CHAPITRE VII
CHARLES II, DUC DE BOURBON, CONNÉTABLE DE FRANCE, MARI DE SUZANNE DE BOURBON, SEIGNEUR DE BEAUJOLAIS ET DE DOMBES
SOMMAIRE. — I. Charles n'est pas sitôt entré en la jouissance du Beaujolais quelle lui est disputée par Louise de Savoie. — IL Aussi bien que V hoirie de la maison de Bourbon. — III. Charles vend la châtellenie et terre de Thi^y à Philibert de Beaujeu de Lignières. — IV. Et lui échange les châtellenies de Coux et d'Allognet. — V . Il se trouve à la bataille de Pavie où le roi est fait prisonnier. — FI. Arrêt du parlement contre lui.
I. — Charles de Bourbon ne fut pas longtemps seigneur de Beaujolais, car, puisque Anne de France, sa belle-mère, en était usufruitière, et qu'elle mourut un an après Suzanne de Bourbon, sa fille et femme dudit Charles, et ne jouit pas longtemps de cette succession qui lui fut bientôt disputée par Louise de Savoie, mère du roi François Ier. Indignée, à ce qu'on dit, de ce qu'il avait méprisé son alliance, grande faute sans doute à un prince de sa condition, qui, par ce moyen, serait devenu le plus grand du royaume, en qualité de beau-père du roi, ce qui lui coûta cher, et à tout le royaume et à sa postérité, comme l'on verra ci-après.
IL — Car, comme il avait menacé de disputer la succession de la maison de Bourbon après la mort de Pierre de Bourbon, dît de Beaujeu, qui n'avait laissé que Suzanne, lui qui tirait son origine de Louis, troisième fils de Jean Ier, duc de Bourbon, prétendit que l'hoirie de la maison lui devait appartenir, et, pour obvier aux procès qui pouvaient s'en suivre, on trouva bon de rompre les promesses de mariage d'entre Suzanne de Bourbon et Charles, duc d'Alençon, afin d'établir une bonne et ferme paix entre les deux maisons de Bourbon et de Mont-
pensier. Mais, comme il n'y a rien de ferme ni d'assuré en ce monde, et que Dieu se joue du projet des hommes, il en arriva tout autrement, et ce qu'on croyait bien établi fut renversé en un moment par la mort de trois enfants mâles qu'avait ce prince, décédés en bas âge, et ensuite de celle de sa femme, advenue le 28 avril 1521, et, ce qui lui fut un surcroît, fut que madame Anne de France, sa belle-mère, mourut un an après, savoir le 14 novembre 1522. Alors ce qu'on avait cru être bien cimenté à chaux et à sable commença à s'écrouler et tomber par terre. Louise de Savoie, mère du roi, qui n'avait rien dit pendant la vie d'Anne de France, commença à se déclarer ouvertement contre le connétable et quereller l'hoirie de la maison de Bourbon comme plus proche à succéder, étant fille de Marguerite de Bourbon, sœur des ducs Jean II et Pierre de Beaujeu, mariée à Philippe, comte de Bresse et duc de Savoie; enfin soit par la faveur du roi, dont elle se sentait appuyée, qui prétendait aussi de son côté de réunir les duchés de Bourbon et d'Auvergne à la couronne, et qui d'ailleurs était fâché de ce que le duc de Bourbon avait pris Hesdin, après que Sa Majesté s'en fut retirée sans rien faire, il s'ensuivit un arrêt de séquestre donné au mois d'août, l'an 1522, au profit de ladite dame Louise, ce qui obligea le duc de se jeter entre les bras de Charles V, le plus grand ennemi de la France, soit pour se venger, ou que le désespoir 1 de se voir aussi dépouillé l'eût porté à cette désertion contre son roi et sa patrie. Il ne faut jamais disputer contre son prince, il en prit mal à Bernard de Cabrera et bien en prit à Ruy de Gomès, jouant avec Charles V au jeu de ce prince. Le connétable ne devait jamais avoir pris Hesdin pour ne faire affront au roi d'où procéda Tune des premières jalousies conçues contre lui.
III. — Cependant, au même mois et an que l'arrêt de séquestre fut donné contre lui, il ne laissa pas de vendre, le 21 du même mois d'août, étant à Moulins, le château, châtellenie, terre et seigneurie de Thizy à messire Philibert de Beaujeu, chevalier, seigneur de Lignières avec le consentement de madame Anne de France, duchesse de Bourbonnais, usufruitière de Beaujolais et de ladite châtellenie de Thizy,