‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 116 sur 171 · EDOUARD II, DERNIER SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DE DOMBES · texte numérisé non relu

EDOUARD II, DERNIER SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DE DOMBES

SOMMAIRE. — I. Edouard II est un vrai tableau de V inconstance de la fortune. — IL Sa descendance et généalogie. — III. Prend possession delà seigneurie de Beaujeu à laquelle il était substitué par le testament de Guichard le Grand, son aïeul. — IF. Oui lui est contestée par son oncle Robert, seigneur de foux, et par Marguerite, sœur d'Antoine, dernier mort. — V . Béatrix de Chalon, veuve d'Antoine, lui intente procès pour la restitution de sa dot. — VI. Le comte de Bresse lui fait la guerre pour le déni de ! hommage des terres de Dombes, ce qui est accommodé par l'entremise des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon.

— VIL Fondation d'une messe chaque jour, à perpétuité, en l'église de Saint-Antoine de Char lieu, par Marguerite de Poitiers, mère d'Edouard.

— VIII. Marguerite de Beaujeu, sœur d'Antoine, lui suscite un nouveau procès. — IX. L'assassinat de son châtelain de Coligny lui fait encourir la haine du duc de Bourgogne. — X. Transige avec l'abbé de Cluny de leurs différends. — XL Le démêlé qu'il avait avec ses sujets de Villefranche est terminé par l'archevêque de Lyon. — XII. Son mariage sans enfants. — XIII. Cause qu'il enlève une fille, du rapt de laquelle étant compulsé, il précipite un huissier de la cour qui l'était venu ajourner. — XIV. Réflexion sur son malheur.

I. — Je ne sais si je dois appeler ce prince le tableau de l'inconstance de la fortune, ou un vrai miroir d'affliction, car ce prince ne fut pas plutôt appelé à la succession du Beaujolais, par la mort de son cousin Antoine, décédé sans enfants, qu'il se vit accablé de procès de tous côtés, par ses plus proches parents, qui la lui disputaient. Il n'y fut pas plutôt établi qu'il fut en guerre avec le comte de Savoie, pour raison du prétendu hommage dont il n'avait jamais ouï parler, après

quoi il eut grand démêlé avec le duc de Bourgogne, au sujet de deux prisonniers qu'il avait fait poursuivre et arrêter dans les terres dudit duc, pour avoir assassiné son châtelain de Coligny. Ce ne fut pas tout, ses sujets de Villefranche achevèrent de l'accabler, par procès au parlement de Paris, et par les poursuites qu'ils lui firent et les embûches qu'ils lui dressèrent, en sorte que bien lui en prit une fois d'être bien monté et de se sauver de leurs mains en passant virement la Saône àBeauregard jusqu'où ils le poursuivirent, à dessein de le prendre et de le maltraiter ; il fallut qu'il vînt à composition avec eux, au moyen de l'archevêque de Lyon, qui s'en entremêla, nonobstant lequel accord, ils le poursuivirent si vivement pour le rapt de la fille de Guyonnet de la Bessée, qu'ils lui firent perdre ses états, ensuite la vie, de déplaisir de survivre à tant de malheurs.

II. — Pour bien faire voir la descente d'Edouard, IIe du nom successeur d'Antoine, es seigneuries de Beaujeu et de Dombes, il faut savoir que Guichard le Grand eut, comme j'ai dit, trois femmes, et de la troisième, qui fut Jeanne de Châteauvilain, il eut entre autres enfants Guichard de Beaujeu, seigneur de Perreux, lequel prit à femme, le 14 mai 1343, Marguerite de Poitiers, sœur d'Aimard V, comte de Valentinois et fille de Louis de Poitiers, gouverneur de Languedoc, et de Marguerite de Vergy, sa femme, laquelle Marguerite eut en dot 8.000 florins une fois, et 1.200 livres de rente, pour lesquelles le comte Louis, son père, lui assigna 500 livres qu'il avait sur le trésor du roi et 700 livres sur ses terres assises en Bretagne, et encore le château de Vadans, en Bourgogne, et, outre ce, il lui légua encore, par son testament, 500 florins l. Marguerite de Vergy, mère de ladite Marguerite, donna audit Guichard la moitié de toutes les terres et seigneuries, châteaux et fiefs qu'elle avait en Bourgogne 2, et Aimar de Poitiers, frère de ladite Marguerite, se voyant sans enfants, fit son testament en Avignon, le 9 février 1373, par lequel il institua Louis de Poitiers, seigneur de Veyne, son héritier, et lui substitua Edouard de Beaujeu, son neveu, si pour lors il vivait, ou en cas de mort les enfants mâles d'icelui. Ce testament fut présenté à M. le chancelier de France et à

1. G : Hist. des comtes de Valentinois, de Duchesnc, fol. 54, et aux preuves, 52. — 2. G : N° xi du 1er coffre, sac C; Hist. des comtes de Valentinois, fol. 34.

