‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 87 sur 171 · INCIDENT TOUCHANT VUICARD DE BEAUJEU ET D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

INCIDENT TOUCHANT VUICARD DE BEAUJEU ET D'AUVERGNE

Paradin et Severt qui avaient vu dans les archives du chapitre le testament de Vuicard de Beaujeu et d'Auvergne ont conclu qu'il avait été seigneur de Beaujeu ; le premier le fait fils d'Humbert, et le second, fils d'un autre Vuicard et le nomme Ve du nom et premier seigneur de Beaujeu, et lui fait épouser Ricoaire de Salornay, fondé sur un acte de l'église de Saint-Vincent de Mâcon, qu'il rapporte en Vualtier de Beaujeu, 36e évêque de cette ville-là, Vuicardus de Bellijoco et Ricoaria, eius uxor, nobillissima domina, aliquot dona impertiti sunt ecclesix Sancti Vincentii et episcopo de rébus quas Vuichardus pater percipiebat a suis colonis, et dit, fol. 99, qu'il était fils d'autre Vuicard et que, de Ricoaire de Salornay, il eut un fils, seigneur de Beaujeu, qu'il appelle Humbert, fol. 93. Cependant, en un autre endroit, il le fait fils d'Humbert III, seigneur de Beaujeu, et de la fille d'Hugues, comte de Chalon, et dit qu'il succéda à son frère Guichard, qui ne seigneuria pas longtemps, et qu'il eut cinq fils de sa femme. Je n'ai pu admettre ce Guichard qu'il dit, à moins que ce ne soit Guichard III, qui suivra ci après, fils d'Humbert IV, fondateur de Villefranche, comme me l'apprend l'acte des privilèges de ladite ville et un fragment de la chronique de Belleville, qui dit que Guichard III, mari de Sibille de Flandres, est fils d'Humbert, fils d'autre Humbert, fondateur de l'abbaye de Belleville. Si donc Guichard III est fils d'Humbert et cet Humbert fils d'autre Humbert, comment Vuicard pourra-t-il avoir seigneurie dans le Beaujolais, et en quel temps ? Le proverbe dit qu'il finit qu'un menteur ait bonne mémoire et cependant je vois Severt (je porte respect à son caractère de docteur de Sorbonne et à sa qualité de théologal de Lyon) qui dit, en un endroit, que Guichard, fondateur de Belleville, mourut l'an 1192, et, en un autre, que Humbert, son fils, contre qui alla

Philippe II, mourut Pan 1189, auquel on lui succéda Guichard, à qui succéda son frère Vuicard, père d'Humbert, fondateur de Villefranche, père de Guichard III, qui fit le fief au duc de Bourgogne des terres de Belleville, Thizy et Perreux. En un endroit, il appelle ce Vuicard Ve du nom et premier seigneur de Beaujolais et, en Rainaud, archevêque de Lyon, il l'appelle Vuicard II. Il faut avouer que je n'ai jamais vu une lecture plus puante et qu'on pourrait bien dire de lui, sans offenser sa dignité : Nec malus est civis nec bonus historicus. Il lui fait épouser Ricoaire de Salornay et dit qu'il en eut cinq enfants; son testament n'en dit mot; au contraire, il donne ses biens à son neveu Vuicard, fils de sa sœur Vuicarde, et lui lègue sa terre de Beaugé, c'est-à-dire celle qu'il avait en Bresse, laquelle terre Guichard III reprit aussi bien que celle d'Auvergne, puisque, dans son testament, il donne celles d'Auvergne à son second fils, Guichard, et celles de Bresse à son troisième fils, Henri, et fallait qu'il eût accommodé ces choses avec sa cousine Vuicarde, comme il dit, dans son testament, qu'il veut que l'accord qu'il a fait avec sa cousine et ses enfants tienne et soit gardé inviolablement.

Un acte du chapitre, qui est dans le même Severt, fol. 147, dit que, l'an 1196, le chapitre acheta de Blain Bocci et de sa femme et de ses enfants tout ce qu'ils avaient à Chazelles, hormis ce que possédait Etienne Borde, et ce sous la caution de Vuicard de Bellijoco, qu'il ne nomme pas seigneur, car probablement, en ce temps-là, seigneuriait à Beaujeu, Guichard III \ mari de Sibille de Hainaut, qui mourut l'an 12 16, au siège de Douvres, en Angleterre.

Le même Severt dit que ce Vuicard fut un riche comte d'Auvergne. Il paraît, dans son testament, qu'il y possédait des terres, mais non pas qu'il en fût comte, car cette comté était lors possédée par le comte Guy II et ensuite par Guillaume, contre qui alla Philippe-Auguste, qui en donna le gouvernement à Guy de Dampierre, sire de Bourbon. J'oserai conjecturer que ces terres d'Auvergne lui seraient venues d'Agnès de Thiern 2,qui pourrait avoir été femme de ce Vuicard, pour le recouvrement duquel château de Thiern, Guy IV, comte de Forez, épousant la fille de Guy II, comte d'Auvergne, fut stipulé, entre autres

ï. L, T, V : II. — 2. G : Justel, Hisl. d'Auvergne, 1. II, c. XVI. Hist. du Beaujolais II. i l

conditions, que si le comte de Forez mourait sans hoirs, le comté de Forez appartiendrait aux comtes d'Auvergne et, réciproquement, le comté d'Auvergne aux comtes de Forez, s'il mourait aussi sans enfants mâles, et promirent de s'assister [et secourir] l'un et l'autre, savoir : le comte d'Auvergne, le comte de Forez, contre Guichard III, seigneur de Beaujeu, pour recouvrer le château de Thiern, en Auvergne, qu'il lui détenait; et le comte de Forez, le comte d'Auvergne, contre Guy de Dampierre, sire de Bourbonnais, qui le troublait en la jouissance du comté d'Auvergne, dont le roi lui en avait baillé la garde et le gouvernement après qu'il en eut conquis les principales places et forteresses. Severt dit que Vuicard accompagna le roi Philippe-Auguste au voyage qu'il fit contre les Anglais et qu'il aida le chapitre à recouvrer la terre de Chazelles, comme il dit avoir vu d'un acte en parchemin où pend le sceau de ce prince, courant l'épée nue, armé de son bouclier, etc., et que ce fut un prince fort dévot et aumônier qui fit beaucoup de bien aux églises, comme l'on verra par son testament. Le même Severt dit qu'il se trouve souscrit avec Amé, comte de Savoie, Géraud III de la Tour, Humbert de Coligny et autres seigneurs, en une charte de la Chartreuse de Portes, en Bugey, dans lequel acte il est marqué Guichardus Bellijocensis, immédiatement après Amé, comte de Savoie; dans Renaud de For e%, 88e arch. de Lyon, fol. 263, et par Justel, au 1. V, ch. VII de son Histoire d'Auvergne, Vuichardus Bellijocensis, on ne sait pas bien le temps. Severt conjecture que ce ait été ou l'an 1186, 1 196 ou 1206, ce qui pourrait aussi bien convenir à Guichard III; au reste, de dire qu'il ait été seigneur de Beaujolais, je n'en vois pas d'apparence, car il y a bien de la différence de posséder du bien en un lieu et d'en être seigneur, et l'accord que Guichard III dit dans son testament avoir fait avec Guicharde, sa cousine, fait voir qu'il n'avait point laissé d'enfant, et que ledit Guichard avait retiré les terres que lui et son frère pouvaient avoir eues en partage ou en apanage de la maison de Beaujeu.

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