‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 115 sur 171 · ANTOINE, SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DE DOMBES · texte numérisé non relu

ANTOINE, SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DE DOMBES

SOMMAIRE. — /. Naissance d'Antoine de Beaujeu et sa domination sons la tutelle de sa mère. — II. Don du fort de Frens, au profit d'Etienne Perret, par Mme Marie du Thil. — 777. Les beaux exploits d'armes d'Antoine en diverses rencontres. — IV. Il est fait le second chevalier de l'Annonciade, en Savoie. — V . Son mariage. — VI. Son testament et fondation de la chapelle de Saint-Jean, en l'église de Beaujeu, et de Saint- Jacques et de Saint- Antoine, en celle de Villefranche1 .

I. — Antoine, seigneur de Beaujeu et de Dombes, naquit à Pouilly, un jour de Sainte-Claire, 12e jour d'août, l'an 1343 2; à huit ans, il perdit son père et demeura sous la tutelle de sa mère, Marie du Thil, jusqu'à l'an 1358, après le décès de laquelle, arrivé à Pouilly-le- Chatel le 4 mars de la même année (comme j'ai dit ci-dessus), Antoine entra en la jouissance des seigneuries de Beaujeu et de Dombes.

IL — Ladite Marie du Thil, veuve d'Edouard et mère d'Antoine, en qualité de tutrice dudit Antoine, son fils, fit donation, l'an 1357, au profit d'Etienne Perret, de la poype ou fort de Frens, avec ses appartenances et dépendances en la paroisse et proche l'église de Frens, en récompense des services qu'il avait rendus a feu Edouard de Beaujeu, son mari 3, lesquels biens avaient été achetés d'Etienne de Gleteins, chevalier, par Guichard de Beaujeu,, le jour de Saint-Pierre et Saint-Paul, en 1325, avec des prés contigus et une terre appelée de La Jonchère 4.

, 1. T, V : Belleville. — 2. G : Duchesne, Hist. de Bourgogne, 1. III, chap. XCXVI. — 3. G : dernier fol. du 1. A du Ier coffre. — 4. G : fol. 26, ejusdcm.

III. — Comme il était bien fait et d'une belle taille et honnête, et qu'il eut fait en sa jeunesse plusieurs beaux exploits d'armes l, il fut aimé des rois de France, d'Espagne, d'Aragon et de Grenade, et du comte de Savoie, Amé VI, dit le comte Vert, auquel il porta secours à la bataille d'Arbres2, l'an 1354 5; l'an 1358,11 confirma les privilèges de Beau jeu et fonda une chapelle en l'honneur de Saint-Jean l'Évangéliste, dans l'église collégiale du chapitre, dont il assigna les revenus sur le péage de Belleville. Il se trouva, l'an 1364, à la bataille de Cocherel, en Normandie, où les Anglais et Navarrais furent vaincus 4; il suivit Bertrand du Guesclin, connétable de France, au voyage de Gascogne, Espagne et Grenade, et y retourna encore depuis, avec le duc d'Anjou.

Il a fondé une autre chapelle en l'église de Villefranche, sous le vocable de Saint-Jacques le Majeur et de Saint- Antoine 5.

IV. — L'an 1362, le comte Vert, de Savoie, institua l'ordre du Collier qu'il appela l'ordre de l'Annonciade, duquel ordre il ne fit que quinze chevaliers, en l'honneur des quinze joies de la Sainte Vierge, et institua ensuite la chartreuse de Pierre le Châtel, en Bugey, de quinze chartreux pour y dire messe chaque jour, pour le salut desdits quinze chevaliers de son ordre, dont il était le chef6.

Le second chevalier fut Amé, comte de Genève.

Le troisième, Antoine, seigneur de Beaujeu et de Dombes.

Le quatrième, Hugues de Chalon, seigneur d'Arlay.

Le cinquième, Aimon de Genève, seigneur d'Anthon et de Varey.

Le sixième, Jean de Vienne, seigneur de Rolans et de Bonencontre, amiral de France.

Le septième, Guillaume de Grandson, seigneur de Sainte-Croix.

Le huitième, Guillaume de Chalamont, seigneur de Meximieux et de Montanay.

