‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 124 sur 171 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l'éclat et la grandeur des seigneurs de beaujeu SE CONNAIT

PAR LES ALLIANCES ILLUSTRES QU'lLS ONT PRISES EN DIVERSES MAISONS SOUVERAINES DE L'EUROPE

Après avoir fait voir en détail la grandeur et l'excellence de la maison de Beaujeu, tant par les dignités de connétable et de maréchal de France et autres, par les fondations des chapitres, abbayes et prieurés et chapelles qu'ils ont faites dans le Beaujolais et dans la Dombes que par leurs beaux exploits dans les guerres et glorieux emplois d'ambassadeurs et généraux d'armées, et par les illustres alliances qu'ils ont prises en diverses maisons souveraines de l'Europe, j'ai cru d'obliger le lecteur d'en faire ici une petite récapitulation et dire qu'il y a eu deux connétables de môme nom : Humbert V de Beaujeu, mari de Marguerite de Baugé, et Ymbert de Beaujeu, seigneur de Montpensier; qu'il y a eu deux maréchaux de France : Eric de Beaujeu, frère de ce dernier Ymbert, et Edouard Ier, seigneur de Beaujeu.

Que Guichard III a été ambassadeur à Constantinople vers les empereurs Baudouin et Henri; que Guichard V menait la troisième bataille à la journée de Mont-Cassel, en Flandres; qu'Edouard Ier est mort à la journée d'Ardres; Antoine s'est trouvé à la bataille de Cocherel; que les deux connétables ont suivi nos rois aux voyages d'outre-mer, outre Humbert III, et Guichard le Grand a été grand maître de l'Hôpital d'outre-mer ; que Bérard a fondé le chapitre de Beaujeu; Louis de Beaujeu, celui d'Aigueperse ; Humbert III, l'abbaye de Belleville; Guichard II, celle de Joug-Dieu et le prieuré de Grammont, et l'église de Saint-Nicolas de Beaujeu; Guichard III, les Cordeliers de Villefranche ; Edouard Ier, une chapelle en l'église de Montmerle, où il établit six prêtres religieux de Saint-Augustin ; outre plusieurs chapelles, comme celle de Saint-Laurent, au château de Beau-

jeu, par Guichard le Grand, pour deux prêtres; celle de Saint- Jean l'Évangéliste, par Antoine de Beaujeu, dans le chapitre dudit lieu, et une autre chapelle, en l'église de Villefranche, sous le vocable de Saint-Antoine et de Saint-Jacques le Majeur; Humbert II fonda le prieuré de Denicé; Sibille, femme de Guichard III, l'hôpital de Roncevaux, de Villefranche; Marguerite de Baugé, femme de Humbert V, les chartreuses de Polleteins, en Bresse ; Marguerite de Poitiers, mère d'Edouard II, une chapelle de Saint-Antoine, de Charlieu; Isabelle de Beaujeu, le chapitre de Semur-en-Brionnais.

Quant aux alliances, ils ont appartenu trois fois de parenté à nos rois : la première, par le mariage de Guichard II avec Luciane de Rochefort, dame de Montlhéry, qui avait été fiancée par le roi Louis le Gros et séparée de lui, à cause de leur parenté; la seconde, par celui de Guichard III avec Sibille de Hainaut ou de Flandres, sœur de deux empereurs de Constantinople et d'Isabeau, femme du roi Philippe-Auguste; en sorte qu'Humbert V était cousin germain du roi Louis VIII. La troisième alliance de nos rois fut au moyen de Léonore de Savoie, fille de Thomas, comte de Flandres et de Piémont, qui épousa Louis de Beaujeu, laquelle Léonore était cousine germaine de Marguerite de Provence, femme du roi saint Louis, laquelle était fille de Béatrix de Savoie, sœur du susdit Thomas, comte de Flandres.

Ces illustres alliances font bien voir que nos princes n'étaient pas dans une petite estime. Il y en a encore deux autres dans la maison de Savoie : Humbert II épousa Auxilie de Savoie, fille d'Ame III et sœur d'Humbert II, dit le Saint, tous deux comtes de Savoie, et Marguerite de Beaujeu, sœur d'Antoine, épousa Jacques de Savoie, prince d'Achaie et de la Morée, comte de Piémont et seigneur d'Yvrée, en 1346. Quittons les Alpes pour entrer dans les Pyrénées où nous verrons Agnès de Beaujeu, fille de Guichard III, femme de Thibaud VI, roi de Navarre, comte palatin de Champagne et Brie.

Nos princes ont eu quatre alliances dans la maison de Chalon : Humbert III épousa N. de Chalon ; Guichard IV, Blanche de Chalon; Antoine, seigneur de Beaujeu, Béatrix de Chalon, et Marguerite de Beaujeu, fille de Louis, Jean de Chalon; Marguerite de Beaujeu, sœur d'Agnès, reine de Navarre, épousa Guillaume, comte de Maçon.

Je ne parle pas ici de celles qu'ils ont eues dans la maison des comtes de Forez, puisqu'il est constant que les seigneurs de Beaujeu de la seconde lignée en sont sortis par Isabelle de Beaujeu, femme de Renaud, comte de Forez, pour dire qu'ils ont eu deux ou trois alliances dans la comté d'Auvergne : par Vuicard de Beaujeu, qu'on a appelé Grand, comte d'Auvergne; par Guichard de Montpensier, qui épousa Catherine de Clermont d'Auvergne, et par Béatrix, femme de Fouques de Montgascon d'Auvergne.

