Hist. de Vil. : de m'accorder
3. L, T, C, B, J, V : 11 59. Le ms. C porte ici en marge : « Na Louis XI, roi de France, a mis un siège devant la ville de Villefranche contre le duc de Bourbon, baron du Beaujollois, suivant le témoignage de l'histoire. Voici comment s'explique à cet égard l'auteur de YHisloire universelle, tome 82, liv. 24, ch. 2, et moderne, 83, 1. 2, p. 381 ; Hist. de Savoye, éd., in-12, 1775, 1. 2 : « Louis XI, dit cet historien, très irrité contre Jean duc de Bourbon, baron de Beaujolais, l'un des principaux chefs de la ligue du Bien Public et prêt à lui faire la guerre, priait Amé IX, dit le bienheureux, duc de Savoie, de foire des hostilités sur les possessions du duc de Bourbon, en Dombes et dans le Beaujolais; le duc de Bourgogne, au contraire, qui vivait aussi mal avec le roi et qui était dans les intérêts du duc de Bourbon faisait solliciter Amé de rester neutre dans la guerre que le duc de Bourbon se préparait à soutenir contre Louis XI. Ces demandes jetèrent le duc de Savoie dans la plus grande irrésolution et il était
L'acte des privilèges de ladite ville fait foi que ce fut lui, mais de savoir quand et en quel temps, c'est ce que je ne puis deviner. Que le couvent des Cordeliers n'ait été établi au lieu où il est auparavant que la ville fût ceinte de murailles, je le pourrais croire vu qu'ils y furent emmenés du château de Pouilly-le-Chastel en celui que l'on appelait pour lors Minoret ou qui peut-être en prit le nom de ces pères qui s'appelaient mineurs, en l'an 12 16, qui n'était pas alors fermé de murailles, soit, comme il est croyable, que la ville ne s'étendait pas encore si avant et qu'il n'y eut en cet endroit-là que quelques bâtiments, mas, masages ou villages là auprès, qui donnèrent occasion au seigneur de Beaujeu de faire clore ce couvent, et de porter l plus avant l'étendue de cette ville-là, que l'on dit avoir été bâtie en son commencement auprès et aux environs d'une tour qui est à la porte d'Anse, où était établi le bureau du péage et traite foraine du grand chemin de Bourgogne à Lyon2, car je vois dans les vieilles cartes de l'ancienne Gaule, chez les sieurs Sanson et le père Monet, Lunna, au lieu où est aujourd'hui Villefranche, contre le sentiment de Josias 3 Sin-
d'autant plus embarrassé dans le parti qu'il avait à prendre qu'il ne voulait ni offenser le roi de France, son beau-frère, en s'unissant avec ses ennemis, ni se brouiller avec le duc de Bourbon, son parent, ni mécontenter le duc de Bourgogne, par égard pour les alliances qu'il y avait entre les maisons de Savoie et de Bourgogne. Amé, duc de Savoie, préférant les intérêts de son beau-frère à toute autre considération, se déclara pour lui et donna passage par ses états aux troupes que Galéas Sforce, comte de Pavie, fils du duc de Milan, conduisait au roi de France. Peu de temps après, il permit à plusieurs des principaux seigneurs de sa cour d'aller seconder les opérations de ce monarque occupé alors au siège de Villefranche en Beaujolais. Ils se conduisirent avec tant de valeur pendant ce siège, que le duc de Bourbon, sentant la supériorité du souverain qu'il avait attaqué, demanda la paix et l'obtint à des conditions beaucoup plus avantageuses qu'il n'eut osé l'espérer. La noblesse de Savoie continua de servir sous les drapeaux de Louis XI et elle se signala avec tant d'éclat dans la mémorable journée de Montlhéry, contre Charles de Bourgogne, que Louis XI dit hautement que c'était à elle en partie qu'il était redevable du gain de la bataille. » Voy. aussi Paradin, Chron. de Savoie. On dit que cette victoire n'est rien moins que certaine, puisque le champ de bataille resta à Charles de Bourgogne, c'est la remarque de l'auteur de Y Histoire universelle, tome moderne 42, liv. 24, ch. 2, p. 383.
