‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 156 sur 171 · VI. PARTIE · texte numérisé non relu

VI. PARTIE

Des Hôpitaux.

»$"$"$|'$' N peut dire de vôtre Ville, que la Charité en: née avec «$• O w e^e? cette vertu du Chriftianifme, recommandée par Iefus •|*^^*^* Chrift en tant de manières. Car dés le commencement que Villefranche fut habitée, on y vit trois maifons deftinées pour le logement des Pauvres, & pour le soulagement des malades. On trouve encore dans la Maifon de Ville quelques Titres de leurs Fondations. Il y avoit donc vn Hôpital dans la Ville, les deux autres eftoient dehors, l'vn à la porte d'Anfe, l'autre à la porte de Belleville, celuy de la porte d'Anfe, dans la ParroifTe de Limas contenoit vingtquatre Chambres, & il eftoit deftiné pour recevoir les Pauvres étrangers dans leur palîage. Cet Hôpital a efté détruit, ou par les Hugeunotz, ou par le long mal'heur des Guerres civiles. Il n'en refte que la Chapelle dédiée à faint Lazare ; où l'a dévotion continue encore, eftant fort vifitée par les Habitans.

Celuy du milieu de la Ville a duré & s'eft confervé plus longtemps; Il eftoit entre les deux bras de la rivière de Morgon, avec vne Chapelle pour Pvfage des malades. Mais comme il y avoit peu de bâtiment, on n'y pouvoit loger que fort peu de pauvres : Ainfi il fut vni au troifiéme Hôpital de la Porte de Belleville : Et en fin du confentement de la Ville, la maifon qui le compofoit fut vendue à vn particulier l'an 1644. & ^e revenu qu'il avoit, fut transféré en la nouvelle maifon de la Charité, donc ie parleray ci-deffous.

Il ne refte que le troifiéme Hôpital, le plus confiderable par fon établiflement & par fa durée. Il fut bâty hors de la Porte de Belleville, comme ie l'ay dit; Dame Sybille de Flandres fut la Fondatrice de cette fainte Retraite des Pauvres. Elle eftoit femme de Guichard troifiéme Seigneur de Beaujeu, de celuy qui le premier fit voir à la France des Religieux de faint François. Cette Princefïe voulut par vne pieufe émulation égaler la libéralité charitable de fon cher Epoux, & employer fon bien au foulagement des corps ; fon mary ayant pris le fecours des âmes pour fon partage. Elle fit donc bâtir vn grand Hôpital où Fon traiteroit les pauvres malades ; elle y établit des Religieux de faint Auguftin, jufques au nombre de fept; qui prendroient le foin des malades & des mourans, & qui rendans à leurs corps tous les faints devoirs qu'exige vne chanté vrayement Chrétienne, y ajoutèrent tous les foins qu'on peut apporter à fecourir les âmes, & à opérer leur falut. Cette Dame fit donc bâtir vn grand logement pour les malades, & vn dortoir feparé pour les Religieux, elle y fit conftruire vne Eglife & affigna vne terre pour le Cimetière; où l'on enterroit les morts dans l'Hôpital, & même plufieurs honnêtes perfonnes de la Ville.

Ces Religieux avoient efté pris dans le grand Hôpital de Roncevaux, qui eftoit dans la Navarre ; cet pourquoy celuy de Villefranche, eut le même nom de Roncevaux. Sa Fondatrice voulut qu'il dépendit de la direction du plus grand, qu'il en fut comme vne Commanderie, & que les Religieux qu'elle y mettoit reconnuiTent pour Supérieurs, ceux qui l'eftoient dans le grand & principal Hôpital de Roncevaux, & il refte encore plufieurs Titres de cette jonction : Ce font des Actes paffez avec les Supérieurs du grand Hôpital, aux années 141 6. & 1428. & quelques autres ; Par lefquels il paroit, que les Supérieurs de la maifon de Roncevaux dans la Navarre, Ont affervizé plufieurs fonds, de l'Hôpital de Villefranche a des particuliers Habitans; Ce qui fe voit encore aujourd'huy dans les Terriers des Rentes de cet Hôpital. Il y a encore deux Procurations de l'année 1455. paffée par les Prieur cv Chanoines de faint Auguftin, du Convent & Hôpital de noftre Dame de Ronceuaux, dans le Dioceze de Pampelune. L'vne de ces Procurations au profit de Guillaume d'Obreza, pour l'adminiftration des Chapelles & Hôpitaux, dépendans du grand Hôpital : l'autre eft pour Bar-

