‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 125 sur 171 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LOUIS, IIe DU NOM, DE BOURBON, DIT LE BON, SEIGNEUR DE BEAUJOLAIS ET DE DOMBES

I. — Il semble que Dieu, qui est souverain monarque des états et le distributeur des royaumes et des empires, avait destiné que le pays de Beaujolais dût être gouverné et dominé par des princes du sang royal, ce lui était trop peu que nos princes appartinssent d'alliance à la couronne et à tant de maisons souveraines si les princes du sang royal n'en devenaient les maîtres. Il fallait qu'une province qui avait tant et de si belles fondations des princes devînt à la fin royale, et qu'elle tombât dans la famille du plus saint de nos monarques, saint Louis, que deux connétables du nom de Beaujeu avaient accompagné dans ses voyages d'outre-mer, pour la querelle de Jésus-Christ. Enfin cette maison ne pouvait mieux tomber que dans les mains d'un prince qui, par la générosité de ses belles actions, s'était acquis le glorieux surnom de Bon, titre qui lui fit mériter l'acquisition des provinces du Beaujolais, tant à la part du royaume qu'à la part de l'Empire qu'on appelle la souveraineté de Dombes.

II. — J'ai dit ci-dessus, en l'éloge d'Edouard II, que dans toutes les affaires épineuses qu'il avait eues, tant avec les comtes de Savoie

qu'avec le duc de Bourgogne, il avait eu pour support et pour appui le même duc de Bourbon, qui même avait fait un grand voyage à Chambéry, pour moyenner son accord et sa paix avec le comte de Savoie ; j'ai dit encore que ce fut par l'entremise du même duc qu'il sortit de prison où il avait été longtemps détenu à Paris pour avoir précipité un huissier de la cour des fenêtres de son château de Pouilly, et que, pour reconnaissance de tant de bienfaits, il lui avait fait une donation entre vifs des pays de Beaujolais et de Dombes, le 23 juin 1400, après quoi il ne survécut guère et mourut le 2e jour d'août suivant.

III. — Ensuite de quoi, le même Louis de Bourbon, dit le Bon, petit fils de Robert de France, fils puîné de saint Louis, prit possession desdites seigneuries et fit hommage au duc Philippe de Bourgogne, fils de France l, pour les châteaux, villes et seigneuries de Belleville, de Thizy, et d'autres villes et seigneuries qui avaient appartenu à feu Edouard de Beaujeu, comme appert des lettres dudit duc, données à Conflans-lès-Paris, le t6 août 1400.

Au trésor de Beaujolais, il y a lettres de mainlevée du duc de Bourgogne pour les villes et châteaux de Belleville, Thizy et autres, saisis par les officiers dudit duc de Bourgogne, pour le défaut d'hommage fait par Edouard de Beaujeu, du 16 août 1400, et ensuite lettres de Louis de Bourbon, contenant reconnaissance dudit fief, du 8 novembre 1400. On les verra aux preuves. Il fit sa déclaration le 4 octobre de la même année, sur l'exécution du testament d'Edouard de Beaujeu, en présence d'Éléonore de Beaufort, sa veuve, signée Rajace et Alexandre Marescali 2, et, le 18 du même mois et an, il confirma les privilèges de Villefranche et de Beaujeu, à Montbrison, ce qui fut vérifié par ses gens des comptes, le 19 décembre de l'an 1401, et par la princesse Anne, dauphine d'Auvergne, sa veuve, le 15 novembre 14 13.

IV. — Mon dessein n'est pas de faire ici l'éloge de ce prince ni de ses descendants qui lui ont succédé en cette seigneurie, leur histoire est assez bien et amplement décrite par les historiens qui leur ont

1, G : liasse 7, de Perreux. — 2. G : sac coté C 2, 11° xix.

été contemporains, et encore par MM. de Sainte-Marthe, dans Y Histoire généalogique de la maison de France. Je ne parlerai non plus de leurs alliances, ni de leurs enfants, les tableaux généalogiques du R. P. Labbé, de la compagnie de Jésus, donnent assez d'éclaircissement à cette matière, et avec une belle méthode; je me contente ici de rapporter ce qu'ils ont fait dans le Beaujolais, que personne n'a écrit et que j'ai seulement découvert par les divers actes qui sont dans le trésor de Villefranche.

V. — L'an 1401 et le 10 juin, il y eut arrêt du parlement de Paris l confirmatif d'une sentence donnée par le bailli de Maçon et sénéchal de Lyon, au siège de Lyon, par lequel messire Edouard de Beau jeu avait été contraint de payer 115 livres 10 à Jean Cornille, aumônier de Lyon, l'appel avait été interjeté de ladite sentence en 1397.

VI. — Le 21 du même mois et an, il y eut un traité entre M. le duc de Bourbon et l'abbé et couvent de La Chassagne 2, touchant un petit étang qu'ils avaient fait construire, proche leurdit couvent, en la châtellenie de Chalamont et en la totale juridiction de M. le Duc pour la plus grande partie, à la construction duquel [étang le seigneur de l'Épinace, châtelain, capitaine dudit Chalamont, s'était opposé, ce que leur étant accordé par Monsieur et Madame, ils prirent ledit couvent en leur sauvegarde et protection, au moyen de quoi il fut aussi accordé que la plus grande chapelle de ladite abbaye s'appellerait la chapelle de Bourbon, et que l'abbé et les religieux de ladite abbaye célébreraient, à perpétuité, une messe par chacun mois, à l'intention desdits seigneur et dame et de leurs enfants.

