‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 155 sur 171 · V. PARTIE · texte numérisé non relu

V. PARTIE

Des Monafières des Religieuses

•^MjMHI1 L fembloit pourtant que quelque chofe manquoit à la Capif I f taie du Beaujolois, dans cette affluence de biens fpiri- ^n^i^m^i tuels; en ce qu'ayant pourveu au foin & à la culture des hommes, les femmes n'avoient point d'exemples dans les perfonnes de leur fexe, qu'elles pûiTent imiter, & qui excitaffent leurs filles à la fuite de Iefus-Chrift, dans la vie Religieufe les Habitans s'appliquèrent ferieufement à remédier à ce mal. Dans leur afïemblée du 17. d'Avril de l'année 1623. Il fut refolu d'vn commun confentement, qu'on recevroit dans la Ville les Religieufes de fainte Vrfule. Elles demandoient cette grâce, & s'offroient félon leur Inftitut, d'enfeigner gratuitement aux filles qu'on leur envoyeroit, la doctrine Chrétienne, à lire, & à écrire. Le Contra et de leur Réception fut fait, & enfuite il fut ratifié par Monfeigneur Alphonfe de Richelieu Cardinal & Archevefque de Lyon.

Ces Religieufes font logées dans la Ville, vers la porte de Belleville, fur le côté qui eft tourné vers le levant : où elles s'acquittent dignement de leur fonction, & de l'inftruction de toutes les filles, qui fe prefentent. Elles-on acheté plufieurs maifons pour leur logement, &

ont bâty vne belle & grande Eglife, ou l'on entre par la grande Rue, cette Eglife eft bien ornée; vn beau Tabernacle doré brille fur le grand Autel, & renferme vn grand Tableau fort dévot. Le chœur fort fpacieux & commode s'étend à côté de l'Autel, elles y chantent leur Office avec vne dévotion finguliere. L'enceinte de leur maifon porte leur jardin dans vn grand'efpace iufques aux murailles de la Ville.

Et la même année 1632. Les Religieufes de la Vifitation fondées par le faint Evéque de Genève François de Sales, furent auffi receues dans Villefranche, aux conditions qui font portées dans le Contract qu'elles pafTerent avec la Ville & les Habitans. Il leur fut permis de fe loger hors de la Ville, & d'étendre leur Clôture iufques aux murailles de la Ville ; laquelle creut en cette rencontre, qu'elle ne pouvoit point avoir de meilleur Rampart, ny de plus fort Baftion qu'vne maifon de faintes Filles, lefquelles comme autant d'Anges garentiroient la Ville de tout péril. Elles achetèrent le lieu ou elles vouloient s'établir, hors & proche de la Porte, qu'on appelle des Frères du côté du couchant. Et l'on peut remarquer que la Ville a comme quatre Baftions pour fa deffence, qui font les quatre Monafteres, deux au levant, & deux au couchant; deux dans la Ville, & deux hors l'enceinte de fes murailles; & ce qui fait encore ce petit partage plus furprenant ; cet qu'on trouve dans la Ville vn Conventde Religieux & vn de Religieufes, chacun en deux differens côtés, & que la même chofe fe rencontre dans les deux Monafteres qui font dehors.

Les Religieufes de la Vifitation receurent plufieurs filles de bonne maifon, foit de la Ville ou de la campagne : & bien toft tant par les dots de ces filles, que par leur épargne, elles bâtirent vn Monaftere des plus agréables, des plus folides & des plus commodes, qu'elles ayent en France. Ce bâtiment confifte en quatre grands corps de logis, bien percez & régulièrement élevez de fept à h met pieds à rets de chauffée fur le terrein. On y entre par vne place agréable, toute ombragée de tillots : Elle fe termine par vn grand Perron, qui foûtient vne Baluftrade, on y monte par quelques degrez, & la grande porte du Convent paroit à l'abord, les Parloirs font à la main droite, cv à la gauche vn beau Frontifpice, découvre l'Eglife.

Cette Eglife a quelque chofe de fingulier, que comme elle arrête les

yeux de tous les étrangers, qui vont l'admirer, le Lecteur permettra, que ie m'arrête quelque peu de temps à la d'écrire. On commence à la regarder par le Frontifpice, qui eft fort exaucé, d'vne favante Architecture, orné de plufieurs figures en relief, la principale eft fur la porte, en deux figures de la fainte Vierge, & de fainte Elizabet, qui s'entrefalùent ; faint Auguftin & faint François de Sales, paroiiTent aux deux cotez, le premier comme le directeur & l'Auteur des Règles des Religieufes, le deuziéme comme leur faint & tout aimable Fondateur.