thelemy Buifïbn, particulièrement pour la direction de l'Hôpital de Villefranche.

On trouve encore deux Actes remarquables, touchant la même maifon des Pauvres. Le premier eft vne Tranfa&ion, faite au mois de Mars l'an 1239. Entre le Curé de la Ville, & les Religieux de l'Hôpital; c'eftoit pour alïbupir vn Procès excité entre les parties. A caufe des enterremens des habitans dans l'Eglife de l'Hofpital, & pour les offrandes qu'y prefentoient les mêmes habitans par leur dévotion, & par leur amour pour les pauvres. La Transaction fut palTée par l'authorité d'Aimeric, Archevefque de Lyon. Le fécond Acte fait foy que les Echevins de la Ville, font les premiers Recteurs & Adminiftrateurs de fes Hôpitaux. L'Acte eft du 15. d'Avril 1456. Entre les Echevins de Villefranche, & le Procureur des pauvres du Beaujolois; ou il eft dit que les Echevins auront vne chambre dans l'Hofpital dit de Ronceuaux ; où ils s'afTembleront pour délibérer entr'eux des affaires des Pauvres, & pour ouïr les comptes de l'adminiftration de leurs biens, qui fe rendront en leur prefence.

C'eft Hôpital fut dans fa vigueur, jufqu'aux malheureux troubles de l'an 1562. fous Charles neufviéme, ou les Huguenots s'emparèrent des principales Villes du Royaume, & y firent les ravages que l'on voit encore, & qui marquent les traces de leur fureur. Villefranche comme ie l'ay dit, ne fut pas acouver de leur rage. Dix mille des leurs venans de Bourgongne, & fuivans les bords de la Saône, prirent Villefranche, fe faifirent de l'Hofpital de Ronceuaux, & changèrent les Religieux, & les malades, & y firent vn degat étrange. Neantmoins ils en délogèrent allez toft, eftans pourfuivis par le Comte de Tavanes, qui commandoit les Troupes du Roy; ils fe retirèrent à Lyon, dont ils eftoient les maîtres, & ou ils fe pouvoient mieux deffendre. Le Comte de Tavanes bailla vne garnifon dans la Ville avec vn Gouverneur, pour la garentir des furprifes : & ce Gouverneur fe crût obligé pour la feureté de la place, de faire razer tous les Faux bourgs, & les maifons qui eftoient hors des Portes d'Anfe & de Belleville. Ainfi cet Hofpital fut entièrerement détruit, par le mal'heur de la Guerre, laquelle fouvent ne fait pas moins de mal par le fecours qu'elle donne, que par fes attaques, & par fes ravages.

. Depuis ce temps là vn riche Bourgeois de la Ville, nommé Rolin

Guiehard, fit rebâtir au même endroit vn autre Hofpital, bien moins ample & moins commode que le premier, toujours avec le premier nom de Roncevaux ; mais fans aucuns Religieux ; Il fert à retirer les pauvres paffans & les mandians : Il n'y a qu'vn Concirge, qui les y reçoit, lors qu'il eft ouvert, félon l'ordre des Echevins; qui font quelquefois obligez de le fermer à caufe des infolences que les mandians y commettent. Cet Hofpital a fa Chapelle & fon cimetière, ou plufieurs habitans fe font enterrer. La dévotion eft grande en la vifite de cette Chapelle, deux jours de l'année, qui font le troifiéme Dimanche de Carême, & le jour de l'Annonciation à la fainte Vierge; Il y a Indulgence pleniere ; l'on a la Bulle, fcellée de vingt-vn Seaux, & fignée d'autant de Cardinaux.

