur pays, nommé Euphrate, qui servoit dans le palais, pour leur défendre ce commerce barbare. Les Abasges reçurent cette nouvelle avec joie , et en prirent avantage pour s'opposer à la cruauté de leurs souverains , dont ils secouèrent bientôt le joug. En se mettant en liberté , ils embrassèrent la religion chrétienne , qui inspiroit aux princes des sentimens si conformes à l'humanité. Ils n'avoient jusqu'alors adoré que les forêts et les arbres. Justinien fit bâtir dans leur pays une église sous l'invocation de la Mère de Dieu ; il y établit des prêtres, et prit soin de l'instruction de ces peuples. Douze ans après il étendit à tout l'empire la défense ô§ faire des eunuques, sur peine du talion contre ceux qui auroient commis , commandé ou favorisé ce forfait; et si les coupables ne perdoient pas la vie dans , cette opération dangereuse, ils étoient dépouillés de leurs biens, et relégués dans l'île de Gypse, en Ethiopie. Domitien,*tout cruel qu'il étoit, avoit autrefois défendu cet attentat ; Constantin et Léon l'avoient puni comme un homicide. Léon le Sage, dans la suite , pour
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ne pas outrager l'humanité en châtiant le crime, abolit la punition prescrite par Justinien , et se contenta de condamner les coupables à une amende de dix livres d'or, et au bannissement pour dix ans.
On peut rapporter à- cette année un tremblement de chron.Alex. terre qui renversa une partie d'Amasée et des bourgs ^alela 1 p' voisins dans la province du Pont, ainsi que de la ville de Myre , métropole de Lycie. L'empereur fit réparer* ces deux villes et y distribua de grandes aumônes. Tout l'Orient fut affligé de maladies, qui emportèrent beaucoup, d'habi tans.
La sévérité des lois publiées contre les païens et les a*. 53o. hérétiques , fit encore perdre à Justinien grand nombre ÇotI- L 5 » de sujets. Il appliquoit au trésor public des villes les re- 9V î".' *# venus des terres données aux temples des païens ; mais p^^anecd il confisquoit à son profit les biens-meubles et immeu- n • « iài Mes des particuliers qui refusoient de se faire baptiser, juem œdif. eux, leurs femmes, leurs enfans^et leurs domestiques. Il ^ les priva de toute distribution publique, enjoignant aux /.i,c!i9. gouverneurs de bannir les opiniâtres, et de punir de ^t.eoph ' p' mort tant ceux qui oseroient sacrifier que ceux qui, ^al^'p' après avoir reçu le baptême, persisteroient dans l'ido- Cedr.p.ify latrie. Comme la ville d'Athènes étoit encore l'asile du anfn^d.ll\n paganisme, il y fit fermer par édit les écojes de philoso- Anecd.Proc. phie, d'astronomie et de jurisprudence. Ces rigueurs donnèrent l'épouvante aux païens qui avoient échappé à celles des empereurs précédens. La plupart se réfugièrent chez les barbares ; quelques-uns se convertirent de bonne foi ; mais beaucoup d'autres, après avoir, en apparence , embrassé le christianisme , continuèrent de pratiquer en secret leurs premières superstitions. Quelques auteurs contemporains taxent ici Justinien d'avarice et de cruauté. Il est vrai qu'il appliquoit au profit de l'Eglise la confiscation des lieux d'assemblée, soit des hérétiques, soit des païens ; mais il s'emparoit des biens des particuliers ; et les supplices qu'il employoit à la
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conversion des infidèles étoient contraires à l'esprit dû christianisme. Quoi qu'il en soit , ces derniers coups portés à l'idolâtrie achevèrent de l'anéantir. Ce prince la poursuivit jusqu'aux extrémités de l'empire. A quatre journées de chemin de la Cyrénaïque, vers le midi, étoient deux villes anciennes, toutes deux nommées Au- ^gila, dont les habitans étoient fort attachés au paganisme. Ils adoroient Jupiter Ammon et Alexandre. L'empereur fit prêcher l'Evangile à ces peuples , et ses soins eurent un heureux succès. La ville de Borium, dans la Cyrénaïque, étoit remplie de Juifs, qui conscrvoient uïrancien temple , dont la fondation , selon leurs traditions fabuleuses, remontoit au temps de Salomon. Ce temple fut changé en église. Narsès, le Persarménien , purgea l'île de Phyles de cette superstition opiniâtre , dont j'ai parlé sous le règne de Marcien. Lorsqu'il commandoit sur les frontières de l'Egypte et de l'Ethiopie, il détruisit, par ordre de l'empereur, le temple d'Isis ; fit mettre en prison les prêtres qui s'y opposoient , et envoya à Constantinople la statue de la déesse et celles des autres divinités de cette île, où l'idolâtrie s'étoit conservée comme dans son dernier refuge. Il n'étoit pas si facile d'éteindre les hérésies. Pour les affaiblir de plus en plus, Justinien obligea les magistrats qui entroient en charge de jurer qu'ils étoient dans la communion de l'Eglise catholique, et qu'ils n'apporteroient par eux-mêmes ni ne permettraient qu'on apportât aucun obstacle aux décrets des conciles. Quoiqu'il otât aux hérétiques la liberté du culte public, il laissa cependant les ariens en possession des églises qu'ils occupoient. C'étoit la secte qu'avoient embrassée les Goths , qui , étant maîtres de l'Italie, auroient pu sans doute user de représailles contre les orthodoxes, comme Théodoric en avoit menacé Justin. Justinien rebâtit même en leur faveur l'église de Saint-Moce , que le grand Théodose leur avoit autrefois accordée , mais qui , peu de temps après, étoit
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tombée en ruine. Le peuple témoigna pour lors, par un zèle fanatique et meurtrier, la haine qu'il portoit à la secte tolérée par l'empereur. La première fois que les ariens s'assemblèrent dans cette église, une foule de séditieux s'y jeta à main armée, et fit un grand carnage de ceux qui s'y trouvèrent.
Justinien, affligé de la défaite des troupes romaines Proc.pers. près de Mindone, avoit renoué la négociation entamée ['^\\s'. lù ' avec Cabade l'année précédente. Il avoit envoyé ea iJemae^if' Perse Hermogène, maître des offices, avec des pré- Thtoph. p. sens que Cabade ne refusa pas; mais ces avances de '^fck ,p. l'empereur ne firent qu'accroître la fierté du roi de 63. Perse. Il congédia Hermogène avec une lettre où , prenant les titres de roi des rois, de fils du soleil, de souverain de l'Orient, il donnoit à l'empereur ceux du fils de la lune et de maître de l'Occident. Il y avançoit faussement que les rois de Perse n'avoient jamais manqué de traiter les empereurs comme leurs frères et de leur ouvrir leurs trésors. Il se plaignoit de ce que Anastase et Justin lui avoient refusé le même secours, et rejetoit sur eux la cause des guerres précédentes : Fous êtes chrétiens , di soit- il; vous faites profession de piété; épargnez donc le sang de tant d'innocens qui sont les victimes de votre avarice. Si vous tardez à me satisfaire, attendez-vous h une guerre sanglante. Comme je ne veux point dérober la victoire, je vous avertis que> je ne vous laisserai respirer que jusqu'au printemps prochain. Il se plaignoit aussi de l'invasion des mines d'or de Persarménie. L'empereur, ne désespérant pas encore d'un accommodement, fit partir le patrice Rufin , qu'il savoit être agréable à Cabade; mais il lui commanda de s'arrêter à Hiéraple, et d'y attendre de nouveaux ordres. Il envoya en même temps Hermogène porter à Bélisaire le brevet de générai des troupes de l'Orient, et lui ordonna de rester auprès de lui pour veiller ensemble sur les mouvemens des Perses, et pour l'aider
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de ses conseils. Bélisaire assembla proraptement des troupes, et les fit camper aux portes de Dara. Au mois de juin , il apprit qu'une armée de quarante mille Perses, commandée par Pérose, a p prochoit de cette ville, dans le dessein de l'assiéger.
Bélisaire n'avoit que vingt-cinq mille hommes; mais il sut réparer l'infériorité du nombre par la disposition de son armée. A un jet de pierre de Dara , il fit creuser tin fossé , en réservant des passages de distance en distance. Ce fossé, d'abord parallèle aux murs de la ville, avançoit en ligne droite vers les ennemis par ses deux extrémités, et , se repliant ensuite à droite et à gauche, s'étendoit au loin dans la plaine , en sorte que la rencontre de ces directions formoit autant d'angles droits. Bélisaire posta sur la gauche bon nombre de cavaliers commandés par Buzès, avec trois cents Hérules, sous les ordres de Pharas, entre le fossé perpendiculaire aux murailles et une éminence. A leur gauche, justement à l'angle formé par l'aile prolongée, il posta Sunica et Augan , avec six cents cavaliers huns, pour prendre l'en- • nemi à dos , si Buzès et Pharas étoient enfoncés.7 L'aile droite étoit rangée de la même manière. Jean, fils de Nicétas, Marcel, Cyrille et Germain y commandoient la cavalerie romaine ; Si mas et Ascan , les Huns. La ligne parallèle aux murailles étoit bordée du reste de la cavalerie et de toute Tinfanterie^élisaire et Hermogène étoient au centre.
Pérose avoit campé la veille à moins d'une lieue de la ville. Au point du jour, les Perses marchèrent aux Romains avec assurance. Mais, lorsqu'ils virent de près le bel ordre des ennemis, ils firent halte, et parurent surpris et embarrassés. Ils doublèrent leurs rangs, et se partagèrent en plusieurs colonnes pour passer dans les intervalles du fossé. Le jour étoit fort avancé quand les Perses détachèrent de leur aile droite un grand corps de cavalerie qui vint attaquer Buzès et Pharas. Ceux-ci
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reculant devant *ux pour >s attirer en-deçà du fossé, les Perses s'engagèrent dans ta passage; mais bientôt, craignant d'être enveloppés , ils regagnèrent à toute bride le gros de leur armée, laissant sur la place sept de leurs cavaliers. Pendant qae les deux armées s'observoient sans faire aucun mouvement, un jeune cavalier perse , s étant approché des Romains, défia le plus brave de venir le combattre. Personne n 'acceptait le défi . lorsqu'on vit entrer dans la plaine un cavalier inconnu à toute l'armée; c'était le baigneur de Buzès, ncaimé André, qui avoitété maître d'escrime à Constantinople. Jamais il n'avoit servi en qualité de soldat , et ni son maître , ni aucun autre n'avok eu la pensée de l'exciter à une démarche si hardie. Il courut à l'ennemi saus lui donner le temps de se reconnoître, et l'ayant abattu d'un coup de lance, il lui coupa la tête, au grand étonnamment des Romains qui poussoient des cris de joie. Les Perses, confus de cet affront, firent partir le plus brava et le plus expérimenté de leurs cavaliers , déjà avancé en, âge, mais encore plein de vigueur, et d'une taille audessus de l'ordinaire. Il s'avança avec fierté, et proposa le même défi. Hermogène avoit défendu à André dç s'exposer une seconde fois; mais, malgré cette défense, André , voyant que personne n'osoit combattre, s'élance hors des rangs , et va , pique baissée , heurter l'ennemi avec tant de furie, que la violence du choc renverse et les chevaux et les deux cavaliers. Plus dispos que son adversaire , il se relève le premier , lui plonge son épée dans le corps , et le laisse saus vie. Les cris redoublèrent du côté des Romains , et les Perses , dans un morne silence , retournent à leur camp.
Le jour suivant se passa en messages réciproques de la part des deux généraux. Bélisaire , aussi prudent qu'intrépide, préférant la paix à une victoire même assurée, écrivit à Pérose qu'il falloit être ennemi de sa patrie pour l'engager dans des hasards qu'on pouvoit
5l8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
éviter. Les deux princes étant en termes d'accommodement, qu'étoit il besoin d'ensanglanter par une bataille les préliminaires de la paix ? Que Pérose se r endroit responsable aux yeux de toute la Perse du sang qu 'elle al bit verser. Pérose répondit par des reproches : Souvenez-vous, disoit-il, des conventions jurées par Anatolius. Cette ville de Dara, qui vous sert aujourd'hui de retraite, bâtie et fortifiée , contre la foi des traités , sur nos frontières , ne vous accuse-t~elle pas d? infidélité? Ce n'est que par les armes qu'on peut tirer raison d'un perfide ennemi, et nous sommes résolus de ne les quitter que par la victoire ou la mort Bélisaire repartit qu'après la démarche qu'il vénoit*de faire pour épargner le sang des deu.t nations, il s'assuroit que Dieu, offensé de l'orgueil des Perses, combattroit pour les Romains ; qu'il alloit faire attacher au haut des enseignes les lettres envoyées de part et d'autre, comme les pièces authentiques du procès sanglant que Dieu alloit juger luimême. Pérose répliqua que la Perse avoit aussi ses dieux ; que demain (e soleil, cette divinité puissante, n'èclaireroit pas seulement leur valeur mais qu'il leur donneroit la victoire et Ifs introduirait dans Dora: Ayez soin, ajoutoit-il, de m'y préparer un bain et un repas digne du vainqueur.
