‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 140 sur 171 · DAME DE BEAUJEU ET DE DOMBES · texte numérisé non relu

DAME DE BEAUJEU ET DE DOMBES

On doit toujours parler des princes avec grand respect quoiqu'ils soient bons ou mauvais, puisqu'ils sont les images vivantes de Dieu qui les a donnés pour gouverner les peuples; néanmoins, s'il m'était permis de dire ici mes sentiments avec tout le respect que je dois à la mémoire du grand roi François Ier, fils de ladite Louise, j'oserais dire qu'il eût été à souhaiter que cette princesse n'eût jamais mis le pied en France, puisqu'elle en soupire encore aujourd'hui, par la perte du fief de Flandres, l'une des plus nobles pairies de la couronne, d'autant que partie par son ambition de se voir mère d'un grand roi qui lui donnait part au gouvernement et la laissait régente pendant ses voyages, partie par la jalousie et envie qu'elle portait au connétable et à divers princes l, elle pensa renverser l'état, et le mit aux abois et au point de sa ruine, premièrement par l'aversion qu'elle avait du seigneur de Lautrec, qui fut contraint d'abandonner l'état de Milan, l'an 1522, ce qui obligea le roi d'y retourner, d'où s'ensuivit sa prise devant Pavie, qui a coûté à la France, outre les sommes immenses qu'il a fallu payer pour sa rançon, l'aliénation, comme j'ai dit, de la souveraineté de Flandres et pour les 400.000 écus qu'elle prit au surintendant des finances Samblancay, qui avait ordre du roi de les faire tenir audit seigneur de Lautrec, nous serions encore en possession de la duché de Milan, le roi n'aurait pas été pris et la France aurait épargné les 2.250.000 écus qu'il a fallu payer pour sa rançon. Ceux qui ont lu Martin du Bellay, fol. 56, savent tout le narré de cette histoire qui coûta la vie à Samblancay. Pour le second chef, la passion avec laquelle

1. G : manet ulta mente repostum judicium Paridis spretœque injuria formée.

elle persécuta le connétable obligea ce prince à se détacher du service de son roi : chacun en sait assez le sujet sans qu'il soit besoin de rouvrir une plaie qui saigne encore dans la maison de Bourbon; elle ne fut guère meilleure à ses parents puisqu'elle fit dépouiller le duc de Savoie, son oncle, de ses états, qui lui furent rendus par la munificence de nos rois, qui ont toujours fait gloire de conquérier et de donner plutôt que d'envahir le bien d'autrui.

Je n'ai rien à dire de ce que Louise de Savoie a fait dans le Beaujolais, sinon que le roi, son fils, ayant, par ses lettres de l'an 1529, donné commission de demander aux nobles tenant fiefs dans le royaume la dixième partie de leur revenu pour la rançon de MM. le dauphin et duc d'Orléans, ses enfants, détenus en Espagne, sa mère donna aussi ses lettres de commission pour le faire lever dans le Beaujolais où les publications en furent faites.

Elle mourut à Grez, en Gâtinois, le 22 septembre 153 1, laissant le roi, son fils, héritier des pays de Beaujolais et de Dombes.

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