‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 105 sur 171 · L, T : Coux · texte numérisé non relu

L, T : Coux

obligé de le destituer et en mettre un autre à sa place. De plus, le seigneur de Beaujeu accorde aux doyen et chapitre de pouvoir faire cloître et fermer et avoir portes fermées dans l'enclos susdit toutes et quantes fois qu'ils voudront et à leur bon plaisir, dans lesquels cloîtres et enclos ledit seigneur ne se retient aucune justice, ni juridiction, ni droit, ni émoluments quelconques, au contraire qu'ils jouiront de la même franchise et immunité que peut avoir église quelconque, et s'oblige, le seigneur de Beaujeu, de donner, assigner et asseoir tout présentement, audit doyen et chanoines, soixante et dix souldées de terre de revenu annuel, au sou viennois, sur le château de Chavagny et lieux plus prochains de ladite église d'Aigueperse, tant pour le repos de ses prédécesseurs que pour les légats faits à ladite église par les seigneurs Humbert et Guichard de Beaujeu, et parla dame de Mont-Saint- Jean. Voilà le sommaire de l'acte de fondation qui fut fait entre le susdit évêque d'Autun et Louis, seigneur de Beaujeu, le samedi après la fête de Saint-Nicolas d'hiver, l'an 1288, au mois de décembre; le surplus de l'acte se verra aux preuves.

Comme les sires Louis de Beaujeu et Humbert de Villars se fussent fait la guerre l'un à l'autre et aussi Humbert de Montluel, au moyen de leurs amis, ils compromirent et mirent tous leurs différends entre Humbert, dauphin de Viennois, comte d'Albon et seigneur de La Tour, et Jean de Chalon, comte d'Auxerre, seigneur de Rochefort, et noble homme, Guy de Saint-Trivier, à qui ils donnèrent pouvoir de les accommoder, et de s'en tenir à tout ce qu'ils ordonneraient, sous peine de 3.000 marcs d'argent payables par les réfractaires à la partie obéissante, ce qui fut arrêté au cloître du monastère de LaBuysse, sous Montluel, l'an 129 1, indiction 4, le samedi après la Pentecôte; ensuite ils furent accommodés par une transaction passée au mois de mars 1296 entre Guichard, seigneur de Beaujeu, fils de Louis, d'une part, par laquelle ledit seigneur de Beaujeu, mariant sa sœur Aliénor à Humbert, fils dudit seigneur de Thoire, comte de Villars, lui constitua 8.000 livres de dot, dont il en compensa 4.000 pour le dommage arbitré lui avoir été fait par ledit seigneur de Thoire et de Villars, qui est bien une marque que le comte de Savoie n'avait aucune juridiction sur eux, puisqu'il ne pouvait pas leur imposer de mettre les armes bas, ni empêcher que le dauphin, son ennemi mortel, ne les accommodât.

L'an 1294, et le lundi avant la Purification de Notre-Dame, il assista à un traité d'accord entre Amé V, comte de Savoie, et Philippe de Savoie, prince d'Achaie, neveu dudit Amé x. Il est mentionné avec son fils Guichard.

Au mois de mai ensuite, qu'on comptait 1295, il fit son testament au château de Pouilly, par lequel il ordonna d'être enterré en l'abbaye de Belleville, au tombeau de son oncle Guichard, et veut que toutes ses clameurs, légats, aumônes, soient payés, les testaments et dernières volontés de ses prédécesseurs, seigneurs de Beaujeu, et de sa mère Isabelle, acquitéspar ses exécuteurs testamentaires et par son héritier, et donne à ladite église de Belleville 12 livres viennoises de revenu annuel pour un anniversaire annuel qu'il veut être fait en ladite église, et de plus que l'abbé et couvent dudit lieu fassent célébrer tous les jours, par un certain prêtre qui sera élu par ledit abbé et couvent et par ses héritiers et exécuteurs, [une messe] 2 pour son âme et de tous ses parents et prédécesseurs seigneurs de Beaujeu; il donne à l'église Notre-Dame de Beaujeu 20 sols viennois de revenu ou 20 livres viennoises pour l'acquit d'iceux, au choix de son héritier, et ce pour un service annuel qui se doit faire pour son âme en ladite église; de plus, il donne aux monastères de Cluny, de Joug-Dieu, de l'Ile-Barbe, de Savigny, de La Chassagne, de Saint-Rambert, de Grammont, à chacun d'iceux, 10 sols viennois de revenu annuel, ou 10 livres viennoises une fois, pour l'acquit d'iceux, au choix de son héritier, pour un anniversaire qui se doit faire tous les ans en chaque église; plus, au monastère Alverie, 5 sols viennois de revenu annuel ou 100 sols viennois, au choix de son héritier, pour l'acquit d'iceux pour un pareil anniversaire tous les ans; plus, aux Cordeliers de Villefranche, 6 livres viennoises annuellement, au jour de son décès, pour trois anniversaires; il ordonne de plus, à ses héritiers et aux exécuteurs de sa dernière volonté, que dans un an du jour de son décès ils aient à assigner en rentes aux religieuses du monastère de Polleteins 60 livres viennoises restantes du légat qui leur avait été fait par son oncle Guichard et desquelles il leur en avait donné ses lettres de promesse; outre ce, il lègue, audit monastère de Polleteins, 60 sous viennois de revenu