1. L : sortir ; T, C, V : et faire sortir; B : faire porter. — 2. Du grand chemin de Bourgogne à Lyon, ne se trouve pas dans YHist. de Vil. — 3 . Lire Jodocus, Just Zinzerling.
cerus qui veut que Lunna soit Belleville1. L'ancienne paroisse de la Magdelaine qui était hors et proche ladite porte, où est encore le grand cimetière de la ville, fait assez connaître que les premiers fondements de ladite ville furent jetés en cet endroit-là. Pourrait bien être que le voisinage du doyenné de Limans ou Limas, célèbre en ce temps-là par la résidence de plusieurs bons et saints religieux de l'ordre de Cluny, dans la paroisse duquel une partie de cette ville est bâtie, aurait donné occasion de la nommer ainsi, devant qu'elle fût appelée Villefranche, ou plutôt que ce peu de bâtiments qui étaient aux environs de cette tour, faisant partie de ladite paroisse de Limans, en portèrent le nom qui, depuis, avait été corrompu de Lunna en Lima ou Limans, comme l'on voit en plusieurs provinces et villes, esquelles le dialecte et la prononciation d'une lettre semblable ou approchante a fait changement du nom et, ce qui appuie encore la vérité de ce que j'avance, que la ville ne s'étendait guère plus avant, et qu'elle ne venait jusqu'au marais, où depuis a été bâtie l'église Notre-Dame. Il y avait une porte qu'on appelait de Liergues, qui est bouchée, visà-vis d'une rue2 qui prend depuis la maison de M. de la Chartonnière.
Et comme ce passage était le grand chemin de Lyon à Paris par la Bourgogne, Humbert III fut bien aise d'en faire une ville, et inviter les voisins à y venir bâtir et s'y habituer par des beaux et amples privilèges, qu'il leur donna, ne les contraignant à aucune chose, et l'appela pour ce sujet Villefranche, ce que ses successeurs continuant, se lièrent si fortement les mains de leur pure volonté, qu'ils rendirent les habitants de cette ville-là tellement libres et fiers qu'avec 3 le temps qu'ils eurent assez de hardiesse de vouloir arrêter un jour leur prince Edouard qui ne voulait pas leur accorder la franchise des péages de la Marche et de Chavanieu, en sorte qu'ils le poursuivirent jusqu'à Bellegarde, lui intentèrent mille procès au parlement de Paris et furent enfin cause de la perte de ses états.
Revenons à Villefranche 4 ; elle est située dans le territoire 5 de quatre paroisses voisines : Béligny, Ougly, Glaizé et Limans, qui aboutissent aux quatre portes de la ville : celle de Béligny, à la porte de
i. Contre le sentiment de Josias Sincerus qui veut que Lunna soit Belleville, ne se trouve pas dans YHist. de Vil. — 2. Hist. de Vil. : vis à vis d'une porte. — 3. Hist. de Vil. : fiers avec le temps. — 4. B : Francheville. — 5. T, C, B, J, V : terroir.
Fayette ; celle d'Ougly, à la porte de Belleville ; celle de Glaizé, à la porte des Frères, et celle de Limans, à la porte d'Anse, et je crois que c'est de là que la paroisse de Villefranche va en procession une fois l'année à chacune de ces quatre paroisses, savoir : à Glaizé, le jour de Saint-Marc ; à Béligny, le premier jour des rogations ; à Ougly, le second jour, et à Limans, le dernier jour; en sorte que le curé de Villefranche n'a que l'enceinte de ses murailles, et son cimetière hors de la porte d'Anse, au lieu où était autrefois l'église paroissiale de la Madelaine, car les religieuses de la Visitation qui sont à la porte des Frères, sont dans la paroisse de Glaizé ; il est vrai que, comme l'enclos de leurs murailles est uni à celles de la ville et qu'elles ont enfermé de part et d'autre les fossés de ladite ville, elles ont été depuis adjugées par Mr l'archevêque à la cure de Villefranche, et le curé y va recevoir à profession les filles religieuses. Les capucins qui sont à la porte de Belleville, sont dans la paroisse d'Ougly, mais, comme cette paroisse ne les a pas fait venir ni ne les peut entretenir x, et que c'est la ville qui les a fondés et qu'ils y font leurs quêtes, ils sont censés être de Villefranche et assistent à toutes les processions générales qui s'y font. L'hôpital des pestiférés, quoique appartenant à Villefranche, est dans la paroisse de Béligny, aussi bien que celui de Roncevaux dans la paroisse d'Ougly, et celui des ladres dans la paroisse de Limans.
