‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 106 sur 171 · ET DE SEMUR-EN-BRIONNAIS · texte numérisé non relu

ET DE SEMUR-EN-BRIONNAIS

SOMMAIRE. — /. Guichard le Grand fait hommage à F archevêque de Lyon. — IL Quel fut le sujet de cet hommage. — III. 77 assure sa succession par F extinction des procès et différends qu'il avait avec ses parents. — IV. Il est compris dans un traité de paix entre le dauphin et Je comte de Savoie. — V. Le roi le prie de lui remettre quelques prisonniers qu il avait en son château de Chalamont. — VI. Fait hommage à ! archevêque de Lyon des châteaux de Meximieux et de Chalamont, et transige avec le chapitre pour les limites de Villefranche et d'Anse. — VIL Son premier mariage avec Marie de Châtillon. — VIII. Il fonde la chapelle de Saint-Laurent dans son château de Beau jeu. — IX. Il transige avec F abbé de File-Barbe pour la garde de Vimy. — X. Le roi lui donne la connaissance de fausse monnaie. — XL Le dauphin prend sur lui M iribel, d'où s'ensuit matière de guerre. — XII. Et la bataille de Varey où Guichard fut prisonnier du dauphin. — XIII. Il fut maître de F Hôpital d'outremer. — XIV. Sa mort. — XV. Ses femmes et ses enfants. — XVI. Son testament.

I. — Guichard, Ve du nom, surnommé le Grand pour ses belles et généreuses actions et prouesses au fait de la guerre, succéda à son père, l'an 1295, es seigneuries de Beaujolais et de Dombes, et, l'année d'après, il se trouva à Orléans avec Humbert de Beaujeu, son frère, lorsque Henri de Villars, Ier du nom, archevêque de Lyon, prêta le serment de fidélité au roi Philippe le Bel, l'an 1296, auquel temps il accorda aussi de certains différends qui étaient entre lui et le même archevêque. Paradin, et Duchesne après lui, ont dit que ce pré-

lat était Humbert, ce qui est contrarié par la chronologie de Severt * qui dit que c'était Henri, et rapporte l'hommage que Guichard lui fit dans le chapitre de Lyon, l'an 1298, pour quelques différends que ledit archevêque avait avec le seigneur de Beaujeu et Guy de Saint- Trivier. Le père Saint-Aubin, dans son Histoire de Lyon, section 17, dit que Guichard ayant mis ses mains jointes entre les mains dudit seigneur archevêque, et l'ayant baisé comme c'en est la coutume, lui a promis fidélité en présence du doyen, de l'archidiacre, du chamarier, du custode, du prévôt de Fourvières et d'autres.

II. — Paradin, dans l'Histoire de Lyon 2, raconte la chose de plus loin, disant que les seigneurs de Beaujeu possédaient en la cité de Lyon et en Lyonnais plusieurs beaux droits desquels, étant en controverse avec les archevêques, les choses s'aigrirent tant qu'ils en vinrent à la guerre, pendant laquelle les seigneurs de Beaujeu firent des dommages incroyables à l'archevêque de Lyon, par la prise de ses places et enlèvement des personnes et du bétail, et autres insolences que la licence de la guerre permet ou tolère 3. Cette guerre avait commencé du temps de Louis, père de Guichard, et de l'archevêque Jean, dès l'an 1289, et Louis étant mort dans les censures ecclésiastiques et excommunié, Guichard, son fils, eut crainte d'encourir la malédiction de Dieu, et entendit volontiers à la paix qui lui fut proposée avec l'archevêque Jean II, auquel tant lui que son père avaient fait forte guerre qui avait causé grand dommage dans tout le pays lyonnais, pour réparation desquels torts et injures, le seigneur de Beaujeu convint avec l'archevêque qu'il lui laisserait la seigneurie de Lyssy, avec ses appartenances et dépendances, laquelle il reprit depuis en fief dudit évèque et de l'église de 'Lyon, pour raison duquel il en fit lors hommage à l'archevêque qui prétendait de plus que le seigneur de Beaujeu lui dut faire hommage des fiefs de Villefranche, Pouilly-le-Châtel et Chamelet, desquels ils tombèrent d'accord, à condition que Guichard laisserait à l'église les forteresses de Varennes et de Builly, et l'excommunication fut levée à l'âme de Louis, son père. Cette paix, procurée par l'abbé de Cluny et jurée par vingt chevaliers de la part