1. G : Guichenon, fol. 353. — 2. Les notes [ ] manquent dans les mss. B et G.

annuel ou 60 livres une fois, pour l'acquit d'iceux, au choix de son héritier, pour un anniversaire perpétuel; plus, il lègue aux Cordeliers et Jacobins de Lyon et de Mâcon, et aux Cordeliers de Montbrison et de Charlieu, à chacun desdits couvents, 100 sous viennois pour une fois, afin de prier Dieu pour son âme, etc. Il y a quantité d'autres légats qui ne servent de rien ici et que l'on verra mieux dans la teneur de son dit testament, qui est aux preuves. Il institue son héritier universel en tous ses biens, Guichard son fils aîné, et lui substitue, à défaut de lignée légitime, Humbert, et audit Humbert, Thomas, et à Thomas, Guillaume, et à Guillaume, Louis, et à ce dernier, Marguerite, et à elle, Aliénor, et à celle-ci, Jeannette, puis Isabelle, Béatrix et Catherine. Il veut et ordonne que Guichard, son fils, se gouverne par le conseil de sa mère et de Guy de Saint-Trivier, et que Humbert, Thomas, Guillaume et Louis, ses fils, aient chacun 300 livres viennoises de revenu annuel pendant leur vie seulement. Il déclare que sa fille Marguerite a eu, pour son mariage, tant de ses biens que des deniers de Tillustrissime dame Marguerite, reine de France z, jusqu'à 10.000 livres tournois, et outre cela de ses biens 200 livres viennoises de revenu annuel sur le château de Montmelas, outre lesquelles il lui donne encore pour une fois 50 livres viennoises. Il donne à sa fille Aliénor 8.000 livres viennoises pour son mariage et veut que ses quatre autres : Jeannette, Isabelle, Béatrix et Catherine soient religieuses, [et aient chacune 100 livres tournois, outre lesquelles il veut que son héritier fasse tous les frais nécessaires qu'on a accoutumé de faire quand on met quelque fille en religion. Il confesse avoir eu en dot, de sa femme 7.000 livres, desquelles il lui a fait quittance, sous l'obligation de certains biens qu'il lui a assignés sur les châteaux de Parnesi % de Lay et de Chalamont; outre quoi, il lui donne, sa vie durant, les revenus des châteaux de Chamelet, de Pouilly-le-Châtel et de Croset, au delà de la Saône, et la leide de blé de Villefranche et le revenu des moulins, sa vie durant. Il nomme ses exécuteurs de sa dernière volonté : frère Bernard de Geliles, cordelier, et Etienne de Montgiraud, sacristain de Saint-Paul de Lyon, sa femme, et le seigneur de Saint-Trivier, et prie le roi de France et son bailli

1. G, J : Léonore de Savoie était cousine germaine de la reine. — 2. L, T, B : Parneys.

de Mâcon de faire contraindre par censures ecclésiastiques ses exécuteurs d'observer tout ce qui est contenu dans sondit testament, qui est signé par dix-sept chevaliers ou gentilshommes.

La même année et le samedi après l'Assomption de la Vierge, il fit un codicille par lequel il donna à Guy de Saint-Trivier dix sols de rente qu'il avait au port neuf de Beauregard et encore tout le droit qu'il avait sur la rivière de Saône, depuis le port de Frans jusqu'à certaine limite, et à Pierre, son chapelain, vingt livres de rente, sa vie durant, et confesse que de l'argent appartenant à sa femme Léonore, qui étaient cinq cents livres que sa mèreBéatrix, comtesse de Savoie *, lui avait léguées, il s'en était servi en ses affaires et encore qu'elle avait beaucoup de joyaux qui lui appartenaient. Il donne encore à M. Girard, son médecin, une pension sa vie durant.