Aux premiers rayons du jour, les deux généraux rangèrent leurs soldats en bataille, et les exhortèrent à bien faire. Pérose représentoit aux siens les succès des années précédentes ; la timidité des ennemis qui n'osoient les attendre que derrière un fossé; les récompenses et les punitions que le roi leur réservoit selon qu'ils auroient combattu avec courage ou avec lâcheté. Bélisaire et Hermogène animoient leur armée par l'exemple du domestique de Buzès, qui, sans être soldat, avoit terrassé les deux plus braves guerriers de la Perse. Ce n'est ni la force , ni le courage qui vous ont manqué dans les dernières campagnes , disoit-il ; c'est la discipline. Obéissez;
et vous serez vainqueurs. Ne vous effrayez pas du nombre des ennemis; ce n'est qu'une multitude de paysans mal armés , qui ne savent que dépouiller les morts. Combattez aujourd'hui en Romains, et vous abattrez pour toujours l'orgueil des Perses. L'armée romaine étoit rangée dans le même ordre que le premier jour. Pérose partagea la sienne en deux divisions, Tune derrière l'autre, a6n que, la première étant fatiguée, l'autre vînt prendre sa place. Il mit en réserve la cavalerie des immortels, avec ordre de ne faire aucun mouvement, jusqu'à ce qu'il leur donnât le signal. Il se plaça lui-même à la tête du centre, donna à Pityase le commandement de l'aile gauche. Les deux armées attendoient le signal , lorsque Pharas vint trouver Bélisaire. Si je demeure, lui dit-il, avec mes Hérules dans le poste où vous m'avez placé , je ne vois pas que je vous puisse être d'un grand secours : mais si je vais me poster dans ce vallon derrière la colline, et que, dans la chaleur du combat, je vienne charger les Perses, f espère ne vous être pas inutile. Bélisaire approuva cet avis, et Pharas l'exécuta. Le combat ne commença qu'après midi; les Perses ne prenant leur repas que le soir , et les Romains dès le matin, les uns ne vouloient pas commencer à combattre de bonne heure , pour ne pas s'épuiser par qne longue bataille; les autres différoient volontiers, dans l'espérance d'avoir meilleur marché de l'ennemi , qui s'affoibissoit de plus en plus. Enfin les Perses firent partir de leurs arcs une nuée de flèches ; Jes Romains y répondirent, et l'air en étoit obscurci. 'Mais l'avantage étoit du côté des Perses, plus habiles à tirer de l'arc, et qui , se succédant les uns aux autres , ne laissoient aucun intervalle entre les décharges. Un vent violent qui s'éleva pour lors favorisa les Romains en donnant à leurs flèches autant de force qu'ireh ôtoit à celles des ennemis. Les carquois étant épuisés, on en vint aux coups de main, et la bataille fut terrible. Les Cadiséniens à la
suite de Pityase avoient enfoncé l'aile gauche des Romains, et elle alloit être entièrement détruite , si Sunica et Augac ne fussent venus prendre à dos les ennemis ; en ce moment Pharas et les Hérules sortirent de leur embuscade , et chargèrent les Gadiséniens avec tant de vigueur , qu'ils se replièrent sur le gros de leur armée , laissant trois mille morts sur la place. Les plus grands efforts de Pérose étoient contre l'aile droite. Il y fit marcher les immortels; à la vue de cette redoutable cavalerie , Bélisaire fit passer de ce côté-là Sunica [et Augan pour soutenir Ascan et Simas. Il les renforça encore d'une ligne de cavalerie qu'il tira du corps de bataille. Baresmane, à la tête de l'aile gauche des Perses , renversoit tout ce qui se trouvoit devant lui, lorsque les Huns fondirent avec furie sur ses escadrons, les rompirent, et, les ayant coupés , ils en mirent en fuite la moitié, tandis que le reste, cessant de poursuivre les*Romains , fit volte-face pour revenir sur les Huns. Les fuyards tournent bride aussitôt, et reviennent sur les Perses. Sunica perce jusqu'à la bannière des immortels , çt tue celui qui la porte. Baresmane court en cet endroit pour sauver cette respectable enseigne; Sunica le renverse d'un coup de lance. La chute de ce guerrier jette l'épouvante parmi les Perses; ils fuient; les Romains rapprochent leur ailes, les enveloppent , et en tuent cinq mille. Tout se débande du côté des Perses ; les fantassins jettent leurs boucliers pour fuir plus légèrement ; la plupart sont massacrés. Comme les Romains avoient rompu leurs rangs dans la poursuite, et que le désordre étoit le même dans l'armée victorieuse et dans l'armée vaincue, Bélisaire fit sonner la retraite , de crainte que les Perses , après s'être ralliés, ne vinssent leur arracher la victoire. C'étoit assez d'avoir appris aux Romains que l'ennemi n'étoit pas invincible. Cette action rabattit la fierté des Perses ; ils n' osèrent hasarder une seconde bataille. On se contenta de part d'autre de faire des courses , où les Romains furent
toujours supérieurs. Voilà ce qui se passa cette année en Mésopotamie.
Cahade ne fut pas plus heureux en Arménie. Il y avoit envoyé une armée composée de Persarméniens et de Sunites, peuple barbare, voisin du Caucase. Trois mille Sabirs s'étoient joints à ces troupes. Merméroës, à la tête de cette armée, vint camper à trois journées de Théodosiopolis. Dorothée , capitaine habile et expérimenté, commandent les troupes de la province, et Sittas , général des armées de l'empire , étoit en Arménie, A la nouvelle de ces mouvemens , ils envoyèrent deux officiers pour reconnoître les forces de l'ennemi. Ceuxci , après s'être introduits dans le camp , le visitèrent tout entier, et furent rencontrés au retour par un parti de Huns au service des Perses; l'un des deux, nommé Dagaris, fut pris; mais l'autre, s'étant échappé, vint rendre compte de ce qu'il avoit vu. Sur cet avis les généraux font prendre les armes à leurs soldats, et mar^ chënt en diligence au camp ennemi. Les Perses, surpris de cette attaque imprévue, ne songent qu'à prendre la fuite. Les Romains en font un grand carnage, pillent le camp , et retournent à leur premier poste. * Merméroës , après avoir rallié ses troupes , voulut se venger de cet affront par une entreprise éclatante. Il passa l'Euphrate, et entra dans l'Arménie mineure. Sittas et Dorothée, instruits de son dessein , l'avoient prévenu; ils ctoient campés à deux lieues et demie de la ville de Satale. A la nouvelle de son approche , Dorothée s'enferma dans la ville , et Sittas , avec un camp volant de mille hommes , alla se poster derrière une des collines dont la plaine de Satale èst environnée. L'armée de Perse étoit de trente mille combattans, et presque double de celle des Romains. Les Perses s'avancèrent jusqu'au pied Ses murs , et se préparoient à l'attaque , lorsqu'ils aperçurent un corps de cavalerie qui descendoit d'une colline et marchoit droit à eux. C'étoit le détachement
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de Sittas , que la surprise et la poussière excitée patf un grand vent leur faisoient paroître beaucoup plus nom* bretix qu'iUn'étoit en effet. Les Perses se réunissent , serrent leurs rangs, et marchent de ce côté-là. Tandis que les Romains , partagés en deux corps, les amusent par des escarmouches, ceux qui sont dans la ville font une sortie , et les chargent vigoureusement par-derrière. Les soldats de Merméroës , effrayés de se voir attaqués en tête et en queue , prennent la fuite ; mais bientôt , s'étant aperçus de la supériorité de leur nombre , ils font ferme et tournent visage. On combat avec chaleur ; et comme ce n'étoit de part et d'autre que cavalerie, on fuyoit et on revenoit alternativement à la charge. Un commandant d'escadron , nommé Florence , procura la victoire aux Romains. S'étant jeté au milieu des ennemis , il arracha l'enseigne générale , et , la tenant baissée , comme il retôurnoit joindre les siens, il fut atteint et haché en morceaux. Mais la confusion se mit dans l'armée des Perses lorsqu'ils ne virent plus leur enseigne ; *ils prirent l'épouvante, et se sauvèrent dans leur camp avec une grande perte. Le lendemain ils se retirèrent sans être poursuivis, les^ Romains se tenant heureux d'avoir remporté avec un nombre fort inférieur une si glorieuse victoire.
L'empereur , qui souhaitoit la paix avec la Perse pour employer toutes ses forces à la conquête de l'Afrique , crut qu'une campagne si malheureuse auroit rendu le roi plus traitable. Il ordonna donc à Rufin de l'aller trouver. Cabade le reçut avec honneur ; mais, aux propositions de Rufin , il répondit qu Anastase avoit par avarice refusé de partager la dépense nécessaire pour la garde des portes Caspiennes ; que les Perses y entretenaient une garnison considérable pour fermer le passage aux barbares , et qu'il n'étoit pas juste qu'ifs fussent chargés à leurs frais de mettre à couv ert les terres de t empire. Je suis obligé, ajouta-t-il , de tenir tou-
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jours sur pied deux armées ; l'une pour t opposer aux barbares du nord , l'autre pour arrêter les violentes des Romains, qui ne font aucun scrupule de violer les traités. N'est - ce pas contre les traités qu'ils ont bâti Dora et entrepris d'élever une forteresse à Mindone ? L'empereur peut choisir de la paix ou de la guerre; mais il ne peut obtenir la paix qu'en contribuant à la garde des portes Caspiennes , ou bien en démolissant Dara. Ru tin porta cette réponse à Constant inople, où Hermogène se rendit peu de temps après.
Jnstinien ne fut pas moins heureux cètte année du chr. Mat*. côté de (Occident. Une multitude de barbares, que les ^aUia^p. chroniques de ce temps-là appellent Goths , et que je croîs être Esclavons , se jetèrent dans i'Illyrie , et les Bulgares dans la Thrace. Mondon , que nous avons vu , sous le règne d'Anastase, s'emparer du château de Herta, s'attacher au service de Théodoric , et faire la guerre aux Romains , s'étoit donné à Justinien depuis la mort du roi des Goths, et l'empereur lui avoit confié le commandement des troupes d'Illyrie. Il marcha d'abord contre les Esclavons, et ce fut la première fois que les Romains combattirent cette nation. Mondon les tailla en pièces, fit un grand butin, et prit un de leurs chefs, qu'il envoya chargé de chaînes à Constantinople. Étant ensuite passé en Thrace, il défit les Bulgares dans un combat où il leur tua cinq cents hommes , et les foçça de repasser le Danube.
Ce fleuve , qui avoit si long-temps servi de rempart Proc. Goth. aux terres des Romains, étoit devenu , depuis raffoi-'*0' c"**' lotissement de l'empire, le passage ordinaire des nations du nord , qui venoient le ravager. C'étoit par là que les Goths , les Huns , les Gépides avoient inondé les deux Mœsies , la Dace , la Pannoniê. De nouveaux essai ms de barbares , peu connus auparavant, commençoient à franchir ses bords. Les Esclavons et les Bulgares faisoient trembler la Thrace, et la menaçoient des mêmes.