Cette ville est dans une très belle situation, entre Lyon au midi, et Mâcon au septentrion ; bâtie à la façon d'une croix potencée des armes de Jérusalem, plus longue que large, et je puis dire que si sa largeur égalait sa longueur ce serait une des plus 2 belles villes de France ; il est vrai que, dans cette grande rue, il y a plusieurs aitres et forgets, piles et halles, de pierre et de bois, qui nuisent et sont assez préjudiciables à l'embellissement de la ville, comme aussi les bancs empêchant l'aller et le traverser de ladite ville 3, toutes lesquelles piles, Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, par ses lettres patentes données à Montbrison, le 10 mars, en 1468, avait commandé d'abattre, mais elles ne laissent pas de subsister4.
1. Ni ne les peut entretenir, ne se trouve pas dans YHist. de Vil. — 2. Hist. de Vil. : une des belles villes. — 3. L'Hist. de Vil. ajoute : pareillement les aiguerons, conduits de retraits et latrines qui causent grande infection. — 4. UHist. de Vil. ajoute : Et ce qui est encore moins supportable [ce] sont les pourceaux qu'on entretient dans la ville contre les ordonnances et quoique, en l'an 1614 et le 14 juillet, il
Elle a, comme j'ai dit, quatre portes, dont la première, qu'on rencontre en venant de Mâcon, s'appelle porte de Belleville, vis-à-vis de laquelle, et dans une belle et grande distance, est celle d'où l'on va à Anse et qui en porte le nom; à travers de la ville sont les deux autres portes qui font, comme j'ai dit, la croix ; celle qui mène à Riotiers et à la rivière de Saône s'appelle de Fayette, et la dernière, qui lui est opposée, s'appelle la porte des Frères, à cause des Cordeliers qui sont là proche.
Papirius Masson dit que cette ville contient une rue si grande, si large et si spacieuse, qu'il ne s'en peut pas voir de plus belles dans tout le royaume, ce qui fait que sa situation présente 1 la vraie forme d'un navire ; tout ce qui est depuis la porte de Belleville, jusqu'au logis où pend pour enseigne la Coupe, beau et bon logis, et le bureau de la poste, représente la poupe en descendant vers les arches de la Pescherie, et l'autre branche de la rivière, jusqu'à l'Hôtel de Ville, c'est le milieu ou les bancs, d'où, jusqu'à la porte d'Anse, semble être véritablement la proue et bec du navire.
Elle est assise en un terroir des plus plantureux 2 et des plus fertiles de France, dans l'étendue de deux mille pas vers Anse, ancienne ville et privilégiée d'où est émané le proverbe : entre Villefranche et Anse est la meilleure lieue de France; non en longueur de chemin, mais en bonté de terroir, car tout au-dessus des collines qui côtoient ledit chemin du couchant sont les bois tant de haute futaie que de taillis et de châtaigniers [lesdites collines], remplies de vignes qui produisent abondamment ; au bas des vignes sont les terres labourables, grandement fertiles en blés, parmi lesquelles il y a force noyers, d'où l'on tire une grande quantité d'huile et, de plus, s'y trouvent des beaux vergers, remplis de bons arbres fruitiers, puis de belles prairies abondantes en foin, au bout desquelles est la rivière de Saône.
La rivière de Mourgon la traverse en deux branches, dont l'une entre par la muraille des Cordeliers et sert pour abreuver le bétail et
y ait eu une sentence rendue en jugement par monsieur le lieutenant général, à la requête du procureur du roi, enjoignant à tous détenteurs et propriétaires, de les retirer à peine de confiscation desdits animaux, cela ne s'observe pas et rend toujours la ville plus malpropre. (Fol. 68 du ?e vol. des enregistrements.) — 1. Hist. de Vil. : représente. — 2. Hist. de Vil. : elle est en un terroir.