1. G : Severt, toi. 311. — 2. G : 1. II, fol. 161: ch. LIV. — 3. G : Saint-Aubin, Hist.i'cclcsias.yp-An. 5, section 16, fol. 246.

du seigneur de Beau jeu et parles doyen et chantre de l'église de Lyon, dura quelque temps; mais Henri de Villars étant promu à l'archevêché, les querelles recommencèrent, à cause des droits que chacun disait avoir en la ville de Lyon, laquelle, quoique de grande étendue, ne pouvait contenir ces deux grands seigneurs en son enclos qui vinrent des paroles à de fâcheux événements, car l'archevêque ayant défendu à ses sujets de payer les cens et servis prétendus par le seigneur de Beaujeu en un broteau près le pont du Rhône, ce seigneur en fut si fort indigné qu'il fit prendre prisonniers quelques sujets de l'archevêque, emmener leur bétail, piller leurs biens et faire plusieurs actes d'hostilité dont advint grand trouble en la cité de Lyon, plus les officiers du seigneur de Beaujeu dépendirent un criminel exécuté aux fourches de Saint-Sébastien par sentence des officiers de l'archevêque et le firent rependre en une autre justice patibulaire, dans les limites du seigneur de Beaujeu. Davantage, Guy, seigneur de Saint-Trivier en Dombes, sujet, allié et ami du seigneur de Beaujeu, avait en ce même temps bâti et édifié une maison forte auprès du rivage de Saône, nommée Beauregard, et l'avait fortifiée et avait fait un barrage entre le bourg de Beauregard et la rivière, en sorte que personne n'y pouvait passer, ce que l'archevêque prétendait avoir été fait à son préjudice étant ledit château construit et fortifié dans les limites de l'église de Lyon, sans congé ni permission de l'archevêque, et avait, ledit seigneur de Saint-Trivier, reconnu ledit château du fief du seigneur de Beaujeu, contre la défense de l'archevêque, et encore ledit seigneur archevêque se plaignit que les officiers du seigneur de Beaujeu prenaient la hardiesse dedans la ville de Lyon d'ouvrir les testaments à son préjudice et diminution de ses droits et justice. Pendant toutes lesquelles querelles se firent de grandes hostilités de part et d'autre. Enfin les parties ayant compromis d'arbitres et fait choix du révérend seigneur Guillaume, archevêque de Vienne, du magnifique seigneur Humbert, comte d'Albon et dernier dauphin de Viennois, d'Humbert de Thoire, seigneur de Villars, frère de l'archevêque, et de Guy de Marzé, sénéchal de Toulouse; ces quatre seigneurs les mirent d'accord en prononçant que l'inhibition faite par l'archevêque de ne payer les cens du broteau au seigneur de Beaujeu cesserait et serait de nul effet, et que toutes personnes, bétail et gages pris de part et d'autre seraient restitués, et

les prisonniers mis en liberté, et que le corps dépendu des fourches de Saint-Sébastien y serait remis, ou en sa place, s'il ne se pouvait trouver, un fantôme ou effigie; l'excommunication fulminée contre ceux qui ouvraient et publiaient les testaments révoquée, étant contre les droits desquels les seigneurs de Beaujeu avaient joui de tout temps. Cette sentence fut prononcée par Guy de Marzé, es jardins du Temple à Lyon, l'an 1298, en juin, et, touchant le château et place de Beauregard, que le seigneur de Saint-Trivier reconnaîtrait la moitié dudit château et place de Beauregard, du fief du seigneur de Beaujeu, et l'autre moitié de l'archevêque, et qu'il mettrait deux étendards audit château, l'un aux armes de l'archevêque et l'autre aux armes du seigneur de Beaujeu qui demeureraient apposés, savoir : celui du seigneur de Beaujeu, trois jours durant, et celui de l'archevêque, cinq, en signe de supériorité.