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horreurs quelle avoit éprouvées sous Valens. Ce fut pour la *mettre à couvert que Jnstinien donna le commandemeut de cette province à Chilbudius, brave guerrier , qui s'étoit doublement signalé et dans le service du palais, par un désintéressement à toute épreuve, et dans les armées par sa valeur. L'empereur le chargea de garder les bords du Danube. Il se rendit si redoutable , que , pendant les trois années qu'il commanda dans ce pays, les barbares qui se montraient souvent sur la rive opposée , n'osèrent jamais passer le fleuve. Il le passa lui-même plusieurs fois , alla chercher les Bulgares et les Esclavons , les tailla en pièces , et revinfevec un grand nombre de prisonniers. Enfin, la troisième année de son gouvernement , s'étant hasardé au - delà du Danube avec peu de troupes , il fut enveloppé par les Esclavons, qui avoient réuni tout ce qu'ils avoient de combattans. Il fallut céder au nombre. Chilbudius périt après avoir fait des prodiges de valeur. Depuis ce temps le passage du Danube fut ouvert aux peuples du nord; et toutes les forces de l'empire ne purent faire , dit Procope , ce qu'avoit fait un seul homme. Constant. J'ai déjà parlé des Bulgares lorsqu'ils se montrèrent admlimp. e. sur ^es hords du Borysthène, où Théodoric les défit en a9- cluvtr 4^5. Je vais rassembler ici en peu de mots ce que les serin, antiy. divers auteurs nous apprennent de l'origine , des progrès
etV.slt.iZ et ^es niœiirs des Esclavons, nation puissante et nom- Heimod. hreuse, qui s'est répandue par succession de temps dans c. 84. la moitié de 1 Europe , et dont la langue subsiste encore g°Jl?'c?Î ^5! dePuk 1» nier Caspienne jusqu'en Saxe, et depuis le Mauro orùi- golfe Adriatique jusqu'à la mer Glaciale, si l'on en 'gtîs&vi. excepte la Hongrie. Son origine n'est pas moins diffir P,ernsts'. ciie à démêler que celle des Goths, des Vandales, des intam Tfieo- Lombards, et des autres nations barbares, qui , n'ayant
lionci à Co- . <• • 11 • 1 t • • i i
chiœo. p. ni la connoissance des lettres, ni le loisir de s en occu-
Te 'saurodel. Per ' ont sans cesse ^ 'a êuerre * des voisins aussi barreg„o d'ita- bares qu'eux, et ne se sont montrés aux yeux des Grecs
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et des Romains que lorsque ceux-ci avoient eux-mêmes Lucius de perdu le goût des recherches littéraires. D'ailleurs il „,mj. , , falloit songer à leur résister plutôt qu'à étudier leur " %c 1 ct l* origine. Quelques écrivains , regardant la Scandinavie Ww/. comme la mère de tous les peuples barbares qui ont excerpioirm inondé le reste de l'Europe , font sortir les Esclavons de Swaboms, cette péninsule , dont la fécondité étoit , selon eux , inépuisable. Ils placent cette première migration deux cents ans avant la guerre de Troie ; c'est-à-dire , »dans un temps où l'histoire profane ne présente que des obscurités presque impénétrables. Les Esclavons, confondus alors avec les Goths, se répandirent dans la Sarmatie, qu'ils subjuguèrent jusqu'au Tanaïs. La plupart des historiens, sans remonter à ces antiquités incertaines, les prennent d'abord dans la Sarmatie septentrionale, entre la Finlande et le fleuve Obi. Les Esclavons s'avancèrent ensuite vers le midi , d'un côté jusqu'aux Palus-Méotides , de l'autre jusqu'à la Vistule, qui leur servoit de bornes à l'Occident. Ils sont les mêmes que les Vénèdes, qui habitoient les côtes de la mer Baltique : ce qui paroît confirmé par le nom de Windischmarck , que les Allemands donnent encore à un canton situé sur la frontière de la Carniole et de l'Esclavonie, comme ils appellent Wenden un pays situé sur la côte de cette mer. Ces nations belliqueuses et fières de leur bravoure prirent le nom de Slaves, qui veut dire braves et illustres : ce n'est que par corruption que les Grecs et les Romains les ont appelés Se laves , Sclabins, Sel avons. Ils marchèrent sur les traces des Vandales, et occupèrent successivement toutes les contrées dont ceux-ci s'étoient rendus maîtres avant eux. Enfin ils se fixèrent entre la Vistule et le Niester. Les Antes, qui étoient les plus braves d'entre eux, s'établirent entre ce dernier fleuve et le Danube. On les a confondus tantôt avec les Bulgares, tantôt avec les Abares? parce que, s'étant joints à ces peuples, ils ont souvent marché sous leurs étft
dards. Ermanaric, le héros de la nation gothique, Iqs avoit soumis à son empire.
Proc. Goth. Les Esclavons ne reconnoissoient qu'un Dieu , maître 1 L'.o 'tac'tic. de l'univers et du tonnerre. Ils lui immoloient des vic- C1<s* times, ils lui faisoient des vœux dans leurs maladies;
mais ils rendoient un culte subalterne aux fleuves, aux nymphes et à quelques antres divinités; ils leur offroient des sacrifices , et les consultaient sur l'avenir. Ils n'avoient pour habitation que des cabanes fort éloignées les unes des autres, ce qui faisoit qu'ils occupoient un grand terrain. C'est pour cette raison que les Grecs donn oient aux Esclavons et aux Antes, le nom commun de Spores, c'est-à-dire, dispersés. Us étoient de grande taille , et robustes , avoient le teint basané et les cheveux roux, ils' supportaient avec patience la fatigue, la disette, et toutes les incommodités de l'air et des saisons. Ilschangeoient souvent de demeures , et choisissoient par préférence des lieux escarpés et impraticables, ce qui les rendoit très-agiles. Leur nourriture étoit grossière et sans apprêt , comme celle des Huns , auxquels ils ressembloient encore par la malpropreté et par la franchise. Le millet étoit le seul grain qu'ils cultivoient, méprisant d'ailleurs l'agriculture, et ne connoissant d'autre occupation que la guerre, ni d'autre mérite qu'une bravoure féroce. Dans les batailles, la plupart combattoient à pied, sans autres armes qu'une rondache et deux javelots fort courts. Ils se ser voient aussi de flèches empoisonnées , et ce poison étoit si subtil, que si l'on n'y apportoit un prompt remède, soit en avalant quelque antidote, soit en coupant la partie blessée, toutle corps étoit bientôt gangrené. Ils ne portoient point de cuirasse; quelques-uns même , par ostentation de valeur, alloient au combat nus jusqu'à la ceinture. Passionnés pour la liberté, ils se gouvernèrent en démocratie tant qu'ils demeurèrent au-dela du Danube ; lorsqu'ils l'eurent passé, ils refusèrent constamment de se soumettre aux lob
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romaines, aimant mieux être maltraités par un compatriote que de vivre heureux sous un gouvernement étranger. C'étoit cependant le peuple du monde chez qui les droits de l'hospitalité étoient le plus respectés. Non contens de recevoir humainement les étrangers, ils les escortoient dans leurs voyages; ils les dcfendoient contre toute insulte, et se faisoient un point d'honneur de prendre les armes pour les venger. Ils ne retenoient les prisonniers en esclavage que pendant un certain temps, après lequel ils leur permettoient de retourner en leur pays, on de vivre en liberté avec eux. Leurs femmes étoient chastes, et tellement attachées à leurs maris, qu'ordinairement elles se donnoient la mort plutôt que de leur survivre.
Les mauvais succès de la campagne précédente afifli- An. 55 1. geoient Cabade : il s'en vengea sur Pérose, en lui faisant **™c^ i"rs' ôter publiquement les marques de la dignité de mirrhane, Maièia\ p. c'est - à - dire de commandant général des troupes de 61 * 6a ' Perse. Celui qui en étoit revêtu ne reconnoissoit de su- ^^°Pll5'2p' périeur que le roi, c'est-à-dire un cercle d'or enrichi 153. * de pierreries. Tout étoit réglé dans l'habillement des 1™!»^. Perses. Il n'étoit permis à personne de porter ni ceinture, l6ni anneau, ni agrafe d'or, ni aucune sorte d'ornement, si on ne l'avoit reçu du prince. L'hiver ne se passa pas sans alarme pour les Romains. Alamondare, chef de tous les Sarrasins tributaires de la Perse, ne leur donnoit point de repos. Ce guerrier infatigable ne cessa pendant cinquante ans de servir fidèlement la Perse, et fit à l'empire des maux infinis. Il étendit ses ravages depuis les frontières de l'Egypte jusqu'en Mésopotamie. Toujours à cheval, toujours le fer à la main, il pilloit les campagnes, détruisoit les édifices, entraînoit des milliers de prisonniers, dont il égorgeoit les uns et vendoit les autres. Il étoit presque aussi difficile de le joindre que de le vaincre. Prudent et circonspect dans les entreprises les plus hardies, il ne s'engageoit qu'après avoir
fait reconnoître le pays, et se rétif oit si à propos et avec tant de vitesse , qu'il ctoit déjà bien loin avec son butin lorsque les officiers romains se mettoient en marche pour l'aller combattre. Un jour il enveloppa des troupes nombreuses qui le poursuivoient , et les fit toutes prisonnières avec leurs capitaines Jean, et Démostrate , frère de Ru fin , dont il tira une riche rançon. Les chefs des Sarrasins sujets de l'empire ne pouvoient tenir devant lui , et ce fut en vain que Justinien donna le commandement de plusieurs tribus d'Arabes à Aréthas avec le titre de roi. Aréthas , soit faute de courage ou de bonheur, soit par trahison, fut presque toujours battu. Alamondare s'avança jusqu'au voisinage d'Antioche , brûla les faubourgs de Chalcis, désola tout le pays, et , au premier mouvement des troupes de Syrie, il regagna les déserts d'Arabie avec une foule de prisonniers. Peu de temps après, Diomède, commandant de Phénicie , mécontent d' Aréthas , força celui-ci de sôrtir de la province. Alamondare profita de cette occasion pour se venger d'Aréthas ; il fondit sur lui , et l'obligea de se sauver, laissant à la merci de l'ennemi sa femme et ses enfans. A cette nouvelle , tous les officiers romains qui se trouvoient en Phénicie , en Arabie , en Mésopotamie, ^assemblèrent leurs troupes; Aréthas se joignit à eux. Alamondare, hors d'état de résister à tant de forces réunies , s'enfuit dans le fond des déserts de l'Arabie , où jamais les armes romaines n'avoient pénétré. Son camp fut pillé. Outre une grande, multitude de femmes, d'enfans, de troupeaux*, de chameaux, il s'y trouva quantité d'étoffes de soie; c'étaient les dépouilles de la Syrie. On recouvra pour lors les prisonniers qu'il emmenoit ; on avança jusqu'aux frontières de Perse, où les Romains brûlèrent quatre châteaux. Lorsqu'ils furent retournés en Syrie, Alamondare, outré de colère, rassembla en un seul lieu tous les prisonniers qu'il avoit enlevés dans les courses précédentes; il leur déclara
qu'ils alloient payer de leur sang la perte qu'il venoit de faire, et fit sur-le-champ trancher la tête à plusieurs d'entre eux. Les autres , se jetant à ses pieds, lui demandèrent quelque délai pour envoyer dans leur patrie recueillir de quoi payer leur rançon : il leur accorda soixante jours. Taïzane, chef d'une tribu de Sarrasins, eut assez d'humanité pour se rendre leur caution. Ils dépêchèrent aussitôt à Antioche, pour y faire connoître le danger où ils ëtoient , et pour demander du secours. Leur requête étant lue publiquement dans la grande église, tira des larmes de tout le peuple. Le patriarche, le clergé, les magistrats donnèrent l'exemple d'une abondante charité , et les habitans s'empressèrent tous de contribuer, chacun selon ses moyens. Cet aflgent fut aussitôt porté au Sarrasin, qui rendit la liberté aux prisonniers.
Pour arrêter par une diversion ces incursions conti- Proc. pers. miellés, l'empereur entreprit de susciter aux Perses de j^jjêulp. nouveaux ennemis du côté dé l'Arabie. Justin s'étoit lié 67, C8^ d'amitié avec Elisbaan , roi d'Ethiopie ; il l'avoit aidé ron. dans la conquête du pays des Homérites, où ce prince £y°™p}"9 avoit établi pour roi un chrétien nommé Abraham. uum,cod. 3, Elisbaan ayant renoncé à la couronne pour mener une''' vie pénitente , Hel lestée lui avoit succédé. Les Homérites, méprisant Abraham , qui n'étoit originairement qu'un simple facteur d'un marchand romain dans la ville d'Adulis , le détrônèrent, et mirent à sa place un Juif ou un idolâtre, dont on ignore le nom. Comme le nouveau prince traitoit les chrétiens avec une extrême rigueur , Hellestée vint lui faire la guerre : il défit ses troupes, le * tua dans le combat , et mit la couronne sur la tête d'un chrétien du pays, nommé Esimiphée, à condition qu'il paieroit tribut à l'Ethiopie. Après cette expédition, Hellestée retourna dans son royaume ; mais il ne ramena pas toutes ses troupes. La beauté du climat et la richesse du pays en retinrent un grand nombre. Peu de temps
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après, ces déserteurs , ayant soulevé plusieurs habitans, excitèrent une sédition contre Esiraiphée; ils se saisirent de sa personne, renfermèrent dans une forteresse, et remirent Abraham sur le trône. Hellestée, pour dissiper cette rébellion, envoya trois mille hommes commandés par un de ses parens. Mais ces soldats , charmés euxmêmes de la fertilité de cette heureuse contrée , traitèrent secrètement avec Abraham , et , au moment de la bataille, ils tuèrent leur chef et se joignirent aux Homérites. Le roi d'Ethiopie envoya une seconde armée qui fut taillée en pièces. Enfin il prit le parti de laisser régner Abraham. Celui-ci, après la mort d'Hellestée, s'assura de la paix avec l'Ethiopie en se soumettant à payer tribut.