nettoyer les boucheries; en l'autre bras, au milieu de la rue, sont es
arches et beaux réservoirs de poissons pour en tenir et y en trouver en tout temps. L'enceinte de ces deux canaux n'était autrefois que des étangs ou marais, depuis le château Minoret, où est le couvent des Cordeliers, jusqu'aux moulins de la porte • Fayette, au milieu desquels étangs fut bâtie une chapelle à Notre-Dame, au sujet qu'on tient par tradition que les pâtres et bergers y menant paître leurs bœufs virent un jour ces animaux se courber et se 2 prosterner contre terre ; eux, surpris d'étonnement d'un tel accident et croyant que quelques herbes venimeuses ont fait ainsi tomber leurs bœufs, y accoururent pour en savoir l'occasion et, cherchant parmi les joncs et roseaux, ils découvrirent une image de Notre-Dame qui rendait ainsi leurs bœufs immobiles, dont ils coururent ainsi avertir les magistrats, qui vinrent sur le lieu s'enquérir du fait, et firent enlever cette image et la porter processionnellement à la paroisse de la Madelaine, hors les murs de la ville. Mais encore on fut plus étonné lorsque, le lendemain, on la retrouva au même lieu, entre les joncs et non dans l'église, ce qui occasionna les habitants d'y bâtir une chapelle, sous le nom de Notre-Dame-des-Marests, où depuis fut transférée l'église paroissiale, ensuite de ce, la ville commença à s'agrandir et s'étendre au delà de cette rivière, du côté de la porte de Belleville.
IL L'église paroissiale. — Cette église est une des plus 5 industrieusement voûtées qui soit peut-être en France, car chaque clef de voûte est d'une particulière sculpture, fort longue et artistement travaillée ; les portails 4 faits avec une riche architecture de figures et feuillages tout en relief, pour la fabrique desquels 5 Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, étant à Moulins, le 4 février 1499, donna 1.200 livres aux habitants pour être employées au bâtiment du portail de ladite église, qui était une grande somme en ce temps-là que les ouvriers travaillaient pour six deniers le jour, comme j'ai vu dans les comptes de ce portail 6, et l'on y voit encore l'ancienne et illustre devise de la maison
1. Hist. de Vil. : porte de Fayette. — 2. Hist. de Vil. : et prosterner contre terre. — 3. J : une des plus belles industrieusement. — 4. Hist. de Vil. : portaux. — 5. Hist. de Vil. : monseigneur Pierre de Bourbon. — 6. L'Hist. de Vil. ajoute : qui ayant été gâté par les hérétiques, l'an 1562, a été réparé par les soins des sieurs Dephe-
de Bourbon en plusieurs endroits, Espérance, avec plusieurs chardons et un chiffre entrelacé d'un P, d'une S et d'un A, qui signifient Pierre de Bourbon, Susanne de Bourbon et Anne de France. Et un de mes amis assez curieux dans l'histoire, m'a assuré d'avoir vu, dans I l'église des pères carmes de Moulins, en Bourbonnais, la même devise que dessus. Il y a, dans cette église, 3 1 autels et une société de six prêtres avec le curé qui tient pour deux places ; on travaille à y ériger un chapitre, au moyen de l'uniou de l'abbaye de Joug-Dieu 2 qui s'en va ruinée. Jean de Bourbon ? donna, l'an 1475, à ladite société, certaine somme pour l'aumône appelée la Charité, accoutumée à être faite à Villefranche, baillée aux prêtres de la société dudit lieu, et pour laquelle ils sont tenus de dire, à haute voix, chacun jour, vêpres et complies. Les vêpres se disent mais non pas les complies, pas même le jour de Pâques, on y dit aussi matines, mais non pas les laudes ; on ne manque jamais, après prime dite, de dire une grande messe, à diacre et sousdiacre, tous les jours de l'année, suivant la fondation qui en a été faite par feu le sieur 4 Deschamps, élu en Beaujolais, suivant l'inscription qui est au chœur de la même église, fol. 158 du 3e vol. des enregistrements.