Depuis & comme les Echevins & les Recleurs & les Adminiftrateurs des pauvres, eurent reconnu la neceffité d'avoir vn Hôpital dans la Ville, pour loger & traiter les pauvres, lors qu'ils font malades ; Ils fe refolurent de choifir vue place, pour y bâtir vne maifon à cet effet; laquelle depuis ils appellerent la maifon de la Charité. Ils furent en fuitte excitez à cette bonne œuvre, par vne aumône confiderable, deftinée à l'exécution de ce bon deiïein. Ce fut Meffire Nicolas Gay Curé de la Ville qui par fon Teftament de l'an 1643. donna aux pauvres la plus grande partie de fes biens ; à condition qu'ils feroient employez à commencer de bâtir vne maifon de Charité pour le fervice des pauvres malades.

En exécution du Teftament, on commença l'an 1644. le bâtiment de la Charité tel qu'on le voit aujourd'huy : entre les deux bras de la rivière de Morgon; proche du Convent des Cordeliers. Ce fut vne grande Infirmerie au premier eftage, avec les Offices & bas, & vne Chapelle dédiée à fainte Magdelaine.

Dieu bénit les foins de la Ville ; les biens des Pauvres fe trouvans beaucoup augmentez, & rendus plus confiderables, par les biens faits & aumônes de plufieurs Officiers Bourgeois & Habitans de la Ville, & notamment par la libéralité de Noble Guillaume Corlin fieur de Blazet, Côfeiller du Roy, Eleu en l'Election de Beaujollois, lequel par fon Teftament de l'année 1650. Inftitua les pauvres de la Ville fes heretiers vniverfels de tous fes biens très confiderables, tant par la bonté de leur terroir, que pour le revenu, ce à la porte de la Ville.

Cette libéralité donna la penfée aux Echevins & Adminiftrateurs des biens des Pauvres de chercher les moyens de mieux à l'avenir les faire fervir, & pour cet effet ils creurent de n'y pouvoir remédier plus avantageufement qu'en tachant d'y mettre des filles Hofpitalieres qui fervent les Pauvres de l'Hôpital de Chalon fur Sône, à l'exemple de plufieurs autres Villes du Royaume.

En confequence dequoy, & en Iuillet 1666. Meilleurs David Dephelines, fieur de la Chartonniere, Confeiller du Roy, Lieutenant particulier affeffeur Criminel au Baillage de Beaujolois, Ponthus Beffie fieur de Montauzan, Confeiller du Roy, affeffeur & premier Eleu en l'Election de Beaujolois, Claude de la Roche Côseiller & Advocat du Roy audit Baillage, & Pierre Bergiron auffi Confeiller du Roy & Eleu en la même Election Echevins de la Ville, convoquèrent vne affemblée des Habitans en la Maifon de Ville, ou ayant fait la propofition d'appeller de ces filles Hofpitalieres pour le fervice des Pauvres, fur l'agréement & permifîion qu'ils en avoient de Monfeigneur l'Archevefque de Lyon, l'affemblée leur donna pouvoir de fe tranfporter en la Ville de Chalon pour tacher d'avoir des Religieufes Hofpitalieres.

Sur cette délibération le fieur Beffie Echevin, & avec luy fieur Iean Bonneruë l'vn des Recteurs de la Charité, furent députez du corps de Ville pour cette negotiation, & s'eftans tranfportez en la Ville de Chalon au mois d'Aouft fuivant, ils obtinrent de Meilleurs les Magiftrats Directeurs & Oeconomes de l'Hôpital de Chalon, les fœurs Claude Maire, & Thereze le Iouhan, la première l'vne des filles Hofpitalieres, & l'autre prétendante à l'Hôpital de Chalon, avec lefquelles ayant traicté de l'autorité de leurs Parents ; elles furent conduites en cette Ville, fous l'obeïssance & permifîion de Monfieur l'Evéque de Chalon, le troifiéme jour du même mois d'Aouft, & en fuitte receuës dans la maifon de la Charité & mifes en poffefîion pour y fervir les pauvres malades ; Apres que lecture leur fut faite des Statuts pour la conduite & adminiftration de la maifon ; l'Acte de mife en poffefîion fait parles Echevins cy-deffus nommez, & par Nobles Iacques Ennemond Fabry fieur de la Barre, Maître des Requeftes au Parlement de Dombes, Confeiller du Roy, Lieutenant en l'Election de Beaujolois, & Iean Defchamps fieur de Talencé Confeiller au Parlement de Dombes, Exécuteurs teftamentaires de Monfieur Corlin, fieur Iean Bonneruë, & maître François