Pendant qu'Hellestée régnoit en Ethiopie, et Esimiphée sur les Homérites, Justinien leur députa Julien, un de ses secrétaires, et Nonnose, pour représenter à ces deux princes qu'étant déjà unis avec lui par la profession du christianisme, ils dévoient le secourir contre les Perses. Les députés étoient chargés d'inviter en particulier le roi d'Ethiopie à se rendre maître du commerce de la soie , qui jusqu'alors se faisoit par la Perse , et à tirer immédiatement des Indiens cette marchandise , pour la transporter par le Nil à Alexandrie; ce qui procureroit à ses états un profit immense , et aux Romains Tunique avantage de ne pas faire passer leur argent entre les mains de leurs ennemis. Ils dévoient aussi engager le roi des Homérites à rendre à Caïse le commandement des Maaddéniens , et à l'envoyer à leur tête faire une incursion dans la Perse. Ce Caïse étoit un prince sarrasin , très-vaillant, et fort attaché au service de l'empire. Son fils Mavias étoit même alors dans le palais de Justinien en qualité d'otage. Mais Caïse , ayant tué un parent d'Esimiphée, avoit été obligé de prendre la fuite, et menoit une vie errante dans les déserts de l'Arabie. Les Maaddéniens étoient des Sarrasins , voisins et tributaires- des
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Homérites. Les envoyés allèrent d'abord en Ethiopie , où ils forent bien reçus. Un auteur, voisin de ce tempslà , décrit ainsi cette audience. Le roi, monté sur un char à quatre roues couvert de lames d'or et attelé de quatre éléphans. Il étoit nu jusqu'à la ceinture , ne portant sur ses épaules qu'une tunique ouverte par-devant et semée de perles. Il avoit des bracelets d'or. Sa tête étoit couverte d'un turban de toile de lin brochée d'or , d'où pendoient de chaque côté quatre chaîilettes d'or. Il portoit un collier de même métal , et tenoit d'une main une rondache dorée , et de l'autre deux demi - piques. Autour de lui étoient rangés ses courtisans sous les armes, entremêlés de musiciens , qui jouoient de la flûte. Les ambassadeurs le saluèrent les genoux en terre ; le roi les ayant fait relever et approcher de lui , prit de ses mains la lettre de l'empereur, baisa l'empreinte du cachet, reçut les présens qui lui étoient offerts; et, après avoir fait lire la lettre par un interprète, il expédia surle-champ des ordres pourHaire marcher ses troupes , et envoya par écrit au roi de Perse une déclaration de guerre. Ensuite, après avoir embrassé Julien et Nonnose, il les congédia avec honneur, et dépêcha de sa part un ambassadeur à Justinien , avec une lettre e^e riches prés^ns. Il paroît, par le récit de l'historien , fie toutes ces opérations furent terminées dans une seule audience. Comme les députés alloient d'Auxume à Adulis , éloignée de quinze journées de chemin , d'où ils dévoient passer en Arabie, ils rencontrèrent dans u/ie vaste plaine un troupeau de cinq mille éléphans qui paissoient en liberté , et dont personne n'osoit approcher. Le roi des Homérites promit aussi tout ce que l'empereur désiroit. * Mais ce grand empressement ne fut suivi d'aucun effet de part ni d'autre. Les Ethiopiens ne pouvoient enlever aux Perses le commerce de la soie ; ceux-ci , par le voisinage de l'Inde , attirant ceHe marchandise dans leurs ports , ils ne pouvoient non plus pénétrer dans la Perse
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qu'après un long et pénible voyage au travers des sables et des vastes déserts de l'Arabie. Cette même raison mit Esimiphée hors d'état de tenir parole. Dans la suite , Abraham, après avoir a lier mi sa puissance, réitéra souvent à Justinien la même promesse : il se mit même une fois en marche; mais bientôt les difficultés le rebutèrent, et il revint sur ses pas. Ce fut là tout le fruit que Justînien retira de cette ambassade. Quelque temps après, Caïse, laissant 1Ê commandement de son pays à ses deux frères, se retira à Constantinople avec un grand nombre de ses sujets, et reçut de l'empereur le gouvernement de la Palestine,
Pnc.pen. Cependant Alamondare, après les courses qu'il avoit lMaieia\ p. faites durant l'hiver, étoit retourné en Perse. 11 rassura 6î>jorn de Cabade qui sembloit avoir perdu courage, lui repréregn. succès, sentant « que le moyen de vaincre les Romains n'étoit « pas de les combattre en Mésopotamie , où leur fron- « tière étoit défendue par des places fortes et de nom- « breuses garnisons ; qu'il falloit aller les attaquer au- « delà de l'Euphrate, dans le cœur de leurs états , où « l'on tronveroit des filles ouvertes et sans défense ; que, « pour se rendre maître d'Antioche, capitale de l'O- « rient jil ne seroit besoin que de se présenter; que « cette voluptueuse , occupée sans cesse de fêtes et « de spectacles , ne craignoit rien moins qu'une attaque « soudaine. Prince (lui dit-il), vous verrez à vos pieds « toutes les richesses d'Antioche et ses habitans en- « chaînés avant que les troupes romaines cantonnées « en Mésopotamie aient reçu le premier avis de notre « passage. Je connois le pays; je conduirai votre armée • « par la route la plus sûre et la plus commode. » Cabade, encouragé par ce conseil, nomma pour général Azaréthès, guerrier vaillant et habile; il ne voulut cependant lui donner que quinze mille hommes ; mais c'étaient les meilleures troupes de la Persej. Alamondare fut chargé de la conduite de l'armée. Les Perses passe-
rent l'Euphrate en Assyrie, et remontèrent le long du fleuve vers la Comagène. Bélisaire , qui étoit en Mésopotamie vers Nisibe, n'eut pas plus tôt appris leur marche , qu'il garnit de soldats les places du pays pour les mettre en état de défense , en 'cas que Cabade les fît attaquer par une autre armée. Ayant ensuite rassemblé le reste de ses troupes, il' passa l'Euphrate à Samosate, et marcha en diligence à la rencontre des ennemis. Il avoit avec lui vingt mille hommes, dont deux mille étoient Isaures et Lyoaoniens. Les chefs de la cavalerie étoient les mêmes qu'à la bataille de Dara. Pierre commandoit l'infanterie ; Longin et Stéphanace les Isaures. Aréthas joignit l'armée avec cinq mille Sarrasins. Bélisaire marcha jusqu'à Barbalisse près de Chalcis , dont les ennemis n'étoient éloignés que de cinq lieues. Ilscampoient au pied d'un château nommé Gabbule; et, de crainte de surprise, ils avoient semé des chausse-trapes autour de leur camp , ne laissant qu'un seul passage. Sur nica , à la tête d'un corps de quatre mille cavaliers , s'avança jusque sur leurs derrières , sans en avoir reçu d'ordre, et tomba sur une troupe de Perses qui pilloient le pays. Il tua les uns, et enleva les autres pour en tirer des lumières sur les desseins de l'ennemi. Bélisaire sut mauvais gré à Sunica d'avoir agi sans ordre ; et ce général, sévère sur l'observation de la discipline, alloit lui ôter le commandement , lorsque Hermogène arriva avec un renfoVt de quatre mille hommes. Celui-ci obtint grâce pour Sunica. Azaréthès et Alamondare, surpris de la diligence de Bélisaire , résolurent de retourner sur leurs pas : mais, avant que de partir, ils eurent la hardiesse de forcer pendant la nuit le château de Gabbule , qu'ils pillèrent ; et , chargés de butin, traînant à leur suite les prisonniers , ils regagnèrent l'Euphrate , et marchèrent le long du fleuve qu'ils avoient à leur gauche. Les Romains les suivoient à la distance d'une journée ; en sorte qu'ils campoient tous les soirs où les Perses
avoient campé la nuit précédente. Bélisaire ne voulohY pas les atteindre , se contentant de les faire sortir des terres de l'empire sans avoir exécuté leurs projets. Mais toute Farinée , tant les officiers que les soldats , brûloient d'impatience d'en venir aux mains ; et, n'osant résister en face à leur général, ils murmuroient en secret , etvle taxoient de lâcheté.
Les Perses, poursuivis de si près, ne cherchoient qu'à passer le fleuve. Ils campèrent vis-à-vis de Callinique , et Bélisaire à Sura , trois ou quatre lieues au-dessus. Le lendemain les Romains s'étant mis en marche de grand matin , arrivèrent au moment que les Perses décampoient. C'étoit la veille de Pâques, qui, cette année, tomboit au vingtième d'avril. Ce jour-là les chrétiens observoient jusqu'au soir le jeûne le plus rigoureux , dont les armées même ne se dispensoient pas. Bélisaire avoit pour maxime de ne jamais risquer une bataille lorsqu'il pouvoit réussir sans tirer l'épée. Voyant ses soldats impatiens de combattre, il les assembla pour leur faire entendre que cette ardeur étoit tout-à-fait inconsidérée : Qu* est-il besoin , leur dit-il , de verser notre sang? la terreur a déjà vaincu les ennemis. Ils fuient, pourquoi donc entreprendre de les mettre en fuite ? La victoire est entre nos mains ; nous voulons nous en dessaisir et V abandonner au hasard d'une bataille. Dieu refuse son secours aux téméraires qui se jettent de gaîté de cœur dans le péril. Qui sait si le désespoir n'inspirera pas de nouvelles forces aux ennemis , tandis que les nôtres sont affoiblies par le jeûne et par la fatigue d'une longue marche ? Toute l'armée l'interrompt par des cris; les plus séditieux , confondus dans la foule, l'accablent .d'injures. Plusieurs officiers, par 119e folle affectation de bravoure , imitent l'insolence du soldat. Bélisaire, voyant qu'il étoit impossible de résister à cette fougue impétueuse , et voulant du moins sauver l'honneur du commandement, change de langage : Je vour-
lois éprouver votre courage, leur dii-i\7 /e suis content, camarades , et vous allez Vêtre. Combattez avec autant d'ardeur que vous demandez la bataille. Il range son infanterie au bord du fleuve; il poste à l'aile droite Aréthas et ses Sarrasins ; il se place au centre à la tête de sa cavalerie. Azaréthès, de son côté, anime ses gens par la nécessité de vaincre ou de mourir ; il porte les Perses à l'aile droite, les Sarrasins à l'aile gauche, et fait sonner la charge.
On s? battit d'abord à coups de flèches, en quoi les Romains avoient l'avantage. Les Perses étoient plus adroits, et tiroient plus vite; mais leurs traits, rencontrant de fortes cuirasses , des casques et des boucliers à l'épreuve, n'y pouvoient pénétrer; au lien que les arcs des Romains, tendus avec plus de force par des bras plus vigoureux, décochoient des flèches meurtrières, les Perses n'ayant point d'armes défensives, ou n'en ayant que de mauvaises. Dans les intervalles des décharges, des cavaliers s'avançoient de part et d'autre entre les deux armées, et faisoient parade de leur valeur. Du côté des Perses, Andrazès et Naaman, fils d' Alamondare , furent tués dans ces combats singuliers. Du côté des Romains, Stéphanace y perdit la vie, et Abrus, capitaine sarrasin, fut fait prisonnier. Enfin les armées se mêlèrent; les deux tiers du jour étoient déjà passés, et la victoire étoit encore indécise , lorsque les plus braves des Perses, s'étant réunis pour former un escadron , fon- . dirent sur l'aile droite où étoit Aréthas avec ses Sarrasins. Ceux-ci prirent si promptement la fuite, qu'ils donnèrent lieu de les soupçonner de trahison. La terreur se communiqua aux Isa nres et aux Lycaoniens ; c'étoit la plupart des paysans tirés de la enarrue , et qui n'avoient jamais vu d'ennemis; ils ne firent pas même usage de leurs armes; ils avoient cependant crié plus haut que les autres pour demander la bataille et pour insulter Bélisaire. Ils périrent presque tous , soit par
l'épée des ennemis , soit dans l'Euphrate, où ils se précipitaient, espérant de le passer à la nage. Les Perses, après avoir renversé ces escadrons, enveloppèrent la cavalerie romaine , et la prirent à dos. Elle Et peu de résistance ; la plus grande partie se jeta dans le fleuve , et gagna les îles voisines, tandis que les plus vaillans, au nombre de huit cents, disputoient encore le terrain, et vendoient bien cher leur vie. Avec eux périt Ascan , qui n% cessa de combattre jusqu'au dernier soupir. Bélisaire , accompagné de Sunica et de Symmas, tint ferme dans son poste , et repoussa toutes les attaques tant qu'il fut secondé de la valeur d' Ascan. Mais, après la perte de ce brave officier, il se retira dans le gros de l'infanterie, qui, sous la conduite de Pierre, n'avoit pas encore été . entamée. Bélisaire mit pied à terre, et commanda aux autres cavaliers d'en faire autant. Ce bataillon, quoique peu nombreux, ayant reculé jusqu'au bord du fleuve pour n'être pas enveloppé , soutint avec un courage opiniâtre tous les efforts des assaillans. Il ne fut pas possible de le rompre; serrés corps contre corps, hérissés de piques, couverts de leurs boucliers, les Romains montroient de toutes parts un front redoutable, et portoient plus de coups qu'ils n'en recevoient. En vain les cavaliers perses s'abandonnèrent sur eux à plusieurs reprises ; ils furent autant de fuis forcés de tourner bride ; les chevaux , épouvantés du bruit des boucliers que les Romains frappoient de leurs épées , se fabroient et renversoient leurs cavaliers. Dans ces chocs réitérés on tua aux Perses deux officiers-généraux, et Sunica fit prisonnier Amerdac, renommé pour sa valeur, après lui avoir abattu le bras d'un coup de sabre. On poursuivit même les Perses l'espacçWe deux mille pas. Mais, la nuit étant survenue , les combat tans se séparèrent. Les Perses retournèrent à leur camp , et Bélisaire ayant trouvé un bateau, se retira dans une île du fleuve, où un grand nombre de fuyards s'étoient sauvés à la nage, lie lendemain les
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habitans de Callinique leur envoyèrent des barques pour les transporter dans leur ville. Les Perses se remirent en marche après avoir dépouillé les morts, entre lesquels ils ne trouvèrent pas moins de leurs soldats que d'ennemis.