Il mourut en son château de Beaujeu, le 23 août, l'année 1295. Léonore, sa veuve, le fit inhumer à Belleville, au tombeau de Guichard IV, son oncle, et elle mourut le 16 décembre de l'an 1296 et fut inhumée en l'église des Cordeliers de Villefranche, h côté droit de Tautel, en une sépulture de marbre relevée. Elle est peinte en l'arcade qui est dessus son sépulcre, vêtue de gris, en l'habit de Saint- François, avec un ornement de tête blanc et tout autour d'elle sont plusieurs écus semés de Savoie et de Beaujeu. Elle donna auxdits religieux, par son testament, dix sous tournois toutes les semaines, à perpétuité. Il y avait, au derrière de son tombeau, dans la sacristie, six vers latins qui ont été bouchés par un pilier qui appuie le clocher et dont il reste encore quelque fragment, ce qui a si fort déplu au sieur Guichenon que, dans son Histoire de Savoie 2, il a taxé ces religieux d'ignorance et de peu de respect envers leur bienfaitrice.

La même année qu'elle mourut et au mois de février, par-devant Péronin de Charlieu, clerc, notaire, juré des cours de Lyon et de Beaujeu, en présence de Milon de Vaux, chevalier, et de Simonin de Taney, damoiseau, à ce priés et appelés, vénérable père en J.-C., frère Etienne, abbé du monastère de Belleville, Nicolas Bonin, bourgeois dudit lieu, et Me Etienne, curé de Genouilly, exécuteurs du testament

1. G : C'était Béatrix de Fiesque, nièce du pape Innocent IV, sœur du pape Adrien y et de Perceval de Fiesque, archevêque de Ravenne, chancelier et vicaire général de l'empire en Toscane, et cardinal. — 2. G : fol. 309.

HISTOIRE DU BEAUJOLAIS 25 ï

et dernière volonté d'Aytnonet d'Ouvrier, jadis bourgeois de Belleville d'une part, et noble homme Guy de Saint-Trivier, [exécuteurs du testament et dernière volonté d'illustre dame Aliénor de Savoie, jadis dame de Beaujeu, et en son nom, d'autre, lesdits] * exécuteurs du testament d'Aymonet ayant plein pouvoir dudit Aimonet pour satisfaire à ses légats pies, dettes et aumônes, vendent à pur et à plain et à titre de pure vente et irrévocable, audit Guy, seigneur de Saint- Trivier, au nom comme dessus, pour le prix de 750 livres viennoises qu'ils confessent avoir reçu en bonne et réelle somme d'argent, savoir la moitié pour indivise de tout le péage que possédait ledit Aimonet, à Chavagnieu, sis sur la rivière de Saône, qui se perçoit et avait accoutumé d'être levé au port de Belleville, excepté toutefois la troisième 2 partie de tout le péage et le droit de gouvernail, jure gubernaculi 3, et aussi le péage des poissons qui appartenait audit monastère de Belleville et à la maison des Templiers de ladite ville, laquelle moitié de péage vendue était des domaines des nobles hommes Guichard, seigneur d'Anthon et de Milon de Vaux, chevalier, à chacun desquels était dû, tous les ans, dix sous viennois de servis, etc.

J'ai fait voir, par le testament de Louis, son mari, qu'ils eurent onze enfants :

i° Guichard V, dit le Grand, qui lui succéda.

2° Humbert, seigneur de La Juliane, chanoine de Lyon, Tan 1308, mais depuis marié avec une dame appelée Catherine, comme porte un arrêt de l'an 13 18, il eut pour partage la terre de La Juliane et fut tué à la bataille de Varey, donnée, Tan 1325, entre le dauphin de Viennois et le comte de Savoie, ou du moins blessé et mourut à Ambrun, le 12 septembre; on lui fit un service solennel à Villefranche, le 3 octobre suivant, où il est enterré au tombeau de sa mère.

30 Thomas, qui mourut le 4 juin 1300 et est enterré au tombeau de sa mère à Villefranche.

40 Guillaume fut premièrement prévôt de Fourvières en l'église de Lyon, puis chanoine et précenteur, en 1320, et, finalement, évêque de Bayeux en Normandie, et mourut le 27 octobre 1337 et gît au tombeau de sa mère à Villefranche.