Tournier Confeiller du Roy, Receveur des Confignations au Balliage de Beaujolois, Recteurs et Adminiftrateurs des Hôpitaux & Charité de Villefranche.

Comme cet établiffement de ces filles Hofpitalieres n'avoit efté fait que fur la permifîion & fous la direction de Monfeigneur l'Archevêque de Lyon, on eut recours à fa grandeur, pour l'homologation de cet établiflement, ce qu'elle fit faire par Monfieur l'Abbé de faint Iuft fon grand Vicaire, par fon Ordonnance du 18. du même mois d'Aouft.

En fuitte en 1668. l'on fit des Règles & Statuts concernant tant le gouvernement Spirituel des filles hofpitalieres, que pour l'adminiftration des biens temporels des Pauvres de la maifon de la Charité ; lefquels furent confirmez, approuvez & homologuez, par Monfeigneur l'Archevêque, en fuitte de l'Ordonnance mife au bas par Monfieur de faint Iuft le 23. du mois d'Aouft 1668.

Comme les Echevins, Directeurs & Adminiftrateurs de la Charité reconurent le fruit & vtilité qu'apportoient au gouvernement de la maifon les filles hofpitalieres, notamment la fœur Claude Maire, tant pour fa pieté, que pour fa vigilance au fervice des pauvres, & œconomie de la Maifon ; Le Confeil des pauvres trouva à propos d'augmenter le nombre des filles hofpitalieres jufques à fept, compris les fœurs Maire & le Iouhan ; defquels la fœur Maire fut faite fa vie durant maîtreffe & Supérieure, & à ce que les pauvres fuffent régulièrement fervis de toutes leurs neceftîtez, & les filles hofpitalieres foulagées par ce nombre.

Et attendu qu'il falioit du logement d'aventage, tant pour le nombre des filles fervans les pauvres, que pour loger vn Prêtre Chapelain pour le fervice de la maifon, & encore pour avoir quelques chambres de referve, pour recevoir & loger les perfonnes de condition, qui voudroient fe faire porter dans la Charité, pour fe faire fervir dans leurs maladies, à l'exemple des autres Hôpitaux, ou il y a des filles fervans les Pauvres, & pour plus grande commodité des pauvres malades ; le Confeil des pauvres affemblé en 1667. trouva à propos de bâtir vn appartement dans la Charité, du côté du couchant, lequel par les foins des Echevins en charge en 1668. & 1669. fut bâty, s'y trouvant vne Infirmerie de quatre vingts & tant de pieds de longueur, fur trente deux de largeur, fans comprendre la Chapelle au bout; dans laquelle

infirmerie il y a vingt licts, faits d'vne manière fort commode pour les pauvres malades, avec des cabinets entre-deux, & au bout de cette infirmerie on y a transféré la Chapelle de fainte Magdelaine, d'où les pauvres malades entendent la Méfie tous les iours ; la Chapelle eft fort propre, la voûte exaucée, l'Autel orné d'vn très beau Tabernacle doré, ou repofe le faint Sacrement.

Ce bâtiment a efté fait non feulement par les foins des Echevins en charge, mais encore par vne finguliere application & vigilance qui y ont apporté les fieurs Tournier & Bonnerue, lefquels pour cet effet le Confeil des pauvres ayant veu fi zelez pour le fervice de la maifon, les a continuez pendant cinq ou fix années, & font encore prefentement en charge de Recteurs des Pauvres.