Quoique cette bataille eut coûté beaucoup de sang aux Perses , elle étoit sans doute glorieuse à leur chef. Il avoit défait une cavalerie presque double de la sienne, et remporté un avantage sur un général auquel on pou voit même céder sans honte. Toutefois , au lieu d'une récompense , il ne trouva qu'ingratitude auprès de Cabade. C'étoit en Perse une ancienne coutume qu'une armée prête à partir passât en revue devant le roi, et que chaque soldat jetât , en passant , une flèche dans des corbeillrs, qu'on scelloit ensuite du sceau royal. Au retour de l'expédition, l'armée défiloit encore en présence du prince , et chaque soldat reprenoit une flèche dans ces corbeilles. On jugeoit du nombre des morts par les flèches qui restoient. La première fois que Azaréthès se présenta devant le monarque , Cabade lui demanda s'il avoit augmenté le domaine de la Perse par la prise de quelques villes , ayant promis avec Alamondare de faire la conquête d'Antioche. Azaréthès répondit qu'il n'avoit point pris de ville, mais qu'il avoit vaincu Bélisaire et taillé en pièces les Romains. Cabade fit défiler son armée ; et , voyant qu'il restoit dans les corbeilles plus de flèches qu'on n'en avoit retiré, il jugea qu'il avoit perdu plus de la moitié de ses troupes. Il fit au général de vifs reproches d'avoir acheté si cher un succès si équivoque; et, depuis ce moment, il le traita avec le dernier mépris.
Cabade fit aussitôt partir trois autres généraux , du nombre desquels étoit Merméroës, avec une nouvelle armée, pour attaquer les places de la Mésopotamie. Ils allèrent assiéger Abgersate, forteresse de lOsrhoè'ne, bâtie autrefois par Un Abgare, dont elle conservoit le
nom. La garnison se défendit da haut des murs à coups de traits, et il en coûta la vie à mille Perses. Lorsque les flèches furent épuisées, on lit usage de frondes, qui abattirent encore un grand nombre d'ennemis. Les Perses, ainsi maltraités, prirent le parti de pratiquer un souterrain qu'ils poussèrent jusque sous la muraille. Les habitans en ayant eu connoissance, contre-minèrent de leur côté , et rencontrèrent les travailleurs, qu'ils massacrèrent. Mais pendant qu'ils se battoient sous terre , les Perses s'emparèrent de la place par escalade , et passèrent an fil de l'épée les soldats et les habitans, dont il n'échappa qu'un très- petit nombre.
Proc. pers. Hermogène, après la bataille de Callinique, avoit MaMalp. écrit à l'empereur, qui, pour être mieux instruit du détail , envoya sur les lieux Constantiole. Sur le rapport de celui-ci, Justinien rappela Bélisaire, qui ne fut jamais bien servi par les courtisans. Il donna ordre à Sittas,qui commandoit en Arménie, de venir prendre le commandement des troupes de Mésopotamie. Cependant Alamondare demanda aux généraux romains des passe- ports pour le diacre Sergius, qui portoit à l'empereur des propositions dé paix. Justinien , disposé à profiter de cette ouverture, renvoya Sergius avec des présens pour Alamondare. Il en envoyoit aussi à Cabade, et l'impératrice à la reine. Rufin et Stratège furent chargés de la négociation ; et , étant arrivés à Edesse , ils firent savoir an roi qu'ils attendoient ses ordres pour aller traiter avec lui. Cabade ne se pressa pas de les mander ; il formoit de nouvelles entreprises.
Un corps de six mille Perses étoit campé sur les bords du Nymphée près d'Amide, dans le dessein d'aller attaquer Martyropolis, qui en est à dix lieues. Buzès et Bésas, qui commandoient dans cette place, en ayant eu avis , sortirent à la tête de la garnison, et marchèrent aux ennemis. Lorsque le combat fut engagé, ils feignirent de prendre la fuite, mais en bon ordre et sans
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rompre leurs rangs. Les Perses s'étant débandés dans la poursuite, ils retournèrent sur eux, et en tuèrent deux mille, enlevèrent leurs enseignes, et firent leurs commandans prisonniers. Les autres se noyèrent dans le Nymphée. Les Romains dépouillèrent les morts, et revinrent à Martyropolis.
En Persarménie , Dorothée battit les Perses en plusieurs rencontres, et leur enleva plusieurs châteaux. Il ne fut arrêté que par une forteresse construite sur une hauteur, dont le chemin étoit si étroit , qu'il n'y pouvoit passer qu'un seul homme. C'étoit par là que les habitans venoient puiser de l'eau dans une rivière qui couloit au pied de la hauteur. Les marchands du pays avoient retiré tous leurs effets dans cette place. Dorothée , ayant fermé le passage, les força par la soif à se rendre, à condition qu'ils auroient la vie sauve. Les richesses dont la forteresse étoit remplie furent déposées entre les mains du chambellan Narsès, que l'empereur envoya pour les transporter à Constantinople.
Cabade, désespéré de ces revers, fit dire à ses géné- Proc.pej*. raux qu'il leur défendoit de revenir en Perse qu'ils l'Al^eia n'eussent pris Martyropolis. Us allèrent donc attaquer recette ville, et mirent tout en usage pour s'en emparer. Les assiégés se défendoient avec courage. Cependant , comme leurs murailles étoient foibles en plusieurs endroits, et que d'ailleurs ils étoient mal pourvus de vivres et de machines, ils ne se flattoient pas de tenir longtemps. Sittas étoit campé à quatre ou cinq lieues avec son armée, mais avec des forces trop iuégales pour hasarder une bataille. Un seul homme répara ces désavantages. Un ingénieur romain, qui s'étoit enfermé dans la place, sut rendre inutiles tous les assauts, toutes les mines des assiégeans. Il opposoit aux tours que les Perses élevoient pour battre la ville des tours encore plus hautes. Faute de machines à lancer des pierres, il démolissoit les édifices, et en faisoit transporter les co-
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lonnes sur la muraille, d'où, les précipitant sur les ennemis , il en écrasoit un grand nombre. Les Perses , faisant tous les jours de nouvelles pertes, commençoient à craindre que Sittas ne devînt assez fort pour les envelopper. Dans ces conjonctures, ils furent encore frappés d'une autre crainte. Un de leurs espions, qui les trahissoit, vint avertir Sittas que les Perses attendoient un grand renfort de Huns. Sittas, après s'être assuré de la vérité de cet avis, engagea l'espion, à force d'argent, à retourner au camp des Perses , pour dire au général que les Huns le trompoient, et qu'ils s'étoient laissé corrompre par les Romains pour l'attaquer au lieu de le secourir. Ce faux avis jetoit le général ennemi dans de mortelles inquiétudes.
Pnoc. pers. Tant de mauvais succès causoient à Cabade beaucoup et /.'a,'c.9! de dépit. On attribua au chagrin qu'il en conçut la Maut'l'p. Paralysie dont il fut attaqué le huitième de septembre. 7a- . Persuadé qu'il ne releveroit pas de cette maladie, il fit
P agi ad B a- . m , ,, . . «. .
ron. venir Mebodes, seigneur perse, en qui il mettoit sa
biïi7orient. P™0*03^ confiance. Il lui déclara qu'ayant résolu de Chosroës.As- laisser sa couronne à Chosroës , le troisième de ses fils,
senmui.bibl. . . , .
orient, t.o , " craignoit qu après sa mort ses intentions ne fussent />.4o5. pas suivies. Mettez-moi seulement entre les mains , lui répondit Mébodès, un acte authentique de vos dernières volontés , je suis bien sûr que les Perses n'oseront h contredire. Cabade lui dicta un testament par lequel il déclaroit Chosroës son successeur, et mourut le cinquième jour de sa maladie, après un règne de quarante et un ans. La cérémonie des funérailles étant achevée, Caosès, l'aîné de ses fils , prétendoit , selon la coutume, monter sur le trône par le droit de sa naissance : Mébodès s'y opposa, disant que nul titre ne donnoit droit à la couronne de Perse sans le suffrage des seigneurs / de la nation. Caosès, se croyant assuré de l'affection pu-
blique, consentit à l'élection proposée. On assembla la noblesse du royaume. Tous les vœux se réunissoient
en faveur de Caosès. Mais, lorsque Mébodès eut fait la lecture du testament de Cabade, ce prince absolu et redoutable régnoit encore avec tant d'empire sur les esprits, que tous, d'une voix unanime, proclamèrent Chosroës roi de Perse. L'histoire l'appelle le grand Chosroës. Les Orientaux lui donnent le surnom ftAnouschirvan, qui signifie âme généreuse. C'est l'Alexandre des Perses. Ils le préfèrent pour ses victoires, sa grandeur d'âme et sa haute sagesse, à tous ses prédécesseurs, sans en excepter Cy.rus. Il fut honoré du surnom de Juste, titre plus glorieux pour un souverain que celui âe grand. Telle est l'idée que Jes historiens orientaux donnent de Chosroës. Les auteurs grecs contemporains font de ce prince un portrait bien différent. Ne pouvant lui refuser les qualités du conquérant, ils lui attribuent les vices les plus odieux du monarque, l'injustice, la cruauté, l'avarice, la perfidie. Ses victoires ont fait tant d'honneur aux Perses et tant de mal aux Romains , qu'on doit également se défier de la flatterie des uns et de la haine des autres. Le caractère de Chosroës est un problème insoluble , tant il est dangereux pour un prince jaloux de sa gloire d'irriter une nation savante qui sait parler à la postérité. Quoiqu'il soit injuste de s'en rapportera des témoins ennemis, je suis cependant forcé de suivre ici les écrivains grecs, seuls monumens que j'aie entre les mains. Mais j'avertis d'avance que je me défie moi-même de tons les traits dont ils noircissent les actions de Chosroës. Je ne puis toutefois omettre un récit d'Agathias qui porte beaucoup de caractères de vérité. Chosroës, avide de toute sorte de gloire, se piquoit de philosophie; il avoit fait traduire les ouvrages de Platon et d'Aristote. Sept des plus célèbres philosophes de l'empire, qui ne pouvoient goûter les dogmes de la religion chrétienne, et qui craignoient la rigueur des édits, se joignirent ensemble pour passer en Perse. Comme ils ne connoissoient la Perse que par la Cyro-
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pédie, et qu'ils étoient prévenus des brillantes idées de Platon , ils s'attendoient à vivre heureux dans un pays où ils verroient un roi philosophe et des sujets sans doute vertueux. Chosroës reçut avec complaisance cette savante colonie; il les adroit dans sa familiarité la plus intime. Mais ils ne furent pas long-temps à revenir de leur enchantement. Ils s'aperçurent bientôt que l'affectation de philosophie n'étoit dans le prince qu'une vanité frivole ; qu'il n'entendoit rien à leurs sublimes spéculations, et qu'à la place des préjqgés, dont il se prétendoit affranchi, il avoit reçu dans son âme tous les vices d'une éducation voluptueuse et d'un orgueilleux despotisme. Ses sujets leur parurent la nation du monde la plus corrompue, qui ajoutoit aux désordres communs à tous les peuples, des usages monstrueux et contraires à la nature. Ils résolurent de retourner dans leur patrie. En vain le roi mit tout en œuvre pour les retenir; ils aimoient mieux mourir en mettant le pied sur les terres de l'empire que de vivre honorés au milieu des Perses. Ils retirèrent néanmoins de leur voyage un fruit très-précieux à des hommes entêtés d'hellénisme. Dans le premier traité que Chosroës fit avec les Romains, il stipula en leur faveur qu'ils ne seroient point inquiétés au sujet de la religion ; et , sous la protection du roi de Perse , ils vécurent tranquilles au milieu de l'empire. Peu de temps après, Chosroës se crut avantageusement dédommagé de leur perte. Il y avoit a Constantinople un mauvais médecin, nomméUranius, qui, faute de succès dans son art, s'avisa d'arborer l'étendard delà philosophie. Etant extrêmement ignorant, il choisit le pyrrhonisme, comme la secte la plus commode, qui, sans aucun frais d'étude, demandoit seulement une impudence intrépide, une voix forte et infatigable, une extrême volubilité de langue. Avec ces heureux talens, qu'Uranius possédoit au plus haut degré, il se fit bientôt un grand nom. Assis tout le jour dans
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les boutiques des libraires, il y débitoit ses leçons; c'é toit dans ces réduits que s'assembloient alors au sortir de table les métaphysiciens de Constantinople. Allumés par les vapeurs du vin ou de la mélancolie, ils y traitoient à grand bruit les questions les plus relevées sur la nature de Dieu, sur l'éternité du monde, sur l'unité de principe. La dispute se tranchoit toujours par des injures ou des plaisanteries, et les décisions d'Uranius étoient des oracles. S'ennuyant enfin de mépriser les richesses , il résolut d'en essayer; et , sur la réputation de Chosroës, il jugea fort sensément que la cour de ce prince étoit la seule au monde où la fortune pût attendre un philosophe tel que lui. Il s'insinua par intrigue à la suite d'un ambassadeur que l'empereur envoyoit en Perse. La gravité de son maintien et la singularité de son extérieur frappa d'abord le roi, qui voulut l'entretenir , et qui fut charmé de la profondeur de ses connoissances et de la hardiesse de ses décisions. Il le mit aux prises avec les mages, qu'Uranius déconcerta. Il le combla de biens et d'honneurs; et, lorsque Uranius fut revenu comme en triomphe à Constantinople, le roi entretint avec lui un commerce philosophique. Uranius , ayant à raconter tant de merveilles , et à montrer tant de lettres du roi de Perse, en devint beaucoup plus insupportable , et Chosroës demeura plus ignorant, mais plus présomptueux qu'auparavant. Tel est le récit d'Agathias. Revenons aux affaires de Perse.
