L, T : souverains
avaient fait la guerre étaient entrés hostilement dans sa terre qu'ils avaient désolée et pris prisonnier son fils Ulrien, sur quoi il prie Sa Majesté de lui vouloir faire rendre son fils, offrant, au cas que Sa Majesté voulût venir jusques à Autun x ou à Vézelay, de lui aller au rencontre et de lui payer ses dépens 2 ; mais quoique le roi en écrit au seigneur de Beaujeu pour la délivrance d'Ulrien de Baugé, son entremise ne servit de rien pour lors, à cause de quoi Rainald, son père, écrivit au roi, et, après l'en avoir remercié, il le supplie de nouveau de venir sur les lieux, lui promettant de lui rendre tous les dépens que Sa Majesté ferait au voyage et de reconnaître d'elle tous ses châteaux, lesquels il ne tenait de personne. Or, s'il ne tenait ses châteaux de personne, le seigneur de Beaujeu qui avait des terres en Dombes ne les devait pas tenir de lui, puisqu'il lui faisait âprement la guerre et qui n'était guère en état de lui reconnaître aucun hommage, puisqu'il refusa, à la prière du roi, de lui rendre son fils; aussi le seigneur de Beaujeu ne se mettait guère en peine de le lui demander sachant bien à qui il aurait à faire.
IV. — Je dis bien plus, la paix ayant été faite entre ces princes, Guy de Baugé, fils du susdit Ulrien, prisonnier du seigneur de Beaujeu, ayant promis sa fille unique Marguerite à Humbert V, seigneur de Beaujeu, il vint à Belleville, l'an 12 18, voir ce prince, pour assurer et ratifier cette alliance, auquel il donna en dot pour sa fille son château de Miribel qu'il avait en Valbonne, lequel il avait eu de sa mère, fille du comte de Chalon, sans réserve de fief 3 ni d'hommage. Il est bien à croire que le comte de Chalon le tenait en souveraineté et que le seigneur de Baugé devant qu'il en fût possesseur ne lui avait contesté aucun hommage, car ce que chacun avait usurpé sur l'empire, il le tenait indépendant d'autrui. Le susdit Guy, seigneur de Baugé, donne encore, audit Humbert de Beaujeu, son gendre, sa terre de Baugé, au cas qu'il n'eût point d'enfants. Mais, comme il alla en voyage d'outremer, il y mourut avant son père qui fit un autre de ses enfants, Rainald, héritier de sa terre de Baugé, le fils duquel Rainald fut Guy, dernier seigneur de Bresse, qui n'eut qu'une fille Sybille, laquelle
1. V, T, B : Ambrun ; L : Embrun. — 2. G : Hist. de Bresse, p. 50. — 3. L, T :
foy.
porta, par mariage, les terres de Baugé et de Bresse à Amé V, dit le Grand, comte de Savoie, l'an 1272.
V. — Cet Amé ne pensa jamais à demander aucun hommage au seigneur de Beaujeu duquel il était parent en ce que Louis, seigneur de Beaujeu, avait épousé Léonore de Savoie, sa sœur, laquelle avait eu en dot sept mille livres, pour sûreté desquelles Thomas de Savoie, frère aîné d'Ame et de ladite Léonore, engagea, audit seigneur de Beaujeu, les châteaux et seigneuries de Cordon et Virieu, en Bugey, et Châteauneuf, en Valromey, et il y a charte au trésor de Beaujolais d'un traité fait, le jeudi devant la Pentecôte de la susdite année 1272, entre ledit Amé, au nom de Thomas de Savoie, son frère aîné, et Louis, seigneur de Beaujeu, touchant la somme de 3.000 livres pour reste de la dot de ladite Léonore, au payement de laquelle somme Amé s'obligea et donna caution, etc.
VI. — Edouard, fils du susdit Amé, devenu comte de Savoie et ayant guerre avec le dauphin, pria Guichard le Grand, sire de Beaujeu, son cousin germain, de le venir secourir, ce que Guichard fit avec un tel courage et valeur que les gens du comte ayant lâché le pied et perdu la bataille de Varey, l'an 1325, ledit seigneur de Beaujeu s'avança pour le secourir et empêcher qu'il ne fût pris prisonnier, ce qui lui causa sa perte, d'autant qu'après avoir secouru le comte, il fut pris lui-même, abandonné des Savoyards et mené prisonnier au château de Saint- Valier, d'où pour sortir, même avec beaucoup de peine et à la prière du roi qui s'était entremis pour sa délivrance, il lui fallut quitter, pour sa rançon, ses châteaux de Miribel, Saint-Christophe et Meximieux, au dauphin, par traité du 24 novembre 1327, ce fut tout le fruit qu'il retira de cette guerre que la perte de ses places qui demeurèrent toujours depuis au dauphin, jusqu'à ce que, par l'échange qui fut fait entre le dauphin Charles V, depuis roi de France, et le comte Vert de Savoie, ces terres enclavées dans la Bresse furent adjugées au comte de Savoie et, depuis, par l'échange de la Bresse avec le marquisat de Saluces, au roi, sans que les seigneurs de Beaujeu y aient jamais depuis prétendu.