La nouvelle Chapelle par la permiffion de Monfeignenr l'Archevêque fut Benifte le jour de fainte Magdelaine en l'année 1669. par Meffire Alexandre Challiard Curé de la Ville, qui Officia folemnellement avec tous les Prêtres de fon Eglife, & la Cérémonie s'acheva après les Vefpres par vne docte Prédication qu'y fut faite par Meflire Claude Bottu de la Barmondiere Docteur de Sorbonne, perfonnage autant confiderable par fa vertu & pieté exemplaire que par fa Doctrine.

Par les Statuts & Reglemens de la maifon de la Charité il a efté arrefté, que tous les deux ans, les Officiers du Balliage, les Echevins, les Exécuteurs teftamentaires, nommez par le Teftament de Monfieur Corlin, & les Directeurs de la Charité & Hôtel-Dieu s'affembleroient en la chambre du Confeil de cette maifon, le jour & Fefte faint Thomas, pour nommer conjoinétement & à la pluralité des voix vn Directeur, à la place de celuy qui devra fortir de charge, & qui exercera la charge pendant deux ans, à la fin defquels il rendra compte exact, pari recepte & defpence de l'adminiftration du bien des pauvres, à celuy qui entrera en charge après luy, à laquelle reddition de Compte affifteront les Officiers du Baillage, Prefident de l'Election, Echevins et Exécuteurs teftamentaires, conformément & ainfy qu'il eft porté par le Teftament de Monfieur Corlin.

Par ces mêmes Statuts on a encore ordonné, que les Adminiftrateurs temporels du bien des pauvres, feront comme ils eftoient anciennement les quatre Echevins & les deux Directeurs, lefquels compofent vn Conseil de fix, qui s'affemblent tous les quinze iours, dans la

maifon de la Chanté, & plus fouvent quand il eft neceflaire, pour régler toutes les affaires qui concernent le bien & l'vtilité des Pauvres, & lors qu'il s'agift de quelques affaires, qui ont rapport au fervice Divin, ou qui concernent les Sœurs filles Hofpitalieres, on appelle pour lors le Père Spirituel des filles pour affifter au Confeil, auquel affilie ordinairement la Maîtreffe des filles avec fa compagne, pour faire rapport de l'eftat & des neceflitez de la maifon.

Et par ce que plufieurs perfonnes meuës de pieté & charité envers les pauvres ont fait cy-devant des aumônes confiderables aux Hôpitaux de cette Ville, il eft jufte que la pofterité les connoifle, outre la recompenfe que ces perfonnes en ont receu dans l'Eternité.

Mefîire François de Nanton Chevalier de l'Ordre du Roy, Gentil- Homme ordinaire de fa chambre, Seigneur de Pizey, Tanay, des Tours, la Baftie, & autres Places, fcituées dans les Baillages de Chalonnois, de Mâconnois, & de Beaujollois, par fon Teftament du dernier Avril 1593. publié & infinué au Balliage de Beaujollois, le 8. Aouft 1594. Légua la fomme de fix vingts écus annuellement, qu'il deftina, fçavoir la moitié pour faire apprendre vne vacation à trois jeunes hommes, & l'autre moitié pour marier trois pauvres filles, qui feroient choifies, préférant les iufticiables de fes terres aux autres, & pour ce ordonné qu'on rapporteroit au fieur Lieutenant General de Beaujollois, & aux Recteurs & Adminiftrateurs des pauvres de Villefranche tous les ans, les Quittances en bonne forme de l'employ des Legz, pardevant Notaire, tant des Maîtres qui auroient enfeigné leurs Profeiïions, que des Maris des trois filles : A deffaut de quoy il ordonnoit que cette iomme de fix vingts écus fut payée (à moins de juftifier de l'employ) es mains de Monfieur le Lieutenant General, & des Recteurs des pauvres, au bien & vtilité d'jceux. Pour raifon dequoy à deffaut du payement d'aucuns Arrérages fait par les Héritiers du Seigneur de Pizey, il y auroit eu Inftance dévolue aux Requeftes du Palais à Paris, entre les Echevins & Recteurs des pauvres Demandeurs, le fieur Lieutenant General intervenant, & les Héritiers du fieur de Pizey Deffendeurs, fur laquelle Inftance, Tranfiiction feroit jntervenuë entre les parties, le 20. Décembre 1623. receuë Befi'ie Notaire Royal, par laquelle les Héritiers du fieur de Pizey, fe feroient obligez au payement des Arrérages de la Penfion qu'ils auroient payée, & promis de continuer à