Entrant dans l'Eglife, le grand Autel attache d'abord les regards; le grand Tableau fait par vn excellent Peintre reprefente tout le myftere de la Vifitation. Il eft revêtu & environné d'vn grand Retable, qui s'élève iufques a la voûte de l'Eglife, & remplit toute fa largeur. Quatre grandes Colomnes en font le corps, avec leurs Corniches, leurs frizes, & leurs Architraves ; on y voit tous les ornemens que peuvent fournir la Sculpture, & l'Architecture relevez par plufieurs figures ; Les figures & les ornemens reluifent de l'Or qui les couvre, & font paroître le corps de la pièce, qui eft peint en marbre, partie de blanc, partie de noir. A la droite de l'Autel, à l'endroit où l'on Communie les Religieufes, paroît vn grand Dôme de pareille Architecture, & femblables ornemens. Vis à vis de l'autre côté, la Chaire pour le Prédicateur, a tout de même que le Retable fes dorures & fes ornemens. Vn Tabernacle tout d'oré remplit le milieu de l'Autel, & renferme le faint Sacrement, comme la véritable Arche d'Alliance. Le chœur eft feparé de la nef, par vne baluftrade de fer, délicatement travaillée. Vne femblable baluftrade renferme vne Chapelle, pouffée dans le bâtiment hors de l'enclos de l'Eglife, & dédiée à faint François de Sales.

Mais rien n'eft plus furprenant dans ce faint & rare édifice, que les belles & favantes peintures à frefque, dont toute la voûte eft merveilleufement embelie ; C'eft ouvrage eft de Dominique Borbonio Peintre, Italien, excellent & renommé pour cette forte de peinture, qui trompe agréablement la veuë, & qui donne l'ame aux figures qu'elle reprefente, parle bel art de la Perfpective, les faifant paroître hors de l'ouvrage, & en quelque manière animée. En effet prenant icy le point de veuë, qui eft au milieu de l'Eglife, toutes ces peintures, qui font fur la voûte & fur les murailles, font vn fi prodigieux effet fur l'jma-

gination des fpe&ateurs, qu'à croire à la veuë on jugeroit, que les pièces d'Architecture font réelles folides & véritables, que les figures font l'ouvrage d'un favant Sculpteur, & quelles font formées par le cizeau, plûtoft que par vn pinceau & par des couleurs. Ces belles figures reprefentent la vie de la faincte Vierge. La Sacriftie à de l'argenterie & des orneinens, qui repondent à la beauté de cette Eglife ; les paremens de l'Autel & les habits du Prêtre qui Sacrifie, accompagné de Diacre & du Soudiacre, qui brillent par leur broderie d'Or & de Soye, tous du travail & de rjnduftrie des Religieufes, ont vn éclat lors qu'ils paroifTent, qui charme les yeux, & qui accroiflent la fainte vénération des Myfteres ou la Religion les employé.

Cette Eglife & ce Monaftere eurent le bon-heur & l'avantage de plaire à ce que la France a de plus grand & de plus Illuftre. Le Roy LouysXIV. pafTant par Villefranche où fa Majefté coucha, l'an 1659. daigna bien vifiter cette maifon, & s'y arrêter durant l'efpace de deux heures ; Il eftoit accompagné de la Reyne fa mère, de Monfieur fon frère vnique, & de Madmoifelle ; toutes ces perfonnes Royales s'occupans agréablement, à confiderer les beautés du Monasftere, & à traiter des chofes du Ciel avec les faintes Religieufes, qui font le plus grand & le plus rare ornement de cette maifon.

Ces ornemens parurent encore avec vn éclat tout nouveau, à la Béatification, & à la Canonization de faint François de Sales. Cette dernière folemnité, qui fut la plus grande & la plus Augufte, commença le 22. jour d'Aouft, en l'année 1666. par vne Procefiion des Religieuses avec l'étendard du Saint ; La Méfie folemnelle fut chantée par Monfieur le Curé, & par les Prêtres Sociétaires; La Mufique fournie aux dépens des Religieuses, fut excellente durant tout l'Oétave ; ou les mêmes cérémonies eftoient renouvellées, à la Méfie, aux Vefpres, & à la Bénédiction du faint Sacrement ; avec des Panegeriques prononcez chaque jour en l'honneur du fiiint. La Ville voulut témoi- | gner fa joye, & prendre part à cette fainte allegrefle. Elle mit en armes trois cens Habitans, commandez par le fieur Dephelines Capitaine ! Enfeigne, qui par deux fois vinrent à la porte de l'Eglife, honorer le ; Saint par la décharge de leurs Moufquets : laquelle décharge fut accompagnée du bruit des Canons & des Boeftes félon l'ordre que les Echevins en avoient donné.

Hist. du Beaujolais II. 26

L'Eglife avoit elle confacré le dernier iour de Septembre en Tan 1656. par Monfeigneur l'Archevefque Camille de Neufville, fous le Titre de la fainéte Vierge, Reyne des Martyrs. Les Religieufes en fuitte obtinrent de fa Majefté des lettres Patentes, qui confirment leur Etabliffement dans la Ville : les premières font de l'année 1659. &les dernières de l'an 1666. Apres les maifons Religieufes, il nous faut traiter de celles des Pauvres, & des Hôpitaux.

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