G : Hist. de Béthune, Duchesne, 1. VI, fol
Philippe, troisième fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Ludovic de Gonzague était fils de Frédéric, duc de Mantoue, et de Marguerite Paléologue, marquise de Montferrat. La seconde fille, Catherine de Clèves, épousa Antoine de Crouy l, prince d'Yortien, sans enfants, puis Henri de Lorraine, duc de Guise ; il eut pour son partage la comté d'Eu. La troisième fille fut Marie de Clèves, marquise d'Isle, comtesse de Beaufort, mariée à Henri de Bourbon, prince de Condé.
Jacques de Beaujeu 2, dit de Lignières, prétendit de quereller la seigneurie de Beaujolais contre le duc Jean II de Bourbon, en vertu de la substitution testamentaire de Guichard le Grand, comme j'ai vu par une vieille pancarte où sont ces mots, selon le langage de ce temps-là : « Il est à sçavoir que, pour un débat qu'eut le feu sr de Linières avec feu M. le Duc, en la présence du feu roy Louys, luy fut reproché entr' autres choses qu'il et ses prédécesseurs injustement détenoient ladite sirie de Beaujolois et qu'il la pourtoit sans titre raisonnable dont il seroit dampné et que icelle sirie lui appartenoit et que le roy en étoit bien informé et, après aucunes parolles, ledit feu M. le duc, en riant, dit au sr de Linières s'il le voudroit quitter pour un brasselet d'or qu'il avoit sur luy, où il y avoit le beau balay et le diamant et plusieurs autres belles bagues qui valoit XL ou L mille écus; mais, ledit de Linières luy répondit qu'il ne le quitteroit pas pour deux fois autant ; mais, luy fut répondu par ledit sr duc, qu'il ne luy en voudroit avoir baillé un chapeau de paille, et lors, pour complaire au roy ou autrement, ledit sr de Linières luy dit plusieurs grands outrages, à quoy le roy prit plaisir et le duc fut très mal content dudit feu sr de Linières.
« Seroit venu que quatre ou cinq ans après M. N. se trouva au lieu de Roisson, devers M. le Duc pour les affaires de son maître et pour ce que ledit M. N. étoit résidant parfois audit pays de Beaujolois, où sa mère étoit mariée près d'Amplepuis, l'on luy avoit parlé, mêment un gentilhomme nommé de la Goutte, du fait de lad. terre dud. Beaujolois et montré aucunes lettres du testament d'un feu sr de Beaujeu chargé de substitutions disant que ledit sr de Linières entendoit quereller ledit pays par le moyen dud. testament et tellement que,cà quelque
1. L, T : Croy. — 2. G : Faut que ce soit Jacques, son père, en ce que Louis de Bourbon est mort en 1408, Louis XI en 1483, et Philibert vivait en 1536.
H Ut. du Beaujolais II. 20
30e HISTOIRE DU BEAUJOLAIS
bon propos, ledit M. N. en avertit ledit feu duc, présent Berry, son secrétaire, qu'il envoya quérir pour ouïr ce que ledit M. N. disoit sur lad. matière et le rédiger par écrit, ce qui fut fait, et fut lors avisé par mondit sr le duc et donné charge expresse de recevoir ledit testament et d'en parler à M. de Sauxilanges, lors procureur de l'autre, pour en faire la diligence, et de fait, ledit M. N. en parla aud. M. le procureur pour ce qu'il connoissoit ledit sr de la Goutte, lequel répondit qu'il fairoit volontiers le commandement de M. le Duc quand le lui manderoit par écrit; mais, pour la maladie qui survint à M. le Duc n'en fut flûte aucune poursuite par ledit de Sauxillanges.
« Toutesfois, ledit M. N. par le commandement de mondit sr le Duc, fit ses diligences et besogna de telle façon qu'il recouvra le double dudit testament, ensemble aucunes opinions qu'il montra secrètement à mondit sr le Duc, présent led. Berry et cela veu fussent faites aucunes ouvertures de bailler aucunes terres qui étaient au pays de Lorraine et, si Ion aimait mieux argent qu'on en bailleroit et ces choses furent pratiquées par le commandement du duc, envers ledit agent et ledit Berry, et, aussitost après, mond. sr le Duc trépassa, aussy fit ledit Berry et les choses sont ainsy demourées; pourtant si le plaisir est à M. et à Madame de vouloir entendre et reprendre les choses au point qu'elles ont été laissées, led. M. N. se emploira très volontiers pour y faire le possible, et semble que mesdits sr et dame y doivent entendre, tant pour la conscience dessrs ducs leurs prédécesseurs, et aussi pour la leur et avec ce pour asseurer ladite sirie pour le temps avenir qui est dangereux de perdre vi siibstitutionum insertarum audit testament et si l'on dit que ladite substitution est faite injustement, elle se doit entendre usque ad ultimiim gradum successionis qui seroit le huitième ou le neuvième, etc. »
Voilà ce qui était dans ce papier que j'ai rapporté de mot à mot ; le même Jacques, seigneur de Lignières, intenta procès, l'an 15 16, à madame Anne de France et à M. Charles de Bourbon, connétable de France, et à madame Suzanne de Bourbon, pour raison des seigneurs de Beaujolais, ainsi qu'est contenu au procès qui était pour lors à Paris, à la cour de parlement, auquel procès lesdits seigneurs transigèrent et accordèrent, le 2 juin 15 18, par-devant Blain et Montout, notaires royaux, et donnèrent audit M. Jacques de Beaujeu, petit-fils de
Guillaume, seigneur d'Amplepuis, la somme de 1.500 livres de revenu annuel, et pour parfaire l'assignat et l'acquit d'icelle somme, lesdits seigneurs et dames susnommés remirent audit seigneur de Lignières les hommes, emphyteotes, justiciables et tenanciers qui sont nommés audit contrat de transaction, pour d'iceux devoir jouir comme en avait joui lesdits princes auparavant, et c'est ce qu'on nomme encore aujourd'hui les remises de Bourbon, es paroisses de Saint-Just, d'Avray, Claveysoles, Cublise et Lay, et qui continue à faire voir une marque infaillible du peu de droit, sur quoi je m'étonne que Philibert de Lignières, qui était chambellan du roi François Ier, et qui vivait encore en 1536, n'ait formé acte d'opposition à Louise de Savoie querellante ledit pays sur Charles de Bourbon, connétable, car il pouvait bien mieux faire valoir son droit en un temps que ce prince était très mal à la cour, laquelle il avait abandonnée pour suivre le parti de l'empereur Charles V. Il faut croire qu'il se croyait bien vengé, pourvu que ces biens-là sortissent de la maison de Bourbon, et ne se souciait en quelles mains qu'ils tombassent, pourvu que la maison de Bourbon en fût dépouillée.