L'advenir le payement, en forte que depuis cette Tranfaction eftant encore écheus aux pauvres par le même deffaut de la part du Seigneur de Pizey, beaucoup d'Arrérages, il les auroit payé fans difficulté aux Recteurs des Pauvres, revenans à la fomme de neuf mille, neuf cens livres, fuivant qu'il eft porté par la Quittance de Tannée 1668. receùe Tournier Notaire Royal : Laquelle fomme a efté employée au bâtiment de la grande Infirmerie & nouvelle Chapelle de la maifon de la Charité, aux années 1669. & 1670.

L'an 1593. François Fabry Bourgeois de Villefranche, légua par aumône aux deux Hôpitaux de Roncevaux & de la Ville, à chacun cinq cens écus, qui font mille écus pour les d^ux, par fon Teflament, receu par Pierre Fruitard & Claude Blondel Notaires Royaux, laquelle fomme fut depuis payée par fieur Michel Fabry Receveur gênerai du Taillon, en la généralité de Lyon fon frère, qu'il avoit fait fon héritier vniverfel.

L'an 1610. Noble Guillaume Befîie Conseiller du Roy, Grenetierau Grenier à fel de Villefranche, légua par fon Teftament aux Hôpitaux de la Ville la fomme de neuf cent livres.

L'an 1629. Noble Antoine Bottu fieur de la Barmondiere, Confeiller du Roy, Eleu en l'Election de Beaujolois, par fon Teftament légua aux pauvres de la Ville, la fomme de quinze cens livres.

L'an 1637. Noble Laurens Befîie fieur de la Fontaine, Confeiller du Roy, affefTeur & premier Eleu en l'Election de Beaujollois, donna aux pauvres par fon Teftament vne terre à froment fcize en la ParroifTe de Iaffans en Dombes, contenant quatre vingts bichonnées.

L'on a parlé cy-devant de la libéralité faite en 1643. Par le Teftament de Mefîire Nicolas Gay Curé de la Ville, qui a donné la plus grande partie de fes biens aux pauvres de la Ville, à condition d'y commencer vn bâtiment & maifon de Charité, pour la retraiéte des pauvres malades.

L'an 1659. Mefîire Nicolas Vincenot Prêtre Curé de faint Iulien, par fon Teftament légua aux pauvres de la Ville, deux Domaines, l'vn dans la ParroifTe de faint Iulien, & l'autre dans celle de Blacé, ces deux Legs font gravez fur deux pierres en lettres d'or, avec les Eloges defdits deux Curez, dans la muraille de la grande Infirmerie de la Charité.

Nous avons cy-devant parlé du Teftament de Monfieur Corlin, qui avoit donné tous fes biens, & maifon de Blazet aux pauvres de la Ville, il ne refte qu'à faire voir la recognoiffance qu'en ont eu Meffieurs les Reéteurs des Pauvres, qui luy ont fait ériger fa Statué* en marbre, avec vn beau Mauzolée, élevé dans la muraille de la nouvelle Infirmerie de la Charité, où fon corps repofe, à droite de l'Autel, avec cette Epitaphe gravée fur vne table de Cuivre.

DEVS MORTALI IVVARE

mortalem.