III. — L'an 1299, Justel en son Histoire d'Auvergne l, dit qu'il s'obligea envers Robert VII, comte d'Auvergne, et Guillaume de Bourbon, seigneur de Bancay, en 15.000 livres viennoises, pour la part que leurs femmes pouvaient prétendre en la terre et baronnie de Beaujeu, pour terminer le procès qui était entre eux, d'autant que ce Robert VII, comte d'Auvergne, était fils de Béatrix de Beaujeu, sœur d'Isabelle, comtesse de Forez et dame de Beaujeu.

Pierre de Saint-Julien de Baleurre2 dit, qu'environ l'an 13 00 Edouard, comte de Savoie et de Baugé et seigneur de Bresse, et les seigneurs de Beaujeu et de Berzé firent, chacun de leur part, plusieurs grands préjudices et dommages à l'église de Mâcon; j'ai vu, dans le trésor, une transaction qui fut faite, le 8 septembre 13 18, entre lesdits sieurs du chapitre de Saint-Vincent dudit Mâcon et les seigneurs Edouard de Savoie, seigneur de Bâgié, et Guichard, seigneur de Beaujeu, qui avaient porté leurs armes conjointement contre les sujets dudit chapitre, dans laquelle transaction Guichard va fort bien de pair avec Edouard et ne sont appelés que nobles barons et puissants M. Edouard de Savoie, seigneur de la terre de Bâgié, et M. Guichard, seigneur de Beaujeu.

I. G : fol. 70. — 2. G : fol. 291. Hist. du Beaujolais II. 17

L'an 1302, et le 15 des calendes de juin, il délaissa à ses trois frères, Humbert, Thomas et Guillaume, qui, par testament de leur père Louis, avaient chacun 300 livres viennoises de rente annuelle, leur vie durant, les châteaux de Joug, d'Amplepuis, de Saint-Bonnet-le-Troncy, Claveysoles, d'Allognet et de Cenves, et 150 livres viennoises, à prendre, tous les ans, sur le péage de Thizy et ce, pour la somme de 900 livres viennoises qu'ils avaient à prendre, tous les ans, dans la maison pour leur entretien, avec tous les droits, rentes, usage, possession et justice, tant qu'ils vivraient, laquelle justice serait exercée par son bailli de Beaujolais au nom, néanmoins, de ses frères, Humbert, Thomas et Guillaume.

L'an 1303, et le jeudi après la Saint-Luc, il acquit d'Etienne de Chirung, écuyer, quelques cens, rentes et usages qui appartenaient audit Chirung, tant en divers grains que gélines, en la paroisse de Coux, en la châtellenie ou mandement de Thizy, lequel de Chirung lui fit encore une autre vente, l'an 1331, des cens et autres droits que lui devaient les tenanciers de plusieurs héritages sis en divers lieux r.

IV. — L'an 1304, et le 7 mai, il y eut un traité de paix entre Amé le Grand, comte de Savoie, et le dauphin, par lequel il fut dit que le comte de Savoie remettrait au dauphin le droit qu'il avait sur Montluel, etc 2., et que le dauphin se départirait de tout ce qu'il prétendait a Meximieux et au bourg Saint-Christophe qui appartenait au seigneur de Beaujeu, qui, avec le comte, restitueraient ce qu'ils avaient pris à Mayeul et à Guillaume du Saix, etc. Ce traité n'ayant pas été exécuté, le pape Clément V en voulut être l'arbitre et par sa bulle, datée à Saint-Cyr, près Lyon, au mois de mars 1306, fit trêve entre ces deux princes et les seigneurs de Vaud, de Beaujeu, le comte de Genève et le seigneur de Mercœur, leurs adhérents, et fit jurer à Jacques de Boczezel et à Jean de Revel, baillis de Savoie et de Dauphiné, en présence des abbés de Cluny et de Citeaux, qu'ils visiteraient les lieux contentieux entre ces deux princes, pour assigner à chacun ce qui lui appartiendrait et, où ils ne pourraient convenir, qu'ils en prendraient avis d'Aimar de Beauvoir et de Guy Alleman ; à quoi le comte et le dau-

1. G : fol. 17 et 18 du 1. A, Ier coffre. — 2. G : Guichenon, Hist. de Savoie, ch. XX, fol. 356.

phin seraient tenus de déférer, ce qu'ils promirent et plusieurs gentilshommes de leur parti, savoir : pour le comte de Savoie, Louis de Savoie, seigneur de Vaud, Guichard, seigneur de Beaujeu, etc.

