‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 67 sur 171 · G : coffre 8, cote II. — 2. T, B, J, V : à · texte numérisé non relu

G : coffre 8, cote II. — 2. T, B, J, V : à

seigneur de Vaud, Jacques de Savoie, prince de Piémont, et le comte de Genève le devaient à la couronne de Savoie, à la réserve faite, par le sire de Beaujeu, de la fidélité à laquelle il était tenu envers le roi de France, les ducs de Bourgogne et de Bourbonnais, l'archevêque de Lyon, et les abbés de Ciuny et de l'Ile-Barbe. Le sire de Beaujeu se départit de son côté, en faveur du comte de Savoie, du droit qu'il avait sur les châteaux de Bourg-Saint-Christophe et de Beauregard-sur- Saône et sur le fief de Villars, se réservant le fief du château de Gordans, et, pour la sûreté des 40.000 livres que le comte devait donner au sire de Beaujeu, il lui donna pour caution Amé, comte de Genève, etc. Et d'autant qu'il avait baillé à sa belle-sœur Coligny, en partie de son douaire, sa vie durant, le sire de Beaujeu n'en peut jouir jusqu'au 18 juillet 1348, que cette princesse mourut, dont il eut assignat et ensuite la jouissance de ladite terre de Coligny ; et Amé VI, dit le comte Vert, accorda à Antoine, sire de Beaujeu, le 6 novembre 1353, la grâce de rachat à vingt ans desdites terres et seigneuries de Coligny et Buene, et Edouard II, sire de Beaujeu, vendit cette terre le 16 septembre 1361, à Guillaume de la Baume, seigneur de L'Abbergement, qui accorda audit sire de Beaujeu le pouvoir de racheter ledit château, terre et seigneurie de Coligny-le-Neuf, qu'il lui avait vendus moyennant cinq cents florins d'or. Le même Edouard de Beaujeu ayant démêlé avec Robert de Beaujeu, seigneur de Saint-Bonnet et de Joux, son oncle, pour les droits que ce dernier prétendait en la maison de Beaujeu, Edouard lui remit cette seigneurie de Coligny pour une certaine somme, à la réserve du rachat : voilà ce que dit le sieur Guichenon en son Histoire de Bresse ; mais, pour mieux nous éclaircir, il faut savoir qu'il y a deux Coligny, l'un appelé le Vieil, qui est en Franche-Comté, et l'autre, le Neuf, qui est en Bresse. Les ducs de Bourgogne et comte de Savoie avaient toujours eu de grands démêlés entre eux au sujet de ces deux terres, qui furent accordés au mois d'octobre de l'an 1289, par lequel accord il fut dit que Coligny-le-Vieil serait du duc de Bourgogne, et Coligny-le-Neuf, du comte de Savoie, en la maison duquel il demeura jusqu'à ce que Edouard comte et son fils Aymond l'accordèrent au sire de Beaujeu, pour réparer la perte qu'il avait faite en la bataille de Varey. Or, Antoine de Beaujeu ayant vendu ladite terre au sieur d'Andelot, seigneur de Coligny-le-Viel, à faculté de rachat,

Edouard II, sire de Beau jeu, successeur d'Antoine, passa procuration, le 22 février 1374, pour la retirer de dame Marie de Vergy, mère du sieur d'Andelot, à qui cette terre avait été vendue à faculté de rachat, d'où s'ensuivit encore un traité et échange, le 7 mars 1379, entre Robert, duc de Bourgogne, et Aîné, comte de Savoie, par lequel fut dit que le château et seigneurie de Coligny demeurerait du côté de Savoie, et, comme le seigneur de Beau jeu l'eût trouvé dégarni et les sujets affidés à autres seigneurs, il choisit Bérard Chadrion, écuyer, sieur de Ronchivol, gentilhomme de Beaujolais, et le constitua capitaine châtelain dudit Coligny, lequel, cherchant les droits égarés, en poursuivit les reconnaissances, ce qui lui suscita des ennemis et deux factionnaires contraires, comme porte l'acte, Humbert Pommier et Barthélémy Forquet, sujets et justiciables dudit seigneur de Beaujeu audit Coligny, lesquels mirent la division entre le châtelain de Mommoret, au comté de Bourgogne, duquel dépend Coligny-le-Vieil, et ledit de Ronchivol, châtelain de Coligny-le-Neuf, sur la marque des mesures et, de querelles à autre, lesdits Pommier et Forquet disposèrent un nommé Colin Larchier pour assassiner ledit Ronchivol,. ce que ledit Larchier fit en trahison, lorsque ledit Ronchivol allait à la messe, et ce Larchier fut si bien assisté de plusieurs qui l'escortaient qu'ils meurtrirent ledit de Ronchivol de 29 plaies mortelles, ce qui arriva l'an 1392.

