III. PARTIE
De VEglife paroijfiale.
^j$j$fâ L n'y a qu'vne Parroifle dans la Ville, quoy qu'elle con- $£ I $? tienne plus de quatre mil Communians. L'Eglife eft dédiée à «|m|«|^|« la fainte Vierge mère de Dieu, & à pour titre le nom de nôtre Dame des Maretz. La Tradition très ancienne afligne la caufe de ce nom là ; & quoy qu'elle foit jointe à vn miracle, le Sauveur du monde a fait tant de merveilles, & en opère tant tous les iours, en l'honneur de fa fainte Mère, qu'il y auroit quelque efpèce de témérité, de ne pas croire celuy-cy, que la Foy de nos Pères nous a tranfmis comme certain. Le lieu où eft l'Eglife, n'eftoit qu'vn maretz ; c'eftoit vn creux ou toutes les eaux s'affembloient, le maretz eftoit plein de joncs, & les bords eftoient couverts d'herbe, ou l'on menoit paître le
beftail. Vn iour les Bergers qui conduifoient leurs bœufs dans ce pâquerage; les virent fe courber, fe mettre à genoux, & fe profterner en terre, vers vn endroit que tous regardoient. Les Bergers s'aprochent, frappent leurs bœufs, pour les faire fortir de ce lieu ; & ne pouvans les faire bouger de leur place ; ils s'aprochent du marets, cherchent parmy les rozeaux, & y trouvent vne ftatuë de la fainte Vierge.
Ils en averthTent le Curé de la Ville & les principaux Habitans ; on vifite le lieu, on trouve que le raport des Bergers eft véritable : Tous enfemble viennent en Proceffion, prendre cette Image avec tout le refpect & les fentimens de dévotion, que meritoit vne action fi Sainte, & la portent dans l'Eglife de fainte Magdeleine, dont j'ay parlé, la repofant dans vn lieu décent. Mais Dieu vouloit faire honorer fa Mère, d'vn culte plus grand & plus fingulier. Le lendemain la ftatuë ne fe trouva plus dans l'Eglife de fainte Magdeleine; ce Curé & les Habitans bien étonnez, la vont chercher dans le maretz, & la trouvent au même endroit ou ils l'avoient prife le jour de devant. Alors ce fécond miracle leur faifant connoitre, que ce lieu eftoit deftiné au culte de la fainte Statue, & de la fainte Vierge ; Ils y bâtirent vne Chapelle, qu'on appella la Chapelle noftre Dame des Maretz. Et en fuitte la dévotion des Habitans crohTant avec la grandeur de leur Ville, ils firent de cette Chapelle vne belle Eglife, qu'ils y bâtirent, qui eft l'Eglife de la Parroifle, & celle dont nous parlons.
Elle eft grande, agréable, bien percée, commode pour fes vfages, & avec fes ornemens dedans & dehors : les voûtes tant de la nef que des Chapelles, font belles à voir, prefque toutes différentes dans les ornemens & dans la ftruélure. Elle contient trente vne ou Chapelle ou Autels, tous entretenus avec la bien-feance neceffaire, même fondez & rentes, pour vn certain nombre de Méfies pendant l'année. La Chapelle des Princes eft la plus confiderable, par fa fculpture, & par quatre Prebendiers, qui font fondez pour fon fervice. Elle a cet Illuftre nom des Princes, à caufe de fes Fondateurs ; qui furent en premier lieu les Seigneurs de Beaujeu, en fuitte les Ducs de Bourbon : Les Titres de ces fondations font dans la Chambre du Trefor, on voit proche du Iubé au milieu de l'Eglife, de fort bonnes Orgues & harmonieufes, dont on fe fert aux jours des Feftes selon l'vsage de l'Eglise.