V. — La même année, comme il avait quelques prisonniers en son château de Chalamont, en Dombes, qui avaient faussé la monnaie et les coins du roi, Sa Majesté, qui était Philippe le Bel, le pria de les lui remettre, à cause qu'il n'appartenait qu'à ses officiers de connaître de sa monnaie. Guichard ayant volontiers incliné à la volonté du roi, Sa Majesté déclara qu'elle n'entendait point que cette rémission lui portât préjudice ni à sa seigneurie, ni à ses successeurs au temps à venir. La lettre est datée du 18 février, à Saint-Germain-en-Laye, et se trouve au chapitre de la souveraineté de Dombes.

VI. — L'an 1307, Guichard fit hommage à Louis de Villars, archevêque de Lyon, des villes de Meximieux et de Chalamont avec leurs territoires l, en quoi il se reconnut vassal de l'Église; mais, auparavant, ce même prélat l'avait excommunié pour lui en avoir dénié le fief. Les paroles rapportées par Severt 2 sont : Nos Guichardus dominas Bellijoci confitemur esse vassalum domini archiepiscopi Lugdun. et ecclesix propter villas de Maximiaco, de Chalomonte et eorum territoriis, prxsentibus Humberlo et Guillelmo de Bellijoco, etc.

L'an 1308, et le mercredi après la Croix de septembre, il transigea avec Humbert, seigneur de Thoire et de Villars, qui lui remit tout le droit qu'il pouvait avoir aux péages de Chardonne.

La même année, et le mardi après la Conception de la Vierge, il y eut un compromis entre lui et le chapitre de Lyon, dans le chapitre de ladite église, ad sonum campanx 5, par lequel ils promirent de se rapporter aux arbitres par eux nommés pour terminer les différends qui étaient entre eux, concernant les limites des seigneuries d'Anse et de Villefranche ; ensuite de quoi il y eut sentence arbitrale 4, donnée par les mêmes arbitres, le mercredi de la semaine sainte de ladite année 1308 5.

1. G : Saint-Aubin, section 16, fol. 246, p. 5. — 2. G : fol. 316. — 3. G : Fol. 9 et 10 du 1. A du Ier coffre. — 4. G : et fol. xi. — 5. Tout ce paragraphe, dans les mss. L, T, est reporte à la suite du paragraphe suivant.

VII. — La même année, il épousa Marie de Chatillon, fille de Gaucher de Chatillon, comte de Porcéan, connétable de France, et d'Isabeau de Dreux, contre le sentiment de Severt et de Duchesne, en leurs histoires de Bourgogne et de Chatillon *, qui disent que sa première femme fut Jeanne de Genève, et cependant on trouve, dans le trésor de Villefranche, trois pièces attachées ensemble dans le sac coté C, du Ier coffre, sous la cote VII et VIII, dont la première est une constitution de dot faite, en l'an 1308, par Gaucher de Chatillon, comte de Porcéan, connétable de France, de 8.000 livres de rente au profit de Guichard de Beaujeu, à prendre sur le roi de Navarre, comte de Champagne, pour le mariage de Marie, fille dudit comte, première femme dudit seigneur de Beaujeu 2. La seconde est un acte d'émancipation fait par ledit seigneur connétable de France, au mois de janvier 1308, de ladite dame Marie, sa fille, de laquelle et dudit seigneur de Beaujeu est issue une fille, mariée au sieur Partenay ; la troisième est un transport fait, en l'an 13 17, audit Guichard de Beaujeu, par ledit seigneur connétable, des seigneuries et droits a lui appartenant sur les terres de Forges, Treivel, Trembly, Avany, Ormeaux, Corgenes et l'étang de Passy.

Le sieur Justel, en son Histoire d'Auvergne 3, dit que Robert, VIP du nom, comte d'Auvergne, avec son fils Robert VIII intervinrent pleiges, pour la dot de 8.000 livres, avec Jean, comte de Forez; ils étaient tous cousins et parents, savoir : Robert, comte d'Auvergne, fils de Béatrix de Beaujeu, fille d'Humbert V et sœur d'Isabelle de Beaujeu, comtesse de Forez, mère de Jean. Je dirai ci-après les enfants qui vinrent de ce mariage.

