CHAPITRE VIII
de l'état ecclésiastique du pays de beaujolais
La province de Beaujolais, pour être de petite étendue, n'est pas si peu considérable qu'elle ne contienne cent vingt et six paroisses assises dans les diocèses de Lyon, Autun et Mâcon ; elle est encore recommandable par deux vénérables chapitres qui sont l'un à Beaujeu et l'autre à Aigueperse, et par deux abbayes royales, de Belleville, chanoines réguliers de Saint-Augustin, etdejoux, abbaye de Saint-Benoît; et encore par un prieuré de douze damoiselles nobles, prébendées, à Sales, dépendantes de Clugny, du même ordre, gouvernées par un prieur, un sacristain et un aumônier, religieux de ladite abbaye, sans oublier un prieuré de l'ordre de Grandmont, dans la paroisse de Blacé, et un prieuré de moines de Saint-Benoît, au bourg de Thizy, tous lesquels ont été fondés par la munificence ï des princes et seigneurs de Beaujeu.
Le premier couvent de Tordre de Saint-François, deçà les monts, établi à Pouilly-le-Châtel par un desdits seigneurs, du temps que vivait ce saint patriarche, ne donne pas peu de lustre à Villefranche, capitale de la province, où il fut transféré de Pouilly, sept ans après son établissement dans cette province, laquelle a eu cet honneur et cet avantage sur toutes les provinces du royaume, d'avoir les premiers compagnons de saint François. Il y a encore dans ladite ville un fort beau couvent des capucins et deux couvents de religieuses, l'un des Ursulines, et l'autre de la Visitation de Sainte-Marie, l'un des plus beaux couvents qui soient en France. Il y a encore un assez joli couvent du tiers-ordre à Beaujeu . Il y avait autrefois des moines de Clugny, au doyenné de Limans et à
ï. L, T, C, B, V : magnificence.
Hist. du Beaujolais. 5
Arpayé, dans la paroisse de Fleurie, comme aussi des Templiers à Belleville ', mais leur maison et commanderie a été ruinée, comme beaucoup d'autres, dans les derniers troubles survenus pour la religion.
Si quelqu'un se croit 2 scandalisé de ce que j'ai mis ce chapitre après avoir traité de l'état politique du pays, je lui dirai que, dans l'ordre de la création du monde, l'homme a été premièrement fait qu'il n'a appris à révérer Dieu 3 ; que les hommes n'ont reçu que bien tard les lois des sacrifices, que c'est le glaive du prince qui fait obéir ses sujets à l'observance des commandements de la religion, ce qui paraît en plusieurs endroits du Lévitique où Moïse, prince temporel, marche devant son frère aîné Aaron qui avait la souveraine sacrification, et, lorsque Dieu leur parle, Moïse use de ces mots : Locutus est Dominus ad Moysen et Aaron dicens; et, en plusieurs endroits du deutéronome, il est dit que Dieu, parlant à Moïse, lui ordonnait de prescrire, à son frère Aaron, l'ordre qu'il avait à tenir dans la conduite des sacrifices et des cérémonies de la religion. En un mot, c'est l'épée du prince qui maintient la religion dans son état, qui nomme aux prélatures, et qui connaît des abus qui s'y forment.
i. C : La maison, les fonds et rentes dépendant des Templiers à Belleville ont été réunis à l'ordre de Malte qui en jouit actuellement. — 2. L, T, C, B, V : trouve. — 3. L, T, C, B, V : l'homme a été fait avant que d'avoir appris à révérer Dieu.