M. le chancelier de Bourgogne, au mois de juillet 1393; il est au trésor de Villefranche r.

Jeanne de Châteauvilain, sa mère, fit de grands avantages à sondit fils Guichard, en considération de ce mariage, ce qui fut ratifié par Robert, Louis et Blanche de Beaujeu, ses frères et sœur, le 8 juin 1343, signé Proponeti. Au môme jour, lesdits Robert, Louis et Blanche passèrent quittance des droits par eux prétendus en la baronnie de Beaujeu, au profit dudit Guichard, leur frère, en faveur de ce mariage, signé Le Sceleur, et, au mois de juillet suivant, Guillaume, seigneur d'Amplepuis, frère desdits Guichard, Robert, Louis et Blanche, donna sa ratification des mêmes avantages que sadite mère avait fait audit Guichard, son frère, par contrat de mariage.

Guichard eut de cette dame six enfants :

i° Edouard, seigneur de Perreux, où il était né, et de Beaujeu, après la mort de son cousin Antoine.

2° Philibert, décédé jeune et enterré à Belleville.

30 Marie de Beaujeu, mariée à Jean de Montagu, chevalier, seigneur de Sombernon, premier baron de Sombernon, premier baron du duché de Bourgogne. Ce château appartient aujourd'hui à la famille de Bauffremont. Marguerite de Poitiers, sa mère, pour demeurer quitte envers ledit seigneur de Montagu, son gendre, de la somme de 3.000 florins à lui promis es mariage de sa fille, lui transporta les villes de Courcelles, de Villebeuf, de Saint-Aignan et autres choses, le 23 avril 1376.

Il y a, au trésor de Villefranche2, un acte du 12 juillet 1379, du répit donné par ledit seigneur de Sombernon, à Edouard, sire de Beaujeu et de Perreux, de pouvoir retirer, dans les dix ans prochains, la terre et seigneurie de Montmelas, avec ses appartenances et dépendances, en remboursant, par ledit sire de Beaujeu, ledit seigneur de Sombernon et dame Marie de Beaujeu, sa femme, du prix qui en avait été payé par eux, avec cinq quittances de ladite Marie de Beaujeu des payements faits es années 1394, 1396, 1397, 1398, 14 1 5 , signées Alex., Marescalli.

40 Alix de Beaujeu fut mariée trois fois :

i° Avec le seigneur de Fougerolles; 2° avec le seigneur de Vailly,

1. G : N° m secundo du sac coté C du Ier coffre. — 2. G : N° xvm.

frère du comte de Sancerre, et, en dernier lieu, avec le seigneur de Corsant '.

Il y a dans le trésor 2 un vidimus fait par les gens de la chambre des comptes de Beaujolais, le 23 novembre 141 2, des lettres de Louis de Bourbon, du 28 septembre 14 17 3, et des lettres de madame Anne, dauphine, duchesse de Bourbonnais, du 16 octobre 14 12, pour le payement du reste de 8.000 florins de Florence à messire Edouard de Lavieu, pour le mariage d'Alix de Beau jeu, sa mère, sœur de M. Edouard de Beau jeu.

50 Jeanne de Beaujeu, femme du baron de Saint-Trivier, en Bresse.

6° Marie de Beaujeu, religieuse au monastère de Marcigny; elle prit l'habit en 1350.

Guichard, leur père, mourut à la bataille de Poitiers, le 29 septembre 1355, et gît à Belleville, au tombeau de ses ancêtres, et Marguerite, leur mère, demeura veuve le reste de sa vie et vivait encore en l'an 1379, comme appert d'une rémission par elle faite àson fils Edouard des droits par elle prétendus sur la comté de Valentinois, le mercredi, jour de la conversion de Saint-Paul, 1379, et l'an 1382 4 et le 20 avril après Pâques.

III. — Edouard n'eut pas plutôt appris la mort de son cousin Antoine, advenue le 12e jour d'août 1374, à Montpellier, qu'il se porta pour seigneur de Beaujeu et de Dombes, étant appelé esdites seigneuries par la substitution testamentaire de son aïeul Guichard le Grand; mais ce ne fut pas sans conteste et sans qu'elle fût bien disputée.

Cet auteur avait grande raison de dire à Auguste que la pluralité des Césars ni des Césarions de Cléopâtre n'était pas bonne ; tel croit de bien affermir sa famille par la pluralité des enfants qui la détruit entièrement, d'où vient que Louis XI se trouvait bien de n'agrandir jamais ses parents et de ne pas trop élever les princes ; mais sa politique n'a pas été trop bonne pour l'état, car s'il eût souffert que François d'Angoulême eût épousé Marie de Bourgogne, nous serions en possession de tous les Pays-Bas.

1. L, T, V : Cousan, id. B, mais en correction. — 2. G : N° xx du Ier coffre du sac C. — 3. L, T, B, J : 1407. — 4. G : 1482.

Edouard ayant pris publiquement possession de la baronnie de Beaujeu à Belleville, le premier septembre, avec le décret de l'official de Lyon et du juge ordinaire de Beaujolais, fit sa déclaration le 28 octobre suivant, par laquelle il donna pouvoir à Jean de Théiis, Guichard de Marzé, Hugues de Gléteins et Jean Châles, chevaliers, d'exécuter le testament de feu Antoine de Beaujeu, son cousin, qui l'avait, par sondit testament, déclaré son héritier universel.