L'an 1309, et au mois de décembre, Guichard de Beaujeu transigea avec Pierre de Verneys, chevalier, touchant les droits de justice et plusieurs autres, que l'un et l'autre prétendaient en la paroisse de Chambost.

VIII. — L'an 13 10, il fonda la chapelle de Saint-Laurent de son château de Beaujeu, pour deux prêtres auxquels il assigna, annuellement, 11 anées de blé, 12 anées vin pur et 16 livres viennoises, comme les curieux pourront mieux voir aux preuves. Cette chapelle, depuis la

1. G : 1. III, ch. XCIV, 1. VII, p. 352. — 2. G : voyez aux preuves. — 3. G : fol. 69.

démolition du château, l'an 1611, par les ordres du roi, a été transférée en la ville et donnée aux religieux du tiers-ordre, qui ont bâti leur église sous le vocable de Saint-Laurent et sous le titre de la chapelle du prince.

IX. — L'an 13 12, il y eut différend avec l'abbé de l'Ile-Barbe1 pour raison de la garde de Vimy et autres terres adjacentes, ce qui fut assoupi moyennant une pension annuelle de 20 livres que l'abbé accorda à Guichard sur les hommes dudit lieu de Vimy.

X. — L'an 1315, le roi Louis le Hutin, par ses lettres patentes, accorda et attribua aux seigneurs, comte de Forez et baron de Beaujolais, la connaissance et correction du crime de fausse monnaie dans leurs terres où ils ont droit de justice 2.

XL — L'an 13 17, le dauphin prit sur lui Mirebel en la Valbonne \ qui fut cause d'un funeste accident qui lui arriva par le traité de paix qui avait été fait entre Amé V, dit le Grand, comte de Savoie, et Jean II, prince dauphin. L'an 1304, il avait été dit que le dauphin se départirait de l'hommage de Foucigny et de tout ce qu'il prétendait à Meximieux et au bourg Saint-Christophe, et ce traité n'ayant pas été exécuté, le pape Clément V en voulut être l'arbitre, et par la bulle datée à Saint-Cyr, près de Lyon, au mois de mars 1306, fit trêve entre ces deux princes et les seigneurs de Vaud, de Beaujeu, le comte de Genève et le seigneur de Mercœur, leurs adhérents, où il fut dit encore que la ville d'Ambronay en Bugey demeurerait au comte; néanmoins, quelques religieux du monastère, ayant toujours inclination pour le dauphin, entreprirent de se soulever contre le comte, et pour y parvenir plus facilement, ils avancèrent les jours d'Amblard de Briord 4, leur abbé, qui était de contraire sentiment ; ils reçurent des troupes du Dauphiné et arborèrent, sur la plus haute tour de la ville, la bannière du dauphin. Amé, pour venger cette injure, assiégea Ambronay, le prit, l'an 1 316, et y mit un autre abbé 5, qui fut Pierre de Baulme. Le dauphin, de son côté, assiégea le château de Mirebel, en la Valbonne,

1. G : Le Laboureur, fol. 200. — 2. G : fol. 22 et 25 du 1. A du Ier coffre. — 3. G, J : Guichenon, Hist. de Savoie, fol. 363. — 4. L, T, B : Brion. — 5. L, T, B ajoutent : de la maison de Fromentes.

qui appartenait au seigneur de Beau jeu, et s'en saisit; ainsi, il y eut guerre ouverte : le comte assembla toutes ses forces. Louis de Savoie, prince d'Achaie, son neveu, Louis de Savoie, baron de Vaux, son frère, Léopold, duc d'Autriche, son gendre, et le comte d'Auxerre, Pierre de Savoie, archevêque de Lyon, Robert, duc de Bourgogne, Guichard de Beaujeu, qui avait intérêt de rentrer dans son bien, et plusieurs autres seigneurs du voisinage lui amenèrent du secours. Avec ces forces, il mit le siège devant le château de Saint-Germain d'Ambérieu, appartenant au dauphin, le prit après quelques jours de siège et le donna au pillage, ensuite de quoi le bourg d'Ambérieu se rendit.