La nouvelle de la mort de Cabade arriva devant Proc. pers. Martyropolis dans le temps que Sittas et Hermogène » c ai' traitoient avec le général des Perses pour l'engager à Maltla, p» lever le siège. Cet événement , joint à la crainte des 7c\r. edess. Huns, fit consentir Merméroës à s'éloigner et à délivrer Assc' des passe-ports aux députés qu'on envoyoit à Chosroës pour lui faire des propositions de paix. Les Romains donnèrent pour otages deux officiers de marque , Martin et Sénécius ; et les Perses se rapprochèrent de Nisibe.
A peinefurent-ils retirés, que les Huns Sahîrs arrivèrent devant Martyropolis , comme ils en étaient convenus. N'y trouvant plus l'armée des Perses, ils se répandirent jusque dans la seconde Cilicie et dans la Comagène, et, portant partout le ravage, ils avancèrent jusqu'à quatre lieues d'Antioche. Comme ils retournoient chargés de dépouilles, Dorothée les attendit au passage des montagnes d'Arménie, les surprit dans plusieurs emhnscades , et leur enleva une grande partie de leur butin.
l*î*c' m rS* ^es troubles excités dans la cour de Perse au com- ' Mailla , p. mencement du nouveau règne disposèrent Chosroës à 77*hioph.p. écouter les propositions de l'empereur. Hermogène, ac- j 1 Af Sch comPaKné de Ru fin , d'Alexandre et de Thomas, allè- Jorn. succès, rent le trouver sur le bord du Tigre. Dès qu'il les vit ZChr.Pêdels\ arr'veri 'I donna ordre de relâcher les deux otages. Les apud Asse- ambassadeurs s'étant insinués dans l'esprit du prince par des adorations et des flatteries qui ne s'accordoieot guère avec l'ancienne fierté çomaine, Chosroës promit de cesser la guerre à ces conditions : qu'on lui compterait onze mille livres d'or; que le commandant des troupes de Mésopotamie ne résideroit plus à Dara, mais à Constantin?, comme autrefois; que les Romains remettroient à Chosroës les forteresses de Pharange et de Bole , sans qu'il fût obligé de leur rendre aucune des places dont les Perses s'étoient emparés dans la Lazique. Les ambassadeurs consentoient à tout , excepté au dernier article : ils ne pou voient, disoient-ils, rien conclure sur ce point sans s'être assurés de l'intention de leur maître. Chosroës leur accorda pour cet effet un délai de soixante-dix jours; et Rufin partit pour Constantinople, où if obtint le consentement de l'empereur. "Pendant son absence , le bruit courut en Perse que Justinien avoit rejeté avec indignation les conditions proposées , et qu'il avoit même fait mourir Rufin. Sur cette fausse nouvelle, Chosroës s'étoit mis en marche avec son ar-
mée; et il approchoit déjà de Nisibe lorsqu'il rencontra Rufin qui revenoil en Perse avec l'agrément fie l'empereur. Cette ville fut choisie pour les conférences, et les ambassadeurs y firent apporter la somme stipulée. À peine étoit-elle déposée dans la ville, qu'on reçut un contre-ordre de Justinien qui révoquoit la permission qu'il avoit donnée de céder aux Perses les places de Lazique. Cette variation de l'empereur excita la colère de Chosroës ; il déclara qu'il n'entendroit plus à aucune proposition. Rufin , au désespoir de voir le traité rompu et l'argent entre les mains des Perses, se jeta aux pieds du roi, le suppliant de lui remettre cette somme, et de suspendre ses opérations militaires jusqu'à ce qu'il eût fait un nouveau voyage à Constantinople : qu'il y alloit de sa i>ie si l'argent ne lui étoit pas rendu , et qu'il espéroit amener l'empereur à des conditions dont le roi seroit satisfait. Chosroës aimoit Rufin : ce négociateur étoit connu à la cour de Perse , où il avoit été député plusieurs fois; il avoit gagné par des présens l'amitié de Cabade et des principaux seigneurs. La reine , mère de Chosroës, lui étoit aussi très-favorable, parce qu'il avoit contribué à persuader à Cabade de laisser la couronne à Chosroës au préjudice de ses aînés. Elle joignit donc ses instances à celles de Rufin , et obtint de son fils qu'il rendroit l'argent , et qu'il repasseroit le Tigre pour y attendre la réponse de Justinien. Rufin et Hermogène reprirent la route de Constantinople, et les autres ambassadeurs se retirèrent à para avec les onze mille livres d'or. Jaloux du grand crédit de leur collègue auprès de Chosroës, ils écrivirent à la cour que Rufin trahissort l'empire. Mais l'empereur , loin d'ajouter foi à cette calomnie, renvoya bientôt Hermogène et Rufin avec des propositions qui furent sur-le-champ acceptées par Chosroës. On convint qu'on rendroit de bonne foi de part et d'autre toutes les places prises dans cette guerre., ainsi que tous les prisonniers; que les forte-
resses de Pharange , de Bole , et les mines de Persarménie , seroient remises aux Perses ; que le 'commandant de Mésopotamie ne résideroit plys à Dara ; qu'on laissèrent aux Ibériens retirés à Constant in ople la liberté de demeurer dans l'empire ou de retourner en Ibérie. Dans l'acte du traité les deux princes se donnoient réciproquement le titre de frère , et promettoient de s'aider mutuellement de troupes et d'argent. Ainsi se termina cette guerre qui duroit depuis trente ans. Le traité ne fut signé qu'en 533. Dagaris , qui avoit été pris en Arménie, fut échangé, et rendit dans la suite des services signalés; il défit les Huns en plusieurs rencontres , et les chassa des provinces qu'ils infestoient par leurs courses.
v.prrs. non en veut croire les auteurs grecs, Chosroës tenoit de son père ce caractère violent, impétueux, inquiet, qui avoit fait le malheur de Cabade et de ses sujets. Dès les premiers mois du nouveau règne, les seigneurs de la Perse , mécontens du gouvernement , formèrent le dessein de se donner un autre roi. Zamès, second fils de Cabade, avoit gagné, par ses grandes qualités, le cœur de toute la nation; mais, selon la loi du pays , la perte d'un œil le rendoit inhabile à porter la couronne. On résolut de la donner au fils de Zamès, nommé Cabade , ainsi que son aïeul. C'étoit un enfant dont Zamès devoit être le tuteur; en sorte qu'une longue minorité procureroità la Perse toutes les douceurs d'un heureux gouvernement. Zamès donna les mains à ce projet ; et l'on n'attendoit plus qu'une occasion de se défaire de Chosroës, lorsque le complot fut découvert. Chosroè's fit massacrer Zamès, et tous ses frères avec leurs enfans mâles. Les seigneurs qui avoient trempé dans la conspiration furent mis à mort; et Apebède, oncle du roi, ne fut pas épargné.
L'enfant auquel on destinoit la royauté ne périt pas dans ce massacre; Il étoit entre les mains d'Adergudum*
HISTOIRE DU BÀS-EMTIRE.
bade , qui le premier avoit reconnu Cabade pour roi , lorsqu'il étoit revenu dans ses états à la tête d'une armée de Huns. Ce seigneur , puissant et renommé pour ses victoires, après avoir conquis et réuni à la Perse douze nations barbares, s'étoit retiré dans son gouvernement, où il élevoit le fils de Zamès, que sa femme avoit ellemême allaité. Chosroës, n'osant user de violence contre un homme de ce caractère, et comptant d'ailleurs sur sa fidélité, lui manda de faire périr le jeune Cabade. Le gouverneur communiqua cet ordre cruel à sa femme, qui , se jetant à ses genoux, et fondant en larmes, obtint de lui qu'il épargneroit une vie pour laquelle elle étoit prête à sacrifier la sienne propre. Ils prirent le parti de cacher l'enfant , et de répondre au roi que ses ordres ét oient exécutés. Ce secret n'étoit connu que de Varrîiam leur fils, et d'un esclave. Lorsque Cabade fut devenu grand, Adergudumbade , craignant quelque indiscrétion , lui donna une somme d'argent et la liberté d'aller chercher un asile hors de la Perse. Quelque temps après, Chosroës partit pour la Lazique, et se fit accompagner de Varrhame. L'esclave, qui étoit dans le secret, suivit le fils de son maître. Dans ce voyage, Varrhame découvrit tout au roi, et ce fils dénaturé prouva ce qu'il avançoit par le témoignage de l'esclave. Chosroës, quoique très-irrité, usa de feinte pour tirer Adergudumbade de son gouvernement , où il ne pouvoit sans péril entreprendre de le punir. A son retour , il écrivit à ce seigneur qu'il allait attaquer V empire par deux endroits h la fois; qu'il marcheroit lui-même h la tête d'une des deux armées ; et que, voulant lui confier Vautre, il lui ordonnoit de se rendre a la cour ; qu'il croyoit ne pouvoir trouver dans la Perse un général plus digne de partager avec son prince la gloire de cette expédition. Le vieillard, flatté de la confiance de son maître, se mit aussitôt en chemin ; mais, affaibli par le grand âge , il tomba de cheval , et,s'étant rompu la cuisse, il fut obligé de s'arrêter dans
un village. Le roi s'y rendit comme pour le visiter, et le fit transporter dans un château voisin, avec ordre à ceux qu'il envoyoit pour le servir de l'égorger dès qu'il y seroit entré. Le perfide Varrhame fût revêtu des dépouilles de son père. Le jeune Cabade alla chercher asile à Gonstantinople, où l'empereur le reçut avec bonté, et lui fit un traitement très-honorable.
Chosroës ne fut pas moins ingrat que son père. Cabade avoit fait périr Soupharaï, le libérateur de la Perse; Chosroës, pour un sujet très-léger, fit mourir Mébodès , auquel il étoit redevable de sa couronne. Un jour qu'il délibéroit sur une affaire importante , il crut avoir besoin du conseil de Mébodès, et il chargea un courtisan nommé Zabergane de l'aller avertir. Zabergane trouva Mébodès occupé à exercer ses soldats; relui-ci lui répondit qu'aussitôt après l'exercice il se rendroit auprès du roi. Le courtisan, qui haïssoit ce seigneur, vint rapporter au prince qu'il refusoit de venir , sous prétexte d'une autre affaire. Chosroës, outré de colère, fit aussitôt dire à Mébodès qu'il allât sur-le-champ au trépied. C'étoit un trépied de fer placé devant la porte du palais. Lorsqu'un homme avoit encouru l'indignation du prince, il n'y avoit aucun temple, aucun lieu sacré qui pût lui servir d'asile; il falloit qu'il allât s'asseoir sur ce trépied pour y attendre sa sentence, sans qu'il fût permis à personne d'en approcher pour lui donner aucun secours , ni le consoler. Mébodès demeura plusieurs jours dans cet état déplorable , jusqu'à ce que Chosroës le fit enlever et mettre à mort.
Proc. pers. Au mois de septembre de cette année 53 1 , on aperçât,
1 a °th%l h duc^téde l'occident, pendant vingt jours, une de ces Theoph. p. comètes qu'on nommoit Iampadias, parce qu'elles res-
'5*; m„ semblent à un flambeau qui darde vers la partie supé-
Cedr.p.Zfa. . *,i fT -
Zon.p.61. neure du ciel des rayons tres-éclatans. Une supersti- Sigon. de tieuse ignorance regarda ce phénomène comme la cause, ÎT7. °CC*rf* ou du moins comme l'annonce d'une peste cruelle et
opiniâtre qui commença cette année , et qui, pendant cin- Pagi ad Vaquante ans , désola successivement la plus grande partie ron' «lu monde alors connu. Elle parut d'abord en Ethiopie, et de là se répandant de proche en proche, elle réduisit en solitude des provinces entières. Les observations les plus exactes ne purent apercevoir rien de réglé dans ses périodes, dans ses progrès, dans ses symptômes. Elle sembloit confondre toutes les saisons; meurtrière dans un pays, au même temps qu'elle disparoissoit en d'autres. On eût dit qu'elle choisissoit les familles, attaquant dans la même ville certaines maisons, tandis qu'elle n'entroit pas dans les maisons voisines. Après une trêve de quelque temps, elle revenoit comme pour achever ses ravages, saisissant ceux qu'elle avoit la première fois épargnés. Quelques-uns étoient attaqués à plusieurs reprises. Les plus robustes ne résistoient d'ordinaire que jusqu'au cinquième jour. Les habitans qui se sauvoient sains des villes infectées pérîssoient seuls dans d'autres villes où le mai n'avoit pas pénétré. Plusieurs l'apportoient aux autres sans en être eux-mêmes infectés; et quoiqu'ils approchassent des malades, qu'ils les touchassent, qu'ils respirassent un air empesté, et que dans le désespoir où les jetoit le trépas de leurs proches, ils souhaitassent de les suivre au tombeau, il sembloit que la mort se refusât à leurs désirs. La maladie se manifestoit sous des formes diverses. Dans les uns elle affectoit la tête ; les yeux se remplissoient de sang ; le visage se ' couvroit de tumeurs , et le mal , descendant à la gorge , les étouffoit. Les autres mouroient d'un flux de ventre; dans quelques-uns on voyoit sortir des charbons accompagnés d'une fièvre ardente. Ces charbons se formoient aux aines, sur les cuisses, sous les aisselles, derrière les oreilles. S'ils venoient à suppuration, l'on guérîssoit; s'ils conservoient leur dureté, c'étoit un signe infaillible de mort. D'autres perdoient l'esprit ; ils croyoient voir des fantômes qui les poursuivoient et les frappoient rude-
ment ; frappés de cette imagination , ils se barricadoient dans leurs maisons , ou s'alloicnt précipiter dans la mer. Plusieurs étoient accablés d'une profonde léthargie. On en voyoit qui, sans aucun signe de maladie, tomboicnt morts dans les rues et dans les places. On remarque que les jeunes gens , et surtout les mâles , périrent en plus grand nombre; les femmes paroissoient moins susceptibles de ce mal funeste.