Le neuvième, Rolland deVessy, gentilhomme bourbonnais.

Le dixième, Etienne, bâtard de la Baume, seigneur de Saint-Denis et de Chavanes, amiral et maréchal de Savoie.

1. G : Severt, fol. 289. — 2. L, B : des Abrés; T : des Arbres. — 3. G : Guichenon, fol. 407. — 4. G : Froissard. — 5. Ce passage manque dans les mss. L, T, V. — 6. G : Guichenon, His't. de Savoie, fol. 413.

Le onzième, Gaspard, seigneur de Montmajeur.

Le douzième, Barbe de Foras ou de Foural.

Le treizième, Tennard de Montsous '.

Le quatorzième, Amé de Bonnivard.

Le quinzième, Richard Musard, gentilhomme anglais. Ce qui fait bien voir en quelle estime était le seigneur deBeaujeu, puisqu'il fut le second devant tant de seigneurs de si grande maison comme étaient ceux de Vienne, de Chalon et autres.

V. — La même année 1362, et le 4 août, il contracta mariage, pardevant JeanLaurens, notaire de Besançon, avec Béatrix de Chalon, fille de Jean, seigneur d'Arlay et de Cuisel 2, et sœur de Hugues et Louis de Chalon qui lui promirent en dot 10.600 florins d'or, de bon et grand poids, assignés sur la terre de Viteaux, de l'Isle sous Montréal et de Lorme, avec 500 livres de rente en fonds de terre et le château de Broyés, au moyen de quoi il la doua du château de La Roche-Noulay et de 1.060 florins d'or de Florence, assis sur le château de Chamelet et appartenances 3; mais deux ans après, au retour du voyage qu'il avait fait avec le connétable du Guesclin, il mourut à Montpellier, sans enfants, le 12e jour d'août 1374, au même jour et mois qu'il était né; son corps fut porté à Belleville où il gît.

VI. — H y a une clause de son testament au chapitre de Beau jeu qui parle de la fondation d'une chapelle qu'il avait instituée dans l'église collégiale dudit Beaujeu, en l'honneur de Saint-Jean l'Évangéliste, pour le service de laquelle il veut que les doyen et chapitre élisent un prêtre suffisant et idoine qui dise tous les jours la messe pour le salut de son âme, et auquel prêtre il assigne six livres viennoises, six ânées de vin, deux ânées de froment et quatre ânées de seigle, de revenu annuel et perpétuel, à prendre sur le péage de Belleville, qu'il oblige à perpétuité au payement de ladite fondation. Ce testament est du vendredi icr septembre 1374. Il y a encore aux preuves une autre fondation d'une chapelle en l'église de Villcfranehe, sous le

1. L, T, V : Menthon; B : Menthon, mais correction au-dessus d'un grattage; J : Monsous. — 2. G : Duchesne, Hisl. de Bourgogne, 1. III, fol. 96. — 3. G : Ce contrat est au trésor de Villefranche, au sac coté C du 1er coffre.

vocable de Saint-Jacques le Grand et de Saint-Antoine, pour deux prêtres qui devaient journellement célébrer la messe pour le repos de son âme et de ses prédécesseurs, à chacun desquels il lègue six livres viennoises, deux ânées de froment, quatre ânées de seigle et six ânées de vin pur; mais depuis, Madame Anne, dauphine de Bourbonnais et dame de Beau jeu, considérant que ces deux chapelains seraient trop chargés de dire messe tous les jours, institua deux autres prêtres qui, avec les précédents seraient quatre, deux desquels diraient les messes une semaine et les autres deux la semaine d'après, et ainsi a tour de rôle, et leur assigna de surcroît douze livres tournois, qui, avec ce que dessus, auraient chacun une ânée de froment, deux ânées de seigle, trois ânées de vin, soixante sols viennois de première fondation et soixante sols tournois d'accroissement, les soixante sols viennois valant soixante-six sous, huit deniers tournois.

J'ai lu, dans une vieille chronique de Paradin, que Philippe de Sainte-Colombe était son maître d'hôtel, et Hugues de Gléteins son bailli l.

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