La cure est de la collation du prieur de Salles et s Grelonges, et chaque nouveau curé doit, au seigneur de Beaujeu, dix livres viennoises, pour raison d'une chambre et grange, ce qui fut accordé par Aimard, arche-
lines, de la Chartonnière et Claude Laurens dans le temps de leur échevinage, es années 1654 et 55. — 1. Hist. de Vil. : dans le chœur de l'église. — 2. Hist. de Vil. : Jourdieu. — Le ms. C ajoute en note : « Cette union a été faite, et le 29 avril 1741, il intervint arrêt du parlement de Paris, à cette date, qui ordonne que les canonicats du chapitre de Villefranche seront conférés par préférence aux enfants nés ou originaires de la ville. Il est imprimé. Il fut obtenu par les soins de M. Janson du Rofray, lieutenant particulier et maire de la ville, qui fut député à Paris à ce sujet. Le chapitre est composé de trois dignités, le doyen, le chantre et le sacristain curé et d'onze chanoines. Le doyen est à la nomination du roi, le chantre de celle de M. l'archevêque de Lyon et le curé-sacristain de celle de M. le prieur de Salle. Le chapitre nomme aux canonicats vacants, mais il doit nommer par préférence les enfants natifs ou originaires de la ville. C'est une des conditions sous lesquelles les habitants consentirent à l'érection du chapitre en 1691 et ce droit leur a été confirmé par arrêt du parlement de Paris des 29 avril et 18 décembre 1741. » — 3. Hist. de Vil. : monseigneur Jean de Bourbon. — 4. Hist de Vil. : monsieur Jean de Bourbon. — 5. Hist. de Vil. : Sales Grelonges.
vêque de Lyon, au mois de février, l'an 1278 r. L. A. du trésor, f° 27 verso.
Il y a, dans cette église, quatre chapelles prébendées, de la fondation des princes et seigneurs de Beaujeu et de Bourbon, entre autres une de la fondation d'Antoine, sire de Beaujeu, sous le vocable et invocation de saint Jacques le Majeur et de saint Antoine, confirmée par Charles de Bourbon 2, l'an 1447, comme il se voit au trésor, au volume des enregistrements et sur les 16e, 17e, 18e feuillets est la clause du testament de cette fondation avec les articles concernant les règlements et les charges des prébendiers de ladite chapelle, au volume des enregistrements, coté au numéro II, en l'inventaire de l'an 1609, liasse II, fol. 1 5 .
Il y a encore une fondation faite par Jean Gayand, marchand de Villefranche, d'une chapelle en ladite église, à l'honneur de la glorieuse Vierge Marie, de saint Jean l'Evangéliste et de sainte Marie-Magdelaine, pour laquelle il ordonna deux prébendiers qui célébraient ladite messe, l'un après l'autre, le Ier janvier 1473.
Autrefois, les curés sociétaires et autres prêtres qui avaient maison à Villefranche étaient obligés aux réparations de ladite ville, comme il appert des lettres du roi Charles VIII, données à Montargis le 5 janvier 1484, adressées 3 au bailli de Mâcon et sénéchal de Lyon, pour les y faire contraindre, depuis ce temps-là 45 le vendredi 8 avril, qu'on comptait 1485, ils firent un accord avec les échevins de la ville, touchant la réparation des murailles et fortifications de ladite ville, par lequel accord fut dit et arrêté que lesdits curés et sociétaires seraient tenus, dorénavant, de réparer, fortifier, munir et garnir d'artillerie quand besoin serait, entretenir de couverture la tour carrée, dite communément la tour des prêtres, à leurs propres coûts et dépens, et encore de maintenir les murailles, depuis ladite tour des prêtres, jusqu'à la tour ronde, autrement dite la tour de Jean Gayand, du côté de vent, tant en longueur qu'en hauteur et à proportion des autres murailles; ce qui fut confirmé et approuvé le 21 mai suivant, par Me Antoine Bertrand, chanoine et sacristain de Saint-Paul, vicaire général du seigneur cardinal archevêque de Lyon.
L'an 141 5 et le 25 février, il y eut accord entre le curé et les habi-
1. Hist. de Vil. : 1279. — 2. Hist. de Vil. : monseigneur Charles de Bourbon. — 3. Hist. de Vil. : adressantes. — 4. Hist. de Vil. : et le vendredi.
