CHAPITRE VI
SUZANNE DE BOURBON, DAME DE BEAUJOLAIS ET SOUVERAINE DE DOMBES, DUCHESSE DE BOURBON ET D'AUVERGNE
SOMMAIRE. — I. Ordonnances de Madame Anne de France, usufruitière de Beaujolais, d'Imposer sur tous possesseurs de biens dans ses terres qui s'étalent retirés à Lyon. — 77. Le roi Louis XI avait auparavant fait une pareille ordonnance. — III. Exécution d'un assassin qui s'était voulu servir du privilège de clérïcature, — IF. Anne de France ajoute trois fleurs de lys aux armes de Villefr anche. — V . Et fonde une messe journalière dans V église de Trévoux.
I. — Suzanne de Bourbon, fille unique de Pierre II, duc de Bourbon, et d'Anne de France, naquit le 10 de mai, l'an 149 1 ; son père étant mort l'an 1503, elle demeura sous la tutelle de sa mère, laquelle, en qualité d'usufruitière, seigneuria dans le Beaujolais, qui lui avait été délaissé pour son douaire, tant deçà que delà de la Saône, ce qui se justifie par plusieurs actes, entre autres de deux ordonnances de l'an 1504, l'une du 30 juillet et l'autre du Ier août, par lesquelles elle défendit aux étrangers d'acheter fonds en son pays de Dombes, sans sa permission, ordonnant que ceux qui feraient lesdites acquisitions, comme aussi ses sujets et vassaux demeurant en quelqu'une de ses châtellenies, de quelque état et condition qu'ils fussent, seraient imposés aux dons et octrois, avec ses sujets de la chàtellenie où seraient situés lesdits fonds.
Ces ordonnances étaient pour obvier aux abus de ceux qui se retirent à Lyon pour ne payer tailles aux lieux où ils possèdent les meilleurs fonds. Ce qui est un notable préjudice aux habitants des lieux où les bourgeois de Lyon possèdent des terres et domaines, car, comme ils sont francs par privilège et qu'on ne peut pas les imposer à cause que
la taille est personnelle, il faut de nécessité que le total de ladite taille retombe sur le reste des habitants, qui portent tout le faix des impositions et des gens de guerre ; c'est pourquoi, comme la plupart des habitants de Lyon ont leur plus liquide assis en fonds de terre aux environs de ladite ville et qui auraient voulu se prévaloir de leurs privilèges, la susdite princesse Anne, douairière de Beaujolais, fit ces ordonnances pour obvier aux abus qui s'en pouvaient ensuivre.
II. — Le roi Louis XI avait déjà fait une pareille ordonnance aux Forges-lès-Chinon, le 3 février 1480, adressante aux élus de Beaujolais, à la requête des échevins de Villefranche, d'imposer aux tailles ceux qui seraient retirés ailleurs et dans d'autres élections, pour ne payer la taille à Villefranche l.
III. — L'an 15 11, Jean Tiraudet, notaire de Villefranche, tua Antoine Charreton, aussi notaire dudit lieu, ayant obtenu lettres de grâce adressantes au sénéchal de Lyon, et depuis, s' étant rendu appelant de l'interlocution, il releva son appel au parlement, où s'étant allégué clerc et requis être rendu à son ordinaire, et le procureur de l'archevêque étant intervenu, la cour déclara qu'il ne pouvait jouir du privilège de clerc, et le condamna à être pendu et étranglé aux fourches patibulaires de Villefranche, ce qui fut exécuté le 27 novembre 1 5 14 2.
IV. — La même année 15 14, et au mois de novembre, madame Anne de France, usufruitière de Beaujolais, étant à Moulins, donna ses lettres aux habitants de Villefranche, d'une concession du chef des armes de Bourbon, à la tour d'argent sur gueules, comme j'ai fait voir au discours de Villefranche, paragraphe XVIII.
V. — Ladite dame Anne a fondé, en l'église paroissiale de Trévoux, une messe journalière à haute voix, à diacre et sous-diacre, et aussi les heures canoniales, comme il appert du 224e 3 fol. du vol. IV du coffre 9.
1. G : archives, cote 1480. — 2. G : sac 2 du 9e coffre. — 3. T, 13 : 222.