Piis manibus Domini Guillelmi Corlin, D. de Blazet, in ditione belliiocenfium tribntaria Régis conciliarij, hoc œternœ pietatis monumentnm erexit muttw gratix commercio, hœc publicœ charitatis familia folemnibus tabulis in vniuerfam eius bonorum fubftantiam hœres injlituta, vltimum diem in hoc munificentiœ fuœ cumulo expeâaturus D. D. Corlin miffœ fingnlis diebus in perpetuum celebrandœ commiffwnem inftituit, tum récurrente quolibet anno pro animx requie precibus celebrari IuJJït, hifce voluntatis vltimx mandatis fuo defignantis teftamento modérât or ibus depojitis.

Et hœc ad xternam vitx gloriam via.

Ob Ut oâauo Augufli, anno falutis 165 1.

Légua aux pauvres, la fomme de trois mille livres, pour eftre employée à Tacquifition d'vn fonds à bled, Nobles Iean de Sauzey fieur de IafTeron, & Pierre Bergeron iieur de Fontenailles, fes gendres, Efkus en l'Ele&tion de Beaujollois, en ont fait mettre vne table de Cuivre, dans la même Infirmerie de la Charité.

L'année 1650. Alexandre Bottu Ecuyer fieur de la Barmondiere & de la Fontaine, Confeiller & Secrétaire du Roy, maifon & Couronne de France & de fes Finances, par fon Teftament légua aux pauvres vne terre à froment fcituée en la Parroifle de Chalins en Dombes, avec la fomme de cinq cens livres, pour eftre employée à l'acquifition d'vn héritage de pareille nature.

L'année 1669. Damoifelle Elizabet Beffie fille & héritière dudit fieur Laurens Beffie, & vefve dudit fieur de la Barmondiere, par fon Teftament légua aux pauvres, la fomme de deux mille livres, & quantité de meubles & linges, les Legs defdits lieurs Mariez de la Barmondiere Cv

Beffie, & de leurs predeceffeurs, cy-deffus, font gravez fur des tables de Cuivre dans l'Infirmerie de ladite maifon de la Charité.

L'année 1664. Damoifelle Marie Ducoing vefve dudit fieur Laurens Beffie, par (on Teftament légua aux pauvres vne rente de cent vnze livres par an, au fol principal de deux mille livres.

L'année 1666. Damoifelle Ieanne Efpinay vefve de Noble Laurens Fiot fieur de Mongré, Confeiller & Procureur du Roy au Baillage de Beaujolois, par fon Teftament légua aux pauvres la fomme de mille livres.

Il ne faut pas obmettre vn Legs confiderable fait en 1337. aux pauvres de la Ville, par vn Symon Alby de Lyon de tous les droits de Corée qu'il avoit fur les Bouchers de Villefranche, du depuis reconnu par vingt-fix Bouchers de la Ville, fuivant les A&es qui en font dans la Maifon de Ville.

Il eft jufle auffi de parler de la continuelle prévoyance, qu'ont eu de tout temps, les Echevins de la Ville, pour fon bien & vtilité, ayant fait bâtir vn Hôpital pour retirer les pauvres peftiferez, au deffous de la Ville, fur la rivière de Morgon, & dans la ParroifTe de Beligny, dans laquelle il fut bâty, au fujet d'vne Donnation faite à la Ville, par Noble Guillaume de Ponceton Seigneur de Franchelins, Procureur General de Beaujolois habitant à Villefranche, le 24. Avril 1522. d'vne terre contenant deux bichonnées, fur la rivière de Morgon ; auquel héritage les Habitans de la Ville ayans joints par acquifitions plufieurs bichonnées de terre, es années 1,37. 1542. & 1544. Ils y firent achever & clorre de murailles le clos dudit Hôpital, avec vne Chapelle pour le ferviee des malades, & pour raifon de ce bâtiment d'Hôpital des peftiferez, il y a eu beaucoup de difficultez entre la Ville, & le fieur de Foncraine, & les Habitans de Beligny, qui ne vouloient fouffrir cet Hôpital, mais en fin elles furent terminées par Tranfaction de l'année 1537. les Tiltres en font dans la Maifon de Ville.

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