1. Les mots entre [ ] ne sont pas dans les mss. L, T, B. — 2. L, T, B : treizième. — 3. L, T : gubernali.

50 Louis, chanoine archidiacre de la cathédrale de Troyes. Severt dit ' qu'il commit un grand sacrilège en la personne du cardinal Taleyrand de Perigord, évêque d'Albane, légat du pape en France, lequel il prit avec violence et le mena prisonnier au château, ce qui appert par les lettres d'Odon, évêque de Mâcon, successeur de Jean de Salagny. Il est enterré à Villefranche, au tombeau de sa mère. L'acte de fulmination est dans le même Severt 2, portant que ledit légat enjoint aux archevêques de Rouen, Sens, Reims, Bourges, Lyon et Vienne, et aux évêques de Paris, Chartres, Châlons, Troyes, Chalon, Mâcon, Autun, Viviers, Auxerre, Nevers, Meaux et Langres, et aux abbés, prieurs et recteurs des paroisses de fulminer la sentence [d'excommunication] contre Louis de Beaujeu, jadis archidiacre de Troyes, Jean de Jacquourt 3, moine de Saint-Seine, Daniel de Maisons, chevalier, et autres ses complices qui l'avaient arrêté en la ville de Châtillon, au diocèse de Langres,, lorsque, au retour de sa légation, il s'en retournait à Rome rendre compte de sadite légation au pape et avaient poursuivi à main armée toute sa suite pendant cinq lieues, avec toute sorte d'hostilités, et avaient tout pillé et mené tout son équipage au château de Giant 4, etc. On m'a voulu dire qu'il y avait une maison de Beaujeu en Champagne, proche Joinville, qui porte mêmes armes que les seigneurs de Beaujeu et qui se disait être seul reste de ladite maison; si cela est, j'oserais présumer qu'ils fussent sortis de cet archidiacre qui pourrait bien avoir laissé là quelque enfant, ou légitime, ou autrement, car je ne vois point en toute la généalogie de Beaujeu d'où pourrait être sorti ce baron de Beaujeu qui dit à M. de Pierreux qu'il restait seul de ladite maison ; cette sentence fut fulminée à Mâcon, le 11 mai 1539.

6° Marguerite, première femme de Jean de Chalon, seigneur de Rochefort, Tan 1320, qui, après la mort de ladite Marguerite, se remaria avec Alix de Bourgogne, comtesse d' Auxerre, dame de Saint- Agnan et de Montjay 5. Duchesne dit, en son Histoire de Bourgogne 6, que ladite Marguerite donna à Marguerite de Chalon, sa filleule, fille de Jean, IIe du nom, comte de Tonnerre et d'Auxerre, 10.000 livres en augmentation de dot lorsqu'elle épousa Jean de Savoie, che-

1. G : Severt, fol. 180. — 2. G : fol. 180. — 3. L, T, B : Jacquoust. — 4. L, T, B : Giam ; V : Giain. — 5. L, T, B : Monthiav. — 6. G : fol. 360 et 705.

valier, à quoi je ne trouve point de raison, car si elle est première femme de Jean de Chalon, père de Guillaume, père de Jean II, père de Marguerite, comment peut-elle avoir donné ces 10.000 livres à sa filleule Marguerite, puisqu'il faut qu'elle soit morte auparavant son mari (que l'on dit s'être remarié à la comtesse d'Auxerre, bisaïeule de ladite Marguerite), et partant, pour croire qu'elle ait donné cette augmentation de dot, il faut qu'elle ait été sa seconde femme, et que n'en ayant point eu d'enfants, elle ait fait cette libéralité.

70 Éléonore de Beaujeu, mariée à Humbert, sire de Villars, elle avait par testament de son père 8.000 livres de dot, 4.000 desquelles furent compensées par une transaction du mois de mars 1296, entre Guichard, seigneur de Beaujeu, frère de ladite Éléonore, et ledit Humbert, seigneur de Thoire et de Villars, pour les dommages arbitrés lui avoir été faits. Us eurent entre autres enfants, Henri de Villars, IIe du nom, archevêque de Lyon, en 1343.

8° Jeannette ' de Beaujeu, mariée à Jean deLuzy, seigneur de Châteauvilain, proche Langres (dit Severt). Duchesne dit à Jean de Châteauvilain, seigneur de Luzy.

9. Isabelle de Beaujeu ) toutes deux religieuses au monastère de

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