VIL — L'an 1402 3, notre bon duc Louis fit l'acquisition des villes, châteaux et seigneuries de Trévoux, d'Ambérieu et du Châtelard en Dombes, qui étaient à sa bienséance. J'en ai parlé plus amplement au traité de Dombes, où le lecteur pourra recourir sans que je sois obligé à une ennuyeuse redite.

La même année et le 6 juin, il ordonna de payer à Mn,c Béatrix de Chalon, veuve d'Antoine de Beaujeu, quatre cents francs d'or,

1. G : coffre 10, cote K. — 2. G : sac C. du icr coffre, n° m. - 3. J : 1400; G : Guichenon, Histoire de Savoie,

par chacun an, sa vie durant, et, le lendemain 7 dudit mois et an, il mande et ordonne à son trésorier de Beaujolais de payer à Jeanne, fille de Robert de Beaujeu, la somme de 1.200 livres restante de ce qui avait été convenu par l'accord fait entre messire Edouard de Beaujeu et ledit Robert s. J. Gadet. La quittance finale de ladite somme est du 18 avril 1404 l.

L'an 1406, et le dernier jour de février, il acheta une partie du péage de la Marche-sur-Saône, qui appartenait au seigneur Amphoux de Saint-Abondant, écuyer, pour le prix de cent livres tournois, valant cent 2 francs d'or de monnaie de roi, qui furent payés audit Amphoux par Germain Mulatier, son trésorier de Beaujolais, coffre C des péages.

VIII. — L'an 1407, et le 25e jour de juillet, il fit les statuts et ordonnances qui suivent, concernant l'état et l'office du maître des eaux et forêts.

<( Louis, duc de Bourbonnois, comte de Forez, baron et seigneur de Beaujeu, pair et chambrier de France, a tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Scavoir faisons que pour obvier aux grands abus et entreprises qui, ou temps passé, ont été faits et procurés au fait de nos fourets et eaux de Beaujolois par les maitres gardes fourestiers et autres officiers desd. eaux et fourestz qui ont induement poigé, preins

et levé trop excessives sommes de deniers sur les et plusieurs

autres droits et émoluments non deus sur lesdites fourestz et eaux au préjudice de nous et des fermiers et acenseurs d'icelles eaux et fouretz, comme par plusieurs personnes qui en icelles ont follement usurpé et mesfait ou autrement y ont porté très grand dommaige non dautant corretions ny pugnitions de nous ne de justice, nous avons levés tenues et avisées et fait aviser par notre grand conseil appelle pour ce pardevant nous certaines ordonnances qui ja piéça avoient été faits par nous et par notredit conseil et icelle par délibération de notre conseil en aucuns de leurs articles et puis a nous amendées et en état deu et convenable rédigés en la forme et manière qui s'ensuit :

« Et premièrement le maître des fourets, de deux en deux mois, visi-

1. G : sac C 2, cote C du Ier coffre, n° xix. — 2. T : cent livres.

tera lesd. fourets, par luy ou son lieutenant et, en les visitant, tiendra son siège es lieux accoutumés d'ancienneté, à ses dépens.

« Item, tous ormaux, versié, rompus et bois abattus de coignée, quand ils sont trouvés par le maître des fourets ou son lieutenant en visitant les fourests ou par les fourestiers, seront mis par escrit par qualité, quantité et déclaration de lieu et mis en vente par crié et attrousse aux plus offrans, es assises dud. maitre des fourets.

« Item, ledit maitre des fourets aura son papier ordinaire ouquel seront écript par la main ducler de sa cour, qui aura serment à nous, tous les procès et exploits qui fait seront oudit office l.

« Item, menus bois à chauffage seront vendus es assises etpar la main dud. maitre des fourets ou sou lieutenant ou plus offrant, comme dit est, et tout mis et enregistrés oudit papier ordinaire et avant l'étrousse sera vu et visité par ledit maître des fourets ou son lieutenant.

Item, les fourestiers raporteront leurs prises par serment, sans fraudes, auxdites assises par écrit sous leurs seaux, et se, ils sont trouvés en coulpe ou en fraude ils seront privés de leurs offices etpugnis de leurs biens en amande arbitraire envers nous, laquelle amande chaira en la tauxation de notre conseil.

« Item, les fourestiers auront copie des privilèges des usages de leurs gardes et pour exprès se prendront garde lesd. fourestiers comme lesdits usagiers useront de leurs droits et, se ils sont trouvé abusant contre la teneur de leur privilège, le fourestier fera la prise et raportera en la chambre de nos comptes à Villefranche et en faira partie pour nous, et cependant chaira la main dud. usage, et dud. abus cognoitra ladite chambre et ne seront tenus prendre bois desdits usages se n'est par la main dud. maître des fourets, et aussy ne mettant ausdites fourets bêtes en plus grand nombre qu'ils ne doivent.

« Item, si les fourestiers entour leurs gardes trouvent nouveaux édifices de maison ou autre ouvrage à un aisseu, doelle, planchier, roues et chavancé ou autre ouvrage de bois ils le pourront prendre ou arrêter et raporter la prise es assises dud. maître des fourets lequel sçaura et enquerra dequel bois et fouret et venu led. ouvrage ou d'où l'auront eu ceux sus qui y aura été trouvée, et qui ne poura montrer

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