Le seigneur de Beaujeu, averti de cet affront et injure faite à son châtelain, envoya Me Guillaume Galle et Humbert de Franchelins pour informer de cet assassinat, ce qu'ils firent et poursuivirent lesdits Pommier et Forquet dans le comté de Bourgogne, les attrapèrent et constituèrent prisonniers à Chalamont où ils furent maltraités et géhennes. •Madame la duchesse de Bourgogne, en l'absence du duc, son mari, avertie de la distraction desdits prisonniers, fait informer, par la cour de parlement de Dole, contre ledit seigneur de Beaujeu, la Galle et de Franchelins, ses gentilshommes. Le seigneur de Beaujeu envoie son bailli à Dijon, avec les informations et procédures, pour faire ses excuses envers ladite duchesse, laquelle ne les voulut recevoir, disant qu'elle voulait avoir les prisonniers avant toute œuvre. Le seigneur de Beaujeu les lui envoie, mais ils sont enlevés en chemin par le bailli de Chalon, et les procédures contre le seigneur de Beaujeu continuèrent; la

l60 HISTOIRE DU BEAUJOLAIS

duchesse étant implacable là-dessus, le seigneur de Beaujeu s'achemine par-devant le duc à Saint-Denis et lui fait ses excuses, sur lesquelles il y eut, surséance accordée par commission au comte de Nevers, fils du duc, et cependant, par provision, le duc ordonne que le château de Coligny sera remis entre ses mains ou à celui qu'il nommerait, ce qui fut effectué par le seigneur de Beaujeu. Depuis, il en poursuivit la mainlevée promettant de s'en rapporter au jugement du duc et d'avoir agréable ce qu'il en ordonnerait là-dessus; le duc le reçoit à bailler ses faits et articles, et ordonne, au mois de juin 1394, que son procureur général écrira contradictoirement, commet et députe ses officiers, qui font une enquête à rencontre dudit seigneur de Beaujeu, en septembre et octobre 1395, et encore que le délit eût été commis en la terre de Savoie et non dans le comté de Bourgogne et qu'en tout cas la cause se dût traiter en la chambre de l'Empire, il voulut être juge et partie; ledit seigneur de Beaujeu fit faire une autre enquête, au même mois et an 1395, et bailla ses articles le 12 février, ensuite de quoi il y eut encore un autre procès-verbal, après quoi le duc de Bourgogne, en faveur du duc de Bourbonnais, donna ses lettres de prolongation, le 26 avril 1399, du délai qu'il avait donné audit seigneur de Beaujeu pour juger et terminer le procès sur l'assassinat dudit de Ronchivol; mais les affaires d'Edouard de Beaujeu étant devenues pires que jamais, à cause qu'il avait fait précipiter des fenêtres en bas du fossé de son chàtel de Pouilly un huissier du parlement qui l'était venu ajourner au sujet du rapt de la fille du sieur de la Bessée, et les pays de Beaujolais et de Dombes étant advenus au duc de Bourbon, ce procès fut terminé, et Coligny, qui avait été donné par Edouard à son oncle Robert, seigneur de Saint-Bonnet et de Joux, pour les droits qu'il avait en la maison de Beaujeu, demeura à ses deux filles, Marguerite et Jane de Beaujeu, sœurs, qui partagèrent entre elles tous les biens de la succession, l'an 142 1, de sorte que la seigneurie de Coligny-le- Neuféchutà Jane de Beaujeu, femme de Jean, seigneur de Cusance. Les seigneurs de Coligny-le-Viel et d'Andelot, fâchés de voir cette terre de Coligny-le-Neuf démembrée de l'autre et hors de leur maison firent tous leurs efforts pour la ravoir jusque là que Marie de Vergy, veuve de Jean II, seigneur de Coligny-le-Viel, acheta d'Antoine, seigneur de Beaujeu, la grâce de rachat de ladite seigneurie, du consente-

ment du duc de Savoie. Mais les seigneurs de Menthon y ayant apporté de l'empêchement, cette acquisition fut sans fruits. A la fin, Bernard, seigneur de Menthon, vendit, cette seigneurie à Charles, duc de Savoie, qui la vendit, l'an 1533, à René, comte de Chalant, maréchal de Savoie, a faculté de rachat, et ledit Chalant l'a vendue à Louise de Montmorency, veuve du maréchal de Chatillon, l'an 1540, et l'amiral de Chatillon rentra dans cette terre, qui avait été éclipsée de sa maison l'espace d'environ 300 ans, et, par ce moyen, il réunit Coligny-le-Neuf à Coligny-le-Vieil; néanmoins, le prieuré dépend des deux souverainetés, savoir : de France, qui a le droit de Savoie, depuis l'échange du marquisat de Saluces, et d'Espagne, comme comté de Bourgogne, chacun y nomme de sa part : celui de France tire les fruits qui sont en Bresse, et celui d'Espagne, ce qui reste en Franche-Comté.