tants pour les droits de sépultures et mariages, portant que les plus riches et du plus haut état payeraient pour tout droit de sépulture quatre livres; ceux du second état, quarante sols; ceux du tiers état, vingt sols, et ceux du quatrième état, dix sols; les moindres faisant chef d'hôtel payeraient pour les mêmes droits cinq sols tournois et, pour les enfants qui mourraient l en pupillarité, douze deniers tournois, et pour ceux qui mourraient en âge de puberté, et delà en avant s'ils n'étaient chefs d'hôtel, c'est à savoir du plus grand état, cinq sols tournois ; du second état, trois sols, et des autres états, deux sols tournois et, au cas qu'aucun chef d'hôtel laissa deux ou trois héritiers ou plus, que ces héritiers demeurant ensemble, payeraient chacun la moitié de la sépulture, au regard de l'état duquel ils seraient. Item, pour bénédictions nuptiales, le mari du plus grand et plus riche état payerait, pour soi et sa femme, vingt sols tournois ; pour le second état, quinze; pour le tiers état, dix; pour le quatrième, cinq; pour le moindre état, trois sols tournois, et 2 ledit curé laisserait emporter tous draps et couvertures et autres choses qu'on aurait apportées sur le corps des sépultures et épousailles, et ne retiendrait que les chandeliers \ Quelque temps après, le curé qui avait succédé à ce précédent, ne voulant acquiescer à cet accord, refusa d'enterrer les morts, sur quoi plainte étant donnée 4 au roi et à sa s cour, il y eut lettre patente de Louis XI, donnée à Paris, le 16 janvier 1474, adressante au bailli de Mâcon et sénéchal de Lyon, de saisir le temporel dudit curé qui refusait d'enterrer les morts et de commettre, en sa place, d'autres prêtres pour cet effet et, encore de plus, il y eut d'autres lettres du même roi, du 4 d'août ensuivant, aux châtelains de Charlieu, Saint-Symphorien-le-Chastel, Pouilly-le-Monial, prévôt de Mâcon, pour cet effet, ensuite d'une condamnation dudit curé, par un commissaire royal, envoyé 6 sur le lieu ladite année. Quelque temps auparavant, Jean Galéas, duc de Milan, avait fait ? enterrer un prêtre tout vif qui avait refusé d'enterrer un pauvre.
Joignant l'église, il y a un petit cimetière fermé qui était autrefois
1. Hist. de Vil. : vivraient. — 2. Hist. de Vil. : et laisserait ledit curé. — 3. Hist. de Vil. : chandèles. — 4. Hist. de Vil., L, C, J, V : portée. — 5. Hist. de Vil. : à la cour. — 6. Hist. de Vil. : par un commissaire royal sur le lieu. — 7. Hist. de Vil. : fit enterrer.
une place appartenant à M. ' Corsin, sur quoi le curé lui fit procès, disant qu'elle appartenait à son église, en largeur de huit pieds d'hommes, pour y bâtir des chapelles pour la décoration de ladite église et aussi d'y faire procession avec ses paroissiens, ledit Corsin y avait fait planter des arbres et des souches de vigne, et apposer les panonceaux du roi, en vertu d'une sauvegarde émanée de la cour de Saint-Just de Lyon, par un sergent royal, assurant qu'elle était à lui et qu'il avait droit de la fermer devant et derrière, hormis les jours de procession ; sur quoi il y eut un compromis d'arbitres entre lesdites parties, le 20 janvier 1433, par la sentence desquels il fut dit que la place, en toute sa longueur et autant de largeur que s'étend la chapelle bâtie par feu Jean Michaud, de l'autre côté de ladite église, et du côté de la maison de Philippe de Ranceys, appartiendrait à l'église pour y bâtir des chapelles dans toute son étendue, jusqu'aux limites et bornes de pierre qui y seraient apposées, et que ce qui resterait desdites limites appartiendrait audit Corsin et aux siens, sans que jamais le curé ni ses successeurs l'en pussent quereller, inquiéter ou troubler ni prétendre autre chose que le passage des processions accoutumées.