VIL — Quelque temps après, Edouard sentant reprocher sa cou-
science de ce que son cousin avait ainsi perdu ses places à son secours, crut devoir le dédommager de sa perte et, à cet effet, ayant quelques terres sur la frontière de Bresse, voisines de la Franche-Comté, savoir Buenc et Coligny-le-Neuf qui lui étaient fort à charge, à cause des démêlés qu'il fallait avoir continuellement avec les officiers du duc de Bourgogne, il crut en faire un grand présent à Edouard Ier, fils de Guichard, et les lui bailla sous la prestation de la foi et hommage, et, en augmentation de fief, il lui promit encore 40.000 livres, étant bien aise d'avoir un tel homme-lige que le seigneur de Beaujeu qui appartenait et de parenté et d'alliance aux plus grandes maisons de France, de Flandres et de Savoie; et c'est où se connaît l'injustice de ce prince, cela soit dit avec respect, en ce que le sire de Beaujeu se met en campagne pour lui et est pris prisonnier pour le défendre, et, au lieu que le comte de Savoie le devait racheter, il fallut qu'il payât de ses places qu'il tenait en franc-alleu et indépendantes d'aucune puissance supérieure, pour l'indemnité desquelles le comte lui donne deux terres incommodes et à charge et encore sujettes à hommages que jamais seigneur de Beaujeu n'avait prêté, et à quoi il n'était aucunement tenu avant la perte de ses places; mais force et nécessité furent au seigneur de Beaujeu d'en passer par là, à moins que de tout perdre, d'autant que le fort emporte toujours le faible.
VIII. — On n'avait jamais parlé ni demandé aucun hommage des terres de Dombes, car, comme j'ai dit, les seigneurs de Baugé étaient trop petits compagnons pour cela, et les comtes de Savoie, avant l'acquisition de la Bresse, ne songeaient pas à passer le Rhône et avaient plus à faire à maintenir les peuples de leurs montagnes dans la sujétion et obéissance qu'à entreprendre sur leurs confrères; mais, depuis qu'ils eurent eu le Piémont et qu'Ame II du nom, comte de Savoie, eut agrandi ses états de quelques terres du Bugey, par la donation que lui en fît l'empereur Henri IV, l'an 1137, et de celles de Baugé et de Bresse comme j'ai dit et delà en après Arné VI, dit le comte Vert, neveu du susdit Edouard, eut acquis, l'an 1365, de l'empereur Charles IV, le vicariat de l'Empire sur les évêchés de Lyon, de Lausanne, de Genève, d'Aoste, d'Yvrée, de Turin, de Maurienne, de Tarentaise et de Belley sur le comté de Savoie, archevêché de Lyon, et
sur les évêchés de Mâcon et de Grenoble en ce qui dépendait du royaume de Bourgogne, par lettres patentes données à Chambéry, au mois de mai de la même année 1365, il voulut s'en prévaloir sur ses voisins, et, pour lors, il prétendit l'hommage sur la terre de Villars et ses dépendances que les seigneurs de Beau jeu et ensuite de Bourbon avaient acquises et comprises sous le nom de Dombes, et ce à cause de la faiblesse d'Edouard, dernier seigneur de Beaujeu, qui avait des affaires de tous côtés contre ses parents qui lui disputaient son héritage; contre le duc de Bourgogne, au sujet de Coligny ; contre ses sujets de Villefranche qui lui intentèrent un méchant procès au parlement de Paris, dont le comte de Savoie se prévalant commença de l'inquiéter, joint à cela que sa parenté commençait à s'éteindre. Mais, nonobstant toutes ses disgrâces, Edouard, qui n'avait pas le cœur lâche, se roidit comme la palme qui s'élève d'autant plus qu'on la veut abattre, et ne voulut jamais ouïr parler d'hommage, et il fallut en venir à la guerre, pour laquelle apaiser les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s'entremirent. Le duc de Bourbon ayant acquis le Beaujolais, tant deçà que delà la Saône, du susdit Edouard, dernier seigneur de Beaujeu, et encore les châteaux et villes de Trévoux, d'Ambérieu et du Châtelart d'Humbert, sire de Thoire et de Villars, Amé VIII, duc de Savoie, en eut un tel déplaisir que, se prévalant des désordres qui survinrent en France entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne, et de la prison de Jean, duc de Bourbon, en Angleterre, pris à la journée d'Azincourt, il entra hostilement en Dombes, s'en fit reconnaître souverain par plusieurs gentilshommes qui lui firent hommage, fit ensuite piller Trévoux par le seigneur de Varembon ; mais, après que les choses eurent été rétablies et que la paix d'Arras eut redonné le repos et le calme à la France, il fallut chanter d'un autre air l, désavouer la prise de Trévoux et en réparer les dommages, et quoique pendant toutes ses brailleries Philippe de Bourbon, fils de Charles, eût fait hommage au duc de Savoie à Chambéry, cet hommage, mal demandé et plus mal accordé, s'en est allé en fumée et il ne s'en est jamais parlé depuis.