Buenc. — Buenc appartenait à ceux du nom et armes de Buenc *, qui acquirent d'Ame IV, comte de Savoie, l'inféodation de la justice haute, moyenne et basse, l'an 1294, par lettres datées a Saint-Georgesd'Espéranche; le Ier août et l'an 1300, Hugonin de Buenc, chevalier, par contrat du lundi avant la fête de Saint-Michel, étant au Pont-d'Ain, vendit ladite seigneurie au comte de Savoie ; depuis, le comte Aymon, par le traité qu'il fit, le 5 juillet 1337, ^qc Edouard Ier, sire de Beaujeu, lui remit les châteaux et seigneuries de Buenc et Coligny, avec 40.000 livres viennoises, pour le récompenser des dommages que Guichard, son père, avait soufferts pour lui en la bataille de Varey ; ensuite de ce traité, le seigneur de Beaujeu ayant été fait seigneur de Buenc, il y établit un juge et des officiers, les appellations desquels ressortissaient au bailliage de Beaujolais; ce qui a duré jusqu'à la restitution faite au duc Emmanuel-Philibert de ses états, l'an 1559, qu'elles se relevèrent au "sénat de Chambéry, car du temps du roi Henri II, y ayant eu grosse difficulté pour cela entre M. Philibert de Coligny, chevalier, seigneur de Crécie, et dame Denise de Loriol, dame de Beaufort, par arrêt du grand conseil de Paris, du 27 octobre 155 1, il fut dit que les appellations du juge de Buenc se relèveraient au bailliage de Beaujolais, ainsi qu'il avait toujours été pratiqué par le passé ?, Antoine de Beaujeu vendit, du consentement du comte de Savoie, cette

1. G : Hist. de Bresse. — 2. G : fol. 48 du Vie vol. des enregistrements. Hist. du Beaujolais II. il

iGl HISTOIRE DU BEAUJOLAIS

seigneurie à Humbert de la Baume, chevalier, seigneur de Fromentes, l'an 137 1, avec justice haute, moyenne et basse, à la réserve de l'hommage et du ressort, ce qu'il fit à Paris, en l'hôtellerie de l'Ours, le 29 janvier 1377 (à Edouard II, seigneur de Beaujeu), présents : Girard d'Estrés, chancelier de Savoie, et autres. Depuis, Buenc a toujours demeuré dans cette famille de Fromentes, unie à celle de Coligny et d'Andelot.

Châtillon-ks-Dombes . — Cette ville est située en un vallon, sur la rivière de Chalaronne, plus remarquable par le trafic et industrie de ses habitants que par une autre chose ; elle fut aliénée sous le roi Henri II et vendue par les commissaires de Sa Majesté, le 13 juillet 1555, à Etienne de la Forge, écuyer, seigneur de Challiouvres en Dombes, qui en jouit quelque temps jusqu'à la restitution de la Bresse au duc, Emmanuel-Philibert, par la paix de l'an 1559. Depuis ce tempslà, le duc désirant avoir la comté de Bennes en Piémont de Jean-Louis, comte de Bennes, lui remit, en la place dudit comté, les villes, châteaux et mandements du Pont-de-Veyle et Châtillon, qu'il érigea en comté, par lettres du 26 juin 15 61. Desdits comtes de Bennes, les comtés de Châtillon et du Pont-de-Veyle passèrent à Christophe d'Urphé, chevalier, seigneur de Bussy, et de ses héritiers à François de Bonne, héritier, seigneur de Lesdiguières, maréchal et connétable de France, et de lui à Françoise de Bonne, sa fille, duchesse de Créquy, de qui monseigneur le duc d'Orléans l'a acquise, par contrat du 7 décembre 1646, passé à Paris, et appartient aujourd'hui à Mademoiselle. Châtillon a été presque tout brûlé, le 28 septembre 1670; sur le soir, qui était la veille du jour de Saint-Michel, deux capucins y furent

grillés.

Château-Neuf et Ber^é-en-Mâconnais . — Les seigneurs de Beaujeu ont encore possédé Châteauneuf, en Maçonnais, comme appert des lettres de Philippe VI, roi de France, du mois de mars 1349, par lesquelles il baille à Edouard de Beaujeu le château et la ville de Châteauneuf, en Maçonnais, ensemble le péage de sept deniers pour livre, accoutumé être levé pour Sa Majesté en la ville de Villefranche, des toiles qui sont portées et menées hors le royaume pour en jouir

jusqu'à ce qu'Humbert, dauphin de Viennois lui eût rendu le château de Miribel.

Le seigneur de Beaujeu possédait encore dans le Maçonnais la seigneurie de Berzé, comme appert d'un acte du trésor, d'un arrêt de parlement de l'an 1375, confirmatif d'un accord entre Marguerite de Beaujeu, princesse de la Morée, et Edouard, dernier seigneur dudit Beaujeu, qui lui délaissa ladite châtellenie, ensemble les châteaux de Cenves et de Juliénas, pour les droits qu'elle pouvait prétendre en la terre de Beaujolais.

Le sieur Chorier, en son Histoire de Dauphiné, fol. 778, dit que la terre de Vaux, située en Dauphiné, était un fief des barons de Beaujeu.

Page 1