Sur la requête présentée à son A. R. 2 Pierre, duc de Bourbonnais et baron de Beaujolais, par les échevins, qu'ils faisaient faire presque à neuf l'église paroissiale de ladite ville, qui est fort somptueuse et de grande entreprise, où ils avaient fait et convenait faire encore de grands frais et dépens pour parachever ce qu'ils avaient délibéré de faire, et pour la multitude des habitants il était nécessaire de l'accroître et y faire un cloître ; ils avaient acheté une maison et banc touchant ladite église 3, près ladite maison, là où lesdits habitants voulaient faire le cloître de ladite église, et comme ladite maison et place de banc devant ladite église étaient de la censive de M. le Duc4, de sept sols six deniers vien-
1. Hist.de Vil. : au sieur. — 2. Hist. de Vil. : son A. R. monseigneur Pierre. — 3. L, T, C, B, J : acheté une maison joignant ladite église qui était d'Antoine Massuyer et aussi une place de banc devant ladite église, près ladite maison où les habitants voulaient faire le clocher de ladite église et comme ladite maison et banc étaient de la censive de M. le duc. — V : acheté une maison qui était d'Antoine
Massuyer joignant ladite église et aussi une place de banc devant ladite église Le
reste conforme aux mss. L, T, C, B, J. — 4. Hist. de Vil. : Ils avaient acheté une maison touchant ladite église qui était à Antoine Mazuyer et aussi une place de banc devant ladite église, puis ladite maison, là où lesdits habitants voulaient faire le clo-
nois par an et qu'ils devaient vingt-cinq livres de lods pour l'achat de ladite maison, S. A. leur donna ladite somme et amortit, à perpétuité, ladite censive et directe par ses lettres données à Villefranche, le 24 mars 1499 l avant Pcâques.
L'an 15 18, l'aiguille du clocher fut faite la plus belle de France : elle était d'une hauteur excessive, octangulaire, couverte 2 de fines ardoises façonnées en écaille de poisson, les angles garnis de grandes plaques de plomb, d'où étaient tirés force chardons avec leurs tiges feuillées et fleurs de même étoffe que le tout, doré et azuré ; ladite aiguille avait trois galeries qui l'entouraient 3 l'une sur l'autre en compétente distance. L'an 1566, elle fut entièrement brûlée et les cloches fondues sans qu'on ait su si c'était par cas fortuit ou par la malice du maître ouvrier, huguenot, qui l'avait recouverte de nouveau, qui fut brûlé au mois d'octobre suivant, au-devant de ladite église, par sentence des officiers du bailliage, à cause de son hérésie, à ce que dit le père Fodéré, mais disant 4 avoir entendu de leurs prédécesseurs qu'il en était innocent, qu'ayant préparé et mis fondre son plomb et autres ingrédients nécessaires à la fondure, il descendit du clocher pour aller dîner, qu'ensuite il fut arrêté par quelqu'un 5 assez longtemps, sans qu'il se souvînt de sa chaudière qui bouillait, qu'étant monté pour travailler, il vit ses chaudières tout en feu qui commençaient à prendre partout, et, voyant qu'il ne pouvait mettre aucun ordre, il descendit au plus vite et, sans aller à son logis, il se sauva tout étonné. Le peuple voyant le feu gagner la cime du clocher crut qu'il s'y était enveloppé luimême, mais dès qu'on eut appris qu'il se sauvait, on courut après lui et on l'attrapa à Liergues, d'où étant emmené à la ville, il y fut brûlé par la fureur du peuple, au-devant de l'église, sans autre forme de procès ; pourrait bien être que dans la suite 6 on lui fit son procès pour raison de son hérésie, pour prétexter et excuser la fureur d'une popu-
cher de ladite église, et comme ladite maison et banc étaient de la censive de monseigneur le Duc... — 1. J : 1409. — 2. Hist. de Vil. : octangulaire, de fine ardoise. — 3. L, T, C, B : s'entr'ouvaient ; V porte : ladite galerie avait trois aiguilles qui s'entr'ouvraient l'une sur l'autre en compétente distance. — 4. L, T, C, B, J, V : mais ils disent. Hist. de Vil. : mais il y en a qui disent. — 5. L, T, C, B, J, V : qui l'entretint. Hist, de Vil. : qui entretint. — 6. B, J : être qu'ensuite; V : être qu'on le lui fit après pour raison.
Lice mutinée. Depuis ce temps-là, on avait résolu de refaire une autre aiguille d'une moindre grandeur, mais ce dessein n'a pas eu son effet.