Malela, p. Les ordres que l'empereur envoyoit dans tout l'empire de chasser des villes ceux qui ne communiquoient .pas avec l'église catholique, excitèrent de grands (roubles dans Antioche. Sévère y avoit laissé beaucoup de partisans. Ils se réunirent , attaquèrent à coups de pierres le palais épiscopal , accablant d'injures le saint patriarche Ephrem. Le comte d'Orient accourut avec des soldats , et dissipa à main armée les séditieux , dont plusieurs perdirent la vie. L'empereur , informé de cette émeute , fit arrêter les plus coupables qui furent punis de mort. A*. 53a. Mais au commencement de l'année suivante on vit Froc. pers. ^c|a|er a Constantinople une sédition beaucoup plus
ay ^ terrible. L'empereur se vit sur le point de perdre la c. ^"h,™, couronne et la vie. Cette capitale de l'empire fut inonchron yJUx ^e de sanS » et devint un champ de bataille d'autant
Tlieoph. p. plus affreux, que l'incendie mêla ses ravages aux horîw./.75, fi?l reurs d'un cruel massacre. Depuis que les factions du Krïct Tun ^^rmie» d'abord au nombre de quatre , s'étoient réunies
Evag. i.C en deux corps, les bleus et les verts , leur jalousie , plus CeVr.p. 3fy. v*ve Parce qu'elle étoit moins partagée , s'éloit portée AJarcet.chr. a des excès inouïs. Animées d'une haine implacable , les 6v,63. deux factions s'acharnoient à s'entre-détruire. Ces chijLMaMaCtep\ mériques intérêts étoulToient dans les cœurs les senti- 5î), ;4» mens de l'amitié, et ceux même de la religion et de la ' ' Marius nature. Frères contre frères, ils sacrifioienl toute autre Aï?,nn affection à celle de leur livrée : ils bravoient et les lois
Du Canine ,
/iot. adclu\et les supplices; la paix des familles étoit troublée; et, Zon'.p.'jC. quoiqu'un mari pût légitimement répudier sa femme ^
si elle assistait aux spectacles du Cirque malgré lui , les /W. ad femmes prenoieot parti contre leurs maris mêmes, et *fj£' im l*c' suscitoient une guerre domestique pour l'honneur £trcas>P» ces frivoles combats, auxquels elles ne pou voient prendre Aianas. p. part que par leur opiniâtreté et par leurs querelles. La ^wîlitf. foiblesse d'esprit de l'empereur qui , au lieu d'étouffer ces folles rivalités, y entroii lui-même, et qui avilissoit l'autorité impériale au point de favoriser de tout son pouvoir la faction bleue, augmentait l'animosité mutuelle, et donnoità ces bagatelles un air d'importance. L'impératrice, de son côté, se déclaroit pour la faction verte. Des raisons plus sérieuses disposoicnt en général le peuple à la révolte. La faveur du prince se partageoit entre trois favoris très -odieux; côtoient Jean de Cappadoce , préfet de prétoire , Tribonien, questeur, et Calépodius, chambellan et capitaine des gardes. Le premier , sorti de la poussière , étoit sans éducation , et tellement ignorant , qu'à peine savoit-il lire; mais il avoit reçu de la nature un puissant génie , capable d'apercevoir d'un coup-d'œil le point décisif des affaires , et prompt à trouver des expédiens dans les conjonctures les plus difficiles. Ces talens, qui auroient pu faire le salut de l'état , n'étaient employés qu'à sa ruine. Sans crainte de Dieu , sans égard pour les hommes , dur, violent , impitoyable , il ne travailloit qu'à s'enrichir; l'effusion du sang innocent , les vexations les plus odieuses ne lui coûtaient pas un scrupule. Ce n'était pas qu'il entassât des trésors ; après s'être occupé la matinée à inventer des moyens de piller l'empire , il passoit le reste du jour dans les excès de table, ou dans des débauches plus criminelles. Tribonien de Pamphilie, fils de Macédonien, étoit au contraire le plus savant homme et le plus grand jurisconsulte de son siècle ; enjoué , poli, et du plus agréable commerce ; mais, possédé de l'amour des richesses , il vendoit la justice; et le prince «e reposant sur lui de la rédaction de ses lois , il en
faisoitun honteux trafic, inventant des lois nouvelles, abrogeant ou altérant les anciennes au gré de son avarice. Calépodius , déjà puissant sous Anastase , avoit toute l'insolence qu'inspire la faveur à une âme dure et hautaine. Le peuple gémissoit, et la matière étoit préparée pour s'embraser à la première étincelle.
Le treizième de janvier , Uempereur assistant aux jeux du Cirque , il s'éleva une querelle entre les deux factions; elles en vinrent aux mains. Les verts se plaignoient de la partialité du prince; ils l'accabloient d'injures; quelques audacieux s'écrièrent : Plût à Dieu que Sabatius ne fût jamais venu au monde , il ne nous auroit pas laissé un fils injuste et sanguinaire. Le lendemain Eudémon , préfet de la ville , ayant recherché les auteurs de ce tumulte , en fit arrêter sept , dont quatre eurent sur-le-champ la tête tranchée ; trois furent condamnés à être pendus. Le premier fut exécuté ; les deux autres étant déjà attachés à la potence , le bois rompit par deux fois ; l'un étoit de la faction bleue , l'autre de la verte. Les deux factions se réunirent pour les défendre ; une troupe confuse courut au palais demander leur grâce à l'empereur , qui se tint renfermé sans vouloir répondre. Cependant des moines d'un monastère voisin enlevèrent ces deux hommes , leur firent passer le détroit, et les enfermèrent dans l'église de Saint-Laurent , qui étoit un asile inviolable. Le préfet envoya des soldats pour garder l'église , et empêcher les criminels de s'évader. Les factieux ne pouvant obtenir une réponse de l'empereur , coururent à la maison du préfet , demandant la délivrance de ces deux misérables ; et , comme au lieu de les satisfaire , il fit sortir ses gardes pour les dissiper, on se jeta snr les gardes, on les tailla en pièces , on courut aux prisons , dont on enfonça les portes ; on mit le feu à la maison du préfet , et la flamme , poussée par un jvent violent , se communiqua aux édifices voisins , en sorte qu'en peu de temps une
grande partie de la ville fut embrasée. La vile populace» au lieu -d'éteindre le feu , se joignit aux séditieux pour profiter du pillage. La nuit se passa dans un affreux désordre. Les principaux citoyens , abandonnant leur fortune pour sauver leur vie , s'enfuirent au-delà du détroit, laissant la ville en proie aux fureurs d'une multitude effrénée. Au milieu du bruit des flammes et du fracas des maisons qui s'écrouloient , on entendoit de toutes parts crier victoire ; c'étoit le signal dont les factieux étoient convenus pour se reconnoitre. Cette sédition en prit le nom, et les auteurs l'appellent communément la sédition des victoriats, ou de la victoire.
Les trois jours suivans se passèrent dans les mêmes horreurs. Tout retentissoit de cris, de blasphèmes, d'injures outrageantes contre l'empereur et ses ministres. On brûloit, on pilloit, on massacroit ceux qu'on croyoit attachés à la cour, et Ton traînoit leurs cadavres au travers de la ville pour les aller jeter dans la mer. Constantiole et le patrice Basilide, lieutenant d'Hermogène, maître des offices , eurent assez de résolution pour sortir du palais : ils étoient estimés du peuple , qui ne les confondoit pas avec les autres courtisans. S'étant présentés aux séditieux : Que demandez-vous ? leur direntils; mille voix crièrent aussitôt : Jean de Cappadoce , Tribonien , Eudémon et Calépodius. L'empereur crut apaiser la sédition en éloignant les objets de la haine publique. Sans abandonner ces officiers à la fureur du peuple, il les dépouilla de leurs charges pour en revêtir le patrice Phocas, Basilide et Triphon. Mais cette condescendance, loin de calmer les séditieux, ne fit que les rendre plus fiers et plus insolens. Ils coururent à la maison deProbus, neveu d'Anastase, lui demandant des armes , et lui donnant le titre d'Auguste. Probus ne paroissant point, on mit le feu à sa maison, qui ne fut brûlée qu'en partie, parce que, les furieux s'étant retirés , on eut le temps d'éteindre l'incendie. H ypacc et
IIIST. DU BAS-EMP. TOM. IV. <j")
Pompée, les deux autres neveux d'Anastase, étaient alors dans le palais ave$ l'empereur, qui conçut contre eux des soupçons, et leur ordonna de se retirer. Comme ils craignoient que cette affection populaire pour la famille d'Anastase ne les mît eux-mêmes en danger par l'offre de la couronne impériale , ils supplièrent l'empereur de leur permettre de ne pas l'abandonner dans un si grand péril. Leurs instances ne firent qu'augmenter la défiance; ils reçurent ordre de sortir sur-lechamp.
Cependant Bélisaire , ayant fait venir les troupes cantonnées dans les villes voisines, se mit à leur tête, se Çt jour au travers de la multitude mutinée, et en tua un grand nombre, sans épargner les femmes, qui du haut des toits lançoient sur les soldats des pierres , des tuiles, et tout ce qui leur tomboit sous la main. Les rebelles, ne pouvant soutenir cette attaque , s'enfermèrent dans l'octogone : c'étoit une basilique environnée de huit portiques. Les soldats y mirent le feu, qui consuma les églises et les autres bâtimens d'alentour. Bélisaire, qui ne vouloit pas faire un bûcher de toute la ville, fit retirer ses troupes; et les factieux, étant sortis de l'octogone, allèrent brûler le palais de la Maguaure, à l'extrémité occidentale de la ville.
La nuit du samedi au dimanche, dix-huitième de janvier, se passa dans le palais en délibérations. L'empereur avoit déjà fait porter dans un vaisseau tout ce qu'il avoit d'argent ; il songeoit à s'enfuir à Héraclée en Thracc, et à laisser Moud on et Constantiole avec trois mille hommes pour défendre le palais. Presque tons les officiers étoient de même avis. Thédora, aussi intrépide que Bélisaire, les fit rougir de leur timidité: Dans les grands périls , leur dit-elle, les lâches fuient , les âmes courageuses résistent ; et soit quelles les surmontent, soit auclles y succombent , leur gloire est égale. Je ne vois rien déplus contraire à nos intérêts que
la fuite. Il ii est pas nécessaire de vivre ; la mort est inévitable ; mais il est nécessaire de ne pas survivre à son honneur. Un empereur qui traîne dans l'exil une vie ignominieuse ne vaut pas un homme mort. Me préserve le ciel de vivre un seul four dépouillée de cette pourpre dont il m 'a revêtue ! Pour vous , prince , si vous êtes résolu de fuir, partez , voilà des vaisseaux; la Propontide vous ouvre son sein. Mais prenez garde qu'en cherchant les douceurs de la vie, vous ne trouviez les opprobres de la mort. Je ne vous suivrai pas , je n'abandonnerai point ce palais. Le trône est le tombeau le plus glorieux. Ces paroles ranimèrent les courages abattus ; on ne songea plus qu'à se défendre dans le palais, en cas d'attaque. La plupart des soldats , ceux-mêraes de la garde du prince, étoient malintentionnés; mais ils ne se déclaroient pas, eUUendoient l'issue du soulèvement. L'empereur ne comptoit que sur Bé Usa ire et sur Mondon. Le premier étoit maître de tous les officiers et de tous les soldats qui avoient servi sous ses ordres dans la guerre de Perse, et dont il avoit gagné les cœurs. Mondon, arrivé depuis peu à Constantinople, y avoit amené un grand nombre d'Hérules attachés à sa personne. Ces deux braves capitaines offrirent à l'empereur de le conduire au Cirque, et de le défendre de» insultes du peuple, ou de mourir à ses pieds.
