L, T, B : Thin. — 2. G : au coffre à 4 clefs, cote
informer contre le seigneur de Beaujeu, à la requête des habitants de Villefranche.
Philippe de Thurey, pour l'archevêque de Lyon, voyant que ce prince avait assez à faire ailleurs avec les duc de Bourgogne et comte de Savoie, pendant quoi ses sujets n'y devaient pas prendre avantage de le poursuivre si vivement, s'offrit de terminer ce différend par quelque bon accord, et les ayant prié de venir en sa présence, après que les habitants de Villefranche eurent formé leur plainte comme dessus, le seigneur de Beaujeu y répondit disant qu'il avait vraiment juré d'observer leurs privilèges, qu'ils étaient véritablement exempts des péages et leides dans les terres qu'ils possédaient dans le royaume, mais non pas dans celles de l'Empire, qui n'étaient pas spécifiées dans leurs privilèges ; que ses prédécesseurs, pendant plus de deux cents ans, avaient pris sept sous pour toute sorte de clameur sans qu'on s'en fût jamais plaint, que lesdits habitants, pour jouir de leurs privilèges, devaient jurer fidélité à leur seigneur, ce qu'ils n'avaient fait, quoique requis, qu'ils s'étaient assemblés plusieurs fois et avaient fait de monopoles contre lui et que, certain jour, s'en allant de Villefranche à Beauregard, accompagné seulement d'un gentilhomme et d'un valet de chambre, iceux habitants, attroupés et armés, l'avaient poursuivi pour l'offenser et même avaient fait soulever la populace et avaient pris les clefs de la ville, refusant l'entrée à ses gens, disant même qu'ils la refuseraient à lui-même s'il venait, avec une arrogance extrême, et qu'ils feraient en sorte de lui faire perdre sa seigneurie; qu'ils avaient injurié de fait et de parole plusieurs fois ses gens, qu'un habitant de Villefranche, nommé Guichard de Cropet *, avait battu grièvement un nommé Etienne Piset, son sergent, et comme ses officiers eurent pris ledit Guichard, pour le mener aux prisons, lesdits habitants s'étaient attroupés pour le recouvrer et avaient fermé les portes, et avaient battu ses officiers, et avaient soulevé la populace contre lui étant dans la ville; qu'ils avaient imposé entre eux plusieurs cueillettes, pour le fait des réparations et fortifications de ladite ville, et avaient détourné les deniers à autres usages, tant à l'encontre de lui, dit seigneur, qu'en retenant, sous ce prétexte, les autres sommes ; qu'ils avaient coutume,
i. L, T, B : Guichard Cropet.
tous les ans, de faire une cueillette, pour faire une donne en l'honneur de Dieu, qu'ils l'avaient faite et retenu les deniers pour eux, que plusieurs d'entre eux n'étant pas de la qualité d'obtenir lettres de sauvegarde du roi l'avaient fait et avaient apposé les panonceaux dudit seigneur roi, tant en général qu'en particulier, au préjudice de sa juridiction, et avaient fait plusieurs émeutes contre lui, et partant concluait ne leur être tenu en rien, au contraire qu'ils lui étaient tenus en des grosses amendes.
Là-dessus, toutes choses ouïes et contestées, l'an 1399, et le 25 mai, au moyen de révérend père en Dieu Philippe, archevêque de Lyon, de Barras de Guesnes, chambellan du roi et bailli de Mâcon, et du sénéchal de Lyon, ledit seigneur de Beaujeu d'une part, et prud'hommes Guyonnet de laBessée, Peyronnet, Rochette, Peyronnet, Bastier et Jean de Valsonne, consuls éehevins, d'autre, pour les habitants, ont accordé et transigé qu'il y aurait bonne paix entre eux et que l'exemption du péage s'étendrait tant en la terre d'Empire que du royaume, tant par terre que par eau, non compris ceux de La Marche et de Chavagnieu, acquis depuis leurs privilèges pour les langues de bœuf, les parties remirent leur différend entre les mains desdits arbitres pour en faire comme il leur plairait, entre ci et la fête de Toussaint, et pour toutes les autres injures, procès, griefs qu'ils avaient les uns contre les autres, ils se quittèrent réciproquement, et quant aux panonceaux et sauvegardes du roi, qu'ils y renonçaient, n'étant pas compris dans les ordonnances du roi, et promettaient de ne s'en aider et donnèrent de présent auxdits seigneurs 400 livres tournois et promirent de faire ratifier cet accord en la cour du bailli de Maçon, se soumettant à toutes cours ecclésiastiques et temporelles ; cela fut fait audit lieu de Villefranche, au jardin d'Hugonnet Baudet l, proche la maison des Frères Mineurs, etc. 2.
XIII. — Cet accord semblait avoir terminé toutes les affaires que ce seigneur avait avec sesdits sujets, quand voici une autre matière de procès qui lui fît perdre ses états. Il avait épousé Eléonore de Beaufort, fille de Pierre de Beaufort, vicomte de Turenne, et nièce du pape Gré-
1. J : Bodet. — 2. J : du 25 mai 1399, en avoir une copie. Fol. 70 de VHist. de Villefranche.
goire, XIe du nom, de laquelle il eut un fils, appelé Guichard, né au château de Bame, près Valence, le 20 juillet 1372; mais, par malheur pour sa maison, il trépassa la même année de sa naissance ; c'est ce que dit Duchesne. Justel, en son Histoire de la maison de Turenne l, est d'un autre sentiment, disant qu'Éléonore de Beaufort était fille de Guillaume Roger, IIe du nom, frère du pape Grégoire XI, comte de Beaufort, vicomte de Turenne, et d'Aliénore de Comminge, auxquels comtés et vicomtes elle succéda par testament de son frère Rémond, l'an 1399, et dit qu'elle mourut l'an 1420. Si Edouard n'eût pas ainsi perdu ses états, il était pour se voir un jour grand seigneur, tant de son chef que de celui de sa mère et de sa femme.
XIV. — Edouard, se voyant sans enfants, s'adonna aux débauches de la chair et enleva un jour, publiquement, dans Villefranche, la fille de Guyonnet de la Bessée, pour raison de quoi un huissier du parlement le vint ajourner de répondre en personne, dont Edouard, indigné, lui fit avaler le scel de son mandement, puis le fit saillir par les fenêtres de son château de Pouilly dans les fossés, où il se rompit le col ; à cause de quoi il fut pris et mené prisonnier à Paris, où, aggravé d'une longue et languissante détention, et d'ailleurs oppressé de la guerre qu'il avait contre le comte de Savoie, pour raison de certain hommage et du procès qu'il avait contre M. le duc de Bourgogne, au sujet que j'ai dit ci-dessus, et appréhendant que, pour raison de ce rapt et mort de l'huissier, ses terres ne fussent confisquées à la couronne, il aima mieux en obliger le duc de Bourbon qui l'avait souvent protégé dans ses plus pressantes affaires, et, par contrat du 23 juin 1400, il donna toutes ses terres de Beaujeu et de Dombes audit Louis II, duc de Bourbon, qui, en reconnaissance de ce, moyenna son abolition et délivrance, mais il ne vécut pas longtemps après, car, étant de retour à Perreux, il y mourut, le 2e jour d'août de la même année, et est enterré à Belleville et, dès lors, le duc Louis, aussi comte de Forez, à cause d'Anne, dauphine, son épouse, prit possession du Beaujolais et des terres de Dombes, desquelles lui et ses descendants jouissent encore aujourd'hui.