L, T : N. Liebaud
attachée a soutenir le droit des légitimes successeurs de saint Pierre. L'histoire dit donc que ce Saint-Père vint en France requérir aide et se réfugier sous la protection du roi Louis le Gros, de qui il fut fort bien reçu et célébra un concile à Reims, l'an 1131, où il couronna Louis VII, dit le Jeune, auquel concile de Reims, selon quelques-uns *, furent institués les douze pairs de France, six d'église et six laïques, qu'il alla en la ville de Liège accompagné de saint Bernard, que, l'an 1132, en s'en retournant, il passe à Clairvaux où saint Bernard le fit recevoir avec beaucoup de respect. Néanmoins, dit l'histoire, il ne le traita qu'au commun réfectoire et à peine put-on trouver un petit poisson pour lui présenter, comme si on n'aurait pas pu pêcher, ou que le roi, qui le faisait accompagner, n'eût pas donné ordre a son voyage 2; qu'ensuite il passa à Cluny, et de là à Beaujeu ; mais je ne me saurais imaginer ce que dit Claude Paradin, que ce Saint-Père ayant monté au château, le prince Guichard sortit au-devant de lui la barbe a demi faite, et que le pape, souriant de le voir ainsi, lui dit que c'était comme cela qu'il le devait recevoir; à ce compte, ou il faudrait qu'Innocent fût alors peu de chose et qu'il allât en cachette et de nuit et sans compagnie, pour aller de plain saut dans la terre d'un seigneur de considération tel qu'était le prince de Beaujeu et de monter à son château et en sa salle, devant que ce seigneur en eût rien su, puisqu'il sortit la barbe à demi faite, ou si Guichard de Beaujeu l'avait su, comme effectivement un pape ne va pas a si petit train qu'on ne sache son arrivée, puisqu'il s'en retournait à Rome sous l'aide et faveur du roi, ne devait-il pas aller au-devant de celui devant lequel toutes les puissances fléchissent le genou, sans attendre que le pape le vint trouver de la sorte sa barbe à demi faite, cela semble un peu le roman, aussi bien que ce que l'on dit de l'église de Saint-Nicolas, que ce prince fonda et édifia.
V. — La tradition porte, car on n'en trouve rien d'écrit que le lieu où est cette église était un étang que le fils du prince Guichard, revenant de la chasse, y voulut faire boire son cheval et tomba dedans et ne parut plus ; la nouvelle de cet accident si inopiné étant
1. G : Paul Emile. — 2. G : trésor chronologique, de s* Romuald.
portée à la dame sa mère, elle voua de faire bâtir une église à Saint- Nicolas, au lieu où son fils paraîtrait ; ce vœu ne fut pas plutôt énoncé de la bouche de cette princesse qu'on vit le prince, son fils, remonter du fond de l'étang au-dessus, ce qui fit que le prince Guichard fit bâtir l'église au lieu où elle est encore à présent, et, comme auparavant tous les habitants de Beaujeu avaient leur paroisse aux Étoux qui est au-dessus d'une éminence qui commande aux trois ponts qui sont sur l'Ardière, le pape Innocent passant, comme j'ai dit, par Beaujeu, consacra ladite église de Saint-Nicolas et la rendit paroisse y assujettissant celle des Etoux comme annexe, de sorte que celle qui était auparavant maîtresse devint servante, erunt novissimi primi et primi novissimi, dit l'Ecriture, je ne puis pas m'imaginer qu'il y eût jamais étang audit lieu, car il n'y a ni vestige, ni apparence, cette église est le long de la rivière qui est beaucoup plus basse, et, s'il y avait Là un étang, où était donc le grand chemin? et si Guichard II, de qui le fils est tombé dans l'étang, l'a fait sécher pour faire bâtir ladite église et la faire dédier par le pape Innocent, il y a eu fort peu de temps pour faire toutes ces choses-là; joint qu'il y avait des habitants au bourg ou non ; s'il y avait des habitants, comme il est aisé à conjecturer par la demeure des seigneurs de Beaujeu qui ont choisi ce lieu pour leur demeure et habitation, ils devaient avoir une église qui doit être apparemment plus ancienne qu'on ne dit pas; s'il n'y eût pas eu d'habitation, lesdits seigneurs ne se seraient pas venu placer en un lieu désert et plus propre à y bâtir une chartreuse qu'une église collégiale de chanoines, et il fallait bien qu'il y eût des habitants et une église puisque, longtemps auparavant les seigneurs de Beaujeu et l'érection du chapitre, c'était un doyen rural ou archiprêtre du diocèse de Mâcon. Se vert, en Josserand de Mâcon r, croit que cette arrivée du pape à Beaujeu fut plutôt sur son entrée en France qu'à sa sortie où il était pressé de s'en retourner, ce qui semble venir beaucoup plus à propos et convenable à l'histoire et au mémoire de Saint-Nicolas de Beaujeu, et c'est chose étrange, dit Severt % que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui a écrit dix lettres au même pape pour plusieurs et diverses affaires, ne parle en aucune façon de cette avenue du pape à Beaujeu
1. L, T : Severt en ses Évéques de Mâcon. — 2. G : fol. 1 36 et 1 37.
ni à Cluny; seulement, au livre qu'il a fait des miracles, il dit ces mots : Gallias venit Innocentius ubi ab eodem consecrala est nova major ecclesia Cluniacensis indeque gemino concilio Claromonti et Remis celebrato, per Alpes l ad Italiam Pisas usque regressus est.
VI. — Aux archives du chapitre de Beaujeu, il y a ces mots : Honorio papa defuncto, ortum est schisma inter Anacletum et Clementem secundum qui expulsas a sede projugit in Galliam et prœteriens iter apulit Bellijocum ubi invenii capellaniam sub honore divi Nicolai per dominum Bellijoci summo opère œdificatam, quam dicavit idibus februarii, anno Dni MCXX nono, régnante Ludovico sexto, ce qui convient mieux à l'arrivée du pape en France qu'à sa sortie, et ce qui est encore contredit par un écrit affiché dans ladite église de Saint-Nicolas en ces mots : La dédicace de l'église paroissiale de Saint-Nicolas de Beaujeu est célébrée chacun an, le 13e jour de février, et fut consacrée par un pape Innocent II, auparavant nommé Clément, l'an de grâce 1129, étant chassé de son siège par Anaclet, antipape, et s'en retournant à Rome, après avoir fait quelque séjour en l'abbaye de Cluny, passant par ce bourg de Beaujeu, le seigneur baron dudit Beaujeu le reçut honorablement et pria Sa Sainteté vouloir bénir ladite église ou chapelle de Saint-Nicolas, par lui construite et édifiée à neuf. Auparavant, l'église paroissiale était Saint-Martin-des-Étoux, qui fut lors réduite dépendante de celle-ci.
Quant à l'abbaye de Joug-Dieu, que Severt dit avoir été instituée et fondée par ce prince, je n'en ai aucune nouvelle que ce qu'en a dit le même Severt, et Paradin dit qu'il donna à l'église de Beaujeu le mas de Mommey et le grenier d'une maison assise devant la porte de l'église.
VII. — Quant aux acquisitions qu'il fit, il y a dans les archives du chapitre de Beaujeu : Istx sunt aqiiisitiones qux subsequntur, qiias fecit Gaichardus dominus Bellijoei, Umberti Bellijocensisfilius, et quoique les actes soient sans date la concurrence des personnes qui vivaient en même temps fait bien conjecturer que ce ne pouvait être autre que lui qui était grandement considéré, puisqu'il avait épousé la parente et la fiancée du roi.