Tandis qu'on délibérok dans le conseil, les séditieux continuoient leurs ravages. An point du jour, le bruit se répand dans la ville qu'Hypace et Pompée ont été chassés du palais, et que l'empereur s'est sauvé à Héraclée avec sa femme TJiéodora. Aussitôt le peuple court en foule à la maison d Hypact-; on le conduit par force à la place publique, suivi de sa femme, estimée de toute la ville par sa chasteté et sa vertu. Prévoyant les suites du funeste honneur qu'on vouloit faire à Hypace, elle employoit tous ses efforts pour Je retenir, fondant erv larmes, appelant ses amis à son secours; elle %\
d'une voix/lamental>le qu'on traînoit Hypace à la mort. On la sépara avec peine de son mari, qu'elle lenoit embrassé. Lorsqu'on fut arrivé à la place de Constantin, on fit monter Hypace sur les degrés de la statue ; on l'éleva sur un bouclier. Tous le proclamèrent Auguste; faute de diadème , et malgré sa résistance, on lui posa sur la tête un collier d'or. Les sénateurs, qui ne se trouvoient pas alors avec l'empereur, entraînés par la fougue populaire, le reconnurent pour empereur; plusieurs même étoient d avis d'attaquer sur-le-champ le palais. Mais un des principaux d'entre eux, nommé Origène, soit qu'il parlât de bonne foi, soit qu'il voulut sauver Justinien, leur représenta qu'avant que d'entreprendre une action si décisive, il falloitse mettre en état de tenir tête aux forces de l'empereur. Songeons , dit-il, à fournir des armes à cette multitude, qui n'en a point encore d'autres que son animosiiè et son courage. Un sage délai nous servira mieux qu'un emportement précipité. Justinien n'est pas hors du palais , comme le peuple se T imagine ; mais il balance ; et bientôt sans doute il se tiendra heureux de s'échapper pour sauver sa vie. Si nous ne nous pressons pas de combattre, nous vaincrons sans combat Hypace lui-même , qui commençait à souffrir sur sa tête la couronne impériale, fut de cet avis, et donna ordre qu'on le conduisît au Cirque, où il s'assit sur le trône du prince. Enfermer ainsi les séditieux dans le Cirque, où il étoit facile de les envelopper et de les prendre comme dans un filet, c 'étoit une action si imprudente , que plusieurs ont cru qu'Hypace a voit en effet dessein de les livrer à l'empereur.
Voilà ce qui se passoit dans une partie de la ville. Jus* tinien, qui n'en étoit pas encore instruit, animé par le courage de sa femme , sortit escorté de ses gardes et d'un grand nombre d'autres soldats, auxquels il avoit défendu de s'emporter à aucune violence. Il tenoit entre ses mains le livre des Evangiles, comme pour lui servir
de sauvegarde, et dans un moment il se vît environné d'un peuple innombrable. Alors élevant sa voix : Par ce livre sacré , leur dit-il , je proteste que je vous pardonne l'offense que vous me faites, et qu'aucun de vous n'en sera recherché, si vous rentrez dans le devoir. V ous êtes innocens ; je suis le seul coupable. Ce sont mes péchés qui m'ont attiré ce malheur en fermant mes oreilles a vos plaintes légitimes. Ce ton dévot, plus capable d'animer l'insolence que de la désarmer, ne lui attira que du mépris; on l'accabloit d'injures, et déjà les plus audacieux le menaçoient des dernières violences, lorsqu'il prit le parti de rentrer dans le palais.
Hypace, qui craignoit un revers, et qui à tout événement vouloit se mettre à couvert de la part de l'empereur, lui envoya secrètement son confident Ephrémius, pour lui dire qu'il avoit eu l'adresse de rassembler les séditieux dans le Cirque, et que le prince étoit maître d'en disposer à son gré. Le messager, approchant du palais, rencontra Thomas, médecin de Justinien, qui, ayant appris de lui où il alloit, lui dit qu'il pouvoit s'en épargner la peine; que l'empereur étoit parti, et qn'il fa i soit voile vers Héraclée. Ephrémius retourna aussitôt trouver Hypace: Dieu, lui dit-il, vous donne l'empire; Justinien y a renoncé ; il abandonne Constantinople. Ces paroles tranquillisèrent Hypace; il se trouva plus à son aise sur le trône, et commença d'écouter avec plaisir les acclamations dont ou l'honoroit, et les malédictions dont on chargeoit Justinien. En même temps deux cents jeunes hommes, qui venoient de piller l'arsenal de Constance, arrivèrent bien armés et couverts de cuirasses, promettant de forcer le palais et d'y établir Hypace.
Bélisaire, résolu de périr ou de venger l'empereur , se fit accompagner des soldats dont il étoit assuré, et voulut sortir du palais. Mais les gardes de la porte, qui balançaient encore sur le parti qu'ils dévoient prendre, et qui
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altendoient l'événement, lui refusèrent le passage. ïl rer tourna vers l'empereur lui dire que tontétoit perdu, et que ses propres gardes le trahissoient. Jusliitien lui cou seilla de sortir par la porte d'airain, dont le vestihula s'ouvroit sur une rue qui conduisoit au Cirque. Béfisaire marcha de ce côté-là, et arriva au Cirque au travers des décombres et des débris des maisons ruinées par l'incendie. Mondon, Constantiole, Basilideet Narsès, chacun à la tête d'une troupe de soldats, entrèrent aussi par différentes portes. Lorsqu'ils arrivèrent, le peuple étoit déjà divisé en deux partis. Le chambellan Narscs avoit , par ses émissaires , regagné à force d'argent une partie de la faction bleue: les uns crioient de toute leur force, vivent l'empereur Justinien et l'impératrice Théodora! tandis que les autres crioient, vivent Hypace et Pompée f En même temps ils se battoient avec fureur ; mais ils furent bientôt confondus ensemble par un sanglant carnage. Bélisaire et les antres fondent sur eux, on les perce de traits, on les charge à grands coups d'épée. Tout fuit ; on se presse, on se renverse, on s'écrase. Les portes , trop étroites pour donner passage à tant de fuyards à la fois, laissent aux soldats le temps de les massacrer. Trente mille hommes périrent dans cette fatale journée; et ce fut principalement au zèle et au courage de Bélisaire disgracié que Justinien fut redevable de sa conservation.
A la vue de cet horrible spectacle, Hypace, glacé de frayeur, ne trouvoit pas assez de forces pour prendre la fuite. Boraïde et Juste, frères de Germain et neveux de Justinien , montèrent à lui , le précipitèrent du trône dans l'arène , et le traînèrent à Justinien avec son frère Pompée, qu'on trouva armé d'une cuirasse sous sa robe. Ces malheureux se jetèrent aux pieds de l'empereur, et voulant profiter de la feinte dont ils avoient fait usage : Seigneur, lui dirent-ils, nous sommes enfin t>enus à bout, mais non sans peine , de rassembler vos ennemis
dans le Cirque pour les livrer à votre vengeance. Fort bien, répondit l'empereur : mais , si vous saviez vous, en faire obéir, que ne m1 avez -vous rendu ce service * avant qu'ils eussent brûlé et saccagé la ville? 11 commanda à ses gardes de les conduire dans la prison du palais. On les enferma dans le même cachot. Pompée, qui n'avoit jamais éprouvé aucun revers, s'abandonnoit aux gémissemens et aux larmes. Iiypaçe, plus accoutumé aux disgrâces", lui reprochoit sa foiblesse, disant que les pleurs étaient indignes de ceux qui mouroknt innocens ; qu'on les avoit malgré eux enveloppés dans la révolte , et qu'ils rtétoient coupables que d'avoir mérité l'affection du peuple. Le lendemain on les étrangla dans la prison, et leurs cadavres furent jetés dans la mer. Celui dHy pace ayant été rejeté sur le rivage , l'empereur le fit enterrer dans le lieu destiné à la sépulture des criminels. Quelques jours après, il permit à ses parens <le le transporter dans l'église de Sainte-Maure. On confisqua ses biens, ainsi que ceux de Pompée et des autres sénateurs qui avoient pris part à la rébellion. Thomas le médecin, qui avoit trompé Ephrémius, eut la tête tranchée; Ephrémius fut exilé à Alexandrie. De dix-huit personnes qui portoient le titre d'illustres , les uns furent bannis, les autres se renfermèrent dans des asiles ou des monastères. On nomme entre eux un certain Euloge, qui, de tailleur de pierre s'étant fait anachorète , et ayant trouvé un trésor dans une caverne, avoit quitté sa solitude pour venir à Constantinople , et s?ctoit avancé jusqu'à la dignité de patrice et de préfé*t du prétoire. Engagé dans cette malheureuse sédition, il prit la fuite; et, dépouillé de tous ses biens, il retourna dans sa cellule, où il mourut saintement, après une / austère pénitence. Dans la suite, l'empereur fit grâce aux enfans d'Hypace, de Pompée et de tons les autres. Il leur rendit même les biens de leurs pères, excepté ceux dont il avoîf fait donation. Probus étoiten grand
5f)0 HISTOIRE DU BAS- EMPIRE.
\péril : on lui avoit offert l'empire; et quoiqu'il n'eût pas répondu aux vœux du peuple, on l'accusoit d'avoir tenu contre l'empereur des discours injurieux. Sa cause fut examinée dans le conseil , en présense du prince; if fut jugé coupable, et on alloit prononcer sa sentence lorsque Justinien prit en sa main les pièces du procès, et les déchiranj : Je vous pardonne , dit-il à Promis, tout ce que vous avez dit et fait contre moi» Priez Dieu qu'il vous fasse la même grâce. Tout le conseil donna defjustes éloges à la clémence de l'empereur.
Le mardi vingt-deuxième de janvier, qui étoit le dixième jour depuis le commencement de la sédition , un profond silence régnoit dans la ville; les rues étoient désertes; les boutiques des marchands demeurèrent fermées, ainsi que les tribunaux. Le peuple, étonné luimême des excès auxquels il s'étoit porté, restoit presque immobile, comme un furieux épuisé par un violent accès. Constantinople étoit dans le même état où l'auroit laissée l'ennemi le plus barbare après l'avoir prise d'assaut et saccagée. L'église de Sainte-Sophie , TAugustéon , la salle du sénat, le prétoire, plusieurs portiques, le vestibule du palais, nommé Chalcé , parce qu'il étoit couvert d'airain doré, deux autres palais, le dépôt des archives et des registres publics, les bains de Zeuxippe, plusieurs églises, plusieurs hôpitaux , quantité de maisons particulières n'étoient plus que des amas de ruines fumantes; et, ce qui étoit plus déplorable, les malades renfermés alors dans les hôpitaux avoient été dévorés par les flammes avec les édifices. L'empereur mit surle-champ la main à l'œuvre pour relever tant de superbes bâlimens. La plus grande perte étoit celle de l'église de Sainte-Sophie. Ce fut aussi celle que l'empereur voulut réparer avec plus de magnificence. 11 en coûta six années de travaux continuels, poussés avec la plus grande activité. Nous tâcherons de donner une idée de ce célèbre édifice quand nous ferons l'histoire dp Tannée où il fut
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achevé. Pour fournir à tant de dépenses, Justinien fut obligé d'avoir recours aux ressources les plus fâcheuses. Ce fut alors qu'il supprima les pensions des professeurs, honteuse économie, qui réduisit les lettres au silence , et qui introduisit, dit Zonaras, l'ignorance et la barbarie.
L'empereur fit publier dans tout l'empire la victoire qu'il avoit remportée sur les rebelles : vanité mal entendue, puisqu'il est beaucoup plus glorieux à un prince de ne jamais essuyer de rébellion que d'en sortir victorieux. 11 fit construire des moulins, des greniers et fies citernes dans l'enceinte du palais, pour y .trouver, en ras de révolte, ce qui étoit nécessaire à la subsistance. Il chargea le préfet de la ville de rechercher surtout et de punir plus sévèrement ceux de la faction bleue, qui, malgré la faveur dont il les avoit honorés, s'étoient joints aux séditieux. Pour détruire ces funestes jalousies, le parti le plus sage et le seul efficace auroit été d'interdire absolument les jeux du Cirque, Il paroîtTlu moins que sous le reste du règne de Justinien ils ne furent que rarement célébrés. L'histoire n'en parle point dans les quinze années suivantes , jusqu'à une nouvelle sédition qui s'éleva dans le Cirque en 547. La porte du Cirque, par laquelle on transporta les cadavres de ceux qui avoient péri dans cet affreux carnage fut nommée la porte des morts. Je crois que ce fut le souvenir de cette cruelle émeute qui porta le prince quelques années après à défendre à quelque particulier que ce fût de fabriquer des armes offensives et défensives , ne permettant cette fabrique qu'aux ouvriers publics employés dans les arsenaux. Il condamna ceux-ci à des peines rigoureuses, s'ils étoient convaincus d'en avoir vendu aucune. Lorsque la tranquillité fjit revenue, l'empereur ne tarda pas longtemps à rétablir Jean de Cappadoce et Tribonien dans leur première dignité. Phocas et son successeur Bassus n'occupèrent que peu de temps la place de préfet du prétoire, quoique leur vertu les en rendit beaucoup plus
dignes que Jean de Cappadoce. L'histoire ne parle pins de Calépodius. Si l'on en veut croire Procope dans ses Anecdotes , Eudémon fut dans la suite intendant de l'empereur , qui , après sa mort, s'empara de ses biens au préjudice des légitimes héritiers.
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