Mais le grand Frontifpice qu'on voit à l'entrée attire les yeux des
MiiiiiuiiiuiiimHiiJUiiimiiiiiiiiiiMiniiiMiMiiimiiiiiiij^^
A Frontijpice de V église de Villefranche B le clockr C Aiguille autrefois fur ce clocher
Habitans & des Etrangers ; Et certainement il eft digne d'eftre regardé : quoy que la rage des Huguenotz dans les Guerres civiles fous Charles neufviéme en ait gâté les principaux ornemens, en défigurant ce que la fculpture y étaloit de plus curieux. Il eft de la manière Gothique, comme le font toutes les anciennes Eglifes de France. Toutes les Figures font en relief de pierre de taille, avec quantité de feftons, de feuillages & d'arabefques. Il eft partagé en trois parts, fous lefquelles font les trois portes de l'Eglife. Les armoiries de la Maifon de Bourbon font élevées au milieu de la façade, à la place la plus Noble & la plus vifible : tout le refte eft femé de la devife & Armes de cette Maifon, par ce mot Efperance; par des feuillages de plufieurs chardons, qui font propres à cette magnifique Famille, & par vn chiffre particulier, qui donne connoiffance du Prince & des deux Princeffes, dont la libéralité s'étale fur ce Frontifpice P. S. A. font ces lettres liées enfemble & entrelaffées ; qui fignifient Pierre de Bourbon, Suzanne de la même maifon, & Anne de France. On trouve encore dans les Papiers, de la Maifon de Ville, que Pierre Duc de Bourbon donna aux Habitans de Villefranche, l'An 1499. la fomme de douze cens livres, pour eftre employée au Frontifpice de leur Eglife, & cette fomme y pouvoit fuffire félon ce temps là, où les ouvriers ne prenoient chacun que fix deniers, pour le falaire d'vne journée; comme on le voit par les comptes, qui font dans la même maifon de Ville. Sur l'vne des portes, qui eft à la droite en entrant, il y a vn Clocher, ou font fix Cloches, grandes félon la proportion, & d'vn métal fort refonant, elles font vn accord fort agréable. Il y a encore un autre Clocher; mais il fert plûtoft d'ornement & d'agreément à la veûe, que d'autre chofe.
Ce Clocher qui eft fur la Porte, n'eft que le refte d'vne Tour élevée en Pyramide, la plus haute & la mieux travaillée, qui peut-eftre fut alors en France. On voit par le prix-fait, qui en fut donné par les Habitans, qu'elle fut commencée l'An 15 18. Cette Tour d'vne hauteur extraordinaire, eftoit à huict angles, tous garnis de plomb, & le toict d'ardoife : on voyoit fur tous les angles, les Chardons de la Maifon de Bourbon, avec leurs feuillages, quelques vns dorez, & les autres en azur. Trois Galleries regnoient à l'entour de cette aiguille, cv en faifoient la fymmetrie : Elles eftoient l'vne fur l'autre ; la plus balle
eftoit la plus grande, & les autres eftoient moindres, à proportion de leur hauteur. Elles eftoient couvertes de plomb; l'or & l'azur y brilloient de toutes parts dans les découpures & dans les feuillages, enfin c'eftoit vn spectacle digne des yeux les plus curieux. Il y avoit trentedeux mille huiét cens livres de plomb.
Mais ce chef d'œuvre ne fut pas de longue durée, par la malice & par le crime d'vn homme feul. Car l'an 1566. ce rare édifice fut entièrement brûlé; le plomb doré & afuré, qui fervoit à fa magnificence, accroifîant de beaucoup l'embrafement qui le confuma. On n'en peut mieux sçavoir la caufe, que par vn Manufcrit de Claude Favre, qui eftoit alors Secrétaire de la Ville, & qui marquoit fort foigneufement dans ce Manufcrit, ce qui arrivoit de remarquable. Il dit donc que le 23. jour du mois d'Avril, 1566. le feufe prit à ce Clocher, avec tant de violence, que l'aiguille fut toute brûlée, & toutes les Cloches fondues; fans neantmoins faire autre dommage à l'Eglife. Il ajoute que ce fut par la confpiration d'vn Huguenot, natif de Rouen, & qui alors demeuroit à Roanne, lequel s'accorda pour cette mal'heureufe a&ion, avec quelque Serruriers étrangers, qui habitoient dans Villefranche ; & que d'vn commun accord ils trouvèrent le moyen de mettre le feu en cette Tour. Et afin qu'on ne douta point de la vérité de fon récit; Il dit que ce méchant jncendiaire Huguenot; fut pris à mille pas de la Ville, comme il s'enfuyoit, qu'à l'abord il confefTa fon crime, que fon procès lui fut fait, & que par la Sentence il fut brûlé devant l'Eglife; il ne dit pas que devinrent les Serruriers.
Monfieur' Guillaume Paradin Doyen de l'Eglife de Beaujeu, fort connu par fa pieté, & par les beaux Livre qu'il a publiés, déplora cet embrafemët par des vers, qui méritent bien d'eftre leus; ils font dans fes œuvres Poétiques Imprimées, en 1581. en ces termes :