L'an 1318, et le 8 décembre, il y eut une transaction entre Guichard de Beaujeu, Edouard de Savoie, seigneur de Baugé, fils d'Ame V, et les chanoines de Saint-Vincent de Mâcon, sur les pertes et dégâts faits auxdits chanoines et autres conventions sur la paix entre lesdits seigneurs l.

L'an 1320, il épousa Jeanne de Châteauvilain 2, comme appert d'une quittance de M. Jean de Châteauvilain, par laquelle il reconnaît avoir reçu, de Guichard de Beaujeu, la somme de 2.000 livres, pour satisfaire à certaines conventions faites entre eux dans le contrat de mariage dudit seigneur de Beaujeu, avec Jeanne, fille dudit seigneur de Châteauvilain ; ladite quittance est de l'an 1320. Elle lui porta en dot la terre de Montaguillon avec toutes ses appartenances et juridictions, l'an 1320, le mardi après les octaves de la Saint-Martin. Ce mariage est au fol. 20 du 1. A du Ier coffre.

L'an 1321, fut conclu, à Chalon-sur-Saône, le mariage de Robert de Bourgogne avec Jeanne de Chalon, fille du comte d'Auxerre, par l'entremise et du consentement d'Agnès de France, duchesse de Bourgogne, mère de Robert, du comte Amé, aïeul de Jeanne de Chalon, du comte d'Auxerre, son frère, d'Edouard et d'Ame de Savoie, de Louis de Savoie, baron de Vaud, et de Guichard, sire de Beaujeu.

La guerre ayant toujours continué entre le comte de Savoie et le dauphin 3, Guichard de Beaujeu, qui était attaché au parti de Savoie par proximité d'alliance et par la perte de sa ville de Mirebel, que le dau-

1. G, J : coffre 8 du trésor, 9. — 2. G, J : cote no xi, sac C du Ier coffre. — 3. G : Guichenon, fol. 376.

phin lui avait enlevée, fut envoyé avec Aimon de Savoie, second fils d'Ame, en Genevois, à cause que lorsqu'il y avait quelque différend entre ces deux princes, le comte de Genève était toujours du parti du dauphin, parce qu'il lui fâchait de relever du comte de Savoie. Aimon et Guichard surprirent, le 10 août 1320, sur Guy * de Feuillens, vidame de Genève, le château de Genève et le firent démolir ; de là, ayant appris la mort de Guillaume, comte de Genève, arrivée au mois de novembre suivant, ils se saisirent encore du château de Seissains.

Amé V, comte de Savoie, étant décédé en Avignon, au mois d'octobre de l'an 1323, et son fils Edouard lui ayant succédé, il reçut le serment de fidélité de tous ses vassaux, au mois de novembre suivant, et traita avec son frère Aimon pour son apanage, l'an 1324, au château de Chambéry, présents les principaux de Savoie et Guichard de Beaujeu 2, qui acquit, ladite année, la poype de Frens et prés contigus d'Etienne de Gléteins, chevalier, pour la somme de 600 livres viennoises, et encore la terre de La Jonchère, sise audit lieu, avec les moulins, vignes, terres contigus à ladite poype de Frens.

XII. — La guerre ayant continué entre les princes de Savoie et le dauphin, s'ensuivit la bataille de Varey, l'an 1325, au commencement de février, où les deux armées s'étant approchées en la plaine de Saint-Jean-le-Vieux, sous le château de Varey, se donnèrent un furieux combat, où la victoire ayant été longtemps balancée fut à la fin pour les Dauphinois ; le comte de Savoie s'étant trop avancé dans la mêlée fut arrêté par Auberjon de Maleys, gentilhomme du Dauphiné, et comme il se défendit généreusement, Tournon survint qui le prit prisonnier; mais Hugues, seigneur de Boczezel, accompagné d'Entremons, ayant accouru, sauva le comte Edouard des mains de ses ennemis et l'emmena au château de Pont-d'Ain en sûreté.

En cette journée, le dauphin fit prisonnier Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, etc. Jean de Chalon, comte d'Auxerre, et Guichard, seigneur de Beaujeu; Hugues de Marzé, Angelin l'Anglois de Farges et Girard de Chintré 3, qui étaient de sa suite, furent aussi pris, etc.

Robert de Bourgogne fut mis à 50.000 florins d'or de rançon, pour lui et ses écuyers, etc.

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