Humbert V épousa Marguerite de Baugé, qui était une maison souveraine en Bresse, aussi bien que celle de Thoire-Villars, qui entra dans l'alliance de Beaujeu par le mariage d'Éléonore, fille de Louis, avec Humbert, sire de Thoire et de Villars.

Humbert de Beaujeu, seigneur de Montpensier, connétable de France, épousa Isabeau de Melun, dont la fille unique, Jeanne de Beaujeu, fut mariée à Jean II, comte de Dreux, branche de la maison royale.

Ils ont eu pareillement deux alliances dans la maison de Poitiers, des comtes de Valentinois, qui était pareillement souveraine au temps qu'il y avait tant de petits roitelets en France et dans le royaume de Bourgogne, au delà de la Saône et du Rhône : Florie de Beaujeu, fille de Humbert V, épousa Aimard de Poitiers, IIe du nom, comte de Valentinois, et Guichard de Beaujeu, seigneur de Perreux et père d'Edouard II, dernier seigneur de Beaujolais, épousa Marguerite de Poitiers, fille de Louis de Poitiers, comte de Valentinois et gouverneur de Languedoc.

L'alliance que prit Edouard II dans la maison de Beaufort n'est pas moins considérable lorsqu'il épousa Léonore de Beaufort, fille de Guillaume Roger, comte de Beaufort et vicomte de Turenne, nièce du pape Grégoire XI et petite-nièce du pape Clément VI, oncle de Guillaume Roger.

Ils ont eu encore deux alliances dans la maison de Châteauvilain : par Jeannette, fille de Louis de Beaujeu, qui épousa Jean de Luzy de Châteauvilain, et par Guichard le Grand, qui épousa, en troisièmes noces, Jeanne de Châteauvilain, qui lui procréa une belle lignée. Il avait eu, en premières noces, Jeanne de Genève, d'une maison souveveraine, et, en second lieu, Marie de Châtillon, fille de Gaucher de

Châtillon, [comte] de Porcéan, connétable de France, et d'Isabeau de Dreux, de laquelle il eut entre autres Marguerite de Beaujeu, femme de Charles de Montmorency, seigneur dudit lieu, d'Escouet l d'Am ville, etc., chambellan des rois Philippe de Valois, et Jean, son fils; et Duchesne, en Y Histoire de Montmorency, dit que cette dame attouchait aux plus puissantes et relevées familles du royaume, car, du côté de Guichard, son père, elle était alliée des ducs de Bretagne, comtes de Dreux, de Savoie, de Forez, de Valentinois, de Ventadour, de Saint-Pol, de Boulogne et d'Auvergne ; et, à cause de Marie de Châtillon, sa mère, elle avait aussi pour parents les mêmes ducs de Bretagne, comtes de Dreux et de Saint-Pol, les ducs de Bourbon et d'Athènes, les comtes de Flandres, de Nevers, d'Auxerre, d'Eux, de Blois, de Porcéan et autres princes de la maison royale que seigneurs très illustres. L'alliance de Marie de Beaujeu, fille du susdit Guichard et de Jeanne de Genève, avec Jean l'Archevêque, seigneur de Parthenay, allié à la maison de Montfort des ducs de Bretagne n'est pas moins illustre.

Non plus que celle de Jacques de Beaujeu, seigneur de Linières, avec Jacqueline Jouvenel des Ursins, fille de Guillaume, chancelier de France, dont la famille a produit une infinité de grands personnages 2, qui ayant mérité les plus honorables emplois de divers royaumes, états et républiques, ont aussi tenu et rempli en iceux, les plus hautes et les plus excellentes dignités, tant ecclésiastiques que séculières, ayant donné à l'Église des papes, des cardinaux et autres grands et insignes prélats; à l'Italie, plusieurs princes, ducs, marquis et puissants seigneurs, tels que sont ceux de Bisignan, de Bracciano, de l'Anguilare, de Gravine et semblables, qui a possédé diverses villes métropolitaines et épiscopales et un fort grand nombre de bourgs, tant aux environs de la ville de Rome qu'au royaume de Naples, où elle est encore aujourd'hui très florissante.

La maison d'Amboise, en laquelle Philibert de Beaujeu a épousé Catherine, était dans son haut lustre en ce temps-là, ayant eu, sous les rois Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier, quatre cardinaux, deuxévêques d'Alby, deux archevêques de Rouen et deux

1. L, T, J : d'Escouvest; B : d'Escouvert. — 2. G : Duchesne, Histoire de Beïhune.

de Narbonne, un grand maître de Rhodes, un évêque de Langres, un de Poitiers, un de Clermont et abbé de Cluny, de Montauban, deux lieutenants du roi es provinces de Languedoc et de Bourgogne.

Je n'aurais fait de longtemps si je voulais raconter par le menu toutes les autres alliances qu'ont eues nos princes et seigneurs de Beaujeu dans les plus relevées maisons de France, comme sont celles de Ventadour, de Chauvigny, du Thil, de Sombernon, de Maillé, de Châteauroux, de la Châtre et plusieurs autres, pour dire que la plupart des grandes maisons de France tiraient à grand honneur d'être alliées à celle de Beaujeu, et si le malheur n'eût pas poussé Edouard à sa ruine, il se serait vu un des plus grands seigneurs du royaume, par l'héritage des terres de Valentinois du côté maternel, et des comtés de Beaufort et vicomte de Turenne, auxquels succéda sa veuve Léonore de Beaufort, nièce de deux grands papes, Clément VI et Grégoire XL

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