IV. — Incontinent après, cette succession lui fut disputée, d'un côté, par Robert de Beaujeu, seigneur de Jouxet de Chandenay, son oncle, qui y prétendait droit, et, d'autre part, Marguerite de Beaujeu, femme de Jacques de Savoie, prince d'Achaye et de la Morée, avertie du trépas d'Antoine, son frère, vint à Paris en espérance d'obtenir sa succession *, ce qui donna sujet à divers procès intentés au parlement, ensuite d'une sauvegarde obtenue par ladite dame pour être maintenue en l'hoirie de son frère, du 24 mars 1374 2; mais Marguerite ayant trouvé par conseil que les filles ne pouvaient succéder en cette baronnie, elle se départit de ses prétentions, moyennant le châtelet châtellenie deBerzé, en Maçonnais, avec ses appartenances et 20.000 francs d'or 3, ce qui fut approuvé par le roi Charles V et vérifié en la cour de parlement, le pénultième juillet de l'an 1375 4, par lequel arrêt la cour confirma l'accord fait entre ladite dame Marguerite de Beaujeu et la dame Marie du Thil, sa mère, d'une part, et Edouard de Beaujeu, son cousin, d'autre; par lequel accord il était porté que, pour le droit que ladite dame pouvait prétendre en la baronnie de Beaujolais, elle et ses hoirs ayant cause d'elle auraient en héritage le château et châtellenie de Berzé, en Maçonnais, lequel château ledit seigneur et les siens pourraient racheter dans sept ans, et furent encore délaissés par ledit seigneur de Beaujeu, à ladite dame, les châteaux et seigneuries de Cenves et Juliénas, ensuite de quoi il y a une quittance au trésor, écrite en latin, de 200 francs d'or, payés à ladite dame Marguerite, par Edouard, seigneur de Beaujeu, datée du 17 octobre 1377, cotée n° xvm.

Ce point étant achevé, il fallut traiter avec Robert de Beaujeu, sei-

1. G : Duchesne, Hist. de Bourgogne. — 2. G : sac coté C. — 3. G : coffre 7 du trésor, D, 2. — 4. G : Guichenon, Hist. de Savoie, fol. 332.

Hist. du Beaujolais II. 19

gneur de Joux, lequel avait signifié à Edouard des exploits de signification, les 3 et 4 février 1375, pour l'exécution des lettres du roi, adressantes au parlement de Paris et obtenues le 28 août auparavant qu'on comptait la même année, qui commençait à Pâques 1375, pour être maintenu en la baronnie de Beaujeu; ensuite il y eut arrêt de l'homologation faite en parlement de la transaction passée entre ledit Robert d'une part, et Edouard d'autre, par laquelle transaction ledit Robert renonça à la saisive de la baronnie de Beaujeu et à la succession advenue par le trépas de feu Antoine au profit dudit Edouard, en date du 16 juillet 1376, et, sur le repli, est écrit : Concordatum in curia. Ensuite, il y eut contrat passé, le 19 desdits mois et an, en conséquence dudit accord, entre lesdits Robert et Edouard, par lequel Edouard remit audit Robert, son oncle, son château, ville et terre de Coligny, en Revermont, et, outre ce, la somme de 4.000 florins d'or. Ces pièces sont au trésor, cote n° xiv du sac I coté C du Ier coffre, avec lesquelles est une procuration passée, en décembre 1395, par ledit seigneur Edouard de Beaujeu, pour transiger avec dame Agnès, veuve dudit Robert, et avec Marguerite et Jeannette, leurs filles.

Il eut encore beaucoup à démêler pour le supplément de la légitime de Blanche de Beaujeu, sa tante, qui avait intenté procès au feu Antoine, seigneur de Beaujeu, et fallut que lui, comme héritier, terminât ce différend à ses dépens, comme j'ai fait voir en Blanche de Beaujeu, ci-dessus.

Voilà comme quoi Edouard, seigneur de Perreux, demeura seigneur des terres de Beaujolais et de Dombes, tant comme issu de l'aîné que comme excluant la fille, bien que plus proche en degré que lui.

L'an 1376, il confirma les privilèges de Villefranche, audit lieu, le 22 décembre : in domo albergariœ ad signum Mutonis in aula posteriore dicti hospitii die lunée ante festum nativitatis Domini.

V. — Ce prince ne fut pas plutôt sorti d'un labyrinthe qu'il rentra dans un autre; voici Béatrix de Chalon, veuve d'Antoine, qui lui intente procès pour la restitution de sa dot; et il y a dans le trésor de Villefranche plusieurs actes et procédures et arrêts du parlement de Paris, attachés ensemble, intervenus sur les poursuites faites par ladite dame pour avoir restitution de sa dot, à l'encontre dudit Edouard, et, pre-

Page 1