DE INCENDIO TVRRIS TEMPLI
Vilkefranchœ.
Vrbis honor, patrixque decus, templique venufias, Turris. & aurato radiantia culmina pîumbo, Mirificum quefacrœ œdis opus, pia pyramis arfit, Exornata ducum clypeis àfanguine regum.
Quam piafors templi, quant veâigalia quondam Principis, & quam cenfus, ope/que leuarant, Ipfaque liquenti defluxit nol a métallo, Fluminis inflar agens œratos ignibus Imbres : Vnde arœ, fufifque calent délabra metallis : Perlaticefque œris Immiflum euoluitur aurum : Cuius pars varios per formas aâa meatus, Fluxit ad vfquepios iam condita fanera mânes : Pars glaciata riget,fundo tejludinis herens. Impia conflauit qui facrx incendiaturris, Dignus erat flammis qui conflagraret eifdem, Aut qui membra rotx radijs di/lentus, Hantes : Pafceret infœlix laniata per entera coruos, Aut qui mille neces paffus , fcelus vfque nefandum Fufte, rôtis ; flamma, gladiis, ac refle piaret.
Cet accident fut caufe que les Ducs de Bourbon accordèrent aux Habitans de Villefranche, la moitié des Laods des maifons qui fe vendraient dans la Ville, pour la réparation de ce Clocher. La concefîîon qui n'étoit que pour vn temps, du depuis fut donnée pour toujours par les mêmes Ducs. Mais comme ces Laods ne fe payët dans la Ville qu'au treziéme denier, dont elle n'a que la moitié, & que les charges du public font grandes, elle n'a pu travailler à cet ouvrage, félon fon defir. Il ne faut pas oublier que devant le Portail de l'Eglife, il y a vn grand efpace, fort commode pour la promenade & pour l'entretien des honneftes gens. Cet Meffieurs, ce que vous appeliez la Calade, aflez fameufe, pour ne pas dire redoutable dans tout le Païs.
L'Eglife à fa Sacriftie, ou l'on voit vne Argenterie confiderable, des ornemens en broderie d'Or & d'Argent, de brocatel & de foye, félon les couleurs confacrées à ce faint vfage; il y a encore de riches tapifferies, dont tout le chœur eft orné au temps des Feftes Solemnelles. Les cierges qui luifent fur le grand Autel font fournis aux dépens de la Ville, par vn Habitant qu'on nomme Reéleur du Luminaire, qui eft délégué à ce faint employ chaque année, par les Echevins de la Ville. Proche de l'Eglife on entre dans vn petit Cimetière, ou l'on enterre plufieurs perfonnes outre le grand dont j'ay parlé. Le
divin Service s'y fait foigneufement & dévotement, par le Curé de la Ville, & par vne Société de Prêtres ; tous fort eftimés par leur Doctrine, & par la probité de leurs mœurs. On y chante tous les jours la Méfie, & toutes les heures Canoniales, avec les mêmes cérémonies qu'obfervent les Eglifes Collégiales du Royaume. La pieté des PredecefTeurs a fondé diverfes rentes pour la célébration de l'Office. Autre fois on y fuivoit l'vfage de l'Eglife de Lyon : mais dépuis environ quinze ans, on a pris le chant & les cérémonies, que le Concile de Trente prefcrit. La Cure eft de la Colation du Prieur de Sales, & ne s'étend que dans le feu! enclos de la Ville. Il y a eu divers traiétez, aux années 141 5. 1484. & 1485. Entre les Curez, Sociétaires, & autres Prêtres, qui ont des maifons dans la Ville, avec les Habitans. Ces traiétez font dans les Papiers de la Maifon de Ville, ils ont efté faits pour les réparations de la Ville & de fes murailles, & pour les droits qu'on peut exiger, des Mariages & des Sépultures.
On peut joindre à ce qui concerne l'Eglife, les deux Confrairies des Penitens, des Blancs & des Noirs. Celle des Blancs fut établie la première en l'an 1621. Et elle a pris pour Titre, le tres-faint Sacrement de l'Autel. Elle a fes Règles & fes Statuts, qui font fort Religieufement obfervez; foit dans leurs Offices & cérémonies. Leur foin particulier eft d'honorer le faint Sacrement : & pour cet effet, quand on le porte aux malades ils le fuivent en grand nombre avec des flambeaux allumez, que la Confrérie fournit. Leur Chapelle eft propre & fort dévote proche du Convent des Cordeliers. Souvent ils y expofent le faint Sacrement : même durant les trois derniers jours du Carnaval, avec vne Indulgence Pleniere; & leur chant, leur dévotion, l'ornement de leur Chapelle, font des attraitz affez puiftants, pour y attirer toutes fortes de perfonnes, & les divertir de la licence, que ces jours mal'heureux portent avec eux.
Les Penitens Noirs s'établirent dans la Ville deux ans après ; ce qui fut l'an 1625. C'eftoit à l'imitation de ceux de Lyon; & la fin principale de l'Inftitution, fut pour reparer le fcandale, les ravages & les defordres, que l'Herefie avoit commis en France, dans le Siècle précèdent; durant fa puiflance & fa plus grande fureur. Ils ont bâty vne Chapelle pour leurs faims employs, derrière l'Eglife Parroifliale ; la dévotion & la netteté y paroiftent, & touchent les cœurs de ceux
qui y entrent. Ils font fous le Titre du fàint Crucifix; & félon leur Inftitution, à l'imitation du Sauveur, ils s'occupent à tous les Offices de charité ; Ils vifitent les malades, & les prifonniers, les confolent & les affiftent : Ils rendent les derniers devoirs aux criminels, qui font condamnez à la mort ; Ils les fuivent en Proceffion, jufques au lieu de l'exécution, ils prient pour eux, ils les enterrent; & leur charité pour ces miferables les fuivant encore dans l'autre vie, ils font dire pour leurs âmes des MefTes & des prières particulières. Ils Expofent le faint Sacrement dans leur Chapelle en diverfes occafions : mais avec plus d'appareil en la Fefte de tous les Saints, & au jour des Morts; ou l'Indulgence Pleniere excite l'vfage fi avantageux des Sacremens, dans toute forte de perfonnes. De l'Eglife, & des Penitens, paffons aux Maifons Religieufes, qui font dans la Ville : & pour commencer par la plus ancienne, il faut parler du Convent des R R. Pères Cordeliers.
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