Comme j'étais après l'impression de ce discours, une personne de mérite et de considération de Villefranche ' me fit part du discours qui suit qu'il avait en manuscrit du sieur Claude Favre, jadis procureur et secrétaire de la ville, qui avait réduit par chronique tout ce qui était arrivé de son temps, savoir : le vendredi 23 août 1566, advint un grand malheur a Villefranche, un Normand huguenot, natif de Rouen, demeurant à Roanne, avec l'intelligence d'aucuns serruriers étrangers, demeurant en cette dite ville, par malheureuse conspiration et délibération brûlèrent le grand clocher de cette ville, autant magnifique qu'il y en eût en l'Europe. Il y avait trente-deux mille huit cents livres de plomb qui ne coûtaient que cinq à six deniers 2 la livre ; il fut brûlé par feu artificiel et tombé en demi-heure, sans tomber sur aucune maison et, miraculeusement le faut estimer à la grandeur qu'il avait, fit bien peu de mal, tomba à trois fois, et le plus fort du côté de la porte d'Anse, en la grande rue, sur la Calade, je le vis tomber (dit l'auteur), aussi firent mes enfants, François et Mathieu. Ce malheureux fut pris près de Roche s'enfuyant et dit en le prenant ces mots : qu'il était bien malheureux, et qu'il était cause d'un grand mal et qu'il était mort. Il fut condamné à être brûlé, ce qui fut au-devant ledit clocher, quinze jours après.
Madame Louise de Savoie, mère du roi François Ier, par ses lettres données a Saint-Germain le 5 février 1526, avait donné 3, pour six ans, aux habitants de Villefranche, la moitié des lods et ventes pour être employée aux réparations de l'église et clocher. Madame Anne de France en avait fait autant quelque temps auparavant; mais ladite dame Louise augmenta la charité par l'entier délaissement de tous les lods et ventes pour ladite église et pour le terme de six ans, par 4 autres lettres données a Saint-Germain, le 5 février 1527, et le roi François Ier, par ses lettres données à Lyon, le 11 décembre 1533, leur fit la même grâce, pour six ans, de la moitié desdits lods et ventes, pour être employée a ladite réparation.
1. L'Hist. de Vil. ajoute : qui est M. François Damiron, procureur et notaire royal qui a été trois ans de suite échevin. — 2. L, T, C : sols. — 3. Hist. de Vil. : donna. — 4. Hist. de Vil. : par ses autres.
Hors la porte d'Anse, il y a un fort beau cimetière d'une belle étendue, où était autrefois l'église paroissiale, dédiée à sainte Madeleine, auparavant que la paroisse eût été transférée à Notre-Dame-des-Marests, dans la ville. Cette église n'est plus, depuis les ravages que les huguenots firent en l'an 1562; néanmoins la ville honore et célèbre la fête de sainte Madeleine comme patronne principale de la paroisse, et l'on va tous les ans, le dimanche de Pâques fleuries, en procession à ce cimetière y faire la bénédiction des rameaux.
III. Le couvent des Cordeliers. — La première maison de dévotion qui se présente après ladite paroisse est le couvent des Cordeliers que l'on dit être l le premier de cet ordre de çà les monts. L'inscription qui est dans le cloître de ce couvent porte d'un côté ces mots : Anna Domini millesimo ducentesimo sexto beatus Franciscus incepit ordinem Fratrum Minorum. Et de l'autre côté sont ces mots : Guichard III de Beaujeu, revenant ambassadeur de Constantinople, amena trois compagnons de saint François d'Assise, fonda leur couvent à Pouilly-le- Chastel, l'an mil deux cent neuf, où ils demeurèrent sept ans, de là furent amenés et fondés en ce lieu par le même Guichard, l'an mil deux cent seize, lequel fit clore la ville de murailles. Par là on peut voir que l'an mil deux cent six et mil deux cent neuf qu'ils furent établis à Pouilly, qu'il n'y en pouvait pas avoir beaucoup en France, et que ces religieux n'avaient pas encore passé les monts, d'où vient que cet ordre, étant tout nouveau en ce pays, était mal considéré en son commencement à cause de l'institution de sa pauvreté, en sorte que le seigneur de Beaujeu qui les avait amenés fut contraint de les ôter de son château de Pouilly, où le concierge, qui appréhendait peutêtre que leur pauvreté ne lui fût à surcharge, ou pour ce qu'il voyait qu'il n'y avait rien à profiter avec eux, les maltraitait et leur faisait mille indignités, leur fermant la porte du château auparavant qu'ils fussent retournés de la quête et les faisait ainsi coucher au logis de la lune, et, quand il les sentait dedans, il ouvrait la porte si tard qu'ils ne pouvaient sortir pour vaquer à leurs affaires et faire les fonctions de leur ministère et institut. Le diable, ennemi des bonnes œuvres, a toujours eu des supposts qui se sont opposés au commencement des institutions religieuses.